Auteure : Tch0upi.
Titre : Wearing Gold
Disclamer : Tous les petits personnages présents dans cette fanfiction appartiennent à Masashi Kishimoto.
Rating : K+
Couples : Naru/Sasu.
Note de l'auteure : Joyeuse St-Valentin! Voici la deuxième partie! :)
Wearing Gold
Part II.
Notre « collaboration » commence le samedi qui suit. L'entraînement a été annulé puisque le gymnase avait été réservé plus tôt dans la semaine pour l'équipe de gymnastique et la température nous empêchait de mettre un pied dehors. Un véritable blizzard souffle à l'extérieur, mais ça ne m'arrête pas pour autant de sortir et me rendre chez Naruto. Il vit dans une petite maison au bout d'une petite rue, non loin du lycée. Je suis frigorifié quand j'atteins le porche, et c'est une femme blonde qui ouvre. Elle a l'air blasé et me regarde de haut en bas, prenant son temps et se fichant bien que je sois en train de geler. Après un moment, elle me laisse entrer et je réalise qu'elle est complètement ivre.
- Naruto ! gueule-t-elle et je ne peux pas m'empêcher de grimacer. Ta petite amie est là !
Je fronce les sourcils, ouvrant la bouche prêt à corriger son erreur, mais elle marmonne quelque chose dans sa barbe et attrape une bouteille de bière qu'elle avait sûrement laissée sur la table de l'entrée. Je la vois disparaître dans le salon. Une microseconde s'écoule quand Naruto dévale l'escalier comme un fou. Je n'ai le temps que d'enlever mes bottes qui dégoulinent d'eau sur le tapis qu'il m'attrape le bras férocement et me traîne derrière lui. Nous remontons l'escalier et il claque bientôt une porte près de moi après m'avoir tiré dans sa chambre.
Je le regarde, surpris. Il a l'air embarrassé, mais surtout un peu secoué et énervé.
- Désolé, grogne-t-il entre ses dents serrées. Elle ne sait jamais se tenir.
- C'est… ta mère ?
- Bon sang, non, bougonne-t-il en se laissant choir sur son lit, un grand lit aux couvertures oranges.
Je m'approche, timidement. Tout en retirant lentement mon écharpe, j'observe sa chambre. Elle est un peu plus petite que la mienne. Son lit est placé contre le mur de droite en entrant, et à gauche, il y a sa garde-robe et sur le mur d'à côté, un bureau d'ordinateur est placé. Une chaise avec roulettes est un peu plus loin, comme s'il s'est laissé rouler pour se lever ensuite. Sur la surface du bureau, des livres et cahiers traînent, avec des crayons et un ipod noir. Des écouteurs. À côté, il y a un autre petit meuble avec un stéréo. Je laisse mon regard dériver de là jusqu'à moi et j'observe un armoire à vêtements, grand, avec deux portes dont l'une est ouverte. À l'intérieur, des vêtements en boule empilés les uns sur les autres. Quelques uns en chute libre et glissent par terre ce qui empêche la porte de se fermer, d'ailleurs. Il y a sur un autre espace du mur un ramassis de bâtons de hockey, un équipement complet qui sort à moitié de son sac de sport.
Je me serais attendu à une odeur épouvantable en voyant sa chambre en désordre, mais non, une fraîche odeur émane. En inspirant discrètement, je me rends compte que c'est le parfum du blond lui-même, que je sens toujours quand il est près de moi. Ici, elle semble venir de partout et je sens mon cœur sauter nerveusement dans ma poitrine.
Naruto est sur son lit, son téléphone portable dans la main et j'aperçois son ordinateur fermé et échoué près de son corps sur le matelas.
- C'est… ta grand-mère, alors ? demandé-je tout bas.
Il lève des yeux agacés vers moi.
- Nous ne sommes pas parents.
Je ne dis rien. J'enlève mon manteau et fourre mon foulard et mon chapeau en laine dans l'une des manches. Je le pose doucement sur la chaise et avance maladroitement au milieu de la chambre, ne sachant si je peux m'assoir au bout du lit. Sa façon d'être avachi de long en large du matelas semble me dire que c'est son espace et que… Eh bien, que je n'ai pas le droit d'y être.
- C'est ma gardienne légale, ronchonne-t-il comme s'il n'a aucune envie de me répondre - pourtant, je ne lui ai rien demandé de plus. C'était la femme du meilleur ami de mon père, qui était aussi mon parrain. Il est mort, tout comme mon père. Alors elle a hérité de moi. Je ne suis pas sûr qu'elle souhaitait hériter d'un gosse mais bon, je suis là et elle n'a pas vraiment eu le choix. C'était la seule famille qui me restait.
Je suis un peu surpris. Je ne m'attendais pas à ce qu'il m'en dise autant sur lui en l'espace d'une minute. Et au même moment, je me rends compte que je suis dans sa chambre, chez lui. Nous ne sommes peut-être pas amis, mais le mot « ennemi » ou même le mot « rival » semblent ne pas être les bons à employer. Il est habillé simplement d'un t-shirt délavé et d'un pantalon de sport qui a l'air chaud et grand mais qui ne cache rien de ses jambes musclées. Il n'a pas de chaussette. Il est complètement à l'aise, il est chez lui, et je suis dans son espace.
Tout à coup, je me sens plus proche de lui que jamais. Je me souviens des fois où je m'imaginais bizarrement me rapprocher de ce garçon mystérieux et inaccessible, et même être son ami. Il a toujours été une peste, un macho, un gros idiot qui n'aime qu'une chose : me rabaisser et se moquer de moi, rire de moi entre amis. Et depuis qu'il est dans mon école (l'année dernière), j'ai appris jour après jour à le détester, à lui en vouloir, mais quand il est seul, là, devant moi sans ses gros crétins d'amis, il m'apparaît un garçon différent et difficile à comprendre. Quand je le vois sur la patinoire, avec un bâton dans les mains, je vois son talent et ce qu'il aime. Et il est attirant. Avec ses amis à débiter des horreurs sur moi et s'amuser de ma douleur, il devient méprisable. Mais… quelque chose est définitivement bon en lui et il reste un mystère. Quelque chose en moi sait que les apparences qu'il projette sont trompeuses et ce même quelque chose en moi désire profondément briser ces barrières.
- Est-ce qu'elle est gentille ? demandé-je.
Il fronce les sourcils, un peu déboussolé par ma question. Il reste fixé sur son téléphone. Il texte à quelqu'un, sans doute. C'est pourquoi j'attends sa réponse quelques secondes.
- Boff… Quand elle est sobre, elle n'est pas méchante.
J'acquiesce. Je voudrais pouvoir parler longtemps avec lui. Mais quand je pense à poursuivre la conversation, il abandonne son portable sur le côté et se redresse pour s'assoir.
- Bon, est-ce qu'on commence ?
- Oui, bien sûr.
Je prends mon sac et sors mes cahiers d'histoire, d'anglais, de maths.
- Pas que j'ai vraiment hâte de passer du temps avec toi, mais j'ai plutôt hâte d'en finir.
Je roule des yeux.
- Trop gentil.
- Tu connais la partie, Uchiha, s'esclaffe-t-il en reprenant sa personnalité moqueuse et méchante.
Il me fait de la place sur son lit et me fait signe de m'approcher. Je suis un peu méfiant, soudainement il est redevenu le gros con qu'il est dans l'équipe, à l'école et dans nos entraînements. Mais je finis par m'assoir quand même près de lui.
- Tu veux commencer par quoi ?
- Le pire : anglais.
Je lève un sourcil et me tourne vers lui.
- Anglais ? J'aurais cru que ce serait plutôt maths ou histoire…
- Je m'en sors plutôt bien en maths. Histoire… ça va, même si j'ai un peu de mal à me souvenir des dates et des événements. Surtout des raisons politiques pour telle guerre, mais bon, finissons en avec anglais. On a un test la semaine prochaine, alors…
J'acquiesce à nouveau et nous commençons. Nous sortons quelques exercices et je lui explique les bases des leçons qu'il ne saisit pas. Nous passons l'avant-midi là-dessus et je le fais pratiquer quelques phrases pour améliorer son accent. Il rechigne un peu, mais je lui dis qu'un jour, il sera hockeyeur professionnel et qu'il devra parler anglais dans les interviews et même avec ses futurs coéquipiers. Ce commentaire l'encourage et le motive plus qu'il ne devrait. Je m'étonne d'ailleurs de la vitesse à laquelle il avance et s'améliore. Peut-être qu'il n'a pas vraiment de difficulté, mais qu'il a juste besoin d'un coup de pied au derrière ou de quelqu'un pour lui dire qu'il a du talent.
Après cette avant-midi avec lui, je réalise qu'il respire terriblement la solitude. Dans sa chambre isolée, avec cette femme saoule au salon, il me fait presque de la peine. Tout en faisant nos devoirs et en s'entraidant, il rit et blague avec moi comme si j'étais son ami de toujours et ça me fait tout drôle. J'essaie de garder mon sang froid et me rappeler qu'il est vraiment méchant, tous les jours, avec moi, et qu'il fait juste quelques efforts pour s'améliorer parce qu'il aime passionnément le hockey. Que c'est la seule raison pour laquelle il est civilisé avec moi en ce moment. Et que ça aurait pu être n'importe qui pour lui apprendre ces leçons.
Mais sous mes yeux, il se révèle plutôt gentil. C'est comme si je le découvre sous un nouveau jour. Il se moque, mais c'est taquin, et pas méchant. Il me pousse sur le lit, et met sa main sur mon visage pour me pousser comme le ferait deux frères. En réalité, on s'amuse beaucoup, et je ne me serais jamais attendu à ça. J'aurais pensé qu'il m'aurait insulté. À de nombreuses reprises. Qu'il m'aurait dit de ne pas lui parler, qu'ici le coach ne nous surveillait pas et qu'il pourrait lui dire n'importe quoi sur nos avancements. Mais Naruto tient beaucoup à la carrière de hockey qu'il a le potentiel d'avoir. Et je peux le voir. C'est… admirable.
En rentrant chez moi en début d'après-midi, je me rends compte que mon cœur n'a pas cessé de battre fort tout le long du trajet.
En montant l'escalier et en entrant dans ma chambre, m'appuyant sur la porte que je referme lentement, la pensée loufoque et terrifiante me traverse que peut-être, je suis en train de tomber amoureux de lui.
Les jours s'écoulent tranquillement. Janvier termine plus tôt que prévu et tout le monde se met à parler de la Saint-Valentin. Notre lycée comme tous les lycées commence l'organisation d'une soirée pour l'occasion. Mais je ne pense qu'à une chose : mon entraînement, mes figures qui sont loin de la perfection. Je pense aussi à Naruto, mais je me force à penser à lui dans le seul but de mon accord avec Kakashi. Je ne suis pas amoureux et je n'ai pas le temps de l'être. Une grande carrière m'attend.
Naruto et moi nous rencontrons deux à trois fois par semaine. Il décoche une note excellente pour son test d'anglais et parvient à garder sa place dans l'équipe. Il s'extasie avec ses amis et je l'observe de loin.
- Je te l'avais bien dit.
Je lève la tête et plonge dans les yeux de mon amie. Elle est assise face à moi à notre table de la cantine. Perdu dans mes pensées comme je l'étais, je fronce les sourcils et la fixe un moment en essayant de comprendre ce dont elle parle.
- Quoi ?
- T'es en train de tomber sous le charme, s'écrie-t-elle en levant une main accusatrice qu'elle dirige vers le blond, plus loin dans la cafèt'. Je me renfrogne et baisse les yeux sur mon repas.
- Mais non.
- Mais oui.
- Laisse-moi.
- Comment ça se passe avec lui ? Il fait des progrès ?
J'acquiesce.
- Il s'améliore. Je pense qu'il ne sera pas viré de l'équipe.
- Tant mieux. Tu as rempli ta part du contrat.
- Kakashi souhaite que je l'aide également sur la glace. Mais dans nos entraînements, il ne me laisse pas l'approcher. Je me fiche bien qu'il n'améliore pas ses techniques, mais Kakashi me pousse à faire de lui un joueur impeccable.
- Cet idiot est trop macho pour accepter l'aide qu'on lui offre, laisse-le rester nul, c'est son problème.
Je pousse un petit « Hmff » qui ne sonne pas très convaincu et Karin se penche vers moi. Je sens sa main fraîche attraper mon visage et rediriger mon regard vers elle.
- Cesse de le regarder ! souffle-t-elle. Tu vas finir par tomber amoureux et c'est hors de question. Cet idiot passe son temps à te rabaisser. Il rit de ta passion en disant que c'est un sport de fille. S'il apprenait en plus que tu es gay et que tu l'aimes, il te tuerait sûrement à coup de mots blessants et de moqueries. Tu mérites bien mieux.
- Karin a raison, dit Suigetsu en apparaissant subitement derrière elle.
Il porte un plateau avec son déjeuner et est accompagné de Juugo. Il s'assoit à côté d'elle et Juugo à côté de moi.
- Bien sûr que j'ai raison ! dit-elle. Oh, soupire-t-elle ensuite. La meilleure chose qui pourrait t'arriver, Sasu, c'est que tu tombes amoureux de moi. Mais bon… c'est impossible, hélas. C'est toujours les meilleurs qui sont réservés aux hommes.
Je souris, amusé. Suigetsu fait les gros yeux en la regardant.
- Hé oh ! J'suis là moi ! Et je suis hétéro à cent pour cent pour toi, ma belle.
- Laisse-moi tranquille, toi, grogne-t-elle.
Il se met à l'énerver, lui donnant des petits coups et la poussant et elle rigole en retournant les moqueries et les chamailleries. Elle a beau parler, mais plus le temps avance et plus l'amitié qui nous lit, et qui les lie, Suigetsu et elle, se change lentement en amour. Ils sont adorables à voir.
- Vous allez bien ensembles, dis-je.
Karin s'arrête et me fait la grimace en me balançant la première chose sur laquelle elle pose la main : sa barre au chocolat. Je l'attrape avant qu'elle ne me troue la tête et ris en commençant à déchirer le papier.
- Merci ! m'esclaffé-je.
- Non ! C'est à moi ! Redonne-moi ça !
- Tu as voulu me tuer avec, m'enquis-je, je crois que je l'ai mérité !
Elle s'énerve et je rigole avec Suigetsu tout en lui redonnant. Mais avant qu'elle ne la prenne, je recule à nouveau et ça l'énerve un peu plus. Juugo pouffe à mes côtés.
Nous rions ensembles tous les quatre, puis, après un moment, nous reprenons notre sérieux : il reste vingt-minutes avant que les cours ne reprennent et personne d'entre nous n'a terminé de manger. Suigetsu attrape son sandwich en me regardant :
- Sérieux. Uzumaki est le dernier mec que je te recommande. Tu es mon ami, Sas'. Et même s'il peut être tout doux pendant vos séances de rattrapage, c'est une peste. Tout à l'heure, ils étaient en train de se moquer de toi. Je les ai entendus.
Mon sourire et ma bonne humeur s'évaporent comme un bonhomme de neige fonderait sous un soleil d'été. Je baisse la tête et mes épaules se voutent. Un soupir m'échappe. Karin tend la main pour toucher la mienne.
- Je te l'avais bien dit. Il te fait du mal.
Moi qui croyais qu'il avait un peu changé.
- Il… était… assez sympa pendant qu'on travaillait ensembles.
- Il a besoin d'avoir de meilleurs résultats, me dit Juugo. Bien sûr qu'il était sympa. Il s'est servi de toi, voilà tout.
Je croise les bras sur mon torse et lève les yeux vers la table du fond où Naruto est avec ses amis. Kiba, à ses côtés, s'aperçoit alors que je les regarde et me mime des figures de ballerine en éclatant ensuite de rire. Naruto nous voit et Kiba lui frappe la poitrine du dos de la main pour l'encourager dans ses blagues idiotes. Le blond me regarde et sourit de son rictus carnassier. Mon regard se fait dur. La colère monte en moi.
Moi, amoureux de ce prétentieux ?
Plutôt mourir !
Trois jours se sont écoulés sans que personne ne puisse sauter sur la patinoire. Après la tempête de neige, il a fallu attendre que les services locaux déneigent le tout. Quand je peux enfin sortir en douce pour aller m'entraîner, j'éprouve un immense réconfort à retrouver ma glace chérie et la patinoire est vide et déserte. Pas une âme qui vive dans le parc. Le froid sans doute.
J'ai les joues rouges et glacées, les yeux qui coulent de temps à autres, mais je ne m'arrête pas. J'entraîne mon endurance et mon cardio en patinant de long en large intensivement. Je fais des longueurs sans arrêt, plusieurs fois. Après quoi je me mets à tourner en rond, toujours en favorisant la vitesse et l'habileté. Puis je décide de pousser les filets de hockey afin d'avoir plus de place pour pratiquer mes figures. J'en dégage un dans le coin et me tourne pour m'élancer vers l'autre bout pour dégager le deuxième. Mais en me retournant, je vois au loin quelqu'un qui arrive.
C'est Naruto.
Il balance son sac de sport dans la neige et s'assoit sur la bande pour enfiler ses patins. Je pense que je vais devoir garder mon côté de la patinoire.
Tout à coup, mon ventre se noue et j'ai peur de pratiquer mes figures. Que va-t-il penser ? Va-t-il se mettre à rire ? À se moquer ? Il est seul.
Je décide quand même de faire comme s'il n'était pas là. Ce n'est quand même pas cet idiot qui va m'empêcher d'avoir une grande carrière ! Je n'ai qu'à m'occuper de moi-même.
Je m'élance et me prépare à faire mon double piqué. Je tourne sur moi-même et saute en même temps. J'exécute la figure parfaitement, et étonnamment, j'atterris sans problème tout en gardant la pose.
Incroyable ! J'ai toujours réussi la position, et le saut, et les triples 360, mais jamais je n'avais réussi à atterrir sans tomber. Je n'arrive pas à y croire tandis que je suis toujours sur mes pieds à glisser sur la patinoire. Un grand sourire apparaît sur mes lèvres alors que je reviens sur mes pas pour recommencer. En me tournant, je me rends compte que Naruto m'a regardé. Il a un bonnet qui camouffle ses cheveux blonds et il tient son bâton de hockey debout à ses côtés. Je suis trop loin pour voir s'il a les yeux moqueurs ou admiratifs. Mais il m'a quand même vu.
Heureusement que le froid a déjà rougi mes joues avant lui. Je me sens très embarrassé. Je continue à patiner en me répétant de ne pas m'occuper de lui. Après un moment, il jette quelques rondelles sur la glace et détache son regard de sur moi pour aller pratiquer ses lancers.
Pendant près d'une demi-heure, nous nous occupons chacun de notre côté. Mais au bout d'un temps interminable, je n'en peux plus et je suis au bord d'un arrêt respiratoire. Essoufflé, je me dirige vers le milieu de la patinoire et monte sur la bande pour m'assoir un moment. Naruto doit sans doute entendre de là où il est ma respiration bruyante. Il abandonne la rondelle qui glisse jusqu'au fond de la patinoire (mon côté), et patine vers moi.
- Hey, dit-il.
Je fronce les sourcils, me rappelant des révélations de Suigetsu.
- Salut, dis-je.
Aujourd'hui, il ne tourne pas autour du pot et va directement au but :
- Écoute. Le coach a raison. J'ai définitivement un problème avec ma technique de croisé. Dans les matchs, ça me ralentit quand je tourne ou quand je reviens sur mes pas. Ça me fait perdre de la vitesse.
- Et alors ? dis-je, en faisant exprès de sonner fâché.
Il doit sûrement se douter que je l'ai entendu se moquer de moi ou que quelqu'un me l'a dit, puisqu'il a l'air désolé. Au moins, ça me prouve que c'est vrai. Quand je ne suis pas là, il se paie du bon temps à rire de moi.
Et pourquoi devrais-je m'en sentir blessé ? Il n'a jamais eu de secrets pour moi : nous ne sommes pas amis. Et il ne m'apprécie pas. Ce n'est pas comme s'il m'avait fait une quelconque promesse. C'est juste… décevant. Et je ne sais pas pourquoi exactement.
- Alors… Bon, écoute ça, lâche-t-il. Tu fais du patin artistique. Je viens de te voir là. Et j'en ai déjà vu à la télé. C'est impressionnant, vraiment. Et je sais que tu as énormément de talent sur tes patins. Tu n'es pas un débutant. Alors… Aide-moi. S'il te plaît ?
J'essaie de ne pas me laisser berner par ses compliments (qui, malgré moi, me font très plaisir) et continue à le fixer, méfiant.
- Pourquoi je ferais ça ? Je pensais que tu n'avais pas besoin de mon aide pour ça. Et le ringard te fait te sentir misérable après tout, parce que je suis parfait. Tu sais quoi ? C'est vrai : je suis parfait. Trop pour toi.
- Sasuke, je suis désolé, se plaint-il. Je peux être parfois… chiant et méchant, mais tu me rendrais vraiment un grand service. Je veux devenir le meilleur joueur possible pour devenir professionnel. C'est important pour moi.
- Qu'est-ce que j'en ai à faire, je te le demande.
- Oh aller, ne fais pas la tête ! Qu'est-ce que tu veux ? Que j'arrête de me moquer de toi ? C'est vraiment tout ? On peut avoir un accord là-dessus.
- On a déjà eu un accord. Je t'ai aidé. Tu as amélioré tes notes. Pourtant, malgré ça, je suis toujours un sujet très amusant pour toi et tes amis. Je me fiche que tu rigoles à mes dépens avec tes amis. Vraiment, c'est ta vie. Mais je ne suis pas du genre à me laisser faire et à te laisser profiter de moi. Il y a des tas de personnes dans cette ville qui ont du talent.
Sur ce, je saute sur la patinoire et retourne à mon entraînement. Mais Naruto me suit et m'attrape le bras fortement pour me retourner. Il a l'air désespéré quand il plonge ses billes azuréennes dans les miennes, de couleur onyx.
- Sasuke, je t'en prie.
C'est la deuxième fois qu'il ne m'appelle pas « Uchiha » et cette absence de mépris et de moquerie dans sa voix quand il pronom mon prénom est bizarrement agréable.
Non, ne te laisse pas avoir…
À l'instant, il est si beau que je pourrais tout oublier. Mais sa poigne sur mon bras me garde les deux pieds sur terre. Ou plutôt sur la patinoire. Enfin, je me comprends.
- Je suis un crétin, d'accord ? Je n'ai pas le droit de rire de toi. Tu as une passion et c'est admirable. D'ailleurs, tu t'en sors pas mal, admet-il. Mais moi aussi, j'en ai une. C'est sérieux pour moi, le hockey.
- Ce sera difficile de faire ça incognito, cette fois, dis-je. La patinoire est à l'extérieur. Des gens risquent de voir que je t'aide à améliorer tes techniques de patin.
- Eh bien, qu'il en soit ainsi. Je ferais tout pour avoir ma place chez les professionnels. Dans deux ans, je veux pouvoir m'inscrire dans une bonne fac et me tisser une place dans le hockey universitaire. C'est le seul moyen d'atteindre la grosse ligue.
Tu peux y arriver. Ce sont des mots qui restent dans ma gorge. Je le regarde alors qu'il me couvre des yeux. Il est si près. Dans le froid glacial, je n'arrive pas à sentir le parfum si particulier qui n'appartient qu'à lui, mais je peux l'imaginer. Elle est ancrée dans ma mémoire. Mince. C'est raté, pour ce qui est de ne pas tomber sous son charme.
Je me ressaisis et dégage mon bras.
- OK, dis-je d'une voix chevrotante que j'essaie désespérément de ne pas faire trembler. Montre-moi comment tu procèdes.
Il sourit et recule pour se donner un peu d'espace. Il prend un élan et patine quelques pas puis tourne en faisant son croisé, mais j'observe aussitôt une petite faille dans sa technique qui lui fait rater son prochain pas. Il continue et le fait de reculons et sur le côté. J'analyse le tout et nous passons l'heure qui suit à essayer d'améliorer tout ça. À nouveau, il se montre aimable. À nouveau, je me perds à imaginer qu'il m'aime bien, qu'il pourrait bien devenir mon ami à l'avenir. Mais les paroles de Karin, de Suigetsu et de Juugo me tournent dans la tête et je ne veux pas m'attacher à lui. Enfin… une partie de moi ne veut pas.
Il a beau être détestable, mais je suis capable de voir tellement plus en lui. Il se moque de moi et rigole avec ses amis sur mon cas. Et quand je suis avec lui, seul, je le trouve simple et sympa. Il est difficile à comprendre. Comme s'il était deux personnes à la fois.
Je me dis que demain, en cours, il continuera à me faire la vie dure. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'apprécier un peu plus sa compagnie.
Et peut-être que je suis déjà amoureux de lui, pour ce que j'en sais. En réalité, je ne sais plus où j'en suis.
- OK, une petite pause ! s'exclame-t-il en se laissant tomber contre la bande.
Il respire très fort et je le rejoins en freinant juste à côté de lui, lui envoyant une pelleté de neige au visage. J'éclate de rire alors qu'il grogne. Il s'étire ensuite pour prendre sa bouteille d'eau dans son sac. Je reste debout pendant qu'il se rafraîchit.
- Une pause ? dis-je. Tu es déjà fatigué ?
- Va chier, Uchiha, grommelle-t-il. C'est facile pour toi. Tu es mince et rapide. Tu t'épuises moins vite que moi.
Je souris sans pouvoir m'en empêcher.
Finalement, nous avons réussi à nous entendre. Nous ne sommes pas de grands amis, mais il fait des efforts pour me respecter un peu plus. Je ne peux pas en dire autant de ses imbéciles d'amis, mais au moins nos séances d'entraînements sont vivables. Naruto s'améliore de jour en jour. Il retient vite les conseils que je lui donne et devient excellent à vue d'œil.
Aujourd'hui, c'est vendredi matin. Mais c'est congé de cours et il fait si froid encore une fois que personne n'ose s'aventurer dehors - encore moins sur une patinoire.
- Bon d'accord, dis-je en m'approchant et en m'élevant pour m'assoir sur la bande. Quelques minutes.
Un petit silence s'écoule sans que ni lui ni moi ne trouvions quoi dire. Je suis épuisé aussi, mais je ne peux pas me permettre de me reposer nonchalamment. Il faut suer, il faut transpirer et il faut s'épuiser pour devenir meilleur.
- Alors, tu veux faire dans l'international ? demande Naruto, me prenant par surprise.
Je regardais au loin, perdu dans mes pensées. Je me tourne vers lui et ne peux m'empêcher de rougir doucement.
- Euh… Oui, enfin, si j'y arrive. Je travaille fort pour ça malgré les… moqueries.
- Tes parents doivent être fiers. Je t'ai vu l'autre soir. C'est vraiment impressionnant.
- Mes parents ? répété-je. Non. Ça non. Mon père ne veut pas que je fasse ce sport. Il dit que c'est… un sport de fille, et que je me ridiculiserais à coup sûr.
Naruto tourne la tête vers moi et riposte aussitôt :
- Ton père sait-il que des hommes pratiquent ce sport ? Et des femmes jouent également au hockey. Rien de tout ça ne définit une personne.
- C'est… exactement ce que j'essaie désespérément de lui faire comprendre.
- Ne lâche pas l'affaire. Tes parents comprendront un jour.
- Tu crois ? dis-je, m'étonnant de ses paroles.
Il détourne la tête et laisse dériver son regard vers l'avant. Je reste silencieux. C'est bien avec Naruto Uzumaki que je parle à l'instant ? Nous n'avons jamais eu de vraie conversation civilisée auparavant. Et jamais au grand jamais il ne m'a encouragé ainsi. Il vient carrément de me réconforter au sujet de mes parents - un sujet délicat en ce moment - en me disant de ne pas m'en faire et d'attendre qu'un jour ils comprennent.
Et soudainement, pensant à mes parents, j'en viens à me demander ce qui est arrivé aux siens. Je me souviens qu'il m'ait dit que son père était mort, mais sa mère ?
- Tu vas trouver ça… bizarre, mais… Je peux te poser une question ?
- Vas-y.
- C'est peut-être déplacé, mais où est ta mère ?
Je me mords les lèvres, ne sachant pas à quoi m'attendre. Peut-être est-elle morte elle aussi ? Peut-être qu'elle l'a abandonné. Qu'elle est malade quelque part. Il a dit que cette femme était la seule famille qui lui restait. Je m'attends à un silence, aucune réponse, une réaction violente, un « Ça ne te regarde pas ! », mais Naruto ne fait qu'étirer ses jambes sur la patinoire et soupirer.
- Elle est morte à ma naissance, explique-t-il. Je ne l'ai jamais connue.
- Oh.
Il se retourne et lève les yeux pour me regarder.
- Et toi ?
- Moi ?
- Ta famille, elle est comment ?
- Oh, euh… Ça va, j'imagine. Mon père est stricte et rêve de me voir pratiquer le sport le plus viril du monde. Il souhaitait que mon frère soit un athlète mais Itachi fait des études de droit et veut devenir avocat. C'est un métier très prestigieux alors mon père l'a laissé faire. Mais moi, je savais patiner avant de savoir marcher, donc il m'a inscrit dès mon plus jeune âge dans une équipe. Je n'ai jamais vraiment dit à quelqu'un que je souhaite plus que tout au monde faire du patin artistique. À part ma meilleure amie Karin… Mon frère le sait, mais il ne se doute pas que c'est sérieux à ce point là.
Je m'arrête. Ce que je viens de dire est faux, d'une certaine façon. Désormais, je l'ai dit. Je l'ai avoué à mon père, à ma mère, à mon frère. Tous les trois connaissent maintenant mon secret le plus caché. Mais penser à cette soirée là me donne la nausée. C'est aussi ce soir-là que je suis « sorti du placard ». Mon père ne m'a plus vraiment adressé la parole depuis. Ma mère est venue me parler un soir, quelques jours plus tard. Elle m'a dit qu'elle m'aimait et qu'elle s'en fichait de ma préférence pour les hommes. Elle m'a dit qu'elle se fichait que ma passion soit le patin artistique et qu'elle était fière de moi, qu'elle ne voulait que mon bonheur. Elle m'a embrassé et m'a serré dans ses bras en me disant qu'elle allait devoir simplement me protéger un peu plus pour que je ne tombe pas dans les bras de n'importe quel homme.
Avant de sortir de ma chambre, elle m'a dit de ne pas m'en faire avec mon père. Qu'il finirait par se remettre de sa déception au sujet de ma future carrière. Et qu'il m'aimait malgré tout.
Quand je repense à cette soirée là, je ne peux m'empêcher de penser à comment elle s'est terminée… Pour fuir les représailles de mes deux révélations, assez difficiles à avaler pour mes parents, je m'étais rendu à la patinoire du parc pour essayer de lâcher mes nerfs sur un peu de sport, et Naruto s'y trouvait déjà. Il avait été particulièrement méchant à ce moment-là.
Je secoue la tête pour chasser ces mauvais souvenirs.
Les choses sont un peu mieux aujourd'hui. Enfin… au moins, tout tient en équilibre pour l'instant.
- Tu n'as jamais rien dit à personne ?
- En réalité, récemment, je l'ai dit à mon père. J'en avais marre de tout garder à l'intérieur…
- Et il l'a pris comment ?
- Comme c'est venu… Il s'est fâché, et moi aussi, et… Je crois qu'il est peut-être déçu…
- Il ne veut pas que tu te ridiculises. Et il a sûrement raison. Regarde les imbéciles de notre lycée qui se moquent de toi. Imbéciles dont je fais partie, en plus.
Je ne dis rien, ne fais que sourire doucement en regardant au loin.
- Il n'a pas besoin de me tenir pour que je fasse un pas devant. Je suis assez grand maintenant.
- Ton père ne fait qu'être ton père. Voilà tout.
Sur ces mots, Naruto se lève et se place devant moi. Moi assis sur la bande et lui debout, nous sommes au même niveau. Il plante son regard bleuté dans le mien plus sombre et il ajoute :
- C'est une chance que tu ne réalises pas d'avoir toujours tes parents, Sasuke.
Ce n'est pas un reproche, ni un commentaire méchant. C'est juste la vérité et il l'a dite avec un ton doux. Je le réalise en même temps. J'acquiesce en silence et il se penche pour prendre son bâton et ses gants.
- Aller, on continue ?
- Ouais, soufflé-je, ébloui.
Les jours s'écoulent, toujours les mêmes. Je passe mes pauses déjeuners avec ma folle de meilleure amie, Suigetsu et Juugo, à rigoler et à se lancer des barres au chocolat - c'est devenu une routine en fait. Nous avons disputé un match samedi dernier et un prochain nous attend dimanche prochain. Je passe deux ou trois soirs par semaine à aider Naruto Uzumaki à améliorer ses techniques de patin. Nous sortons très tard le soir, parce qu'il ne veut pas qu'on nous voit ensemble. Ça ne me dérange pas. Je ne veux pas qu'on me voit pratiquer mes figures de toute façon. Quant aux entraînements d'équipe, ils restent les mêmes. Kiba est le plus chiant à endurer, avec ses amis. Naruto reste avec eux, mais se la ferme la plupart du temps.
Ma vie devient aussi étourdissante que mes triples piqués. J'ai d'ailleurs réussi à le faire double. Le triple reste difficile à exécuter, mais je n'abandonne pas.
Naruto Uzumaki. Comment le décrire ? Il pouvait être une vraie peste. Un connard de première catégorie. Toujours un mot moqueur à me balancer en pleine face. Un rire mauvais lancé dans ma direction. Surtout depuis le soir où il a découvert avec ses amis que je patinais ainsi. Puis peu à peu, il m'a laissé voir une facette que je me suis mis à aimer drôlement… Le garçon solitaire qui vit avec cette femme ivre. Il m'avait paru si triste ce jour-là, acceptant mon aide même si ça lui en coûtait sur la fierté. Il m'avait paru simplement… lui-même. Abandonnant le masque qu'il semblait porter en présence d'autres personnes. Et étrangement, j'avais presque pu voir derrière ce masque. Et même après avoir accepté mon aide sur la patinoire, je continue à le trouver si mystérieux et si inaccessible. Je veux, de jour en jour, un peu plus le connaître. Désespérément. Je le veux tellement que ça me fait peur.
Jeudi soir. Dix-neuf heures trente, environ. Vingt-et-unième tentative. Le triplé est impeccable, mais le même problème persiste : en retombant sur mes pieds, mes chevilles s'emmêlent et je m'écrase lourdement sur la glace. Je lâche un cri de douleur, sentant mes genoux prendre une grosse partie du choc. Je me redresse au même moment où j'entends sa voix s'élever non loin de moi.
- Ça va ?
Je lève la tête et acquiesce, essayant de ne pas paraître embarrassé. Je me remets sur mes patins et frotte mes mains sur mon pantalon pour enlever la neige.
- Ouais. J'ai encore foiré.
- C'est impressionnant ce que tu fais, vraiment.
Je le regarde avec de grands yeux. Il n'a pas de bonnet aujourd'hui, ses cheveux allant librement dans le vent hivernal. Ses joues sont rouges du froid et il esquisse un petit sourire moqueur que je commence à bien lui connaître maintenant.
- Tu veux rire de moi ou quoi ?
- Non, j'essaie d'être sympa. Tu l'as été avec moi.
- Tu n'as plus besoin de moi ?
- Pas vraiment. Je crois avoir compris le truc, merci des conseils. Et pour mes cours, ça va, je me suis beaucoup amélioré.
Je sens mon cœur me faire souffrir l'espace d'un moment.
- Alors qu'est-ce que tu fais là ? demandé-je, sentant mes mains se mettre à trembler.
- Tsunade est encore ivre et elle gueule dans le salon comme une folle furieuse, explique-t-il. J'avais pas trop envie de rester là. Je ne peux pas me concentrer pour faire mes devoirs. Alors je suis sorti. Je n'ai aucun autre endroit au monde que la patinoire, Sasuke.
La façon avec laquelle il vient de dire ça… c'est si incroyablement exact. Je ressens la même chose. C'est ici, sur cette surface de porcelaine glacée, que je me sens chez moi, là que j'appartiens. Je baisse la tête et vois mon reflet. Mes cheveux noirs débraillés qui volent au vent. Je n'ai pas mis de bonnet non plus.
Je lève la tête à nouveau.
- On se fait une partie ?
J'ai emporté mon bâton de hockey même si désormais mes parents savent que je viens m'entraîner pour autre chose. Il n'y a plus de secret, mais c'est une question d'habitude, sans doute… Je dirige mes yeux vers mon sac de sport où mon bâton gît par terre juste à côté. Naruto suit mon regard silencieusement quelques instants, puis dépose son bâton sur la glace.
- OK, accepte-il puis il se penche pour enfiler ses patins.
C'est étrange. Naruto n'a jamais été ainsi avec moi. C'est le capitaine de l'équipe, toujours hautain avec moi, méchant, moqueur, toujours prêt à me détruire. Il a fait des concessions pour améliorer ses résultats à l'école et pour améliorer aussi sa technique de patin, dans l'intérêt de sa future carrière. Mais maintenant qu'il vient de me dire qu'il croit que ça ira, qu'il n'a plus besoin de moi, pourquoi continue-t-il à se comporter avec moi comme un être humain avec respect ? Je m'attendais à ce que tout redevienne comme avant après notre « collaboration », qui ne tenait qu'à un fil, celui de notre marché avec le coach. Pas que je m'en plaigne, après tout…
- Alors tu vas tout de même rester dans l'équipe cette année ? demande Naruto alors qu'il passe par-dessus bord pour sauter sur la patinoire.
Je me penche et attrape mon bâton. Naruto sort de sa poche une rondelle noire avec le logo de son équipe préférée et la balance sur la glace.
- Kakashi n'a personne pour me remplacer et puis… en attendant, ça me garde en forme.
Naruto acquiesce, jouant avec la rondelle du bout de sa palette. Il est bizarrement silencieux, et calme. Comme si quelque chose lui occupait l'esprit. Je reste là un moment à le regarder, et me demande tout d'un coup si cela aurait à voir avec sa tutrice, saoule chez lui, alors qu'elle devrait plutôt être en train de s'occuper de lui. Et à nouveau, cette forte odeur de solitude émane de lui et me frappe de plein fouet, me faisant réaliser à quel point je suis chanceux, d'une certaine façon, d'avoir mes parents. On ne s'entend pas tous les jours, mais au moins, chez moi, ils sont là, à veiller à ce que je ne manque de rien.
Il me fait de la peine. Je souris alors et m'approche pour lui voler la rondelle.
- Après tout, je suis irremplaçable non ? m'exclamé-je tout en m'élançant vers le but de l'autre côté de la patinoire.
Naruto relève la tête vers moi et en me retournant, je le vois s'élancer à ma poursuite, un sourire naissant sur le visage.
- Hé ! Tu te prends pour qui comme ça ? Je suis le capitaine !
- Capitaine, capitaine, ris-je en profitant de ma vitesse qui surpasse la sienne.
Je l'entends marmonner quelque chose à mon sujet, mais je suis déjà devant le filet. Je lance la rondelle à l'intérieur et me tourne quand Naruto arrive à mon niveau.
- C'es pour moi.
- Donne-moi ça, grogne-t-il tout en allant chercher le disque noir. Comme si je vais me laisser me faire planter par toi !
D'une certaine manière, je sais que sa phrase n'est pas méchante. Je le ressens. Il fait quelques tours au centre de la patinoire pour s'échauffer et me fait signe d'approcher. Je le rejoins et il établit les règlements. Comme il n'y a pas de gardiens de but, pas le droit de tirer si on se trouve de l'autre côté de la ligne bleue. Les contacts sont admis, même si j'ai un peu peur vu sa corpulence - mais après tout, j'ai déjà encaissé pire que lui dans nos nombreux matchs du passé. Naruto semble avoir retrouvé le sourire et je m'en sens heureux, tellement heureux que ça ne devrait pas être normal. Finalement, la partie s'arrêtera lorsque l'un de nous deux marquera son dixième but.
C'est une heure et demie plus tard que nous nous écroulons au centre de la patinoire. Je ne sais trop pourquoi, lui comme moi nous sommes donnés comme si c'était une partie d'une importance extrême. Je n'ai jamais autant transpiré, et lui est dans le même état. Je suis essoufflé et pourtant j'ai le sourire accroché aux lèvres comme une abeille ne lâche pas son pot de fleur. J'ai froid et chaud en même temps. Naruto me jette un coup d'œil et son sourire s'agrandit.
Je ne sais pas si mon cœur s'affole à cause de mon souffle erratique ou bien à cause de « sa belle gueule » comme dirait Karin…
- Tu n'es pas si mal, admet-il alors.
- Ah ?
- Tu ne t'impliques pas beaucoup dans nos matchs. Tu restes sur le côté et tu laisses les autres tout faire. Mais tu as quand même du talent. Enfin… De l'endurance, rectifie-t-il.
- Merci, dis-je, ne sachant que dire d'autre.
La partie s'est terminée par un écart d'un but. Naruto a gagné, évidemment, mais c'était assez serré. C'est vrai que j'ai de l'endurance. Je n'ai pas beaucoup de talent pour manier la rondelle, mais je suis capable de résister et de suivre la vitesse de la partie. Et si j'ai réussi à faire neuf buts, c'est bien parce que je suis contre Naruto seulement et qu'il n'y avait pas de gardiens de buts.
- Il est quelle heure, tu crois ? demande-t-il au bout d'un petit silence.
Je secoue la tête, pour signifier que je ne sais pas, et je me lève pour aller trouver mon téléphone portable, quelque part dans mon sac. Naruto me suit et regarde par-dessus mon épaule quand j'allume l'écran qui affiche l'heure sous nos yeux.
- Vingt-deux heures trente ? s'exclame-t-il, affolé.
- Tu as un couvre-feu ?
- Non, mais… Mes devoirs, explique-t-il.
- Oh… Mais moi, j'ai un couvre-feu, dis-je.
- Tu as combien de temps pour rentrer ?
- Trente minutes.
- Alors dépêches-toi. Oh, attends, tu as un message, dit-il au moment où j'allais fermer mon téléphone.
C'est vrai, je ne l'avais pas vu. Un message daté de quelques heures plus tôt. Je l'ouvre et m'aperçois qu'il vient de ma mère. Elle me dit qu'elle est partie avec mon père à une soirée de remise de prix pour les étudiants de la fac, à laquelle Itachi était dans les finalistes. Elle me dit qu'elle aimerait que je sois rentré tôt pour qu'elle ne s'inquiète pas et de ne pas les attendre pour aller me coucher, qu'ils rentreront très tard.
- Génial, je vais être tout seul, marmonné-je.
- Bienvenu dans le club ! soupire Naruto.
Je baisse mon portable et le range dans ma poche. Qu'est-ce que ma mère en sait que je sois rentré avant ou après mon couvre-feu ? Elle n'est pas là. Mais j'ai froid, de toute façon. Et je suis fatigué. Alors autant rentrer tout de suite. Je me penche et prends mon sac de sport. Je me dirige vers la bande pour sortir et défaire mes patins. Naruto reste là à me regarder. Une fois mes bottes enfilées, je lève la tête et croise ses yeux.
- Hum… Tu vas rester là ? demandé-je, le cœur battant très, très fort.
Il hausse les épaules.
- Je n'ai pas envie de rentrer. Quand elle est ivre, elle est chiante et toujours sur mon dos.
- Alors viens chez moi, proposé-je sans réfléchir. Mes parents ne sont pas là. Tu pourrais t'avancer dans tes devoirs en paix.
Il me fixe un moment, semblant peser le pour et le contre. Je le vois hésiter, baisser le regard puis relever la tête après quelques secondes.
- OK, fait-il.
Pourquoi suis-je si content ? Naruto vient s'assoir à mes côtés sur le banc pour enlever ses patins. Il y a quelque chose entre nous deux… une sorte de malaise, une sorte de distance que nous nous donnons. Nous pouvons aussi bien rire et s'amuser dans une partie de hockey, mais être gênés ensuite l'un avec l'autre. Naruto est définitivement mystérieux, et difficile à atteindre. Il se montre dur et fier avec ses amis, mais avec moi, il devient un adolescent incertain et profondément seul.
- Bon, on y va ? dit-il une fois qu'il a mis ses bottes.
- Ouais… soufflé-je.
Je n'habite pas très loin du parc. Vingt-minutes de marche, et nous nous trouvons devant le porche de ma maison. Les lumières sont éteintes à l'intérieur et la voiture de mes parents n'est pas là. Ils ne sont pas là, et je sens mes mains trembler à l'idée d'être seul avec Naruto là-dedans. Je me sens soudainement terriblement gêné et nerveux. Il est derrière moi, alors que je plonge ma main dans la poche de mon manteau.
Le vide. J'écarquille les yeux lentement alors que mes doigts se referment sur rien du tout. Je mets toujours mes clés ici ! Je sors ma main et vérifie les poches de mon pantalon, me penche pour fouiller tous les petits compartiments de mon sac de sport. Rien ! La panique me submerge, alors que je réalise le froid glacial qu'il fait, à cette heure avancée de la soirée. Je me tourne ensuite et regarde le blond qui est là à attendre. Il me renvoie mon regard en fronçant les sourcils.
- Un problème ?
- Tu vas… la trouver bien bonne.
- Quoi ?
- Je n'ai pas mes clés, marmonné-je, honteux.
- Tu es sérieux ?
Il y a un petit rire dans sa voix, mais il n'est pas moqueur. J'acquiesce d'un hochement de tête. Avec la sueur d'un peu plus tôt, je gèle carrément sur place. Naruto doit être dans le même état.
- Et où sont tes parents ?
- À une soirée à la fac où mon frère va. Une remise de prix. Ma mère m'a dit de ne pas les attendre, qu'ils rentreraient très tard.
- Tu ne peux pas les appeler ? Ils rentreraient peut-être aussitôt.
- Non, impossible, soupiré-je. Ma mère éteint toujours son téléphone dans des soirées comme ça. Mais on peut attendre. Enfin, je vais attendre. Ils ne devraient pas mettre toute la nuit. Désolé... Je sais que tu ne voulais pas rentrer et endurer ta tutrice dans son état, mais…
- Je vais attendre avec toi, dit-il en fourrant ses mains dans ses poches.
Je le regarde, sidéré.
- Euh… Vraiment ?
Je vois sûrement très mal, mais Naruto Uzumaki, le même crétin fini qui s'amuse quotidiennement à faire de ma vie un enfer, commence en fait à devenir très… aimable. Il s'avance et s'assoit par terre sur le sol sans neige mais tout de même froid, contre le mur de ma maison. J'ai les yeux écarquillés. Je suis un peu gêné, mal à l'aise. Mais lui semble être convaincu d'attendre là avec moi.
Essayant de camoufler mes tremblements, je m'assois à côté de lui.
- Qui sait combien de temps ils mettront à rentrer ? dis-je, mais étant surtout très embarrassé à l'idée que mes parents rentrent en nous trouvant là. Ils savent désormais que je suis gay mais comment réagiraient-ils en voyant Naruto ? Je n'ai jamais ramené personne à la maison à part mes trois amis. Ils sont les seuls, exclusivement, à avoir déjà été invités en tant que mes amis. Ma famille sait parfaitement que je n'ai personne d'autre.
Je rougis d'avance. Naruto n'a pas l'air de s'en soucier.
Mais moi, si. Et plus les heures avancent, plus je deviens conscient du froid. Je ne sais pas comment il l'endure, de son côté, mais moi je gèle un peu plus à chaque minute.
- Ton frère étudie pour être avocat, alors ?
Je me retourne, surpris. Pas vraiment par le fait qu'il ne soit pas aussi glacé que moi, mais plutôt par le fait qu'il démarre une conversation. Nous ne sommes pas amis. C'est un fait. Mais depuis que nous nous sommes retrouvés forcés à coopérer chacun pour notre propre intérêt, quelque chose a bel et bien changé.
- Oui.
- Et toi ? Tu as une idée de carrière ? Enfin, reprend-t-il avant que je ne m'emporte en pensant qu'il ne me croit pas sérieux avec ma passion pour le patin artistique. Dans le cas où…
- Quoi ? lâché-je tout de même. Tu ne me crois pas capable de me rendre au sommet ?
- Laisse-moi terminer au moins, dit-il en souriant de ce petit sourire en coin, mais qui à l'instant me paraît amusé, simplement, plutôt que moqueur et cruel.
Je respire par le nez et le laisse continuer. Me croit-il capable de réussir ou pas ? La question est suspendue à mes lèvres et je découvre que j'ai terriblement envie de connaître sa réponse.
- Je veux dire qu'en cas de blessure ou autre, chose que je ne te souhaite absolument pas… Est-ce que tu as une alternative ? Un autre métier en tête que tu aimerais bien ?
Je me rends compte que c'est une chose à laquelle je n'ai jamais pensé. Une blessure. Ça arrive souvent. Trop souvent. Et ça brise les carrières des plus grands athlètes. Personne n'est à l'abri, puisque le corps humain n'est pas parfait et ne peut pas résister à tout. Même les plus forts. Ça pourrait m'arriver. Et si jamais je subissais une blessure m'empêchant de pouvoir continuer à patiner, que ferais-je de ma vie ? Rien. C'est la seule chose qui me traverse l'esprit. Je ne veux rien faire d'autre. De toute ma vie je n'ai jamais pensé à un autre métier, même pas une seule seconde.
- Je ne sais pas, dis-je. Je n'y avais jamais pensé.
- Rien ne t'a jamais plus importé que le patin, pas vrai ?...
Il est penché vers moi, un sourire tendre sur les lèvres. Je le regarde, me noyant dans ses perles bleues. Il n'y a aucune moquerie en elles, pour une fois. Et en nageant dans son regard, je me rappelle de la dernière fois où j'ai vu autre chose que de la méchanceté ou de la moquerie. C'était un vendredi matin, et malgré le froid, je me rappelle avoir ressenti ces sensations de chaleur dans mon ventre. Et ses paroles me sont restées dans la tête…
C'est une chance que tu ne réalises pas d'avoir encore tes parents, Sasuke.
Pourquoi est-ce que je pense à ça dans un moment comme maintenant ? Nous sommes tous les deux assis dehors alors qu'il doit bien faire moins vingt degrés. Le froid nous mord la peau mais pourtant je ne me préoccupe que de son regard bleuté posé sur moi. Et soudainement, ça devient très important que je lui dise ce que je m'apprête à lui dire.
- Tu avais raison à propos de mes parents, murmuré-je. Je suis chanceux de les avoir.
La surprise qui se met à étinceler dans ses yeux n'est pas préméditée. Il n'arrive pas non plus à la cacher et je le trouve adorable dans la minute qui suit.
- Quoi ? bafouille-t-il, pris au dépourvu.
- Tu dois te sentir si seul…
- Sasuke.
Je veux m'excuser, car il semble embarrassé, mais il tourne la tête et brise le contact de nos regards. Pendant un instant, il redevient inaccessible comme il l'a toujours été, me faisant réaliser que son regard ne peut pas le tromper. C'est dans ses yeux que sa vulnérabilité apparaît. Et ce que j'ai vu ne ment pas. Il n'est pas cette grosse brute auquel il se donne l'apparence dans l'équipe. Il n'a rien d'un dur à cuir. J'arrive à le voir. Et je n'imagine rien. C'est là. C'est dans son regard aussi fort que dans le mien quand j'observe mon reflet sur la glace.
- J'avais douze ans quand mon père est mort, révèle-t-il d'une petite voix.
Je ne dis rien, surpris à mon tour. Il lève la tête et regarde droit devant lui. Je contemple son visage de profil, me mordillant la lèvre alors que je ne peux m'empêcher de le trouver si beau. Jusqu'au timbre de sa voix qui me fait frissonner. Et ce n'est pas à cause du froid. Je tripote mes doigts gelés tout en gardant mes yeux scotchés sur lui, en train de lentement tomber définitivement amoureux de lui - et c'est une chose contre laquelle, à ce stade, je ne peux rien faire d'autre qu'assister en silence. De toute façon, mon être tout entier n'a plus envie de résister.
- Il était malade depuis longtemps, alors ça devait arriver. C'est mon parrain qui est mort brusquement, alors que ce n'était pas prévu du tout. Un accident bête. Il était le seul à qui j'avais confié mon secret le plus enfoui.
Mes yeux s'écarquillent doucement. Son secret le plus enfoui ? Pourquoi me dit-il cela ? A-t-il l'intention de me le confier à mon tour ? Je ne sais pas quoi faire. Je reste là, sans bouger, tremblant de plus en plus à cause du froid.
Il se tourne vers moi et me gratifie d'un pâle sourire.
- Et il a emporté mon secret dans la tombe alors aujourd'hui, oui, je me sens horriblement seul.
Mes lèvres semblent scellées. Je n'arrive pas à placer un seul mot. Je le regarde, comme un imbécile, jusqu'à ce qu'il lâche un petit rire.
- Et je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que… je peux te parler sans problème. J'ai étrangement le sentiment que je peux te faire confiance.
- Tu peux, soufflé-je.
Il sourit, sincèrement. Puis il se lève et me tend une main. Je le regarde en fronçant les sourcils.
- Tu es frigorifié. Et moi aussi, explique-t-il. Allons chez moi.
Peut-être parce que je suis effectivement frigorifié, ou parce qu'il me le demande si gentiment, je me retrouve à prendre sa main et, cinq minutes plus tard, nous sommes au milieu de la rue enneigée en direction de sa maison. Mes parents, visiblement, ne se soucient de rien et doivent croire qu'à cette heure-ci je suis déjà au lit quelque part dans le royaume enchanté des rêves. Alors ils ne se presseront pas à rentrer, surtout si la soirée se déroule bien pour mon frère. Après tout, c'est moi l'idiot qui est parti trop vite et qui a laissé ses clés derrière. J'aurais seulement préféré faire ce petit oubli durant l'été et non en plein hiver…
Naruto ne dit pas un mot durant le trajet, et j'ai peine à croire qu'il m'emmène bel et bien chez lui. De tous les élèves du lycée, il est le seul que j'aurais cru réellement capable de me laisser là à mourir de froid. Mais je commence à voir le vrai Naruto Uzumaki. Et je meurs d'envie de connaître ce secret qu'il a au creux du cœur et qu'il n'a révélé qu'à une seule personne, qui d'ailleurs est morte aujourd'hui.
Je souris doucement pour moi-même, alors que nous marchons en silence dans la rue, puisque les trottoirs sont perdus sous la neige et que marcher là-dedans nous ralentirait beaucoup trop.
Sa maison semble inanimée. Aucune lumière ne provient de l'intérieur. Il me fait signe de le suivre, sûrement parce qu'il me trouve un peu hésitant. Il doit être presque minuit maintenant. Qu'est-ce que je fous là ? Je ne devrais pas être là, me dis-je. Mais où pourrais-je aller ? Si Naruto ne m'avait pas rejoint à la patinoire, je serais encore à attendre mes parents dans ce froid infernal. C'est tout de même une chance…
Le blond insère la clé dans la serrure et ouvre la porte. À l'intérieur, tout est noir, effectivement. Il pose son sac à côté de la porte, et se débarrasse de ses bottes. Je fais pareil, un peu embarrassé d'être là à une heure pareille. Il ferme la porte et je me sens enveloppé dans une chaleur si agréable et si attendue que je pousse un soupir. Je me frotte les mains et croise les bras pour essayer de conserver cette nouvelle chaleur. Naruto me lance un regard, et un sourire en coin, avant de se diriger vers le salon, d'où provient une légère respiration, qui entre deux ou trois souffles se change en ronflement rauque.
Je le suis timidement, ne voulant pas me perdre dans l'obscurité absolue qui règne sur les lieux. Je ne connais pas sa maison, pas assez pour pouvoir m'orienter. Je ne suis venu qu'une seule fois après tout. Toutes nos autres séances de rattrapage se sont déroulées à la bibliothèque ou à la cantine.
Le salon est plongé dans le noir le plus complet. Naruto allume la lampe posée sur la table dans le coin, et j'aperçois sa silhouette se pencher ensuite vers sa tutrice. Il enlève la bouteille à moitié vide et me regarde.
- Je crois qu'elle a assez bu comme ça. Laissons-la dormir.
Il prend une couverture qui était posée sur le fauteuil derrière lui et couvre la vieille femme. J'observe la scène, quelque peu fasciné. Plus j'apprends à le connaître, et plus il s'éloigne du garçon détestable qu'il a toujours été avec moi. C'est étrange… mais si attrayant et attirant. Cela me donne profondément envie de faire d'autres pas en sa direction. Et pourtant, en même temps, avec lui c'est comme sur une surface de glace. Plus j'avance et plus il glisse au loin.
Il contourne le canapé et revient vers moi.
- Donne-moi ton manteau, dit-il.
J'obéis sans protester et enlève mon manteau, qui se retrouve ensuite dans ses bras. Il l'accroche et se dévêtit à son tour.
- Allons dans ma chambre.
Je le suis jusqu'à sa chambre. En entrant, son parfum qui occupe l'air me traverse complètement et je me sens presque aussitôt étourdi. Il s'étend sur son lit et me dit de m'installer confortablement. Après tout, ajoute-t-il, combien de temps mes parents vont-ils mettre pour rentrer ? Soudainement, je me sens si embarrassé que je trébuche presque sur une pile de t-shirt qui se trouve par terre sur mon chemin. Je me reprends et fais semblant de rien, dans cette pénombre, peut-être que Naruto n'a rien vu. Je m'assois sur la chaise à roulette de son bureau de travail.
- Je vais essayer de contacter mes parents, dis-je même si je n'ai aucune envie qu'ils viennent me chercher. Même si je suis embarrassé d'être là, seul avec lui dans sa chambre à minuit, je me sens étonnamment bien.
- OK.
J'écris un message avec mes doigts qui tremblent - ils sont sûrement en train de décongeler, je me dis, même si je ne parviens pas à me convaincre moi-même.
J'envoie le message et une éternité plus tard, toujours aucune réponse. Ma mère doit avoir définitivement éteint son portable.
- Alors ? demande Naruto, toujours sur son lit, après un très long moment.
- Rien, dis-je. J-Je veux dire, aucune réponse.
- Au moins, tu es au chaud, dit-il.
- Naruto… Pourquoi ?
- Pourquoi ?
- Pourquoi tu m'as emmené chez toi ? Nous ne sommes pas vraiment amis…
Ma voix est chevrotante, mais je ne peux rien y changer. Alors j'attends simplement. Il a allumé une petite veilleuse branchée dans le mur près du sol et c'est la seule lumière dans la chambre. La nuit est tranquille et Naruto dans l'ombre me paraît un peu trop loin. Mais je n'oserais pas me lever de cette chaise pour le rejoindre. Je tremble trop, et il s'en rendrait compte.
Et dans ma tête repassent les paroles de Karin et elle a raison…
Cet idiot passe son temps à te rabaisser. Il rit de ta passion en disant que c'est un sport de fille. S'il apprenait en plus que tu es gay et que tu l'aimes, il te tuerait sûrement à coup de mots blessants et de moqueries.
Que dirait-il s'il apprenait que je suis gay ? Étrangement, je n'arrive pas à l'imaginer se moquer de moi à ce sujet. Ou du moins, pas ici, avec moi, face à face dans le noir et dans la tranquillité. Avec ses imbéciles d'amis, peut-être bien… Et l'idée me fait souffrir. Brusquement et vivement. Non. Il ne faut pas qu'il le sache. C'est un secret que je veux également enfouir en moi, choisir consciencieusement les personnes qui doivent le savoir.
Puis, une pensée bizarre me frappe comme la foudre. Et si c'était ça, le secret de Naruto ? Qu'il n'a pas pu avouer à personne d'autre après la mort de son parrain ?
Mon cœur loupe un battement, et en même temps, il répond à ma question.
- Non, on n'est pas amis, admet-il et je sens quelque chose me transpercer la poitrine.
Je baisse la tête, et espère fortement que mes parents vont arriver pour me ramener à la maison.
- Sasuke… Peu importe à quel point tu crois que je suis un crétin fini et une brute qui te martyrises à l'école et dans l'équipe… Crois-moi, je ne laisserais aucun être humain dehors à cette température, même mon pire ennemi. Putain, je ne laisserais même pas mon chien dehors cette nuit si j'en avais un. Si c'est ça que tu penses de moi, eh bien… J'ai du travail à faire pour me remonter dans ton estime.
Ma tête se lève tout droit comme une flèche.
- Non, non, ce n'est pas…
- Je sais que j'ai été injuste avec toi, m'interrompt-il. Je sais comment j'ai été. Comment je me suis comporté.
Il baisse la tête et à ce moment seulement, je me rends compte qu'il tripote un bout de couverture entre ses doigts. Je ne vois presque rien, mais je fixe son visage uniquement. Quand il relève la tête, nos regards se croisent.
- Viens ici, dit-il. C'est plus chaud dans les couvertures.
- …Quoi ?
Ai-je bien entendu ?
Il rit.
- Aller, viens par là, dit-il.
- O-OK, dis-je, nerveusement.
Je m'approche en abandonnant mon téléphone sur la chaise. Je m'assois sur son lit et c'est vrai que c'est plus chaud. Les couvertures, les draps, sa présence. Tout est chaleureux et m'invite à m'y lover. Mais je garde tout de même mes distances, pour ne pas paraître trop insistant. Il ignore mon orientation et mon béguin du moment - lui. D'ici, la luminosité étant plus près, j'arrive à distinguer son visage souriant, ses traits taillés dans la perfection. Son regard triste, seul, et pourtant joyeux à l'instant.
- Ça va ? dit-il, me surprenant plus qu'autre chose.
- Ouais, numéro un, marmonné-je bêtement.
- Dis, je peux… hum… te dire quelque chose ?
Je ne sais pas si c'est l'obscurité qui rend ce moment exclusif et intime. Mais il me demande ça avec une voix presque prête à se dévoiler totalement. Je souffle un petit « oui » aussi vulnérable que ses yeux semblent l'être de nouveau. En arrivant dans sa chambre quelques instants plus tôt, il s'est aussitôt dévêtu et il ne porte qu'un t-shirt noir et un pantalon de pyjama. Ses cheveux sont débraillés, il a l'air de sortir du lit après une longue nuit. Il est mignon. Trop mignon, que je risque de me perdre dans sa contemplation plutôt que d'écouter ce qu'il tient à me dire. À dire à moi. Moi parmi toutes les personnes qu'il peut avoir près de lui tant il est populaire au lycée. Cette réalisation soudaine me prend aux tripes et me fait presque oublier où je suis.
- Avant d'arriver ici, dans ce lycée, je… J'ai vécu quelque chose que j'essaie désespérément d'oublier, mais je n'y arrive pas. Pas avec toi dans les parages.
- Ah… bon ?
- J'étais dans une équipe de hockey. Et les choses allaient très bien. Je n'étais pas capitaine, mais j'étais très aimé et… enfin, ma vie était très paisible. Mais un jour, j'ai fait l'erreur de… de me dévoiler comme j'étais vraiment. Et les autres gars se sont mis à me rendre la vie difficile. À se moquer de moi. Ils ont vraiment réussi à faire de mon quotidien un enfer. Pour la première fois de ma vie, me rendre aux entraînements me rendait presque malade et j'appréhendais les matchs comme si c'était un cauchemar éveillé. Ils n'ont jamais cessé de me lancer des insultes, de me dire de changer de métier, que ce n'était pas pour les… personnes comme moi. Mais je n'ai pas voulu cesser d'y croire.
» Mon parrain m'a convaincu de rester fort et de ne pas les écouter. Il a tout organisé et tout prévu pour que je puisse changer d'école. J'avais hâte d'arriver ici, dans ce lycée, et faire un nouveau départ. Jouer au hockey en essayant de ne pas mêler ma vie privée. Mon parrain, Jiraiya, me disait toujours que ce que j'étais en réalité, ça ne regardait personne, et que j'avais bien le droit de vivre ma vie sans le crier sur tous les toits. Que je n'étais pas moins moi-même après, dans l'intimité. Seulement, Jiraiya est mort durant l'été précédent ma rentrée dans notre lycée, l'année dernière. Sa mort m'a dévasté, et emménager avec Tsunade a été tout un changement aussi. Et toi…
- Moi ?
- Toi, répète-t-il fermement.
Puis il lève la main et je sens ses doigts toucher délicatement une mèche de cheveux contre ma tempe. Je le sens glisser cette mèche derrière mon oreille.
Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que c'est vraiment en train de se passer ?
- Je suis gay, souffle-t-il après avoir pris une énorme inspiration. Il retient toujours sa respiration, par contre.
Je le regarde, effaré. Comme dans une transe. Quelque part très loin d'ici.
- Et c'est ça qui m'a pourri la vie auparavant. Personne ne m'a pris au sérieux. Le hockey, c'est un sport… viril, brutal, violent. Très, très masculin. Tu le sais, non ? C'est ce que ton père veut que tu sois. Être gay, selon les conventions, n'a rien de tout ça. Mais je n'ai pas voulu laissé ça gâcher ma future carrière, alors, grâce à Jiraiya, j'ai pu avoir un tout nouveau départ et réussir sans révéler ce… enfin, ma vraie identité.
- Mais qu'est-ce que je viens faire dans tout ça ? murmuré-je, tétanisé.
Il me sourit discrètement.
- Dès que je t'ai vu la première fois, j'ai eu peur. Peur que mes plans échouent. Peur de foirer, de ne pas être capable de me cacher. Je t'ai adoré dès que tu as ouvert la bouche pour m'insulter. Ce n'était pas méchant, c'était ta personnalité. Et puis, entre nous deux, c'est moi qui ai été un monstre avec toi. Je t'ai fait exactement ce qu'on m'a fait dans mon ancien lycée. J'ai essayé de résister, de combattre cette attirance que j'avais, que j'ai pour toi, en essayant d'être méchant, de te repousser. Et en même temps, j'ai été pris de peur, d'une terrible peur que les gens le découvrent, qu'on me repousse et qu'on me rejette à nouveau alors je me suis laissé entraîner par les autres mecs de l'équipe quand ils t'ont pris pour cible. Je suis vraiment désolé.
J'essaie de tout analyser, de tout encaisser et tout assimiler mais c'est beaucoup d'information à la fois.
Son parrain est mort un peu plus d'un an auparavant. Il a été martyrisé par le passé. Il est gay. Il a une folle attirance envers moi. Il est désolé. Il m'a adoré dès notre première rencontre. Il a essayé de me résister. Il est gay et il est attiré par moi.
Attiré par moi…
Je le fixe, longuement, les yeux grands ouverts, sans pouvoir trouver les bons mots. Puis, mon cœur battant la chamade, j'ouvre la bouche, mais rien ne sort. Naruto me retourne mon regard perdu et, la seconde qui suit, je suis enveloppé dans le bleu de ses yeux alors qu'il se rapproche de moi. Quelque chose d'autre m'enveloppe aussi.
Le désir. Une envie qui monte en moi, qui bouille, comme un volcan.
Naruto m'embrasse. Aussi enfiévré que moi. Il pose sa bouche affamée sur la mienne et, bien que scandalisé pendant de brèves secondes, je réponds vite à ce baiser que j'attendais inconsciemment depuis longtemps. Attendait-il cet instant lui aussi depuis longtemps ? L'idée qu'il avait le béguin pour moi et qu'il était, pendant tout ce temps, attiré par moi, me retourne les tripes et crée toutes sortes de sensations agréables en moi. De l'excitation comme jamais je n'en ai ressenti. De la joie, de l'envie, du bonheur pur.
Oui, c'est mon premier baiser. Je ne sais pas si je m'y prends bien. Je laisse plutôt Naruto mener la danse. Sa main est contre ma nuque et des frissons partent de là pour ensuite venir faire frémir mon corps entier. Ses lèvres sont chaudes. Je ne savais pas que c'était aussi agréable d'embrasser. Nous sommes si proches. Je sens son souffle, son haleine douce qui caresse mes lèvres à mesure que nous respirons. Je suis maladroit, je le sens. Et je tremble encore. Et désormais, je ne peux plus le mettre sur le compte du froid. Parce qu'ici, en cet instant, il fait très, très chaud.
Je me sens nerveux, et si gêné. Mais tout ça est éclipsé par cette nouvelle expérience excitante. J'ai définitivement envie de Naruto et soudainement je me rends compte de mes hormones qui surchauffent, jamais je ne m'étais rendu compte que j'avais, lentement, mais sûrement, atteint cet âge où l'amour et le désir bouillonnent discrètement en nous et quand le jour vient où cette personne pour qui nous avons le béguin nous embrasse, tout ceci explose si violemment en nous. Je me sens vulnérable aussi, mais j'essaie de ne penser à rien d'autre. Surtout pas aux innombrables moments où ce garçon que j'embrasse là a pu se moquer de moi et détruire mes rêves et ma confiance. Mais ce Naruto semble avoir disparu. En ma présence, du moins.
- J'espère que tu peux me pardonner, souffle-t-il.
Quand il s'écarte, je réalise que j'en veux encore. Encore plus.
- J'y arriverai sûrement, haleté-je. Embrasse-moi encore.
Il me regarde, étonné, et je ne me reconnais plus. D'ordinaire, je suis vraiment prude et plutôt réservé. Mais Naruto a fait éclater quelque chose en moi. C'est envoûtant. Addictif. Quand ses deux mains encerclent mon visage et qu'il m'embrasse de nouveau, aussi ensorcelé que moi, je ferme les yeux. Je pose mes mains sur son torse, sentant ses muscles frémissants sous son t-shirt. Il s'allonge ensuite sur moi et je sens mon dos toucher le matelas. Le baiser, qui était timide et maladroit au départ, devient langoureux et profondément intense à une vitesse qui m'effraie et m'excite mais je ne saurais dire de quel côté je me penche le plus. Sa main glisse sous mon t-shirt et j'encercle sa nuque de mes bras qui tremblent toujours.
Mais c'est lorsque mon téléphone émet un bref bruit aigu et sonore que j'ouvre les yeux et réalise, le cœur qui bat à cent à l'heure, nos positions et ce qu'on est en train de faire. Ce que nous étions sur le point de faire. Il est allongé entre mes jambes et nous nous embrassons comme s'il n'y aura jamais de lendemain. Je me sens rougir intensément alors que je réalise que je viens de recevoir un message et que, vu l'heure, c'est sans doute ma mère.
Naruto me regarde et s'écarte ensuite, se passant une main dans les cheveux.
- Euh… Désolé, baragouine-t-il.
Je me lève et me dirige vers mon portable au moment même où il se met à sonner. Ma mère déteste les textos, elle préfère appeler tout simplement. Je décroche aussitôt pour éviter que la sonnerie ne réveille la vieille femme au salon.
- Allô ?
- Sasuke ! Je viens de voir ton message, mon pauvre cœur, tu es dehors dans le froid ? Mon dieu, c'est terr…
- Maman, ça va, m'empressé-je de dire. Un… un ami m'a invité chez lui pour que je reste au chaud…
Naruto me regarde et plaque sa main sur sa bouche pour éviter de rire à ma dernière phrase. Je me rends compte de son double sens et me retiens de justesse de rire à mon tour.
- Ah bon ? Oh, je suis rassurée alors. On va passer te prendre. Désolée, la soirée s'est terminée tôt, mais nous avons eu un petit problème avec la voiture.
- OK, ça va.
Je lui indique l'adresse de la maison de Naruto et raccroche ensuite.
Et nous restons là. Dans un silence gênant. L'appel de ma mère nous a tous les deux ramenés brusquement dans la réalité. Avant celui-ci, nous étions en train de nous embrasser chaudement sur son lit… Mon dieu, qu'allions-nous faire ? Je dois admettre que j'étais perdu dans ces sensations nouvelles et habité par un désir fort et une envie présente et, surtout, envoûté par mes sentiments désormais réels pour lui. Allais-je céder ? Me laisser aller ? Serions-nous allé plus loin où l'un de nous aurait arrêté l'autre ? C'est trop… soudain, trop tôt, trop vite.
Naruto est le premier à briser le silence. Assis sur son lit, les joues roses - et je peux imaginer les miennes assez semblables - et le t-shirt un peu débraillé, une manche tirée vers le bas révélant un bout de son épaule. J'ai dû tiré dessus sans le vouloir quand je m'accrochais à son torse et que j'ai dirigé mes bras vers sa nuque. Je le regarde, le souffle court et le cœur battant.
- Désolé. Je ne voulais pas te… mettre mal à l'aise.
Je réalise que nous venons de nous embrasser langoureusement, amoureusement même, je ne peux le nier, et que désormais je suis là, à presque trois mètres de distance de lui, à l'autre bout de sa chambre. C'en est presque ridicule. Je souris et m'avance quelque peu, fuyant tout de même son regard intense.
- Non, c'est rien… Je veux dire, euh… Je ne m'attendais juste pas à… ça.
- Quoi ? Mon orientation ou moi qui t'embrasse sans prévenir ?
Et il rougit brusquement.
- Oh ! Tu… Pardon, je t'ai fait cet aveu si soudainement, je n'ai même pas réfléchi au fait que tu sois… Enfin, que tu sois gay toi aussi. Désolé si ce n'est pas le cas, je…
Je ne peux pas le laisser s'enfoncer dans cette horreur : croire que le garçon qu'on vient d'embrasser avec tant d'abandon est hétéro.
- Non ! Je… je suis gay aussi. C'est…
- Le baiser, alors ? dit-il, et dans sa voix je ressens son soulagement.
- Ouais…
Il se lève et nous nous regardons, méfiant de mon côté parce que tout ceci semble sortir tout droit d'un rêve fou, hésitant de son côté, alors qu'il fait quelques pas vers moi. Et comme tout à l'heure, il se rapproche de plus en plus et je ne vois plus que ses yeux bleus alors qu'il est maintenant plus qu'à quelques centimètres de ma bouche. Et cette sensation ensorcelante me possède de nouveau. Ses lèvres sur les miennes. Je me rends compte que j'en veux plus, que j'ai une faim pure et dure pour lui tout entier.
Il m'embrasse avec hésitation, mais je bouge mes lèvres pour lui faire comprendre que j'aime ça. Que je ne suis pas dégoûté ou que je n'ai pas peur. Il sourit légèrement contre ma bouche et ouvre les lèvres et je me perds encore plus dans cette cavité chaude qui m'accueille… Sa langue touche la mienne et le contact est électrisant. Il touche ma taille de l'une de ses mains et je frissonne de tout mon corps. Tout en m'embrassant, il m'enlace lentement et je vois défiler toutes les fois, innombrables, où il a été un véritable salaud avec moi. Ses paroles méchantes, son rire se mêler avec celui des autres gars de l'équipe, même avant qu'ils ne découvrent tous que je fais du patin artistique. Je le vois me plaquer sur le mur dans le couloir de l'école, acceptant mon aide à la condition qu'il ne revoit pas ma tête l'an prochain. Et ici, dans l'intimité de sa chambre, il m'avoue être gay, avoir souffert ce que je souffre présentement et avoir un béguin secret pour moi depuis le jour de notre première rencontre.
On peut dire que ça m'étourdit presque autant que la chaleur de sa bouche, et de ses mains posées sur moi.
- C'est donc pour ça qu'on ne t'a jamais vu avec une fille, dit-il, sur un ton amusé en s'écartant de quelques centimètres seulement, de sorte que je sens ses lèvres bouger pour dire cette phrase.
Et ça me réveille soudainement : non, on ne m'a jamais vu avec des filles. Mais lui, oui !
- La fille de l'autre jour, c'était ta petite amie ?
- Pas vraiment, avoue-t-il en reculant un peu. On sortait ensemble, mais je le faisais que pour mieux me couvrir…
- Pour cacher ton attirance envers moi, marmonné-je, ayant l'impression de jouer un rôle.
C'est si étrange ! De toutes les personnes possibles, c'est de moi qu'il est attiré… physiquement. Alors que je n'ai pourtant rien de… d'extraordinaire. Des tas de garçons au lycée sont bien plus attrayants que moi. Moi et mon physique ordinaire, mon corps bâti mais que très légèrement - après tout, mon corps doit être fin et rapide pour exécuter mes figures de patin. Mes cheveux noirs ébouriffés, mes yeux noirs, ma peau fade. Que peut-il bien me trouver ?
- Ouais. Exact.
- C'est si… nouveau pour moi. Il y a encore une semaine et quelque, tu me détestais terriblement. Mais là encore c'était une couverture, non ?
- Oui, en quelque sorte…
- Mais qu'est-ce qui a bien pu t'arriver pour que tu aies si peur ?
Il se masse la nuque et sourit légèrement. C'est ce moment que choisit ma mère pour envoyer un message qui fait vibrer mon téléphone. Elle me dit qu'ils sont là devant la porte et qu'ils m'attendent. Je relève la tête et hésite à laisser un baiser sur les lèvres du blond. Au lieu de ça je m'approche et l'enlace délicatement. Essayant de prendre un peu de sa solitude et l'emporter avec moi, essayant de lui faire comprendre qu'il n'est pas tout seul dans cette situation. Et que peu importe ce qu'on lui a fait dans son ancienne école, ces jours là sont derrière lui et qu'il n'aura plus jamais à les revivre. Pas avec moi dans les parages, comme il le dit si bien.
Je m'habille et sors rapidement, souhaitant bonne nuit au jeune homme, déboussolé à l'idée qu'il n'est définitivement pas mon ami. Ni mon ennemi. Qui est-il maintenant ? Mon petit ami ? Je ne crois pas… Ces baisers que nous avons échangés, ils ont parus si… soudains et j'avais l'impression pendant tout le temps que nous étions tout deux curieux et seulement en train d'expérimenter...
Je m'assois dans la voiture derrière, à côté de mon frère qui me demande aussitôt comment il s'appelle. Je le bouscule et il rigole alors que je boucle ma ceinture de sécurité, lançant un regard à mon père. Il ne se retourne pas, ne fait que serrer les mains autour du volant alors qu'il repart sur la route enneigée.
Je me retourne et observe la maison qui s'éloigne à travers la vitre de la voiture. Je réfléchis à moi et Naruto, et peu importe ce que Naruto ressent, si ses sentiments pour moi sont vrais ou si ce n'est qu'une attirance physique pure et simple, il n'y a pour moi plus de retour en arrière possible. Je suis amoureux de lui et je vais devoir vivre avec ça.
À SUIVRE...
