Thanksgiving

2


- Assis-toi, j'ai à te parler. »
- Où est mon frère ? »
- Avec sa petite amie. »
- En faite, il ne souhaitait… »
- Je vois ! »

Bobby avala son verre de cidre et le reposa froidement sur la table.

- On ne s'est pas assez occupé de toi… alors… si jamais il devait nous arriver quelque chose… On t'a préparé... »
- On te lègue la seconde maison, d'ailleurs elle est déjà à toi. »
- Vrai ? »

Bobby regarda ses parents étrangement. Il leur arrivait quoi ?

- T'avais promis ! Enfoiré ! Comment t'as pu me laisser encore une fois ! »

Les flammes balayèrent la chambre, Pyro était en colère, tellement qu'il en gémi !

- Bobby, menteur ! »

Son corps s'écroula par terre. Il était encore délaissé. Non pas encore ! NON ! Pyro grogna et sortit de la pièce, fou de rage.
Il vola la moto de Logan et se dirigea chez les parents de Bobby. Il allait se battre, se battre pour le récupérer !

- Je vais mettre la table. »
- Hum ! Viens avec moi…. »

Bobby attrapa le gant et dans le jardin, il fit quelques lancés avec son père. Il aimait bien, gamin, ils avaient passé des heures et des heures ensemble. Bobby enfila le gant et regarda son père, il allait décocher ce tir incurvé dont il avait le secret, un sourire éclaircit son visage, il en oubliait presque celui qu'il avait délaissé derrière lui…

Sa moto avançait comme un boulet de canon, pardon à Logan qui lui ficherait sur la tronche pour l'avoir 'empruntée' sans autorisation, mais Pyro ne voulait pas rester seul, pas pendant ce moment de fête. C'était pas noël ! Il n'avait pas le droit de rentrer chez lui comme ça. Pas le droit de le laisser ainsi, seul, désespérément seul. Il avait dit qu'il resterait avec lui, pour cette semaine de tranquillité. Pourquoi ? Pourquoi ? Il croyait vraiment que tout pouvait redevenir comme avant. Comme quand ils ne savaient pas ce que leur fils était réellement. Il était… un mutant ! Un mutant, comme lui ! Et lui seul pouvait comprendre Bobby ! Pas ses incapables de parents. Il s'arrêta devant la maison et sans frapper, ni sonner, il y fit irruption. Mme Drake lâcha les assiettes en poussant un hurlement. Ce regard… ce jeune homme. Elle savait qui s'était !

- Où est Bobby ?! »

- Bien ! Bon réflexes ! Tu n'as rien perdu de ce que je t'ai enseigné Robert ! »

Robert ? C'était étrange d'entendre ce prénom, sûr c'était le sien, mais… depuis Pyro tout le monde l'appelait Bobby. Il parut un peu surpris et inclina la tête. Sa main lâcha la balle, il entendit sa mère crier, et quelque chose le fit tiquer. Il se passait quoi ? Bobby se mit à courir et déboula dans le salon, posant son regard sur… Pyro ?!

- Bobby ! T'avais promis ! Pourquoi tu me fais ça ! »

Bobby ne comprit pas, il aurait été de retour le lendemain matin ! Il poussa un peu sa mère, la protégeant inconsciemment, et… il ouvrit les bras vers Pyro.

- J'ai dit que je reviendrais vite. En faite j'aurais été de retour demain dans l'après midi, pour passer Thanksgiving avec toi. Tu me prends pour quoi John, j'ai qu'une parole ! »

Le concerné baissa les yeux, comment pouvait-il savoir, hein ? Il sera son poing, se sentant encore… inutile. Inutile… Bobby n'avait plus besoin de lui, cette famille… cette famille… Il la haïssait ! Une flamme jaillit de ses doigts, puis il se retourna et s'avança vers la sortie.

- Pas la peine ! T'as qu'à rester avec ta gentille famille ! Moi je t'accepte comme tu es Ice, moi… je t'accepterais… tout le temps, quoique tu fasses, quoi que tu deviennes. Ils feraient ça eux ? Qui est le plus inhumain ! Je les hais ! Je les hais pour t'avoir regardé comme un monstre, et pour t'avoir fait pleurer toutes ces nuits ! Bobby… moi… moi… je… »

Il ? Il serait toujours là, quelque part… Bobby le savait. Il fit un grand sourire, il n'avait pas à protéger sa mère ainsi. Il fixa son père un long moment et baissa les yeux, rejoignant John pour l'empêcher de partir.

- Je sais, Pyro… je sais… Alors arrête de te faire du mauvais sang pour rien. J'ai refusé… je ne reviendrais pas à cette vie. C'est fini. Mais je leur pardonne. Pardonneras-tu ? Un jour, tes parents de t'avoir délaissé ? Leur pardonneras-tu un jour ? »

Le blond referma ses bras contre son ami. Il le savait, John avait mal, si mal… Son regard croisa la rangée de photos sur le mur et il grogna. Non, il ne pardonnerait jamais. Il le savait… Bobby lâcha le corps du brun et il recula, inclinant la tête.

- Je t'ai menti, je ne pouvais pas te dire ça. Parce que je savais que ça te ferait mal. Ils ne t'ont jamais cherché, jamais… comment je pouvais te dire ça ? Hein ? Pardonne-moi… John… je… suis désolé. »

Bobby embrassa le cou de son ami, puis tapota sur son épaule. Il devrait rentrer, il viendrait, promis, il le rejoindrait. John grogna à nouveau, se retournant brusquement vers le blond. Ce baiser… ce… il lui attrapa la main, et dans une rage incontrôlable il poussa frénétiquement son ami contre le sofa, et l'y renversa. Il se fichait de la mère du blond qui murmurait des supplications pour qu'il disparaisse. Il se fichait du père qui lui avait adressé la parole. Il… John était hors de lui. Il allait finir par fondre en larmes. Mais il était trop fier pour craquer devant quelqu'un autre que Bobby. Seul l'élémentaire de glace avait vu ses larmes.

- John… »
- Soit là demain, sans faute, car je te tuerais Bobby… sans rire, je… j'ai besoin de… »

Il détourna les yeux, et finalement, ses larmes vinrent sans être invitées. Nul, il était nul !

- Je ne supporterais pas que tu préfères ces humains à moi ! Tu m'entends ! Jamais ! Je suis revenu, parce que… parce que… c'est ma place. Etre à tes côtés. Je suis parti… parce que… j'avais plus ma place, et que je te jure, j'aurais tué Malicia, oui je l'aurais tué… pour ne pas qu'un jour, elle puisse te toucher plus qu'elle ne le faisait. Elle n'avait pas le droit de te toucher ! Elle pouvait pas, et toi ! T'étais son toutou, putain Bobby c'est tout ce que je vaux pour toi ! »

Sur le coup, le blond ne réagit pas vraiment. Il se passait quoi ? Pyro… disait quoi ? Au juste ? Y'en avait trop d'un coup !

- Ca te laisse de marbre ce que je dis ? Tsss t'es trop con ! J'ai plus rien à faire avec toi ! »

Le brun crama le parquet et claqua la porte dans une grande irritation. Se faire détrôner par Malicia, et maintenant par cette putain de famille. Il n'avait donc aucune place ? Rien ? Les larmes se firent plus violentes, il ne devrait pas, pas du tout, il fut bousculé, puis serré dans des bras froids et puissants. Il ne voulait même pas montrer son visage, ce visage… ce n'était pas lui.

- John, pardon… pardon… je… désolé. Malicia était tellement comme moi. Elle haïssait être mutant, toi… toi, tu aimais ça. Oui, je t'aimais bien, mais… tu comprends. Je voulais être comme tout le monde ! Mais bon… maintenant, j'ai changé. Je suis ce que je suis, c'est toi qui me l'a appris. Désolé, d'avoir pas compris avant. J'ai besoin de toi Pyro… alors dis pas ça. Je te jure que je reviens ! Rentre, et demain je serais là… je… pleure pas. Maintenant que tu es revenu, je vais prendre soin de toi. Promis… »

John serra les deux mains de son ami. Il le savait. C'était… vrai. Il ne disait pas de paroles en l'air. Il le repoussa fougueusement et l'embrassa à nouveau. Ce besoin était en train de le rendre complètement dingue. Il voulait Bobby pour lui, pour lui, pour personne d'autre. Il le voulait, en ouvrant les yeux le matin, dans ses coups de blues, dans ses joies, dans ses larmes… dans ses rêves, dans son cœur. Rien que pour lui, à lui ! Comme personne ne l'avait été. Pyro était en train de s'éteindre… là-bas, il s'était fané, et Bobby l'avait battu. Parce que seul, il n'était rien… privé de cette force qui le rendait enflammé. Il avait besoin de Bobby. Sa main glissa dans la chevelure courte, oui, il avait tant besoin de lui. De sa présence. C'est pour ça qu'il s'était retrouvé avec ça dans sa poche. Pyro haïssait cette dépendance. Trop, beaucoup trop!
Il relâcha les lèvres bleutées de son ami et se recula d'un pas. C'était… il… son regard se baissa quand il vit les regards furieux des deux parents. Il avait fait une boulette. Il ne voulait pas que Bobby pleure encore à cause d'eux, à cause de lui, il enfourcha la moto et mit le moteur en marche.
Robert Drake ouvrit de grands yeux, John l'embrassait encore, et il savait par les frissons qui lui parcouraient l'échine, que ses parents regardaient ce spectacle avec des yeux meurtriers, pourtant il s'abandonna aux faibles flammes du brun. Ses lèvres mystérieuses, cette bouche chaude et brûlante, cette main qui glissait dans sa chevelure avec douceur. La tiédeur de sa main glissant au creux de ses reins… personne ne l'avait embrassé comme ça. Personne, car la seule fille à l'avoir embrassé fut Malicia. Et puis… tout disparut, John était en train de partir, sans un mot, sans justifier ses actes. Bobby était en train de virer dans sa nouvelle mutation, cette forme qu'il ne voulait pas montrer à ses géniteurs. Le givre cala le moteur de la moto, pas qu'il le voulait, ou si un peu, mais John ne devait pas partir comme ça… pas comme ça. Bobby le toisa de haut en bas, John devait s'expliquer, ou lui, ou qu'importe, mais quelque chose devait être dit. Et tant pis s'ils entendaient ! Tant pis si…

- Pas encore John… faut qu'on parle… »
- Pas besoin, y'a rien à dire ! »
- Si… »

Cette fois-ci Bobby s'avança et caressa la joue droite du visage en face de lui. Son regard, ce regard d'émeraude et de feuille d'automne mêlés. Ce regard qui l'avait scotché à John dès leur première rencontre Il était coupable, de la souffrance dans ce regard, des larmes qui le baignaient. Le blond avait mal, mal, quelque part sans vraiment savoir comment le localiser. Son front se posa délicatement contre celui de son vis-à-vis.

- Je crois… que je t'ai aimé dès le premier regard. Mais… Pyro, tu dois me comprendre. Mes parents me haïssaient, à cause de mes gènes, je voulais pas rajouter une tare de plus… Tu me comprends ? Maintenant je m'en fou, quitte à perdre quelque chose, mieux vaut eux que toi… »

Il l'entoura de ses bras, et pour la toute première de sa vie, Drake ferma les yeux et embrassa quelqu'un, par sa propre envie, par son bon vouloir, parce que son cœur, son corps en avait envie. Bobby reprit sa forme normale, alors que ses lèvres baisaient cet oasis fiévreux, pouvait-il simplement supposer trouver en cet acte tout ce que l'ado, qu'il avait été, avait désiré au plus profond de lui ? Cette impression d'être enfin guéri, guéri de cette pesante froideur qui congelait sa vie. Il l'avait tellement haït. Et combinée à la chaleur de John, le gel était devenu malléable, en face de Pyro, la froideur s'était transformée en armure, puissante, mais pas insupportable. Et maintenant, maintenant, la glace fondait lentement sous les flammes. Tant pis s'il finissait en enfer pour le restant des temps. Pyro avait le pouvoir de le guérir…
Bobby rompit le baiser, laissant une larme couler le long de sa joue, il avait été tellement stupide…

- Rentre… je reviens, peut-être plus vite, juste le temps de me faire déshérité, et jeté comme l'abomination que je suis… autant qu'ils sachent tout sur le fils modèle qu'ils croyaient avoir… »

Sa main caressa la chevelure mi longue, et Bobby se tourna vers le regard désapprobateur de son père. Il ne s'était fait aucune illusion, ça allait… péter un grand coup. Mais Bobby ne voulait plus mentir, ni à lui, ni aux autres, plus jamais ! Il serra le poing, gelant la moitié du terrain devant la maison et s'avança avant qu'une main ne l'empoigne et qu'un paquet lui tombe entre les mains.

- Pour toi ! »

John réchauffa le moteur et fila, aussi vite que le vent, incapable de rester pour voir la réaction des deux grands yeux océan de son ami.
Bobby regarda le paquet et rentra immédiatement. Sa mère continua de mettre la table, essayant de ne pas aborder le sujet de la sexualité de son fils. Son mari le fit pour elle.

- Cet espèce de petit… »

Comment finir sa phrase, devant le regard quasi noir de son fils. La température chuta atrocement, et il dut se mettre un gilet.

- Critique-moi autant que tu veux, mais que le prénom de John ne sorte jamais de ta bouche… maintenant fou-moi dehors, ça me changera pas ! Regarde-moi papa… je serais jamais comme mon frère, je serais pas ce que tu voulais que je sois. Je suis sûr que t'as jamais regardé mes bulletins de notes depuis que tu sais ce que je suis. Tu m'as accepté ici, juste parce que maman te l'as demandé, hein ? Tu me pardonneras jamais, mais écoute-moi bien, c'est toi qui m'a fait ! Alors arrête de reposer la faute sur moi ! Tu as fais ce que je suis aujourd'hui ! Ta haine, ton air irrespectueux ! Quand j'ai gelé la première chose, je me suis haï, je me suis haï, alors que la douleur de ma mutation était en train de me rendre dingue ! Personne m'a aidé, alors qu'en rentrant du collège un soir, je me suis effondré dans un coin, en train de geler de l'intérieur. Tu m'as jamais écouté quand je te disais qu'il se passait quelque chose en moi, quelque chose de pas normal ! Tu voulais pas voir ! Ca t'arrangeait ! Maman, maman, elle, elle a essayé, elle m'a envoyé voir des tonnes de médecins, mais c'était trop tard, c'était inutile. A part me droguer pour échapper à la souffrance, rien n'a changé. Si Charles Xavier m'avait pas recueilli, je serais mort, je me serais tué ! Mais ça tu t'en fiches ! Et quand là-bas, je voulais redevenir normal, pour que tu sois fier de moi, personne n'a réussi à m'aider. C'est Pyro qui a pris soin de moi, à ta place ! C'est lui qui m'a appris… toutes ces choses qu'un père apprend à son fils ! Sans Pyro je sais pas ce que je serais ! »

La mère avait écouté dans une passivité blessante, elle n'avait rien dit, alors qu'elle en mourrait d'envie. Et quand son mari avait porté la main sur leur fils, elle l'avait défendu. Elle osait, oui, elle osait sortir de son rôle de femme qui ne dit jamais rien.

Elle venait de finir la vaisselle, son mari fumait la pipe, et elle monta à l'étage, poussant la porte de la chambre de son fils. Il était assis sur son lit, serrant la petite boite entre ses doigts. Elle l'observa ouvrir le cadeau, et se retint de dire quoi que se soit, quand l'indexe et le pouce de son fils sortirent une gourmette argentée de l'écrin. Elle eut un sourire ému. Son fis… son fils… oui, c'était le démon aux flammes, celui qui avait failli cramer le quartier entier, mais… mais…

- Elle est… jolie… »

La tête blonde se tourna vivement, et observa sa mère, essayant de cacher ses rougeurs.

- Il doit t'apprécier énormément… »
- Hum… je suis désolé pour avoir haussé le ton… »
- C'est rien… je vais arranger ça, je n'aime pas John, pas du tout, mais si il te convient, alors, je… je… j'accepte. Pardonne-moi… »

La femme se mit à sangloter, alors qu'elle serra contre elle son enfant, sa chaire, son sang, son petit bébé qui avait grandi tellement loin d'elle, de son amour, de son aide. Elle berça Bobby avec tout son amour, oui, elle acceptait, acceptait que son fils soit mutant, qu'il soit gay, qu'il soit tout ce qu'il voulait. C'était sa vie, ses choix, et elle serait toujours derrière pour le soutenir.

- Passons Noël ensemble, ton père, toi et John… j'aimerais… savoir qui il est vraiment. Je t'en prie… je ferais en sorte que tout se passe bien. Je veux savoir ce qu'il se cache au fond de lui…. »

Surprise, oui, grande surprise… une famille ? Tout les quatre ? Il fit un sourire à sa mère… il le voulait oui, il voulait offrir ça une fois au moins à Pyro… au moins une fois…
Son regard se posa sur la gourmette… il l'avait fait gravé.

- Ensemble… dans les abysses gelés, ou dans l'enfer des flammes… promets-le… »

Il le promettait, oui, toujours…