Auteur : Nat, encore une fois. Vous allez finir par en avoir marre, non ?

Disclaimer : Le monde et les personnages appartiennent comme toujours au génial professeur Tolkien. Quand au concept de l'histoire, il vient du film The Fall, sorti en 2006. L'adaptation des personnages et le récit qui en est fait sont de moi.

Warning : Personnages OOC, mini-déprime à venir… Et spoiler concernant l'histoire d'Elrond (comme d'hab') et l'enfance et le destin d'Aragorn.

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Le défi de la Confrérie

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Le soleil est haut dans le ciel et la matinée déjà bien avancée lorsque Elrond entre dans la chambre d'Estel, le jour suivant. Le petit garçon ne l'entend pas approcher : toujours allongé dans son lit, il a repoussé toutes ses couvertures et remue ses orteils en rythme. Il ne prend conscience de la présence de son père à ses côtés qu'à l'instant où ce dernier saisit les couvertures pour le recacher. Voyant une main familière jaillir dans son champ de vision, Estel relève la tête. Son visage s'orne aussitôt d'un sourire lumineux.

« Oh, bonjour Père ! S'exclame-t-il. Vous êtes en retard. Je croyais que vous viendrez plus tôt.

-Je le croyais aussi. Répond Elrond en bordant attentivement l'enfant. Glorfindel m'a retenu quelques instants à cause des patrouilles. Le problème n'est toujours pas réglé, nous en reparlerons dans le cours de la journée.

-Ah. Père, est-ce que… »

Le garçonnet est coupé dans sa phrase par un bâillement intempestif menaçant de lui décrocher la mâchoire. Le voyant, Elrond hausse un sourcil.

« Estel, mets ta main devant ta bouche, je te prie. Que tu aies une excellente dentition ne justifie pas le fait de vouloir la faire admirer à l'ensemble de ton entourage. »

Immédiatement, l'enfant plaque ses deux mains sur la partie inférieure de sa figure. Il se frotte ensuite les yeux énergiquement, réprimant un autre bâillement. Elrond prend doucement son visage entre ses mains et se penche vers lui, étudiant attentivement les yeux rougis de son fils. Ses sourcils haussés ne tardent pas à se froncer.

« Estel, tu as les yeux cernés. As-tu des problèmes de sommeil ?

-Non, non. C'est juste que j'ai pas très bien dormi cette nuit. Explique le petit garçon. C'est tout.

-Ta jambe t'a-t-elle fait mal ?

-Non, Père. C'est pas ça. J'étais réveillé pendant la nuit, mais je me suis rendormi. »

Elrond se redresse. Estel gigote un peu sous ses couvertures et se met en position assise, son père l'aidant à caler son oreiller derrière son dos. Puis le petit attrape la main du seigneur de Fondcombe et tire sur son bras pour le faire asseoir sur le bord de son matelas.

« L'histoire, Père ? Vous avez dit que vous me racontez la suite aujourd'hui ! »

L'adulte sourit et prend place sur lit de son enfant.

« Il manque un fauteuil, dans cette pièce. Murmure-t-il pour lui-même. Il faudra y remédier. Voyons… Où en étais-je ?

-La Confrérie des héros veut envoyer un message au Maître du Mal. Lui souffle Estel en secouant sa main. C'est pour lui dire qu'il faut se battre contre lui parce qu'il fait des choses méchantes. Alors ? »

Le semi-Elfe dégage sa main de l'emprise envahissante du petit humain et enroule une de ses longues mèches de cheveux bruns autour de son index.

« Alors… Le Roi réunit ses compagnons. Tous s'étaient mis d'accord sur le contenu du message à faire passer au Maître du Mal, mais ils n'en avaient toujours pas désigné le porteur. Le Roi leur fit part de son désir de s'en charger lui-même. En effet, en tant que roi du Pays Lointain, il était lui-même le principal représentant des populations opprimées qu'il lui fallait défendre. C'était donc à lui que revenait la tâche de provoquer en duel celui qui réduisait le pays en esclavage. »

Mais l'Aventurier s'opposa fermement à cette idée qui, disait-il, relevait de la folie.

« Vous êtes le Roi, il est vrai. Déclara-t-il. Mais vous êtes également le membre fondateur de notre Confrérie, et sur vous reposent tous les espoirs du Pays Lointain. Si vous tombez, tous tomberont. Je ne peux vous laisser prendre le risque de vous jeter dans un piège du Maître du Mal. Avec votre permission, je porterai votre message aux portes de la Forteresse de notre ennemi, et je lui parlerai en votre nom. »

La Magicienne soutint ces paroles, puis tous les autres membres de la Confrérie se rangèrent peu à peu à cet avis. Le Roi n'eut donc pas d'autre choix que d'accepter. Dès le lendemain, l'Aventurier quitta le camp planté au centre de la région de la Toundra. Il partit vers le nord, en direction de la Forteresse du Maître du Mal. Il refusa toute escorte et n'accepta aucune compagnie, exceptée celle de son frère le Ménestrel, qui portait haut la bannière du Roi ornée de l'étoile brillante. Leur voyage dans la Toundra dura de nombreuses heures, durant lesquelles aucun des deux frères ne prononça le moindre mot. Quelques unes des créatures magiques vivant dans cette région les accompagnèrent un bout de chemin, mais elles les quittèrent très vite, car les animaux merveilleux étaient encore sauvages à cette époque.

Après ce long voyage à travers la Toundra parcourue de milles vents, l'Aventurier et le Ménestrel virent se profiler devant eux les contours menaçants des Montagnes Noires. A des lieux autour de l'entrée de la Forteresse, la terre était grise et stérile, semblable à de la cendre et comme brûlée. La Forteresse elle-même ne s'élevait pas au-devant la Montagne, elle était creusée à même la roche noire et sa porte de métal sombre s'incrustait dans les flancs de la montagne, gigantesque et déformée, comme si quelque puissance maléfique l'y avait enfoncée de force –ce qui était par ailleurs très probablement le cas.

Les deux frères échangèrent un regard et s'avancèrent jusqu'à la porte de métal. Alors qu'ils levaient le poing pour y frapper, celle-ci s'ouvrit toute seule. Aucune lumière ne venait de l'intérieur, et ils ne distinguèrent aucune personne ou mécanisme permettant d'en manœuvrer l'ouverture. Et des profondeurs de la montagne s'éleva une voix d'outre-tombe, mais étrangement séduisante, qui invitait les messagers du Roi à s'avancer. « Entrez dans ma demeure, disait-elle, vous y êtes les bienvenus. Entrez, et nous pourrons discuter sans crier. »

L'Aventurier s'avança d'un pas, la tête droite et le regard fier. Aussitôt, le Ménestrel lui saisit le bras et le retint. Il se pencha et murmura à son oreille :

« C'est un piège… »

Elrond adresse un regard indéchiffrable à son fils. Estel, les yeux écarquillés, crispe ses petits poings sur les draps blancs de son lit. Et soudain, il explose.

« Père, 'faut pas qu'ils entrent ! C'est un piège ! »

Un sourire amusé éclaire le visage d'Elrond.

« Tu crois ? Demande-t-il doucement

-Oui, c'est un piège ! Je suis sûr que c'est un piège ! Si ils entrent, ils sortiront pas. C'est comme ça qu'ils font, tous les méchants dans les histoires d'Erestor ! »

Et pour appuyer ses propos, le petit garçon hoche la tête vigoureusement. Le sourire d'Elrond s'élargit et il reprend :

« Tu as raison. C'était un piège. Dans les ténèbres de la montagne s'était rassemblée la foule de ceux qui servaient le Maître du Mal. Ces gens-là craignaient la lumière, aussi attendaient-ils que les messagers du Roi s'avançassent dans l'ombre pour les saisir et les tuer.

-Mais non, parce que le Ménestrel il a arrêté l'Aventurier !

-Exactement. Les deux frères se reculèrent pour être certains de se trouver hors de portée de l'ombre, et… »

L'Aventurier, furieux que le Maître du Mal ait essayé de se jouer de lui, s'exclama d'une voix forte, emplie de dérision : « Permettez-nous de décliner poliment votre aimable invitation, ô seigneur des forces mauvaises ! Mais nous préférons parler plus fort plutôt que de devoir nous taire à jamais. » Puis il énonça la raison de sa venue, tandis que la bannière tenue par son frère claquait dignement dans le vent maigre. Et, prenant à témoin la terre ravagée et la soleil éclatante, l'Aventurier défia le Maître du Mal de sortir de son repaire obscur et de se présenter au grand jour, afin de venir affronter le Roi, seul souverain du Pays Lointain.

Pour toute réponse, le Maître du Mal éclata d'un rire cruel qui secoua la montagne toute entière. Il ne sortit pas pour répondre à la provocation de l'Aventurier, mais il déclara accepter le défi. Il viendrait. Il viendrait, et son épée avec lui, déclara-t-il. Et le vent lui-même sembla frémir à cette phrase.

Il proposa ensuite aux deux frères de s'en retourner au plus vite auprès de leur couard de roi, qui n'osait pas porter ses messages lui-même. Il leur recommanda de parfaire leur entraînement, de façon à rendre ce petit jeu plus intéressant pour lui. Et, convaincu de son avantage, il se fit bon joueur et laissa ses adversaires libres de choisir le lieu de l'affrontement qu'il désigna comme "l'emplacement de leur future sépulture".

« Père, Père ! C'est quoi un sépulture ?

-Une sépulture, Estel. Cela veut dire tombeau. C'est l'endroit où l'on enterre les corps de ceux qui sont allés se reposer dans les Cavernes de Mandos. »

L'Aventurier et le Ménestrel ne perdirent pas de temps pour retourner dans la Toundra et porter au reste de la Confrérie la réponse du Maître du Mal. Comprenant que quelque chose de terrible allait se produire, les animaux merveilleux de la Toundra envoyèrent des émissaires auprès de la Confrérie. Il y avait là des faunes et des centaures, des chimères et des licornes, des griffons et des phénix. Ils écoutèrent attentivement le récit que firent les messagers du Roi. Puis tous repartirent sans mot dire, et personne ne sut ce qu'ils pensaient de cette inquiétante affaire.

De son côté, le Roi avait compris depuis longtemps que la force seule ne servirait pas à vaincre le Maître du Mal. Toute victoire physique leur était impossible. Aussi misa-t-il sur autre chose, mettant en place une stratégie : le Barbare, l'Aventurier, le Corsaire et lui-même occuperaient le Maître du Mal de leur mieux en l'obligeant à user du combat armé et l'Ornithologue gênerait ses mouvements par les vols de ses oiseaux. La Magicienne et le Ménestrel quant à eux fusionneraient leur magie pour créer un sortilège capable de le faire disparaître. Cette idée, excellente sur le fond, présentait toutefois le désavantage de demander beaucoup de concentration et de temps de préparation.

Le petit Estel attrape la manche d'Elrond et tire dessus pour attirer son attention.

« Le Ménestrel aussi c'est un magicien ? » Questionne-t-il d'une petite voix.

Le maître de Fondcombe reste un instant silencieux, cherchant probablement quoi répondre. Il se penche finalement vers lui et lui glisse à l'oreille, comme s'il lui confiait un secret :

« Il connaît le pouvoir des mots. Et tu comprendras en grandissant qu'il ne s'agit pas là d'un pouvoir négligeable. »

Accordé au ton grave utilisé par son père, le garçonnet hoche la tête d'un air sérieux. Elrond se redresse, toujours aussi digne.

« Je reprends ?

-Oui ! S'exclame l'enfant, ravi. La Confrérie va gagner, pas vrai Père ? Dites, ils vont gagner ? »

A ces mots, et voyant l'air enthousiaste de son fils, Elrond ne peut s'empêcher de rire doucement.

« Tu verras. Finit-il par répondre. Tu verras bien. »

Le Maître du Mal se présenta trois jours plus tard devant le camp de la Confrérie. Il était immense, vêtu d'une armure de métal noir et le front ceint d'une gigantesque couronne de fer. Il tenait dans sa main droite son effroyable épée à la lame constamment émoussée et pourtant dangereusement tranchante, qui laissait ses éclats dans les chairs de ceux sur lesquels son maître l'abattait. Et dans sa main gauche se trouvait son grand marteau de titane, qui ouvrait des crevasses dans le sol lorsqu'il en frappait la terre.

« Il devait faire peur… » Chuchote Estel, trouvant brusquement sa chambre trop sombre et trop inquiétante.

Et, pour se donner du courage, il glisse discrètement ses doigts dans la main de son père.

Il était terrifiant, en effet. Mais chacun des membres de la Confrérie avait le cœur vaillant, et l'étoile brillant sur la bannière du Roi leur donnait courage. Ils se tinrent tous les sept face au Maître du Mal, et aucun d'eux ne baissa la tête sous son regard lourd.

Alors, le combat s'engagea. Il fut terrible, et il dura trois jours et deux nuits.

Elrond fait une courte pause, fermant les yeux et semblant réfléchir. Il lâche la main d'Estel, qu'il avait serrée par réflexe, et croise ses doigts sous son menton tout en restant silencieux. Au bout d'un moment, terriblement long du point de vue du petit garçon, il rouvre les yeux et plonge son regard gris dans celui de son fils.

« Je ne peux pas te décrire en détail tous les évènements qui survinrent lors de cette bataille, Estel. Je vais devoir t'en faire un bref résumé. »

Immédiatement, une moue déçue prend possession des traits du garçonnet.

« Oooh… Murmure-t-il, désappointé.

-Mais ne t'inquiète pas. Il se passe aussi beaucoup de choses intéressantes après.

-Ah ! »

Et l'enfant s'installe plus confortablement, la bouche entrouverte, prêt à boire les paroles de son aîné. Il se met cependant à bâiller tout son possible, provocant un léger froncement de sourcil de la part de son père. Le remarquant, Estel se colle de nouveau les mains sur la bouche puis, pour se donner l'air éveillé, il écarquille les yeux autant qu'il le peut.

« Allez-y, Père. J'écoute ! »

Elrond lève les yeux au ciel l'espace d'une seconde avant de reprendre son récit.

Le premier jour, la Confrérie eut l'avantage. Les animaux merveilleux qui avaient assisté à la réunion stratégique avaient rapporté les mots de l'Aventurier dans leurs peuples respectifs, et chacun envoya une armée pour soutenir le bon Roi du Pays Lointain. Le Maître du Mal vit ainsi arriver contre lui les centaures archers, les lanciers des faunes, les fantassins chimères et les rapides licornes. Du ciel, les griffons lui jetèrent des rochers aussi gros qu'eux et le phénix s'approcha de lui plusieurs fois pour enflammer ses cheveux. Le Maître du Mal dut lutter contre un nombre d'ennemis qui n'avait de cesse d'augmenter. Alors, furieux, il maudit ces créatures magiques et jura de les anéantir jusqu'à la dernière.

« Est-ce qu'il a levé la main droite ? » Questionne soudain Estel.

Elrond se retient de soupirer et lui adresse un regard consterné.

« Estel…

-Ben quoi ?

-Nous sommes en pleine bataille. Le Maître du Mal est assailli de partout, il est en train de perdre. Crois-tu vraiment qu'il peut penser à ce genre de détails ?

-Je sais pas. C'est pour ça que je demande.

-…Non, il n'a pas levé la main droite. Mais cela n'a pas de réelle importance. Les méchants n'ont pas besoin de prêter des serments solennels, parce qu'ils les tiennent rarement.

-Pourquoi ?

-Parce qu'il est rare qu'ils aient le plus petit sens de l'honneur. »

Instant de silence. Estel pose sa main sur celle du guérisseur.

« Et la suite, Père ? Est-ce que le Maître du Mal a tué tous les animaux magiques ? »

Lorsque tomba le premier soir, donc, la Confrérie avait le cœur léger car elle voyait qu'elle gagnait. Or, dans les ténèbres de la nuit, le pouvoir du Maître du Mal se trouvait décuplé. Il utilisa donc sa force malsaine tout juste retrouvée pour assécher l'air et transformer la fraîche Toundra en un désert étouffant. En une nuit, l'herbe rase se recouvrit d'une épaisse couche de sable blond, qui brûlait les pieds et piquait la gorge, et la chaleur insupportable qu'il dégageait poussa les animaux à se retirer. Ils prirent tous la fuite, abandonnant la terre qui avait toujours été la leur et qui les avait toujours nourris.

Mais la Confrérie, elle, resta et tint bon. Durant toute la nuit, les sept héros du Pays Lointain subirent les assauts répétés du Maître du Mal. Celui-ci cherchait à éliminer en premier le Roi, car il savait que si le chef tombait, les autres perdraient courage et plieraient devant lui. Par trois fois, il frappa le bouclier du Roi. Et par trois fois, le Roi glissa et posa le genou à terre. Mais chaque fois, il se relevait et poursuivait la lutte. Et le reste de la Confrérie continuait de lutter à ses côtés.

Hélas, quand se leva la soleil du deuxième jour, il devint évident pour tous que la Confrérie était en bien piteux état. Le Barbare et le Corsaire, blessés par l'épée du Maître du Mal, souffraient d'autant plus de leurs blessures que les éclats de métal qui s'y étaient incrustés empêchaient les plaies de se refermer et permettaient au sable fin du désert de se glisser dans chacune des coupures de leur peau. L'Aventurier était encore vaillant, mais la chaleur intenable augmentant avec le lever de la soleil n'allait pas tarder à le faire faiblir, le Roi le savait. Quant à lui-même, le Maître du Mal parvint à lui arracher son bouclier et, le jetant à terre, il le coinça sous son lourd pied chaussé de fer. Le Maître du Mal contrôlait la situation.

Alors le Roi se vit perdu, et la Confrérie avec lui.

« Oh non ! S'écrie Estel. Père, ils peuvent pas…

-Estel, je t'en prie, cesse de m'interrompre. Tu as voulu une histoire, la moindre des choses serait de me laisser te la raconter, ne penses-tu pas ?

-Oui, Père…

-Le Roi voyait donc la Confrérie perdue. Mais, par bonheur, le grand dragon du ciel vint à passer au dessus du désert. Depuis les origines du monde, il errait au firmament, au-delà des nuages, en faisant tomber la pluie. Le Ménestrel entendit son cri, et il lui vint l'idée d'utiliser son propre chant pour appeler le dragon à leur secours.

-Alors le dragon il va faire tomber la pluie sur le désert ! Clame brusquement Estel avec enthousiasme. Et la Confrérie va plus avoir trop chaud, et elle va gagner !

-Estel, peux-tu me rappeler ce que je viens de te demander, à l'instant ?

-Oh. Pardon. »

Donc, euh… Ah oui, le dragon.

Par son chant, le Ménestrel appela le grand dragon du ciel. A cette époque, les dragons étaient encore tous de gentils dragons, et ils n'hésitaient pas à faire le bien autour d'eux. Lorsqu'il entendit l'appel du Ménestrel, qu'il vit ce qui se passait dans le désert et qu'il comprit ce qui arriverait si par malheur le Maître du Mal venait à remporter cette bataille, le grand dragon du ciel descendit sous les nuages et déversa une véritable mousson sur le désert. Il se mit à pleuvoir des trombes d'eau, comme si un immense sceau rempli à ras bord était en train de se vider sur la terre. Surpris par cette intervention inattendue, le Maître du Mal se recula prestement, et le Roi du Pays Lointain put se relever. Il reprit son bouclier, redressa sa bannière jetée au sol par la force de la pluie et se tint debout, droit et fier, tandis que le désert autour de lui se transformait lentement en une plaine verdoyante et florissante.

L'eau pure de la pluie lava les blessures du Barbare et du Corsaire, les débarrassant des éclats de l'épée du Maître du Mal, et rafraîchit l'Aventurier. La Confrérie retrouva force et courage, et elle tint de nouveau tête au Maître du Mal. L'Ornithologue envoya ses oiseaux, qu'elle avait elle-même dressés, tournoyer en nuées autour de lui pour le gêner. Aveuglé par les battements de leurs ailes et leurs plumes volantes, le Maître du Mal ne vit pas l'Aventurier et le Roi s'approcher de son pied et y planter violemment leurs deux épées. Il est dit dans les légendes que le hurlement de douleur qu'il poussa s'entendit jusque dans les tréfonds de l'Ancienne Forêt, et qu'il ne put plus jamais marcher normalement.

Profitant de l'inattention de leur ennemi, le Corsaire et le Barbare lui arrachèrent son marteau et le détruisirent, privant à jamais le Maître du Mal d'une de ses armes les plus redoutables. Hélas, sur ces entrefaits tomba le second soir.

Le retour de la nuit et de l'obscurité qui l'accompagne rendit de nouveau au Maître du Mal l'essentiel de sa puissance. Elevant haut sa main, il captura le grand dragon du ciel. De loin, il le lança à ses sbires qui l'emportèrent et l'emprisonnèrent au plus profond de la Forteresse. On raconte qu'il subit là tant de tortures et de sévices qu'il en perdit la notion du bien et du mal, et que son cœur jadis si bon fut perverti dans son essence même. Lorsqu'il se mit à haïr toute forme de vie, les sbires du Maître du Mal le relâchèrent, et le grand dragon du ciel prit son envol, provocant orages et ouragans sur son passage. Plus jamais il ne vint à l'aide de personne, et ses descendants causèrent bien plus de soucis qu'ils n'en résolurent.

« Et c'est depuis ça que les dragons sont méchants, comme Smaug de la Montagne-Qu'Est-Toute-Seule. » Affirme Estel d'un air immensément convaincu.

Affirmation qui provoque un haussement de sourcil mi-amusé mi-surpris de la part d'Elrond.

« …On l'appelle la Montagne Solitaire, mon fils, tout simplement. Ainsi, tu connais Smaug ? »

Le petit garçon tend ses mains devant lui pour regarder ses ongles. Il serre et ouvre ses poings plusieurs fois avant de répondre.

« Non… Pas vraiment. Déclare-t-il enfin. Je sais que c'est un méchant dragon qui vit dans une montagne.

-Où donc en as-tu entendu parler ? Je ne me souviens pas avoir jamais abordé ce sujet avec toi.

-C'est Glorfindel qui en parlait avec Dan et Roh le jour de… de quand je suis tombé de l'arbre. Il disait que le dragon avait chassé des Nains de chez eux, mais j'ai pas entendu la suite parce que la branche a voulu se casser. Alors je suis tombé.

-D'accord… »

Estel délaisse l'étude de ses ongles pour tapoter sur le dos de la main d'Elrond, posée sur ses draps non loin de lui.

« Père ? Vous continuez l'histoire ? »

Quand se leva le troisième matin, la Confrérie n'avait plus le moindre allié pour lutter avec elle contre le Maître du Mal. Le désert reprit ses droits et la verdure disparut. Les sept combattants sentaient leur force et leur volonté les abandonner lentement. Voyant cela, la Magicienne comprit que, si par bonheur ils survivaient à cette journée, ils n'avaient en revanche aucune chance de passer une troisième nuit dans ces conditions. Elle voulut hâter la fin du combat, mais elle n'était pas assez puissante ni rapide pour créer en si peu de temps un sortilège capable de faire disparaître le Maître du Mal à jamais.

Elle décida alors de l'enfermer dans un objet, afin de restreindre son pouvoir et, par la suite, pouvoir détruire cet objet et le mal qu'il porterait en lui. Elle rassembla donc toute sa magie et, profitant d'une attaque combinée de tous les membres de la Confrérie, elle scella le Maître du Mal dans un anneau.

« Ah non ! Pas ça ! »

Le petit Estel lève son poing pour frapper son matelas et Elrond a juste le temps de retirer sa main. L'adulte regarde son enfant pendant une seconde, ne saisissant manifestement pas la raison de son air buté.

« …Pardon ? »

Estel pose ses deux mains sur ses jambes et inspire profondément, essayant de se donner l'air important comme son père lorsqu'il lui explique quelque chose d'élémentaire que le petit garçon peine pourtant à comprendre.

« Je veux pas que le Maître du Mal il est prisonnier dans une bague. Vous parlez toujours de bagues avec Glorfindel et Erestor et les autres. J'en ai assez des bagues. Je veux quelque chose de plus… de moins… Je veux quelque chose qui est pas pareil.

L'expression d'Elrond s'éclaire brusquement.

« Quelque chose de plus original, tu veux dire ?

-Oui. Confirme le garçonnet, content de s'être fait comprendre.

-Très bien. Et as-tu une idée de chose originale dans laquelle nous pourrions enfermer notre Maître du Mal ?

-Euh…

-Mais encore ?

-…Une paire de guêtres ! Propose soudain le petit, tout sourire. Une paire de guêtres en laine !

-Ah. …Oui, ça, c'est original… »

Estel, tout à sa bonne humeur, ne remarque pas le regard atterré de son conteur attitré. Il renchérit, ponctuant son discours de grands gestes désordonnés :

« Et comme ça, pour le détruire, c'est facile ! Il faut juste détricoter les guêtres, comme quand j'accroche mes habits dans les épines, et après on jette la laine dans le feu ! Comme ça, le Maître du Mal est tout brûlé et il peut plus faire le méchant. …Ou alors, on peut aussi jeter les guêtres dans le feu sans les détricoter. C'est plus rapide, et…

-Estel. Intervient Elrond. Permets-moi de t'interrompre. Tu ne… »

L'enfant lève de grands yeux scintillants en direction de son père, ce qui a pour effet de stopper net le grand seigneur dans sa phrase. Celui-ci hésite et se mord la lève inférieure avant de reprendre :

« Ecoutes, tu ne peux pas décemment faire vivre le grand méchant de l'histoire dans une… paire de guêtres en laine. »

Le regard brillant d'Estel se ternit instantanément.

« Pourquoi ? Grogne-t-il, visiblement déçu.

-Parce que… ce n'est pas… une demeure digne d'un grand méchant. Répond lentement Elrond en pesant ses mots. Pour que l'histoire soit intéressante, il faut que le Maître du Mal soit un ennemi crédible et dangereux. Or, tu dois comprendre qu'on ne peut pas prendre au sérieux un seigneur des ténèbres qui vit dans… dans une paire de guêtres.

-Même si elles sont en laine ? Insiste Estel. Une jolie laine, et avec des torsades comme sur mon gilet que ma maman m'a fait… »

Déprimé, Elrond ferme les yeux et se masse la tempe droite.

« Estel. Trouve autre chose. S'il-te-plaît. »

Le jeune humain se renfrogne. Il réfléchit toutefois durant une minute avant de proposer, le regard de nouveau lumineux :

« Un bougeoir ? …Un joli bougeoir, Père ! C'est bien, ça, non ? »

Elrond rouvre les yeux.

« Oui, pourquoi pas… Que dis-tu d'un chandelier ? Avec trois bougies ?

-Oui ! Un chandelier en fer, comme la couronne du Maître du Mal ! Et les bougies, elles seraient toutes blanches !

-Bien, bien. Donc… »

La Magicienne concentra l'essentiel de sa magie et parvint, au prix de grands efforts, à sceller le Maître du Mal dans le chandelier de fer.

« Mais, Père ?

-Oui, Estel ?

-La Magicienne, elle l'a trouvé où, son chandelier ? »

Silence gêné d'Elrond. Estel attend patiemment sa réponse en réprimant un énième bâillement. Il se frotte un œil, observant son père de l'autre.

« Alors, dites ?

-Eh bien… Par un concours de circonstances assez obscures correspondant par le plus grands des hasards aux besoins de l'histoire, il se trouve qu'un chandelier de fer se promenait justement dans le désert à ce moment-là. Le voyant, la Magicienne songea qu'il ferait un excellent réceptacle pour leur ennemi. Aussitôt le chandelier sortit ses petites pattes et vint vers elle en courant. Il s'arrêta devant elle et la Magicienne s'en saisit. Alors, elle…

-Père ! Coupe Estel, riant. Dites pas des bêtises, dites la vérité ! »

Elrond sourit. Il attrape la main de son enfant et la serre tendrement.

« Estel, toi qui es prêt à faire vivre des seigneurs maléfiques dans des paires de guêtres, tu refuses l'idée d'un chandelier qui court ?

-Mais c'est pas pareil, les chandeliers ça peut pas courir en vrai !

-Celui-ci courait, mon fils, que tu le veuilles ou non. Et, lorsqu'elle s'en saisit, la Magicienne s'aperçut soudain qu'il ne se déplaçait pas de lui-même, mais qu'il était transporté par des dizaines de fourmis qui se dispersèrent et disparurent dès qu'elles furent déchargées de leur fardeau. Certains disent que ces fourmis étaient les dernières d'une antique lignée d'animaux magiques, dotés d'une intelligence supérieure et doués de paroles. Ces mêmes personnes affirment que les fourmis avaient deviné les intentions de la Magicienne et lui avait apporté l'objet de leur salut. »

Le petit Estel ouvre de grands yeux, incrédule.

« C'est vrai ? Père, c'est vraiment vrai ?

-C'est ce que disent les anciens contes traitant du Pays Lointain, Estel. Mais je ne peux te garantir la véracité de ce récit : je n'ai jamais trouvé aucune source attestant l'existence de tels insectes, et personne ne les a jamais vu…

-Glorfindel, il dit que toutes les légendes ont un fond de vérité. Peut-être que les fourmis ont disparu après cette histoire ? Et que personne les connaît à cause de ça ?

-Oui, peut-être. Conclut Elrond avec un sourire espiègle. Bon, reprenons. …Où en étais-je ?

-La Magicienne a attrapé le chandelier et veut coincer le Maître du Mal dedans. Et alors ?

-Alors… »

La Magicienne sortit de sa sacoche trois bougies blanches, créées à partir d'une cire enchantée. Elle les installa sur le chandelier et les alluma l'une après l'autre, récitant l'incantation qui enfermerait à jamais le Maître du Mal. Ce faisant, les bougies prirent une teinte noire comme l'encre. Mais, lorsque le Maître du Mal fut scellé et que les bougies furent retirées du chandelier, celles-ci retrouvèrent leur blancheur originelle.

« Pourquoi ? » Interroge le petit garçon.

Elrond n'a pas le temps de lui répondre.

La porte de la chambre s'ouvre doucement, sans toutefois qu'aucun coup frappé n'indique l'arrivée d'un visiteur. Le semi-Elfe et l'enfant se retournent de concert vers la porte, pour y voir apparaître les fils jumeaux du maître des lieux. Ceux-ci, ne s'attendant probablement pas à trouver leur géniteur en compagnie de leur jeune frère, semblent aussi surpris qu'eux. Mal à l'aise, les jumeaux avancent à peine de quelques pas et Estel remarque avec un léger pincement au cœur qu'aucun de ses aînés ne prend la peine de saluer leur père. Ils ne lui adressent même pas un regard.

Finalement, après quelques secondes d'un silence à couper au couteau, Elladan prend la parole.

« Bonjour, Estel. Je suis venu te présenter mes excuses pour mon comportement irresponsable de cette nuit. Déclare-t-il d'une voix qu'il rend aussi impersonnelle que possible. J'espère que tu me pardonneras. Je suis sincèrement désolé. »

Alors qu'Elrond hausse un sourcil, apparemment perdu, le petit Estel sourit de toutes ses dents.

« Y'a pas de mal ! S'exclame-t-il, ravi. J'étais content de te voir. Et puis Roh, aussi ! »

Elladan et Elrohir lui rendent son sourire, visiblement soulagés. Le cadet des jumeaux s'avance prestement jusqu'au lit de l'enfant pour lui ébouriffer les cheveux. Estel rit et essaye d'attraper sa main, mais son frère se recule aussi rapidement qu'il s'était avancé.

« Nous étions juste venus pour cela. Précise-t-il. Nous n'allons pas t'embêter plus longtemps.

-Mais tu m'embêtes pas, Roh ! Rétorque le garçonnet. Père me raconte une histoire. Elle est très bien. Vous voulez l'écouter aussi ? »

Les jumeaux échangent un regard. Puis ils secouent négativement la tête, déclinant l'invitation.

« Non, Estel. Désolé. Commence Elladan. Nous avons d'autres choses à faire.

-Beaucoup d'autres choses. Renchérit son double. Nous ne pouvons pas nous attarder plus longtemps. »

Les deux jeunes semi-Elfes adressent un signe de la main à leur frère, ignorent délibérément leur père et quittent la pièce. A peine la porte se referme-t-elle sur ses aînés que le petit humain se tourne vers le seigneur de la cité.

« Je suis sûr que c'est même pas vrai. Lance-t-il d'une voix morose. Ils ont rien d'autre à faire. »

Elrond ne répond pas.

Après une courte réflexion, il demande à son benjamin d'expliciter les propos incompréhensibles d'Elladan.

« Dan est venu pour s'excuser. Répond naturellement Estel, perplexe.

-J'avais compris cela, je te remercie. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi il est venu s'excuser. A-t-il fait quelque chose de particulier dont je ne suis pas au courant ?

-Ben… Non ?

-Estel. »

Le regard d'Elrond se fait sévère.

« Dis-moi la vérité.

-Dan a pas fait de bêtise, Père. Assure Estel d'une petite voix. Il faut pas se fâcher avec lui.

-Je n'ai l'intention de me fâcher avec personne. Il s'est passé quelque chose cette nuit en rapport avec ton frère et toi, et j'aimerai bien savoir quoi.

-Dan est juste venu me réveiller parce qu'il était triste et qu'il se sentait tout seul. Confie le petit garçon. Il sentait le vin et j'aimais pas ça. Et puis il parlait beaucoup, comme Glorfindel quand il fait la fête avec ses soldats. Sauf que Dan, il disait pas des choses drôles comme lui. »

L'expression d'Elrond glisse lentement vers une inquiétude diffuse qui met Estel mal à l'aise.

« Que disait-il ?

-Je sais plus trop. Avoue Estel, triturant nerveusement son drap. J'ai pas tout compris ce qu'il disait. Il parlait des fois en quenya comme nous et des fois dans l'autre langue que je connais pas, celle des Elfes blonds qui viennent des fois avec Legolas et le roi qui a des feuilles dans les cheveux.

-En sindarin, tu veux dire ?

-Je crois, oui. »

Estel reste une fraction de seconde silencieux avant d'ajouter avec un sourire :

« Mais j'ai compris qu'il parlait d'une reine.

-Ah ?

-Oui, parce qu'il a dit "rían". Et je sais que ça veut dire reine parce que Erestor l'a expliqué un jour qu'il lisait une histoire. Et après, Dan a parlé d'"irche". Père, c'est quoi "irche" ? »

Pas de réponse. Elrond fixe sur ses mains un regard inhabituellement froid et distant. Estel incline la tête sur le côté, surpris, et agite sa propre main sous les yeux du guérisseur.

« Père ? C'est quoi "irche" ? » Répète-t-il.

Elrond cligne des yeux et se recule un peu.

« …Des yrch ? Ce sont des Orcs. Explique-t-il d'un ton égal. Elladan a-t-il évoqué autre chose dont tu te souviennes ?

-Non… Je crois qu'il a un peu parlé de vous et de 'Roh et de lui aussi, mais j'étais fatigué et je voulais dormir. »

Nouveau silence. Elrond regarde Estel comme s'il essayait de lire dans son esprit.

« Et tu… n'as donc pas écouté, je suppose ? »

Le petit baisse la tête et Elrond soupire.

« Aucune importance. Et ensuite ?

-Ensuite, Roh est arrivé et il a emmené Dan pour qu'il dort. Et moi j'ai dormi aussi.

-Estel, j'ai encore une question à te poser. Sois sincère, c'est important. Je te donne ma parole que je ne me fâcherais pas, ni contre toi ni contre tes frères.

-D'accord.

-Dis-moi, Elladan a-t-il été… désagréable avec toi ?

Estel fronce les sourcils, peinant à saisir le sens de cette interrogation.

« Comment ça ?

-T'a-t-il dit des choses méchantes qui t'ont rendu triste ou a-t-il essayé de te faire mal ? »

L'enfant secoue la tête.

« Non, il a juste parlé. Et il m'a fait un câlin avant de partir parce qu'il voulait pas me quitter. Et Roh aussi m'a fait un câlin. J'étais content. C'est pas souvent qu'ils font ça ! »

Elrond semble rassuré. Il soupire cependant et se prend la tête entre les mains, restant un long moment immobile et silencieux, perdu dans ses pensées. Pour s'occuper, Estel regarde par la fenêtre, appuie les bouts de ses doigts les uns contre les autres et dessine un rond sur le dos de sa main gauche avec son index droit. Soudain, il se tourne vers son père et tire sur sa manche pour attirer son attention.

« Et les esclaves ? » Demande-t-il à brûle-pourpoint.

Elrond, brusquement tiré de ses réflexions, lui adresse un regard ahuri.

« Quels esclaves ?

-Bah, les esclaves du Maître du Mal, Père ! Réplique son fils sur le ton de l'évidence. Ceux qu'il fait travailler pour lui sous la Montagne Noire ! Vous en avez parlé hier. Il faut que le Roi et la Confrérie les libèrent, sinon ils vont rester prisonniers pour toujours !

-Ah… Oui. Oui, c'est vrai. Voyons… »

La Magicienne rangea le chandelier et les bougies dans sa sacoche, et la Confrérie se dirigea vers les portes de la Forteresse du Maître du Mal. Elle quitta l'ancienne région de la Toundra, laissant derrière elle un désert brûlant. Avant de pénétrer à l'intérieur de la Forteresse, tous s'accordèrent un peu de repos, car ils savaient qu'un autre combat les attendait là. Les sbires du Maître du Mal guettaient dans l'ombre le retour de leur seigneur, et il ne faisait nul doute qu'ils ne laisseraient pas la Confrérie libérer les esclaves sans chercher à intervenir.

En effet, à peine les héros du Pays Lointain pénétraient-ils dans la Forteresse que les troupes du Maître du Mal s'abattirent sur eux. Dans la confusion qui suivit, le Barbare et le Corsaire échappèrent à leurs adversaires et réussirent à libérer les esclaves. De leur côté, le Roi et les autres membres de la Confrérie parvinrent à disperser les sbires du Maître du Mal, et ceux-ci s'enfuirent dans les labyrinthes du cœur de la montagne ou dans les ténèbres de la nuit tombante. Hélas, dans leur fuite éperdue, l'un d'eux s'empara de la sacoche de la Magicienne, et celle-ci perdit le Chandelier et les bougies. Fatiguée par ses combats, elle ne le réalisa pas sur l'instant et, lorsqu'elle s'en rendit compte, elle songea qu'il y avait peu de chance que les créatures des ténèbres comprissent à quoi ceux-ci pouvaient bien servir. Elle en informa toutefois le Roi, qui décida sagement qu'une autre expédition serait montée une fois que la Confrérie aura repris ses forces. Ils quittèrent donc la Forteresse, et chacun retourna dans sa région à présent pacifiée pour s'y reposer.

« Et tout est bien qui finit bien ! » S'exclame Estel.

Hélas, laissé pour compte dans les ténèbres de sa Forteresse, le Maître du Mal se reposa lui aussi. Il était privé de corps et son esprit était toujours prisonnier du Chandelier, mais cela n'empêcha pas sa haine et sa malice de s'en échapper. Elles rampèrent hors de la Forteresse, s'insinuèrent dans toutes les failles qu'elles trouvaient et infestèrent de nouveau le monde. Les mauvais êtres qui avaient servi le Maître du Mal le sentirent et revinrent vers lui. Voyant ses forces grandir de nouveau, ce dernier ricana et jura de provoquer la perte de ceux qui l'avaient privé de son enveloppe charnelle.

Et non, il ne leva pas la main droite, pour la bonne et simple raison qu'un chandelier, fût-il en fer, ne possède pas de main.

Le Maître du Mal jeta donc une malédiction sur la Confrérie et sur chacun de ses membres, une terrible malédiction qui les poursuivraient jusqu'à la fin –la sienne, ou la leur. Il envoya ses espions dans toutes les régions du Pays Lointain pour lui servir d'yeux. Et, dans l'ombre de sa Forteresse, il attendit l'heure de se révéler à nouveau.

« Et ? Père, après ? »

Le petit Estel observe l'adulte avec attention, les yeux écarquillés, attendant la suite du récit.

« Qu'est-ce qui se passe après ? Elle fait quoi, la malédiction ? Père, c'est quoi la suite ?

-Cela, je te le dirais demain.

-Demain ? Pourquoi pas maintenant ? »

Elrond soupire et se lève.

« Parce que maintenant, il faut que j'aille parler avec tes frères. Du moins… Essayer de parler avec eux. Je reviendrais pour te raconter la suite demain. »

L'enfant se rembrunit.

« Demain, c'est dans longtemps. Et Dan et Roh vont encore se fâcher avec vous. Vous ferez mieux de rester avec moi. Moi, je me fâche pas avec vous ! »

Elrond esquisse un sourire triste et se penche pour embrasser Estel sur le front.

« Bonne journée, mon fils. A demain. »

OoOoOoOoO

Oh. Mon. Dieu. J'arrive pas à croire que j'ai mis plus d'un mois pour écrire cette… chose. -.-' Toute qualité au niveau de la narration et de l'écriture en est absente, et l'histoire en elle-même est dénuée d'intérêt. La fin ne donne pas envie de savoir la suite. Mais le pire, c'est que je ne sais même pas par quel bout reprendre ce truc. J'ai dans l'idée qu'il y a un problème au niveau des personnages, mais… Pfffff… Quelle galère.

…J'ai l'impression que la qualité de mes textes s'étiole inéluctablement. Mais c'est peut-être dû au fait que je déprime à cause de mes exams. Dont deux oraux au lieu d'un seul cette année. Je hais mes profs.

Quoiqu'il en soit, voici des pelles. Vous avez le droit de m'enterrer. =D

Bref. Pardon pour ce retard, j'avoue avoir très peu écrit ces dernières semaines. J'avais la tête ailleurs (notamment à cause des examens de fin de semestre cités ci-dessus et de la sortie du Hobbit ^.^), mais ça y est, je m'y suis remise !

Enfin. Si vous avez vu des fautes de frappe ou d'orthographe dans ce texte ou si vous avez croisé des tournures de phrases bizarres qui vous ont fait hausser un sourcil, n'hésitez pas à me le signaler ! Vu l'état général du chapitre, ça ne pourra que l'améliorer.

A la prochaine ! Et bonne année et bonne santé à toutes ! : )

Ps : J'ai fini la carte du Pays Lointain, voici le lien (sans les espaces) : olo-et-nat . deviantart # /d5qwbo3