Note de traduction : Nous avons conservé le nom anglais du vaisseau de Peter, le Milano, traduit dans la VF en Milan, car dans le canon ce nom n'a pas été donné en référence à l'oiseau mais bien au crush d'enfant de Peter, Alyssa Milano.


.

The End of the Line

.

Peter Quill I

Peter Quill ouvre lentement les yeux, battant des paupières, la vision trouble. Son esprit n'est pas tout à fait clair non plus car il lui semble reconnaître la silhouette d'un gars avec le bouclier de Captain America devant lui. Sauf qu'il n'y a aucune raison pour que Captain America, mort il y a soixante-dix ans sur Terre, se trouve ici. D'ailleurs, il y a comme un flash, assurément quelques neurones qui crament, et il est à nouveau seul, ce qui est beaucoup plus logique.

Il se redresse difficilement en crachotant, un goût désagréable dans la bouche à cause de la flaque de boue dans laquelle il est tombé de tout son long, et qui a non seulement imprégné ses vêtements mais aussi sa langue. Il se laisse tomber sur les fesses avec une grimace de dégoût et observe le paysage sombre autour de lui. Il est toujours dans cette espèce d'immense bâtiment en ruines et il n'y a aucun bruit en dehors de celui de la pluie et de Cherry Bomb s'échappant de son casque.

Peter se crispe aussitôt. Cherry Bomb ? Il était pourtant à peu près certain d'être en train d'écouter Come And Get Your Love.

Il cherche à se relever mais ses gestes sont trop brusques et il trébuche plusieurs fois avant d'être enfin sur ses deux pieds. Cela réveille une douleur vive qui pulse dans tout le côté gauche de son crâne et de son visage. Ce qui signifie... Son sang se glace dans ses veines, réalisant qu'il a été attaqué. Par qui ? Ou par quoi ? Il sursaute avec un petit cri aigu en sentant quelque chose agripper sa botte mais ce n'est qu'un orloni qu'il chasse d'un coup de pied.

« Qu'est-ce que... ? » souffle-t-il, confus.

C'est alors qu'il remarque le sanctuaire. Ou plus précisément les portes du sanctuaire, qui sont grand ouvertes alors qu'elles auraient dû être fermées, et bien fermées.

Quelqu'un est passé là avant lui. Probablement son agresseur.

« Merde ! Non, non, non », commence-t-il, paniqué, en courant vers le trésor qu'il est censé récupérer et qui n'est effectivement plus là.

Il le voit, à travers les projections de la carte holographique que lui a fournie le Courtier, un orbe de la taille de la main qui aurait dû se situer sur le piédestal. Il était là, mais quelqu'un est passé avant lui.

Merde !

De rage, Peter s'apprête à jeter son Quad Blaster au sol avant de constater que ce n'est pas son arme qu'il tient entre ses doigts. Pas du tout.

Il cligne des yeux plusieurs fois, avant de désactiver la carte, incertain de ce qui est réel ou non. Dans sa main, il tient l'orbe. C'est impossible et, pourtant, il est bien là, niché au creux de sa paume, comme s'il était fait pour ça. Il l'examine sous toutes les coutures et il n'y a pas de place au doute : c'est bien ce qu'il est venu chercher.

Peter range le précieux objet dans sa sacoche sans vraiment se poser plus de questions. Il n'a pas le temps pour ça. Il a l'orbe et c'est tout ce qui compte.

Maintenant, il doit retourner au Milano et dégager de Morag au plus vite avant que Yondu ne rapplique.

.

Il quitte la planète sans embûche, et c'est presque trop calme à son goût.

« T'es salement amoché. »

Peter sursaute sur son siège en criant et se retourne. Une Krylorienne est là et se penche sur lui pour examiner son visage. Il grimace en sentant ses doigts roses effleurer la peau.

« Hé, salut ! Euh... euh...

— Bereet.

— Bereet ! s'exclame-t-il en la pointant du doigt. Je vais être totalement honnête avec toi : j'avais complètement oublié que tu étais là. »

Elle a l'air surprise, et vexée, mais ce n'est pas la première demoiselle qu'il ramène un soir pour l'oublier le lendemain, et ce n'est certainement pas la dernière non plus. Peter la fixe, se demandant s'il aura le droit à une scène mais le visage rosé finit par se radoucir et elle lui propose de l'aider à se soigner, tout en lui conseillant de se laver.

Pour tout dire, il se sent presque enclin à l'apprécier jusqu'à ce qu'elle réponde sans sa permission à la communication de Yondu.

Non finalement, elle est idiote, et elle n'aura qu'à se débrouiller toute seule pour rentrer lorsqu'il se sera débarrassé d'elle à Xandar.

.

Xandar est une chouette planète. C'est très cosmopolite, parfois trop d'ailleurs, mais il apprécie que la plupart des dames du coin aient des organes reproducteurs compatibles avec le sien. De plus, sa biologie est assez exotique pour inviter ces demoiselles à en découvrir plus, mais pas assez pour que ce soit vraiment gênant.

Autrement dit, l'endroit parfait pour flirter et plus si affinités.

Il a eu quelques petits problèmes avec les Cohortes de Nova mais tant qu'il garde un profil bas, il devrait être à l'abri.

Il croise une très jolie Krylorienne, bien mieux que l'autre, et qui se montre tout à fait réceptive à ses avances. Ils se donnent rendez-vous plus tard en début de soirée, histoire d'aller manger un morceau ensemble. Mais d'abord, il doit se rendre chez le Courtier.

Le magasin est en vue et il est sur le point d'atteindre la porte quand il sent un violent impact dans son dos, qui l'envoie au sol. Le choc lui coupe la respiration une seconde. Un grand éclat de rire se fait entendre derrière lui et il sent quelque chose sur sa nuque, quelque chose qu'il soupçonne fortement être une chaussure.

« Parfait ! Et quarante mille crédits pour notre pomme ! »

Son agresseur est visiblement très satisfait de lui-même, et sûr de sa victoire. Erreur. Peter se redresse d'un mouvement brusque qui déséquilibre l'attaquant. Il est à peine parvenu à se redresser à moitié qu'il se rend compte que quelque chose s'enroule autour de sa cheville gauche et le soulève sans ménagement.

« Sérieusement ? » s'exclame-t-il d'un ton plaintif en apercevant les responsables.

Parmi toutes les créatures qu'il a pu rencontrer et affronter à travers la galaxie, il faut qu'il se fasse attaquer par un raton-laveur et une vieille branche ? Fantastique. C'est certainement l'un des combats les plus crétins dans lesquels il a pu se retrouver. Un coup de Quad Blaster le débarrasse temporairement de la racine qui retient sa cheville. Crétin ou non, il ne laissera pas faire. Il n'a pas le temps de faire un pas que le duo bizarre lui fonce déjà dessus. Cela ressemble à une bataille de comics à travers les rues de Xandar ; à un moment, ils sont littéralement tous les trois en tas, mais il termine tout de même face contre terre, électrocuté comme un bleu.

« Sujet 89P13, lâchez votre arme !

— Oh, merde », jure le raton-laveur alors qu'ils sont déjà encerclés par les astronefs des Cohortes de Nova et il jette son arme au sol avant de lever les mains en l'air.

« Par les autorités des Cohortes de Nova, vous êtes en état d'arrestation », commence à réciter un des astronefs, « pour mise en danger d'autrui et dégradations de biens publics. »

Un officier redresse Peter sans ménagement qui lève les yeux au ciel en reconnaissant Rhomann Dey.

« Hé ! s'exclame ce dernier qui ne l'a pas oublié non plus. Mais si ce n'est pas Star-Prince !

— Star-Lord, corrige aussitôt Peter, amer.

— Oh, pardon, Lord. »

Dey se retourne vers son partenaire et laisse échapper un rire en terminant de menotter Peter.

« J'ai déjà surpris ce gars, un petit voleur à la sauvette. Il a même un nom de code.

— Sérieux, mec ! s'indigne Peter. C'est... C'est un nom de hors-la-loi.

— Tranquille, mon gars, dit Dey d'une voix rassurante en tapant son épaule. C'est cool d'avoir un nom de code. Ce n'est pas bizarre du tout. »

Peter soupire, défait. Lui qui avait enfin réussi à échapper à Yondu, il allait se retrouver en prison ?

.

Ils sont incarcérés à la prison de Kyln. Peter est furieux et dégoûté, notamment parce qu'il n'a plus son walkman qu'un gardien s'est fait un plaisir d'embarquer. Ce salopard, il ne s'en sortira pas comme ça.

Il apprend que le raton-laveur qui parle et l'arbre s'appelle Rocket et Groot, respectivement. Le premier n'a pas l'air déphasé par le fait d'être dans une des prisons les mieux gardées de l'Empire Nova et songe déjà à une potentielle évasion alors que le second... Il est compris par le premier et il arrive à faire peur à tous les gros bras qui veulent déjà les dépouiller et plus hélas même sans affinité. Apparemment, ces deux-là ont décidé de le défendre et pour le coup, Peter se sentirait presque chanceux et reconnaissant au milieu de cette débâcle, s'il ne s'était pas retrouvé ici à cause d'eux en premier lieu.

Il sent que les nuits ici vont être interminables, en particulier quand il se retrouve dès la première à même le sol au milieu des autres détenus qui schlinguent des pieds, des aisselles, de la bouche et certainement d'autres parties du corps qu'il estime beaucoup trop près de son visage.

Il observe le plafond en se disant qu'il n'arrivera jamais à dormir au milieu de toutes ces odeurs et de ces ronflements, mais cela a été une longue journée et, finalement, la fatigue l'emporte.

.

Peter se réveille avec un mal de crâne carabiné et l'impression qu'on lui a écrasé une planète sur tout le corps. Plusieurs fois.

« Non mais regarde-le ! s'exclame la voix de Rocket près de lui. Le voilà qui sort tranquillement de son sommeil après avoir fait chier tout le monde comme si de rien n'était !

— Je s'appelle Groot », répond Groot avec une voix étrangement grave.

Peter ouvre les yeux et se redresse d'un coup en ne reconnaissant pas le plafond de son vaisseau. La respiration haletante, il regarde tout autour de lui et ses yeux se posent sur Rocket, qui porte l'uniforme jaune des prisonniers, et sur Groot, qui a triplé de taille depuis hier soir.

« C'est quoi ce bordel ? murmure-t-il en se massant le crâne. Qu'est-ce qu'on fout à… mais merde, on dirait Kyln, non ? Qu'est-ce qu'on fout à Kyln ?

— Qu'est-ce qu'on fout à Kyln ? fait Rocket d'une voix geignarde qui est censée être une imitation. Ne fais pas l'innocent, Quill. C'est de ta faute si on s'est retrouvé ici. Tu aurais dû te laisser capturer tranquillement, comme ça Groot et moi on aurait déjà empoché ta prime et je pourrais me faire plaisir en achetant les derniers gadgets dispos sur Xandar. C'est une bande de glands, mais ils ont quand même des trucs intéressants.

— Wow, wow, arrête un instant, Rocket ! le stoppe Peter en se frottant le visage, perdu. Xandar ? Je croyais que Thanos avait rasé Xandar ?

— S'il l'a fait, il a laissé Kyln en place, si c'est pas de la veine pour nous !

— Mais on va s'échapper, pas vrai ? Comme la dernière fois ?

— Hey, mon gars, on ne se connait que depuis hier, alors arrête de faire genre on est potes, compris ? T'es juste du butin pour nous. »

Sur ces mots qui ne veulent strictement rien dire, Rocket sort de la cellule et fait signe à Groot de le suivre en déclarant qu'ils feraient mieux de descendre aller bouffer avant que ce soit trop tard.

Peter, lui, reste assis au milieu de la cellule vide et essaye de comprendre ce qui lui arrive. Il y a une couille dans le potage. Une grosse couille, même, car il est persuadé que c'est à bord du Milano qu'il s'est endormi quelques heures plus tôt. Peut-être que ce n'est qu'un rêve, qu'un cauchemar et qu'il est actuellement endormi dans le Milano, mais cela semble si réel qu'il ne peut s'empêcher d'avoir des doutes.

Il décide de se lever et d'aller à la pêche aux informations. Peut-être trouvera-t-il une explication à l'étrange comportement de Rocket et à la taille d'adulte de Groot ? (Ça veut dire que l'adolescence est finie ? Pitié, mon dieu, merci !) La prison de Kyln n'a pas changé. En fait, tout est extrêmement familier et étranger à la fois. Il a l'impression qu'une multitude de souvenirs se superposent dans son esprit.

Une idée le traverse. Une idée stupide, mais une idée quand même et qui expliquerait pas mal de choses. D'ailleurs, quand il y pense, cela ne lui parait pas si stupide que ça.

C'est comme s'il était remonté dans le temps.

Ouais, d'accord, ça a l'air fou dit comme ça, raisonne-t-il en lui-même, mais après tout, il a été ressuscité après avoir passé cinq ans en poussière. Ça aussi c'est fou, non ?

Et s'il est remonté dans le temps, cela veut dire que…

Immédiatement, une image s'impose à lui, et il est traversé d'un élan d'espoir : Gamora. S'il est remonté dans le temps et qu'il se retrouve à Kyln, alors Gamora est encore vivante.

Pourtant, il a beau regarder partout autour de lui, il ne trouve aucune trace d'elle. Il guette une peau verte, des cheveux noirs et rouges, un corps de déesse, mais rien.

« Où est Gamora ? demande-t-il à Rocket en le rejoignant dans le réfectoire.

— La fille de Thanos ? Probablement en train de détruire Xandar. Bref, tu comptes continuer avec tes questions à la con ou on peut commencer à établir un plan pour se barrer d'ici ?

— Va pour le plan », répond Peter en laissant traîner sa voix.

Certes, il veut vraiment savoir où est Gamora, mais Rocket n'a pas l'air d'être sur la même longueur d'ondes que lui et il se dit qu'il est plus prudent de caresser le raton-laveur dans le sens du poil. Il n'est pas sûr de ce qui lui arrive et il ne veut vraiment pas perdre Rocket et Groot de vue.

Sans surprise, la petite créature a déjà un plan, et il l'expose sans chercher à tourner autour du pot. Un plan que Peter connait bien car c'est exactement le même que... la dernière fois. Ouais, établir ça comme « la dernière fois » lui paraît être une bonne idée pour l'instant. Ou du moins, c'est plus simple de penser ainsi jusqu'à ce qu'il en sache plus.

« Je me charge de la carte d'accès, intervient-il tout de même. La jambe du vieux, c'est hors de question. »

Merde, ça lui avait coûté trente mille crédits cette histoire. Pour une blague, en plus, alors que Yondu n'en avait mis que quarante mille sur sa tête. C'est con à dire, mais ça l'avait vexé.

« Ah, t'es pas drôle, se plaint Rocket avant de se reconcentrer sur leur plan d'évasion. Par contre pour la batterie... »

Il n'a pas le temps de finir sa phrase que Groot a déjà arraché ladite batterie du pilier et déclenché l'alarme.

« On improvise ! » gueule Peter, fier de voler la réplique à Rocket qui reste un instant la mâchoire ouverte. Pour une fois que c'est lui qui se fait piquer quelque chose…

Ils se séparent, chacun de leur côté mais Peter ne part pas tout de suite à la recherche de la carte. La carte est importante, mais même si Gamora n'est pas ici, Drax, lui, doit l'être. Certes, c'est un gros crétin sans cervelle, et peut-être que toute cette histoire n'est juste qu'un cauchemar, mais Peter ne veut pas prendre le moindre risque et il veut garder son gros crétin sans cervelle.

Il ne lui faut pas longtemps pour repérer Drax. Il faut dire qu'il a commencé à dégommer les gardes à mains nues et rigole avec un rire maniaque.

« Drax, je sais où est Ronan. »

Le rire meurt sur les lèvres du colosse, qui se dirige vers lui d'un pas menaçant. En deux enjambées, il l'a atteint et l'a soulevé par la gorge.

« Hey ! Doucement ! »

Les pieds de Peter battent l'air mais le regard de Drax est féroce et il serre davantage ses doigts autour de son cou.

« Où est-il ? »

Peter s'agrippe au poignet de Drax et le fixe en écarquillant les yeux, incapable de respirer.

« Réponds ! »

Et de parler, aussi. Bordel, pourquoi Drax était-il obligé d'être toujours aussi con ?

Peter s'efforce d'essayer d'articuler, et montre sa gorge du doigt en faisant des mouvements de sourcils qu'il espère compréhensibles pour Drax, ce qui n'est pas de la tarte. Soit parce qu'il s'est lassé, soit parce que deux neurones se sont enfin connectés, après ce qui semble être un temps infini, Drax relâche la pression autour de son cou et ses pieds touchent enfin le sol. Peter est haletant, sa respiration est sifflante. Cela lui fait un mal de chien, bon sang et même s'il y a urgence, il commence par reprendre son souffle à longues goulées.

« Il n'est pas ici. Il est dehors. »

D'accord, c'est stupide. Mais ne mâchons pas les mots, Drax est stupide. Pitié que ça fonctionne, songe Peter. Et effectivement, le visage de l'autre homme change, devenant encore plus terrifiant. Peter se retient de crier victoire.

« Ronan est dehors ?

— Ouais, c'est ça, et nous on va dehors. Je veux le buter, se précipite-t-il de répondre. Toi aussi t'as un problème avec le gars ? »

Drax hoche la tête.

« Okay, parfait ! Bon, écoute, mes potes et moi on est en train de se barrer d'ici et on aurait bien besoin de muscles en plus pour nous aider. Viens et en échange je te conduirais à Ronan. Qui est dehors. »

Peter n'est pas certain que tout cela ait vraiment du sens mais, par chance, c'est Drax, alors il ne retient que l'essentiel, ce qui est déjà pas mal.

L'homme n'est pas surnommé le Destructeur pour rien, et il lui facilite drôlement la tâche pour se frayer un chemin à travers de la prison en révolte. C'est lui aussi qui arrache la puce d'accès du bras d'un des gardes, et eurgh, tant mieux, Peter n'est pas sûr qu'il aurait pu le faire sans vomir. Après ça, rejoindre Rocket et Groot s'avère presque facile, même s'il a des remontées de déjeuner à chaque fois qu'il voit Drax agiter la carte sanguinolente. Il est sensible, d'accord. Il y a beaucoup de nouveautés dans sa vie, là tout de suite, et il ne peut s'empêcher d'être un peu affecté, c'est normal. Ça ne fait pas de lui une femmelette pour autant.

Comme dans ses souvenirs, Rocket réussit à accéder à la tour de guet et à désactiver la gravité artificielle. Comme dans ses souvenirs aussi, les paroles échangées sont navrantes. Rien de bien surprenant quand on considère les loustics impliqués.

« Et c'est parti pour une évasion dans les règles de l'art ! Passez par la case Yondu et touchez quarante mille crédits. »

Peter n'est pas sûr d'apprécier cette version du Monopoly.

« Okay, Rocket, je sais qu'on a eu des premiers échanges un peu musclés, mais écoute-moi : j'ai un deal à te proposer.

— Un deal ? » La voix de Rocket est méfiante. Intéressée, mais méfiante.

« Ouais, je suis sûr qu'on peut s'entendre, reprend Peter en essayant d'avoir l'air le plus sincère possible.

— Bien sûr qu'on peut s'entendre, fait remarquer Drax. Personne n'est sourd ici. Sauf lui, je n'en sais rien, il n'a pas l'air d'avoir d'oreilles.

— Je s'appelle Groot !

— Et moi, je m'appelle Drax.

— Chut, fait Peter. Chut. C'est important, là, alors chut. » Pour appuyer son propos il a porté les doigts à sa bouche.

« Non, ça s'appelle des lèvres, le corrige Drax.

— C'est pas la peine d'essayer de parler avec lui, tu sais, dit Rocket. Son peuple est complètement terre à terre. Les métaphores leur passent au-dessus de la tête.

— Rien ne passe au-dessus de ma tête. Mes réflexes sont trop rapides. Je l'attraperai. »

Peter a presque envie de pleurer. De rire ou de consternation, il ne sait pas vraiment.

« Bref, pour reprendre le sujet, quand vous êtes venus m'attaquer, j'étais en route pour aller revendre une babiole. »

Rocket a un rire hystérique.

« Une babiole, Quill ? Tu crois que j'en ai quelque chose à foutre de tes babioles ? On essaye de se barrer de la pire prison de Xandar, je te signale.

— Je sais, je sais ! Mais écoute, et si en sortant d'ici, tu ne me livrais pas à ce gros radin de Yondu... Je pourrais éventuellement te laisser venir avec moi pour revendre cette babiole. Elle vaut plus que quarante mille crédits, crois-moi.

— Ah ouais. Combien ? »

Peter sourit en dedans. Les mots qu'il s'apprête à dire vont être comme un coup de poing.

« Quatre milliards, déclare-t-il en feignant l'indifférence.

— Quoi ? » hurle le raton-laveur en s'étranglant, manquant au passage de tous les tuer.

Même secoué comme un prunier, Peter a un rictus satisfait. C'est toujours aussi facile d'amadouer Rocket.

« Tu m'as bien entendu », dit-il en guettant le moment où le Milano devrait apparaître dans les hangars.

Et le Milano est là, comme prévu, et Peter se sent étrangement soulagé même si cela réveille une certaine angoisse au fond de lui. Et s'il avait laissé Gamora en arrière, après tout ? Il chasse rapidement cette pensée. Non, elle est trop célèbre pour passer inaperçue.

« Là ! crie-t-il en pointant son vaisseau adoré du doigt. C'est le Milano ! Le vaisseau orange et bleu dans le coin, c'est le mien. »

Leur escapade en tour de guet les a menés aussi loin que possible, et malgré son utilité indéniable pour forcer les portes, ils n'iront pas plus loin avec.

« Terminus, tout le monde descend ! » déclare Rocket, et ils s'empressent de s'exécuter, se précipitant sur le dépôt pour récupérer leurs affaires. Peter sort sa caisse, et vérifie rapidement les numéros adjacents. Ce ne sont pas les affaires de Gamora.

Alors qu'il fait un rapide inventaire de ses possessions, il découvre sans surprise que son walkman n'est pas là non plus.

« Hé, ils ont roulé mon pantalon en boule, se plaint Rocket. C'est pas poli ! Regarde, ils ont même plié le tien.

— J'ai un dernier détour à faire, déclare Peter tout en s'habillant, sans s'embarrasser d'écouter ses plaintes.

— Quoi, encore un autre enfant de Thanos à trouver ? Il faut vraiment que tu revois tes fréquentations, Quill.

— Montez dans le vaisseau et décollez, mais restez à proximité, je vous rejoins dès que j'ai récupéré mon walkman.

— C'est quoi cette merde ? Ça vaut combien ?

— C'est pas une merde, de un. Et de deux, ça coûte rien du tout. Prends mon sac, l'orbe est dedans. Mais ne partez pas sans moi, je compte sur vous. »

Rocket est sur le point de faire une remarque mais l'appât du gain le fait taire aussi sec et à la place, il s'empresse de prendre le sac et de s'enfuir en faisant signe aux autres de le suivre. Peter, lui, part dans le sens inverse, la Pierre de Pouvoir soigneusement planquée dans sa poche en se demandant si cela suffira pour qu'ils ne se barrent pas tous avec son vaisseau. C'est vrai que Gamora n'est pas là pour les menacer de mort mais les quatre milliards promis devraient suffire à motiver Rocket. En espérant que celui-ci vérifie effectivement le contenu de la sacoche et s'aperçoive de l'absence de l'orbe.

Son walkman et la cassette qu'il contient sont à peu près tout ce qui lui reste de sa mère, en dehors du Awesome Mix vol. 2 qui est actuellement soigneusement planqué dans une boîte à bord du Milano. Il ne va pas laisser ce précieux trésor à un crétin de garde.

Il électrocute d'un seul tir de Quad Blaster chaque type qui tente de se mettre en travers de son chemin et assomme violemment cette saleté de gardien qui a osé croire qu'il pouvait s'en servir tranquillement.

Un léger rire s'échappe de sa gorge. Quelle ironie, que ce soit encore Escape qui tourne. Il accroche l'appareil à sa place, c'est-à-dire à sa ceinture, et achève avec classe sa Grande Évasion.

Il est tout de même très heureux de constater que le Milano est bien là, en orbite autour de la prison, et il l'aborde avec soulagement. Une certaine bouffée de nostalgie s'empare également de lui. Il pensait ne plus jamais revoir son vaisseau, le Milano original, celui que Yondu lui avait offert pour ses dix ans (1). En plus, ce n'était pas juste un M-Ship. Le vieux forban l'avait customisé. Pour lui.

Son petit voyage dans ses souvenirs est interrompu par les braillements de Rocket : « Espèce de petite raclure ! » Le raton-laveur a quitté la place du pilote et s'avance vers lui en le pointant du doigt. « J'aime pas me faire entuber, que tu le saches ! »

Peter haussa les épaules en désactivant son casque.

« Et moi je n'aurais pas aimé que tu te barres avec mon vaisseau. Il fallait bien que je me protège un peu !

— Camarade, les coupe Drax, qu'as-tu été récupérer ? »

Peter le regarde. Tout est différent, mais ils sont pourtant tous exactement les mêmes. Peut-être que ce n'était pas le hasard qui les avait tous rassemblé, mais le destin. Du moins une certaine forme de destin, qui avait été bien bourré le jour où cela avait été décidé.

Il détache le walkman de sa ceinture et le lui donne avant de se diriger vers le panneau de contrôle.

« Tu es un imbécile », déclare Drax, qui ferait bien de se regarder dans un miroir.

Peter lève les yeux au ciel, guère surpris, et entre les coordonnées de Knowhere dans le système d'auto-pilotage en repérant la date du coin de l'œil. Derrière lui, il entend déjà des cliquetis de ferraille. Il soupire profondément et se dirige vers l'origine du bruit où, sans surprise, il trouve Rocket qui commence déjà à désosser son vaisseau.

« Mais qu'est-ce que tu fous ?

— Ne touche pas à ça, dit la bestiole en pointant le dispositif qu'il est en train de construire. C'est une bombe.

— Une bombe ? demande-t-il en feignant d'être incrédule.

— Ouaip.

— Et tu laisses traîner ça là, comme ça ?

— Bah non, j'allais la ranger dans une boîte.

— Une boîte ? Qu'est-ce qu'une boîte va changer ? Non, vraiment, qu'est-ce qu'une boîte peut changer ? C'est une vraie question et ne touche pas à ça ! »

Ça, c'est la boîte du cadeau que lui a offert sa mère quelques secondes avant de rendre son dernier souffle. Le Awesome Mix vol. 2 est encore dans son emballage d'origine. Rocket l'a attrapé et le retourne dans tous les sens.

« Qu'est-ce que... ? »

Il l'arrache de ses pattes, sans douceur.

« Mais c'est quoi ?

— Ta gueule. Tous, en fait, vos gueules. J'ai besoin de réfléchir.

— Je n'ai pas dit un mot, se défend Drax.

— Je s'appelle Groot », ajoute Groot.

Peter laisse échapper un cri de pure frustration. Sérieusement, si tout ça n'est qu'un cauchemar, il aimerait bien se réveiller maintenant.

Il pointe Drax du doigt.

« C'est faux. Tu viens de dire un mot. Plus d'un même. Et c'est là tout le problème. À partir de maintenant, je te demande bien aimablement de garder ta bouche fermée et, Groot, tu as raison, je suis à bout de nerfs. On vient de s'enfuir d'une foutue prison, qui ne serait pas à bout de nerfs ?

— Je s'appelle Groot.

— Oui, Groot, j'irai me reposer tout à l'heure. Merci.

— Et si mon nez se bouche complètement et que je ne peux plus respirer, est-ce que je pourrais ouvrir la bouche ?

— Oh, oh, depuis quand tu comprends Groot ? »

Peter se frotte le visage, se concentrant sur ses paupières. Il se sent très fatigué.

« Drax, je voulais simplement dire que tu n'étais plus autorisé à parler. Ni chuchoter, ni crier. Plus un mot, pas une seule onomatopée, que dalle. C'est mon vaisseau, cela fait donc de moi le capitaine, point barre. Et... »

Il laissa tomber son bras, las, en baissant son regard sur Rocket.

« J'ai dû élever un adolescent grognon. Le vocabulaire se ressemble.

— J'ai rien compris et je m'en tape », déclare Rocket en haussant les épaules.

Merde, il n'a même pas l'air impressionné ! Pourtant, Peter n'est pas peu fier de sa maîtrise du Groot.

« Le Milano se dirige déjà vers notre destination. Je vais... Ouais, j'ai besoin qu'on me foute la paix cinq minutes.

— Où on va ? demande Rocket. À qui tu dois vendre la boule de métal ? Tu nous a pas menti pour les quatre milliards ?

— Cinq minutes, Rocket, gémit presque Peter en s'éloignant. Cinq minutes ! C'est trop demander ?

— Quatre milliards, mec, tu serais pas curieux, à ma place ? Comment un type aussi pathétique que toi peut trimballer un machin pareil ?

— J'ai des relations, ça te va comme réponse ? Maintenant je peux être peinard cinq minutes ?

— Vas-y, vas-y, je suis pas du genre à empêcher quelqu'un d'aller chier. »

Peter s'arrête et bugue un instant, les sourcils froncés, se demandant comment Rocket en est venu à cette conclusion. Cela dit, ça ne lui parait pas être une si mauvaise idée.

« Ouais, c'est ça, vous approchez pas, la nourriture de la prison m'a vraiment pété le bide. Je risque d'infester tout le vaisseau.

— T'es dégueulasse, Quill. »

Peter se marre et termine de se réfugier au niveau inférieur du vaisseau où, enfin, il se retrouve seul et où il se laisse tomber sur sa couchette.

C'est difficile de savoir sur quoi concentrer ses pensées en premier, comment les organiser. Il ne sait pas ce qu'il se passe, vraiment pas, et cela n'aide pas à sa concentration.

Cela pourrait être un cauchemar, un genre de rêve lucide où il revit sa vie passée, mais sans Gamora parce que Gamora...

Peter ferme les yeux et se pince l'arête du nez avec l'impression que quelqu'un a réussi à passer son poing au travers sa poitrine et serre son cœur de toutes ses forces entre ses doigts. Okay, penser à Gamora pour le moment est une mauvaise idée. Il doit se concentrer, réfléchir à ses prochaines actions si cette situation absurde doit s'éterniser.

Au cas où il se retrouve réellement dans le passé. Il a vu la date. C'est exactement la même date, quasiment la même heure à laquelle il se souvient s'être échappé avec tout le monde. Ça n'explique pas comment ils seraient retournés dans le passé, ni pourquoi il est apparemment le seul à s'en rendre compte.

Rocket lui a bien raconté comment, pendant les cinq ans où ils avaient tous disparu, il a rejoint les Avengers, et comment ils étaient partis dans différentes époques du passé pour récupérer les Pierres de l'Infini. Il avait parlé de devenir plus petit qu'un atome et d'entrer dans le royaume quantique à l'aide d'une machine. Peter le croit, sérieusement, mais il n'y avait pas ce genre d'engin à bord du Benatar. Pas de DeLorean non plus, d'ailleurs. C'est le genre de détail qui ne s'oublie pas.

Bref, s'il est retourné dans le passé, il n'a aucune idée de comment cela a pu arriver. Et ce qu'il comprend encore moins, c'est pourquoi tout le monde est là sauf Gamora.

Sa gorge se serre alors qu'une vague explication se forme au fond de son cerveau. Il aimerait la stopper, mais il ne peut finalement pas s'empêcher de se poser la question : est-ce que c'est parce qu'elle est morte ? Les morts, il le suppose, voyagent encore moins dans le temps que les vivants. Est-il condamné à revivre un passé où il ne rencontrera jamais Gamora, tout en gardant son souvenir gravé dans la mémoire ? Ça semble terriblement injuste et cruel.

.

(1) C'est canon. Yondu a véritablement offert le Milano à Peter pour ses dix ans... Papa gâteau, va !


FFnet est casse-pied à enlever les italiques. Genre, très. Au passage, si vous ne voulez pas un bisou baveux de Drax, n'oubliez pas de laisser une review ! (Si vous en voulez un, c'est ouvert à débat, aussi. On est conciliantes...)
On revient sur Terre au prochain chapitre avec... BRUCE !