Chapitre 1 :
J'essayais de ne pas rire. C'était une question de vie ou de mort. Surtout, ne pas rire… Ce fut bien sûr peine perdu. Mais comment résister à la scène qui se déroulait devant mes yeux ? Hermione avait été d'une humeur exécrable toute la journée, parce qu'apparemment un des livres qu'elle voulait emprunter à la bibliothèque avait disparu. Et bien sûr, étant donné qu'elle s'était contenu toute la journée, - d'après elle, du moins- lorsque Ron a osé lui faire remarquer qu'elle ne devait pas en faire tout un fromage, elle a craqué. J'ai toujours su que Ron avait des tendances suicidaires ou maso, au choix. Ou alors il était juste inconscient.
Bref, voila maintenant un quart d'heure qu'Hermione jouait de ses cordes vocales pour faire comprendre à son –je n'espère pas- ex-futur petit-ami que bien sûr que si, c'était important, que oui, il fallait s'enrichir de tout le savoir qu'on nous avait mis à disposition, que certaines personne dans le monde ne savaient même pas lire, et qu'on devrait profiter de la chance que l'on avait.
J'adore Hermione, sincèrement, mais il lui arrivait parfois de se laisser un peu emporter.
Cependant, j'ai eu le malheur d'attirer son attention, et je n'étais pas prêt de m'en défaire…
Si les regards pouvaient tuer, je n'aurais plus été Celui-qui-a-survécu depuis bien longtemps. Depuis Hermione, en fait.
Et c'est reparti. Je pris une mine déconfite, et ne fis qu'acquiescer alors que je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu'elle me disait.
Les yeux baissés, je ne vis que trop tard la silhouette que je percutais au détour d'un couloir. Un bruit de verre brisé se fit alors entendre, lorsque la personne en face de moi tomba, moi sur elle.
« -Mes lunettes ! pensais-je aussitôt »
J'allais m'excuser auprès de cette personne et essayer de récupérer ce qu'il restait probablement de mes lunettes, mais cette dernière me devança.
« - Tu ne peux pas faire attent- Potter ? »
Je reconnaitrais cette voix entre mille. Une voix légèrement grave et traînante, avec des intonations à vous donner des frissons dans le dos.
Elle m'avait accompagné, pour ne jamais m'abandonner durant toutes ces années à Poudlard, où je m'étais senti plus entouré, mais aussi plus seul que jamais. Cette voix m'avait blessé, lancé des piques, insulté. Mais elle m'avait aussi fait sentir plus vivant, plus fort que jamais. C'est grâce à elle que j'ai pu garder le semblant de raison qu'il me restait, alors que tout le monde ne se rendait pas compte de toutes les responsabilités, du poids qu'ils m'avaient mis sur les épaules.
Alors que je ne demandais qu'une chose : vivre en paix, comme un adolescent normal. Alors oui, j'aimais cette voix plus que tout, car elle me donnait l'impression de vivre pour autre chose que ce à quoi tout le monde s'attends. Elle me procure un sentiment vivace, que personne d'autre ne pourrait me donner. Une voix rien qu'à moi. La voix de Malfoy.
Je ne pus réprimer un léger rictus en le sentant se braquer. « Sentir » est bien le mot, étant donné que je ne voyais strictement rien, si ce n'étais une forme floue allongée sous moi. Hum…
Je me redressais instantanément, manquant de me briser les cervicales tant le geste avait été brusque.
« -Malfoy…, dis-je d'un ton que j'essayais de faire passer pour menaçant, alors que je jubilais intérieurement. Que me vaux le déplaisir de te voir ici ?
-« Voir » Potter ? Tu te fiches de moi ? Sans tes loupes que tu oses appeler lunettes, je sais très bien que tu ne voies absolument rien, répondit-il sardonique. »
-A la bonne heure, alors ! Cela m'évitera au moins d'avoir à régurgiter mon déjeuner en voyant ta sale face de fouine… »
Bonne répartie. Cependant, je n'avais pas penser aux conséquences de la chose, si ce n'est à mettre Malefoy en colère. Car si j'avais réussi à l'énerver, je ne vis pas son poing se diriger droit vers mon visage. Ce n'est que lorsqu'Hermione lui cria d'arrêter que ma vision se fit un peu plus net. Je fermais les yeux et attendis l'impact, près à le lui rendre au centuple. Mais rien ne vint. Je rouvris les yeux, frustré qu'il ne m'ait pas collé une bonne droite, pour que je puisse lui répondre.
Le silence s'était fait autour de moi, et tout le monde avait les yeux rivés sur mon vis-à-vis. Son poing n'était qu'à quelques centimètres de mon visage, mais il n'était apparemment pas décidé à le faire avancer plus que ça. Cherchant à savoir ce qu'il lui arrivait – car Malfoy ne profitant pas d'une occasion pour me mettre une raclée n'était pas Malfoy- je tâtonnais à l'aveugle pour chercher les restes de mes lunettes. Une fois que je sentis le métal froid et les bris de verre sous mes doigts, je les mis immédiatement le nez. Il manquait un carreau, et la monture était complètement tordue, mais je parvenais quand même à distinguer son visage. Un visage qui reflétait la colère, mais aussi une incompréhension…. incompréhensible. Pourquoi le coup ne venait-il pas ?
Pendant à peu près une minute, il resta donc ainsi, immobile, le poing toujours en l'air, comme s'il voulait vraiment me frapper mais qu'une chose invisible l'en empêchait.
Il laissa finalement sa main retomber, et récupéra un masque d'impassibilité.
« -Pfff. Te frapper alors que tu ne peux même pas riposter ne servirait strictement à rien, le balafré. Je n'en ai pas l'air, mais je combats toujours à la loyal. »
Il épousseta sa robe avant de reprendre.
« -N'espère pas que je fasse preuve d'un laxisme similaire la prochaine fois que l'on se recroisera. Je ne me retiendrais pas, je te le garantis… »
Un frisson me parcouru à ces mots, puis je l'entendis faire demi-tour, et s'en aller.
Hermione se précipita alors vers moi.
« -Harry ça va ? Tu n'as rien ?
-Je vais bien, 'Mione, merci. »
Je me relevais rapidement, et époussetai ma robe.
Hermione me jeta un regard interrogatif, mais je haussais simplement les épaules. Je n'avais aucune idée de ce qui était passé dans la tête du blond.
En temps normal, jamais Malfoy n'aurait laissé passer une occasion de se défouler sur moi. Or, non seulement ce n'est pas ce qu'il avait voulu faire au départ puisqu'il s'était apprêté à me frapper, mais il avait lui-même paru surpris de s'être arrêté. Et puis Malfoy, combattre à la loyal ? Aussi crédible que Voldemort en tutu rose en train de donner des cours à des enfants défavorisés.
Quelque chose clochait. Je me promis d'y réfléchir sérieusement en me dirigeant vers ma salle de cours.
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"-La guerre entre les centaures et les gobelins a débuté en l'an 1187. Le meurtre accidentel d'un centaure par un gobelin en fut l'élément déclencheur. La situation des deux parties était déjà très tendue, de ce fait, il n'est guère difficile d'imaginer l'ampleur des pertes de part et d'autres. Le chef dirigeant des centaures d'Angleterre… »
C'était plus que je ne pouvais en supporter, je décrochai.
Je me demandais parfois comment le professeur Binns pouvait parler d'un ton si monotone sans s'arrêter, et sans se rendre compte que son public n'était constitué qu'en tout et pour tout de Hermione Granger, fidèle à elle-même, et de quelques valeureux Poufsouffles désirant obtenir la moyenne dans cette matière. Les Gryffondors avaient quant à eux depuis longtemps abandonné ce vain espoir.
Des chuchotements, des rires étouffés et des ronflements se faisaient entendre dans la salle de classe.
Je tournai la tête et vis Ron affalé sur sa table. Un léger ronflement fit frémir ses narines, ce qui me fit sourire. Je me demandais combien de temps mettrait Hermione à se rendre compte qu'au lieu de prendre soigneusement en note ses cours, Ron dormait du sommeil du bienheureux.
Oh ! 2 minutes et 37 secondes de plus exactement. Le regard de mon amie se posa sur la tête rousse, et lui jeta une œillade noire qui lui promettait bien des malheurs. Elle leva ensuite la tête vers moi, et je me saisi aussitôt de ma plume, faisant mine de faire une pause pour réfléchir à ce que le professeur venait de dire. Elle secoua la tête d'un air résigné, et retourna à sa copie. Comme si j'étais le plus irrécupérable ! D'accord, je ne suivait peut-être pas le cours, mais j'avais au moins le mérite de faire semblant d'écouter !
Une fois sûr d'être hors de danger, je me replongeai dans mes pensées, qui dérivèrent vers l'incident du matin.
A la proximité du blond. Et au fait que j'avais apprécié cette proximité.
En réalité, je n'avais apprécié ce rapprochement que lorsque je m'étais rendu compte que c'était Malfoy.
Foutu Serpentard.
Depuis 7 ans que je le connaissais, jamais je n'avais ressenti quelque chose de cette ampleur pour lui. Oh, il m'avait d'abord intrigué, puis énervé. Je l'avais ensuite détesté, et haï. A une époque même , la seule mention du Serpentard suffisait à me pourrir la journée.
Mais jamais je n'avais été attiré par le blond.
Avant aujourd'hui.
La cloche sonna la fin du cours, et je me saisis de mes affaires en tentant de réveiller Ron.
Il fallait que j'arrête de penser à ça. Ce n'était rien. Rien du tout. Ca allait passer.
N'est-ce pas ?
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« -Non mais regardez le, cracha Seamus. Il n'a vraiment pas de quoi se la raconter ! Quel petit snobinard ! »
Nous étions un petit groupe de 7ème année à attendre le prochain cours de potion, lorsque nous avions vu arriver Draco Malfoy et sa clique de Serpentards.
Il marchait lentement à leur tête, son port altier ne le quittant pas, et passant sa main dans ses cheveux blonds parfaitement gominés.
Je ne pus m'empêcher de penser que si, il avait de quoi.
Ses yeux gris croisèrent les miens, et son visage se ferma un court instant avant qu'un sourire narquois ne naisse sur ses lèvres.
Il me narguait encore, cet imbécile !
Il riait à une blague apparemment drôle de Blaise, lorsque Seamus, qui l'exécrait, ne put s'empêcher de le provoquer.
« -Alors Blondie, on aime lécher le cul des autres, hein ? C'est papa qui t'a demandé de faire ça, pour essayer de remonter dans l'estime de la population ? Et bien continue donc de lécher, tu n'as pas fini ! »
J'observais la réaction de Malefoy, maudissant Seamus d'avoir cherché querelle. Je n'étais peut-être pas le plus gentil envers le Serpentard, mais jamais je ne l'avais provoqué aussi ouvertement.
Il haussa un sourcil, puis s'avança prudemment dans sa direction, jusqu'à se retrouver à quelques centimètres de lui. Dean et Ron s'approchèrent également, prêts à défendre leur ami s'ils devaient en arriver aux mains.
Ce ne fut pourtant qu'une précaution inutile, puisque le blond se contenta seulement de sourire à Seamus, avant de se pencher à son oreille et de murmurer assez fort pour que tout le monde l'entende.
« -Peut-être es-tu jaloux, que je lèche comme tu dis, le cul de Blaise ? Tu aimerais que je te fasse ça, n'est-ce pas ? J'ai cru pourtant comprendre que tu étais plutôt du genre à te faire prendre comme une chienne… Tu sais quel est ton surnom dans les cachots ? Finnigan-la-pédale… »
Je retins juste à temps mon ami qui s'apprêtait à se jeter sur lui. Il était d'abord devenu blanc, puis aussi rouge qu'une écrevisse.
L'homosexualité de Seamus n'était pas un sujet tabou chez les Gryffondors, bien qu'au départ, certains avaient très mal pris cette révélation. Plusieurs autres avaient réussi à faire leur coming-out, en voyant le courage dont Seamus avait fait preuve, dont moi-même.
Et oui, le Survivant était gay. Cette info, les journaux en avaient fait des choux gras, mais étonnamment, jamais le Serpentard ne s'en était servi à mon encontre.
Ce qui ne l'empêchait pas d'être odieux avec mes amis.
Je confiai donc le brun à Ron, qui fulminait lui aussi. Heureusement Hermione avait réussi à l'apaiser en posant sa main sur son épaule.
Je me tournai vers mon ennemi attitré, avant de me rapprocher dangereusement de lui.
« -Tu ferais mieux de te taire, Malefoy…
-Ooooooh, répliqua-t-il, comme s'il venait de faire la découverte du siècle. Le chevalier Potter vient au secours de sa princesse, comme c'est touchant… »
Je levai ma baguette, près à jeter un sort cuisant. Je l'agitai légèrement, pour lancer un maléfice Langue-de-Plomb. Mais rien en vint. Je réitérai mon geste une nouvelle fois.
Toujours rien.
Je jetai un regard incrédule vers mon arme, qui se révélait à présent être aussi utile qu'un vulgaire morceau de bois.
C'est ce moment que choisi le professeur Snape pour ouvrir la porte de la salle.
Ne cherchant même pas à comprendre la situation –ou trop heureux de pouvoir retirer des points aux rouges et ors- il me lança un regard narquois.
« -Vingt points en moins, Monsieur Potter. Rangez moi cette baguette immédiatement, à moins que vous ne vouliez écoper d'une retenue ? »
J'obéis à contre cœur, encore choqué par ce qu'il venait de se passer. Le Serpentard passa devant moi, un sourire satisfait éclairant son visage, ce qui ne fit que me rendre plus en colère encore.
Pourquoi n'avais-je pas réussi à jeter de sorts ?
Une fois installé, je ne pus m'empêcher de sortir de nouveau ma baguette discrètement , pour vérifier que j'avais toujours mes pouvoirs.
Je lançai un simple « Accio » sur le livre de Ron, et constatai avec soulagement que celui me tomba dans les mains immédiatement.
Mais dans ce cas, pourquoi n'avais-je pas réussi à blesser Malfoy ?
Hermione, toujours à l'affut, me demanda de nouveaux des explications que je ne pus lui fournir.
Il fallait pourtant bien que j'y réfléchisse, car cela pouvait devenir fort problématique.
