Coucou, alors cette semaine comme promis, la suite du 'temps d'une année' et si tout se passe bien la semaine prochaine ce sera l'appartement. Après la rencontre entre nos deux héros, dans le chapitre précédent, voici la suite, vous allez voir la vie de Remus n'est pas si facile.
En tout cas merci à tous ceux qui me lisent.
A bientôt, bonne lecture.
Chapitre 2 : La promesse
Remus tira la chaise de son bureau et s'assit profondément dessus comme à chaque fin de cours et cette fois-ci encore plus que d'habitude, il avait besoin de se détendre et de profiter des deux heures de liberté avant de se retrouver de nouveau devant une classe d'élèves inattentifs, bruyants et bavards. Malheureusement, le répit ne dura que quelques minutes. Un grand rouquin pénétrait déjà dans la classe, sans même y avoir été invité. Il se dirigea droit vers le bureau et s'appuya dessus nonchalamment. Le sourire du nouvel arrivant était un mélange entre le charme pur et la roublardise.
« Bonjour, Professeur Lupin, comment allez-vous aujourd'hui ?
- Bill, je viens de finir ma deuxième heure de cours avec les élèves de dernière année, alors s'il te plaît…
- Au ton de ta voix aussi aimable que jovial, je me sens obligé de reformuler la question, il te reste combien d'heures de cours à donner avant que cette merveilleuse journée ne s'achève.
- Un certain nombre… reconnut Remus dans un sourire.
- Tes premières heures ont dû être vraiment terribles… »
L'homme aux cheveux châtain, tombant légèrement sur ses épaules secoua négativement la tête, il jouait avec son stylo, l'air perdu dans ses pensées.
« Je ne dirais pas ça, mais plutôt fatigantes et intéressantes.
- Tiens donc, tu m'en diras tant. »
Intrigué par les dernières paroles de son ami, le tout jeune professeur se baissa et posa ses coudes sur le dessus du bureau, attendant que son ami termine.
« Peut-être que tu comprendras lorsque tu verras le nouvel élève, à côté, Blaise Zabini paraît attentif et passionné en cours de littérature.
- C'est possible, ça ?
- Apparemment. Regarde… »
Le roux prit entre ses mains une feuille de papier en boule que lui tendait l'autre homme, il découvrit le traditionnel questionnaire où des générations d'élèves avaient écrit leur adresse, la profession des parents, les livres lus et les activités pratiquées.
« J'ai osé lui demander de rester cinq minutes de plus en fin de cours pour pouvoir y répondre et il a préféré écrire en gros : « Activités préférées : emmerder les professeurs et essayer de me faire virer d'une école le plus rapidement possible, le reste ne vous concerne pas… ». Puis, il s'est levé de sa chaise, m'a regardé droit dans les yeux, a froissé la feuille de papier et me la lançait au visage avant de quitter précipitamment la salle.
« Même moi, je n'aurais pas osé, je crois. Ah ! Je comprends mieux à présent, c'était donc lui…
- Quoi lui ? »
Bill avait de nouveau chiffonné la feuille et jouait avec, comme un sale gamin insolent.
« Un élève que je ne connaissais pas, il m'a quelque peu bousculé dans les couloirs et j'ai cru qu'il allait mordre. Quoique à bien y réfléchir se faire mordre par un aussi mignon garçon ne doit pas être trop désagréable.
- Bill… »
Remus avait levé la tête au ciel, affligé lorsqu'il avait entendu son ami, le ton réprobateur de sa voix avait cependant clairement manqué sa cible.
« Oui ? J'ai dit quelque chose de faux, il n'est pas mignon peut-être ?
- Tu es désespérant. Tu parles d'un élève de Poudlard, TON élève d'après les options qu'il a choisies…
- Rabat-joie ! »
Bill avait croisé ses bras et faisait mine de bouder.
« Oui, enfin, s'il parle à d'autres comme il t'a parlé, je pense qu'il ne sera de toute manière pas très longtemps MON élève. Je n'ose imaginer la tête de Snape si ça lui était arrivé, il lui aurait couru après dans tous les couloirs de l'établissement, jusqu'à lui mettre la main dessus et il l'aurait amené manu militari devant Albus pour le faire renvoyer.
- Probablement mais je doute qu'Albus accepte de virer le jeune Potter aussi vite. Tu l'ignores peut-être mais le directeur a tout fait pour que le gamin soit admis à Poudlard, il a même menacé de démissionner si le conseil d'administration refusait d'entériner sa décision, c'est Severus qui me l'a dit. Et entre parenthèse, toujours d'après lui, Potter n'aurait jamais dû être admis ici.
- Tu parles, l'autre crétin a dû encore exagérer comme d'habitude…
- Je pensais comme toi, jusqu'à ce matin mais à présent j'ai quelques doutes, il me semble quand même un peu revêche à l'apprentissage et pas forcément adapté au lycée. »
Remus repensait à la scène de ce matin dans la cour, il avait vu une telle rage dans le regard du jeune homme, en près de quinze ans dans l'enseignement, il n'avait jamais ressenti ça auparavant et il en avait été troublé.
« Et pourquoi Albus tenait tant à ce que ce gamin soit accepté ?
- Sirius Black, le tuteur légal d'Harry Potter est un ami de longue date d'Albus, je pense qu'il a voulu lui venir en aide. Et puis tu le connais, il est toujours prêt à aider n'importe quel gamin en difficulté. Rappelle-toi du jeune Neville, Severus a essayé à maintes reprises de le faire expulser pour, je cite 'ses non-capacités congénitales à l'étude de la chimie' mais Albus a toujours résisté et refusé. Il ne voulait pas envenimer la situation de ce pauvre garçon, il m'a raconté sa triste histoire et je suis bien d'accord avec lui, Neville mérite bien toute notre attention et notre aide. »
Remus se souvenait parfaitement de son entretien l'hiver dernier, avec le vieux monsieur qui lui avait parlé de l'accident horrible des parents du jeune Londubat ayant provoqué la mort de son père et le coma de sa mère. Il essaya de ne pas montrer à Bill sa peine et continua.
« Pour en revenir à Potter, je ne te l'ai pas dit mais vendredi dernier, à la fin de mes cours, Albus m'a fait venir dans son bureau et il m'a demandé, ordonné serait peut-être le mot exact, de lui donner des heures de cours supplémentaires pour lui faire rattraper le retard qu'il a accumulé dans ses études. Cela prouve bien qu'Albus n'est pas prêt de le renvoyer, il fera au contraire tout pour que ce gamin réussisse et n'en veuille plus à la terre entière. Le problème c'est que je vais devoir accepter et…
- Tu ne vas pas te plaindre en plus, tu auras ce putain de canon brun pour toi tout seul plusieurs heures par semaine… Excuse-moi, je ne vais pas pleurer sur ton épaule. »
Remus repoussa sa chaise du bureau et dévisagea son alter ego étrangement.
« Comment ai-je pu un jour être intéressé par toi ? Ca me dépasse vraiment, je ne devais pas être bien à l'époque.
- Malheureusement ton cas n'a fait qu'empirer par la suite, tu as préféré me laisser tomber et tu as fini après quelques temps par te consoler dans les bras de Tonks, la parfaite petite épouse recommandée par maman Molly, garantie échangée ou remboursée. Au fait, tu en es où dans ton divorce, les papiers sont signés cette fois ?
- Délicatesse est ton second prénom ?
- Non, moi, c'est Bill J'ai-toujours-raison Weasley, je t'avais pourtant prévenu à l'époque de ne pas te marier avec elle pour les convenances. Mais revenons au plus important, tu crois qu'Albus accepterait que je prenne ta place en littérature pour les cours particuliers du beau gosse. Parce qu'apparemment, tu n'as pas le temps, et puis cela doit représenter beaucoup de travail surtout à ton âge…
- Mon âge ? Je ne t'avais jamais entendu t'en plaindre jusqu'à aujourd'hui.
- Je te l'accorde que ton âge n'a jamais réellement posé problème en ce qui me concerne ! C'est même plutôt le contraire, après tout, c'est dans les vieux pots…
- Et c'est pour ça, Bill, que tu fantasmes sur un gamin de quinze ans que tu as croisé à peine dix secondes dans le couloir !
- Oh ! Je t'en prie, il doit avoir… dix-sept ans. Et puis il faut bien que jeunesse se forme.
- Tu comptes justifier tes propos inqualifiables de vieux prof libidineux qui veut se faire l'élève rebelle et en mal d'amour par de stupides proverbes.
- Vieux prof libidineux, je n'ai que 27 ans, Moony ! Et dois-je te rappeler que je n'étais guère plus vieux que lui quand tu m'as séduit ?
- Tu avais 21 ans, pas 17, je n'étais pas TON professeur et même si d'après toi, je suis très proche de la sénilité, je m'en souviens parfaitement et c'est toi qui m'as séduit, pas l'inverse…
- Détail, détail. »
Bill ricana et lança la feuille de papier toute chiffonnée dans la poubelle à l'opposé de la salle.
« Trois points. Et Bill Weasley remporte la coupe des quatre maisons sous les acclamations du public, les filles s'évanouissent et les garçons scandent son nom ! BILL, BILL, ouh ya, BILL, BILL ouh ya !
- Ca ne s'arrange pas…
- Que veux-tu ? Depuis que tu m'as laissé tomber, j'ai lentement mais irrémédiablement perdu la raison.
- Je crains que je n'ai rien avoir avec la situation, tu n'avais plus toute ta tête bien avant notre rencontre. »
Les deux hommes se dévisagèrent avant d'éclater de rire, cela faisait des années qu'ils avaient appris à se connaître, ils pouvaient plaisanter et rire de quasiment tout. Toutefois, les traits du plus jeune se firent plus sérieux.
« Au fait, tu viens ce week-end, au Terrier ? J'y vais.
- Molly m'a invité mais c'est ma semaine avec Teddy, je veux en profiter au maximum. Et surtout, Charlie m'a téléphoné et m'a prévenu que ta mère avait aussi convié Nymph pour une ultime tentative de réconciliation. Alors je préfère m'abstenir, tu comprends.
- Cela fait déjà six mois que vous ne vivez plus ensemble, enfin si tenté que vous avez réellement un jour vécu ensemble. Désolé que ma mère n'arrive pas à l'admettre et ne te foute toujours pas la paix.
- Tu n'y es pour rien, Bill et puis cela part d'un bon sentiment.
- Oui, enfin, toujours est-il que ce week-end, je vais me retrouver avec Tonks en train de se lamenter sur son pauvre sort sous le regard compatissant de 'maman'. Tu crois que je pourrais m'inviter chez toi, histoire que je joue à tonton Billy avec ton fils. Teddy m'aime bien après tout.
- C'est normal, il est trop jeune, il ne peut pas se douter. Ote-moi d'un doute, tu es bien mon meilleur ami, Bill ?
- Quelle question ? On était déjà amis avant même que je te mette dans mon lit. Tu veux en venir où ?
- Promets-moi que lorsque mon fils aura 17 ans, tu ne tenteras rien avec lui au nom de notre amitié.
- Pourtant, il pourrait s'estimer heureux, je serai alors en plein dans la force de l'âge, j'aurai à peine plus de 40 ans, je pourrais lui faire découvrir des choses ô combien intéressantes.
- C'est définitif, tu es vraiment dérangé. »
Le roux fit son sourire le plus charmeur, celui dont il abusait pour se sortir des mauvais pas. Remus haussa un sourcil et éclata à nouveau d'un rire franc et sonore. Bill avait au moins réussi à détendre son ami qui avait été mis à rude épreuve ces derniers temps. L'homme eut bien du mal à retrouver son calme, lorsque débarqua sans même frapper à la porte le brun, nouvel élève de Poudlard. Harry se figea instantanément devant le spectacle des deux professeurs visiblement très amusés. Remus déglutit péniblement, le regard méprisant de l'élève le fit toutefois réagir.
« Mr Potter, que faites-vous ici ?
- Le Professeur Dumbledore a exigé que je passe vous voir immédiatement pour que je fixe l'horaire pour mes cours supplémentaires mais je peux vous laisser avec votre ami si je dérange.
- Harry, je te présente ton Professeur en musique pratique, Mr William Weasley.
- Je ne suis pas venu ici pour une conversation mondaine.
- Ouh ! Effectivement, il est un peu revêche.
- C'EST DE MOI DONT VOUS PARLEZ !
- Mais c'est qu'il mordrait. »
Le rouquin riait franchement, tandis que le plus jeune lui lançait des regards meurtriers. Remus toussota légèrement.
« Mr Weasley… Mr Weasley… Bill !
- Quoi ?
- Pourrais-tu rejoindre ta classe ? Ton prochain cours ne va pas trop tarder si je ne m'abuse.
- Pas la peine d'en rajouter, j'ai bien compris, je suis indésirable dans cette pièce.
- Puisque tu le dis, tu as sûrement raison ! »
Faisant mine d'être vexé par les derniers propos de son collègue et ami, Bill se drapa de toute sa dignité et quitta la salle de cours, le visage fier et figé. Quand il passa près du lycéen, il ne put retenir un ultime ricanement.
« Je sens que vous allez détoner dans l'établissement, les autres profs vont vous A-DO-RER. »
L'élève le fustigea d'un regard presque haineux. Il attendit que le roux ait quitté les lieux et qu'il ait fermé la porte pour s'adresser à son Professeur de littérature :
« Est-ce vraiment un Professeur ? Il a plutôt la mentalité d'un élève de première année. »
Remus se força à garder son calme, il avait tourné sa tête vers un point imaginaire mais non moins fascinant de son bureau.
« Parfaitement, Mr Potter, c'est même l'un des professeurs préférés de l'ensemble du lycée et l'un des plus compétents aussi.
- Evidemment, ce doit être le professeur cool, celui A-DO-RE par toutes les jeunes filles en fleur avec ce look très travaillé d'artiste torturé. C'est étrange, je pensais que c'était vous qui aviez le rôle. »
Harry avait singé son enseignant quand il était sorti de la pièce.
« Mr Potter, je ne crois pas être la meilleure personne à qui vous pouvez tenir de tels propos, vous êtes élève et vous êtes en train de vous moquer de l'un de mes plus proches collègues et de vos camarades de classe.
- Vous n'avez qu'à me renvoyer voir Dumbledore.
- Professeur Dumbledore. Et non, je ne le ferai pas, cela vous arrangerait trop, Monsieur Potter. Je ne suis pas dupe de votre petit jeu. Vous faites partie de ce type d'élève qui pousse la carte de la provocation jusqu'à ce que l'un de vos professeurs craquent et vous fassent virer.
- Vous faites erreur, Monsieur. »
Harry s'était rapproché du bureau et fixait son Professeur qui venait seulement de relever la tête. Remus était interloqué, il avait inconsciemment croisé ses mains et attendait avidement ce que ce jeune homme si étrange allait ajouter. Le brun prit tout son temps et s'assit à la même place que ce matin, la première table juste devant le bureau.
« Effectivement, je me suis déjà fait virer des autres établissements que j'ai fréquenté car certains professeurs n'appréciaient que moyennement que je puisse dire tout haut ce que je pensais d'eux. Et si quelque part, je reconnais que cela m'arrangeait que l'on me renvoie, je pense que les directeurs auraient dû admettre que je ne disais que la vérité et me remerciaient au lieu de me jeter. Ceci dit pour cet ultime établissement, j'ai décidé de varier un peu par rapport à d'habitude. Je ne vais m'en prendre qu'à un seul professeur et voir jusqu'où il pourra tenir. Devinez qui ce sera…
- Eh bien, jeune homme, sachez que si je suis ce professeur, ce petit jeu n'aura aucun impact et ne prendra pas pied sur moi. Par contre, je serais très curieux, dans ce cas, de savoir pourquoi j'ai le droit à un tel traitement de faveur de votre part.
- Je me suis promis de vous faire ravaler votre sourire si condescendant de ce matin. »
Le brun posa ses jambes sur la table devant lui, fier de son coup d'éclat, son regard froid fit déglutir péniblement l'autre homme. Remus aurait dû s'offusquer de ses paroles et l'amener directement voir Albus mais quelque chose l'en empêchait, peut-être ce regard beaucoup trop vert et franc.
« Une autre question, Mr Potter, si vous n'avez aucune envie de rester ici et de passer vos A-levels, comme vous semblez le dire, pourquoi êtes-vous venu ici et avoir accepté d'être inscrit dans cette école… Serait-ce qu'au fond de vous, vous n'êtes pas aussi persuadé que ça que se faire virer est une bonne chose ? »
Le jeune homme resta coi, sous l'attaque, il avait dû croire qu'il serait le seul à jouer peut-être même qu'il pensait déjà avoir gagné mais Remus n'était pas aussi inoffensif et sans arme qu'il en avait l'air, surtout qu'au regard haineux, le professeur refusait de se déstabiliser et répondait par un sourire.
« Très bien, le sujet est donc clos. Vous êtes ainsi venu pour savoir quand je peux vous donner vos heures supplémentaires. J'en ai déjà parlé avec le Professeur Dumbledore le jour où il m'a annoncé votre venue. J'ai accepté de vous donner cinq heures de plus par semaine…
- Cinq heures rien que pour de la littérature qui ne me servira à rien.
- Je disais donc cinq heures et ce jusqu'à ce que je juge que vous n'en ayez plus besoin.
- Je sais déjà cela, Dumbledore m'en a fait part.
- Votre emploi du temps vous permet-il de rester une heure de plus, le lundi matin ? Si vous êtes là, a priori, je suppose que c'est possible.
- Oui.
- Bon, la première heure est donc fixée de 11h à midi, le lundi matin. »
Les deux hommes passèrent un quart d'heure pour trouver des horaires et durent se résoudre, à faire que les cours supplémentaires aient lieu après la fin des cours, de 18 à 20h, le mardi et jeudi soir. Il était difficile de savoir lequel des deux était le plus embêté mais Remus ne voulait pas abandonner, il avait donné sa parole à Albus pour aider ce jeune. L'enseignant hésita longuement mais décida malgré tout de faire une nouvelle tentative et sortit d'un tiroir de son bureau un second exemplaire du questionnaire, il ne dit rien et le tendit simplement avec un crayon à papier parfaitement taillé. Les yeux aux reflets d'or s'accrochèrent à ceux émeraude. C'était comme si le temps s'était suspendu et ni l'un, ni l'autre ne bougeait. Remus en profita pour observer avec encore plus d'attention, son nouvel élève. Pour l'instant, il n'avait aucune idée de ce qu'il devait penser de lui, il n'avait jamais jusqu'à aujourd'hui été confronté à un élève qui se braque dès les premières heures de façon aussi radicale qu'imprévisible. Cela le gênait d'autant plus qu'il était généralement très apprécié de ses étudiants et qu'il évitait le plus possible toute situation conflictuelle. Les minutes s'égrenaient dans un silence étourdissant, Harry avait fouillé dans la poche de son pantalon et jouait à présent avec son paquet de cigarettes, il jaugeait son adversaire, il attendait de se faire renvoyer de la salle. Pour Lupin, il était évident que le lycéen n'avait aucune envie de répondre à ses questions qu'il devait considérer comme stupides et pure perte de temps. Remus décida donc de prendre les choses en main, après tout, c'était lui, l'adulte.
« Mr Potter, ce n'est pas que le fait de rester assis et de vous regarder dans le blanc des yeux me déplaisent mais je n'ai pas toute la matinée, alors si vous permettez… »
Il se leva, se retourna et prit le chiffon pour effacer les inscriptions sur le tableau. »
Il eut des difficultés à cacher son fou rire lorsque le brun piqué au vif s'énerva.
« Je suis encore là, PROFESSEUR.
- Oui ?
- Vous… vous… Je peux y aller à présent, votre numéro est terminé ?
- Vous avez fini de répondre au questionnaire ?
- Je croyais y avoir déjà répondu.
- Comme vous souhaitez, vous pouvez disposer.
- C'est tout ?
- Je vais dire que c'est votre jour de chance, je vous laisse votre liberté, alors que vous devriez rester encore une demi-heure. J'aimerais toutefois que vous preniez le questionnaire des fois que l'inspiration vous vienne, après tout, ce n'est pas impossible. »
Alors que Remus ne s'était pas une seule fois retourné vers le lycéen, il fit enfin volte-face, le garçon aux cheveux savamment ébouriffés le dévisageait froidement.
« Si vous pensez m'amadouer avec cet argument et aussi facilement, vous êtes encore plus pathétique que ce que je pensais ! »
Remus aurait dû se mettre en colère, des éclairs auraient dû fuser de ses yeux dorés comme dans les yeux trop verts de son interlocuteur mais ce fut le contraire, il ne put retenir un sourire de flotter sur ses lèvres lorsqu'il entendit la dernière réplique de son tout nouvel élève, il devait vraiment reconnaître qu'il le trouvait particulièrement dépaysant, tellement franc et direct surtout par rapport à ses autres élèves tellement pourris et blasés par la vie.
« Et si vous, vous pensez me mettre hors de moi en me traitant de pathétique, sachez que vous faites erreur. Et je tiens à vous rassurer si comme vous me l'avez dit tout à l'heure, vous vous êtes juré de me faire perdre mon sourire condescendant, ce ne sera pas aussi facile. Vous allez devoir faire preuve de patience, d'imagination et vous montrez très tenace si vous espérez vraiment vous faire virer suite à une de mes plaintes auprès du directeur, vous pouvez vous attendre à une bataille de longue durée, peut-être même jusqu'à la fin de l'année scolaire. Après tout, je suis payé pour que vous ayez le meilleur enseignement possible et je compte bien tenir cet engagement. A présent, je réitère ce que je vous ai dit, vous pouvez disposer. Après tout, nous allons avoir cours particulier demain et je ne voudrais pas que vous épuisiez toutes les possibilités de me mettre en colère dès aujourd'hui, ce serait tellement dommage. Enfin, je suppose que vous ne manquez pas de ressource. »
Dire que le jeune homme paraissait surpris serait un doux euphémisme, il était carrément abasourdi. Ses yeux s'écarquillèrent littéralement, sous le choc des dernières paroles de son professeur. Remus pensa que cette fois, Potter avait vraiment compris qu'il devrait trouver autre chose qu'être un simple gamin insupportable et insolent pour se faire renvoyer de son cours. Le jeune homme pris au dépourvu scruta son professeur, Remus eut l'insigne impression que pour la première fois, autre chose que du mépris était visible dans les yeux verts. Evidemment, la rage fit rapidement son retour dans les pupilles émeraude. Après ces quelques instants d'hébétude, le jeune homme ne se rebiffa pas, à la place, très calmement et sans aucune précipitation, le brun se leva alors de sa chaise, tout en laissant le questionnaire et partit sans juger utile de saluer son professeur. Remus ne fit rien pour l'arrêter, il ne prononça qu'un simple 'N'oubliez pas, Mr Potter, demain, six heures, dans cette même salle'. Le châtain entendit seulement un grognement indistinct comme seule réponse.
Le reste de la journée, après cet étrange entretien avec son nouvel élève se déroula sur le même rythme qu'habituellement. Evidemment, il n'échappa pas à la fin de ses cours, à la convocation dans le bureau d'Albus, devant une tasse de thé fumant, le vieil homme, toujours aussi curieux voulait savoir comment s'était passé cette première journée en présence du jeune Harry. Le professeur de littérature s'était alors montré poli et évasif, il ne voulait pas encore alarmer le vieil homme, toutefois, d'après ce qu'il avait compris, il semblerait que Severus et Argus Rusard, le concierge, aient déjà fait part de leurs récriminations. Heureusement ou peut-être malheureusement dans le cas du brun, cela faisait des années que le directeur au nez aquilin ne tenait plus vraiment compte de leur opinion trop empreinte de partialité.
Lorsque enfin il frappa à la porte de sa voisine, après avoir perdu près de trente minutes dans les bouchons, à plus de six heures, Remus se sentait totalement lessivé, il ne pouvait s'empêcher de croire qu'un jour tous ses élèves finiraient par l'achever avec leur 'j'ai oublié mon devoir', 'Monsieur je n'ai pas mes affaires' et autres commentaires aussi insipides qu'idiots. Au lieu que ce soit cette douce madame Figg qui lui ouvre la porte, un petit garçon blond comme les blés lui fonça littéralement dessus.
« Papa, papa ! Ma'me Figg, c'est papa.
- Je sais, j'arrive, mon chéri. »
Remus avait pris dans ses bras son fils.
« Tu sais, tu sais, on a été au zoo et j'ai vu des éphélants.
- Des éléphants ! Tu as été gentil avec Madame Figg et tu n'as fait de bêtises au moins ?
- Non, j'ai pas fait de bêtises. »
Le petit bout secouait frénétiquement la tête de gauche à droite, pour affirmer ses dires, cependant, au regard impuissant de la vieille dame qui les rejoignait Remus avait quelques doutes.
« Tu en es bien sûr ?
- Oui !
- Arabella ? »
Madame Figg qui se tenait le dos légèrement courbé sourit et passa dans les cheveux fins du petit garçon.
« Il s'est très bien comporté, il est juste difficile à suivre par moment. »
Alors que le père prononçait un simple désolé et reposait par terre son fils. Teddy tira de sa petite main celle de Remus.
« P'pa, viens voir ce qu'on a fait.
- Je te suis, champion. »
L'enfant qui avait hérité des mêmes yeux dorés que son père avait le regard pétillant de malice et courut droit vers le salon. Il se dirigea directement vers la table basse où étaient éparpillés tous les crayons de couleur que Nymph avait offert à son fils.
« Je t'ai dessiné.
- Fais-moi voir ça. »
Remus s'était installé sur la vielle banquette bordeaux, toute élimée et avait pris sur ses genoux Teddy, il regarda avec grande attention le dessin, il essayait vainement de voir où était son visage. Son fils avait ses yeux qui brillaient de fierté. Indéniablement, il avait hérité de la passion de sa mère mais n'avait pas encore son talent.
« C'est très réussi.
- Tu le gardes ?
- Bien sûr, répondit le professeur avant de faire une bise dans les cheveux de son fils. »
Une heure plus tard, Remus pouvait enfin s'affaler dans son fauteuil préféré chez lui, il était soulagé, madame Figg avait semblé ravie de garder Teddy quatre heures de plus dans la semaine et pour une fois, Teddy épuisé par sa journée s'était endormi aussitôt après son bain. Il avait profité du calme régnant dans son appartement en plein cœur de Soho pour se servir un verre de Whisky qu'il sirotait avec délectation. Il ne pouvait empêcher un sourire d'orner ses lèvres à la vue du dessin de son fils, Remus encore quatre ans auparavant n'aurait jamais cru cela possible, il avait un fils qui le remplissait un peu plus chaque jour de joie et de fierté. Après une pause plus que mérité et bien que détestant cela, il dut se résoudre à s'atteler à son travail sous un fond de jazz, il ressortit de son sac rempli de manuel tout un tas de copies encore non corrigées qu'il aurait tant aimé ne jamais avoir à ouvrir. Au milieu de toutes ces feuilles, il regarda quelques secondes le second questionnaire que Potter avait refusé de remplir et secoua la tête, il risquait vraiment d'avoir des difficultés avec cet élève, il se promit alors de faire tout ce qui était en son pouvoir pour que le gamin cesse de détester le monde entier.
A suivre…
