Le lendemain, après un délicieux petit-déjeuner au cours duquel on leur distribua leurs emplois du temps, les premières années se dirigèrent vers les cachots, où devait se dérouler leur premier cours, l'étude des potions, en commun avec les Serpentards. La grande pièce comportait plusieurs tables rondes ou pouvaient s'asseoir une demi-douzaine de personnes, ainsi que plusieurs armoires vitrées au contenu étrange. Sur le bureau du professeur, quelques petits chaudrons étaient remplis de substances qui frétillaient tranquillement, et un fatras de parchemins, fioles, plumes et sachets d'yeux de scarabées s'étalait autour d'eux. James s'assit sur l'un des tabourets d'une table vide, rejoint par Peter, Sirius et Remus en moins de deux secondes. Tandis qu'ils sortaient leurs chaudrons, une voix amicale s'éleva depuis le dos de Sirius.
-Salut ! On peut se mettre ici ?
-Kathleen ! sourit Sirius en se retournant vers la jeune Gryffondor aux cheveux aubergine.
Derrière elle, Samuel souriait timidement, les joues écarlates, ses yeux fixés sur le bout de ses chaussures. Les jumeaux s'installèrent de part et d'autre des quatre garçons, puis James et Kathleen reprirent leur conversation de la veille.
-C'est nul que les premières années ne puissent pas faire de Quidditch ! râla la jeune fille.
-Ouais… Moi, dès l'année prochaine, je me présente aux sélections, dit James en observant avec attention un petit sachet de son nécessaire à potions.
-En attendant, on aura quand même des cours de vol ! Ça c'est chouette, étant donné qu'on a pas le droit d'avoir de balais, on va au moins pouvoir utiliser ceux de l'école, leur rappela Sirius.
-Mouais… J'imagine que c'est mieux que rien, marmonna James.
-Tu joues a quel poste ? demanda Kathleen en lui prenant son sachet des mains.
-Attrapeur ! répondit le garçon en relevant le menton. En même temps, vu ma taille de crevette, je me vois mal Batteur ou Poursuiveur. Les Cognards m'enverraient jusqu'en Amazonie, et je n'aurais aucune chance si j'étais pris en sandwich par les Poursuiveurs de l'équipe adverse. Alors que pour l'Attrapeur… Il suffit de vitesse et de dextérité ! Tout moi, quoi, rajouta-t-il en ébouriffant ses cheveux noirs avec force.
Kathleen, Peter et Remus éclatèrent de rire, Samuel eut un sourire en coin, mais Sirius se renfrogna, et ne dit pas un mot. Avant que James ai put lui demander pourquoi il réagissait ainsi, un homme au ventre rebondi s'avança d'une démarche chaloupée dans le cachot, mettant un terme aux bavardages.
-Bonjour ! Je suis le professeur Slughorn, et j'essaierai de vous apprendre l'art des potions durant cette année ! Vous avez tous vos chaudrons, manuels et ingrédients, à ce que je vois. Très bien.
-On dirait vaguement un morse, commenta Kathleen à voix basse, provoquant des ricanements discrets de la part des garçons.
-Nous allons donc commencer cette année avec une potion très basique et plutôt ludique, que nous testerons sur nous-mêmes à l'issue de ce cours. Je vous demande donc de jeter un œil a la page trois de votre manuel, l'Elixir de Morphée, qui vous permettra d'apaiser votre esprit et de favoriser un endormissement rapide. Vous avez environs cinquante minutes.
Telles de petites fourmis, les élèves de Gryffondor et de Serpentard se mirent au travail, allumant le feu sous leurs chaudrons, triant leurs ingrédients divers.
-Qu'est-ce que t'as contre le Quidditch ? demanda James à Sirius en lui empruntant son couteau.
-Rien… Tu me rappelles mon frère. Il joue aussi au poste d'Attrapeur, même s' il n'a que neuf ans, il se débrouille très bien. Et il se pavane. Comme toi. Un peu de modestie ne fait jamais de mal.
Sirius fit mine de replonger dans son manuel avec un intérêt forcé. James, penaud, retourna devant son chaudron, et y versa sans vraiment faire attention son jus de pistils de tournesol, si bien qu'il en fit tomber sur une élève rousse aux yeux verts qui passait a coté de leur table.
-Hé ! Fais attention ! s'exclama la fille en s'écartant vivement.
-Pardon, bredouilla James. Tu t'appelles Lily, c'est ca ?
-Oui. Tu veux bien m'aider à me débarrasser de ce truc ?
La robe de Lily était maculée de jus brunâtre malodorant. James réfléchit, mais rien ne lui vint en tête, quand soudain Remus, qui se trouvait à sa droite, pointa sa baguette sur la jeune fille.
-Recurvite, prononça le Gryffondor, et les taches de tournesol disparurent aussitôt.
-Oh, c'est trop bien, comme formule ! Merci beaucoup, heu…
-Remus. Remus Lupin.
-Et moi, c'est James Potter. Lui c'est Sirius Black, et voici Peter Pettigrow, Samuel et Kathleen Spinnet, renchérit James avec un grand sourire.
-Ah… Enchantée, j'imagine. Bon, eh bien merci, Remus.
Lily s'éloigna, examinant sa robe à présent propre. James se tassa sur son tabouret, et fourra une queue de rat dans son chaudron.
A la fin du temps donné, la plupart des élèves avaient fini ou presque leurs breuvages. Seuls restaient Peter, dont la potion avait une consistance visqueuse alors qu'elle aurait dut être liquide, et Kathleen, qui s'efforçait de gratter les croutes noircies de la mixture à moitié carbonisée dans son chaudron. Le professeur Slughorn ramassa des échantillons, puis les redistribua dans le désordre. Sirius jeta un rapide coup d'œil à l'étiquette de la sienne : Severus Rogue.
-Waaah, super, j'ai celle de Servilo, maugréa le garçon.
Mais après avoir vu l'air dépité de James qui tenait dans sa main la fiole de Peter, il se tut, réprimant un fou rire. Après le signal du professeur Slughorn, les deux classes burent leurs échantillons. Dans les secondes qui suivirent, la majorité des personnes s'affaissèrent sur leurs tabourets, un air béat et fatigué sur le visage. Sirius pouvait bien ne pas apprécier Rogue, mais il lui reconnut une qualité d'alchimiste incroyable : il ressentait les effets précis décrits dans le livre, sans aucun effet secondaire. Cependant, tout le monde n'avait pas réussit : quand James eut avalé la chose visqueuse de Peter, il eut un haut-le-cœur, et se précipita sous la table. Quand il en émergea, sa bouche avait triplé de volume, ce qui eut le mérite de faire exploser de rire ses camarades. Le professeur des potions l'envoya à l'infirmerie en compagnie de Frank Londubat, qui avait hérité de la potion de Kathleen, et dont les sourcils s'étaient retrouvés extraordinairement fournis.
Aucun accident notable n'arriva au cours des semaines suivantes. Les classes s'enchainaient, très différentes les unes des autres. Tous les élèves adoraient les cours de Sortilèges, ou faire voler des objets à travers la pièce était devenu courant, mais tous éprouvaient une aversion totale envers les cours du Professeur Binns. En effet, celui qui leur apprenait l'Histoire de la Magie était un spectre, qui un jour s'était levé pour aller travailler, laissant son corps derrière lui. Ses cours étaient longs, ennuyants, et personne ne parvenait à suivre. En dehors des classes, les heures de liberté accordées aux élèves étaient toujours attendues : on pouvait sortir dans le parc, aller lézarder dans l'herbe, sous les arbres, ou bien encore rester dans la salle commune, toujours aussi accueillante, mais aussi passer du temps a la bibliothèque, qui était remplie d'œuvres magiques très utiles pour les devoirs.
-Tiens, je me demande ce qu'ils ont prévu pour demain, songea James à voix haute, le matin du 30 Octobre, alors qu'ils profitaient de leur petit-déjeuner.
-Mon frère m'a dit qu'il y avait toujours un grand festin, et une décoration spéciale de la grande salle, sans compter que les cours ne seront pas donnés, dit Kathleen.
-Ton frère ? Samuel ?
-Nah ! Xander, notre frère ainé ! Il est en sixième année, c'est le préfet de Serdaigle.
-Les membres d'une même famille ne vont pas toujours dans la même maison ? s'étonna James.
-Ben non. Xander est à Serdaigle, nous à Gryffondor, et notre cousine Marlene est en deuxième année à Poufsouffle, énuméra Samuel.
-Regarde-moi, par exemple, grogna Sirius, mes cousines Bellatrix et Narcissa sont à Serpentard, pareil pour mon père, ma mère et mes oncles avant moi… Je vous parie dix Gallions que mon adorable petit frère sera également la bas. En revanche, ma cousine Andromeda me parait un peu plus différente… Elle ne suivra peut-être pas la « noble lignée des Black ».
-Ca a l'air de te peser, cette histoire de sang-pur, remarqua James.
Sirius ne répondit pas, préférant reporter son attention sur la lettre qu'un hibou venait de déposer dans son assiette vide. Il l'ouvrit, la parcourut vite fait, puis la lança vers James.
-Tiens, t'as qu'a voir de quel bois ils se chauffent, chez moi…
James déplia le parchemin, et commença sa lecture.
Fils,
Ta mère et moi ne te félicitons pas pour ton entrée à Gryffondor. Ta mère aurait voulu t'écrire cela elle-même, mais elle est trop occupée à démolir le living-room pour le faire.
Nous aurions voulu te le dire plus tôt, malheureusement Regulus a dut se faire transférer il y a un mois environs a St Mangouste, car il a voulu entrer dans ta chambre et ton maléfice d'éruption cutanée s'est avéré coriace.
Je te le demande donc maintenant : reste à Poudlard pour les vacances de Noel. Tu as suffisamment fait de peine à ta mère comme ca, je pense qu'elle ne veut plus te voir jusqu'à Juillet prochain.
A l'année prochaine,
Ton père, Orion BLACK
James releva le nez, et poussa un petit soupir maussade : la vie au 12 Square Grimmaurd ne devait vraiment, mais alors VRAIMENT pas être rose. Il remit le bout de parchemin dans mes mains de Sirius, et se servit du bacon. Il éprouvait un sentiment de peine a l'égard de son ami, mais en même temps, il ne voyait pas bien ce qu'il pouvait faire. Il se contenta donc de manger son petit déj'.
Le lendemain, au matin d'Halloween, à peine la sonnerie du réveil eut-elle retentit que Sirius bondit hors du lit, et se précipita vers la salle de bains. Peter et Remus s'activèrent autour de leurs valises, et seul restait James, qui lézardait dans son lit.
-Magne-toi, Chames, ch'est Halloween ! le pressa Sirius, sa brosse a dents dans la bouche.
-Justement, les cours sont annulés, laissez-moi roupiller !
-Alleeez, on veut voir la Grande Challe avant qu'il y ait trop de monde ! On doit rejoindre les chumeaux devant le portrait de la challe commune dans chinq minutes ! Vite !
James se tourna, et plaqua son oreiller son ses oreilles, en poussant un soupir agacé. Sirius plissa les yeux, et partit se rincer les dents en grommelant. Lorsqu'il revint, Remus et Peter prirent sa place dans la salle de bains, tandis qu'il s'habillait.
-Tant pis pour ta pomme, lança-t-il à James en enfilant un pull. J'espère juste qu'on va croiser Servilus, on sait jamais, avec sa face de troll, il espère peut-être effrayer les gens…
Réaction immédiate. Le garçon sauta de son lit, et plongea dans les bas-fonds de sa grosse malle. La simple perspective d'aller chercher des noises au Serpentard le poussa à s'habiller en quatrième vitesse, et à descendre en chantonnant a la rencontre des jumeaux Spinnet. Une fois réunis, les six Gryffondors descendirent à la Grande Salle, qui, malgré l'heure, était déjà bien remplie. Des citrouilles volantes éclairées de l'intérieur flottaient au-dessus des quatre grandes tables, ainsi qu'au-dessus de celle des professeurs. Plusieurs chauves-souris (Sirius ne parvint pas a déterminer si elles étaient vraies ou fausses) voletaient dans la salle, et le plafond affichait une aube orangée constellée de nuages noirs.
-Waouh ! C'est pas mal ! s'exclama Samuel avec un sifflement admiratif.
-Hé, tous les fantômes sont sortis, aujourd'hui, signala Remus en pointant du doigt la dizaine de fantômes qui peuplaient Poudlard, et qui bavardaient aux quatre coins de la Grande Salle.
-C'est rare, remarqua Kathleen, d'habitude, lorsqu'ils sont tous ensemble, ils passent leur temps à se disputer pour savoir si oui ou non leurs morts respectives resteront dans les annales de la sorcellerie…
-Pas la moindre trace de Servilo…, dit James en fronçant les sourcils.
-T'inquiètes, on finira par le croiser, assura Sirius en l'entrainant vers la table des Gryffondors.
Comme lors des grands jours, la vaisselle d'inox avait été remplacée par une autre en or et en argent, et les mets présents sur la table semblaient encore meilleurs que d'ordinaire. Peter fondit comme un rapace sur une pyramide de petits puddings orangés, et marmonna quelque chose qui ressemblait a « bon appétit », mais étouffé par la nourriture présente dans sa bouche. Ses camarades se servirent abondamment, et engloutirent les plats délicieux qui jonchaient la table. Remus prit un soin tout particulier a choisir des couverts en or, et a ne pas toucher a ceux d'argent. Alors que Sirius allait reprendre un toast, il sentit un grand froid s'étendre sur son épaule gauche : Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme de Gryffondor, s'était approché du petit groupe.
-Oh, bonjour, Sir Nicholas ! le salua le garçon en frissonnant.
-Bonjour, jeune Black. Je vous que vous profitez pleinement du jour qui nous est dédié…
-C'est pas la Toussaint, plutôt ? demanda James, qui semblait avoir un peu froid lui aussi.
-Si, mais de nos jours, tout le monde s'en moque. Halloween est bien plus populaire. C'est bon, au moins ? demanda le spectre à Peter, qui s'attaquait a présent à une pile de pancakes.
-Oui, oui c'est délicieux…
-Mmmh… De mon vivant, j'adorais ca, dit Nick avec un petit air mélancolique. Ca me manque.
-Ah, ben… C'est… C'est normal, hein, maintenant que vous êtes, heu…, bafouilla Peter.
-Décédé, oui, exact, et je m'en porte très bien, répliqua froidement le fantôme. Je suis venu ici parce que le professeur McGonagall m'a chargé de vous faire passer un message, M. Lupin.
-Ah-ah oui ? s'enquit le concerné, ses yeux marrons fixant désespérément ses souliers.
-Hum. Elle tient à vous dire que vous devez vous souvenir de la date et de l'heure, et que Mme Pomfresh a été informée et vous attendra a l'endroit prévu.
-Oh, heu, eh bien… Merci, merci Nick, souffla le Gryffondor en rougissant.
Le fantôme s'inclina, puis partit en direction du fantôme de Poufsouffle, le Moine Gras. Remus tremblotait sur son banc, les yeux toujours baissés. Les autres Gryffondor échangèrent des regards incompris, puis finirent leur petit déjeuner en silence.
La journée se déroula tranquillement, entre promenades dans le parc et parties d'échecs a la salle commune, et personne ne parla de la conversation étrange du matin même entre Nick Quasi-Sans-Tête et Remus. Quand l'heure du repas du soir vint, les élèves fébriles se rendirent en masse à la Grande Salle pour le festin tant attendu. James et Peter bavardaient joyeusement, en piétinant derrière la file immense devant la Grande Salle. Sirius remarqua que Remus restait en retrait, le teint pale et la mine angoissée. A sept heures moins cinq, le garçon s'esquiva en marmonnant « toilettes », et partit en direction du dortoir. Sirius haussa les épaules devant l'air interloqué des deux autres. Ils purent enfin accéder au réfectoire, et prirent des places sur les longs bancs en bois. Quelques minutes plus tard, les jumeaux les rejoignirent, écrasés par la foule qui se pressait entre les tables. Kathleen vint s'échouer a coté de Sirius, Samuel se faufila entre Peter et le préfet Fabian, assis à l'extrémité d'un groupe de septièmes années.
-La vache, on a eu du mal à vous trouver ! Y'a un de ces mondes ! Toute l'école est venue manger en même temps, ce soir ! dit Kathleen d'une vois éraillée en s'éventant de sa main.
-C'est la que tu te rends compte que t'es vraiment minuscule, ici, marmonna James en regardant le groupe d'amis de Fabian, qui faisaient tous au moins cinq têtes de plus que lui.
-J'ai faim ! râla Peter.
-Tu as toujours faim, de toute façon.
-Et en plus on n'a toujours pas vu Servilus ! se plaignit Sirius à son tour.
-Tu m'étonnes, pouffa James. Il a dut avoir peur qu'on le confonde avec une des décos !
Les cinq Gryffondor éclatèrent de rire. Cependant, une voix haut-perchée cingla très clairement a leurs oreilles après quelques secondes.
-Non mais vraiment !
James fit volte-face : la petite rouquine prénommée Lily les regardaient, une expression de vague dégout flottant sur son joli visage. A coté d'elle, Mary McDonald semblait vouloir se joindre aux rires du petit groupe, mais se ravisa, fidèle a Lily.
-Quoi ? Y'a un truc qui te défrise ?
-Bingo, Potter. Toi.
-Rooooh, ca va, Lily, je plaisante…
-C'est dit avec tellement de conviction, s'esclaffa Kathleen.
-Il ne t'a rien fait ! Laisse-le tranquille !
-T'es en train de défendre un Serpentard, Evans, signala Sirius.
-Je suis en train de défendre un ami, Black, répliqua la jeune fille en faisant un pas vers lui.
-Calmez-vous, c'est pas la peine de se battre pour ca, murmura Mary en tirant doucement la manche de Lily vers elle. Viens, Lily, on va chercher des places…
Après quelques secondes de « fixage-intensif-et-haineux » vers Sirius et James, la jeune fille pivota, et suivit Mary vers l'autre bout de la table. Avec un petit bruit d'indignation, James se laissa retomber sur son banc.
-Qu'est-ce que je lui ai fait, nom de nom…
-Oh, trois fois rien, Jamie, t'as juste insulté son meilleur ami.
-Nan mais hé, on va pas devenir potes avec les Serpentards, non plus ! Ce sont nos ennemis ! s'insurgea le garçon en tapant sur la table.
-Ennemis est un grand mot. Gryffondor et Serpentard étaient les meilleurs amis sud monde, au début, dit sagement Samuel.
-Oui bon, on s'en fout, incident clos. Il est ou Remus ? demanda Kathleen.
- Il est parti aux toilettes, mais ca va faire dix minutes… Il va pas tarder.
Quelques minutes plus tard, le festin commença, sans que le garçon ne soit revenu. Sirius, qui commençait à s'inquiéter après une demi-heure d'absence, se promit d'aller avertir McGonagall si leur ami ne revenait pas avant la fin du diner.
En effet, lorsque tous les élèves furent renvoyés dans leurs dortoirs, repus de citrouille accommodée en tous genres, Remus était toujours porté disparu. Sirius se leva, et partit en direction de la directrice de leur Maison, quand James le vit.
-Hey, le dortoir c'est par la.
-Je sais ! Je vais voir McGonagall, il faut peut-être la prévenir pour Remus…
-J'viens avec toi.
Les deux garçons fendirent la foule dans le sens inverse de la marche, et finirent par atteindre la table des enseignants, ou leur directrice s'apprêtait à partir.
-Professeur…
-Black ? Potter ? Vous devriez être dans vos dortoirs !
-On sait, professeur, mais on a un petit problème… On partage le dortoir avec Remus Lupin, et ca va faire une heure et demie qu'il est soi-disant parti aux toilettes.
-On n'a aucune idée d'ou il est, ajouta inutilement James.
-Lupin est à l'infirmerie, messieurs. Il se sentait souffrant et s'y est rendu avant le festin.
-Ah ! On peut le voir ?
-Je crains que non, Black. Il dort profondément a l'heure qu'il est, et ne doit surtout pas être dérangé, mais des demain il vous rejoindra au petit déjeuner. Ne vous inquiétez pas, Madame Pomfresh s'occupe de lui. Maintenant, au lit !
-Super, on va jamais arriver à s'endormir, maintenant, maugréa James tandis qu'ils se détournaient de la table des enseignants.
-Mmmh… Remus n'avait pas l'air si malade, avant le festin. Juste un peu groggy.
-Il s'est peut-être blessé en allant aux toilettes, dit James en réprimant un fou rire à l'idée d'une situation aussi ridicule.
-Taisez-vous, toi et tes pensées tordues.
Les deux Gryffondor poursuivirent leur chemin derrière la file des élèves qui montaient à la salle commune, silencieux et soucieux, quand le fantôme de leur Maison les croisa de nouveau. Sirius eut un déclic, et se rappela l'étrange conversation du matin. Il sauta sur l'occasion, et tenta d'attraper un pan de la robe du spectre. Bien mal lui en pris, il retira aussitôt sa main, qui, passée au travers du fantôme, état devenue glacée et crispée. Il avait tout de même réussi à attirer l'attention de Nick, qui se retourna.
-Eh bien, mon garçon, c'était un peu idiot de votre part. Ca va ?
-Pas de problèmes, m'sieur, juste un peu surpris. On voudrait…
-Tu voudrais, le coupa James en marmonnant dans sa barbe.
-Bon, en fait, est-ce que les propos que vous avez tenus à Remus Lupin ce matin ont un rapport avec son absence ? demanda Sirius en choisissant consciencieusement ses mots.
-Evidemment ! Je ne voulais pas énoncer son problème a voix haute, avec le monde qu'il y avait dans la Grande Salle, vous savez combien c'est dur pour lui, n'est-ce pas, et…
-Son problème ?
-Grands Dieux ! Vous n'êtes pas au courant ? Mais vous partagez son dortoir !
-Quand on passe plusieurs semaines avec Remus, on comprend tout de suite que c'est pas le roi du bavardage, encore moins sur sa vie privée, expliqua Sirius.
-Vous m'en voyiez confus. Je n'aurais pas du dire ca, je n'aurais vraiment pas du…
Nick s'éloigna, en répétant sa dernière phrase. James et Sirius échangèrent un regard d'incompréhension extrême, puis regagnèrent leur dortoir. Peter dormait déjà, la bouche entrouverte, des miettes de tarte constellant ses joues. Le lit de Remus était vide.
