Ce qui fit revenir Mirak a lui, était le grincement lourd, puissant, profond du bois. Dans un premier temps, il ne compris pas vraiment ce dont il était question. Son esprit analytique ne fit que lui apporter l'information « un bois grince » sans faire le lien de causalité. Mais il fallait admettre que le bois grinçait assez régulièrement pour réveiller les sens de notre héros engourdi. Après un trop long temps a son gout, il réalisa qu'en plus que le bois ne grince, il y avait aussi un effet de ballotement plus ou moins régulier. A cet instant, il eut la fugace impression d'être de retour dans son berceau, et c'est la terreur d'être de retour à l'époque de son enfance qui activa son éveil. Après cette constatation auditive, il sentit ensuite qu'il n'avait plus de bâillon. Sa bouche était fermée, et il n'était donc plus, pour le moment soumis à une quelconque drogue.
Il sentit ensuite les fers a ses poignets, ainsi qu'a ses pieds, mais aussi autour de son cou, ce qui notamment l'empêchait de partir vers l'avant de se s'allonger confortablement. Puis, il entendit à nouveau le grincement, et il comprit : ils étaient sur un bateau, et le tangage n'était pas un berceau. Ouf… Il se demanda sincèrement s'il n'allait pas replonger. Au moins dans l'inconscience, il n'avait pas de courbature, il n'avait pas mal a la tête, il n'avait pas la nausée… Et c'est alors qu'il se souvint : Sev, en danger.
Sans qu'il ne comprenne d'où lui vint ce sursaut d'énergie, il ouvrit les yeux, et vit un bois noueux sous lui. En grognant et se remuant, il retrouva rapidement la force de tenir lui-même droit, sans avoir à tenir a l'aide du collier. C'est alors qu'il vit un amas blanc. La drogue encore un peu présente dans son organisme lui donnait de la difficulté à focaliser, mais après un grognement agressif, prêt à bouffer littéralement cet agresseur silencieux, il parvint à voir clair : c'était un homme, un vieillard, presque un arbre. Il avait des véritables racines à la place des mains, qui n'avaient plus l'air humaine. Un amas noueux et rêche, de même que ses pieds. Sa barbe longue et hirsute était emmêlée, sale, et lui tout entier était sale. On avait vraiment l'impression qu'il avait prit racine dans ce bateau…
- Ah, notre jeune ami se réveille.
- K'vou… Ka'ma…
- Doucement, tu es encore engourdi par la drogue et le sommeil. Prend le temps de t'éveiller.
- Tout va bien, Mirak, je suis la.
- S'g…
Mirak ne s'était pas rendu compte que sa bouche était si molle. Il avait voulu parlé normalement, mais impossible d'articuler, comme s'il avait mordu trop longtemps dans ce bandeau et que toute la force de sa mâchoire y était passé. Néanmoins, il en tarda pas à sentir la main de son ami sur sa joue, lui redresser doucement le visage et a l'aide d'un petit verre a l'hygiène douteuse, fit couler de l'eau agréablement froide dans sa gorge :
- Je sais que ce n'est pas le confort auquel nous somme habitué mais… Fais avec. Et ne t'inquiète pas, j'en ai bu aussi. Si ca avait été empoisonné je l'aurai senti.
Mirak ne fit pas de vague, il avait trop soif pour réfléchir a autre chose, et ce fut presque avec déception qu'on lui retira le verre. Mais cela lui avait fait du bien, et c'est alors qu'il se rendit compte que Sev pouvait bouger, que LUI n'était pas enchainé. Ils étaient cons, leurs geôliers, non ? Après quelques seconde de réflexion, il vit néanmoins que son ami était lié les deux pieds a un très lourd boulet, qui, il en était sur, s'il tombait a l'eau entrainerait Sev avec lui. Mirak grogna sur ce boulet si encombrant.
- Sev… Que s'est-il passé… ou sommes-nous… ?
- Nous sommes dans un bateau de marchandise. Nous avons déjà passé la frontière de notre pays. Nous ne somme plus en terrain ami, et ils sont bien décidés à nous vendre en tant qu'esclave dès qu'on fera escale.
- Toi… Va ?
- Ca va, je suis encore un peu embrouillé, mais ce matelot m'a bien aidé. C'est grâce a lui qu'on a de l'eau.
- Pourquoi… Nous aider ?
- Il ne nous aide pas gratuitement, je lui ai promis des informations.
L'air choqué, abasourdis, perturbé qu'offrit Mirak a son ami le fit éclater de rire, un rire sincère et amusé. Et en plus cela eut pour effet de totalement désinhiber le chevalier qui resta stupéfait du naturel avec lequel son ami venait de lui annoncer cela. D'ailleurs, profitant de la surprise de celui-ci, Sev commença à parler :
- Le monde a beaucoup changé, depuis que vous vous êtes enraciné ici.
- A ce point ? Cela ne fait que 60 ans, tu sais.
- 60 ans… à l'époque, il n'y avait que deux empires : l'empire de l'est, et celui de l'ouest.
- C'est exact.
- Il y a 40 ans, l'empire de l'est s'est effondré suite a une terrible bataille, et s'est divisé en quatre territoires. La plus grande et influence, et la Démocratie de Dal'sis. C'est le point névralgique de toute la côte est. On y trouve toutes les marchandises, des plus illégales aux plus rares. La plus avancée technologiquement, Larhl, s'étend du Nord-ouest, au centre. C'est eux qui alimentent le reste du continent en arme et en électricité. Mayrs se trouve au sud, et domine les océans. La légende raconte qu'ils ont assez de navire pour envahir ce que vous connaissez sous l'empire de l'Ouest. Puis, le plus petit des pays, mais aussi le plus paisible, le royaume de Malia. Principalement paysan, nous sommes auto-suffisants, et nous alimentons nos voisins, Mayrs et Larhl en nourriture.
- Tu aimes ta patrie.
- Beaucoup. Le roi est juste, et a l'écoute de son peuple. Et le climat est doux, ce qui aide à ce que nous survivions facilement.
- Parle-moi du continent de l'Ouest, maintenant.
- Une guerre fratricide a séparé le pays en deux. Même s'il demeure législativement unis, les deux frères ont divisé le pays, et de très réguliers affrontement le salis.
- Mais. Je me souviens qu'ils étaient trois !
- En effet, le plus jeune essaie de rétablir la paix entre ses frères. Mais ils sont furieux et décidés à être le meilleur. Il n'arrive pas à grand-chose. Surtout qu'on dit qu'il est très étroitement surveillé, vu qu'il serait le personnage idéal pour faire un double tyrannicide. Il est coincé, mais il garde espoir et attend.
- … Parle-lui de Nahym et Irklam
- C'est vrai. Suite a un séisme monstrueux qui a détruit les deux continents pendant des décennies, deux aux continents sont sortis de mer. Le Territoire de Nahym, exploité massivement par la vaste Démocratie de Dal'sis pour se nourrir, et le territoire d'Irklam, qui sert d'encrage au peuple des profondeurs.
- Ils sont remontés ?
- En effet. En réalité, l'île est un volcan géant qui foisonne en minerai. C'est donc du pain béni pour eux, et ils ce que nous considérions comme une légende s'avéra être une réalité. Le fait amusant, c'est que l'une des moitié de l'empire de l'Ouest, la partie est, a essayé d'attaquer et d'envahir le peuple des profondeurs, mais ceux-ci ont répliqués avec une telle violence, qu'ils ont complètement annihilé une partir de la coté Ouest. Inutile de précisé que le Tyran de l'Ouest était furieux.
- C'est leur titre, Tyran de l'Ouest et de l'Est ?
- En effet. Et, nous appelons ces deux territoires comme leurs tyran : Meliak et Pomrath, vu qu'il est légalement toujours l'Empire de l'Est.
- Je comprends bien oui.
Mirak n'avait pas vu son ami parler autant que lors du discourt d'intronisation au poste de Chevalier. C'était d'ailleurs un magnifique discourt qui avait eu l'émouvoir. Alors qu'il était en train de se rappeler ce moment de fierté qu'il avait ressenti pour son ami d'enfance, Mirak entendu le lourd bruit des fers sur le bois, et sentit ses bras être soudainement libres de leur mouvement. Après un clignement d'œil tandis que son ami était en train de les libérer face a celui qui de toute évidence devait les surveiller, Sev passa devant lui et lui libera la nuque. La panique, quelques secondes passa dans les yeux de Mirak, avant que le regard serein de son ami ne le calme. Ramenant ses bras devant lui, il se passa les poignets et les coudes, avant de dire, en regardant le vieillard :
- Vous nous laissez partir ?
- Eh bien, non. J'ai lutté de toutes mes forces pour l'empêcher de s'emparer de ma clef.
- Il m'a mit un coup de coude et m'a fait une démonstration de ses talents d'acteur. Il est très doué, j'ai presque cru que je lui avais fais mal en prenant son coup.
- Pourquoi vous nous aider ?
- Tu sais, petit, je suis sur ce bateau de pirate depuis que j'ai 16 ans. Avant, j'étais un petit voyou dans les rues, et j'ai échappé a la potence parce qu'un pirate était dans la même cellule que moi, et avait crocheté nos fers. Aujourd'hui mes racines ne me le permettent plus, mais ton jeune ami a été mes mains. Vous n'êtes pas des esclaves, et vous n'avez pas à subir ce destin. Alors je vous offre juste une opportunité de vivre. Vous n'en aurez qu'une.
- Et vous ? qu'allez-vous devenir ?
- Je suis déjà condamné à mourir avec ce bateau. Personne ne peut plus me déplacer d'ici, pas même mes propres jambes. Il ne m'arrivera rien de pire que d'être enraciné ici.
Clonk, fut le bruit de leurs boulets qui se retrouva détaché d'eux. Ils étaient maintenant libres de leurs mouvements, et c'est à cet instant que Mirak se rendit compte qu'il n'avait plus rien, sauf ses vêtements. Plus d'arme, plus d'insigne d'honneur, plus d'identification… Il s'apprêta à partir pour les chercher, quand son ami le prit par le poignet. Ils échangèrent un long regard sans dire un mot, et après quelques secondes, Sev s'approcha de l'homme.
- Permettez-moi de vous révéler quelque chose. Je vais vous dire mon nom complet. Cela n'a peu être aucune valeur pour vous, mais pour moi c'est la plus belle chose que je puisse vous offrir, ainsi que ma gratitude. Si un jour vos racines refluent, cherchez-moi, vous serez le bienvenu à ma table.
Sev s'approcha de l'homme, et lui murmura son prénom complet. Mirak l'avait déjà entendu, une ou deux fois, mais il savait que son compagnon ne l'aimait pas du tout. Il préférait simplement juste le surnom plutôt que le prénom complet, au point ou même les discourt officiels employé ce surnom. C'était rapidement devenu une légende et un sujet de rumeur, et très vite les autres chevaliers ont commencé a cherché de quoi il en retournait. Une fois son don fait, l'homme se redressa et tout deux partirent vers le pont. Après un court escalier qui donna sur une entrecale, Sev localisa immédiatement le bureau du capitaine, là, au milieu du navire, la porte étant décorée de toute sorte de babiole et visiblement ils étaient tous très occupés à festoyer bruyamment sur le pont principale. C'était parfait.
Immédiatement Sev se mit au travail, et commença à crocheter la serrure. C'était un restant de son passé d'enfant vulgaire, de ceux qui chassent pour survivre. Et c'était aussi un réflexe que l'homme avait gardé : profitant de ses cheveux attachés en queue de cheval, il avait parfois plus d'une aiguille caché dedans, ce qui était bien pratique, il fallait l'admettre. Quelques minutes s'écoulèrent dans le seul grattement de l'infraction en cours, et quand finalement la porte s'ouvrit, ils découvrirent la caverne à la merveille.
De l'or. Partout, jusqu'en haut. De l'extravagance, des coupes d'or, des mappemondes d'or, c'était presque si le bureau n'était pas en or fondu.
- J'espère pour eux qu'un dragon ne trouvera jamais ce lieu.
Glissa Mirak à son ami, qui lui répondit d'un sourire. Puis, sans plus de cérémonie, ils se mirent au travail. Pendant que Sev fouillait les tiroirs, Mirak s'attaqua au bureau, fouillant sans vergogne dans le plus grand des silences. Et ils trouvèrent a peu prêt en même temps : Sev trouva les armes, et Mirak sa distinction de noble, une petite plaque d'acier avec les armoiries du Royaume de Malia. Dans le royaume il n'aurait eu aucun mal à se la faire refaire, mais là, en territoire hostile, ils n'étaient pas conseillé de se balader sans identification, même pour le neveu du Roi… une fois leurs larcin obtenu, ils retournèrent dans le couloir. Ils n'avaient même pas eu besoin de réfléchir a la manière qu'ils auront de s'enfuir, c'était presque s'ils avaient l'habitude. Après quelques secondes, ils s'élancèrent dans les escaliers, tout les deux d'un seul homme, et émergèrent sur le pont. La surprise qui accueillit leur entrée leur suffit à leur donner le temps nécessaire de courir jusqu'à la rambarde et de sauter.
- ATTRAPEZ-LES ! NE LES LAISSEZ PAS S'ENFUIR !
Tandis que Sev tombait dans l'eau dans un « plouf » sonore, il ne tarda pas à entendre fuser harpon et flèche a coté de ses oreilles. Cependant, alors qu'il s'attendait à entendre le « plouf » de Mirak, celui-ci ne vint pas, et il fut contraint de remonter à la surface. C'est alors qu'il fit son ami, pendu la tête en bas, retenu par une corde autour du pied, en train d'être lentement tiré vers le pont, alors que la lueur de joie et de victoire brillait dans les yeux des pirates. Alors que son pied effleurait la rambarde, Sev vit des mains passer au travers de celle-ci et se saisir du pied offert. Mais avant qu'ils n'aient pu faire quoi que ce soit, Mirak dégaina son arme, et fit un coup d'estoc, faisait reculer ses agresseur, et coupant la corde au passage. Il tomba enfin dans l'eau, mais Sev jura avoir entendu un craquement sinistre. Surement le bois de la rambarde qui avait cédé.
Pendant que Mirak se laissait couler, Sev s'approcha de lui, et après un sourire qui se voulait rassurant, passa le bras du jeune homme autour de son épaule, et l'entraina loin du bateau. Bien entendu ce n'était pas chose aisée, Sev sentait bien que sous ses doigts la température de son ami grimpait rapidement, et que sa fracture, dont il n'avait toujorus pas identifié l'étendue, allait très rapidement faire délirer son ami. Et s'il se mettait a délirer là au milieu de l'océan, ils courraient droit a la catastrophe.
Combien de temps luttèrent-ils dans cette eau gelée et sans une île a l'horizon ? Impossible de le dire, plus encore la question qui taraudait Sev était comment ils avaient pu faire pour s'éloigner du bateau : il n'auraient eu qu'a mettre des bateau a l'eau pour venir les repêcher, mais non, ils étaient là, perdu dans l'eau, épuisés et a bout de force. Il sentait bien son ami lutter de toute sa volonté pour tenir éveillé, pour continuer a nager, mais ils buvaient de plus en plus souvent la tasse. Et, alors que Sev se disait que c'était définitivement la pire journée de leur vie, une vague se dressa au dessus d'eux, et les engloutit tout les deux dans une débandade de bulle et une fanfare de couleur. Ils étaient épuisés, ils n'avaient plus la force de remonter, ils étaient fait, ils allaient devenir des Enfants de l'Eau... Alors que notre héros desespéré se laissait couler, une petite créature glissa jusqu'a lui. Il ne savait pas ce que c'était, et il était sur qu'il n'en avait jamais vu. Mais la créature s'approcha de lui, et avec une vigueur inouie, le mordit une première fois violemment a la base de la nuque, puis une seconde fois. Alors que le sang embuait le regard du pauvre jeune homme, c'est le noir qui s'abattit sur ses yeux : il allait vraiment être bouffé par un requin... et vivant en plus...
Une goulée d'air salvatrice. La lumière rédemptrice et éblouissante du soleil. La brulure bienveillante du sable, le ressac des vagues dans leurs vêtements détrempés. Sev revint a lui rapidement. Ils étaient sauf. Ils étaient en vie. Ils étaient sur une île, échoués sur le sable de tout leur long. Portant vivement la main a sa gorge, il ne sentit rien, pas de morsure, rien... Avait-il rêver ce requin ? En tout cas, c'est un glapissement de terreur qui secoua Mirak, et fit se tourner Sev, se portant immédiatement au secourt de son ami, le mettant sur le dos, et lui allongeant la jambe : ma cheville était vilaine et avait besoin de soin immédiat, mais alors même qu'il était en train d'analyser du bois qui flottait un peu plus loin, il entendit un froissement de feuille. Emergeant de la forêt, un large groupe de chasseur sortait des fourrés, et les menaçaient de leurs arcs bandés.
- Déposez vos armes, vous êtes cernés !
L'homme de la cave est atteint d'Epidermodysplasie verruciforme. C'était la minutes ou vous apprenez un truc o/
A demain n_n
