Chapitre second :
Impensable.
C'était tout simplement impensable.
On aurait remonté le temps alors ?
Même moi, Luna Lovegood, j'ai du mal à croire que c'est possible.
Il faut être sacrément toqué pour vouloir inventer une potion qui nous ferait remonter le temps !
Autant que ma mère, au moins.
Une foule d'élèves passait dans les couloirs, nous évitant, nous, les étrangers qui connaissaient les lieux, nous, les gens habillés bizarres, nous les autres, les inconnus.
Être mise à part par toute une population n'était pas une chose qui m'incommodait, j'avais l'habitude, mais là, j'avais quatre amis avec moi, et les garçons avaient toujours été un peu « populaires », chacun dans leur genre. Fred et Georges étaient les vendeurs de farces et attrape Neville un des héros de la bataille de Poudlard et Olivier avait été un capitaine victorieux de l'équipe de Quiddich de Gryffondor.
Ils ne savaient pas se comporter en invisibles. Raser les murs. Regarder ailleurs. Se taire aussi, tout simplement.
Je ne dis pas que je suis une exclue de la société, attention ! Mais il faut dire que c'est bien mon amitié avec Harry Potter qui m'a fait sortir de l'anonymat car personne ne me connaissait sous le nom de Luna avant Harry, excepté quelques Serdaigles avec qui il m'arrivait de discuter.
Je n'étais que Lufoca, pour tout le monde, si j'étais quelqu'un ou quelque chose, bien entendu.
Nous étions dans un couloir. Je serais incapable de me perdre dans Poudlard, mais je ne saurais vous dire avec exactitude où nous nous trouvions alors.
Je me suis approchée d'un adolescent assis en tailleur sur le sol le dos contre le mur, à regarder les gens passer.
Je me suis assise à côté de lui, sous les yeux ébahis de mes quatre amis, son uniforme bleu m'indiquant que j'avais affaire à un Serdaigle. Je lui donnais mon âge, dix-sept ans, peut-être moins. Brun, des yeux verts. La peau presque aussi claire que la mienne.
J'ai adopté la même position que lui, et j'étais bien plus petite, le sommet de mon crâne ne dépassant qu'à peine son épaule.
- Je peux te poser une question étrange ? ai-je demandé sans le regarder, en fixant les genoux qui passaient devant nous.
- Hum, a-t-il seulement répondu.
- Quelle est la date d'aujourd'hui ?
Il s'est tourné vers moi.
-La date ?
J'ai hoché la tête avec sérieux.
- Deux octobre.
J'ai hésité.
- …Et l'année ?
- L'année ?
Il en avait les yeux écarquillés.
- Je t'avais dit que ma question serait étrange non ?
Il a paru septique.
- 1976. Et il est dix heure trente si tu veux le savoir aussi.
- Merci euh…
- Matthias.
-…Matthias. Tu sais où on pourrait trouver Dumbeldor ?
- Dans son bureau, je pense. T'es pas d'ici toi, hein ?
- Non, enfin si mais… pas encore disons. Merci Matthias.
- T'es bizarre toi.
- Je sais. Les gens m'appellent même Lufoca. Mais au fond je crois que ça me plaît d'être différente.
- T'as une bonne philosophie de vie.
- Merci. Désolée de t'avoir dérangé, Matthias.
Je me suis levée. Je venais de remarquer que j'étais encore pied nu.
Le jeune homme a levé les yeux vers moi.
- Et toi, c'est quoi ton nom ?
- Luna.
Olivier et Neville se sont approchés.
- Luna, Dumbeldor est au bout du couloir, viens vite ! m'a hélé Fred qui partait déjà vers le professeur.
Un groupe de Serpentards est passé en ricanant devant nous, tentant de frapper Matthias avec leurs livres.
- Luna ! m'a appelé Olivier
- Tu as tout le profil d'une Serdaigle, la Nouvelle, a constaté Matthias, toujours assis par terre.
- Et toi celui du Choixpeau, ai-je répliqué, souriante, avant de partir en courant rejoindre mes amis.
- C'était qui le Serdaigle ?
- Il s'appelle Matthias. Je lui ai simplement demandé la date.
- Et ? a demandé George.
- Et on est le deux octobre 1976.
Les quatre jeunes hommes se sont retournés comme un seul.
- QUOI ?
Nous nous sommes dirigés vers le directeur.
- Professeur ! Professeur !
C'est Fred et George qui l'ont appelé.
Je n'aurais pas osé hurler dans le couloir bondé. Encore moins alors que nous étions en 1976 !
Le vieil homme s'est tourné vers nous et a froncé les sourcils.
-Excusez-moi, jeunes gens. Mais il me semble que vous n'êtes pas inscrits dans cet établissement.
Je me suis avancée.
- Professeur, pouvons-nous vous parler en priver ?
J'ai indiqué dans un geste du bras les personnes qui nous entouraient tous les six.
- je suis donc devant les enfants qui vaincrons Lord Voldemort.
- Pas seuls, a corrigé Neville, Sans Harry, nous serions tous morts.
-Harry ? a demandé Dumbeldor
Je me suis avancée.
- Il n'est peut-être pas bon que nous vous parlions trop de notre histoire, ni de nos parents ou de ceux de nos amis. Ce serait dangereux.
- Bien noté, jeune fille. Puis-je au moins avoir ton nom ?
- Luna.
- Puis-je aussi connaître vos noms, messieurs ?
- Fred.
- George.
- Olivier.
- Neville.
Le directeur a croisé ses mains noueuses sur son bureau.
- Et ce Harry dont vous aimez tant parler, qui est-ce ?
Neville s'est mis à parler.
Impossible de l'arrêter. Un vrai moulin à parole.
- Harry Potter, c'est un sauveur, un héros un…
Quelqu'un a frappé à la porte du bureau.
C'est un professeur que je ne connaissais pas qui a passé la tête par l'embrasure de l'immense battant de bois.
- Excusez-moi de vos interrompre mais... Albus, nos fauteurs de trouble ont remis le couvert.
- Faîtes-les entrer, cela ne vous gêne pas j'espère ? nous a demandé Dumbeldor.
Nous n'avons pas réagi, et quatre adolescents sont entrés. Un en particulier paraissait mener la danse. Grand, brun, mince, avec des lunettes rondes.
- James Potter, j'ai murmuré.
Il a tourné la tête vers moi.
- On se connaît ?
-Sûrement pas.
C'est Olivier qui est intervenu.
- Je veux dire, a repris mon ami, on vient de très loin, et ça m'étonnerait que tu aies déjà croisé Luna, parce que… Enfin…
- Va savoir. Luna comment ? a répliqué James.
-Lo…
- Non ! ai-je hurlé.
Ça pourrait changer le futur. Le présent. Non, mon passé. Oh fichtre ! Je ne sais plus, je me perds toute seule dans mon passé, mon présent et le futur de mon présent actuel qui est mon passé d'hier… !
James ne m'avait pas lâchée des yeux.
Un des trois autres garçons qui l'accompagnaient s'est assis par terre avec brusquerie.
- Professeur, on n'a pas fait exprès, vous savez, on a jamais voulu lancer un Crachlimace sur Servus ! au fond, on l'aime bien ! Et oui, bon d'accord, ça nous a fait bien rire, mais c'était vraiment drôle, vous savez, quand il a voulu parler et que, ben, que rien ! Une limace à la place du mot !
Le jeune homme a éclaté de rire.
- Rémus, cela n'a rien de drôle, a soupiré son interlocuteur. Vais-je encore devoir vous punir ?
James, Rémus et un troisième garçon que je soupçonnais d'être Sirius Black soupirèrent.
- Servus, quelque chose à ajouter sur les méfaits de nos trois Gryffondors ?
Le dernier adolescent était chétif et timide. Servus Rogue à mon âge. C'était à peine croyable.
Il a secoué la tête de gauche à droite dans un mouvement craintif.
- Bien. Servus, tu peux retourner à tes occupations.
Le directeur s'est tourné vers ses élèves et nous au passage.
- James, Sirius et Rémus, vous serez consignés dans vos dortoirs le soir d'Halloween, et Luna, Fred, George et Neville, et bien… J'imagine que nos trois fauteurs de trouble pourront parfaitement vous accompagner jusqu'à la salle commune de Gryffondor, non ?
J'ai toussoté.
- Excusez-moi professeur, mais je ne sais pas si c'est une excellente idée. Je… Je suis à Serdaigle.
Le vieil homme a levé un sourcil.
- Et bien tu as mon autorisation. Reste avec tes amis. La salle commune des Gryffondors t'es ouverte.
J'ai hoché la tête avec gratitude.
- Je vais demander aussi aux élèves ici présents de bien vouloir fournir aux quatre jeunes hommes des uniformes.
Nouveau soupir.
Rogue est sorti du bureau.
- Et James, tu accompagneras Luna, en tant que préfet, à la tour Serdaigle pour son propre uniforme.
L'intéressé a hoché la tête.
- Bien. Alors je vais vous laisser aller remplir vos tâches diverses.
Au moment où nous allions sortir, Dumbeldor m'a rappelée.
- Luna. Luna Lovegood n'est-ce pas ?
J'ai hoché la tête, sans trop savoir quoi répondre.
- Luna, le Harry Potter dont vous parliez, c'est le fils de James ?
- Oui, le fils de James et Lily Potter, professeur.
Il a souri.
- Je suis sûr que ce sera un sorcier brillant, s'il est plus assidu que son père mais aussi doué.
- Il le sera monsieur.
- Pardon de t'avoir retenue, file, tes amis t'attendent.
J'allais partir, mais au dernier moment, je me suis retournée vers le Directeur de l'école.
- Merci professeur.
Je courrais dans les couloirs pour les retrouver.
Parce qu'ils s'étaient sauvés !
Gryffondor, l'entrée de la salle commune de Gryffondor…
Des pas ont résonné dans le couloir, derrière moi. Des pas rapides et décidés.
Je me suis retournée. C'était James, suivi de près par Sirius et Olivier.
- Luna ! m'a hélé mon ami. On a cru qu'on t'avait perdu !
J'ai soupirée, rassurée de les trouver là.
Je me suis dirigée vers eux.
- Où sont les autres ?
- Salle commune, a simplement répondu Sirius de sa voix grave.
Quand je suis arrivée à leur hauteur, Olivier m'a demandé où j'étais passée.
- Dumbeldor voulait me parler de… d'Harry.
- Harry ? A demandé James.
- Oui un… Un ami à nous, qui est resté à l'endroit d'où nous venons.
- Harry comment ? a voulu savoir Sirius.
- Juste Harry, ai-je répondu après une hésitation.
James a lancé un regard à Sirius qui lui a répondu par un simple haussement d'épaules.
Nous sommes arrivés à un croisement.
– Bon, on va devoir vous abandonner, a dit James. On passe à Serdaigle et on arrive.
Et il m'a entraînée vers la tour Serdaigle.
Un§e fois à une bonne distance des autres, il s'est tourné vers moi et a engagé la conversation.
- Alors… Vous venez d'où tous les cinq ? Tu disais à Dumbeldor que tu étais à Serdaigle, mais ton copain a dit que je ne pouvais pas t'avoir croisée parce que tu vis loin d'ici.
- On vient de…
Mentir ? à quoi bon …
Cacher la vérité ? Obligé.
Dur de choisir.
- … Tu ne vas pas me croire.
Voilà.
Je me suis magicalement plantée.
- Je suis sûr que si. Et méfie-toi, j'ai d'autres questions dans ma poche !
Il m'a fait un clin d'œil et j'ai souri, oubliant presque que j'avais remonté le temps.
J'ai poussé un long soupir.
- James, je ne peux pas te dire d'où on vient, ni pourquoi on est là. Pourquoi on est là, en fait, je me pose aussi la question.
- Bon. Et comment tu connais mon nom ?
- Pardon ?
Je l'ai regardé, sans comprendre.
- Dans le Bureau, tout à l'heure ! Tu a dit mon nom avant même que je ne me présente. Et tu me regardais comme si… Comme si tu me connaissais.
J'ai hésité avant de lui répondre.
- Disons que… Tu ressembles trait pour trait au héros local, chez moi, et je le connais bien. Et puis… j'ai pas mal entendu parler de toi. Et de tes amis aussi. Sirius Black, Rémus Lupin, Peter PETTIGROW, et de ta copine aussi. Lily.
Il s'est arrêté de marcher.
- Mais comment ça peut être possible ?
- Ah ça… Ça fait partie intégrante de ce que je ne peux pas te dire.
Il a soupiré.
- Euh… James ?
Il a levé un sourcil.
- C'était à droite.
- Ah.
