Au cours de la première semaine, le groupe enregistra déjà quelques pistes de leur nouvel album. Les quatre amis étaient enthousiastes et déjà fiers de ce qu'ils produisaient, convaincus que leur album allait être meilleur que tout ce qu'ils avaient composés jusque-là. Tout le monde travaillait avec entrain sur les chansons de Freddie et Brian, chacun apportait ses arrangements pour rendre la composition meilleure. Après une énième séance d'enregistrement, le groupe décida de prendre une pause pour déjeuner ensemble, mais Roger n'avait pas grand appétit. Cela faisait une semaine qu'ils étaient dans ce studio et il n'avait toujours pas écrit la moindre ligne. Il avait pourtant essayer mais rien ne lui venait en tête. Ce n'était pas vraiment le moment d'être atteint par le syndrome de la page blanche. Néanmoins, il n'était pas le seul a n'avoir encore rien écrit. John n'avait toujours pas présenter la moindre composition, cela le rassurait. Mais le batteur avait l'impression de ne pas totalement faire sa part de travail et cette situation l'irritait. Alors qu'il repensait à cela, Freddie s'adressa soudainement à lui :
- Qu'est-ce qui t'arrive Roger, plus les jours passent et plus tu as l'air… tendu. Si quelque chose te contrarie, dis le nous !
- … Pourquoi, t'as peur que ça empiète sur la qualité de l'album ? Répondit sèchement Roger.
- … Mais, bien sûr que non, je m'inquiète pour toi, c'est vrai d'habitude tu es un vrai bout-entrain, toujours avec le sourire, alors que depuis que nous sommes arrivés ici, tu es différent…
- Tout va parfaitement bien Fred, j'ai… Juste un peu mal dormi cette nuit. Ça arrive a tout le monde d'être un peu tendu non ?
- Roger, commença Brian. Tu sais… Ce n'est pas grave si tu n'as toujours rien composé pour le moment, l'inspiration ça ne se commande pas…
Roger lança un regard choqué à son ami. Comment faisait-il pour sonder ses réflexions de la sorte ? Ce n'était pas la première fois que Brian arrivait à déceler ce qui perturbait ses pensées. Si cela l'agaçait grandement, une part de lui appréciait le fait que Brian le connaisse si bien. Il aurait aimé pouvoir se vanter de la même chose à propos du guitariste mais ce dernier était bien plus réservé que lui. Le batteur était assez extraverti, tout comme Freddie tandis que Brian et John étaient un peu plus discret. Il était plutôt difficile de deviner ce qu'ils avaient en tête, pourtant Roger était parfois curieux de savoir ce à quoi son ami pouvait bien penser. Il avait envers lui une curiosité qui semblait grandir avec le temps. Brian était une personne follement intéressante et même s'il le connaissait bien depuis toute ces années, il avait envie d'en savoir encore plus.
Troublé par la clairvoyance de son ami, Roger commença par contredire son ami avant de rendre les armes :
- … Enfin… je dois bien avouer que je n'arrive pas à composer ici, je n'ai pas d'inspiration alors que toi et Freddie vous avez déjà quelques chansons…
- Roger, ce n'est pas un concours, le rassura Brian. Il ne faut pas que tu composes juste pour composer, laisse faire le temps, regarde John, est-ce qu'il s'inquiète ? Pas le moins du monde !
- … Pardonne-moi de te contredire Brian mais ce n'est pas tout-à-fait vrai, dit John avec un sourire contrit.
- … Ah oui ? Navré Deaky, je n'avais pas remarqué…
- Disons que moi aussi j'ai un peu de mal à écrire mais ça va le faire, ça va finir par arriver !
- Huuuum, marmonna Freddie avec un air suspicieux. Deaky, soit franc : Tu as du mal à écrire, ou tu as du mal à nous montrer ce que tu composes ?
- Ne t'inquiète pas Fred, dès que j'aurais écrit quelque chose, ne serait-ce qu'un début, je vous le montrerais de suite !
- J'espère bien !
Freddie ébouriffa affectueusement les cheveux de John, faisant rire ce dernier. Roger savait, comme le reste du groupe, à quel point le bassiste était réservé, bien plus que Brian. Si le guitariste n'avait en général aucun mal à partager ses créations, John avait toujours beaucoup de difficulté et n'osait pas toujours soumettre ses idées pour enrichir les chansons des autres. C'est pour cela que Freddie l'encourageait autant à s'ouvrir, d'autant plus que ses idées étaient toujours pertinentes, voire frôlaient le génie.
Roger était assez admiratif de Deaky, il avait réussi à se faire une place parmi un chanteur au style voyant et au comportement parfois excentrique, un batteur qui avait par moment le sang chaud et un guitariste sage mais qui avait tout de même du caractère et savait tenir tête aux deux premiers. John était le genre de personne à briller par sa discrétion et qui, une fois en confiance, se révélait très drôle et avait de la conversation. Roger avait été très surprit de le voir danser sur scène la première fois qu'ils avaient fait une représentation ensemble. D'un naturel calme, lorsqu'il jouait devant un publique, tout son corps dansait au son de la musique. Lui et le reste du groupe avait été amusé et touché de voir le plus timide d'entre eux s'exprimer autant en jouant.
Si L'attention de Freddie avait été détourné par John, Brian fixait toujours Roger d'un air soucieux.
- Rog, tu n'as pas de soucis à te faire, et puis si tu ne composes rien pour cet album ce n'est pas grave, tu auras plus d'inspiration pour le suivant…
- Ah, ce n'est pas grave ? S'emporta Roger, vexé. Ça veut dire quoi, que mes chansons ne sont pas indispensables ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, tu as très bien compris là où je voulais en venir…
- Oui tu as été parfaitement clair, tu penses que l'album se portera bien même si je n'y apporte pas mes créations, très bien Brian, si tu crois que tes chansons et celles de Freddie suffisent, je pense que ma présence n'est pas nécessaire !
Roger quitta la pièce, ignorant les paroles de Brian et Freddie qui lui demandaient de revenir afin de mettre les choses aux clairs. Le cœur battant, il s'enferma dans sa chambre et ne sachant comment extérioriser sa colère, il renversa l'armoire présente dans la pièce, avant d'y donner rageusement des coups de pieds. Une fois un peu calmé, il s'assit sur son lit et respira profondément. Avec un peu de recul, il devait bien reconnaître qu'effectivement, Brian n'avait jamais dit que ses chansons n'étaient pas indispensables. Il disait ça pour qu'il ne ressente pas de pression, il avait été bienveillant dans ses dires, comme toujours. Mais sur le moment, cela l'avait vraiment blessé. L'idée que ce qu'il créait puisse ne pas être important lui était insupportable, cela l'avait fait réagir de manière impulsive, comme il en avait l'habitude. Il regrettait de s'être emporté de la sorte auprès de ses amis qui n'avait pas mérité ça. Roger réfléchissait calmement lorsqu'il entendit quelqu'un frapper à la porte puis la voix de John lui demandait s'il pouvait entrer, ce qu'il accepta.
- … Oh, tu as refais la déco de ta chambre, très moderne, plaisanta John en voyant l'armoire brisé de Roger.
- Ah, j'adore faire subir mes sautes d'humeurs au mobilier qui m'entoure, répondit Roger avec un sourire ironique.
- Vaut mieux ça plutôt que Brian ou Freddie !
- Et toi ?
- Oh moi je suis assez fort pour résister à tes coups voyons, je suis solide !
- Mouais, sans vouloir t'offenser, je pense que tu te surestime là ! Enfin, je suppose que tu n'est pas venu pour me parler de ma défunte armoire…
- … Bien sûr que si, pourquoi veux-tu que je vienne te voir sinon ? Non plus sérieusement, je suis venu voir si tu allais un peu mieux. Tu sais, en disant ce qu'il a dit, Brian voulait juste…
- Me rassurer, je sais, le coupa Roger en soupirant. Excuse-moi, je n'aurais pas du m'énerver comme ça, c'était puéril…
- ça c'est plutôt à Brian et Freddie qu'il faut le dire, moi je n'ai fait qu'assister à la scène ! Mais ne t'inquiète pas, ils vont pas t'en vouloir pour ça, d'autant plus que ça nous ai déjà arrivé de nous prendre la tête bien plus que ça !
- Ouais c'est vrai… En même temps ça fait une semaine qu'on est ici et je ne me sens pas bien dans cette campagne, ça va peut-être te paraître exagéré mais c'est comme si ces vastes champs m'enfermaient… C'est trop vide, j'ai besoin d'agitation…
- D'agitation ? C'est pourtant pas ce qui manque avec Freddie, c'est une vrai pire électrique, dit John avec un léger rire.
- C'est pas faux, admit Roger avec un sourire. Mais… Même si je vous adore tous les trois, j'ai quand-même besoin d'avoir des moments ailleurs…
- Je comprend ce que tu veux dire… J'aime bien la campagne mais je dois bien reconnaître que moi aussi je tourne en rond lorsqu'on enregistre pas… J'ai toujours pas d'inspiration non plus…
Le batteur et le bassiste soupirèrent en chœur. John remettait de manière compulsive ses longs cheveux en place, geste que Roger avait apprit à connaître. Il s'agissait chez son ami d'un tic gestuel qui trahissait sa gêne et sa nervosité. Avec un sourire bienveillant, Roger posa sa main sur l'épaule de John et le rassura :
- Deakyyy, Comme l'a dit Brian ne t'inquiète pas, toi aussi tu vas réussir à composer quelque chose et je suis persuadé que ce sera génial !
- … C'est gentil, mais pour l'instant je me sens vidé de toute inspiration. Déjà que… Déjà que je suis pas forcément le plus utile, si en plus je ne contribue pas…
- PARDON ?! S'exclama Roger, outré. Tu plaisantes j'espère ! Qu'est-ce qu'on deviendrait sans toi ? Tu es rempli de bonnes idées, tu sais jouer d'un tas d'instruments et ta première chanson est excellente !
- … Merci Roger, il t'arrive d'être adorable ! Répondit John d'un ton amusé mais sincèrement touché. Mais on ne peut pas comparer ma contribution avec la votre, en plus… Peut-être que « Missfire » était un coup de chance, c'est peut-être la seule chanson que je vais composer de toute ma vie… C'est pas autant de travail que ce que vous accomplissez tous les trois…
- Deaky, tu n'as absolument pas à te sentir moins utile par rapport à cela, c'est également beaucoup de travail d'interpréter et de trouver des arrangements aux chansons que nous composons, sans compter que tu dois supporter nos caractères qui sont pas toujours évidents ! C'est tout autant de travail et tu l'accompli parfaitement bien. Tu n'as pas à t'en faire pour ça ! Et puis tu n'as pas à te sentir forcé d'écrire des chansons, il faut que ça soit un plaisir avant tout, si tu te met trop de pression tu n'y arrivera vraiment pas !
- … Oui tu as raison, j'ai envie d'en écrire mais il ne faut pas que ce soit pour me sentir égal à vous, comprit John.
- Bien sûr, tu sais bien que quoi que tu fasses, tu resteras toujours inférieur à nous, surtout à moi, dit Roger avec un air arrogant avant d'éclater de rire. Je plaisante, tu sais très bien que nous sommes tous les trois égaux. Et sans toi, le groupe ne serait pas ce qu'il est, c'est à dire… une famille, pour paraphraser Brian.
Ému par les paroles de Roger, John eut un sourire touché et ne put s'empêcher d'enlacer son ami, reconnaissant envers ses gentilles paroles. Roger sentait que le bassiste allait mieux. Cela lui arrivait parfois de voir sa confiance en lui baisser, il fallait procéder à des piqûres de rappels de temps à autres.
- Merci beaucoup Rog, j'ignorais que tu pouvais dire des choses aussi attentionnées !
- Ouais, enfin t'y habitue pas trop quand même !
- Ouh la la, monsieur Taylor est un mauvais garçon, il ne dit pas des gentillesses n'importe quand à n'importe qui !
- La ferme !
Les deux amis rirent ensemble, tout deux plutôt soulagé après leur conversation. Chacun était heureux d'avoir pu aider l'autre à aller mieux et se sentaient un peu moins préoccupés. Alors qu'ils allaient continuer de continuer leurs discussion dans une ambiance un peu plus légère, ils entendirent du brouhaha derrière la porte de la chambre.
- Mais enfin Brian je suis sûr qu'il est en train de se calmer tout seul, tu risques peut-être même de le déranger, tu le connais, quand il est énervé comme ça…
- Fred, je dois lui parler, c'est moi qui l'ai vexé, c'est de ma faute s'il ne se sent pas bien !
- Mais non enfin, il l'était déjà ! Tu ne peux pas prendre la responsabilité de tout ce qui ne va pas chez lui !
- … Mouais, peu importe, faut qu'on s'assure qu'il se soit calmé et qu'il ne pense plus ces bêtises, déjà que je suis sûr que Deaky les penses encore par moment…
Roger et John échangèrent un regard amusés. Mais le batteur se sentait mal d'avoir fait culpabiliser Brian et avant que ce dernier n'ai temps de le faire, il se dirigea vers la porte et prit la poignée pour l'ouvrir. Seulement, il sentait que la poignée tournait un peu trop vite. La porte s'ouvrit également anormalement vite et ses yeux rencontrèrent ceux de Brian, surprit. Roger empêcha le guitariste de parler en prenant d'office la parole.
- écoute Brian, je suis désolé. Je n'aurais pas du m'emporter comme ça, c'était idiot, en plus… C'était gentil de me dire que je n'avais pas de pression à avoir…
- Ah, ravi de constater que tu as écouter ce que j'ai dis, dit Brian, non sans un peu d'orgueil. Mais je me suis mal exprimé, je te pris de m'excu…
- Non, je ne veux plus t'entendre t'excuser alors que ça n'a pas lieu d'être, Deaky manque peut-être de confiance en lui et moi je monte sans doute trop vite sur mes grands chevaux, mais être trop gentil, ce n'est pas bon pour toi !
- Euh… je… Tu trouves vraiment que je suis trop gentil ? Demanda Brian, déconcerté.
- … Tu vois darling, c'est ce que j'essaie de te faire comprendre depuis quelques minutes ! Ajouta Freddie d'un ton fier.
- … Ah, pour moi c'est normal…
- Ce n'est pas normal Bri que ce soit toi qui t'excuse alors que c'est moi qui t'ai mal parlé, crois-moi, je reconnais mes erreurs, c'est déjà ça, dit Roger avec un sourire.
- Tu ne m'a pas si mal parler que ça, et puis j'ai l'habitude ! Ça ne me gêne pas !
- Toi peut-être, mais nous ça nous gêne, plaisanta John, la mine faussement sérieuse.
- C'est vrai, tu es insupportable Rog ! Exagéra Freddie. Hum… Je commence même à préféré Paul à toi…
- QUOI ?! S'écria Roger, piqué à vif. Oh il va finir pire que cette armoire !
- Doucement Roger, je plaisante ! D'ailleurs, maintenant qu'on a réglé ce différent digne d'une tragédie, il faut qu'on aille retrouver Paul dans le studio, je lui ai proposer d'écouter les premiers morceaux qu'on à enregistré, histoire d'avoir un avis extérieur dessus…
- Oh, super… Soupira Brian… Fred, j'aimerais que cette fois-ci tu ne lui dises pas qui à composé quoi.
- Ah bon ? Mais pourquoi, aurait-tu honte de tes morceaux ? Darling ils sont aussi géniaux que les miens voyons !
- Freddie, tu n'as pas remarqué que depuis notre premier album, il favorise toujours tes compositions et trouve toujours à redire sur les notre ?
- … Hum, il faut savoir accepter les critiques…
- Les critiques ? Je n'appelle pas des remarques du style « Brian, tu as changer de guitare avant d'enregistrer ? Non parce que tu joue moins bien que d'habitude » ou encore « Brian, tu sais j'ai un super dictionnaire des synonymes chez moi, si jamais t'a besoin pour diversifier un peu plus ton vocabulaire » des critiques !
- Ah oui ? Alors tu appelles ça comment ?
- Du foutage de gueule !
Roger se souvenait de ces remarques. Paul en avait également fait à John et lui-même, mais il y en avait bien plus ciblée sur le guitariste, qui faisaient pourtant des textes très travaillés et jouait de manière remarquablement excellente. Freddie savait que ce que disait Paul était injuste, mais son principal problème était qu'il était plutôt sensible à la flatterie et appréciait avoir quelqu'un qui l'admire de cette façon. Il avait besoin de ça. Roger ignorait pourquoi le chanteur avait besoin de ce genre de relation, sûrement pour combler un manque affectif, mais lequel, lui qui était aimé par sa fiancée, ses amis, voire même quasiment le monde entier ?
Freddie garda son calme et répondit avec une sérénité feinte :
- Brian, tu m'en vois désolé si Paul ne sait pas apprécier le génie que tu es et crois moi, je dis ça sans ironie chéri. Seulement, avoir son avis me conforte…
- Tu m'étonnes, il pourrait lui chanter qu'il a fait l'amour à sa mère, il pleurait en disant que c'est du grand art, souffla John à Roger, qui pouffa de rire.
- Tu as dis quelque chose Deaky ? Demanda Freddie, suspicieux.
- Je disais que j'ai hâte d'entendre l'avis constructif et impartial de ce cher Paul !
- Mouais, allez venez, il est temps de se remettre au travail ! Nous avons assez fait nos dramaqueen pour aujourd'hui !
Le groupe sortit de la pièce et descendit les marche pour se rendre au studio. C'était habituel pour eux d'avoir des conflits à propos de l'album mais l'isolement campagnard semblait faire ressortir des traits de leur personnalité un peu plus marqué. Ce qui les tendaient n'était pas toujours liés aux enregistrements, mais bien à des choses qu'ils ressentaient. Roger espérait que, même s'il prenait plaisir à vivre de sa passion, il n'allaient pas rester ici trop longtemps.
