Titre : Le garçon et l'Agent orange
Chapitre 1 :Tension, attention
Résumé : Une enquête qui emmène Booth et Brennan très loin de chez eux devient très personnelle pour Booth.
Spoilers : 6X09, mais pas au-delà.
NA : Voici un chapitre un peu plat, mais grandement important. Le prochain sera meilleur! Oh! Oui, j'oubliais, il y a des erreurs dans la syntaxe des phrases dans la deuxième partie. C'est pour rendre le dialogue plus réaliste.
Il savait qu'il agissait en salop, mais il savait qu'en gardant sa gueule fermée, il ne risquait pas de dire quelque chose qu'il regretterait plus tard. Il savait qu'elle se questionnait. Il savait qu'à l'intérieur d'elle, elle se demandait ce qu'elle avait fait pour mériter ce traitement du silence. Cependant, il savait aussi que ses paupières s'alourdissaient sous le poids de douze heures de conduite et que son habileté à rester éveillé longtemps, comme il l'avait développé dans l'armée, s'effaçait au fil des ans. Il savait que ses 10 heures de sommeil dans les trois derniers jours le rendaient irritable, colérique et impatient. Il savait que ses jointures tournaient au blanc sur le volant. Il savait qu'une fois arrivés à leur destination, ils auraient plusieurs heures de marche à faire avant d'arriver au corps. Il savait que s'il ouvrait la bouche, il allait dire quelque chose qu'il allait regretter. Alors, il la gardait fermée.
Elle ignorait s'il s'agissait de la longue route ou simplement d'un manque de sommeil dû à leur courte nuit, mais la compagnie de Booth en cet instant était totalement insupportable. La route avait été longue, ennuyante et Booth ne lui avait à peine adressé deux mots durant les trois dernières heures. Les seules paroles prononcées avaient été des mots colériques échangés avec les douaniers au moment où ils avaient traversé la frontière alors que le Bureau avait oublié de les avertir de leur venue. Apparemment, les Canadiens n'aimaient pas beaucoup lorsque les Américains tentaient de traverser des armes à leur frontière.
Alors qu'ils avançaient à travers les routes enneigées d'un froid mois de décembre, Brennan tentait de chercher un sujet de conversation, n'importe quel sujet.
« Vous savez? Dr Drolet était l'un de mes professeurs favori lorsque j'étais au collège. Il a révolutionné l'anthropologie judiciaire; certaines de ses techniques sont encore utilisées aujourd'hui. C'est l'un des hommes les plus intelligents de la planète. J'étais une de ses étudiantes favorites.
- Ça, j'en suis persuadé! Dit Booth avec d'un ton aigre.
- Que voulez-vous d'insinuer?
- Rien…
- Booth!
- Je suis désolé, c'est sorti tout seul. Avez-vous faim? Moi, j'ai faim.
- Booth!
- Écoutez, Bones, je ne sais pas ce qui m'a pris.
- Booth…
- Ok, je voulais dire... oh, c'est stupide. Mais, vous n'avez pas le meilleur dossier en matière de relation professeur-élève.
- Vous vouliez insinuer que j'avais des relations intimes avec le docteur Drolet? C'est odieux de votre part!
- Je vous l'ai dit, Bones, je me suis trouvé idiot à la seconde où c'est sorti de ma bouche. Pouvez-vous juste tout oublié?
- D'un autre côté…
- Quoi?
- Il n'aurait pas été complètement irrationnel de penser que nous avions des relations sexuelles. Nous étions proches, il m'a enseigné en grande partie ce que je sais aujourd'hui et nous passions la majorité de notre temps ensemble.
- Et alors… dit-il alors que la curiosité s'emparait de lui. Vous avez couché ensemble?
- Il était marié et devait avoir plus de trente ans de plus que moi.
- Je ne vous avais jamais pris pour une femme d'une si grande morale, Bones, continuait-il à la blague.
- Booth!
- Je plaisantais.
- Mais non, je n'ai jamais couché avec lui. Je n'en ai jamais eu même l'envie. J'étais complètement et totalement concentrée sur mon boulot.
- Je vois…
- Il y a quelque chose qui ne va pas, Booth?
- Non!
- Vous ne me semblez pas dans votre assiette.
- Oh! Je me sens juste un peu coupable d'avoir fait cette présomption, de vous avoir accusé d'avoir couché avec quelqu'un sans même l'avoir connu.
- Ce n'est pas juste cela, Booth, vous ne semblez pas dans votre assiette depuis que vous êtes venu me chercher. En fait, vous ne semblez pas bien aller depuis quelques jours déjà. Vous êtes sûr que tout va bien? Vous n'entendez pas de voix, vous n'avez pas d'hallucinations?
- Non, Bones, mon cerveau va bien. Je suis juste un peu… fatigué. C'est ça. Je crois que 'fatigué' est le bon terme. Je ne dors pas bien ces derniers temps, je me querelle constamment avec Rebecca à propos des vacances de Noël avec Parker et les dernières enquêtes ont été pour le moins…
- Drainantes?
- Ouais, vous le ressentez aussi?
- Je crois que vous avez besoin de vacances, Booth. Vous n'avez pas vraiment arrêté de travailler depuis que vous êtes revenu d'Afghanistan et on ne peut pas dire qu'il s'agissait de vacances.
- Ce n'était pas des vacances, en effet.
- Ça vous ferait du bien de partir quelques jours avec Parker et Hannah. Vous videz l'esprit des meurtres, de la guerre, de la violence. Ayez du plaisir pendant les Fêtes, montrez à Hannah combien vous aimez Noël ».
Booth soupira, ferma les yeux un court instant et reprit une inspiration. Venait-elle vraiment de lui conseiller de prendre des vacances avec Hannah? Elle avait dit cela après ce qu'elle lui avait dit dans sa voiture après l'enquête de Lauren? Après qu'il l'ait rejetée?
« Vous êtes une femme épatante, Bones, sourit-il en se retournant vers elle un instant pour la regarder dans les yeux.
- Je sais ».
Pendant un moment, un silence envahit la voiture, chacun réfléchissant à la conversation qu'ils venaient d'avoir.
« C'est à Notre-Dame-des-Bois où nous nous rendons, n'est-ce pas? Demanda Booth tentant d'alléger l'atmosphère.
- Oui, pourquoi?
- Et bois en anglais, c'est woods, non?
- Je suis impressionnée, Booth!
- Je connais un peu mes langues étrangères, Bones! Sourit-il de son traditionnel sourire arrogant. Mais qui voudrait habiter dans un endroit qui signifie littéralement 'habiter dans les bois'?
- 815 personnes apparemment. J'y suis déjà allé l'été où j'ai travaillé à Montréal avec le docteur Drolet, c'est un village plutôt pittoresque. Les montagnes, la nature, il y a un des plus importants observatoires d'astronomie en Amérique au sommet d'une de ces montagnes.
- Ah! Des trucs de fouines. Je savais qu'il y avait une raison pour que vous soyez aussi excitée à l'idée d'aller dans un endroit dont le nom semble tout droit sorti de l'univers de Davy Crocket.
- Je ne sais pas de quoi vous parler, Booth, mais je crois que le nom Notre-Dame-des-Bois sonne plutôt catholique, si vous voulez mon avis.
- Toutes les rues, villes et villages que nous avons traversés depuis la frontière ont un nom catholique Bones! » Il lui sourit. Malgré la fatigue qui l'envahissait, il sentait qu'ils se remettaient lentement sur la même longueur d'ondes.
Ils étaient assis sur la voiture depuis maintenant plusieurs heures, habillés de la tête aux pieds comme s'ils partaient en expédition en Antarctique, assis sur le capot de leur voiture hybride sous-compacte à 5 portes. Connaissant depuis bien longtemps son ancienne élève et sa volonté que les choses soient faites à sa manière, le docteur Drolet avait jugé préférable de l'attendre avant de commencer l'examen de la carcasse dont le crâne et quelques os avaient été trouvés au sommet de la montagne au pied de laquelle ils patientaient. Le corps n'avait pas été identifié, on savait pourtant que les restes avaient été éparpillés de part et d'autre de la ligne frontalière séparant le Canada des États-Unis. Évidemment, les équipes de la SQ et du FBI étaient déjà là-haut à préparer la scène, mais il était important pour lui d'attendre son ancienne élève, collègue et amie avant de tout commencer.
Drolet, qui avait beaucoup d'affection autant pour son ancienne interne que pour sa nouvelle, avait aussi jugé bon de présenter lui-même le docteur Brennan à sa nouvelle protégée, les guidant toutes les deux dans la bonne direction, sachant pertinemment bien que l'une était beaucoup moins habile socialement que l'autre. Il jeta un œil à sa jeune étudiante qui tentait de passer son temps en lisant le journal et sourit fièrement. Il n'avait eu, par le passé que peu d'élèves aussi assidus et enthousiastes qu'elle à propos du travail qu'ils faisaient. Elle avait démontré au cours des dernières années une intelligence supérieure à tous les stagiaires qui l'avait accompagnés, tous sauf une qu'il attendait avec impatience assis sur le capot de sa petite voiture.
« Mais, qu'est-ce qu'ils font? Ça fait plus de cinq heures qu'on les attend. S'ils tardent trop, la nuit va tomber pis on va être obligés de revenir demain.
- Washington n'est pas la porte à côté, Val. Avec l'état du corps en haut, je crois qu'on va être obligé de revenir demain de toute façon. J'ai déjà réservé deux chambres dans une auberge non loin d'ici.
- Merci. Mais quand même, j'ai vraiment pas envie de les attendre jusqu'à ce que la nuit tombe. Pourquoi on les attend de toute manière? Je veux dire, c'est évident que la victime vient d'ici? Il n'y a pas âme qui vive de l'autre côté de la frontière d'ici 30 à 50 kilomètres.
- Oh, là, là! Ma chère, tu sautes aux conclusions! Comment peux-tu savoir que ce n'est pas un Américain qui est venu porter un corps américain là-haut? D'abord, les preuves, ensuite les accusations.
- Excusez-moi. J'imagine que je perds patience.
- Ma mère me disait toujours que la patience était une vertu.
- Votre mère était une femme sage, dit la jeune femme en posant le journal. C'est vraiment le docteur Brennan qui va venir examiner les restes?
- Avec son partenaire du FBI!
- Waouh! J'ai toujours voulu travailler avec le docteur Brennan.
- Je sais. Tu me fais penser à elle. La même concentration, la même intelligence… t'as de meilleures habiletés sociales par contre… dit-il à la blague, la faisant éclater un petit rire nerveux.
- Devez-vous vraiment rester en bas, ici? Ce serait moins délicat de monter là-haut avec deux Américains qui ne veulent rien savoir de moi si vous y étiez.
- Je viendrais avec plaisir, ma chère, mais mon cardiologue m'a formellement interdit tout exercice excessif et apparemment, l'escalade entre dans cette catégorie.
- Oh! Alors, qui suis-je pour discuter des affaires de cœur, moi qui ne suis qu'une experte des os? Blaguait la femme.
- J'adore ton sens de l'humour. Je ne veux pas vous comparer, mais tente d'éviter de faire des blagues telles que celles-ci au docteur Brennan, ce n'est pas vraiment son fort, rit le docteur Drolet. Elle a toutefois moins tendance que toi à sauter aux conclusions, finit-il alors qu'on entendit le grondement d'un VUS pénétrer dans la voie.
- Définitivement des Américains, sourit la jeune femme en se levant pour se diriger vers l'arrière de la voiture.
- Exactement ce que je disais, se leva à son tour le vieil homme pour aller accueillir sa vieille amie. Docteur Brennan, s'écria-t-il aussitôt que la portière du passager s'ouvrit.
- Docteur Drolet.
- Tempérance, continua le vieil homme en serrant sa bonne amie dans ses bras pour l'embrasser sur les deux joues.
- Tempérance? Répéta Booth en se moquant du drôle d'accent avec lequel le docteur avait prononcé le nom de sa partenaire.
- Ne vous moquez pas de l'accent local, Booth. Excusez-le, il ne s'adapte pas très bien lorsqu'il est loin de chez lui.
- J'en ai une similaire en tous points dans la voiture. Val?
- J'arrive, disait la jeune femme en rassemblant tout son matériel. Oui, Dr Drolet?
- Voici le docteur Tempérance Brennan, dit le docteur Drolet en pointant son amie. Tempérance, voici ma nouvelle assistante, Valérie Bergeron ».
Sans hésiter et de son sourire qu'elle gardait habituellement collé à ses lèvres, Valérie serra avec enthousiasme la main du docteur Brennan qu'elle avait voulu rencontrer maintenant depuis très longtemps. Brennan, elle, de son côté, observait bien la jeune femme les sourcils levés au ciel. Il y avait quelque chose chez elle qui lui était familier, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
« Bones, dit Booth en essayant d'attirer l'attention de sa partenaire.
- Oh désolée, dit-elle en pointant son partenaire, mais sans ne prononcer une parole supplémentaire, son regard restait fixé sur la jeune fille.
- Agent spécial Seeley Booth du FBI, intervint Booth ne comprenant pas pourquoi Brennan gardait son regard fixé sur la jeune femme. Bones, ça va?
- Booth, sa structure osseuse vous dit quelque chose? Demanda-t-elle en prenant le visage de la jeune fille dans ses mains et la rapprochant du sien.
- Bones!
- Regarde, Booth, le zygomatique, j'ai déjà vu ce zygomatique quelque part, mais je ne sais où.
- Ouais, je vois, Bones, disait-il en tentant par tous les moyens d'amener Bones à lâcher le visage de la pauvre fille qui ne semblait que surprise à l'idée d'avoir le visage coincé entre les mains du docteur Brennan. Moi aussi, je crois l'avoir vu quelque part, mais s'il-vous-plait, lâchez le visage de mademoiselle Bergeron. Allez.
- Waouh, Dr Drolet ne plaisantait pas en parlant des habiletés sociales, dit Valérie lorsque son visage fut enfin libre.
- Pardon? Demanda Brennan inconsciente de l'insinuation.
- Rien! Intervint Dr Drolet avant que la situation ne s'envenime. Je ne peux monter avec vous. Mon trouble cardiaque m'en empêche, mais Valérie se fera un plaisir de vous accompagner. Nous avons installé une caméra et une oreillette, je pourrai donc suivre tout ce qui se dit là-haut et pourrai faire l'examen avec vous.
- Je ne suis pas certaine d'être confortable avec cet arrangement. Mademoiselle Bergeron semble bien compétente, mais elle n'a pas le doctorat ni l'expérience pour entreprendre seule une enquête.
- Tempérance, je peux vous assurer que Valérie est la plus compétente et la plus intelligente des internes que j'ai eus depuis exactement douze ans.
- Je vous ai quitté il y a douze ans.
- C'est exactement ce que je voulais dire. D'ailleurs, je crois que vous pourrez lui être d'une grande aide là-haut avec votre expérience.
- Vous voyez, Bones, Valérie ici est super compétente et ensemble vous pourrez nous dire tout nous dire sur ce corps qu'il y a là-haut. Venez vous habiller, nous avons une montagne à escalader ».
Sans ne dire un mot de plus, Booth se dirigea vers le coffre arrière de son VUS alors que son regard se dirigea vers Valérie qui était retournée s'assoir sur le capot de la petite voiture pour continuer à lire son journal. Bones avait dit vrai. Lui aussi l'avait vu quelque part, mais n'aurait pu dire où. S'habillant de la tête aux pieds afin de faire face aux intempéries des hivers canadiens, enfilant passe-montagne, cache-cou, bottes d'hiver, manteau et pantalon isolé ainsi qu'une paire de raquettes, le couple américain fut prêt en moins de deux à explorer les montagnes blanches le long de la frontière. Booth s'approcha de Valérie qui leva les yeux de son journal.
« Vous êtes prêts? Demanda-t-elle.
- Ouais. Complètement prêts. C'est le journal du jour?
- Ouais. Pourquoi?
- Non, je ne faisais que regarder le résultat de la partie d'hier… génial, les Flyers ont gagné!
- Ouff, dit la jeune fille en se moquant de l'agent. Je ne répèterais pas cela trop fort si j'étais à votre place! »
À suivre…
NA: Les Flyers ont réellement gagné contre le Canadien hier, mais ce n'est qu'une coïncidence. Cette partie du chapitre était terminée avant que la partie de hockey ne commence! Pour vous, amis Français, je dois vous expliquer qu'au Québec, le hockey est l'équivalent du foot chez vous. Le Canadien de Montréal est pour les Québécois une partie même de leur identité culturelle, voire une religion (et je n'exagère pas: une émeute causé par une partie de hockey en 1955 est considérée par plusieurs historiens comme étant le déclencheur de l'évolution des mœurs québécoises qu'on appelle La révolution tranquille). Et depuis les trois dernières années, ils se sont fait battre deux fois en série contre les Flyers. La plupart des Québécois ont la haine des Flyers, l'équipe préférée de Booth (on l'a vu à plus d'une reprise dans la série avec un gilet de cette équipe), et je ne pouvais pas faire abstraction de ce fait dans cette fic. Je peux vous ASSURER qu'il y aura d'autres références au hockey dans les prochains chapitres.
