Bonjour, bonjour !

Voilà le deuxième chapitre, très centré sur Sasuke, sur ce qu'il pense et la façon dont il a vécu la soirée en boite, plus particulièrement le comportement de Naruto...

Mais je ne vous en dis pas plus, je vous retrouve tout en bas, et encore une fois, j'espère que vous allez aimer !


Chapitre 2 : Mise au point

Je pourrais dire que je me suis enfermé dans le noir pendant des jours, que j'ai arrêté de manger et de me laver. Ça me donnerait l'air désespéré.

Je pourrais faire comme si j'avais bu, comme si le sol de mon appartement était jonché de bouteilles de saké vides, malheureux témoins de ma déchéance physique et mentale.

Je pourrais faire semblant d'aller très très mal, je pourrais pleurer dans mon lit des heures durant, mais je n'ai jamais aimé me donner en spectacle, même quand des voisins trop curieux sont le seul public.

Alors oui, je vais mal, oui j'ai bu, et oui, je me suis enfermé, mais personne n'est au courant, et personne ne le sera.

Je me trouve ridicule de préserver ma fierté quand je n'ai personne à qui rendre des compte, mais que voulez-vous, les vieilles habitudes ne se perdent pas si facilement.

Disons qu'il s'agit de mon seul héritage moral, et que j'y tiens. Quand on voit où il m'a mené, je reconnais qu'on peut se demander pourquoi j'y suis attaché… Je me le demande moi-même.

Peut-être est-ce ma douleur à laquelle je suis plus attaché ? L'état de souffrance permanent dans lequel ma fierté me retient ?

Et voilà que les yeux rouges d'Itachi reviennent me fixer, dans mon esprit. Impossible de réfléchir.

Je devrais dépasser ce complexe, cette obsession ?

Je sais. Je sais je sais je sais.

Naruto me l'a dit. Sakura me l'a dit, Kakashi me l'a dit, Tsunade me l'a dit.

Je sais.

Ils me l'ont tous dit.

« Plus facile à dire qu'à faire », vous connaissez le dicton ? Moi qui ne croyais pas à toutes ces conneries de sagesse populaire, je me suis rendu à l'évidence : c'est vrai.

C'est tellement facile de parler. De mentir.

Je l'ai fait tous les jours depuis mon retour.

J'ai dit que j'allais mieux, que j'allais bien. J'ai admis avoir besoin d'un psy, j'ai dit que j'irais en voir un. J'ai dit que ça ne me dérangeait pas que quelqu'un d'autre ait tué Itachi à ma place. J'ai dit que je lui étais reconnaissant de m'avoir empêché de devenir un fratricide. J'ai dit que je ne pensais plus à la vengeance, qu'elle était vaine.

Plus facile à dire qu'à faire.

J'ai écouté tous leurs conseils, mais je ne les ai pas entendus. Ils avaient encore un toit, une famille, des gens à aimer, une patrie à servir, des principes moraux selon lesquels ils me dictaient ma vie.

Je n'avais plus rien de tout ça. Comment auraient-ils pu ne serait-ce qu'imaginer ce que je vivais ?

Je crois qu'ils essayaient sincèrement de comprendre. De se dire « si j'avais été à sa place », « si mon frère était… » et « si ma famille avait… ».

Mais comment savoir comment on « aurait réagi si…» ? Impossible.

Tous ces sentiments que l'on ressent successivement, la colère, l'impuissance, la haine et puis la soif de vengeance, ils sont trop forts, trop puissants, trop profonds. Ils sont capables de ronger un être entièrement, de sorte qu'il ne reste plus rien de lui, plus rien de ce qu'il était avant.

Pour moi, je ne sais pas, je ne me souviens plus comment j'étais, avant.

Moins aigri, je suppose. Plus joyeux, je l'espère. Aussi déterminé, il me semble.

C'est la première fois que je pense aux changements qu'a initié en moi l'acte de barbarie de mon frère.

J'ai trop souvent imaginé ce qu'aurait été ma vie j'avais eu une famille, si mon frère était resté mon modèle.

J'ai trop souvent rêvé de ce bonheur enfui, des félicitations de mes parents pour mes montées en grade, pour mon diplôme à la sortie de l'académie.

Je me suis trop souvent représenté le mariage d'Itachi, les larmes de bonheur de ma mère et la fierté dans le regard de mon père.

J'ai même pensé à ses enfants, aux miens, ceux qui ne naîtront plus jamais, ceux que mes parents ne connaitront jamais.

Toute cette vie que nous n'avons pas vécue ensemble, ces repas que nous n'avons pas partagé, ce quotidien qu'on nous a volé, je vous l'ai rendu, je l'ai rêvé. Trop, bien sûr.

Il n'était plus un hommage, il était une obsession, ce qui nourrissait ma haine et ma volonté de puissance toujours plus forte.

Je vous ai imaginés, vous. Mais moi, jamais.

J'avais supposé que je serais toujours celui que j'étais quand c'est arrivé, quand il vous a tués, quand il nous a tués. Mais c'est absurde, je n'étais alors qu'un enfant.

J'aurais certainement fait ma crise d'adolescence, j'aurais peut-être renoncé à recevoir l'attention de mon père. Qui sait, j'aurais peut-être même mal tourné, juste pour qu'il me regarde ?

J'aurais peut-être fugué, mais j'aurais eu le soutien d'Itachi. Maman se serait fait un sang d'encre, mais il lui aurait fait savoir où j'étais, et elle aurait été un peu rassurée.

Comment savoir ?

Si j'avais grandi dans une famille, si j'avais mangé les plats préparés par une mère, aurais-je été aussi petit ? Itachi était plus grand que moi, après tout.

Si j'avais eu l'occasion de rire, de sourire, aurais-je cette ride qui me barre constamment le front, à force de trop froncer les sourcils ?

Si j'avais pu profiter des conseils d'un frère, d'un cousin, d'un oncle (je n'ose dire d'un père), aurais-je eu toutes ces blessures lors de mes entraînements ?

Et ces considérations ne sont que physiques.

Qu'en est-il de moi, de ma personnalité, de mes sentiments ?

Je me suis construit sur la haine, comme d'autres se construisent sur le rejet de leurs parents, sur le rêve de devenir le chef du village ou celui d'épouser une personne que l'on aime.

Sur quoi me serais-je construit s'il n'y avait pas eu ce massacre ?

Si j'avais eu autre chose que la vengeance en tête, aurais-je pensé aux filles ? Est-ce que Sakura ou Ino m'auraient plu ?

Est-ce que…j'aurais couché avec elles ? Itachi ne m'a jamais parlé de cet aspect de sa vie, mais je suis presque certain qu'il n'était plus vierge.

Est-ce que j'aurais eu des amis ?

Certainement, tout le monde a des amis. J'en avais aussi, avant.

Ce qui signifie que j'aurais ri, je me serais amusé avec Naruto, Kiba, Neji, Lee et tous les autres ? Aurions été manger ensemble, été au cinéma ensemble ? Aurions nous pris notre première cuite à quinze ans, tous ensemble, et aurions nous vomi tripes et boyaux dans la rue, tous aussi pathétiques les uns que les autres ?

Serions nous partis en vacances ensemble, et surtout, aurais-je aimé ça ?

Aurais-je apprécié leur compagnie, leurs blagues, le babillage des filles et les rapprochements qui se produisent toujours dans les soirées ?

Bien sûr, comme un adolescent normal.

Mais tout ceci me semblait si loin. Si éloigné de ce que j'avais vécu, de ce que j'avais connu.

Pas de fêtes, pas de repas, pas d'alcool, pas d'amis, pas de petite amie, pas de…sexe.

Mais l'entrainement, toujours. La puissance. Les nouvelles techniques. Les cachots froids et lugubres d'Orochimaru. La volonté de détruire. L'obsession de vaincre.

Vaincre Kabuto, Orochimaru, Itachi, bien sûr, mais aussi vaincre mes démons.

Vaincre mes cauchemars, dans lesquels je voyais les cadavres de mes parents et de toute ma famille, qui jonchaient le quartier Uchiwa. Ceux dans lesquels je me voyais achever Naruto dans la Vallée de la Fin, ceux dans lesquels l'Akatsuki l'attrapait et le tuait en extrayant Kyubi, après l'avoir sauvagement torturé. Ceux dans lesquels Sakura me menaçait de le tuer de sang-froid si je ne rentrais pas à Konoha.

Il est vrai que malgré ma vie qui n'a jamais été celle d'un adolescent comme les autres, Naruto a été celui qui s'est le plus approché d'un ami pour moi, d'où les cauchemars.

Bien sûr, il a été un ami à ma façon, sur le mode de la haine, de la concurrence, du défi permanent. Mais il a été là pour moi, il m'a stimulé. Il a contrecarré mes plans, il m'a appris la réactivité.

Quand Itachi était mon ennemi, Naruto est devenu mon adversaire. C'est avec lui, ou plutôt contre lui, que je m'entrainais, que je me battais.

Alors bien sûr, pour n'importe qui d'autre, cette relation aurait été de la rivalité, de la haine, de la colère, exprimez le comme vous voulez, mais pas pour moi.

Il était celui à qui je parlais le plus, même si c'était pour l'insulter. Il n'était pas le seul à s'occuper de moi, mais il était le seul dont les remarques, les compliments ou les critiques m'importaient.

C'est étrange de dire une chose pareille, et je ne l'aurais jamais avoué avant de partir chez Orochimaru, mais je tenais vraiment à notre relation. Et pas uniquement parce qu'elle me faisait progresser, non, je tenais à lui.

A ses bêtises, à ses blagues stupides, à sa maladresse, à sa volonté, aussi forte que la mienne. Toutes ces petites choses qui, seules, pouvaient égayer mon quotidien, bien plus que la nouvelle coiffure de Sakura, ou les nouvelles bottes d'Ino.

Je crois que je l'ai réalisé dans cette vallée.

Je pensais m'éloigner de l'exemple de mon frère, je pensais me détacher de son modèle, mais je crois que je l'ai surtout fait pour Naruto, parce que je n'avais ni la force, ni l'envie de le tuer.

Mais j'ai bien entendu refoulé cette pensée, au nom de la vengeance.

Et c'est pour cela que, depuis trois ans que je suis rentré, je n'ose plus te parler.

Je ne peux plus t'insulter, tu es devenu plus fort que moi. J'aurais aimé que tout redevienne comme avant, mais il faut voir la situation en face :

Premièrement, je suis revenu au village me faire juger pour désertion, autant dire que je suis plus bas que tout sur l'échelle des ninjas, et je ne dois qu'à la grande bonté de Tsunade de pouvoir refaire des missions. Au fait surtout qu'elle ait compris que je ne trahirai plus, n'ayant plus aucune raison de le faire.

Deuxièmement, tes entrainements avec Jiraya et un autre porteur de démon, d'après ce que j'ai compris, t'ont rendu incroyablement fort. Même moi, qui dispose de capacités héréditaires incroyables et qui ait travaillé comme peu l'ont fait, je ne suis pas aussi puissant que toi.

Troisièmement, je n'ai même plus l'avantage de la popularité sur toi. Si à l'académie, les filles te trouvaient immature et fatiguant, depuis elles ont changé d'avis… Tu es devenu beau, inutile de le nier. Je ne me considère pas comme un bon juge pour ces choses là, mais il suffit de considérer que beaucoup se retournent sur toi dans la rue, et que tu as un succès indéniable.

Dans tous les domaines dans lesquels je t'étais supérieur, tu as pris l'avantage.

Notre relation étant basée sur ma supériorité, je ne sais plus comment me comporter.

C'est ainsi que j'ai réussi à briser net le seul lien que j'avais jamais réussi à tisser. Que depuis mon retour, nous ne sommes pas entrainés ensemble une seule fois, ni même adressé la parole dans un cadre autre que professionnel.

Jusqu'à hier soir.

Hier soir où nous avons dansé ensemble.

Hier soir où tes mains se sont posées sur mon corps.

Hier soir où ton souffle a balayé ma nuque, mes épaules, mon oreille.

Hier soir où tu m'as murmuré des mots, des tas de mots. Des mots qui, comme un poison, se sont infiltrés dans mon corps, ont mis plusieurs heures à se répandre, à couler le long de mes veines, jusqu'à me contaminer complètement.

Moi qui ne m'étais jamais intéressé aux relations physiques, j'ai eu envie d'en savoir plus lorsque tu m'as touché.

Mais je sais que ce que tu es capable de me faire découvrir va bien au-delà.

La question est : oserai-je ? Aurais-je le courage de venir jusqu'à toi, sachant les souffrances que je vais endurer si tu me retires de l'abyme dans lequel je m'enfonce chaque jour un peu plus ?

J'aimerais. J'aimerais me dire qu'au point où j'en suis arrivé, un peu plus ou un peu moins de souffrances ne changeront plus grand-chose. J'aimerais me dire que Naruto a toujours été quelqu'un qui en valait la peine.

Mais même ces arguments ne me convainquent pas.

Je sais que Naruto pourra me faire sortir de tout ça. Mais j'ignore s'il le fera.

Il peut séduire qui il veut à Konoha, il peut avoir n'importe qui, alors pourquoi s'encombrerait-il d'un déchet comme moi ?

Bien sûr, je sais que notre relation a été importante pour lui aussi, mais dans une bien moindre mesure, c'est évident. Même si je pouvais le mettre dans des états de rage incroyables, ce dont je tirais une certaine fierté, cela ne signifiait pas pour autant qu'il s'intéressait à moi comme moi à lui.

Il avait d'autres amis.

Je l'avais vu, plusieurs fois, rire avec Kiba ou Lee, je l'avais vu embêter Shikamaru, ou Gaara quand il était de passage, je l'avais vu plongé dans des discussions mystérieuses avec Shino et Choji, avant mon départ.

Et depuis mon retour, c'était encore pire. Il était la personne la plus sociable que je connaisse. Il agissait comme si la rue lui appartenait, ayant toujours un sourire pour l'un, une blague pour l'autre, et un clin d'œil pour le troisième.

Quand les plus belles filles se jetaient dans ses bras sous le prétexte de lui dire bonjour, comment pourrais-je espérer leur faire concurrence ?

Il m'a bien sûr fait comprendre hier soir que je l'intéressais, qu'il serait là pour moi, qu'il tenait véritablement à m'aider, mais, même si j'ai confiance en lui, il n'est encore qu'un gamin, à qui le succès a pu monter un peu trop vite à la tête…

Et si au bout de quelques semaines, de quelques mois il n'en pouvait plus ? Si l'état de loque humaine dans lequel je suis empêtré le lassait ? Si je devenais encombrant, gênant pour son image ou pour son style de vie ? S'il se sentait obligé de rester avec moi, s'il le faisait par pitié, s'il finissait par me détester pour de bon ?

Je le savais volage, et c'était bien ce qui me retenait de prendre le risque.

Et pourtant, depuis hier soir, l'envie de ce risque se faisait grandissante. Insidieusement elle me gagnait, m'envahissait.

Naruto m'attirait, je ne pouvais plus le nier, mais il me faisait également peur…

J'étais tiraillé entre ces deux tendances, qui chacune prenait de l'ampleur dans mon for intérieur : l'une me disait de tenter ma chance, qu'une déception ne serait qu'une déception de plus et que j'y étais habitué, et l'autre me poussait à rester à distance, à ne pas me brûler les ailes auprès de lui, comme tant d'autres avant moi l'avaient fait.

J'avais envie, très envie d'accepter la proposition de Naruto, mais j'étais trop effrayé, trop lâche pour le faire.

D'accord, là, c'était vraiment frustrant : j'avais passé la nuit et toute la journée à réfléchir, et j'en étais exactement au même point qu'hier.

Génial.


Hum, désolée, on ne peut pas vraiment dire que l'histoire avance très vite (ou qu'elle avance tout court, comme le dit Sasuke, on en est exactement au même point qu'à la fin du chapitre précédent), mais il faut croire que j'aime torturer mes lectrices ;)

Plus sérieusement, j'avais vraiment envie de faire le point sur la mentalité de Sasuke, de préciser vraiment son état d'esprit, je trouve que c'est important...

Mais dites-moi ce que vous en pensez, j'ai vraiment envie de savoir si ça vous ennuie, si ça vous plait, si ça vous est complètement indifférent... (tout ça pour dire que je vous serais vraiment reconnaissante pour une petite review !)

Je vous embrasse,

Liesel M.M.