Yeah! C'est de nouveau moi, je suis de retour! Pour vous pourrir votre jour! (remix d'une citation bien connue) Pour commencer, désolée pour ce long silence, (oui, "ça commence bien", vous pouvez le dire...) j'essaierai d'être un peu plus régulière... Ensuite, je tiens à remercier ma bêta chérie, sans qui ce chapitre aurait été bien pénible à lire. Merci na twa, ma Hina-chan~ (oui, promis, j'vais me procurer un dico des synonymes... Et un becherel... Et un scribe pour éviter les fautes de frappe...)

Sur ce, bonne lecture, et à la prochaine!


Chap. 2 – « Quittez la ville »

Il finit par trouver un porche, qui servait de dépôt à ordures à un logement populaire. En temps normal, chaque bâtiment collectif était équipé d'un broyeur, mais nombreux étaient ceux qui tombaient en panne. A la vue de l'important monticule d'ordures, Zoro en conclut que cela faisait un bon moment que le compacteur était tombé en panne... Mais c'était le premier endroit tranquille qu'il avait trouvé pour souffler un peu. Il ne pouvait pas se permettre d'errer trop longtemps à découvert. Les membres de la FNAR n'étaient pas loin.

Laissant échapper un soupir le shinigami s'installa le plus confortablement possible derrière les sacs poubelles éventrés par les chiens et les chats errants, et attendit que son heure vienne. Il hésita un instant, puis finit par céder à la tentation. Il sortit sa gourde de saké et en prit une bonne gorgée. Le liquide alcoolisé lui brûla immédiatement la gorge, apportant par la même occasion une sensation de bien-être. Même si cette sensation n'avait rien à voir avec celle procurée par l'alcool de l'autre emplumé. Son télé-transmetteur vibra de nouveau dans sa poche, il l'en sortit machinalement pour le mettre hors-tension.

Ça va, je sais que c'est le merdier, pas la peine de me le rappeler toutes les trente secondes...

Ce bipper était distribué à chaque membre de la coalition dont Zoro faisait lui-même partie, et comportait en tout trois alertes. La première signifiait qu'ils devaient se réunir dans les plus brefs délais. La seconde, qu'ils devaient se faire oublier un certain temps. La dernière sommait à tous les membres de se tirer de la ville sans laisser de traces. Malgré cet ordre, Zoro ne pouvait se résoudre à obéir. Il fallait qu'il sache ce qu'il s'était passé. Et surtout, il devait retrouver les deux autres. Il allait avoir besoin d'eux pour s'enfuir, il ne pourrait certainement pas passer le mur seul. Ça serait du suicide.

Il regarda le ciel chargé de nuages, pensif. Si seulement il pouvait se mettre à pleuvoir... En tant que shinigami, il se trouvait avantagé lorsque l'environnement se faisait sombre et humide. Ses yeux et ses réflexes hors du commun lui permettaient d'agir plus rapidement et de manière plus précise. Les sans-visage, eux, avaient plus de mal à se débarrasser d'eux dans ces conditions climatiques, sans que Zoro ne sache vraiment pourquoi. Ce qui importait était que, même avec leurs équipements ultra-sophistiqués, ils ne pouvaient rien contre un démon de sa trempe lorsqu'il était dans son élément.

Tandis qu'il réfléchissait, le jour se levait doucement. Le ciel sombre prit progressivement une teinte grisâtre. Les éclairages artificiels de la cité s'éteignirent un à un, et peu à peu des lumières blafardes apparurent aux fenêtres des immeubles à moitié délabrés. Au bout de plusieurs minutes, les premiers humains commencèrent à sortir de leur antre pour prendre tous le même chemin : celui des usines de phyllolyte. Tous sans exception s'y rendaient, à pied ou à vélo. Aucun d'entre eux n'avaient les moyens de s'offrir un véhicule auto-porté de toute manière. Après tout, c'était le quartier des ouvriers ici...

Silencieusement, Zoro regarda ceux qui sortaient du logement collectif près duquel il était dissimulé. Des hommes, des femmes, des jeunes, des plus âgés, des grands, des petits. Tous allaient travailler pour gagner le maigre salaire qui leur permettraient de survivre, obéissants à la règle imposée par le Grand Pacificateur : « Quiconque sera en mesure de travailler devra quitter le foyer tôt le matin et ne rentrer que le soir ». Cette règle s'appliquait à ceux qui travaillaient dans les usines, mais aussi à ceux qui tenaient des petits commerces. Une autre règle importante interdisait à toute personne de errer la nuit dans les rues, et un couvre-feu était imposé. Un sourire narquois se dessina lentement sur les lèvres de Zoro. Il enfreignait ces règles depuis de nombreux mois maintenant...

Tout pendant qu'il détaillait les visages silencieux et dénués d'émotions des travailleurs, le guerrier repensa à l'étrange nuit qu'il avait passé avec les Mugiwaras. Tous les sept étaient eux aussi des humains, de simples hommes et femmes censés être insignifiants et sans volonté propre. Mais pourtant, ils étaient bien loin d'être comme ces zombies qui se rendaient aux usines. Ils étaient pleins de vie, et se moquaient tout comme lui des règles stupides telles que le couvre-feu ou l'obligation de travailler. Ils étaient libres, mais contrairement au shinigami, ils avaient quelque chose en plus...

Un nouveau pincement au cœur assaillit le guerrier à cette pensée, sans qu'il ne comprenne pourquoi. Agacé par ces pensées parasites, Zoro rangea sa gourde de saké, se redressa machinalement et réajusta ses sabres à sa ceinture, avant de mettre sa capuche sur la tête. Il avait assez attendu.

Le chasseur de démons rejoignit le chemin emprunté par les ouvriers et, se fondant dans la masse, prit soin de paraître le plus invisible possible. Quelques personnes lui lancèrent des regards blasés mais, épuisés et découragés, ils ne lui prêtèrent pas plus d'attention. Et cela l'arrangeait bien.

Au bout de quelques minutes, la foule déboucha sur une place gigantesque, au centre de laquelle se tenait la silhouette monstrueuse de la centrale géolithique qui faisait la fierté de la ville. Du haut de ses vingts mètres et d'une circonférence de plusieurs kilomètres, la centrale pouvait supporter une capacité de près d'un million de travailleurs, qui extrayaient l'équivalent d'une tonne de phyllolythe à la demi-heure. Zoro avait entendu dire que dans cette même usine était transformé le minerais pour produire des armes et des alliages ultrarésistants.

Crachant d'immenses panaches de fumée noirâtre depuis ses trois gigantesques cheminées, elle camouflait inlassablement le soleil depuis ce qui semblait être des siècles maintenant. Les écologistes n'avaient pas leur mot à dire étant donné que c'était son activité qui permettait à la cité d'être la troisième puissance mondiale. Tout ça, le shinigami n'en avait que faire. Tout ce qui le préoccupait pour le moment, c'était de traverser la place avant de tomber sur le cortège de l'armée de la FNAR et d'être bloqué.

Dorénavant, il lui était encore plus facile de passer inaperçu. Entre les piétons, les vélos, et les innombrables voitures, transports collectifs et poids-lourds, il apparaissait comme une petite fourmi noire évoluant au milieu d'autres insectes peuplant une décharge publique.

Arrivé aux abords des murs ceinturant l'immense centrale, le shinigami s'écarta discrètement des rangs pour se mêler à une autre foule qui provenait des quartiers Nord-Est, qui se dirigeaient eux aussi vers l'entrée principale. Avançant à contre-courant, il trouva rapidement ce qu'il cherchait : un renfoncement dans la paroi, au sein duquel était installé une bouche d'aération.

Après avoir pris soin de vérifier qu'il n'était pas suivi, il s'avança vers le renfoncement. Il retira la grille et s'engouffra rapidement dans l'ouverture, avant de refermer derrière lui. Allongé sur le ventre dans un conduit quadrangulaire à peine assez large pour faire passer un homme de taille moyenne, il commença sa lente progression. Bien qu'il l'empruntait depuis des mois, il n'avait toujours pas mémorisé son chemin dans cet immense labyrinthe. Il erra un long moment au sein du système d'aération avant de trouver la marque. Poussant un soupir impatient, le shinigami accéléra l'allure. La fameuse marque s'avérait être une petite tâche écarlate, de la largeur du poing. Située sur la paroi du conduit, elle indiquait par son emplacement la grille menant à l'extérieur. Tandis qu'il faisait basculer le panneau métallique en avant, Zoro se demanda comme à chaque fois ce que pouvait bien être cette tâche. Aucun de ses nakamas n'avaient su lui dire. Mais ce dont tout le monde était certain, c'était que cette marque bien pratique désignait une sortie sûre, menant directement aux quartiers mal-famés de la ville.

Le guerrier sortit prudemment la tête du conduit et observa avec précaution les alentours avant de se risquer à sortir de sa cachette. Il traversa la route en zigzaguant entre les véhicules, se faisant par moment klaxonner lorsqu'il était obligé de monter sur des capots pour éviter de finir sous les roues. Au moment où il atteignait la ruelle d'en face, une fanfare assourdissante retentit dans toute la ville. Le fameux défilé qui avait lieu en l'honneur du Grand Pacificateur venait de commencer. Pile au bon moment. Alors qu'il s'enfonçait plus profondément encore dans les boyaux sombres et nauséabonds des quartiers reculés de la cité, Zoro ne put s'empêcher un sourire moqueur. La modestie légendaire du chef du gouvernement avait vraiment du bon parfois. Grâce à lui, les gardes de la ville étaient temporairement retirés de leur fonction pour participer à la parade, et seules les zones stratégiques - à savoir les portes et les tours de guets - restaient en service. C'était l'occasion rêvée pour le shinigami de se rendre à découvert à la planque, malgré l'heure avancée.

Ne croisant rien d'autres sur son chemin que des chiens errants, qui se faisaient les crocs sur des carcasses non identifiables qui traînaient dans des coins de rues, le tueur parvint enfin à destination. Il sentit son sang de démon s'agiter violemment en lui tandis qu'il détaillait la bâtisse qui leur servait de repaire. A la base, c'était une très ancienne forge de géolithe. Mais cela faisait maintenant plus d'un siècle que la centrale géolithique avait pris sa place et que la ville s'était refermée sur elle-même. Les compagnons de Zoro avaient finit par récupérer le bâtiment désaffecté pour se cacher du gouvernement. Depuis lors, il n'avait subi que très peu de changement. La porte avait été renforcée, toutes les fenêtres avaient été obstruées, et une deuxième porte avait été installée à l'arrière. Pour ce qui étaient des cavités souterraines pour récolter le minerais, et la gigantesque salle des fourneaux, ils n'y avaient pas touchés. Les nakamas de Zoro ne faisaient pas vraiment dans la construction ou la décoration. Le confort importait peu, seule la survie comptait. C'était à la fois leur planque, leur forteresse, et leur seul foyer. L'unique endroit où ils pouvaient se reposer sans craindre d'être attaqués par des démons ou par les membres de la FNAR. Ce même foyer était à présent littéralement en train de flamber.

Médusé, aveuglé par la vive lueur provoquée par le feu, Zoro mit un certain temps avant de réaliser le désastre qui se déroulait sous ses yeux. Comment les avait-on retrouvé? Qui ? Pourquoi ? Les questions se bousculaient dans sa tête, tandis que la rage prenait peu à peu possession de ses sens. Le brasier prenait rapidement de l'ampleur, mais le second étage n'était pas encore touché. Il était peut-être encore temps. Mû par une colère sans nom, le shinigami s'élança vers le bâtiment en proie aux flammes. Il ne savait pas pourquoi il risquait sa vie à pénétrer dans la planque alors que tout semblait déjà perdu, il sentait juste qu'il le devait. Et il suivait toujours son instinct.

La porte principale avait été littéralement éventrée, sans doute par un tir ennemi provenant de la rue, et la chaleur des flammes l'avait faite se gondoler jusqu'à se replier sur elle même. Zoro la défonça d'un violent coup de botte, et pénétra dans le salon. Des cadavres de bon nombre de ses compagnons gisaient dans toute la pièce, ainsi que ceux de quelques démons. Stupéfait, le shinigami s'approcha de la dépouille de l'un des monstres et reconnu la silhouette hideuse d'un Trombark, un démon de rang intermédiaire vivant généralement dans les marais. Ces deux paires de bras et cette bouche formée de plusieurs tentacules ne laissaient aucun doute là-dessus.

Comment ces démons ont-ils réussi à faire un trou pareil dans la porte blindée ?! C'est impossible ! Et comment ont-ils pu trouver notre planque ?! Et surtout... Comment des Trombarks ont-ils fait pour pénétrer en ville ?!

Ces questions en tête, il continuait d'avancer lentement dans la pièce, regardant les visages sans vie de ses nakamas. La rancune semblait lui ronger les entrailles chaque fois qu'il passait près d'un corps. Tous sans exceptions avaient la peau tirée sur leurs os, semblables à des momies. La capacité d'aspiration d'énergie des Trombarks était vraiment dégueulasse. Ils ne laissaient aucune chance à leur proie. Une fois qu'ils étaient parvenus à introduire leurs tentacules dans la bouche de leurs ennemis, c'était terminé.

Un craquement sourd sortit le shinigami de ses sombres pensées et il regarda le feu qui continuait de se propager autour de lui. Les flammes commençaient à peine à lécher les poutres menant à l'étage supérieur, ce qui laissait deviner que le foyer de l'incendie provenait de la pièce d'à côté. A savoir la salle aux fourneaux. S'élançant vers la pièce en flammes, il dû cependant s'arrêter devant la porte. La chaleur était insoutenable, et la lumière rougeâtre tellement forte que le shinigami était incapable de voir devant lui. Toute cette partie de la planque était perdue. S'il y avait eu quelqu'un là-dedans, il en était sûrement fini de lui. Rebroussant chemin, Zoro se dirigea vers l'escalier et gravit rapidement les marches menant à l'étage. L'escalier permettait d'atteindre la salle la plus importante de la planque : la salle des armes. Peut-être restait-il des survivants là haut ?

La température augmentait rapidement, et alors qu'il montait, le guerrier pouvait sentir les marchescraquer à chacun de ses pas. Le bâtiment menaçait de s'effondrer à tout moment. Rendu au niveau supérieur, il se rua vers l'armurerie et fut nez à nez avec une porte close. Il tenta de l'ouvrir, mais s'apercevant vite qu'elle était bloquée, il en conclu que personne ne se trouvait à l'intérieur. Il s'apprêtait à se diriger vers le dortoir, qui était la dernière salle de l'étage, lorsqu'il entendit un bruit à l'intérieur de la pièce. Retenant son souffle, il plaqua son oreille contre le panneau de la porte, et reconnu le vibreur d'un bipper au beau milieu des craquements et du ronflement des flammes. Il y avait bien quelqu'un, et ce quelqu'un était très certainement l'un des leurs ! Il commença aussitôt à enfoncer la porte à violents coups d'épaules. Au bout de quelques secondes, le bois craqua, fragilisé par la chaleur, mais la porte ne cédait pas. Il n'était parvenu qu'à faire un simple trou au beau milieu du panneau. Zoro passa tout de même la tête dans l'ouverture pour se rendre compte de l'état des lieux. La salle était épargnée des flammes pour le moment, mais une partie du toit s'était effondré devant la porte. Au centre de la pièce, au beau milieu des épées renversées au sol, des sabres et des fusils vieux comme la vieille, un amoncellement de bois et de tuiles était visible. Sous une des poutres, on pouvait apercevoir un corps et quelqu'un d'agenouillé à ses côtés.

-Johnny ! Yosaku ! S'exclama Zoro en reconnaissant ses nakamas.

Au son de la voix du shinigami, Johnny leva la tête. Son visage semblait ravagé par la douleur, et ses yeux cachés derrière des lunettes de soleil laissaient couler abondamment des larmes amères. Reconnaissant son compagnon, Johnny se redressa vivement.

-Aniki ! Il faut que tu viennes m'aider, vite ! Yosaku est coincé sous la poutre, et j'arrive pas à la soulever tout seul !

Face à l'ampleur de la situation, Zoro ne perdit pas de temps. Il donna un violent coup de pied dans la porte pour agrandir l'ouverture, et passa par cette dernière avant d'escalader les débris qui en bloquaient l'entrée. Mais alors qu'il se dirigeait vers la poutre pour aider son nakama, le shinigami s'arrêta brusquement. Une large tâche sombre était visible sous le corps prisonnier. Et cette tâche ne cessait de croître.

-Qu'est-ce que tu attends, aniki ! Continuait de hurler Johnny alors qu'il s'arc-boutait contre l'obstacle pour le faire bouger, viens m'aider !

Le visage de Zoro s'assombrit, et il resta immobile à regarder son compagnon lutter contre le madrier.

-Jo... Finit-il par dire, laisse tomber.

-Quoi ?! S'écria l'autre en le regardant avec fureur, dis pas de conneries ! On va pas l'abandonner là ! Il va...

-Il est déjà mort, Jo.

Le shinigami n'avait pas besoin de s'approcher plus pour s'en rendre compte. Il savait reconnaître le corps d'un mourant et celui d'un trépassé. Il avait côtoyé la mort trop souvent. Il reconnaissait son odeur putride et sa présence malsaine. Yosaku était passé de l'autre côté.

-Non ! S'énerva Johnny sans s'arrêter de pousser la poutre, il n'est pas mort! Il n'est PAS mort !

-Viens, fit Zoro en s'avançant vers lui, il faut pas qu'on reste ici. Ça va pas tarder à s'eff-

-JE NE PARTIRAIS PAS SANS LUI !

Comprenant qu'il était inutile d'essayer de le raisonner par les mots, le shinigami s'élança brusquement sur son nakama et l'empoigna par le col de sa chemise. Son compagnon commençait à se débattre, il lui asséna alors un coup de poing si violent qu'il sentit le nez de son nakama craquer sous ses jointures. Mais il s'en foutait si Johnny était défiguré à vie. C'était pas ça le plus important.

De son côté, le concerné se tenait le visage en grognant de douleur. Profitant de l'occasion, Zoro l'attrapa par l'arrière de la tête et le força à s'agenouiller devant le corps de Yosaku.

-Regarde, imbécile ! S'énerva Zoro qui n'avais jamais été un exemple de patience. Regarde par toi-même ! Il est MORT !

Mais Johnny secoua la tête avec entêtement, recommençant à pleurer toutes les larmes de son corps. Sous ses genoux, la mare de sang continuait lentement à s'étendre. Maintenant que Zoro s'était rapproché du corps, il pouvait voir que la poutre était tombée directement sur le dos de l'homme. Le choc avait du être si violent que le morceau de charpente lui avait briser la colonne vertébrale. Il était mort sur le coup.

Soudain, le plancher se mit à craquer dangereusement sous leurs pieds, et le shinigami réalisa qu'il faisait de plus en plus chaud. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que les flammes n'aient raison des fondations soutenant le premier étage. Mais le plus à craindre était surtout les barils de poudre à canon qui étaient stockés dans cette même pièce. S'ils ne faisaient pas vite, ils finiraient tous par sauter dans un magnifique feu d'artifice. Zoro posa une main sur l'épaule de son nakama et la serra avec force. Pas dans le but de lui faire mal, mais dans celui de lui montrer qu'il était là. Et qu'il était bien vivant... lui.

-Jo... Commença-t-il avec fermeté, rends-toi à l'évidence. Tu sais qu'il est mort. T'es un shinigami, tu sais ce que c'est...

Le corps de son nakama fut secoué de tremblements plus violents tandis que ses hoquets redoublaient d'intensités. Puis il leva la tête vers le ciel grisâtre visible par un trou dans le toit, et poussa une longue plainte désespérée, ses mains agrippées avec désespoir à celles de Yosaku qui reposait, inerte, juste devant les genoux de Johnny. Zoro le regardait faire silencieusement, la mine grave. Mais un nouveau craquement sinistre retentit, le rappelant à la situation critique dans laquelle ils se trouvaient. Raffermissant sa prise sur l'épaule de son nakama, le guerrier le força à se relever.

-Viens... Prononça-t-il d'une voix sombre, on ne peut plus rien faire pour lui...

L'autre, qui semblait avoir perdu toute énergie, se laissa enfin faire. Tandis qu'il soutenait son nakama, Zoro s'aperçut que celui-ci avait une large blessure sur son flanc. C'était une large entaille qui parcourait l'intégralité du côté droit du guerrier aux lunettes noires, et la peau qui l'entourait était atrocement brûlée. Le shinigami aux cheveux verts reconnut aussitôt la plaie caractéristique laissée par un tir de sans-visage.

Qu'est-ce que... Alors ils étaient vraiment là, eux aussi ?!

Mais le moment étant mal choisi pour de telles interrogations, Zoro laissa sa question de côté et se dirigea aussi rapidement qu'il le pouvait vers la porte. Il était considérablement ralentit par Johnny, qui n'avait même plus la force de tenir sur ses jambes. Soudain, le sol devant eux s'effondra. Zoro eut tout juste le réflexe de faire un bond en arrière pour éviter de tomber. Via cette nouvelle ouverture, la pièce s'emplit de fumée et l'air devint vite irrespirable. La température continuait de grimper, et le feu était partout. Le tueur serra les dents. Leur sortie de secours venait de partir en fumée, et les flammes s'approchaient dangereusement des cargaisons d'explosifs. Regardant autour de lui, il finit par entrevoir le trou dans le toit. C'était leur seul moyen de s'en sortir.

Il jeta un regard inquiet à Johnny, mais ce dernier était tellement abattu par le chagrin qu'il se contentait de se laisser guider par son nakama sans cesser de verser des larmes. Tout en continuant à supporter le shinigami en deuil, le chasseur de démons se dirigea avec son fardeau vers les décombres. Tous deux commencèrent à gravir lentement les débris, Johnny laissant par moment échapper des grognements sourds. Visiblement, ajouté à la douleur de sa blessure, son précédent combat l'avait épuisé. Zoro reconnaissait bien là ses compagnons : ils avaient dû se battre jusqu'au bout, comme des déments.

Parvenus sur le toit, les deux shinigamis eurent tout juste le temps de se jeter sur la toiture d'un immeuble voisin lorsque le bâtiment en flammes s'embrasa dans une gigantesque explosion. Tournés vers la bâtisse réduite en cendre, les deux survivants regardèrent sans mots dire les dernières flammes visibles sur les ruines. Après quelques minutes, Zoro réajusta sa prise sur son nakama et se dirigea vers l'escalier de service.

-T'inquiètes, marmonna-t-il à son compagnon, on le vengera. On les vengera tous. J'te le promets...

oOoooOoooOo

Profitant de la fanfare, les deux chasseurs de démons étaient parvenus à atteindre les quartiers isolés de l'est sans se faire repérer. Dans cette zone, de nombreux hangars désaffectés servaient de refuge aux démons et autres créatures de l'obscurité. Après avoir chassé les quelques Gloms qui s'y étaient installés, Zoro avait adossé son nakama affaibli contre un mur. Il rassembla quelques planches de bois pourris devant lui et se servit du briquet de Yosaku pour allumer un feu. Heureusement que Johnny l'avait récupéré dans la poche de son meilleur ami avant de partir. Même si la lumière vive était gênante pour eux, elle permettait au moins de faire fuir les démons inférieurs. Les créatures de l'ombre haïssaient la lumière après tout...

Zoro s'approcha de Johnny et commença à inspecter sa plaie. De son côté, ce dernier semblait reprendre peu à peu ses esprits.

- A... Aniki... Commença-t-il en serrant les dents de douleur, j'suis désolé... On a pas pu sauver la planque...

Le guerrier ne répondit pas tout de suite, examinant avec assiduité la marque sur le flanc de son nakama. Elle était profonde, mais il ne semblait pas en danger. Soupirant de soulagement, Zoro agrandit un peu plus la déchirure de la chemise de Johnny pour faciliter l'accès à la blessure. Au moins, il n'avait pas été touché par ces saloperies...

- C'est rien, finit-il par dire tout en utilisant sa gourde de sake pour désinfecter la blessure, dis-moi plutôt ce qu'il s'est passé. La FNAR, ils étaient là eux aussi ?

Refrénant un gémissement de douleur, le blessé attendit que le liquide ait finit d'agir avant de répondre.

- Ouaip. Ils devaient être une bonne dizaine. Mais ils ne sont pratiquement pas intervenus. C'était comme s'ils regardaient les Trombarks faire tout le boulot...

Tout en déchirant un pan de sa propre chemise pour en faire un bandage, le shinigami aux cheveux verts fronça les sourcils.

- Attends, j'te suis pas là, fit-il tandis qu'il forçait le convalescent à se redresser pour lui passer le bandage autour de la taille. Tu veux dire que ces enfoirés vous regardaient vous faire massacrer par ces monstres tentaculaires ?!

Johnny retint sa respiration tandis qu'une vague de douleur l'assaillait, et attendit que son compagnon le repose contre le mur avant de reprendre la parole.

- Non. C'était pire que ça... C'était comme si c'étaient eux qui avaient lâchés les Trombarks sur nous...

- Quoi ?!

Zoro n'en revenait pas. C'était tout simplement trop gros. Comment des humains qui massacraient tous les démons qu'ils voyaient, qu'ils soient munis ou non de conscience, pouvaient-ils coopérer avec des Trombarks ?!

- J'te l'dis, je les ai vu faire comme j'te vois, marmonna le blessé en le regardant droit dans les yeux. L'un des sans-visage nous a même pointé du doigt lorsqu'il nous a remarqué, Yosaku et moi...

Il s'interrompit un instant, comme si l'évocation de son compagnon trépassé allait lui arracher de nouvelles larmes, mais il reprit :

- Comme s'ils contrôlaient ces monstres...

Abasourdit, Zoro regarda son nakama sans rien dire, trop secoué pour ajouter quoi que ce soit. Comment des démons pouvaient-ils obéir à de simples humains ? Pourquoi ?

- Alors que Yo et moi on étripait tous les démons qui nous attaquaient, continuait Johnny qui paraissait comme prit par son récit, on voyait tous les autres tomber un par un... Finalement, on a été obligés de grimper à l'étage pour se réfugier dans la salle d'armes. Il fallait qu'on trouve des équipements plus puissants pour se débarrasser de ces saloperies. Ensuite on a entendu une gigantesque explosion en-dessous, et on a vite compris qu'ils avaient fait exploser les fourneaux en bas. Et puis le toit a brusquement volé en éclats, et j'ai senti une brûlure sur le côté gauche. J'me suis fait projeter sur le côté, et quand j'ai réussi à me relever, cet enfoiré de sans-visage me regardait du trou qu'il avait fait dans le toit. Il m'a visé, puis il a semblé changé d'avis et il s'est tiré sans rien faire d'autre.

Cette révélation surpris Zoro, qui connaissait assez bien ces types pour savoir qu'ils étaient loin d'être un modèle de bonté. Si le sans-visage ne l'avait pas attaqué, c'était forcément pour une bonne raison : soit il pensait que Johnny allait mourir dans l'incendie et que cela ne servait à rien de gaspiller des munitions soit Dieu existait vraiment, et le sans-visage avait été touché par la grâce.

- Après, poursuivait Johnny n'ayant pas conscience du débat interne de Zoro, j'ai vu que Yo était sous les décombres, et j'ai essayé de le réveiller. Mais il réagissait plus, et il faisait de plus en plus chaud. Alors j'ai pensé bouger la poutre, mais elle était trop lourde...

Il s'interrompit brusquement et se pencha en avant, la tête entre les mains.

-Il... Il m'a... Il m'a poussé pour me protéger ! Sanglota-t-il entre ses doigts. C'est de ma faute ! C'est moi qui aurait dû me retrouver sous cette foutue poutre !

De nouveau envahi par le chagrin, il se remit à pleurer, régulièrement secoué par des hoquets de douleur.

-Je..., il... Il me manque... déjà! Gémit-il.

Compatissant, Zoro posa une main sur l'épaule de son nakama, le visage fermé. Il savait que ces deux-là étaient inséparables. Ils étaient bien plus que des amis : ils étaient comme des frères. Le shinigami ne voyait jamais l'un sans l'autre. Ils se suivaient comme des ombres. Cette tragédie risquait de laisser des cicatrices inguérissables. Johnny ne se remettrait jamais vraiment de cette perte... Le sang de démon se mit à bouillir dans les veines de Zoro, et une envie irrépressible de meurtre l'envahi. C'était pire que d'habitude. Il avait tout bonnement envie de rayer cette ville de la carte. D'étriper, égorger, démembrer, trancher, décapiter, transpercer, d'anéantir chaque être vivant qui croiserait sa route. Humain ou démon, cela n'avait plus d'importance. Il fallait qu'il tue. Pour calmer cette ardeur qui l'envahissait, ce poison violent qui prenait peu à peu le contrôle de son corps.

Ces enfoirés... Je vais tous les butter...

Mais à cet instant, les tremblements de Johnny se firent plus violent, voire incontrôlables. Inquiet, le shinigami baissa les yeux vers le blessé. C'est alors qu'il remarqua son visage crispé et ses lèvres bleues, qui laissaient échapper de l'écume. Mortifié, Zoro redressa son nakama et le secoua légèrement.

-Hey ! Jo ! Qu'est-ce qu'il y a ?!

Celui-ci ne répondit pas. Il voulut ouvrir la bouche, mais seul un long râle s'échappa de sa gorge. Ses pupilles étaient dilatées, ses yeux sombres injectés de sang. Zoro posa fébrilement une main sur le front du blessé et sentit aussitôt qu'il avait de la fièvre. De plus en plus tendu, il agrippa le visage de son compagnon et lui tapota les joues.

-Reprends-toi ! Qu'est-ce qu'il se passe ?! Ne me dis pas que...

Réalisant soudain quelque chose, Zoro agrippa la chemise de Johnny et l'entrouvrit brutalement. Ce qu'il vit le glaça d'horreur. Plusieurs tâches noirâtres et larges comme la main parsemaient sa poitrine et son ventre.

- Bordel, s'exclama-t-il, tu t'es fait touché par cette merde ?! Tu t'es fait avoir?!

Mais Johnny n'était plus en état de répondre. C'était à peine s'il arrivait à tenir sa tête droite. C'est à ce moment-là que le guerrier aux cheveux verts réalisa. Voilà pourquoi le sans-visage qui avait fait explosé le toit ne l'avait pas attaqué : il avait dû voir via sa vision infrarouge les marques de contagion. Retenant un juron, Zoro empoigna le blessé et le hissa sur son dos, avant de s'élancer hors de leur cachette. La fanfare n'était pas encore terminée. Il avait encore le temps. Il fallait qu'il trouve un médecin, et vite.

T'en fais pas, Jo, j'te laisserais pas devenir comme cette saloperie. J't'ai promis qu'on allait venger Yo, alors j't'interdis de crever ! J'te l'interdis, tu m'entends !

Parvenu à un embranchement, Zoro prit une rue au hasard, continuant de courir comme s'il avait la mort à ses trousses. Ce qui n'était pas totalement faux. Mais à cette heure avancée de la matinée, les lieux étaient déserts. Les gens travaillaient, ou étaient occupés à acclamer le chef du gouvernement au défilé.

Un médecin, un médecin... Quelqu'un... N'importe qui !

Il déambulait dans les rues sans vraiment savoir où il allait quand soudain il repéra une forme humaine droit devant lui. Elle était en train de balayer sur le sol de ce qui semblait être une terrasse. Les néons qui étaient accrochés au-dessus de la porte du bâtiment clignotaient, mais les mots qui étaient illuminés d'une couleur dorée étaient bien visibles : All Blue.

- Tiens, fit une voix qui lui était étrangement familière, si c'est pas la tête d'algue...

Les yeux du shinigami s'agrandirent lentement au moment où il reconnut la silhouette de l'ange blond.

- Je t'ai tant manqué que ça ? Ricana Sanji en s'appuyant sur son balai, je me savais populaire chez les clients, mais je n'avais encore jamais réussi à attirer un shinigami...

Zoro ne répondit pas tout de suite, se contentant de fixer l'ange avec stupeur. Comment avait-il fait pour le retrouver ? Il n'avait même pas cherché de destination précise. Comment était-ce possible, lui qui n'avait aucun sens de l'orientation. Enfin, disons plutôt qu'il avait d'autres qualités bien plus utiles que celle d'avoir une carte géographique d'imprimée dans le cerveau. De toute manière, peu importait pour le moment de savoir s'il était tombé ici par hasard, ou s'il avait vraiment cherché à retrouver cet emplumé. C'était parfait.

S'accrochant à cette lueur d'espoir, il s'avança brusquement vers lui, comme un naufragé qui s'accrocherait désespérément à un morceau de planche. Il se souvenait du gamin qui voulait devenir médecin. Il devait certainement connaître des types capable de soigner Johnny. Il fallait qu'il en connaisse. Au moins un...

-Ton pote, il pourrait pas me mettre en contact avec un doc' ?! Demanda-t-il sans autre forme de procès.

Son vis-à-vis recula légèrement face à la réaction impulsive du shinigami, et ouvrit la bouche avec stupeur. A ce moment-là, Zoro réalisa qu'il avait sa chemise à moitié déchirée, du sang de Johnny sur sa poitrine à découvert, et sûrement le visage noirci par la fumée qui s'était dégagé de l'incendie. Le shinigami retint son souffle. Le laisserait-il au moins rentrer une nouvelle fois ? N'allait-il pas craindre d'autres ennuis, et les laisser tous les deux à la porte ? Mais les yeux bleus distinguèrent la forme tremblante du blessé, et il referma la bouche. Son visage devint sérieux.

- Entre, s'empressa-t-il de dire.

Reconnaissant envers cet emplumé qui avait l'air de savoir se la fermer et agir quand il le fallait, Zoro lui emboîta le pas. Ils montèrent directement à l'étage, et Sanji ouvrit la seule porte qui se trouvait dans le couloir. Lorsqu'il pénétrèrent à l'intérieur, le shinigami reconnu aussitôt la chambre dans laquelle il avait été caché durant quelques heures. Zoro se demanda brièvement si c'était la pièce où le blond dormait. Mais tout en installant le blessé sur le lit, le guerrier chassa cette question de sa tête. A quoi pensait-il ? C'était pas le moment de se soucier d'âneries de ce genre !

- Je vais appeler mon ami, prévint Sanji tandis qu'il fouillait dans son placard, tiens, ajouta-t-il en lançant plusieurs couvertures au shinigami, couvre-le bien. Il tremble comme une feuille.

Puis l'ange sortit de la pièce sans rien ajouter. Zoro regarda d'un air songeur la porte par laquelle le blond était parti. Et subitement, il eu l'impression que sa tête se fendait en deux. Il se prit la tête entre les mains, la respiration saccadée, se retenant à grand peine de crier tant la douleur était insupportable. Mais les secondes s'écoulaient, et la douleur ne cessait d'augmenter. Poussant un grognement sourd, il posa un genou à terre, et s'accrocha d'une main au rebord du lit. Des images apparurent dans son esprit. Comme dans un vieux film en noir et blanc, des visions sombres et imprécises tressautèrent devant ses yeux en crépitant. Un lit blanc. Plusieurs formes noires et vacillantes, comme si elles étaient éclairées par la flamme d'une bougie. Une silhouette allongée sur la couette. Puis toute la pièce qui se brouille, pour prendre une violente teinte de rouille.

Brusquement, Zoro revint à la réalité dans un hoquet de terreur. C'était comme si son cœur s'était arrêté de battre durant ce laps de temps. Sa tête était en ébullition, comme si on la faisait cuire dans une marmite. Après de longues minutes, la vague de souffrance se stoppa aussi brutalement qu'elle était venue et il se redressa lentement, le souffle court. Il se passa une main sur son visage, comme pour vérifier qu'il était bien éveillé, et se rendit compte qu'il avait les yeux humides. Stupéfait, il regarda ses doigts qui avaient recueilli quelques gouttes d'un étrange liquide qui ressemblait à de l'eau.

C'est quoi, ça ? C'est pas du sang, c'est pas rouge...

Sceptique, il goutta le mystérieux suc transparent du bout de la langue, avant de grimacer. C'était salé.

En tout cas, c'est pas de l'eau...

Alors qu'il regardait ses doigts d'un air intrigué, il remarqua une forme sombre au sol, qui s'avérait être la couverture que lui avait donné Sanji avant son étrange crise. L'état d'urgence de son nakama se rappelant à lui, il décida de laisser tomber cette histoire de truc salé, et ramassa le plaid. Il le déposa avec maladresse sur le corps meurtrit de Johnny, qui était toujours inconscient. Puis il prit une chaise qui était posé dans un coin de la pièce et s'assit au niveau de la tête de lit. Tout en se massant les tempes, il tenta de mettre les choses au point dans son esprit perturbé.

C'était quoi ça, tout à l'heure ? C'est la première fois que ça m'arrive... Pourquoi j'ai eu ces visions ? J'suis en train de devenir fou ?

Troublé par cet étrange délire, le shinigami tentait de se rappeler précisément des images qu'il venait de voir, mais il en fut totalement incapable. C'était comme essayer de se souvenir d'un rêve. Plus il fouillait dans son esprit, moins il se souvenait. Après un moment, il aperçut son nakama remuer légèrement, et décida de lâcher l'affaire pour le moment et de s'occuper plutôt de l'instant présent.

Le blessé, toujours inconscient, paraissait être en plein délire, et marmonnait des choses incompréhensibles. Son visage était tordu de douleur, et avait prit une teinte grisâtre. Il avait l'air d'avoir gagné dix ans de plus. Alarmé, Zoro écarta les couvertures et déboutonna son haut pour inspecter de nouveau sa poitrine. Les stigmates s'étaient étendus.

Serrant les dents à cette vue, le shinigami voulut refermer doucement la chemise du convalescent, lorsque ce dernier lui agrippa brutalement le bras. Zoro sursauta violemment, il sentit Johnny se cramponner avec la force du désespoir à la manche de sa veste. Il ne parvenait pas à se mettre assis, et ses pupilles dilatées à l'extrême semblaient lui lancer un regard suppliant. Il entrouvrit les lèvres, et le shinigami se pencha sur son compagnon pour écouter ce qu'il avait à lui dire. Au début, il n'entendit que sa respiration saccadée, mais progressivement, entre les gémissements du blessé, il réussit à percevoir deux mots. « Tue-moi ».

Zoro se redressa brusquement et sentit une vague de rage l'envahir. Il fixa d'un air terrifiant le mourant, et l'empoigna brutalement par le col de sa chemise. Il le força à se redresser, ignorant ses hoquets de douleur, et approcha son visage du sien.

- J't'interdis de dire ça, tu m'as bien compris ?! Gronda-t-il, j't'interdis d'abandonner le combat ! Tu dois te battre ! Souviens-toi, tu dois venger Yosaku !

A l'évocation de ce nom, les yeux de Johnny eurent un éclat de tristesse, et sa bouche se tordit en une grimace douloureuse. Il voulu répondre quelque chose, mais seul un râle lent ponctué de légers toussotements s'échappa de ses lèvres. Accablé d'épuisement, les yeux du blessé se révulsèrent, et il se laissa retomber lentement en arrière. Inquiet, Zoro se pencha immédiatement sur lui, mais fut soulagé de voir qu'il respirait toujours. De manière irrégulière, certes, mais au moins il était encore vivant... Pour l'instant.

La mâchoire crispée, le shinigami réajusta les couvertures sur l'être à l'agonie. Tandis qu'il se laissait aller contre le dossier de la chaise, un profond sentiment d'impuissance s'installa en lui. Il n'avait pas pu sauver Yosaku, et Johnny était en train de crever sous ses yeux...

Le démon regarda avec colère son camarade qui tremblait de tout son corps, se jurant de faire payer à ceux qui avaient causé cette catastrophe. Il allait retrouver les Trombarks qui avaient détruits leur planque, et quand il en aurai finit avec eux, il s'occuperait des sans-visages.

Un bruit derrière lui stoppa le cours de ses pensées, et il se retourna brusquement, la main sur ses sabres, prêt à en découdre avec n'importe quel ennemi qui oserait apparaître dans son champ de vision. Mais il se retint à temps lorsqu'il reconnu la silhouette élancée de l'ange blond. Ce dernier s'arrêta sur le pas de la porte et le dévisagea avec méfiance, comme s'il avait ressentit la menace provenant du shinigami. Voyant que le guerrier n'esquissait aucun geste, le blond se détendit légèrement et s'avança doucement en direction du fond de la pièce pour prendre une seconde chaise et se placer aux côtés de Zoro. Ce dernier ne bougea pas d'un pouce, se contentant de scruter du coin de l'œil les moindres mouvements de l'ange. Non pas pour le surveiller, mais pour une raison plus profonde encore. Cet emplumé l'intriguait.

Pendant que Sanji s'approchait du lit, Zoro remarqua qu'il avait une façon très particulière de se déplacer. Il ne marchait pas, contrairement à ce qu'il avait cru au premier abord. Ses pieds effleuraient à peine le sol, c'était tout juste s'il ne flottait pas. Toute la magie de ses déplacements résidaient dans ses ailes immaculées. Elles battaient légèrement, tout juste assez pour lui permettre de défier les lois de l'apesanteur. Comme s'il se déplaçait sur la Lune. Zoro en était fasciné.

Bizarre... Pourquoi il ne vole pas, tout simplement ?

- Comment va-t-il ?

La voix de Sanji le fit redescendre brutalement sur Terre, et il se maudit intérieurement pour s'être laissé aller à de telles rêveries. Prenant un air renfrogné, il continua de fixer le blessé pour éviter de trop regarder cet être qui commençait à l'obséder.

- Si ton pote arrive pas très bientôt, marmonna-t-il d'un ton neutre, il sera venu pour rien...

Hochant la tête avec gravité, Sanji regarda sans rien dire le blessé remuer légèrement dans son sommeil comateux. Ils restèrent ainsi silencieux de longues minutes, chacun plongé dans ses pensées. Soudain, Johnny eut un violent soubresaut et son bras droit sortit des couvertures pour pendre dans le vide. Voyant cela, le blond s'apprêtait à lui prendre le bras pour le remettre en place, mais Zoro lui attrapa brusquement le poignet pour l'arrêter. Arquant un sourcil, l'ange lui jeta un regard courroucé.

- Relax, je vais pas l'attaquer.

Secouant la tête, le shinigami prit un des coins supérieurs de la couverture et dévoila le corps du blessé. Comme il le pensait, son état s'était considérablement aggravé : non seulement les stigmates s'étaient étendues sur tout le corps, devenant visibles jusque dans la nuque du blessé, mais ils devenaient aussi purulents. Captant le regard horrifié de l'ange, Zoro recouvrit le corps meurtrit de son nakama et se servit d'un pan du drap comme protection pour remettre le bras en place.

- Il a été contaminé par un démon de rang intermédiaire, cru bon d'expliquer Zoro, et il en est déjà à la phase de pourrissement de l'organisme. Lorsque la malédiction aura atteint sa phase terminale, il mourra, avant de se transformer en démon à son tour.

Le regard de l'ange s'agrandit de stupéfaction, et il reporta ses yeux clairs sur le visage du mourant.

- C'est donc ça la maladie de la « démonification »... Finit-il par dire après quelques secondes de mutisme.

En entendant ce terme, Zoro lui lança un coup d'œil intrigué. Il n'était pas monnaie courante pour les gens normaux d'être informés de ce genre de choses. La plupart des humains ne savaient rien des démons. Ou du moins, ils ne voulaient pas voir ce qui se baladait juste sous leurs yeux. Mais, après tout, Sanji n'était pas humain.

-Tu en as déjà vu ? Demanda-t-il avec un intérêt non feint.

-Non... répondit l'autre sans le regarder, j'en ai simplement entendu parler, quand j'étais encore...

Mais il ne finit pas sa phrase, comme s'il en avait trop dit, et un long silence gêné s'en suivit. Surpris par le comportement de l'ange, le shinigami jeta quelques coups d'œil discrets dans sa direction. Le visage du blond était devenu sombre, et ses mains s'étaient serrées en poings tremblants sur ses cuisses. Étonné, Zoro attendit que Sanji rajoute autre chose, mais ce dernier demeurait muet. Tandis qu'il épiait son voisin, le shinigami commençait à se demander ce qui pouvait bien se passer dans cette tête d'emplumé. Et aussi pourquoi il se sentait autant concerné lorsqu'il s'agissait de cette créature... Pourtant, il détestait les anges.

Tous les anges étaient des êtres faibles et inutiles, dont le seul atout résidait dans leur beauté qui leur conférait de nombreux privilèges. Ils ne volaient même pas, il en avait la preuve sous les yeux. D'ailleurs, Zoro n'avait jamais vu un seul ange dans le ciel, et pourtant il savait qu'ils étaient nombreux en ville, installés confortablement dans les quartiers des politiciens. Il avait même entendu parlé de certains anges qui étaient devenus les compagnons (ou plutôt leur jouets sexuels) de certains humains très hauts placés. Il trouvait ça déplorable. Il haïssait les anges pour leur faiblesse, leur comportement frivole, et leur vanité.

Cependant, malgré tout le dégoût qu'il éprouvait pour ces fausses créatures du ciel, il n'arrivait pas à haïr Sanji. Parce qu'il n'était pas comme les autres...

- Comment est-ce arrivé ?

La question de l'ange, qui avait soudainement changé de sujet pour rompre ce silence inconfortable, arracha une grimace au shinigami. Il n'avait pas envie de répondre...

C'est arrivé comme ça, sans prévenir. On pensait être invincibles, on se croyait capable de vaincre n'importe quel ennemi. On avait une bonne planque située dans les quartiers reculés, ignorés des autorités. Et pourtant, ils nous ont littéralement balayés. C'est à se demander si Joh' et moi ne sommes pas les derniers survivants...

La fureur le gagna peu à peu, accentuée par la culpabilité qui le rongeait depuis quelques heures. Son sang de démon lui donnait l'impression d'être de la lave en fusion dans ses veines, et sa respiration se fit plus forte, comme s'il cherchait à évacuer ce trop plein d'énergie qui l'envahissait. Un puissant désir de vengeance commença à naître en lui. Sentant le regard inquiet de l'ange sur lui, il se concentra pour garder le contrôle. Inspirant lentement par le nez pour calmer les battements de son cœur empli de ténèbres, il finit par lui répondre, sans quitter le blessé des yeux.

- Les sans-visage. Ils ont envoyé ces saloperies sur notre planque.

Il y eut un temps de silence, avant que Sanji ne demande avec hésitation :

- Tu veux dire que la FNAR est capable de... contrôler les démons ?!

Son ton était dubitatif. Le guerrier aux cheveux verts poussa un soupir agacé. Pourquoi avait-il fallut qu'il dise ça ? Il était clair que l'ange ne le croirait pas. Il avait déjà tant de mal à se convaincre lui-même de la chose, alors un parfait inconnu serait incapable de comprendre. Les membres de la FNAR étaient considérés comme étant l'autorité suprême, après le Grand Pacificateur. Personne ne cherchait à les contredire, puisque de toute manière ils avaient tout le temps raison. Ils représentaient la sécurité et la justice. C'était du moins ce qu'ils se plaisaient à clamer...

-Laisse tomber... Finit-il par grommeler, oublie ce que j'viens de dire. Tu peux pas comprendre. Personne peut comprendre.

Il se redressa de sa chaise et se dirigea vers la porte de la chambre. Il fallait qu'il sorte, cette conversation commençait à l'agacer. Qu'avait-il espéré ? Cet emplumé n'était pas différent des autres tout compte fait. Il était aveugle , crédule, sans volonté ni pensée propre. Un foutu mouton, comme tous ceux qui peuplaient cette ville pourrie.

Il n'avait eu le temps de faire que quelques pas lorsque l'ange lui attrapa le bras pour l'arrêter. Perplexe, le shinigami se retourna et se retrouva plongé dans deux saphirs scintillantes.

- Attends. Lui intimèrent les yeux bleus avec acidité, tu insinues quoi là ? Que je suis trop étroit d'esprit pour te croire ?!

Zoro ne répondit pas, absorbé par le regard de l'ange. Les pupilles bleutés reflétaient sa propre image, comme s'il se retrouvait face à un miroir d'eau claire.

- Je ne suis pas « personne », continuait l'ange qui prenait ce silence pour de l'indifférence, je ne suis pas « tout le monde » non plus. Je suis moi, et je t'interdis de me comparer à ces foutus humains-zombies qui moisissent dans cette ville merdique !

Ses yeux semblaient maintenant abriter un orage menaçant, comme s'ils risquaient à tout moment de foudroyer leur interlocuteur. Face à cette puissante volonté de faire ses preuves, Zoro sentit ses tripes brûler de l'intérieur. Il avait vexé l'emplumé aux cheveux d'or, et ce dernier semblait prêt à tout pour prouver sa valeur et gagner ainsi son respect. Le guerrier se sentit frémir inconsciemment. Son esprit combatif faisait écho à celui du blond, et son sang de démon réclamait déjà sa dose de violence. Face au visage sérieux et avide de sensations fortes de Sanji, Zoro ne put empêcher un sourire narquois de naître sur ses lèvres.

- Serait-ce une menace ? Taquina le démon.

Il voulait savoir s'il allait répondre à la provocation. Il avait terriblement envie d'affronter de nouveau cette créature aux ailes inutilisées. Il voulait tellement voir ce qu'il avait dans le ventre. Histoire d'échapper provisoirement à la dure réalité..

- J'te prends quand tu veux, foutue algue verte.

L'ange lui lança un regard assassin et resserra plus fortement son emprise sur le bras du shinigami pour appuyer sa réponse. Le sourire de shinigami s'agrandit en un rictus de dément. Il passa une langue avide sur ses lèvres. La guerre était lancée.

Les deux hommes s'écartèrent d'un même mouvement, comme si chacun cherchait à prendre de l'élan. Zoro sortit deux sabres, tandis que Sanji allumait une cigarette et la portait à ses lèvres. L'aura menaçante du démonet celle éclatante de l'ange se développèrent autour d'eux et se défièrent à distance, s'envoyant par vagues, de légères ondes provocatrices. Comme si elles entamaient un flirt. Le shinigami sentit ses cellules s'affoler en lui, comme si elles brûlaient de répondre à l'appel de l'adversaire. Il sentait qu'il avait de plus en plus de mal à se contrôler : son souffle s'accéléra, et son sang démoniaque se mit à circuler dans ses veines à un rythme affolant. C'était comme si son corps tout entier était excité par la présence de l'ange. Il crevait d'envie de se battre contre lui.

Son esprit était totalement focalisé sur l'être qui lui faisait face, et ses sens de démon lui envoyèrent une tonne d'informations sur son adversaire. Ses yeux lui montraient une musculature légère, à peine visible sous ses vêtements, prouvant qu'il n'était pas en manque d'exercice. Le démon parvenait même à voir la légère tension de ses membres, démontrant que malgré son apparence sereine, l'ange ne se laisserait certainement pas surprendre. Zoro voyait les iris de l'ange scintiller à la faible lueur de l'extrémité rougeâtre de la cigarette, et ces yeux perçants semblaient analyser chacun de ses mouvements, tout comme le guerrier le faisait en cet instant. L'hématome était toujours visible sous ses mèches de cheveux, mais la vision accrue du démon lui montrait qu'il avait déjà entamé sa phase de guérison. Pourtant, le blond avait reçu ce coup dans la matinée, et la journée était maintenant bien avancée.

Les anges possèdent ainsi une capacité de régénération ? C'est plutôt bon à savoir ça. Pas besoin de retenir mes coups alors...

Focalisant son regard sur les jambes interminables du blond, Zoro sentit l'excitation grandir en lui lorsqu'il perçut la puissance qui était contenue à l'intérieur de ces membres, visiblement frêles au premier abord. Inspectant en détail toute la physionomie de l'ange, le démon en déduisit que tout son art du combat reposait dans ses jambes... Et dans ces foutues ailes.

Mais comme les yeux ne permettaient pas de tout voir, le démon ferma les paupières et se concentra sur ses autres sens. Après quelques secondes de concentration, il finit par entendre le cœur du blond battre à un rythme lent, et écouta son sang circuler doucement dans ses vaisseaux tandis que la créature ailée soufflait une nouvelle bouffée de nicotine. Il devina que la cigarette avait un effet apaisant sur le consommateur, lui permettant d'éclaircir son esprit et de contrôler ses émotions. Zoro eut un sourire mauvais.

Tricheur...

Élargissant son champ d'inspection, il passa à l'odorat, et inspira profondément. L'odeur de la fumée agressa immédiatement ses narines, et il fronça les sourcils. C'était très désagréable : ça piquait, étourdissait l'esprit, engourdissait brièvement les sens. Il avait l'impression de nager au beau milieu d'un brouillard asphyxiant, et dû se retenir de tousser. Après quelques secondes de lutte, le démon finit par s'habituer à l'odeur entêtante du « bâtonnet de lente agonie », et réussit à percevoir d'autres odeurs. L'ange transpirait légèrement, preuve d'une certaine forme de nervosité, ou conséquence de la consommation d'une trop forte dose de nicotine. Cette odeur, bien que faiblement âcre, était bien moins désagréable que celle de cette affreuse cigarette. Zoro prit le temps de s'imprégner totalement de l'odeur corporelle de l'ange, qui comprenait à la fois l'acidité et le piquant de la fumée, mais aussi d'une multitude d'autres sensations étonnantes. De l'épicé, du sucré, du salé. Des senteurs fortes comme celles des herbes d'aromates, de l'huile d'olive et de grillades. Des plus acides comme celle des agrumes. Des un peu plus douces comme celle du chocolat...

Comment il fait pour avoir autant d'odeurs différentes sur lui ?

De plus en plus intrigué, le bretteur poussa plus loin son investigation et inspira une nouvelle bouffée d'air. De nouvelles senteurs affluèrent dans ses narines, et il prit soin de démêler. Il reconnu de nombreux légumes : tomates, pommes de terre, poireaux, carottes, navets, choux. Il y avait aussi une odeur très forte de viande, et de riz. Le démon était incrédule : l'ange blond était un plat à lui tout seul. Si Zoro n'était pas ce qu'il était, il en aurait littéralement salivé. Après tout étant un démon, et il ne connaissait plus le plaisir de se restaurer de mets délicats...

Mais malgré son désintérêt total pour la nourriture humaine, il ne pouvait nier le fait que ce fichu canari aux longues jambes sentait bougrement bon. Enivré par ce fumet des plus appétissant, le démon ne pu empêcher un soupir de délice de s'échapper de ses lèvres.

J'en veux encore plus.

C'était comme une drogue. Il en voulait encore, toujours, jusqu'à l'overdose. Prenant une nouvelle inspiration, le shinigami camé reçu une troisième bouffée d'informations olfactives. Des odeurs plus anciennes lui parvinrent : pot-au-feu, ragoût, gâteau au chocolat. Puis, quelque chose de bien plus agressif atteint ses narines. Quelque chose qu'il ne connaissait que trop bien. L'odeur du sang.

Rouvrant brusquement les yeux, il regarda avec surprise son adversaire, qui n'avait toujours pas bougé. Il se contentait seulement de le fixer d'un air moqueur, ce qui agaça immédiatement le guerrier. Il n'aimait pas qu'on se foute de sa gueule. Pourtant, l'odeur ferreuse était toujours présente dans son système olfactif, et ne cessait de l'intriguer. Était-ce le sang de l'ange, ou de celui de quelqu'un d'autre ? En tout cas, une chose était sûre, ce n'était pas celle d'un démon. L'hémoglobine des démons était l'odeur la plus atroce qu'avait pu sentir Zoro. Ces effluves de pourriture, mélangée à cette odeur de bile, et qui semblaient avoir stagné dans les eaux puantes d'un marais. C'était tout bonnement insupportable...

- Tu comptes me faire poireauter pendant combien de temps encore ?

La voix de l'ange le ramena violemment à la réalité, et il cligna des yeux, comme s'il sortait tout juste d'un rêve. Il nota que l'ange s'était appuyé avec nonchalance contre le pied de lit, et qu'il lorgnait son paquet de cigarettes avec tracas.

- Si j'avais su que mon adversaire était un demeuré et qu'il lui fallait une heure pour commencer un combat, j'aurais pris un paquet neuf...

Poussant un soupir exagérément bruyant, il sortit une nouvelle cigarette et se l'alluma d'un air ennuyé. Tandis qu'il expirait une bouffée de fumée, il lui lança un regard appuyé, comme pour dire : « Bon, tu m'emmerdes, là. On y va ou on y va pas ?! »

Mais quel espèce de...

Impossible. C'était impossible qu'il arrive à prendre cet abruti au sérieux. Même pour une curieuse odeur de sang. Qu'il les garde pour lui, ses mystères. Après tout, il s'en foutait. Ça n'était qu'un ange. Et puis, de toute manière, l'odeur était ancienne. Poussant un grognement menaçant, il avança d'un pas, et plaça ses sabres devant lui.

- J'vais te crever, foutu pissenlit.

En voyant le visage mi-étonné, mi-moqueur de l'ange, le shinigami jura intérieurement. Voilà qu'il commençait à sortir des surnoms à la con, comme l'emplumé. Ce type était vraiment, vraiment très agaçant.

Le concerné finit par ricaner, et il tapa le sol du bout de ses pieds, comme un tennisman se préparerait à lancer un service spectaculaire. Les mains dans les poches, la clope entre les lèvres, et les ailes frémissantes, il lui lança un sourire narquois.

- Amène-toi, fit-il sur un ton de défi, tronche de gazon...

Un sourire terrible se dessina sur les lèvres du guerrier tout de noir vêtu, et il sentit ses sabres vibrer entre ses doigts. Cette fois-ci, il allait voir de quoi était capable cet imbécile à plumes d'oie...

Soudain, alors que les deux êtres consumés par le désir de combat s'apprêtaient à se jeter l'un sur l'autre, la porte s'ouvrit brutalement, et un jeune garçon en blouse blanche apparu sur le seuil. Le shinigami reconnu aussitôt l'un des mugiwaras qu'il avait vu quelques heures auparavant. Il était échevelé, et sa respiration était rapide, comme s'il venait de courir un marathon.

- Sanji ! S'exclama-t-il en s'avançant dans la pièce, désolé pour le retard ! Où est le blessé ? A-t-il-

Il s'interrompit lorsqu'il remarqua la position dans laquelle se tenait les deux hommes : ils avaient l'air de deux chiens sauvages prêts à s'entre-dévorer. Il y eut un instant de flottement, avant que l'ange ne se décide à bouger en premier.

- Calme-toi, Chopper, dit-il en s'avançant vers lui et en lui tapotant l'épaule, ça ne sert à rien de paniquer avant même d'avoir vu le patient...

En entendant cela, le sang de Zoro ne fit qu'un tour. Avait-il bien compris ?! Ce môme était le médecin qui allait s'occuper de Johnny ?! C'était une blague ?! Apercevant le jeune garçon s'approcher du lit, le shinigami se mit aussitôt en travers de sa route, le regard assassin et ses sabres dressés devant lui.

- Ne t'approche pas de lui. Gronda-t-il d'un ton menaçant.

Poussant un hoquet de surprise, Chopper s'immobilisa aussitôt. Ses yeux noisettes entrèrent croisèrent ceux d'ébènes flamboyantes du démon, et il recula d'un pas, désemparé. Témoin de la scène, Sanji se mit aussitôt devant le petit humain dans un élan protecteur, les bras levés pour faire barrage, et défia le regard de braise de son adversaire.

- Oi, gueule d'épinards hachés, prononça-t-il d'un air inquiétant, je t'interdis de le toucher.

Légèrement pris de cours par la réaction de l'ange, le guerrier ne broncha pas, se contentant de raffermir sensiblement sa prise sur ses sabres.

Ce petit semble beaucoup compter pour lui...

Mais cette marque d'affection ne changea rien au comportement de Zoro. Il ne pouvait pas laisser un gosse faire joujou avec son nakama blessé.

- Je ne lui ferais rien tant qu'il ne tentera pas de passer au delà de mes sabres...

Les deux ennemis se fixèrent avec animosité, tandis que le petit Chopper tentait de calmer son ami.

- S... Sanji... Essaya-t-il d'une voix tremblante

-Espèce d'abruti. Siffla le concerné à l'adresse du démon, ignorant totalement la supplique du gamin, il essaie de t'aider ! Il s'est déplacé exprès pour toi !

L'autre poussa un ricanement méprisant en jetant un regard dédaigneux sur ledit « médecin ».

- Quoi, tu veux dire que ce doc' en couches-culottes est venu exprès pour tenter de sauver un shinigami à l'agonie ? Ne me fais pas rire...

Les saphirs devinrent glaciales, et le blond s'avança d'un pas pour se placer à quelques centimètres du visage de Zoro.

- Ne le sous-estime pas, marmonna-t-il avec froideur, bretteur sans cervelle. Ce petit est bien plus doué qu'il n'en a l'air. Il vient d'entrer dans l'école de médecine la plus prestigieuse de toute la contrée...

- JOHNNY N'EST PAS UN PUTAIN DE COBAYE !

Zoro savait qu'il perdait le contrôle. Il pouvait sentir le souffle chaud de l'ange sur son visage tandis que ses cellules démoniaques stimulaient de nouveau son corps. Un désir de violence brûlait dans ses veines, tandis que la haine engloutissait toute autre forme d'émotions. Il sentait l'envie de détruire tout ce qui se trouvait devant lui, et en particulier ce blondinet horripilant. Il avait envie de le réduire en miettes, de lui casser sa gueule d'ange, de le forcer à le supplier pour qu'il l'achève. Pas parce qu'il était un démon, ni parce que c'était un ange. Mais parce que ce blond, en qui il avait placé toute sa confiance, l'avait trahi. Cet emplumé s'était tout simplement payé sa tête. Au lieu d'un doc', il lui avait envoyé un gamin qui sortait tout juste des bancs de l'école primaire...

Un rictus démoniaque se dessina sur les lèvres du shinigami, tandis qu'il voyait les muscles de l'ange se tendre encore plus. Tout son être semblait hurler en boucle « Ba-ston, ba-ston, ba-ston ! ». Mais au même instant, alors que le démon allait enfin assouvir sa soif de combat, un hurlement terrifiant retentit dans la pièce. D'un même mouvement, les trois personnes se tournèrent vers le lit dans lequel était allongé Johnny.

Ce dernier gigotait dans tous les sens, la bouche écumante, les yeux exorbités. Ne s'arrêtant pas de pousser des cris d'agonie comme si on était en train de l'égorger, le blessé se lacérait la poitrine avec les ongles, et du sang noir s'en écoulait abondamment. Zoro regarda avec impuissance son camarade souffrir le martyre. Ses yeux horrifiés allèrent des mains du shinigami aux lunettes, dont les ongles commençaient à s'allonger en griffes, à son visage déformé par la douleur qui se ridait à cause du poison qui circulait dans ses veines. C'était terminé pour lui, et le bretteur le savait pertinemment. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire...

Se dirigeant lentement vers le lit, il rangea un sabre, et brandit le Shusui droit devant lui, sa lame sombre dirigée sur la poitrine de Johnny. Mais avant qu'il n'eut le temps d'esquisser un autre geste, le jeune garçon se jeta en avant et se plaça entre l'arme et sa future victime.

- Ne fais pas ça ! S'écria-t-il, désespéré.

Face à ce gamin qui l'empêchait d'en finir, Zoro sentit toute sa rage se développer autour de lui pour former une aura terrifiante. Une force irrésistible l'intimait de frapper de sa lame noire ce gêneur.

- Dégage de là. Gronda le shinigami d'une voix qui n'acceptait aucune objection. C'est terminé.

Mais le gosse secoua négativement la tête, les yeux luisant de peur.

- Je peux le sauver ! Je peux repousser la malédiction ! S'écria-t-il d'une voix rendue aiguë par l'angoisse.

- PLUS PERSONNE NE PEUT L'AIDER ! ET SI JE NE FAIS RIEN, SON ÂME SERA PERDUE !

Tandis qu'il hurlait ces paroles, il voulu frapper le petit docteur en herbe à l'aide de son sabre, mais deux bras derrière lui le retinrent. Le visage fermé, le shinigami tourna lentement la tête pour foudroyer l'ange de son regard le plus meurtrier. Ce dernier semblait utiliser toutes ses forces pour le maintenir immobile.

- Calme-toi, bordel ! S'exclama-t-il d'une voix sèche, et fais confiance au gamin !

Zoro allait répliquer, lorsqu'un nouveau cri sortit de la gorge du mourant. La plainte dura quelques secondes, d'un timbre différent du précédent. C'était comme si le son venait d'un lieu proche et lointain à la fois, comme s'il s'était trouvé à l'intérieur d'une caverne. Un son à glacer le sang. Celui d'une chose qui n'était ni humaine, ni shinigami. En l'entendant ainsi crier, Zoro sût que ça n'était plus qu'une question de minutes. Mû par une force fulgurante, il réussi à se dégager de l'étreinte de l'ange, et effectua une torsion du poignet pour retourner son sabre afin d'embrocher son ennemi. Mais la lame ne rencontra que du vide, et il comprit sans même avoir à se retourner que l'adversaire avait fait un bond en arrière pour éviter le coup mortel. Lorsqu'il reporta son attention sur le môme, il remarqua qu'il avait une seringue à la main. Avant même qu'il n'ait le temps de réagir, Zoro vit l'enfant planter son arme dans la poitrine de Johnny. Ce dernier s'arrêta immédiatement de crier, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés. C'était comme s'il avait été changé en pierre. Puis, subitement, son corps cabré en une position peu naturelle se relâcha d'un seul coup, et il demeura inerte sur le matelas. Son visage lui-même avait prit une expression neutre, les yeux ouverts mais dénués de vie. On aurait dit qu'il avait rendu l'âme.

- Qu'est-ce que... Commença Zoro, mortifié

- Ne t'inquiète pas, l'interrompit le jeune garçon, je lui ai juste injecté une substance spéciale permettant de ralentir la progression du venin.

Abasourdit, le shinigami s'apprêtait à faire regretter le geste du docteur, lorsqu'il remarqua un détail sur la physionomie du blessé : son corps avait cessé de se métamorphoser. C'était comme si le processus avait été bloqué net. De son côté, le petit docteur ne perdit pas de temps. Retirant avec application la seringue, il l'enroula dans une compresse et la déposa avec précaution dans son sac à dos. Puis il sortit de nombreux accessoires, dont un stéthoscope. Il se le mit immédiatement aux oreilles et ausculta d'un air concentré le shinigami inanimé. Il y eut quelques secondes de silence, avant qu'un sourire soulagé vienne éclairer son visage. Il se tourna vers Zoro, qui n'avait toujours pas bougé, et lui fit d'un air professionnel :

- Son état s'est stabilisé, mais ça ne durera pas longtemps. Étant donné qu'il a été empoisonné par un démon, il faut purifier son corps le plus rapidement possible, avant qu'il ne soit trop tard.

Zoro regarda intensément le petit humain qui lui faisait face, et vit la détermination dans ses yeux. Surpris par l'attitude de Chopper, qui était passé du stade « chétif » au stade « presque courageux », le shinigami se sentit hésiter. Devait-il faire confiance à un gamin ? Non, la question était stupide. Il devait avoir à peine 16 ans... Ce n'était qu'un môme.

- Qu'est-ce qu'il se passera si jamais on ne parvenait pas à le purifier ? Fit une voix proche du guerrier.

Le bretteur sursauta de manière imperceptible en sentant trop tard la présence de l'ange à ses cotés. Cette discrétion était vraiment un don agaçant...

- Si on venait à échouer, répondit le petit docteur d'un ton grave, il se changerait en un démon sauvage et totalement incontrôlable...

Zoro lorgna le gamin d'un œil abasourdit. Comment savait-il ça ? Comment un sale mioche haut comme trois pommes était-il au courant de cette malédiction qui frappait tous ceux qui étaient vampirisés par les démons de rangs intermédiaires ?! Pris de curiosité par l'étrange savoir du jeune garçon, le shinigami se laissa aller à celle-ci.

- Que proposes-tu ? Demanda-t-il d'une voix sombre.

Le gamin frissonna légèrement en croisant de nouveau le regard du shinigami, frisson que celui-ci interpréta comme de la peur. Forcément, son apparence ténébreuse avait de quoi en faire frémir plus d'un. Surtout quand il était en colère.

- Eh bien... Commença le garçon en baissant les yeux sous prétexte de ranger son stéthoscope dans son sac, il semblerait que lorsque un démon entre en contact avec sa proie, il lui injecte une sorte de venin à l'intérieur de son organisme, infectant les cellules de son corps. Cependant, pour que le processus s'applique intégralement, le venin a besoin de se déplacer. Et pour cela, il utilise les circuits sanguins. Il nous faut donc remplacer son sang contaminé grâce à une dialyse.

Le petit docteur redressa la tête vers le shinigami, qui ne disait plus rien, et poursuivit, l'air embêté :

- Le seul problème, c'est qu'il faut appartenir au même groupe sanguin que lui. Est-ce que tu connais le sien ? Je suis sûr que si j'appelle à la clinique et que je leur explique le problème, ils nous autoriseront à utiliser leur banque du sang...

Zoro n'ouvrit pas la bouche, et continua de fixer intensément le gamin. Sa nature l'interdisait de faire confiance aux humains. Cependant, quelque chose dans le regard du jeune Chopper lui donnait envie de lui donner sa chance. Cet air déterminé et à la fois angoissé, cette volonté d'aider un blessé qu'il ne connaissait même pas et qui n'était même pas de la même race. Le shinigami aimait ce mode de pensée.

Il s'avança lentement vers le jeune garçon, qui semblait faire appel à tout son courage pour ne pas reculer, et s'arrêta à quelques pas de lui. Retroussant sa manche droite, il lui tendit son avant-bras nu.

- Nous avons tous les deux le même sang, dit-il d'un ton neutre, fais le transfert.


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