Parce qu'une fic Bethyl sans Daryl ne serait pas une fic Bethyl, arrivée de notre redneck préféré, dans cette partie-ci !
Bonne lecture aux potentiels lecteurs passant par ici. ^-^
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Après l'hiver vient le printemps
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Partie 2
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Les trois mois d'hiver écoulés, et son bébé fêtant ses quatre mois, Beth se posa des questions sur leur avenir. Le printemps arrivant, elle pouvait reprendre la route sans plus risquer les grands froids. Mais le devait-elle pour autant ?
Elle avait conscience qu'aussi confortable soit-elle en son nouveau lieu de vie, ce dernier ne pourrait durer éternellement. Or elle devait penser avenir pour son fils. Et seuls, en proie à tous les risques, ce dernier n'en aurait pas beaucoup si elle ne trouvait pas un groupe avec qui se lier pour mieux survivre. Mais comment en trouver un qui ne soit pas composé de fous, avides de viols ou de meurtres pour leur bon plaisir ?
La jeune femme prit finalement une semaine de plus de réflexion, avant de faire son choix. À savoir profiter de la clémence du printemps et de l'été pour repartir à la recherche des siens. Si elle ne retrouvait personne ou rien de mieux. Si seulement elle se sentait trop en danger. Il lui suffirait de revenir en son antre, pour y trouver un havre de paix et suffisamment de vivre pour s'y enfermer le temps d'une nouvelle réflexion. Confortée par l'existence de ce plan de sauvegarde, Beth s'attela dès lors à préparer leur départ.
Elle stocka d'abord un maximum d'eau, au cas où les canalisations ne fonctionneraient plus à son retour. Suite à quoi, elle remplit son paquetage avec de quoi se nourrir décemment plusieurs jours, de quoi se changer, et surtout de quoi prendre soin de son enfant. Ce dernier toujours blotti à elle via son écharpe de portage, ils sortirent pour de bon.
Aussitôt, pour la première fois depuis de long mois, elle n'était plus aussi confiante. S'ajoutait pourtant une nouvelle arme à sa panoplie. Si elle emporta de nouveau son couteau camouflé à la cheville, son révolver fixé à la jambe et sa bien aimée hache à la ceinture. S'ajoutaient dorénavant un véritable arc en composite et sa 15ène de flèches précieusement stockées dans un carquois fin attaché au côté de son sac à dos pour un accès immédiat. Elle devait remercier pour cela la chambre d'adolescent couverte de posters à l'effigie d'un super héros Marvel utilisant une telle arme. Après l'avoir trouvée, elle avait passé tout l'hiver à s'entraîner à l'utiliser dans le couloir transverse de son étage. Elle n'avait pas compté le nombre de fois ou l'armoire, le bureau, les murs et enfin la cible avaient eu le déplaisir de se voir percés de ses flèches. Mais à force de patience et avec l'aide des livres dédiés à l'arme trouvés avec cette dernière, elle avait fini par la maîtriser.
Une fois en dehors de son foyer temporaire, Beth passa un bon mois sans incident. Elle chercha un peu partout, parcourant un cercle entourant sa zone de confort pour y laisser des messages à qui pourrait les lire et comprendre. Puis, faute de résultats, elle s'infiltra dans une forêt non éloignée des lieux où elle avait perdu Daryl...
Penser à lui faisait toujours aussi mal. Comme elle savait en son for intérieur qu'après plus d'un an, elle n'avait quasiment aucune chance de retrouver qui que ce soit de la prison. Mais peut-être y avait-il encore des groupes de gens normaux... Elle avait tant de peine à l'idée que son fils n'ait pour seul futur, que de vivre sa vie en solitaire, sans espoir d'avoir un ami, une femme à aimer... Elle voulait un avenir pour lui. Un avenir qu'elle devrait construire, bien qu'elle se sente totalement démunie à cette idée.
Finalement poussée par cet objectif, Beth fut plus que jamais décidée et motivée à consacrer les cinq prochains mois à chercher activement une trace de sa famille. Si cela ne menait à rien, comme elle le craignait. À ce terme, il en serait terminé de ces vaines recherches. Elle passerait l'automne et l'hiver dans son lieu de replis, qu'il lui faudrait alors recharger en réserves alimentaires pour tenir cette nouvelle hibernation. Après quoi, elle partirait ! Elle ferait le voyage retour jusqu'à la ferme familiale. Elle savait bien que seule, il serait particulièrement difficile de la remettre en fonction puis de la défendre. Mais elle estimait que là était la bonne chose à faire.
Son plan de vie établit pour les prochains 18 mois, Beth s'était dès lors sentie plus apaisée. Même si c'étaient là, de mauvais choix, elle savait dorénavant quel chemin prendre. Et psychologiquement, cela simplifiait beaucoup de choses.
WD
La jeune femme était sur la route depuis maintenant deux mois quand elle repéra les traces d'un groupe en mouvements. Désireuse de savoir à qui elle avait à faire avant de se faire connaître, Beth les suivit de loin, gardant prudemment ses distances jusqu'à ce qu'ils atteignent une portion de forêt escarpée, riches en rochers de toutes tailles ! Une position parfaite pour observer à distance, tout en restant à l'abri des regards.
Attendant que le bébé soit profondément endormi - l'enfant n'étant jamais dérangé par ses mouvements, trop habitué qu'il était depuis sa naissance à la suivre partout - elle s'avança ce soir de nuit noire au plus près de leur campement y découvrir qui le composait. Avec déception, elle réalisa vite qu'il ne s'agissait que d'hommes. A priori sept. Sachant quoi en craindre, elle perdit aussitôt toute envie de se faire connaître, quand elle entendit le début d'un combat impliquant des voix se faisant de plus en plus fortes.
- TU MENS ! Et tu sais ce que nous réservons aux menteurs ?
- Je n'ai rien dit. Vous êtes ceux qui ont conclu ce que vous vouliez conclure.
L'homme n'eut pas le temps d'en dire plus qu'un troisième le frappa avec une telle violence que sa victime chuta aussitôt au sol. C'est alors seulement qu'elle le vit plus clairement. Son visage enfin au niveau du feu, son cœur battit même à tout rompre.
Daryl !
C'était Daryl !
Le père de son enfant à terre, les coups de pieds et coup de poing ne cessaient plus de pleuvoir sur lui.
- Allez-y les gars. Il fut utile en son temps, mais je ne supporte plus de le voir.
Comprenant qu'ils allaient le battre à mort, Beth dégaina aussitôt son arc.
Elle s'était entraînée tout l'hiver et s'était depuis prouvée efficace, même face à une cible mouvante. C'est que depuis son retour sur les chemins, elle en avait eu des occasions de s'y essayer pour attraper de quoi la nourrir. Aussi est-ce confiante en elle-même qu'elle s'engageât.
Prenant toutefois garde de prévoir ses prochains mouvements, elle tira une première flèche qu'elle abattit en plein cœur de l'homme le plus éloigné. Personne ne l'ayant vu ni entendu tomber raide mort, elle abattit une nouvelle flèche, cette fois-ci sur celui se déchaînant le plus sur Daryl. Aussitôt, sachant qu'à défaut de la voir, ils connaissaient dorénavant sa présence et position, elle se précipita derrière les roches pour en faire le tour et décocher au plus vite une troisième flèche qui fit de nouveau mouche, traversant la gorge de l'un des hommes entourant toujours Daryl.
Il n'en restait plus que trois. Deux encore proche du feu, venant de dégainer leurs armes pour tirer à tout va et un troisième... Merde ! Elle venait de rater sa position.
- Tu cherches quelque chose gamine ? Crois-moi tu vas regretter ce que tu viens de faire.
Sentant soudain un bras la prendre à la gorge, accompagné d'une odeur écœurant de crasse et de sueur, elle n'attendit pas une seconde pour se défendre. Temporiser était donner du pouvoir à l'adversaire en lui permettant de fortifier sa prise. Aussi, usant de sa « faiblesse toute féminine », se laissa-t-elle aller de tout son poids pour l'obliger à la laisser s'agenouiller. Alors que l'homme pensait ainsi avoir plus de poids et supériorité sur elle en la laissant en cette position, elle put dégainer son couteau pour le trancher de toutes ses forces aux chevilles. Ainsi déstabilisé, son attaquant chuta à son tour sur les genoux, lui permettant plus facilement de s'en libérer, se retourner et l'égorger sans une nanoseconde de doute. Entre tuer ou abandonner son bébé et l'homme aimé, le choix était facile.
Elle observait son œuvre, non sans un certain écœurement, quand un bruit de pas lui indiqua qu'un autre homme était derrière elle. Ne sachant comment y faire face, Beth se releva doucement, apeurée du fait que son bébé jusqu'alors camouflé par sa veste venait de se mettre à pleurer suite à ses derniers mouvements. Nul doute que ses cris, ajoutés aux balles tirées plus tôt, allaient alerter tous les Marcheurs des environs.
- Beth ?
À son nom à peine chuchoté, la jeune femme se retourna plus vivement pour faire face à celui qu'elle ne pensait jamais revoir. Mais il était là ! Avec dans sa main droite, une lame impressionnante dégoulinante de sang. Le visage lacéré par les coups, le corps couvert de sang, tenant à peine sur ses jambes... C'était bien lui !
- Daryl ! pleura-t-elle.
- Tu es vivante. Vous êtes tous les deux vivants... évoqua-t-il éberlué.
Elle se contentait de hocher de la tête, quand elle entendit au-dessus des cris du bébé le grognement des Morts en approche.
- Où sont les autres hommes ?
- Je les ai tués.
- Alors nous devons y aller.
- Mes affaires...
Le voyant tenir à peine debout, elle doutait qu'il puisse courir vite. Pas qu'elle soit plus efficace avec un bébé d'environ 5 kilos et un sac à dos pesant bien plus. S'approchant finalement du feu, elle repéra le plus important. Son arme de prédilection.
- On prend juste l'arbalète. Nous n'avons pas le temps pour plus.
S'en saisissant, elle la lui tendit, avant de l'entraîner par la main.
Ils avancèrent dès lors au plus vite de leur capacité, la nuit entière - Beth tuant ça et là des Marcheurs semblant tous réveillés pour l'occasion - pour finalement déboucher sur une route. De là, la jeune femme qui avait gardé en tête leur cheminement n'eut aucun doute quant à la direction à prendre. Sauf que Daryl ignorant tout de ce qu'elle envisageait la stoppa net.
- Nous devons rester dans les bois.
- Non. Par là.
- Beth...
Il avait voulu crier, lui indiquer que le terrain choisi était trop découvert. Mais le visage tuméfié, presque méconnaissable de par les coups reçus, il ne put qu'à peine cracher son nom dans une slave de sang.
- Écoute. Je sais que tu es épuisé. Mais j'ai un lieu où se rendre pour te soigner.
- Je...
Le voyant tituber, sachant combien il devait lui être difficile de croire en sa seule présence, Beth ayant elle-même tant de mal à s'en convaincre, elle lui tendit de nouveau sa main.
- Je t'en prie. Fais-moi confiance.
Tachant de retrouver un peu de sa raison, Daryl allait effleurer la tête couverte de son bébé, quand de nouveaux grognements les poussèrent à reprendre leur fuite.
Beth se demandait encore comment leur fils s'était si rapidement calmé dans la tempête. Sans compter qu'elle ne l'avait pas encore nourri, sachant pourtant que l'heure était déjà passée à la douleur fusant de ses seins gonflés. Il leur fallait vraiment s'arrêter avant qu'il ne se remette à crier à tout poumon. Au moins quelques minutes, le temps de prendre soin du petit et de s'assurer que Daryl n'était pas trop grièvement blessé.
Cette pause put enfin avoir lieu, une heure plus tard, quand ils virent un camion abandonné sur le bord de la route. S'ils pouvaient y pénétrer et s'assurer de ne pas s'y faire remarquer par le troupeau les poursuivant toujours. Ce dernier pourrait même passer à leur côté sans plus se soucier d'eux, et leur permettre ainsi de reprendre la route plus posément.
Arrivés devant le véhicule, Beth aida Daryl à grimper sur le siège passager. Elle savait qu'elle aurait besoin de plus d'espace pour le soigner qu'avec le bébé habitué à être collé à son torse. Une fois elle même montée à la place du conducteur, elle déposa ses armes et son sac entre les deux sièges. Puis ôta une partie de ses vêtements pour se presser de nourrir leur fils sous les yeux émerveillés de Daryl.
- Je... Je suis désolée, Daryl. J'aimerais pouvoir panser tes blessures avant, mais... Il finirait par pleurer, si je ne le nourris pas très vite. Et cela risquerait d'en attirer encore plus.
- Il... ?
- Oui. C'est... Nous avons eu un petit garçon.
Daryl n'avait juste pas les mots pour dire combien il souhaitait que son fils passe avant tout. Il avait déjà tant de mal à assimiler tout ce qu'il se passait ici. Il pensait mourir pour de bon sous les coups de ces détraqués qui n'avaient cessé de l'empêcher de fuir leur groupe, tout en lui reprochant sa présence. Et Beth... qu'il pensait morte depuis huit interminable mois - telle une amazone - était sortie de nulle part, le sauvant en tuant par les flèches trois hommes, avant d'en égorger un quatrième sous ses propres yeux.
Et voilà maintenant qu'il l'observait donner le sein à leur fils. Son fils.
Il avait un fils !
Après 8 mois d'enfer sur terre, il les retrouvait enfin par une chance impossible.
- Comment... ?
Ne sachant quoi demander, que dire, comment réagir... C'est avant tout d'une main tremblante et pleine de sang qu'il frôla le bonnet de son enfant avalant goulûment sa pitance.
- Je...
Croisant un instant les yeux de Beth, y apercevoir autant de larmes d'émotion qu'il en avait lui-même le rassura un peu sur la réalité de cette scène. Ils étaient vraiment réunis ! Et surtout, elle avait survécu. Elle avait donné naissance à leur enfant.
Ces informations passaient en boucle en lui, quand il réalisa que la tétée terminée, Beth venait de changer le bébé, avant de le placer dans un châle au centre de son siège. Au préalable, il vit qu'elle avait installé une corde solide vouée à empêcher quiconque d'ouvrir la porte de l'extérieur pour s'en saisir.
- À ton tour.
Voyant toujours Daryl en état de choc, Beth s'appliqua à faire de son mieux pour panser ses principales plaies. Suffisamment du moins, pour éviter que plus de sang ne s'écoule quand ils reprendraient la route. Mais elle n'était pas dupe sur son état déplorable.
Le forçant à prendre un analgésique pour la douleur, manger quelques biscuits et boire un peu d'eau, elle refit aussitôt son sac. Les sachant suffisamment proches pour y parvenir, elle était bien décidée à utiliser le restant de la journée pour rentrer à l'appartement. Là bas, ils seraient à l'abri et elle pourrait prendre plus correctement soin de toutes ses blessures.
- Allons-y.
Alors, contre toutes ses envies, Daryl céda à son empressement à reprendre la route.
Comme espéré, ils avaient pu voir durant leur pause les Marcheurs passer devant eux, sans plus se soucier de leur présence. Ainsi débarrassés de ces derniers, ils repartirent d'un bon pas en direction de la ville avoisinante. Mais ce rythme s'amoindrit à mesure qu'ils avançaient, Daryl finissant par devoir prendre en partie appuie sur Beth pour terminer les derniers miles.
Quand ils arrivèrent finalement dans le hall de l'immeuble où elle l'avait entraîné, à bout de force, l'homme s'écroula devant les boîtes aux lettres. Beth savait l'avoir trop poussé. Mais elle avait eu si peur que pire arrive, s'ils étaient restés sur la route. Elle devait faire passer la sécurité de leur enfant avant tout, et savait que Daryl serait d'accord avec ce choix.
Tirant le corps du chasseur pour l'éloigner de toute vue - elle s'empressa de trouver ses clefs pour monter à son étage, bien que toujours prudente de crainte d'y croiser quiconque. Une fois seulement dans son antre, elle abandonna l'enfant dans son parc, avant de refermer toutes les portes derrière elle pour aller chercher Daryl.
L'homme aimé étant dorénavant totalement inconscient, la montée des deux étages parut sans fin. Pour ce faire, elle le tira par les aisselles, marche après marche, consciente de blesser chaque fois son dos. Elle n'avait pourtant aucun choix. Une fois à l'étage, le tirer sur une surface plane jusqu'à l'appartement fut un peu plus simple.
Daryl enfin allongé dans le milieu du salon, elle repartit bloquer doublement la porte menant à l'étage. Poussant d'abord l'armoire de face puis le bureau en quinconce, cette disposition empêcherait toute ouverture de la porte d'escalier. L'étage ainsi sécurisé, Beth referma toutefois aussi la porte de son appartement sur eux. Alors confinés, elle pouvait de nouveau respirer et prendre son temps. Elle s'enquit d'abord à aller chercher serviettes, bassine d'eau et savon. Après quoi, elle s'attela à le déshabiller entièrement. Quand elle en eut fini avec les vêtements imbibés de sang qu'elle mit de côté pour les jeter, elle lava le corps aussi sale qu'ensanglanté. Chaque petite once de peau fut savonnée et rincée. Puis seulement, elle prit un peu plus soin encore de chaque blessure et coupure, les désinfectant à l'alcool. Elle recousue ensuite ce qui devait l'être avant de panser chaque zone traitée. Elle termina par le plus difficile, emballer les cotes qu'elle soupçonnait fêlées par d'interminables bandes obtenues par la découpe d'un drap entier.
Chose faite, Beth le couvrit d'une couverture, malgré la température ambiante de la fin du printemps pour reprendre un trousseau de clefs et partir dans un appartement voisin y récupérer des vêtements propres. De nombreux slips et chaussettes, deux pantalons, dont un jogging léger plus souple et appréciable que les jeans habituellement portés par Daryl, et quelques tee-shirts firent l'affaire. Sa boîte pleine, elle savait pouvoir faire face au plus pressé.
Ne lui enfilant finalement qu'un caleçon, elle le tira de nouveau jusqu'à son lit où elle fit de son mieux pour le caler dans des coussins pour le maintien de ses côtes, avant de le border.
Alors, elle du à nouveau prendre soin du bébé, avant de se préparer à manger. À leur tour alimentés, elle reprit leur fils pour attendre avec lui le réveil de son père. Malheureusement, la fièvre s'imposa, l'obligeant à veiller et rafraîchir l'homme heure après heure. Si bien qu'il fallut finalement deux longues journées avant qu'il ne retrouve sa pleine conscience.
- Beth... ? émit-il alors, tremblant.
Si l'homme était toujours inquiet d'être perdu dans un rêve, la douleur fusant aussitôt en lui, le conforta de la réalité des faits.
- Prends.
Se laissant faire, Daryl avala la médication donnée, de forts analgésiques que Beth avait trouvés dans un autre appartement l'hiver dernier.
- Comment te sens-tu ?
- Mieux. Où sommes-nous ?
- Dans une cache sûre.
- Comment peux-tu savoir qu'elle l'est ?
Alors que Beth lui expliqua succinctement comment elle l'avait trouvé et occupé, le laissant ébahi par sa logique et son aptitude à avoir su dénicher un tel lieu - Daryl allait lui poser plus de questions quand elle l'en empêcha d'une main mutine posée sur ses lèvres toujours gonflées des coups.
- Plus tard. Je vais aller te faire à manger. Et alors on se racontera tout en détail. Ok ?
- ok. murmura-t-il, tout simplement hypnotisé par son attitude.
- En attendant, prends-le. Il est plus que temps que tu rencontres ton fils.
Les mains tremblantes à l'idée de blesser une si petite chose, Daryl ne le prit pas moins dans ses bras, offrant aussitôt un contact peau à peau avec le bébé. Il avait le cœur noué à l'idée d'avoir déjà tant manqué. Mais il se sentait en même temps si fier de le voir aussi sain et bienheureux grâce à sa mère.
Laissé seul avec son enfant, heureux de n'avoir pour cela aucun témoin, Daryl prit le temps de câliner le corps frêle, toucher délicatement chaque petit doigt... Il était si beau...
Si Beth revint par deux fois à la porte de leur chambre vérifier que tout se passe bien, il n'en sut rien, trop attentif au moindre mouvement de son fils. Le bébé l'observait avec tout autant d'attention. Après tout, c'était le premier être humain à le tenir et cajoler après sa mère. Avec soulagement, Beth découvrit que leur fils n'avait pas peur de son père. Juste curieux, il tentait assidûment de toucher chaque surface de son visage, tirant durement sur sa barbe avec ses petites mains potelées.
Rassurée par cette scène, la jeune femme termina vite de cuisiner un paquet entier de pâte qu'elle assaisonna de nouveau d'une sauce bolognaise. C'était le premier véritable repas qu'elle avait elle-même mangé en ces lieux. Elle était heureuse de pouvoir offrir cette alimentation riche et généreuse à Daryl. Car clairement, l'homme avait souffert de la faim. Il était si maigre. Elle ne doutait pas qu'il ait perdu près de 10 kilos depuis leur séparation. Pour un homme qui n'avait alors déjà pas un pouce de graisse, son état de santé était aujourd'hui déplorable.
Le retrouvant finalement avec sa marmite pleine, surmontée de deux assiettes, et tout un tas de choses qu'elle porta dans un sac, Beth tira près du lit une petite table sur laquelle elle déposa ce qu'elle venait d'amener. Alors elle s'assit à son chevet au bord du lit.
- Tu as faim ?
- Affamé oui.
- Tiens.
Prenant finalement le bébé en échange d'une première assiette, Daryl commença à la dévorer avant qu'elle ne le stoppe.
- Vas-y plus doucement. Ou tu vas tout vomir.
Le lui accordant, il avala plus calmement chaque bouchée qu'il se força à minutieusement mâcher. Alors bien réveillé et conscient, il l'écouta enfin lui compter toute son histoire depuis qu'ils avaient été séparés jusqu'à leurs retrouvailles improbables.
Son récit terminé, lui avait mangé pour les deux tiers le plat préparé. Plus serait trop. Alors Beth lui retendit leur enfant, mangeant à son tour pendant qu'il lui racontait ce qui lui était advenu.
Peu après leur séparation, il avait été trouvé par un groupe de douze hommes, dont le chef l'avait forcé à les rejoindre. Ne pouvant faire face à autant, il avait laissé croire qu'il cédait de bonne grâce. Alors ils avaient passé l'hiver ensemble, sous le dictat d'un fou et de ses règles d'un autre temps. Pas de partage ou solidarité, mais de la compétition, du vol et de la trahison.
L'hiver avait été dur pour ce groupe. En absence de tout partage équitable, les plus faibles avaient fini par se faire tuer plus facilement lors d'attaque de Marcheurs. Si bien qu'au printemps, leur simulacre de communauté s'était réduit de moitié. Daryl avait expliqué qu'il avait alors repéré des signes lui faisant penser qu'un ancien de la prison était encore vivant et à la recherche des autres.
Beth lui confirma sans mal qu'il s'agissait d'elle. Elle avait passé son temps à tracer des messages un peu partout, dans l'espoir que quiconque de leur famille reconstituée puisse les voir et s'y établir. Depuis, elle était passée devant chacun d'eux, chaque semaine des deux mois qu'elle était retournée sur la route, espérant toujours y voir une réponse.
- Je n'avais aucun moyen de savoir si ces traces étaient récentes ou dataient de notre séparation. Mais c'est à ce moment-là que j'ai finalement décidé de repartir seul à la recherche des nôtres et de vous deux. J'étais en train d'essayer de fuir ces fous, profitant que ce soit mon tour de garde pour les quitter, quand je fus surpris dans mon geste par Joe, leur chef. C'est quand tu es finalement arrivé.
- Quand ils t'accusaient de mentir ?
- Disons que bien que pris en flag, je n'ai pas forcément indiqué vouloir partir et encore moins pourquoi. C'est cette absence de réponse qui l'a énervé. Sauf que s'ils avaient su que je recherchais une femme, crois-moi ils m'auraient de suite aidé à la retrouver. Mais pas pour mon seul profit...
- Je me doute.
Daryl s'abstient de préciser les autres détails, dont nombre de rencontres s'étant bien mal terminées pour d'autres nomades des forêts. Mais la douleur, la peine et le regret présent en ses yeux suffirent amplement à la jeune femme pour comprendre tous ses non-dits.
Finalement, elle l'avait convaincu de terminer son repas d'un peu de sucre, sous forme de fruits au sirop. Alors, elle l'avait tiré de son lit douillet pour lui permettre de profiter de véritables toilettes - luxe ultime offert par l'eau courante toujours accessible en ces lieux. Avant de le pousser dans une baignoire. Ayant fait bouillir de l'eau, elle lui offrit la possibilité de se laver par lui-même dans une eau tiède appréciable. Elle comptait initialement donner au même instant le bain à leur enfant, tout à côté. Mais Daryl se proposa aussitôt de le prendre avec lui. Comprenant qu'il souhaite ainsi partager avec son fils ce moment intime, la femme l'aida dès lors en ces gestes pour qu'il apprenne à son tour comment laver et rincer le corps si fragile de leur bébé.
- Comment s'appelle-t-il ?
- Je...
- Beth ?
- Je suis désolée...
La voyant subitement en pleurs, Daryl eu le cœur battant. Que se passait-il ? Avait-il dit quelque chose ? S'était-il passé une autre tragédie qu'elle lui avait cachée ?
- Tu m'inquiètes, Beth. Dis-moi.
- C'est juste... Je n'ai pas pu. Je n'ai pas pu lui trouver un nom ! Quelle mère indigne peut agir ainsi ?
- Oh... Beth...
Touché par sa perdition, alors qu'elle tentait de se reprendre, Daryl ne le lui reprocha pas. Bien au contraire.
- Pourquoi ne pouvais-tu pas ?
- Je ne sais pas. Je ne m'en sentais pas le courage, en ton absence. Je te voulais tellement à mes côtés.
- Pardonne-moi.
- Ce n'est pas ta faute.
- Comment aurais-tu voulu l'appeler ? demanda-t-il plutôt. Tu n'as jamais eu d'idées quand tu étais plus jeune et imaginais avoir ton premier enfant ?
- Je... Pas vraiment.
- Voudrais-tu le nommer comme ton père ?
- Non. Je ne veux pas qu'il porte le nom d'un mort. J'ai...
- Dis-moi.
- J'ai juste hésité pour Daryl.
- Mon propre nom ?
- Je ne pensais pas réussir un jour à te retrouver.
- Je... je ne sais pas quoi dire.
- Comment voudrais-tu toi, le nommer ?
- J'en sais rien. C'est que je n'ai jamais imaginé un jour avoir seulement un enfant.
- Tu regrettes ?
- Pas une seconde de ma vie, Beth. Je t'aime et je l'aime tout autant, à présent. Vous êtes les deux personnes les plus importantes pour moi. Je mourrais pour vous.
- Je sais.
Leur séparation ayant été le malheureux résultat de son souhait à vouloir les mettre à l'abri.
- Et que penses-tu de DJ ? proposa finalement Daryl, tout en jouant avec les pieds sans cesse bougeant du petit bonhomme.
- Pour ?
- Daryl Junior. précisa-t-il alors, non sans rougir à l'idée même de concevoir que son fils puisse porter son nom. Mais Beth avait voulu ça. Et lui ne souhaitait qu'une chose répondre à ses désirs.
- J'aime.
À la lumière éclairant aussitôt son visage, Daryl su avoir fait-là le bon choix.
- Alors, va pour DJ ! Qu'en penses-tu fils ?
Chatouillant le petit corps reposant toujours sur ses jambes, Beth eut de nouveau les larmes aux yeux. Des larmes de joie à voir son fils rire aux éclats, tellement à l'aise avec son père.
- Merci.
Embrassant finalement pour la première fois son conjoint à la commissure de ses lèvres encore gonflées, Beth le serra comme elle put dans ses bras.
Ils restèrent ainsi un petit moment de plus, quand l'enfant propre et en passe de flétrir, Beth le récupéra pour le sécher et rhabiller avant de laisser Daryl à son intimité, le temps de nourrir et recoucher DJ. Suite à quoi, elle le rejoint dans la salle de bain muni d'un tabouret pour l'aider à changer ses pansements. Elle lui proposa au passage de lui couper les cheveux. Après tout, elle avait déjà des ciseaux en main. Et ils étaient devenus si longs ! Le chasseur le lui concédant d'un simple hochement de tête, elle s'exécuta assez vite. Puis elle l'abandonna de nouveau, laissant à ses côtés des vêtements propres.
Beth savait combien il devait lui être nécessaire de se retrouver un peu pour digérer tout ce qu'ils venaient d'échanger. Profitant de cet instant pour changer les draps souillés par du sang et d'autres fluides, quand elle ressortit d'une chambre mise à propre, elle le vit soudain errer dans l'appartement, fraîchement rasé et habillé du jogging et tee-shirt blanc confiés. Bien qu'il porte encore trace de son passage à tabac, elle pouvait tout de même retrouver ici, l'image de l'homme rencontré à la ferme de son père.
- Tout va bien ?
- hum hum.
- Je sais que ce n'est pas dans tes habitudes de vivre en appartement, que tu privilégierais sans doute la vie en forêt. Mais je pensais que nous pourrions rester ici le temps que tu guérisses complètement. L'eau courante est toujours fonctionnelle et potable, nous assurant hygiène et boisson. Tandis que j'ai encore en stock de quoi nous alimenter à deux au moins un mois. Je comptais sur ces lieux pour tenir l'automne et l'hiver prochain. Mais maintenant que je t'ai retrouvé... je... je suis désolée de paraître si égoïste, mais je n'ai pas la force de repartir chercher les autres. Du moins pas tout de suite...
Un peu honteuse de ses dernières paroles, Beth ne savait pas ce que Daryl allait en penser. Mais quand elle releva finalement la tête. Elle eut pour toute réponse une paire de bras encore forts, malgré tout ce qu'il avait vécu, la serrant à l'étouffer, avant qu'il ne lui murmure ses mots.
- On fera tout ce que tu veux, Beth. Peu m'importe, tant que nous restons ensemble.
Rassurée, elle se blottit un peu plus encore contre lui. Après plus de huit mois de séparation, elle était tellement heureuse.
- Viens.
Cette fois-ci, ce fut Daryl qui l'attira de sorte qu'ils retournent dans la chambre. Là, il se recoucha, toujours calé en position semi-assise pour préserver ses cotes. Puis incita Beth à lui confier leur bébé déjà somnolent pour qu'il repose sur son torse.
- Est-ce ok ? Je veux dire. Si tu penses qu'il serait mieux pour lui de rester dans son berceau...
- Tout va bien. Je n'ai pas pu le lâcher depuis sa naissance. Aussi n'accepte-t-il pas aussi bien que tu l'imagines de dormir ailleurs que dans mes bras.
- Bien. Car je ne voudrais pas qu'il en soit autrement.
Leurs vies à tous étaient suffisamment fragiles pour ne pas se soucier des quand dira-t-on sur leur manière d'élever leur bébé. Alors, si Beth le voulait tout comme lui, avec eux, dans leur lit. Cela lui convenait parfaitement. Surtout qu'à cet instant, il avait besoin de leur présence pour se conforter dans l'idée qu'ils étaient bien réels.
Finalement, Beth se changea rapidement avec quelques vêtements plus légers, pour se blottir à son tour sur son côté, posant une main aimante sur le dos de leur enfant. Il n'en suffit pas plus pour qu'elle éclate soudain en sanglots, exprimant là toute la peine, la peur et l'incertitude l'ayant dévoré ces six derniers mois. Elle avait eu si mal... et à présent tout cela se mêlait à la joie incroyable d'être à nouveau auprès de l'homme aimé. Enfin elle n'était plus seule.
- J'ai eu tellement peur...
- Je suis là, Beth.
- J'ai cru que j'allais te perdre, à peine après t'avoir retrouvé...
- Je vais bien. Tu m'as sauvé. Tu nous as tous sauvés...
- Ne m'abandonne plus.
- Plus jamais, Beth. Je te le promets. C'est terminé, je suis là.
Apaisée par les paroles de Daryl, la jeune maman se laissa doucement bercer à l'image de son fils dans ses bras réconfortants, tombant dans un sommeil de plomb. Jamais les deux adultes n'eurent aussi bien dormi depuis des années. Leur fils lui-même profitant ce jour-là de sa première nuit complète de 8 heures, alors enfin entouré de la présence rassurante et aimante de ses deux parents.
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À suivre.
mimi yuy
