Nouvelle ville, nouvelle vie

Je m'éveillais doucement de mon sommeil. La lumière blanchâtre qui passait au travers de la fenêtre m'éblouit. Je refermai les yeux, alors qu'un mal de tête commençait à se faire sentir. J'étais allongée au travers de mon lit, mes jambes dans le vide. Ma main, éclairée par la lumière qui faisait scintiller ma peau, tenait un crayon. Plusieurs feuilles étaient éparpillées et chiffonnées sur le lit. J'en saisis une: le croquis d'une jeune femme aux cheveux noirs coupés courts y était dessiné.

-Merde!

J'avais du m'endormir alors que je dessinais, encore. Mon regard se posa sur ma table de nuit où trônait mon réveil. Je retins un nouveau juron lorsque je remarquai que j'étais en retard. Sans prendre la peine de ranger mon bazar, je me dirigeai vers mon armoire. J'étais en jogging et tee-shirt. Kristy me tuerait si j'osais sortir comme ça!

-Bella ! Grouille! L'entendis-je d'ailleurs hurler.

-J'arrive ! Répondis-je par l'embrasure de la porte.

Tant pis pour Kristy et son foutu sens de la mode! Je pris au hasard des habits dans mon armoire et les enfilais rapidement.

Je m'observais rapidement dans le miroir à pied de ma chambre. J'avais attaché mes cheveux bruns en queue de cheval. Ma peau était plus blanche que de la craie et j'avais les yeux dorés. Je portais un slim sombre et un gros pull en laine gris et blanc.

Je lançais un dernier regard à mon reflet dans le miroir et descendis.

Kristy m'attendait prés de la porte d'entrée. Elle m'observa de son regard critique de modeuse fashionista, puis sourit. Elle portait une chemise bleu marine à manches longues, un slim, des bottines en cuirs, sa veste rouge et tout un assortiment d'accessoires en tout genre.

-Tu serais encore mieux avec du maquillage et deux ou trois accessoires! Glissa-t-elle

Je soupirai.

J'avais rencontré Kristy McCoyl il y a un peu moins de cinq ans. D'une gentillesse absolue, un peu excentrique, aimable et souriante. Elle était extrêmement belle et avait 19 ans. Elle était de taille moyenne, la peau blanche. Ses cheveux châtains dorés coupés mi-long étaient ondulés, son visage était très doux et ses yeux dorés. Elle m'avait inspirée tout de suite confiance et était devenue comme une sœur.

C'est elle qui m'avait trouvée prés d' Houston, lors d'une partie de chasse. Kristy, qui était vampire, rendait visite à un ancien ami dans le Sud. La curiosité maladive de Kristy l'avait poussée à me recueillir chez elle. On ne trouvait pas un vampire endormis tous les jours. A mon réveil, après deux jours de sommeil, nous avions compris ce qui n'allait pas chez moi : j'étais vampire… Et amnésique.

J'avais plutôt bien accepté le fait d'être vampire. Cela me semblait être normale, dans la logique des choses. Peut-être avais-je voulu devenir vampire ?

L'amnésie était moins bien passée. Je ne me souvenais de rien. Qui étais-je ? Qui étaient mes parents ? Avais-je une famille ? Quand et par qui étais-je devenue vampire ?

J'avais mis plusieurs semaines avant de me souvenir de mon prénom : Bella. Les vampires ne dorment pas, sauf moi. Je ne faisais qu'un seul rêve et de manière non régulière. Mon rêve était constitué d'une foule de personnes, d'une prairie inconnue et d'un ange aux yeux dorés qui chuchotait un prénom « Bella ». J'en étais venu à la conclusion que c'était le mien. Je me réveillais toujours avec une migraine après ce « rêve ».

Kristy m'avait enseigné tout ce que j'avais besoin de savoir sur les vampires. J'avais adopté son régime « végétarien » et son mode de vie « civilisé » qu'un certain Carlisle Cullen lui avait appris.

Sans prêter plus d'attention à Kristy, j'observais brièvement notre nouvelle maison. Nous étions arrivés hier en fin d'après midi. J'étais tout de suite montée installer ma chambre et n'avait pas fait attention à la maison.

Kristy l'avait voulue décorée dans un style « vieux français ». Sur ma droite se trouvait le salon. Un mur entier était en verre et l'autre était peint en blanc cassé. Derrière moi, un couloir menait à la cuisine, je ne pris pas la peine d'aller voir. A ma gauche l'escalier que je venais de descendre et un peu plus loin un couloir qui donnait sur le bureau, la bibliothèque et une ou deux autres salles. Nous avions un immense jardin, je me promis de le visiter en rentrant. Je fais face à la porte d'entrée, où Kristy s'impatientait.

-Bon, y reste plus que l'autre idiot !

-J'ai entendu ! Lui répondit un grognement du haut de l'escalier.

-Je sais, répondit Kristy avec un immense sourire.

-Hey, Jazz' ! Bien dormi ?

-Hey ! Bien et toi ?

-Bien

Jasper était le second « orphelin » de la famille. Kristy l'avait trouvé deux semaines après moi dans une forêt voisine. Comme moi il était amnésique et souffrait de « sommeils ». Mais les siens étaient plus violents et plus rares que les miens. Il était grand, blond, avait les cheveux courts et bouclés et pas mal de cicatrices. Bien sûr comme tous les vampires, il était d'une beauté à faire tomber par terre. Son visage m'avait semblé familier la première fois que je l'avais vu. Il possédait un pouvoir d'empathie et semblait avoir été transformé vers ses 18 ans.

Il n'avait pas été très social au début. Enfermé dans sa chambre tout le temps et toujours énervé les rares fois où on le croisait lorsqu'il partait chasser. Il est resté comme ça plusieurs mois. Mais un jour, il était tout simplement sortit de sa chambre en nous annonçant qu'il s'appelait Jasper. Plus tard, il nous avait avoué avoir essayé de retrouver la mémoire. Il n'avait retrouvé que son nom et de vagues flashs trop flous pour lui rappeler quelque chose.

Nous évitions de trop parler de notre amnésie face à lui. Il détestait ne pas avoir le contrôle de la situation.

-Bon, maintenant que tout le monde est là, on peut y aller ?

-Oui maman ! Répondîmes-nous en cœur.

Nous sortîmes d'un même mouvement et je m'arrêtais en découvrant quelle voiture nous attendait dehors.

-Kristy ! Tu ne préfères pas qu'on prenne ma Mini ? Tu sais très bien que je déteste quand on prend ta M3 pour aller au Lycée!

-Et je peux savoir ce que tu lui reproche à ma M3 ? dit-elle d'un ton amer.

-Elle n'est déjà pas très discrète, mais en plus elle est rose flashie ! M'énervais-je

-Et ta Mini, tu crois qu'elle est mieux, peut-être ?

-Justement, ou...

-Stop ! Nous arrêta Jasper. Je propose la Volvo.

-Tu as toujours de bonnes idées Jazz' !

-Mouais, bougonna Kristy.

Jasper partit chercher la voiture tandis que Kristy me tournait le dos, les bras croisés. Elle allait me faire la gueule ! Pas grave, elle ne faisait jamais la tête très longtemps !

Jasper arriva assez rapidement avec la voiture et, toujours gentleman, il nous ouvrit nos portières. Après un bref merci, je m'installais à l'arrière et observais le paysage de la petite sente qui menait à notre maison.

Nous avions déménagé il y a une semaine et aujourd'hui commençait notre vie en temps que lycéens dans la ville de Seattle. Je détestais les rentrées ! Bon, ce n'était que ma deuxième, mais toute l'attention que provoquait notre arrivée me dérangeait toujours. Cette fois, ce serait pire car nous arrivions au beau milieu des cours, la rentrée avait eu lieu deux semaines plus tôt. Sans oublier l'odeur de sang chaud et les battements de cœurs. Même si Jasper et moi résistions bien à l'appel du sang, vivre parmi les humains n'était pas chose facile.

Nous étions très facilement habitués au mode de vie « végétarien ». Ça avait beaucoup étonné Kristy. Les cicatrices visibles un peu partout sur le corps de Japser lui avait d'abord fait penser que nous étions des vampires du Sud. De ceux qui se livrent batailles pour des territoires. Elle pensait que notre amnésie était la conséquence d'un combat qui aurait mal finit. Sa théorie était restée valable jusqu'au jour où on s'était rendu compte que je n'avais aucune connaissance en combat. A l'inverse, Jasper, lui, était un guerrier aguerri.

Ce n'est quez lorsque je sentis la voiture s'arrêter que je remarquais que nous étions arrivés.

-Et c'est partit ! s'écria Kristy.

Je soupirais. Elle avait déjà retrouvé sa bonne humeur. J'inspirais un bon coup et sortis. Déjà certains regards étaient posés sur nous et les chuchotements commençaient à s'entendre. Nan, décidément, moi, je n'étais pas de bonne humeur.

Nous nous dirigeâmes vers l'accueil sous les regards curieux. Les humains observaient notre beauté, notre allure, notre pâleur, certains notre voiture. Je tentais de passer inaperçue, sans grand succès. Kristy lançait des sourires charmeurs à chaque fois que l'occasion se présentait. Et Jasper, avec son air mystérieux qui faisait déjà craquer pas mal de filles, envoyait des regards meurtriers à ceux et celles qui l'épiaient avec trop d'insistance.

Je soupirai de soulagement lorsque nous arrivâmes à l'accueil. Celui-ci se trouvait tout de suite à droite une fois rentré dans le bâtiment. Il était assez petit. Les murs étaient peints en bleu et plusieurs drapeaux, diplômes et photos y étaient accrochés. Une moquette grise impeccable recouvrait le sol. Des chaises pliantes noires étaient disposées un peu n'importe où. Derrière le comptoir où étaient étalés de nombreux prospectus, se trouvait une femme.

Elle était brune, habillée simplement et semblait s'ennuyer à mourir. Lorsqu'elle nous remarqua, elle nous examina de la tête aux pieds. Elle s'arrêta sur Jasper et le couva d'un regard charmeur. Je me retins pour ne pas pouffer. Je savais qu'il détestait ça par-dessus tout.

- Bonjour, hum… « Amanda » ! dit Kristy en déchiffrant l'étiquette sur le pull de la brune.

-Oui, c'est pour quoi ? Minauda-t-elle, sans lâcher Jazz' du regard.

-Nous sommes les nouveaux, les McCoyl.

Je décrochais de la conversation. Jouer le rôle de la petite gentille humaine, c'était la tâche de Kristy. Jasper s'était reculé au fond de la pièce. Je me dirigeais vers lui. Il observait les élèves à travers les stores des vitres.

-Ça va aller ?

- T'inquiète pas, sœurette, je sais gérer ma soif. Et toi, ajouta-t-il après une courte pause, ça ira toute seule ?

-J'espère.

Kristy nous rejoignit juste après et nous donna nos emplois du temps. C'est sans surprise que je découvris que je n'avais aucun cours en commun avec eux. Ça avait été décidé avant la rentrée. Jasper serait en terminale, on le testait sur une année. Kristy l'accompagnerait pour « contrôler ». Et moi, pour ma deuxième rentrée, j' irais toute seule en première.

Lorsque Kristy nous avez trouvés, nous avions déménagés au Canada. Après un an j'avais fait ma première rentrée tandis que Jasper était resté enfermé dans sa chambre. Quand il en était sortit Kristy avait décidé, d'un commun accord avec lui, qu'il ne nous rejoindrait pas au lycée. Il fallait à tous prix éviter les risques et se faire remarquer.

Si j'avais besoin, Kristy ferait en sorte de redoubler pour se retrouver en terminale avec moi l'année prochaine. Si un problème grave survenait, on déménagerait. Le but était de resté le plus de temps possible dans une ville sans se faire remarquer. On restait généralement quatre ans au même endroit.

On se donna rendez vous à midi, puis on se sépara. Je me dirigeai, avec la précieuse aide du plan, vers mon premier cours : Histoire. La plupart des gens étaient déjà assis lorsque j'entrai dans la salle. Je m'avançai vers le bureau du professeur. La sonnerie retentit au moment où il me souhaita la bienvenue. Il me présenta brièvement à la classe puis m'indiqua une place au dernier rang.

Je m'avançais vers le fond de la pièce, essayant tant bien que mal de ne pas penser aux regards sur moi. Une fois arrivée à ma table je m'occupais en griffonnant sur mon cahier. Je connaissais suffisamment cette partie du programme pour ne pas suivre.

Soudain, la porte s'ouvrit à la volée. Je ne pris pas la peine d'observer le nouvel arrivant.
« Certainement du genre à en faire tomber plus d'une » pansais-je amèrement, tandis que le rythme cardiaque d'une bonne partie des filles de la classe augmentait. Des chuchotements et des gloussements commençaient à s'entendre un peu partout dans la pièce. Ce n'est que quand j'entendis la chaise à côté de la mienne être tirée que je commençais à m'inquiéter. Il n'allait quand même pas se mettre à côté de moi ! Si ? Mes yeux firent le tour de la salle. Il n'y avait aucune autre place de libre. Le nouveau venu s'installa rapidement à ma droite tandis que le professeur réclamait le silence.

-Edward. Nous pouvons dire que vous commencez bien l'année !

-Veuillez m'excuser, Mr. Harker, vous pouvez continuez votre cour.

-J'y compte bien !

Je relevais la tête pour observer mon voisin retardataire et non désiré. Et mes yeux ne se détachèrent plus de l'adonis que je dévisageais.

Les cheveux en bataille et d'une étrange couleur bronze. Il était très pâle et avait des cernes sous ses yeux sombres. Ses traits étaient parfaits. Il portait un tee-shirt noir qui moulait son torse, une veste par-dessus et un jean. Il semblait assez grand, fin mais musclé.

C'est à ce moment que je me rendis compte que j'avais cessé de respirer. J'inspirais un bon coup et mon odorat m'informa de quelque chose d'important.

Mon voisin n'était pas humain.