Bonsoir bonsoir,

J'aurai bien voulu poster ce chapitre plus tôt, mais j'ai eu affaire à quelques petits contretemps, et je m'en excuse (petit contretemps qui est toujours d'actualité d'ailleurs, mais ça c'est encore autre chose). Bref, juste pour prévenir, c'est le dernier chap où on a un peu de angst, le chapitre 3 est tout mielleux tout doux, je vous le promet.

Merci en tout cas pour vos petits mots sur cette fic malgré son couple improbable, ça m'a fait plaisir! Je me dépêche de répondre à tout le monde le plus vite possible.

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre 2

Le lendemain, la journée se déroula normalement, comme un mardi basique. Mineta se fit frapper par Tsuyu après avoir tenté de lui toucher les fesses, Aizawa se perfectionna dans le lancer de gomme en réussissant à toucher un Eijiro qui s'était assoupi au lieu de suivre le cours, Katsuki et Shoto manquèrent de détruire un terrain entier lors d'un exercice pratique en seconde partie de mâtiné… Bref, un mardi basique. La seule chose qui pouvait sortir de l'ordinaire était Tenya qui préparait minutieusement ce qu'ils allaient réviser avec Denki ce soir. Installé dans le réfectoire, il mangeait tout en épluchant ses notes et les exercices que leur avait donné Ectoplasme. Les maths n'étaient peut-être pas une bonne matière pour commencer, mais si il pouvait l'aider dans ses devoirs, ce serait une bonne avancée. Il nota donc deux trois choses dans ses cours, entoura le nom des exercices en rouge et commença à ranger ses affaires sous les regards curieux d'Ochaco, Izuku et Shoto.

« Tu prépares quelque chose ? demanda Izuku une fois ses affaires rangées. Tu avais l'air sacrément concentré.

- Ah, je regardais juste ce que j'allais pouvoir travailler avec Kaminari ce soir, expliqua t'il. Je lui donne un coup de main avec les cours. »

A côté de lui, Ochaco avala de travers et commença à tousser violemment. Tenya s'apprêta à se lever pour l'aider, mais elle fit signe de ne pas bouger et qu'elle s'en sortait.

« Attend, s'étrangla t'elle une fois le souffle retrouvé. Kaminari a accepté de travailler ? Avec toi ? »

Le délégué haussa un sourcil, un peu surpris par la réaction sur-exagérée d'Ochaco. Il savait que le blond n'était pas du genre à travailler facilement, mais… De là à réagir de cette manière ?

« Oui… C'est si étonnant que ça ?

- Même Momo n'arrive plus à le faire travailler, raconta la jeune fille avec une grimace. Il se déconcentre tous les quarts d'heure, il arrive toujours à éclipser les séances de révision, et il a toujours une bonne excuse… ! C'est comme ça qu'il a raté l'examen d'avant le camp d'été il paraît, comme elle devait aussi aider Mina et Sero, elle n'a pas vu que Kaminari avait totalement décroché.

- Si c'est juste une histoire de concentration… commença Tenya avant de se faire interrompre.

- Non mais Kyouka m'a expliqué le problème : il est de super bonne volonté au début, puis après il va tout faire pour ne pas bosser. A croire que c'est une sorte de super-vilain terrifiant pour lui ! Ce n'est même plus de la concentration, il est juste incapable de bosser correctement, et même à plusieurs, il patauge. Momo en était assez attristée d'ailleurs, mais Kaminari a toujours réussi à esquiver la conversation à ce propos.

- C'est peut-être parce que la méthode ne lui convenait pas… ? hésita Izuku. Et puis je l'ai déjà vu essayer de travailler, ce n'est pas comme si il n'en avait rien à faire. Je pense qu'il se décourage facilement… »

Tenya nota toutes les informations dans un coin de sa tête, se promettant de surveiller étroitement le cancre officiel de leur classe. C'était assez triste d'entendre Ochaco en parler comme si c'était peine perdue, comme si ça ne valait pas la peine d'aider Denki à remonter dans la moyenne. Il dut faire une drôle de tête, parce que la jeune fille se reprit immédiatement d'une voix plus douce :

« Je ne dis pas que c'est impossible de l'aider, dit-elle comme si elle venait de lire dans ses pensées, mais Midoriya a raison : il abandonne très vite. Si tu n'es pas constamment derrière son dos, il passe à autre chose… Momo lui a proposé de recommencer seul, juste tous les deux, mais il a refusé en expliquant que ça ne servait à rien… c'est pour ça que je suis surprise. Et je ne te parle même pas de quand Bakugou a tenté de le faire travailler… Ça a été une catastrophe.

- Bakugou a voulu le faire travailler ? s'étonna Shoto qui n'avait encore rien dit jusque-là. Je croyais qu'il ne travaillait qu'avec Kirishima.

- C'est justement Kirishima qui l'a persuadé de prendre Kaminari avec eux. Mais je crois que ça ne s'est pas très bien fini…

- Hm, ce n'est pas comme si Bakugou avait la patience pour être professeur particulier.

- Kacchan comprend simplement plus rapidement que les autres, tenta de le défendre Izuku, et il… par contre, il a du mal à accepter le fait qu'on puisse être plus lent. Pour lui, tout doit se faire rapidement, et… Il n'aime pas quand ça se passe différemment de ce qu'il avait prévu. Mais il a fait des efforts depuis le temps ! Il frappe moins Kirishima lors de leur séance de révision.

- Quelle évolution… »

Tenya les laissa échanger quelques temps sur le cas « Bakugou professeur » et réfléchit à ce qu'avait pu dire Ochaco sur Denki et sa façon de travailler. Il avait bien remarqué que le blond ne se tenait pas en très haute estime, si bien qu'il n'était pas étonnant de le voir abandonner face à une difficulté. Mais, pour lui, ce n'était une raison de laisser tomber, bien au contraire. Pour le coup, il était un peu agacé que personne ne soit venu lui parler du problème plus tôt, mais il s'en voulait aussi de ne pas avoir fait plus attention. Ce n'était pas le rôle des autres élèves de vérifier que Denki avait oui ou non travaillé telle ou telle matière, et ils ne pouvaient pas non plus le forcer à réviser ses cours tous les soirs.

Mais, dans le cas où il avait accepté son aide, Tenya n'allait pas le lâcher de sitôt, il s'en faisait la promesse. Il était le délégué, il avait déjà une certaine avance dans le travail, il pouvait très bien prendre sur son temps pour donner un coup de main à Denki. Il lui cherchera une méthode de travail qui lui conviendrait, et il le motiverait en cas de besoin. Certes, il ne savait pas ce que ça allait donner, et encore moins si ça allait fonctionner mais… Il voulait tout essayer. Si le blond avait besoin d'une carotte pour avancer, Tenya la lui trouverait.

« On commence ce soir, dit-il en les interrompant dans leur discussion, je verrai bien comment ça se passe à ce moment-là. Mais je ne peux décemment pas abandonner un camarade dans le besoin, ce serait totalement contraire à mes principes !

- Je me demandais, tu ne l'aides pas que pour tes principes ? demanda Ochaco d'un ton curieux.

- Bien sûr que non ! Je l'aide parce qu'il a besoin d'aide, et parce que c'est un ami. Ça va de pair. En tout cas, je ne me force absolument pas à le faire. »

Elle hocha la tête, et Shoto reprit la parole après un petit moment de pause :

« Peut-être que si c'est toi qui l'aides, ce sera plus efficace ?

- C'est à dire ? s'étonna Tenya qui ne comprenait pas ce qu'il voulait dire.

- Tu es plutôt bon pour motiver les gens, et tu es bien plus patient que d'autres… Et je pense plus pédagogue aussi. Momo est gentille, mais je ne suis pas certain que ses méthodes de travail conviennent à tout le monde.

- C'est vrai, fit remarquer Ochaco, c'est toujours un peu compliqué de travailler avec elle, elle va si vite ! Si tu ne lui demandes pas de ralentir ou de te réexpliquer, elle continue sans toi.

- Un peu comme Midoriya…

- Eh !

- Todoroki n'a pas tort, reconnaît-le… Tu n'es pas très bon pédagogue non plus ! »

Izuku parut se vexer légèrement, et il commença à marmonner alors que Shoto et Ochaco tentaient de s'excuser de leur remarque, tout en se justifiant parce que « il ne pouvait pas être bon partout ! ». Tenya sourit devant la scène, quoi que toujours un peu préoccupé par Denki.

Il verra bien comment se déroulera leur première séance de révision… Elle ne pouvait que bien se passer, n'est-ce pas ?


D'accord, Tenya devait l'admettre, Denki n'était pas un élève facile, loin de là.

Pourtant il ne semblait pas manquer de bonne volonté, mais… Il avait une capacité de concentration particulièrement faible – du moins pour tout ce qui touchait aux maths et à la physique. Et pour l'histoire aussi. Il se débrouillait plutôt bien en anglais, et était étrangement bon pour ce qui était théorie et tactique, mais il avait parfois beaucoup de mal à démarrer. Leur première séance de révision s'était plutôt bien déroulée, mais ils avaient mis énormément de temps à faire les trois pauvres exercices donnés par Ectoplasme. Au final, ils avaient fini par se coucher vers 00h, et Tenya était persuadé que Denki ne s'était pas endormi immédiatement. Il ne l'avait pas retrouvé dans son lit, si bien qu'il ne savait pas si il avait refait une crise de somnambulisme après ça, mais son air bougon le lendemain avait confirmé son manque de sommeil. Cependant, il avait rapidement retrouvé le sourire lorsque leur professeur l'avait félicité pour avoir réussi ses exercices. Bon, ils avaient mis 4 heures à les faire, mais le blond avait fini par comprendre et par pouvoir les terminer sans l'aide de Tenya.

Ils s'étaient donc mis d'accord pour continuer, cependant… Cependant, ce n'était pas toujours très facile. Il arrivait qu'ils aillent se coucher sans avoir fini un cours ou un exercice, parce que Denki commençait à piquer du nez ou parce qu'ils n'arrivaient à rien – et généralement, après ce genre de cours, Tenya retrouvait Denki en pleine crise de somnambulisme quelques heures plus tard.

« Je ré-explique : la loi d'Avogadro dit que quelle-que-soit la composition du gaz, dans de même condition de pression et de température, un certain volume de gaz contiendra toujours la même quantité de molécules. C'est cette loi qu'on utilise pour les gaz parfaits.

- … ok. Oui, c'est logique.

- Tu te souviens de ce qu'est un gaz parfait ?

- Heu… »

Et sans perdre patience, Tenya le lui ré-expliqua pour la dixième fois de la soirée. Denki semblait avoir beaucoup de mal à retenir certaines lois, certains théorèmes, et détestait tout ce qui s'approchait de près ou de loin à un calcul. Alors autant dire que les histoires de mole et des lois sur les gaz parfaits étaient tout bonnement un cauchemar pour lui.

C'était leur sixième séance de révision ce soir et, installés dans la chambre du blond, le délégué sentait qu'elle n'allait pas être facile. Il ne voulait pas se décourager, mais il voyait bien au manque d'entrain de Denki que ce dernier commençait à baisser les bras. Et là, au vu de ses grimaces, de ses lèvres pincées et de son regard agacé, Tenya sentait qu'il commençait à peiner.

« Ça me gonfle, je ne comprends pas ! s'agaça t'il en posant son stylo et en repoussant sa chaise. Ça sert à rien, je pige que dalle et je continuerai de piger que dalle dans 3 mois.

- Ce qui sert à rien, c'est d'abandonner, rétorqua Tenya d'une voix ferme. Tu étais pourtant bien parti, tu peux encore te concentrer.

- Pff, je te dis que non, j'en ai marre.

- Kaminari…

- Non mais regarde, je me suis encore planté au contrôle d'hier ! Je n'arrive pas à retenir, ça me gonfle, et à part me stresser pour rien ça ne m'aide pas plus que ça. Autant se contenter du minimum, ça marchait très bien comme ça !

- Kaminari, écoute-moi. »

Denki se tut et s'assit sur son lit, les bras croisées et la mine fermée. Il était définitivement dans ses mauvais jours, et Tenya allait devoir faire attention aux mots qu'il allait choisir. Au fur et à mesure du temps passé ensemble, il avait compris comment fonctionnait le blond. C'était une bonne patte, qui essuyait n'importe quelle remarque assez facilement et qui avait toujours une bonne raison de blaguer ou de taquiner les autres. Il était très rare qu'il se montre de mauvaise humeur, et tentait toujours de garder le sourire aux lèvres, même quand il se plantait royalement. Il se plaignait beaucoup aussi, mais Tenya sentait que ce n'était jamais réellement sérieux et que c'était plus pour la forme qu'autre chose… Mais parfois, il lui arrivait de craquer et de ne plus vouloir rien faire, comme maintenant. Et dans ces cas-là, le délégué prenait toujours un temps pour faire une pause et pour lui remonter le moral.

Parce que, malgré tout, il sentait qu'il commençait à s'attacher à Denki. Petit à petit, il avait l'impression de se sentir concerné par ses difficultés, il voulait de plus en plus l'aider, il voulait de plus en plus le voir sourire après avoir compris quelque chose ou réussir un exercice. Outre son devoir de délégué, le cas « Denki » prenait une ampleur de plus en plus… personnelle, à ses yeux, et le voir avec cette lueur troublée dans le fond du regard lorsqu'il disait qu'il n'y arrivait pas lui provoquait un pincement au cœur.

« Tu peux y arriver, tu le sais, commença t'il calmement. Ce n'est pas grave si tu n'y arrives pas ce soir, ce n'est pas grave si tu n'arrives pas à te concentrer, il y a des jours sans et des jours avec. Tu le sais en plus, je te l'ai déjà dit.

- … Moui.

- Si tu veux on s'arrête pour ce soir, et on reprendra demain, ça te va ? Mine de rien on a déjà plutôt bien avancé… »

Denki fit une grimace et se contenta de hocher la tête, visiblement encore découragé.

« … Est-ce que je fais encore des crises de somnambulisme ? »

La question ne surprit pas Tenya. Par contre, il savait d'avance que la réponse n'allait pas lui plaire. Oui, il continuait de faire quelques crises, il continuait de le retrouver dans sa chambre, debout ou dans son lit, ou encore il l'entendait marcher dans les couloirs de l'internat. Dans ces cas-là, il se levait et faisait en sorte de le raccompagner à sa chambre, puis notait sur un carnet l'heure à laquelle il l'avait trouvé, et de quelle manière.

« Oui, répondit-il dans un soupir. Mais ça ne veut rien dire, tu sais ? Recovery Girl l'a dit, ça ne part pas en une semaine. Surtout que tu as des prédispositions avec ton alter… Par contre, on peut simplement essayer de réduire la fréquence à laquelle tu as tes crises. Tu as essayé ce que je t'ai dit ? Lire avant de dormir histoire de te changer les idées.

- Heu… Ouai.

- … Tu n'as pas essayé.

- Non. »

Tenya soupira, et Denki se pinça une nouvelle fois les lèvres. Le problème de Denki était qu'il avait aussi tendance à dire « ce n'est pas grave » et à penser que ça allait passer tout seul. Si il ne l'avait pas forcé, il était sûr que le blond ne serait jamais retourné voir Recovery Girl pour parler de l'évolution de son somnambulisme. En y repensant, ces derniers temps, le délégué avait un peu l'impression d'être constamment derrière son dos et il venait à se demander si ce n'était pas… énervant pour lui, d'être ainsi surveillé. Les voix moqueuses de Tensei et d'Ochaco lui revinrent en mémoire à ce moment-là : « papa-poule… ». Il était sûr que si ils le voyaient maintenant, à noter tout ce que devait faire Denki, à lui préparer des exercices, à le forcer à aller voir Recovery Girl pour avoir un minimum de suivi, à chercher des solutions à sa place, ils se moqueraient très certainement de lui en lui disant qu'il le couvait peut-être un peu trop.

« C'est pas que je ne veux pas, c'est juste que je ne sais pas quoi lire… tenta de se justifier le blond ; allongé sur son lit.

- Tu as demandé à Fumikage ? Il a quelques romans intéressants m'avait dit Ojiro. Ou alors Yaoyorozu, réfléchit Tenya, je crois qu'elle a plusieurs livres elle aussi. »

A la mention de Momo, Denki se releva et fixa Tenya avec un étrange mélange de surprise et de… méfiance ? le tout couplé d'un léger sourire qui fleurissait sur ses lèvres, si bien que le délégué se demanda ce qu'il avait pu dire pour qu'il le regarde de cette manière. Il avait dit quelque chose de mal ? Ou alors son camarade était encore une fois en train d'imaginer il-ne-savait-quoi à propos de Momo.

« Attend, tu as déjà lu les livres de Yaoyorozu ? demanda le blond avec de grands yeux. Elle a accepté de te les prêter ?

- Eh bien, non… On en a simplement discuté. Pourquoi ça ?

- Mina voulait lui emprunter un livre, et Yaoyorozu a refusé en disant qu'elle ne pouvait pas nous en prêter pour le moment. Et à chaque fois, elle fait en sorte de cacher ce qu'elle lit et essaye de nous convaincre que non, ce livre ne nous intéressera pas et qu'elle nous en conseillera un autre. Du coup ça fait plusieurs jours qu'on essaye de savoir avec Mina quel genre de livre notre chère vis-délégué peut pouvoir lire… Et pourquoi elle les dissimule aussi rapidement quand on arrive. »

Un sourire espiègle affiché sur son visage, il s'était tut pour laisser un silence s'installer entre les deux. Tenya avait parfaitement compris le genre de livre dont il parlait, mais il ne voyait pas pourquoi ça l'intéressait autant. Momo lisait ce qu'elle voulait, n'est-ce pas ? Et si elle ne voulait pas le crier sur les toits, c'était dans son droit. Il leva donc les yeux au ciel et commença à le sermonner doucement :

« Si Yaoyorozu ne veut pas vous prêter ce genre de livre, c'est dans son droit, déclara t'il fermement. Ni Mina ni toi n'avez à fouiller dans sa chambre ou dans ses affaires, ce n'est pas très correct… Surtout que, de cette manière, vous pouvez la mettre dans l'embarra. Si elle lit bien des livres disons… adulte, tu peux comprendre qu'elle le garde pour elle.

- Mais, ce n'est pas grave ! répliqua Denki. Je veux dire : elle peut lire ce qu'elle veut, nous on veut juste savoir. C'est de la simple curiosité.

- Eh bien, juste savoir comme tu dis est déjà trop pour elle. Elle a sûrement peur que vous la regardiez de travers si jamais vous découvriez ses lectures. A la limite, si tu veux vraiment lire ses livres, tu peux lui demander mais… Le mieux serait de la laisser tranquille.

- … Jamais on ne la regardera de travers, surtout pour ça, c'est stupide.

- Oui, je le sais, mais tu peux facilement comprendre… répondit Tenya d'une voix plus douce. Tout le monde à ses petits secrets, plus ou moins embarrassants, et tout le monde n'a pas forcément envie de les voir être divulgués… Même si ce ne sont pas des secrets très palpitants. »

Et là, Denki eut un drôle de tic. En temps normal il se serait excusé, et lui aurait demandé pour se moquer ce qu'il entendait par « secrets palpitants » ... Mais étrangement, il se contenta de détourner le regard, et Tenya jurerait avoir vu des rougeurs naître sur ses joues. Il ne savait pas ce qu'il avait en tête, mais il était clair qu'il avait lui aussi un petit secret de ce genre et qu'en parler le mettait mal à l'aise. Du moins c'est ce qu'il croyait, quoi qu'il devait se tromper puisque le blond revint immédiatement à la charge – toujours les joues rouges – et les yeux pétillants :

« Je viens maintenant à me demander quel pourrait-être ton petit secret à toi… demanda t'il en s'accoudant sur la tête du lit.

- Ce n'est pas quelque chose qu'on demande comme ça, le réprimanda faussement Tenya ; qui savait que Denki le taquinait juste. Ce n'est pas comme si je venais tout juste de te l'expliquer.

- Tu sais que je n'écoute jamais quand on me parle ! »

Le délégué leva les yeux au ciel et tenta de ne pas sourire alors que Denki s'amusait à piailler ânerie sur ânerie, ayant visiblement repris contenance rapidement. Il était clair que la session travail était terminée, ce n'était même pas la peine de demander au blond si il était motivé pour continuer ou non. Pas la peine de forcer alors qu'il savait que les révisions et explications seraient tout sauf productives… C'était un coup à totalement le décourager. Tenya commença donc à ranger ses affaires, quand Denki s'arrêta de raconter des bêtises pour lui demander :

« Tu ne restes pas ?

- Hm, oui, il commence à se faire tard alors je pensais repartir dans ma chambre. Je te rappelle qu'Aizawa nous a prévu une sacrée journée demain, on fait de la pratique toute la journée. »

Il était déjà plus de 21h, et même si Tenya ne comptait pas se coucher immédiatement, il se voyait mal veiller jusqu'à pas d'heure… Mais voilà qu'une drôle de mimique passa sur le visage de Denki, et il se surprit à hésiter. Ce n'était pas la première fois que le blond lui demandait de rester après des révisions, et il lui arrivait de passer un peu de temps avec lui pour discuter de tout et de rien. C'était de cette manière qu'il avait appris que Denki n'était pas aussi inculte qu'il le laissait croire, et qu'il avait bien plus de culture générale qu'il ne voulait le montrer. Il avait vu une tripoté de film en tout genre, et il leur arrivait d'en discuter et de parfois comparer leur impression. D'autres fois, Tenya l'écoutait parler pendant un long moment sur l'histoire de tel ou tel jeu vidéo, sur la chronologie d'une saga et sur pourquoi certaines suites étaient des purges monumentales et qu'il valait mieux éviter de poser son regard sur la jaquette.

De cette manière, le délégué sentait que de parler de tout et de rien détendait Denki. Après ces soirées-là, il était plus décontracté et ne faisait généralement pas de crise. Ainsi, il avait été facile pour Tenya de déterminer par avance les nuits « à stress ». Même si ça ne marchait pas à tous les coups, le schéma restait grosso-modo le même.

« Ah, l'exercice pratique ! s'exclama Denki avec une grimace. J'avais totalement oublié… Erf, j'espère ne pas me retrouver face à Bakugou sinon je ne donne pas cher de ma peau.

- Tout dépend du type d'exercice qu'Aizawa propose… Si ça se trouve, on aura le droit à une journée de renforcement, répondit-il.

- Boah, c'pas mieux… Enfin, je ferai mieux de me coucher tôt ouai, sinon je ne vais pas assumer. »

Pourtant, Tenya ne pouvait s'empêcher de discerner une pointe de déception dans le regard du blond, et il sentit son cœur se pincer. Il avait appris à décrypter quelques-unes de ses expressions, et il était clair qu'il était déçu. Il poussa donc un soupir silencieux, se disant que, tant pis pour le sommeil et pour ce qu'il avait à faire, il pouvait bien rester une petite demi-heure en compagnie de Denki. Et puis ce n'était pas comme si il s'ennuyait avec lui, bien au contraire… ! C'était toujours agréable de discuter, et il avait constamment l'impression de lui découvrir une nouvelle facette – de manière positive, bien sûr.

Au début, il le voyait comme un joyeux-luron qui n'avait pas vraiment d'intérêt pour le travail et qui préférait s'amuser et faire des farces à la place de se concentrer, mais à présent il s'était rendu compte qu'il s'était trompé sur toute la ligne. Passer du temps avec Denki était vraiment agréable, et Tenya commençait à s'attacher de plus en plus.

« Je range mes affaires et je reviens, d'accord ? Laisse-moi juste le temps de tout remettre en l'ordre…

- Cool ! s'extasia Denki avec un immense sourire. Jiro m'a parlé d'un film qui avait l'air super chouette et qui sort la semaine prochaine au cinéma, il faut à tout prix que j'arrive à le regarder ! En plus je voulais partir en ville pour aller voir ce qu'ils avaient comme pull à col roulé, les soldes de l'automne arrivent bientôt…

- Des pulls à col roulés ? Tu n'en as déjà pas toute une tripotée ? le taquina Tenya.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. »

Cette fois-ci, Tenya sourit franchement avant de sortir de la chambre, ses bras chargés de bouquins et de feuilles de brouillon. Heureusement que sa chambre était juste à côté…

Ce qui l'intriguait aussi chez Denki, c'était son besoin d'avoir toutes sortes de vêtements ou d'objets dit « à la mode ». Dès que quelque chose lui tapait dans l'œil, il cherchait à en obtenir en tout genre – comme par exemple les pulls à col roulé en ce moment. Il avait un peu de mal à comprendre pourquoi le blond avait tant envie de ce pull qu'il avait vu sur le dos d'un héros dans une interview, ou pourquoi il fallait qu'il ait absolument cet étrange collier ras-du-cou dont il avait oublié le nom, mais Tenya supposait que c'était une passion comme une autre.

Et puis il devait le reconnaître, ce style de collier lui allait plutôt bien.

Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas les éclats de voix dans les couloirs et manqua de faire tomber ses livres lorsque quelqu'un toqua brusquement à la porte de sa chambre. Il n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit que Mina entra en trombe, suivie d'une Ochaco particulièrement en colère.

« Iida, ce n'est plus possible ! gronda Mina en s'avançant vers lui. Il faut que tu t'occupes de Mineta parce qu'on va faire un meurtre là !

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda t'il ; inquiet.

- Viens voir par toi-même, grinça Ochaco. Mais je te jure qu'il ne va pas s'en sortir comme ça. »

Et Tenya se fit traîner par les deux filles jusqu'à la chambre de Mina. Une fois devant, elle fit un geste brusque pour montrer l'intérieur de la pièce. Tout paraissant normal, si on omettait le tiroir de sa commode grand ouvert et la quantité incroyable de sous-vêtements éparpillés sur le sol, comme si une mini-tornade était passée par-là. Le délégué resta interdit pendant un court instant, observant l'étendue des dégâts. Mineta n'était pourtant pas aussi stupide pour faire une chose pareille, mais vu la colère des deux jeunes filles, il préféra aller trouver le pervers pour lui demander des explications. Ce genre de comportement était inacceptable à ses yeux, et il n'allait clairement pas le laisser s'en sortir si jamais il s'avérait qu'il était bel et bien le coupable.

Seulement voilà, ils retrouvèrent Mineta totalement scotché par Hanta après qu'il ait essayé de s'introduire dans les douches des filles il y a quelques heures de cela, si bien qu'il ne pouvait pas avoir mis le bazar dans la chambre de Mina. Et impossible de savoir qui avait bien pu faire ça.

« Alors c'est Kaminari, fulmina la jeune fille. Il n'y a qu'eux deux pour faire des choses pareilles !

- Impossible, rétorqua immédiatement Tenya, il était avec moi toute la soirée. Et puis même si ses farces ne sont pas toujours de très bons goûts, je le vois très mal faire une chose pareille. »

Le ton de sa voix était étrangement sec, mais ni Mina ni Ochaco le relevèrent. Du moins oralement, puisque son amie haussa un sourcil de surprise alors que Mina continuait de pester à tout va.

« Alors qui ça peut-être ? Un esprit ? »

Tenya fit la grimace, comprenant la colère de sa camarade. Mais voilà, qui avait pu éparpiller les sous-vêtements de cette façon ? Un intrus ? Alors qu'il s'imaginait déjà interroger toute la classe pour avoir des possibles informations et peut-être trouver le coupable avant minuit, un miaulement derrière eux attira leur attention. Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'un chaton coiffé d'une culotte de Mina s'approcha d'eux, la fourrure encore ébouriffé par ses bêtises, et poursuivit par un Koda à moitié paniqué et complètement désolé.

Rapidement, Tenya comprit ce qui avait pu se passer lorsque Koda leur expliqua avoir perdu le chaton de vu il y a 20 minutes de cela.

Ainsi, l'histoire était simple : Koda avait ramené un chaton abandonné à l'internat – comme il avait l'habitude de le faire – mais ce dernier lui avait échappé pour pouvoir explorer le bâtiment. Il avait visiblement réussi à s'incruster dans la chambre de Mina d'une manière ou d'une autre, et avait mis le bazar dans ses affaires en pensant se retrouver en présence de jouets ou de créatures à attaquer. Puis, il s'était enfui en laissant son méfait derrière lui. Et lorsque Mina était revenue dans sa chambre en compagnie d'Ochaco… Elle était tombée nez-à-nez avec la scène de crime, et avait immédiatement vu rouge en pensant à Mineta.

Pour une fois que le pauvre n'avait rien fait…

« Il faudrait vraiment que tu penses à fermer tes tiroirs, soupira Ochaco avec un demi-sourire.

- Oh ça va ça va… »

Koda s'excusa plusieurs fois auprès de Mina, et lui proposa même son aide pour ranger – ce qu'elle refusa gentiment tout en essayant de masquer les rougeurs d'embarras qui apparaissaient sur ses joues. Au final, l'affaire s'était plutôt bien finie et Tenya souffla de soulagement alors que Mina et Ochaco s'excusaient à leur tour de l'avoir dérangé pour rien.

« Laissez, répondit-il calmement, vous ne pouviez pas le savoir. Je préfère ça que d'apprendre que vous avez passé Mineta à tabac…

- Bah, il l'aurait mérité dans tous les cas. »

Tenya lui lança un regard mi-sévère mi-amusé, mais il ne releva pas la phrase, sachant très bien que ce n'était pas culpabilité qui pouvait étouffer Mineta lorsqu'on l'attrapait la main dans le sac. Après quelques minutes de discussions et de nouvelles excuses, Mina s'en alla pour ranger ses affaires et il se retrouva seul en compagnie d'Ochaco, qui le fixait à présent d'un regard suspicieux.

« Tu travailles toujours avec Kaminari ? demanda t'elle après un moment de silence.

- Oui, plusieurs fois par semaine.

- Et ça se passe bien ?

- Eh bien… oui, dit-il sincèrement. Il y a des jours qui sont un peu plus difficiles que d'autres, mais on avance plutôt bien je trouve.

- C'est vrai qu'il fait ses exercices à présent, s'amusa Ochaco. Il n'empêche que c'est impressionnant ! Il doit vraiment être motivé…

- Effectivement, ça fait plaisir à voir ! »

La jeune fille n'ajouta rien, et se contenta de sourire doucement, son regard étrangement pétillant. Elle finit par simplement lui souhaiter bonne nuit, disant qu'elle allait donner un coup de main à Mina, et elle s'en alla en le laissant seul dans le couloir. Tenya jeta un coup d'œil à sa montre et grimaça. Il avait passé du temps dans cette histoire, et il n'avait toujours pas fini de ranger les cours qu'il avait utilisé avec Denki. Si ça continuait, il allait être trop tard pour pouvoir passer le reste de la soirée avec le blond… Il s'apprêta donc à retourner dans sa chambre, mais Izuku fit irruption de nulle part, visiblement de retour d'un entraînement, son carnet à la main.

« Oh, Iida ! Est-ce que je peux emprunter quelques minutes de ton temps ? J'ai quelques questions à te poser sur tes techniques de coups de pieds…

- Oh, oui bien sûr, qu'est-ce que tu veux savoir ? »

Et Izuku commença à lui poser mille et une question, tandis que le délégué répondait patiemment à chacune d'entre elles. Ils continuèrent de parler pendant un long moment, échangeant sur des techniques d'échauffement et de musculation, sur des possibilités d'entraînements, sur comment il pouvait affiner ses coups et augmenter leur précisions… Et Tenya ne fit même plus attention à l'heure qui défilait.


Il était maintenant près de 23h, et Tenya pestait contre lui-même pour ne pas avoir vérifié sa montre. Il n'en voulait absolument pas à Izuku, qui était totalement dans son droit de poser un million de questions. Ça aurait dû être à lui d'être plus attentif à l'heure et de mettre fin à l'échange avant qu'il ne soit trop tard. Ce n'était pas correct envers Denki, à qui il avait dit qu'il le rejoindrait dans les plus brefs délais deux heures auparavant. Deux heures. Et maintenant il se dépêchait de rejoindre la chambre le plus vite possible. Son cœur battait à toute allure, et un étrange goût amer dans le coin de sa bouche le faisait grimacer. Il s'en voulait à présent, d'avoir mis autant de temps. Ce n'était pas comme si il savait que Denki avait quelques problèmes de sommeils, et ce n'était pas comme si il lui avait dit qu'il ferait tout pour l'aider.

Qu'est-ce qu'il pouvait être stupide parfois… !

Il arriva devant la porte de Denki, et il pinça des lèvres en la voyant fermée. Il toqua légèrement pour signaler sa présence, mais il ne reçut aucune réponse. Le délégué l'entrouvrit donc doucement, et fut légèrement rassuré de la voir plongée dans le noir. Si il en croyait le silence et la forme immobile sous la couette, le blond dormait profondément. Il s'était donc couché en ne le voyant pas revenir… Ce qui n'était pas plus mal. Tenya poussa un énième soupir et se fit la promesse de s'excuser le lendemain… Au moins, Denki allait avoir un nombre d'heure de sommeil plutôt correct.

Mais voilà, une étrange intuition lui tordait l'estomac, comme si quelque chose n'allait pas. La possibilité que Denki fasse une crise de somnambulisme cette nuit-là était grandement présente, mais il y avait cette fois-ci quelque chose de différent. Et bien sûr, le blond n'avait pas fermé sa porte à clé comme l'avait demandé Recovery Girl. Il avait beau dire que ça ne changerait rien, il était persuadé que ça pouvait l'aider à ne pas déambuler dans tout l'internat.

Il hésita pendant un instant, sans savoir sur quoi il hésitait exactement, puis il retourna dans sa propre chambre en essayant de comprendre cette mauvaise impression qui lui serrait le cœur. Il devait se tenir prêt au cas-où Denki venait à se relever, si bien qu'il ne ferma pas totalement sa porte, sachant qu'il y avait des chances pour que le blond vienne faire un tour par chez lui. Il s'allongea sur son propre lit, le regard fixé sur son plafond impeccable. La moindre de ses pensées étaient dirigées vers le blond, et il venait à s'inquiéter sérieusement pour lui. Un sourire crispé pointa sur son visage alors qu'il se faisait la réflexion que, il s'inquiétait plus pour Denki que Denki lui-même… Papa-poule.

Mais voilà, il y avait matière à s'inquiéter. Il le sentait, que le blond stressait encore pour ses résultats. Il le savait que ça le frustrait de ne pas voir le changement de notes s'opérer rapidement, et qu'il avait parfois l'impression de passer du temps devant ses cahiers pour rien. Denki n'était pas quelqu'un de très patient – plus que d'autres certes – mais il avait parfois du mal à rester en place. C'était différent de Katsuki, qui explosait plus facilement et plus rapidement lorsqu'il perdait patience, ou encore d'Eijiro ou Mina qui semblaient se liquéfier sur place à durant ses moments-là… Lui, il râlait. Il râlait et se déconcentrait totalement.

Et le remettre au travail après ça était tout simplement un véritable combat.

Tenya cligna les yeux, et songea qu'il était peut-être temps d'aller se coucher. Si crise il y avait, il serait prêt à intervenir… Mais pour le moment, il ne pouvait décemment pas attendre qu'il se passe quelque chose. Non seulement Denki risquerait de lui en vouloir de le couver autant, mais en plus Aizawa risquerait de lui passer un savon pour ne pas être assez concentré durant la journée de demain. Il étouffa un bâillement et se prépara pour aller se coucher une fois ses affaires prêtes pour le lendemain, ses pensées encore et toujours dirigées vers son voisin de chambre…

Il ne parvint à fermer les yeux qu'après s'être retournée une petite dizaine de fois dans son lit, et qu'après s'être auto-persuadé que dans le pire des cas, il ramènerait Denki dans son lit comme toutes les autres fois.

Cependant, cette fois-ci ce ne fut pas Denki qui réveilla Tenya de par sa présence à 2h du matin, mais bien un BOUM sonore, comme quelque-chose qu'on venait de faire tomber. Le délégué mit quelques instants à se réveiller, avant de se rendre compte que le bruit en question venait de la chambre d'à côté. Et d'un seul coup, la sensation de mal-être qu'il avait ressenti auparavant le frappa de plein fouet, et il se leva précipitamment pour accourir dans la chambre de Denki. Cette fois-ci, il avait l'impression que son cœur allait tout simplement exploser tant il tambourinait dans sa poitrine. Il ouvrit précipitamment la porte de la chambre, alluma la lumière et, n'ayant pas eu le temps d'enfiler ses lunettes, il n'aperçut qu'une forme floue se déplacer à quelques mètres de lui. Un courant d'air frais le fit frissonner, il plissa des yeux pour mieux voir ce qu'il se passait… Et il écarquilla des yeux avec horreur lorsqu'il comprit ce que faisait le blond.

Denki, sur le balcon de sa chambre, était accoudé à la barrière et commençait à se pencher dangereusement au-dessus du vide. Tenya ne prit même pas la peine de réfléchir et bondit en avant pour l'attraper par son col de pyjama, et le tirer brusquement en arrière afin de l'empêcher de chuter. Une fois le blond dans ses bras, il recula et trébucha pour s'étaler lourdement sur le sol de la chambre. Entre temps, Denki s'était réveillé et avait poussé un cri étranglé au moment de la chute, à la fois surpris et paniqué, le corps tremblant violemment.

« Qu'est-ce que, balbutia t'il, qu'est-ce que…

- Deux petites secondes. Doucement, tu es en état de choc. Prend le temps de respirer… » lui ordonna Tenya en essayant d'ignorer ses propres tremblements.

Un silence prit place tandis qu'aucun des deux n'osaient bouger. Tenya serrait Denki contre lui à la manière d'une bouée de sauvetage et tentait désespérément de calmer sa respiration erratique. Il avait vu distinctement – pendant un court moment – son camarade tomber pour venir s'écraser sur le balcon du dessous, et sa main se refermant dans le vide alors qu'il n'avait pas pu le rattraper. Il avait entendu son cri, puis l'horrible son d'un os qui se brisait contre la rambarde d'acier suivi d'un flash rouge carmin qui explosait devant ses yeux. Il avait vu la terreur pure se peindre sur le visage de Denki, sa bouche ouverte en un cri silencieux, puis la douleur apparaître dans ses yeux au moment du choc contre la barrière métallique du balcon.

Et encore une fois, le flash rouge sanglant.

Mais en réalité le blond était dans ses bras, affalé contre lui alors qu'il tentait doucement de reprendre ses esprits. Tenya sentait ses muscles trembler contre lui – à moins que ce soit toujours les siens – et pouvait entendre son souffle commencer tout juste à se calmer. Ils restèrent quelques instants étendus sur le sol, puis le délégué posa une main sur le bras de Denki et lui dit d'une voix ferme :

« Je te jure que je ne te lâche plus, souffla t'il. Je ne sais pas comment je vais faire ça, mais je ne te lâche plus.

- … Je note, je note. »

Denki se releva doucement, rapidement suivi de Tenya qui, pendant un court instant, eut presque peur de lui lâcher le bras. Si il réussit à relâcher prise, il fit quand même en sorte de ne pas trop s'éloigner de lui – par pure précaution. Sans ses lunettes il était incapable de déceler l'expression du blond, mais il pouvait presque deviner son air choqué. Il pouvait presque voir ses yeux arpenter toute la pièce comme pour s'assurer qu'il était bien dans sa chambre, il pouvait presque percevoir les frissons qui parcouraient encore son corps alors qu'il prenait définitivement conscience de ce qu'il venait de se passer, comme si il était à l'intérieur même de l'esprit de Denki.

« Ça va ? demanda enfin le délégué. Tu veux boire de l'eau peut-être ?

- Je… oui ça va, en pleine forme, un peu… secoué, je t'avoue, mais ça va. »

Tenya eut étonnement envie de le prendre dans ses bras et lui dire que, promis, il ferait en sorte que ce genre de chose n'arrive plus jamais, mais non seulement il fut incapable de bouger, mais en plus sa voix refusa de sortir de sa gorge. Il avait vu, il avait imaginé Denki mourir devant ses yeux, et rien que le fait de penser que ça aurait pu se passer, que Denki aurait pu chuter sans que personne ne se rende compte de rien le tétanisait complètement. La culpabilité l'envahit alors que divers scénarios les plus horribles les uns que les autres défilaient dans sa tête. Le délégué savait que cette nuit était une nuit à risque, et il n'avait rien fait. Sa passivité avait failli coûter la vie à son camarade – ou alors l'handicaper à vie et briser son rêve de devenir un héros. L'image de Tensei sur son lit d'hôpital et relié à un millier de machines sonnantes et cliquetantes lui revint en mémoire, et soudainement, le visage de son frère fut remplacé par celui de Denki.

Il dut faire une tête particulière, car il sentit la main du blond se poser sur la sienne en un geste incroyablement doux.

« Eh, heu… Ça va réellement hein, je ne suis pas mort ! Grâce à toi, mais heu… ce n'est pas de ta faute si j'ai fait une crise un peu… flippante. Même si tu n'étais pas apparu, je me serais certainement réveillé à temps ! s'exclama t'il en essayant de masquer sa voix tremblante. Regarde, je suis en un seul morceau !

- Denki, tu aurais pu mourir.

- Ouiiii, mais on meurt tous un jour tu sais ! Et puis tu m'as rattrapé alors… Tout va bien. D'ailleurs, comment tu as fait pour deviner ? Tu as un radar ou quoi ? »

Tenya ne savait pas si il devait se fâcher devant l'inconscience extrême du blond – qui semblait ne pas comprendre le danger de la situation – ou tout simplement en être soulagé. Au final, c'était Denki qui le rassurait alors que ça devait être le contraire. Quel piètre délégué il pouvait faire… Mais l'image de lui se promenant avec une antenne qui bipait dès que le blond se mettait en danger lui arracha malgré tout un sourire. Il poussa un soupir, et lui répondit le plus calmement possible :

« J'ai entendu quelque chose tomber, et j'avais un mauvais pressentiment alors… Alors je suis allé voir, et je t'ai vu au balcon.

- Ah oui, il semblerait que j'ai fait tomber ma lampe de chevet… Mais tu peux voir sans tes lunettes ?

- … Pas vraiment, j'ai juste aperçu une forme dans une position que je devinais dangereuse, alors…

- Tu as vraiment un radar en fait ! »

Et le délégué ne put s'empêcher de sourire une seconde fois. Il ne se rendit même pas compte que Denki avait toujours sa main posée sur la sienne, et l'absence de lunette l'empêcha de voir les légères rougeurs qui coloraient ses joues alors qu'il collait machinalement sa paume entre ses doigts. Il ne fit même pas attention à ce qu'il faisait, et entendit à peine la question de Denki :

« Juste… Pourquoi tu fais tout ça ?

- Pardon ?

- Pourquoi tu tiens autant à m'aider ? répéta t'il dans un souffle. Je veux dire… ça te prend du temps, je t'attire des ennuis, je manque de te provoquer des arrêts cardiaques… »

Tenya ne répondit pas immédiatement, un peu perdu dans ses pensées. Pourquoi faisait-il ça ? C'était une excellente question. Il pouvait répondre simplement que c'était dans son devoir de délégué, et qu'il ne pouvait décemment pas laisser tomber un camarade, mais il manquerait quelque chose. Il y avait un truc en plus, qui faisait qu'il ne pouvait s'empêcher de se préoccuper de Denki. C'est pourquoi, sans réfléchir plus que ça à ce que pouvait laisser sous-entendre sa réponse, il déclara :

« Parce que tu comptes pour moi. »

Il était sincère, car il comptait réellement pour lui. A quel point exactement, il lui était difficile de mettre un mot dessus, mais il savait qu'il ressentait à présent une puissante affection pour le blond. Cependant, peut-être aurait-il dû mieux choisir ses mots car il sentit d'étranges picotements dans les doigts, comme si il touchait un fil électrique parcouru d'une très légère décharge. Et étant donné qu'il tenait la main de Denki… Ses joues chauffèrent doucement quand sa phrase résonna dans sa tête, et alors que la main du blond serrait un peu plus la sienne. Il voulut ouvrir la bouche pour s'excuser, mais pour la seconde fois de la nuit, sa voix resta bloquée. Tenya ferma donc les yeux, inspira un coup et tenta de parler d'une voix la plus neutre possible.

« Il faudrait peut-être retourner se coucher, chuchota t'il. Tu ne vas pas être en forme demain. Tu penses que ça va aller ou… ?

- Hm, hm, tu… ça ira je pense, murmura le blond d'une voix hésitante.

- Sûr ? Parce qu'après ça tu -

- Je t'assure que ça va ! Je n'avais pas fermé la porte du balcon à clé, c'est pour ça que j'ai failli… Enfin ça va, je t'assure. »

Le délégué fit une grimace, mais il n'insista pas pour autant. Il ne pouvait que comprendre le désir de rester seul, surtout après… tout ça. D'un geste presque tendre, Tenya lâcha sa main et commença à se lever. Il voyait la forme floue de Denki en faire de même, et alors qu'il s'apprêta à faire demi-tour pour retourner dans sa chambre – et cogiter sur ce qui était en train de se passer – quelque chose lui attrapa son pyjama pour l'empêcher d'avancer plus loin.

« En fait, fit Denki d'une voix plus forte, je voulais te demander…

- Oui ?

- Heu, ce n'est pas que je flippe hein ou… Enfin je dois t'avouer que je ne suis pas super rassuré, du coup… Ah, c'est gênant.

- … dis toujours… ?

- Je voulais savoir si tu pouvais dormir avec moi. »

Tenya haussa un sourcil, complètement surpris par la demande. Il resta interdit quelques instants, comme si son cerveau refusait de comprendre la proposition de Denki, la moindre de ses pensées cohérentes s'envolant comme une bulle de savon. Il finit par retomber sur Terre au bout de quelques secondes d'immobilité, l'esprit un peu plus ordonné. Denki avait dû se faire une frayeur – quoi qu'il dise – et il était compréhensible qu'il ne veuille pas dormir seul. Mais là… C'était…

« Hm, répondit-il enfin, je… enfin tu… ton lit ne sera pas trop petit ? Je ne veux pas te déranger ou paraître de… de te couver un peu -

- Non, ça va le lit est grand ! Et je serai… plus rassuré ? Je crois.

- … D'accord. »

Un petit silence embarrassant pris place entre les deux élèves, tandis que ni Tenya ni Denki n'osaient amorcer le moindre geste. La situation était… particulière, et totalement nouvelle pour le délégué qui, pour la première fois de sa vie, n'avait aucune idée de comment gérer, comment interpréter tout ceci de façon rationnelle. Au final, ce fut Denki qui brisa le silence en le prenant par la main et en parlant d'une voix un peu plus aiguë que d'ordinaire :

« Hm on… va se coucher ? »

Tenya ne répondit rien et se contenta de hocher la tête, se laissant tirer jusqu'au lit de son camarade. Une fois la lumière éteinte, seule la lumière des réverbères éclairaient légèrement la pièce d'une lumière doucereuse, et il put discerner la forme floue du blond se mouvoir jusqu'à lui. Ils s'installèrent dans le lit sans un bruit, Denki couché en chien de fusil et Tenya à quelques centimètres de son corps, son regard se posant sur le dos qui se soulevait au rythme de sa respiration. Rapidement un silence assourdissant s'empara de la chambre, parfois entrecoupé par le bruit lointain d'une voiture qui passait dans la rue ou par la toux de Kouda à travers le mur. Ce moment de calme contrastait tant avec l'accident d'il y a quelques minutes, à tel point que le délégué ne parvenait pas à trouver le sommeil. Ça, et peut-être avec la proximité de Denki. Il avait peur d'être envahissant, ou tout simplement d'embarrasser son camarade en se rapprochant un peu trop de lui.

« Eh, Iida… fit soudainement la voix de Denki dans un murmure.

- Oui ? »

Le blond ne répondit pas immédiatement, et se contenta de reculer de façon à se rapprocher de lui, les deux corps se frôlant presque tant ils étaient proches.

« … merci », fut le mot qu'il entendit à travers un chuchotement inaudible.

Le délégué sentit ses joues chauffer et, mué d'une force qu'il ne pouvait expliquer, approcha sa main pour la poser au niveau des côtes de son voisin. Aussitôt sa main installée, celle de Denki vint attraper la sienne pour la serrer tendrement, sans ajouter un seul mot.

Et Tenya laissa un sourire fleurir doucement sur son visage, ses yeux se fermèrent et il sombra instantanément dans le sommeil.

A suivre...


Dernier blabla:

Et... Fin du chapitre. Bon, mes connaissances en chimie datent d'il y a maintenant un petit bout de temps, et on ne peut pas dire que j'excellais là-dedans... Du coup, j'espère que pour les amateurs de chimie, mon explication sur cette loi tient la route.

J'espère en tout cas que ce deuxième chapitre vous a plu! On arrive dans la partie vraiment fluff et un peu dégoulinante, mais que voulez-vous. Le fluff n'a jamais fait de mal à personne... Ah, et le chapitre 3 est quasiment fini, je dois simplement encore retoucher deux trois trucs, donc... Je ne devrais pas mettre trop de temps à le sortir.

Enfin, sur un malentendu ça peut marcher comme on dit...

Sur ce, des bisous et à la prochaine!