CHAPITRE 2

Le lendemain matin, après avoir fait un rêve étrange impliquant Alice, Jacob et l'ourson de la pub pour l'adoucissant, je me levai groggy. Encore une journée à me fader des hommes sans envergure, bedonnants, sentant plus souvent la transpiration que l'after-shave, tout en gardant le sourire.

Misère…Je jetai un regard à ma montre. Vendredi 13.

Le dernier vendredi 13 auquel j'avais survécu n'était pas franchement racontable. Même si Alice se plaisait à en rire à chaque fois que le sujet ressurgissait. Je réalisai maintenant que l'appeler du fin fond de la poubelle d'un hôtel de luxe n'était pas l'idée du siècle…A moins que ce ne soit d'aller fouiner dans les poubelles à la recherche de traces d'Edward qui n'ait été une très mauvaise idée.

Je me fis couler un café et allumai mon ordinateur. Généralement, après les avant-premières et les tapis rouges, mon fil d'actualité Facebook était en fait un fil Edwardien. Je souris en voyant que 70 personnes avaient aimé mon statut. Toucher aux cheveux d'Edward était non seulement criminel, mais aussi fédérateur.

La paix de l'univers réside dans cette chevelure, je le sais !

Je reposai mon mug en voyant que Rosalie-glaçon-Hale avait répondu à mon commentaire.

La pétasse incompétente vous remercie de cette remarque intelligente et pertinente. Toujours est-il que j'ai du 95D et que j'ai moi-même coupé les cheveux d'Edward. Garce !

Ohhh…Le glaçon se rebelle ! J'espérais tout de même qu'elle ne soit pas cassée un ongle avec ce baroud d'honneur.

A défaut de l'option gros seins, j'ai préféré le cerveau…Je vous assure que cette petite chose que personne ne peut mater a son utilité.

Rosalie Hale pouvait bien dire ce qu'elle voulait. Il était de notoriété publique qu'elle et Edward ne s'entendaient pas. Je la soupçonnais même de ne pas agir dans le sens de son client et de saccager ses apparitions pour entretenir le buzz. Ce simple fait m'avait poussée à réfléchir sur ce qui avait pu se passer entre eux deux…

Soit ils avaient couché ensemble et l'affaire avait tourné court…

Soit ils n'avaient pas couché ensemble et c'était sa frustration qui parlait…

En tout état de cause, Edward était forcément une victime innocente, fragile et faible dans ce monde de brutes et de machines hollywoodiennes. Et mes deux théories prouvaient ce que je m'acharnais à démontrer à Alice : tout le monde veut coucher avec Edward.

Ce qui me faisait penser que je devrais manger un truc. Au hasard, une banane….

Après m'être habillée, parfumée, coiffée et m'être rendue parfaitement indigne en regardant du coin de l'œil la rediffusion de l'avant-première de la veille, je jetai un dernier coup d'œil à mon ordinateur. Cette fabuleuse Rosalie avait encore répondu, mais cette fois par message privé…

Hum, de toute évidence, elle était bien plus haute que moi sur l'échelle de la dignité. Se faire humilier en public était sûrement le comble de l'horreur pour elle. Quel drame, elle allait se déclencher une crise d'urticaire, ou pire, un bouton de fièvre monstrueux et purulent le jour des Golden Globes.

J'esquissai un sourire ravi, prête à dégainer un nouveau missile. Ce n'était pas une blonde, glaciale et liftée à 18 ans qui allait me faire peur !

J'ai survécu à pas mal de choses dans ma vie : les avances de Jacob, les détails de la vie sexuelle d'Alice et pire encore, la cuisine de ma mère. Alors Rosalie…Même pas peur !

Vous semblez prête à tout pour vous faire remarquer...Je vous propose que nous comparions, votre cerveau vs mes seins. Vous avez deux jours pour convaincre.

Heeeeeeeein ? Je reposai ma veste, mon sac et mes fesses sur la chaise de mon bureau. Je ne rêvais pas. L'iceberg était en train de me défier ! Elle me défiait au sujet d'Edward Cullen ! Non c'était impossible.

Précisez votre défi, tapotai-je fébrilement sur le clavier.

Quelques secondes plus tard, Rosalie répondit.

Deux mots : Golden Globes.

Estomaquée, je m'effondrai sur ma chaise. Elle avait raison, les Golden Globes étaient dans deux jours et Edward était nominé dans la catégorie « meilleur acteur ». Selon les spécialistes et les bookmakers, il était archi-favori. Je déglutis bruyamment, tout en sentant mes mains devenir moites.

Mon plan – dixit Alice, fumeux et ruineux – était de prendre une chambre dans le même hôtel qu'Edward et de tomber « par hasard » sur lui au bar, à la piscine ou dans l'ascenseur…Ce plan allait fonctionner. Ce plan devait fonctionner !

Deux mots : Trop facile !

Ce qui est bien derrière un écran, c'est que vous pouvez faire croire n'importe quoi à n'importe qui. J'avais la trouille, oui, mais inutile de l'admettre. Les gènes de Super Jamie pouvaient tout à fait être compatibles avec ceux de CatWoman. J'étais une machine de guerre, une fille du 21eme siècle à qui rien ne résiste…Même pas le couvercle du pot de mayonnaise. Après étude, il suffit en fait d'avoir un voisin costaud qui ouvre le dit-pot.

Le curseur de l'écran clignotait furieusement. Je remarquai étrangement qu'il coïncidait avec le rythme de mon cœur et que j'étais en pleine crise de tachycardie.

C'est ce que tout le monde pense. Edward n'est pas…facile.

Je vous le confie deux jours, histoire de briser le mythe qui entoure cet homme. Deux jours, et vous me supplierez de venir le chercher.

Je bondis de ma chaise et je jurai avoir senti cette douleur typique de la crise cardiaque dans ma poitrine. Deux jours ! Deux jours !

Putain ! Deux jours ! Ce qui voulait dire…deux nuits ! Youhouuuuuuuuu ! Dans mon monde, c'était un peu comme si le Père Noël, la fée Clochette et la Marraine de Cendrillon avaient fusionné…Dommage que l'image de Rosalie Hale, bougonnante et en train de casser sa baguette magique, me vint si vite à l'esprit.

Edward Cullen chez moi…Chez moi…

Dans mon salon…Oh mon Dieu, sur mon canapé. Il fallait donc que j'envisage un nettoyage ultra-rapide de ce dernier.

Dans ma cuisine. Et Dieu seul savait le nombre de fantasmes étranges et récurrents que j'avais dans cette pièce.

Dans ma salle de bain…M'autorisera-t-il à le regarder nu et couvert de mousse ? Ou mieux, m'autorisera-t-il à prendre une douche avec lui ?

Dans ma chambre….

J'étais proche de l'évanouissement. Il était tout à fait probable qu'une fois qu'il aurait franchi les portes de cet appartement, je finisse par baiser le sol qu'il foulait. Juste derrière lui. De toute façon, quitte à finir sans aucune fierté, autant faire ça bien !

Je me forçai à penser pratique et ma joie retomba instantanément. Mon rendez-vous chez l'esthéticienne était prévu la semaine prochaine. Décemment, je ne pouvais pas recevoir Edward avec la pilosité de Madame Pierrafeu. Connaissant le panel des jeunes femmes qui avaient réussi à séduire Edward – et donc à passer leur main dans ses cheveux au moment de l'orgasme forcément retentissant qu'il leur donnait – il aimait les femmes brunes, minces, souriantes, sportives, cultivées...

…Et épilées.

Oui, la dernière « conquête » d'Edward était chauve. Ce qui ne laissait aucun doute sur ses préférences.

Quand ? Demandai-je en me demandant si on ne me faisait pas une affreuse blague.

Affreuse et cruelle. Edward…Sexdward…Le voir au réveil, le voir au coucher, le voir endormir.

Le voir nu….

Le voir nu dans mon lit…

Le voir nu dans mon lit pendant qu'il me fait l'amour….

Le voir nu dans mon lit pendant qu'il me fait l'amour sur un rythme lent et bouleversant…

Le voir nu dans mon lit pendant qu'il me fait l'amour sur un rythme lent et bouleversant, mon regard perdu dans le sien….

Oh misère…Je crois que je peux changer de culotte là !

Edward est de repos aujourd'hui, envoyez-moi vos coordonnées par mail. Je vous pose le colis ce soir.

Le colis ? Cette femme n'a donc aucun respect pour lui ? Ce n'est pas un colis, c'est un dieu vivant ! Je vis pour cet homme quand elle le considère comme une marchandise. Et maintenant que j'y pense, elle ne lui avait sûrement pas demandé son avis. Garce glacée !

Parfait ! Vous pouvez déjà chercher un nouveau boulot, une fois qu'il aura franchi la porte de mon appartement, il ne voudra plus en sortir.

Je jetai un coup d'œil à ma montre, constatant que j'étais déjà en retard. Enfin, c'était pour la bonne cause. Je lui envoyai mon adresse rapidement, sentant un stress incroyable prendre possession de moi.

Edward Cullen chez moi ! CHEZ MOI !

Je m'autorisai un hurlement de joie, réveillant sûrement tout l'immeuble, avant d'entreprendre une danse rituelle dans mon bureau.

Pour un peu, j'en aurais presque oublié que j'avais un métier. Déjà vingt minutes de retard, merde ! Comme la veille, j'entrepris un mémorable contre-la-montre. En chemin, je recroisai Madame Bennett et son sourire édenté. Elle plissa le nez, sûrement toujours sous le choc de notre dernier échange, avant de morigéner dans sa barbe.

En pleine rue, tout en courant, je parvins à caler l'oreillette de mon téléphone dans mon oreille.

- Lauren ? Hurlai-je en manquant de me faire renverser par un bus.

- Oui, Bella ?

- Annulez tous mes rendez-vous de l'après-midi !

Je raccrochai aussitôt et composai le numéro d'Alice.

- Bella ? S'étonna-t-elle en prenant la communication.

- Edward Cullen vient chez moi ! Débitai-je, ivre de joie.

- Quel genre de drogue as-tu encore pris ?

- Aucune, je t'assure.

- Cette addiction est en train de te rendre folle…

Je franchissais la porte de mon bureau m'excusant rapidement auprès d'un de mes clients. J'expliquai à Alice mon échange de messages avec Rosalie-Blizzard-Hale et mon amie eut la réaction de base de toutes femelles à proximité d'Edward Cullen. Elle hurla.

Je tirai violement l'oreillette de son emplacement, espérant ne pas avoir perdu un tympan et demandai à Alice de se calmer.

- Edward Cullen va coucher avec toi ? Cria-t-elle.

- Non…Il va juste coucher chez moi !

- Bella, tu n'as qu'un lit ! Explique-moi comment tu vas faire ?

- Le canapé ? Tentai-je.

- Ton canapé est défoncé. Et sincèrement, personne ne veut savoir pourquoi !

- On se débrouillera Alice ! Mais je vais avoir besoin de toi…

- J'appelle l'institut, me coupa-t-elle. Cette vieille bique adipeuse de Coldwell n'aura qu'à garder ses poils aux pattes !

- Je t'aime, Alice ! Déclamai-je, extatique.

- Viens à 15h et sois à l'heure.

Elle raccrocha et mon humeur légère persista toute la matinée. La petite voix de la veille serinait à tue-tête : Edward Cullen chez moi ! Yeaaaaah ! Ce mélange de joie, d'anticipation et d'excitation était en train de me rendre folle. A côté de moi, Mister Bean aurait pu apparaître dépressif !

Mais je vendais bien…Et que des costumes de marque. Ce qui était encore meilleur pour mon compte en banque et surtout pour mon banquier, vue nos relations tendues. Ce dernier, un tantinet libidineux, s'était royalement proposé de tirer un trait sur mes agios, en échange d'un dîner avec lui. Très sincèrement, ce cher Mickael – Appelez-moi, Mike, ma chère Iz – me donnait envie de vomir. Je préférais être ruinée que de coucher avec lui.

A 15h, comme convenu, je retrouvai Alice. Cette dernière avait pris ses informations et m'entraîna dans une des cabines de son institut pour faire un sort à mon envahissante pilosité.

- Je n'arrive pas à croire que tu vas avoir Edward Cullen chez toi, s'écria-t-elle, presque hystérique.

- Alice, c'est juste pour….

- Mais tu réalises un peu ? Ce type, cette machine emplie de testostérone…

- Edward n'est pas…

- Un fessier à se damner et bon sang, tu vas enfin pouvoir vérifier si la légende est vraie !

- La légende ? Demandai-je soupçonneuse.

- C'est forcément vrai, déclama-t-elle en m'ignorant royalement. Et…Oh mon dieu, tu vas toucher ses cheveux ? Et…Bon sang, mais tu vas avoir son numéro de téléphone ? S'exclama-t-elle avec une voix suraiguë, frisant l'ultra-son.

Je m'installai sur la table de la cabine, espérant qu'Alice tempère ses hormones. Pour une fille qui se moquait ostensiblement de moi et ma folie Edwardienne, je la trouvais un tout petit peu trop enthousiaste. Ou alors, elle avait pris des amphétamines.

- Alice, tu prends toujours ton traitement pour ton hyperactivité ? Demandai-je.

- Oui, pourquoi ? Le médecin a dit que j'arrivais à canaliser toute mon énergie !

Elle sautilla autour de moi et j'avais la sensation d'être une espèce de victime d'une cérémonie rituelle. Sincèrement, je n'étais pas certaine de vouloir savoir quel genre de cause sacrificielle j'allais devoir servir.

- Tu as l'air…euh…contente ?

- Et tu as l'air inerte ! Siffla-t-elle.

- Je suis sous le choc ! Expliquai-je. Et te voir aussi vitaminée ne m'aide vraiment pas !

Elle rétrécit son regard et je réalisai maintenant que je n'étais pas en position de force : allongée à moitié nue, pendant qu'elle mélangeait la cire qui allait éradiquer mes poils infâmes.

- Bella, je sais qu'en toi, Petite Bella sautille et a sorti ses jouets !

- Ses jouets ? M'exclamai-je en riant.

- Ses jouets, oui ! Et je soupçonne Petite Bella d'être en lingerie coquine et si possible mangeable pour séduire mini-Edward.

- Edward n'est pas mini ! Tu sais que ce que tu viens de dire est interdit par le code de déontologie ! Et je dois juste l'habiller pour les Golden Globes, pas…lui démontrer que le Kâma-Sûtra est réalisable en 48 heures !

- Tu as donc potassé ton Kâma-Sûtra ? Commenta-t-elle en posant de la cire sur mes jambes.

- Tu devrais potasser la subtilité pour les nulles, Alice !

Elle tira sur la bande. Je grimaçai, mais j'étais habituée à ce genre de « pratiques ». Ce n'était pas vraiment de la douleur, plutôt de l'inconfort.

- Toujours est-il que j'entrevois un millier de possibilités !

- Comme ?

- Et bien, hormis le fait de l'habiller qui te sert d'alibi aux yeux de la planète entière, tu peux tenter d'autres « activités » avec lui.

- Précise ta pensée, grinçai-je pendant qu'elle tirait sur une nouvelle bande de cire.

- Et bien…Lui faire réciter son texte. N'a-t-il pas une audition prochainement ?

- Humm…Si.

- Oh, il faut que tu lui fasses ta tarte aux pommes…Parce que tout le monde a envie de te faire l'amour après ta tarte aux pommes !

- Alice, je t'ai fait une tarte la semaine dernière !

- Et bien oui, je parle en connaissance de cause !

- De toute façon, je ne veux pas coucher avec lui.

- Je dois l'admettre…Tu es plutôt une adepte du viol avec ce type. A peine aura-t-il franchi la porte de chez toi que Petite Bella va se réveiller et faire de toi le meilleur coup de cette ville. Maillot ? Demanda-t-elle en haussant un sourcil.

- Euh….

- Bella, il faut être préparée à tout !

- Alice, je sais que je suis parfois bonne à être internée, mais j'ai tout à fait conscience que mes chances de coucher avec Edward Cullen en moins de deux jours sont infimes…A vrai dire, elles sont quasiment nulles !

- Tu vas lui plaire, assura-t-elle en déposant une bande de cire sur mon entrejambe.

- Oh…Et tu sais ça parce que ?

- Parce que tu es jolie. Et loin d'être bête…Et tu es drôle ! Attention, je tire…

- Aaaaaaaaahh…putain Alice ! Hurlai-je de douleur.

- Et tu es lisse maintenant.

- Je suis à vif oui ! Râlai-je en me tordant pour constater les dégâts.

Elle me repoussa sans ménagement sur la table et posa une nouvelle bande de l'autre côté. Je grimaçai déjà, anticipant la douleur.

- Ton seul problème c'est que tu n'as pas de seins, continua-t-elle.

- Je sais, me lamentai-je.

- Et Edward Cullen aime les seins…

C'était un fait. Généralement, quand Edward posait avec une femme, il ne regardait pas l'objectif, mais son objectif. Etrange que les hommes soient toujours fascinés par ce qu'ils n'ont pas. Je veux dire, personnellement, l'idée d'avoir un pénis ne me fait pas rêver.

- Aaaaaaaahhh, hurlai-je à nouveau, pendant qu'Alice souriait largement.

- Il va A-DO-RER ! Se félicita-t-elle.

- Encore faudrait-il qu'il le voit !

- Bella, imagine juste ce que ça pourrait être d'avoir le visage d'Edward face à toi ?

- Sûrement que je perdrais connaissance, raillai-je en remettant mon sous-vêtement.

- Non…je voulais dire « face » à toi, répéta-t-elle en désignant mon entrejambe traumatisé.

J'écarquillai les yeux, avant de rougir furieusement. J'excusai la plupart de mes actes de démence envers lui, en me répétant qu'il y avait trois ou quatre univers entre lui et moi…Désormais, et si Edward était ponctuel, il ne restait désormais plus que deux heures !

- Alice, il ne fera pas ça…Je dois juste l'habiller.

- Bella, tu dois être la seule femme sur Terre qui veut habiller cet homme !

- Peut-être.

- Et où est passé ton côté fan hystérique ? J'espère au moins que tu as changé tes draps, car je doute qu'il veuille dormir avec son portrait…

- Euh…

- As-tu fait des courses ? Acheté de quoi survivre ?

- Je ne sais même pas ce qu'il aime ! Soupirai-je en réalisant que l'événement de ma vie se transformait en cadeau empoisonné.

- Bien sûr que si, tu sais !

Alice me raccompagna à la porte de son institut et me recommanda, de la jouer naturel et pas « fan hystérique au bord de l'orgasme ». De la part d'une fille qui transpirait les hormones et qui était sous traitement, cela me semblait bien ironique.

J'étais partagée. D'un côté, je devais l'admettre, j'étais une fan hystérique. Folle furieuse même. L'idée de me jeter à ses pieds pour implorer juste un regard de sa part m'avait traversé l'esprit aujourd'hui. Plusieurs fois. D'un autre côté, Edward venait chez moi pour une bonne raison. Ma fierté de femme m'empêchait d'envisager un échec. Edward devrait être parfait pour les Golden Globes…Parfait.

Et pour ça, j'allais devoir ravaler ma fan-attitude, mes couinements, mes draps, mes bananes et autres pages Facebook liées au culte de cet homme.

En passant devant le supermarché en bas de chez-moi, je réalisai qu'Alice avait raison. Je devais acheter de quoi nous nourrir pour ces deux jours. Je n'avais aucune idée de l'emploi du temps d'Edward, mais je devais être prête à toute éventualité.

- Qu'est-ce qu'il aime ? M'interrogeai-je en arpentant les rayons.

Le premier mot qui me vint fut : Bière…oui, je savais qu'Edward avait une addiction à la bière. En acheter, ne pouvait être qu'une bonne idée.

Ensuite, j'enchaînai sur les basiques : des pâtes – parce que tout le monde aime les pâtes du chocolat – parce que tout le monde aime le chocolat et que c'est aphrodisiaque du lait, des œufs…

Arrivée à la caisse, j'avais la sensation d'avoir fait les courses pour survivre à la prochaine guerre atomique avec la Corée du Nord. J'étais quasiment certaine d'avoir à manger pour l'humanité entière ! Et évidemment, j'avais oublié un « léger » détail.

Mes deux petits bras musclés – définitivement pas les bras de Super Jaimie – devaient encore porter les courses jusqu'à ma cuisine. Grand Dieu ! Les sacs me cisaillaient les mains, je suai sang et eau mais je parvins à mon immeuble. Je me surpris à prier pour que l'ascenseur fonctionne et, par chance, ce fut le cas.

Un peu trop bien, vu que Madame Bennett était dans la petite cabine. Cette femme était un envoyé du diable sur Terre juste là pour me pourrir la vie. Et de toute évidence, elle campait dans cet ascenseur, sûrement dans l'espoir de rendre ma vie aussi affreuse que la sienne.

- Bonjour mon petit ! Dit-elle d'une voix mielleuse.

- Bonjour Madame Bennett.

Je grimaçai légèrement, posant mes sacs de courses au sol. Mes mains me faisaient un mal de chien et je les frottai l'une contre l'autre espérant rétablir un semblant de circulation sanguine, histoire de pouvoir la baffer assez fort pour faire voler son dentier jusqu'à Moscou. Malheureusement je devais me rendre à l'évidence, mes mains n'étaient pas au top de leur forme pour la baffe du siècle.

- Vous recevez ? Me demanda la vieille dame en désignant mes sacs.

Non…Une guerre nucléaire est prévue, dans le but d'éliminer les vieilles peaux aux cheveux bleus dans ton genre !

- Oui, pour le week end, articulai-je en retenant mes envies de meurtre.

- Oh…un homme en plus ! Remarqua-t-elle en montrant les bières du bout de sa canne.

Madame Bennett est donc la nouvelle incarnation de Sherlock ! Autant lui donner du grain à moudre !

- Oui…On va s'envoyer en l'air tout le week-end, souris-je. Dans toutes les positions possibles et dans des lieux que vous n'imaginez même pas !

La vieille dame se figea et me fixa en se demandant certainement si je n'étais pas, comme Alice l'avait supposé ce matin, sous l'emprise d'une quelconque drogue hallucinatoire.

- On essayera de ne pas faire trop de bruit, ajoutai-je, d'un ton de conspiratrice.

La vieille Bennett se renfrogna et détourna son attention. L'ascenseur s'arrêta à son étage. Je retiens le sourire jubilatoire qui se dessinait sur mes lèvres. Si je pouvais lui faire bouffer sa canne à cette vieille mégère !

- Bon week-end ! Lançai-je enjouée.

Elle grogna et fila en direction de son appartement. Les portes de l'ascenseur se refermèrent et je levai mon poing au ciel, triomphante. Je l'aurai, ce vieux pruneau, je l'aurai !

Je trainai les courses jusque devant ma porte, puis dans ma cuisine. Cette idée, pourtant simple, m'avait ruinée le peu de forces qui me restaient. Je rangeai mes achats rapidement, avant de jeter un coup d'œil à l'appartement. De toute évidence, je ne pouvais pas recevoir Edward ainsi.

J'entamais une liste des éléments à bannir de cet appartement. Je ne connaissais pas encore les arrangements logistiques des deux prochains jours, mais je devais faire preuve d'un minimum de bon sens. Edward était un être humain : donc il mangeait, allait aux toilettes et dormait. Débarrasser ma chambre des éléments compromettants de la fan-addict que j'étais était donc la priorité.

Je retirai les draps, enlevai les posters, les photos et autres affiches de films qui tapissaient ma chambre. Je stockais le tout dans une de mes armoires. Ma chambre ainsi vidée ne ressemblait plus à l'endroit où j'aimais dormir. Peu importe, d'ici deux jours, ma vie normale reprendrait.

J'inspectai le reste de l'appartement, essayant de le rendre le plus neutre possible.

Le plus neutre et le plus froid. Cet endroit ressemblait désormais plus à un appartement-témoin qu'à un lieu où quelqu'un vivait.

Je profitai de ce ménage de printemps pour mettre à la poubelle tous les magazines douteux éparpillés dans mon salon. Je vérifiai que les bières étaient au frais et filai sous la douche. Ce n'est qu'après cette douche, que le premier vrai dilemme du week-end se posa.

Moi, la styliste, la femme qui aimait les vêtements et habillait les autres : je ne savais pas quoi porter pour recevoir Edward Cullen dans mon antre. Antre stérile, certes, mais mon antre tout de même.

Le jean et le tee-shirt paraissait être une bonne idée…Mais bon, je recevais un sex-symbol ! Peut-être apprécierait-il un effort, même minime.

En même temps, je n'allais pas sortir non plus le grand jeu. Quel genre de femmes – hormis les Kardashian – s'habille en robe Prada chez elle ? J'étais certaine que même Madonna se promenait parfois en jogging chez elle !

Je finis par sortir une robe en lin, ni trop habillée, ni trop décontractée. Je faisais quelques exercices inutiles de respiration, quand Alice m'appela.

- Comment es-tu habillée ? S'inquiéta-t-elle immédiatement.

- Robe. Celle en lin noire.

- Bien. Ca facilite l'accès !

- Comment ça…Mais enfin Alice ! Je ne vais pas coucher avec Edward Cullen !

- Bella, tu peux dire tout ce que tu veux, mais tu as accepté de te faire épiler le maillot, donc même si toi tu ne veux pas coucher avec Edward Cullen, il me semble que Petite Bella est prête à sortir le grand jeu pour qu'il finisse dans ton lit. A ce sujet, tu as changé les draps ?

- Oui ! Râlai-je.

Je me dirigeai vers le salon, scrutant l'heure. Normalement, Edward ne devrait pas tarder à se montrer chez moi. Quand j'y pensais, quand je formalisais la chose dans mon esprit, cela me semblait encore plus irréel. Je jetai un œil vers mon compte Facebook, croulant sous les notifications et les commentaires. Si seulement elles savaient…

- Quoiqu'il arrive Bella, je t'interdis de tomber dans les pommes, me conseilla Alice.

- Je ne suis pas si stupide ! Grognai-je en filant à la cuisine pour vider les poubelles que j'avais oubliées.

- Je te revois dans combien de temps ?

- Alice, il ne reste que deux jours ! C'est pas comme si ma vie allait être changée après ça !

- Tu lui demanderas le numéro de Jasper ? S'enquit-elle pendant que je portais un sac de 50 litres à bout de bras.

- Alice ! Criai-je, agacée.

- Quoi ? Je veux dire, juste après l'instant délicieux où ton corps en sueur s'effondrera sur le sien, parce qu'il t'aura donné un orgasme retentissant ! C'est son meilleur pote !

- Et je fais ça comment au juste ? Parce que dans l'éventualité où Edward et moi, enfin ou Petite Bella et Mini-Edward arrivaient à un degré d'intimité vraiment…vraiment énorme, je dois encore glisser dans la conversation que je veux le numéro de son meilleur pote ?

- Vu comme ça, ça ne fait pas de toi la fille la plus saine de L.A.

- Sans blague ?

J'ouvris la porte d'entrée, pestant contre Alice. Ses allusions salaces me faisaient rire, mais surtout elles provoquaient le retour des images que je tentai de refouler depuis le matin. Mon esprit disait : je ne veux pas coucher avec Edward Cullen, quand ma conscience hurlait l'inverse.

- Dis-lui que c'est pour une amie, proposa-t-elle.

- Je ne lui demanderai rien tant que ton médecin ne m'aura pas assuré que tu vas bien !

- Je vais bien ! Et j'ai besoin de sexe.

- Donc tu veux te servir de Jasper juste comme….

- D'un bon vieil outil. Et je sais que ce type est manuel…Et il a ce truc presque indécent et qui me fait faire des choses inavouables quand il sourit.

- Alice, c'est surement juste un tic nerveux !

- Ca le rend sexy ! Piailla-t-elle.

- Sincèrement, de nous deux, je ne sais pas laquelle est la plus atteinte.

J'envisageai de m'envoyer une Vodka Tonic – sans Tonic – dans la seconde, histoire de me donner une excuse au cas où toute cette histoire foirerait. En tout cas, je ne donnais pas cher de ma peau. Mes chances de survie à cette première soirée étaient minces. Je déposai le sac poubelle dans le local à ordures, poursuivant ma conversation surréaliste avec Alice.

- Alice, je jure que je ne vais pas coucher avec Edward Cullen, soupirai-je, presque désespérée, tout en retournant à mon appartement.

- Bella, il faut que tu admettes un certain nombre d'exceptions à ta fameuse règle du « jamais le premier soir ».

- On ne parle pas d'exceptions, dans son cas, mais plutôt de miracles divins !

- Tu as mis une robe, donc Petite Bella y croit !

- Petite Bella et la Grande Bella ne couche pas avec un homme dès le premier soir…

- Je sais, je sais…Il faut au moins qu'il offre à dîner, soupira Alice, débitant ma règle de base de toutes relations amoureuses.

Je m'installai dans le canapé, sursautant en entendant la sonnette de mon appartement retentir.

- C'est lui ? Hurla Alice, hystérique.

- Je ne sais pas, tu crois ?

- Il faut que tu lui ouvres.

- Alice, je ne peux pas faire ça, soufflai-je paniquée. C'est…Non, je ne peux pas.

- Bella…

- Enfin, je ne vais quand même pas faire comme si tout était normal !

- Bella, calme-toi !

- Impossible ! Ce type me rend dingue depuis des mois…Je fais des rêves érotiques à son sujet, Alice ! C'est dingue, je ne le connais pas et je te jure que j'ai déjà eu plusieurs orgasmes grâce à lui ! M'emportai-je, complètement défaite.

- Bella, il est à la porte ! VA LUI OUVRIR, m'ordonna-t-elle.

- Et si je ne lui plais pas ?

- Je croyais que tu ne voulais pas coucher avec lui.

- Tu sais bien que je dis ça pour être politiquement correcte ! Si je le pouvais, je…

- Tu ?

- Non rien !

Je me reprenais. Dire à Alice que j'envisageais de faire l'amour avec Edward Cullen sur le tapis rouge des Golden Globe ne m'aiderait pas à sortir grandie de cette conversation. La petite Bella prenait le pas sur la grande Bella, et ce n'était pas franchement bon pour ma dignité, déjà au ras des pâquerettes.

La sonnette résonna à nouveau, me faisant trembler sur mon canapé. Je n'avais même plus la force de me lever.

- Bella ! Va lui ouvrir ! Répéta plus calmement Alice. Pense à tes bonnes manières ! Tu ouvres la porte, tu souris et tu dis bonjour.

- Tu sais que je ne peux pas faire ça devant lui !

- Tu n'as jamais essayé !

- Euh….

- Bella ?

- Disons que ma dernière tentative de conversation normale a lamentablement échouée.

Il n'était pas utile de dire à Alice que la dernière fois que j'avais tenté de parler à Edward Cullen, j'étais passée pour une sombre idiote. Ecrasée contre la barrière de sécurité, mon bras étiré façon Inspecteur Gadget avec ma photo en main, j'espérais obtenir un autographe de mon Dieu personnel.

Et à la question, quel est ton prénom, j'avais répondu : Euh….argh….Pfffff…mais….

Et il s'était envolé, passablement consterné par mon incapacité à aligner deux mots. Je ne lui en voulais pas. Moi-même, j'étais plutôt effrayée par mon comportement. Le ridicule ne tue pas dit-on, sincèrement, j'aurais aimé être foudroyée dans l'instant.

- J'y vais, Alice, assurai-je.

- OK…Tu me rappelles ?

- Ouais.

Je raccrochai, et lissai ma robe pendant que les coups reprenaient à la porte. Mon cœur frappait de manière irrationnelle dans ma poitrine, et, vu ma tension, je frôlai l'attaque cérébrale. Ce qui me faisait penser que mourir d'un anévrisme maintenant serait vraiment dommage…Une sorte de martyr d'Edward Cullen.

Aussi assurée que possible – clairement un faon nouvellement arrivé dans ce monde semblait plus à l'aise sur ses quatre pattes fragiles que moi sur mes deux jambes tremblantes – je posai ma main sur la poignée.

Un dernier mouvement de tête pour la chevelure, je passai ma langue sur mes lèvres et ouvris la porte.

- Bonsoir, lançai-je avec un sourire un peu trop ultra-bright.

- Jeune fille !

Madame Bennett…

Machinalement, je furetai dans le couloir, cherchant une trace de mon idole. Mais non, il n'était pas là. Ca aurait été trop demandé qu'il débarque avec sa cape de super héros pour me sauver de la momie ?

- Oui, Madame Bennett, soupirai-je.

- Auriez-vous un litre de lait pour me dépanner ?

Et pourquoi pas de la mort-aux-rats pour aromatiser ?

- Bien-sûr, Madame Bennett, souris-je, onctueusement.

A dessein, je ne lui proposai pas de rentrer, craignant qu'elle ne veuille s'incruster chez moi. J'allai à la cuisine, pris un litre de lait et retournai à la porte. De toute évidence, la politesse ne l'étouffait pas, Madame Bennett – alias la sangsue – squattait mon couloir, lorgnant sur mes quelques photos familiales.

- Voilà, Madame Bennett, souris-je en lui calant la bouteille entre les mains.

- C'est votre père ? Demanda-t-elle.

- Humm…Oui. Je vous raccompagne ?

Sans attendre sa réponse, j'enroulai mon bras autour de ses épaules et la dirigeai vers la porte. Je priai pour ne pas tomber nez à nez maintenant avec Edward. J'étais certaine de ne pas m'en sortir si Madame Bennett venait à commenter l'arrivée d'un homme dans mon appartement. Je refermai la porte derrière elle, maudissant la vie antérieure qui me faisait subir ce genre de personnage actuellement.

- Mademoiselle ? Grésilla la voix de la vieille femme derrière la porte.

Bon sang ! Je vais la tuer ! Je m'évertuai à rester calme, mais entre mes hormones en surchauffe, mon cœur en tachycardie et l'incroyable capacité qu'avait cette femme à réveiller mes pulsions psychopathes, je doutais de pouvoir tenir le coup !

- Mademoiselle ?

- Quoi ? Hurlai-je en ouvrant la porte avec une violence insoupçonnée.

Le sang quitta mon visage…et l'ensemble de mon corps, j'eus la sensation brève mais intense de me liquéfier. Il était là.

Oh Mon Dieu !