Bonjour, bonsoir,
Voici donc le chapitre 1. J'espère qu'il vous plaira !
Je remercie pour leur review : Hinaya-chan & emichlo.
Je remercie également Miss Erika pour la correction de ce chapitre !
Le chapitre 2 suivra dans quelques jours :) Laissez moi des reviews ça fait toujours plaisir !
Bonne lecture !
Chapitre 1
Dans les montagnes verdâtres du nord de Britannia, en l'an de grâce 466, il y avait un peuple qui résistait depuis des années à l'emprise des Romains. Les Chevaliers Sarmates en garnison au Mur d'Hadrien n'étaient jamais parvenus à briser les défenses de ceux que l'on nommait « les démons bleus », ces Pictes dont le haut chef n'était autre que le mage Merlin.
Ils perdirent bien des hommes par leurs batailles ensanglantées. Des femmes perdirent leur maris, des mères perdirent des fils, mais le peuple Picte s'était juré que jamais leur terre si précieuse ne deviendrait une propriété de la Grande Rome et de son Dieu Unique.
Assise le dos contre un tronc, Alys regardait le ciel à travers les branches des arbres de la foret. Méditer; c'est ce qu'on lui avait appris à faire quand ses pensées sombres envahissaient son esprit tels des démons du passé. L'épée dans le fourreau, accrochée bien fermement à sa taille, ses doigts caressaient distraitement le métal du pommeau de l'arme, tout en laissant le soleil matinal d'un printemps radieux lui réchauffer la peau, elle pensait à ce qu'aurait pu être sa vie si...
Mais sa raison revint vite reprendre le dessus sur ses rêves d'enfant. Alys ne saurait jamais ce qu'aurait pu être sa vie si les flammes romaines n'avaient pas saccagé son village. Juste ce mot « romains » faisait revenir sa colère d'une telle fureur que sa main se crispa sur l'arme.
La brise d'un vent frais vint siffler à ses oreilles, lui murmurant les paroles douces des arbres afin de calmer ses ardeurs, mais rien n'y fit, tandis que le vent soufflait de plus en plus fort, elle se releva. Ses cheveux couleur de feu se mirent à virevolter autour de son visage jeune et innocent, un rayon de soleil vint l'éclairer dans la clairière où la rivière traversait la forêt qu'elle aimait tant et son cœur se réchauffa légèrement.
Alys avait vécu toute sa vie entre la montagne et la forêt, rebelle dans l'âme, quand elle ne pansait pas les blessures de ses frères, ne travaillait pas avec acharnement au village ou ne s'entraînait pas à manier les armes, elle aimait partir seule vers d'autres horizons. Alys n'était pas le genre de fille à avoir beaucoup d'amis, elle préférait la solitude et le calme de la nature mais bien sûr, elle s'entendait avec tout le monde et était la première à aider en cas de besoin. Souvent Merlin lui répétait qu'à son jeune age, parfois il fallait laisser un peu de place à l'amusement, sans cela, elle deviendrait vite aigrie et complètement seule.
À 20 ans, elle avait déjà vécu la mort, la solitude, et surtout l'abandon. S'attacher à quelqu'un, était pour Alys une erreur à ne pas commettre car quand on tient à quelqu'un, quand on aime quelqu'un, il y a toujours le risque d'être déçue ou abandonnée. La jeune fille refusait de vivre une seconde fois une telle situation car elle avait déjà perdu plus que ce qu'elle ne pouvait en supporter.
Sa famille avait péri dans l'incendie de la maison familiale alors qu'elle n'avait que six ans et les seules souvenirs qu'elle en avait, étaient la vision d'un jeune garçon aux yeux bleus, les cris de sa mère à travers le brouhaha des flammes et les bras rassurants de Merlin, qui l'emmenait loin de son chez-elle. D'après les dires de Merlin, les survivants du massacre avaient tous été embarqués pour servir un romain en tant qu'esclave. Elle détestait connaître le sort de ses frères et espérait qu'un jour leur liberté leur serait rendue, et tandis qu'elle priait, Alys remerciait chaque jour les Dieux pour avoir été sauvée d'une vie de misère.
Aux cotés de son mentor, Alys avait appris à parler à la nature et à manier l'épée aussi bien qu'un homme, puis à connaître les pensées humaines.
Depuis des années, elle suivait un enseignement strict, et bien qu'elle avait du mal à l'avouer, cela la rendait heureuse. Malgré tout, une zone d'ombre pesait sur elle constamment, bien que d'une nature calme et réservée, Alys ne pouvait s'empêcher, chaque jour que les Dieux lui accordaient, de haïr de plus en plus les assassins de sa famille.
Elle s'était jurée de venger la mort de ses parents et de son frère aîné. Et, bien que Merlin était conscient de ce désir de vengeance, il avait un grand espoir en Alys. Il l'avait éduquée, modelée et aimée comme sa propre fille depuis 14 longues années. Elle avait été ce qui lui été arrivé de meilleur dans ces temps sombres et hantés par la mort. Il espérait de tout son cœur qu'un jour, elle prendrait sa place dans le haut conseil et réussirait à réunir les deux parties de la Bretagne, pour l'heure, séparée par un grand mur construit des décennies auparavant; Le Mur d'Hadrien.
Mais Alys, elle, ne l'entendait pas de cette oreille, les enseignements du vieux mage lui étaient certes bénéfiques, et elle lui était très reconnaissante pour l'avoir élevée et soignée comme sa propre fille, mais Alys ne pensait qu'à une seule et unique chose: enfoncer son épée dans les entrailles de l'assassin de sa famille.
Le vent se mit à souffler si fortement qu'elle faillit ne pas entendre le cri de l'aigle qui survolait son antre. Prise de curiosité, elle laissa sa méditation de côté et entreprit de suivre l'oiseau.
Enjambant les branches unes à unes en soulevant sa longue robe aussi verte que ses prunelles, elle se laissa porter par sa curiosité bien plus loin qu'elle n'y était autorisée. Et quand la plaine s'étendit devant elle, Alys se rendit compte de tout le chemin qu'elle avait parcouru.
Sans même s'en rendre compte, Alys avait marché jusqu'au Mur d'Hadrien, là où elle avait tant rêvé d'aller depuis de nombreuses années, non pas pour aller faire des emplettes au marché ou boire du vin en compagnie d'hommes en armure, mais bien pour assouvir son désir de vengeance et enfin, mettre un terme à sa colère grandissante.
À quelques mètres de là, deux hommes galopaient le long de l'immense mur de pierre qui séparait le territoire romain de celui des démons bleus. C'était leur tour de patrouiller. Le soleil tapait haut dans le ciel et c'était rare d'avoir une si belle journée de printemps dans le coin, pensa le premier tout en s'humectant les lèvres, tandis que le deuxième essuyait son front d'un revers de manche en pensant à la chope de bière qui l'attendait à la taverne.
Gauvain aimait les paysages bretons, surtout lorsque le soleil brillait haut dans le ciel. Lui qui n'avait pratiquement plus aucun souvenir de sa terre natale, les grandes plaines lui rappelaient celles qu'il traversait au grand galop lorsqu'il était enfant, en Sarmatie. Certes, le paysage n'était pas le même, et les souvenirs étaient flous à sa mémoire, mais certaines choses restées gravées, lui étaient parfois familières.
Le cri de l'aigle fit sursauter Alys alors que le deuxième homme tendait son bras afin que le rapace s'y pose. Elle savait que certaines personnes avaient des dispositions à communiquer avec les animaux, elle en était la preuve, mais c'était la première fois qu'elle voyait une telle chose. Stupéfaite, elle avança d'un pas et c'est quand le premier homme se tourna vers elle qu'elle se rendit compte de son erreur.
Leurs regards s'étaient croisés durant un instant, juste le temps d'un battement de cœur et Alys s'était enfuie en toute hâte. Gauvain plissa des yeux en scrutant les arbres et en se demandant si la jeune fille aux cheveux de feu qu'il venait d'apercevoir n'avait pas été une apparition. Le soleil devait taper trop fort sur ses boucles blondes car voila qu'il se mettait à halluciner. Le chevalier fit signe à son compagnon, il avait besoin de s'hydrater, la patrouille romaine prendrait la relève à leur retour au fort.
Alys revint au village aussi trempée qu'en sueur, la tête baissée pleine de honte. Elle avait commis une grave erreur, mais heureusement, Alys avait appris à courir vite. Sa course avait duré tellement longtemps que ses jambes avaient du mal à la porter, au point de rester couchée au pied d'un arbre pendant un bon moment après s'être assurée que l'homme ne l'avait pas suivie. Ensuite, elle s'était acharnée durant un long moment sur son tronc mort favori, subissant les assauts de sa lame de métal, tandis que ses cris de rage résonnaient dans la forêt, et cela, pour évacuer toute sa colère qui pour une fois, était tournée vers elle-même.
Alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur la forêt, le cri du hibou alerta Merlin de la venue de sa fille adoptive, celui ci l'avait encore une fois perdue de vue depuis le lever du soleil. Le vieux mage soupira, et bien qu'il était en colère contre la jeune fille, il savait pertinemment que lorsqu'il la reverrait saine et sauve, toute rancœur s'envolerait instantanément. Comme chaque jour, elle le regarderait de ses prunelles émeraudes d'un air de chien battu et il l'enverrait méditer à ses actes dans la chaumière qui était sa maison depuis peu.
Quand merlin lui fit face, elle voulut le contourner mais le vieux mage picte l'en empêcha.
Que sait-il passer mon enfant ? demanda-t-il d'une voix grave en latin, la langue romaine.
Alys refusa d'avouer à son mentor qu'elle avait failli les trahir tous et encore moins dans la langue de ceux qu'elle détestait le plus au monde. Pourtant, elle parlait aussi bien picte que latin, car à l'époque où elle était née, le village de ses parents était déjà sous l'emprise. Mais c'est dans sa langue natale qu'elle répondit
Mauvais karma aujourd'hui ! Je vais me coucher. Vous feriez mieux d'arrêter de vous en faire pour moi et d'aller vous reposez, la nuit va être longue pour vous.
Elle prit congé de Merlin sans même demander l'approbation de celui-ci tandis que le vieux mage, soupira pour la énième fois en rendant les armes, pour cette fois. Parfois, Merlin trouvait la jeune fille bien trop rebelle, par les temps qui courraient, en dehors des protections du village, tout n'était que danger. Bien entendu, pour Alys, le vieux mage était bien trop protecteur à son goût, elle avait passé l'âge d'être couvée comme une enfant et cela l'exaspérait au plus haut point. Elle aimait sa liberté, elle aurait encore plus aimé pouvoir en avoir plus, bien plus !
Alys rêvait de parcourir le pays à dos de cheval sauvage, de pouvoir gambader comme bon lui semble, les cheveux dans le vent sans devoir s'armer de poignards et d'épées de peur d'être attrapée et mise en esclavage par les romains... Cette pourriture qui envahissait ses terres, son pays et qui se prenaient pour les maîtres du monde accompagner de leur Dieux Unique follement excentrique.
Alys avait été élevée dans les traditions de son pays, on lui avait appris à croire en les Dieux et la Déesse Mère. Au plus profond d'elle-même, elle sentait le pouvoir des déités, et aucun Dieu unique ne pouvait rivaliser avec le panthéon qu'elle vénérait. C'est quand elle était dans la forêt qu'elle se sentait le plus en communion avec toute ses croyances, les animaux étaient ses amis, les arbres lui parlaient, le vent chantait à ses oreilles. Comment pouvait elle croire en autre chose qu'en le pouvoir de la terre ? Depuis que Rome avait débarqué dans l'île de Britannia, la paix n'était plus et elle rêvait de voir le jour où les étendards romains quitteraient son pays.
Merlin disait qu'un jour cela arriverait et qu'un homme réussirait à rendre la liberté au peuple breton. Il en avait eu la vision il y avait bien longtemps. Il disait qu'un jour, Alys pourrait à nouveau gambader dans les plaines sans avoir la peur d'être pourchassée. Peut-être qu'il disait cela pour la rassurer, car Alys, bien qu'elle avait foi dans les paroles et les visions du vieux mage, ne comprenait pas comment un seul et unique homme réussirait un tel exploit alors qu'un peuple entier n'y était jamais parvenu. Alors, Merlin, sûr de lui, ne répondait que par un seul mot: l'Amour.
Braith était installé au coin du feu, faisant glisser une pierre sur la lame de son épée pour l'aiguiser, mais depuis qu'Alys était arrivée dans son champ de vision il n'avait d'yeux que pour elle. Depuis 14 ans, Braith éprouvait des sentiments pour la jeune femme et dans son for intérieur il espérait qu'un jour, Merlin l'autoriserait à s'unir devant les Dieux avec sa fille adoptive. Il avait suivi la scène et ne comprenait pas la désobéissance de la jeune fille. Braith, en bon aîné qu'il était se devait d'aller dire un mot à Alys sur son comportement, mais il le savait, comme à chaque fois, la jeune rebelle allait l'enverrait encore paître.
Alys ? Puis-je te dire un mot ? dit-il dans leur langue tout en s'approchant de la jeune fille.
Alys connaissait l'affection qu'éprouvait le lieutenant du vieux mage à son égard, mais l'amour pour la jeune fille était un sentiment qu'elle ne voulait en aucun cas connaître. Pour elle, Braith n'était rien d'autre qu'un compatriote, un être fait de son sang et de sa terre, et bien que l'homme avait toujours été correct envers elle, elle ne l'aimait pas.
Veux-tu aussi me faire la leçon sur mon comportement ? Si c'est le cas, je te prie de passer ton chemin, Braith ! gronda-t-elle sans même lui adresser un regard.
Un jour tu te rendras compte que c'est pour ton bien et tu me remercieras ! répondit le picte avec exaspération.
J'en doute fortement, grommela Alys en faisant la grimace.
La jeune picte se laissa tomber sur sa couche et tandis qu'elle essayait de calmer la fureur qui la consumait, sa mémoire l'emmena à l'instant même où ses yeux s'étaient posés sur l'homme à cheval, bien qu'elle avait été assez loin, cachée à l'abri des arbres, lorsque leurs regards s'étaient croisés un bref instant, elle avait ressentit une sorte d'excitation intense. Elle avait observé le soleil glisser sur ses longues boucles, les faisant presque éclater de lumière. Elle était restée là à le contempler durant de longues minutes, jusqu'à ce que l'oiseau alerte le deuxième cavalier de sa présence.
Alys ne savait pas pourquoi, mais l'envie indescriptible qu'elle ressentait n'avait rien de bon. Au fond d'elle, Alys savait que même si c'était une erreur d'y retourner, elle ne pourrait s'en dissuader, elle prévoyait déjà d'y retourner le lendemain alors que le sommeil la gagnait doucement.
À la taverne du fort romain, l'ambiance battait son plein. Les chevaliers étaient attablés à siroter du vin pour certains et de la bière pour d'autres. Vanora, servait les hommes en passant de table en table tandis que les voix formaient un vacarme à rendre sourd. Seul Gauvain ne pipait mot, loin dans ses pensées, le chevalier tentait de faire abstraction des remarques de ses compagnons quant à sa moue concentrée. Il tenta de se souvenir des moindres traits de la jeune fille aux cheveux de feu qu'il avait aperçu cachée dans les arbres quelques heures plus tôt et continuait de se demander si elle n'avait été qu'un mirage; le reflet de ses envies les plus intimes.
Serait-ce le visage d'un homme préoccupé que je vois là ? demanda Vanora en passant derrière le chevalier.
C'est rare de pas l'entendre brailler, surtout quand il a autant bu ! fit remarquer Bors en riant à gorge déployée.
Une femme serait-elle derrière ce silence ? murmura Vanora à l'oreille de Gauvain, le sourire sur les lèvres
Quoi ? Une femme ? Raconte-nous tout ! lança Galahad soudainement intéressé par la conversation
Une vrai commère quand il s'agit des femmes, se moqua Lancelot tandis que Galahad se cacha derrière sa chopine de vin.
Gauvain soudainement mal à l'aise par l'intérêt de ses compagnons prétexta une grande fatigue provoquée par la chaleur et tandis qu'il allait s'enfermer seul dans ses quartiers, les chevaliers continuèrent de plaisanter sur l'état du guerrier.
Quand Gauvain ne fut plus dans leur champs de vision, Arthur questionna Tristan, qui n'avait pourtant rien remarqué d'anormal durant leur patrouille. Le commandant n'avait jamais vu le chevalier aussi perdu dans ses pensées et, son regard lointain et brillant d'un éclat anormal perturbait Arthur, qui durant un long moment se demanda s'il devait ou non aller retrouver son ami pour le questionner sur ce qui le préoccupait.
Galahad quant à lui, resta le nez dans son verre jusqu'à plus soif. Bors tentait en vain de freiner sa femme nouvellement enceinte de leurs onzième enfants tout en se plaignant à Dagonet qui comme à son habitude répondait à son ami par des hochements de tête. Et Lancelot, en profitait pour courtiser une des jeunes serveuses de la taverne. Une soirée comme une autre au Mur d'Hadrien.
Alys ouvrit les yeux alors que le soleil n'était pas encore levé. Elle n'avait pas dormi longtemps, pourtant elle ne ressentait plus de fatigue et tandis que la pénombre enlaçait encore le village, la jeune fille mit le nez dehors de sa chaumière après s'être apprêtée pour la journée. Une magnifique journée s'annonce ! pensa Alys en sentant une brise tiède lui caresser le visage alors que celui-ci baignait encore dans une brume matinale.
Elle eut un frisson alors qu'en fermant les yeux, elle revit le visage du beau chevalier, elle avait décidé de ne pas retourner au Mur. Mais Alys en mourrait d'envie, et ce, juste pour apercevoir à nouveau l'homme qui avait fait naître un sentiment si bizarre en elle. Alys savait qu'elle courait un danger en y retournant, même si dans son for intérieur cela lui était égal. Elle n'avait jamais ressenti une telle excitation, elle ne savait pas ce qui la poussait vers cet endroit interdit. Peut-être était-ce justement cela : l'interdit ! Non, je n'y retournerai pas ! se promit-elle.
Merlin n'avait pas beaucoup dormi durant la nuit et cela n'était pas convenable pour un homme de son âge, mais étant le médecin du village en même temps que le grand mage du conseil il n'aurait pu en être autrement. La mine déconfite, il sortit de la maisonnette qui se situait à quelques pas de celle d' Alys. Il avait veillé toute la nuit au chevet de la jeune Gwen, femme de Bran. La pauvre était enceinte de plusieurs mois et la fièvre l'avait touchée depuis la veille et même le mage ne savait que faire.
Alors, comment se porte Gwen ? demanda Alys soucieuse en allant à la rencontre de Merlin.
J'ai bien peur que si je ne lui procure pas un soin plus approprié, la petite n'y survive pas, ainsi que l'enfant qu'elle porte ! répondit le vieux mage en s'assaillant mollement sur le seul banc en bois clair de la chaumière de sa fille adoptive.
Que pouvons nous faire ? Nous ne pouvons pas la laisser dans cet état. Bran ne s'en remettra jamais.
Il y a bien une solution, mais le conseil refusera.
Quel est cette solution ? s'empressa de demander Alys.
Il y a une femme qui pourrait nous aider, mais c'est trop dangereux. Je ne peux me permettre de mettre des vies en danger pour sauver une seule personne, même enceinte. répondit Merlin en secouant la tête d'un air complètement abattu.
Qui est cette femme et où est-elle ? J'irais la chercher s'il le faut!
Oh non mon enfant ! Jamais !
Merlin, laissez-moi faire quelque chose,dit Alys en s'agenouillant devant le mage. Vous savez que je suis capable. Dites-moi juste où aller et je vous ramènerai cette femme. Nous ne pouvons pas laisser Gwen mourir sous prétexte que la tâche est trop périlleuse !
Merlin regarda longuement Alys, à cet instant, il prit conscience que l'enfant qu'il avait porté jusqu'au village un soir d'été mortel n'était plus, elle était à présent devenue une femme, et une femme pleine de courage et de bonté. Le mage considéra l'offre de sa fille adoptive et dut bien vite se résigner car il savait qu'Alys avait raison. Alys et lui avaient tous deux perdu des êtres chers à leur cœur, chacun d'eux connaissaient la souffrance de la perte et bien que Merlin savait que jamais le conseil n'accepterait une telle chose, il prit la décision seul.
Quand Merlin eut fini de tout expliquer à Alys, elle se rendit compte avec effrois que c'est son mentor qui allait l'amener à trahir la promesse qu'elle s'était faite le matin même en ouvrant les yeux sur cette magnifique journée de printemps. Mais malgré tout, une vie était en jeu et elle devrait mettre ses pulsions de coté le temps d'un sauvetage improvisé.
Je tenterai de tenir la fièvre à distance le temps que tu reviennes avec Moira. Te rappelles-tu des consignes, ma fille ? demanda le mage en s'appuyant lourdement sur son bâton, comme si tout le poids de son corps pesait soudainement sur ses épaules.
Oui, Merlin. Je ne parle à personne, je trouve la sorcière et je reviens aussi vite que possible, répondit Alys en attachant fermement sa longue cape sur ses épaules.
Très bien. Merlin fit une halte et regarda la jeune fille de ses yeux soudainement noirs. C'est une erreur de te laisser y aller seule.
Ne vous inquiétez pas, je reviendrai saine et sauve, faites-moi confiance, murmura Alys en prenant la main de Merlin.
Va, avant que je ne change d'avis et que les Dieux soient avec toi, mon enfant.
Gauvain avait eu une nuit agitée, au point où le matin avait été plus que difficile et où son humeur en avait pris un gros coup. Le matin se levait à peine qu'il était déjà à l'écurie à s'occuper de son fidèle destrier. Les pensées ailleurs, il avait longuement brossé son cheval pour ensuite le seller afin qu'il soit prêt pour son tour de garde.
L'image de la jeune fille ne l'avait pas quitté, il se demandait sans cesse qui elle pouvait bien être et où il avait déjà vu ce regard d'un vert profond, car jamais il ne l'avait aperçue au fort, de cela il en était certain. Comment aurait il pu oublier une telle beauté ? Et puis, comme un éclair dans son esprit, la possibilité que le jeune fille soit une picte atterrie comme un roc venu des cieux.
