Voici la suite, en espérant qu'elle plaira !


- Raquel ! S'exclama une vieille dame en prenant la dite Raquel dans ses bras.

- Bonjour maman, ça me fait plaisir de te voir, répondit-elle en s'avançant dans la maison.

Cette dernière affichait un sourire sincère, elle n'était pas revenue ici depuis plusieurs mois et ça lui faisait du bien de retrouver sa mère. Elle ne put néanmoins s'empêcher de penser que la dernière fois qu'elle était sortie de cette maison, c'était avec la ferme intention de retrouver le professeur, l'homme à la tête du braquage de la Fabrique de la Monnaie et des Timbres, et de lui faire finir sa vie derrière les barreaux, au lieu de ça elle avait fait l'amour et avait fui avec lui.

- Tu ne m'as même pas prévenu de ton arrivée, que me vaut ce plaisir ? Dit la grand-mère les yeux pétillants.

- Je voulais revoir Paula, je sais qu'elle ne veut plus que je fasse partie de sa vie mais je ne peux pas m'y résigner. Puis j'avais besoin de rentrer, je dois réfléchir, je ne sais pas trop où me mène ma vie.

- La vie aux Philippines ne te plaît pas ?

- Ce n'est pas ça maman…

- Et Sergio ? Dit-elle avec un sourire.

Raquel regarda sa mère avec un air gêné puis baissa les yeux. Il faisait partie intégrante des « choses » à propos desquelles elle avait besoin de réfléchir. Tout s'est passé tellement vite…

Un peu plus de six mois auparavant elle menait une vie banale, policière célibataire élevant sa fille, essayant de la protéger de son père dont elle avait elle-même été victime, elle vivait avec sa mère et ne parvenait pas à rencontrer ne serait-ce qu'un homme digne d'intérêt, elle avait probablement trop peur en réalité. Bien sûr ce train de vie n'était pas très palpitant, elle n'était même pas sûre de regretter réellement cette période. Elle ne savait pas ce dont elle avait envie et là était tout le problème, elle était perdue, tout ce qu'elle voulait c'était voir sa fille.

- Je vois, ajouta-t-elle déçue. En tout cas je suis contente de te voir !

- Moi aussi maman, répondit la blonde en lui faisant une bise.

Elle se dirigea vers les escaliers menant à sa chambre, « elle a l'air si triste » pensa sa mère.

Elle eut un pincement au cœur en passant devant son bureau, il y avait toujours la carte affichée sur le mur, celle qu'elle avait utilisé pour établir un périmètre dans lequel elle trouverait Sergio, et se rappelait à quel point elle était en colère à ce moment là, elle avait réellement ressenti l'envie de le tuer, de le faire souffrir comme jamais il n'avait souffert.

Elle arriva dans sa chambre et là aussi elle pensa à lui. Il hantait son esprit.

Elle avait cette étrange sensation qu'ils avaient rompu, qu'elle l'avait quitté, qu'elle ne le reverrait plus jamais, pourtant ce n'était pas avec cette intention qu'elle était partie mais revenir ici lui faisait presque oublier ces mois fabuleux qu'elle avait passé en sa compagnie. Certes elle avait adoré, ce petit monde parallèle où elle avait prétendu tout oublier pour profiter enfin d'un amour sincère et passionnel, mais la vérité était qu'elle s'était mentie à elle-même. Elle avait toujours eu des doutes, à chaque instant, l'impression qu'elle n'était pas à sa place, qu'elle ne se reconnaissait plus, et qu'aussi agréable que ça l'avait été, tout cela n'était pas sérieux. Elle, Raquel Murillo, n'était définitivement pas le genre de personne à prendre la fuite et à changer de vie par amour avec un quasi inconnu recherché dans tout le pays. Elle ne pouvait arrêter de penser qu'elle s'était faite manipuler, qu'il avait eu une puissante emprise sur sa vie et qu'elle ne la maîtrisait plus, et bien que les circonstances furent bien différentes, elle avait déjà donné et s'était juré que ça ne lui arriverait plus. Quand elle était avec lui elle ne pensait pas autant à tout ça, aveuglée par l'amour, elle se sentait même en sécurité, mais l'était elle vraiment ? Après tout cet homme qui se disait amoureux d'elle n'avait pas hésité à la mener en bateau et à profiter d'elle, et cette fois où il l'avait prise par la gorge, lui faisant perdre connaissance avec une facilité déconcertante, un souvenir qui lui glaçait encore le sang, elle se souvenait très bien l'avoir menacé avec son pistolet pointé sur son cou, menacé de le tuer s'il n'avait pas arrêté était à ses yeux un exemple de tout le problème : même avec une arme pointé sur lui il était toujours le plus fort, car il savait pertinemment qu'elle n'aurait jamais tiré, et il avait raison, elle en avait été incapable même quand il menaçait sa vie. Et ça l'effrayait.

Elle soupira en s'allongeant sur le lit. Mais pourtant elle l'aimait.

- Raquel ? Paula passera l'après-midi à la maison demain, lui dit la vieille dame derrière la porte de la chambre.

Le cœur de Raquel rata un battement, elle fut aussitôt envahie d'un bonheur intense et d'une peur irrépressible.

Elle entendit les pas de sa mère s'éloigner, exténuée elle ne bougea pas. Elle allait voir sa fille le lendemain, après tout ce temps, c'était un soulagement, elle espérait simplement arriver à lui expliquer cette situation compliquée et se faire pardonner.

Elle finit par s'endormir sur ces pensées, épuisée du voyage, de ses réflexions, de ses émotions.

[…]

Raquel fut tirée de son sommeil par de léger coup à la porte.

Elle ouvrit difficilement les yeux et vit sa mère y rentrer doucement. Cette dernière s'approcha et s'assit sur le lit.

- Désolée de te réveiller Raquel, tu as dormi si longtemps, Paula arrive dans une heure, je me suis dit que tu aurais sûrement envie d'être réveillée un peu avant.

- Mais quelle heure est-il ? Demanda Raquel un peu sonnée.

- Il est midi et demi.

Raquel n'était pourtant pas une grande dormeuse mais cette nuit là elle avait dormi pendant près de quinze heures.

Elle se redressa et s'assit lentement dans son lit, le stress commençant à monter.

- Merci maman, tu as bien fait. Tu as dit à Paula que je serai là ?

- Non, je ne lui ai rien dit, je me suis dit que ça lui ferait une surprise. Je te laisse te réveiller.

La grand-mère se leva et repartit.

Une surprise certes mais probablement une mauvaise aux yeux de sa fille, pensa Raquel. Elle soupira et se dirigea vers la salle de bain.

Son cœur battait de plus en plus vite, dans quelques minutes elle allait revoir sa fille, et s'il n'y avait plus d'espoirs, et si elle la décevait encore, et si… Raquel s'imaginait les pires situations qui pouvait arriver, son cœur battait à tout rompre, jamais elle n'avait ressenti un tel stress il s'agissait de sa fille, elle trouvait si triste d'appréhender à ce point de la retrouver.

La sonnette retentit, Raquel eut le souffle coupé, elle se dirigea lentement vers les escaliers et s'arrêta en bas des marches quand elle entendit sa sœur parler.

- Je passerai la récupérer vers 16h d'accord ?

- D'accord, mais prends ton temps surtout, ça ne me pose aucuns problèmes si tu arrives plus tard tu sais, dit-elle en caressant affectueusement la joue de sa petite fille.

Laura sourit, embrassa la petite puis tourna les talons.

- Amusez-vous bien ! Entendit Raquel avant que la porte ne se referme.

Elle descendit les quelques marches qui lui restait et marcha d'un pas pressé vers l'entrée. Lorsqu'elle aperçu sa fille le monde s'arrêta de tourner, elle courut vers elle sans même réfléchir !

- Maman ?! Dit la fillette surprise.

- Oh ma puce !

Raquel s'agenouilla devant elle et la prit dans ses bras en murmurant « je suis désolée, tellement désolée ma chérie » à sa plus grande surprise elle sentit sa fille passer ses petits bras autour de son cou.

Soudainement tout le stress, les tensions et les doutes accumulés retombèrent, Raquel fondit en larme en caressant les cheveux de sa fille toujours dans ses bras.

- Si tu savais comme tu m'avais manqué Paula…

La petite se recula et regarda sa mère dans les yeux.

- Pourquoi tu pleures maman ?

- Parce que je suis contente, comblée, tu m'avais tellement manqué, répétât-t-elle.

- Toi aussi tu m'as manqué maman, dit la petite fille avec un sourire qui fit fondre sa maman.

- Je t'aime mon trésor, tu le sais ça ? Elle caressa la joue de sa fille

- Moi aussi maman, répondit Paula en plongeant sa tête dans le cou de sa mère.

Raquel pleura de plus belle, elle s'attendait à tout sauf à ça, elle était tellement persuadée que sa fille ne voudrait pas lui parler, elle ne comprenait pas grand-chose mais elle était heureuse, elle avait sa fille dans ses bras et c'est tout ce qui comptait.

Elle la porta et alla s'installer sur le canapé avec elle, la grand-mère les suivit.

- Ca se passe bien chez tante Laura ? Ton père est gentil avec toi ?

- Oui ça se passe bien, on est allé à Disneyland !

- C'est génial ça, tu as dû bien t'amuser, dit la mère en souriant.

- Oui papa m'a offert une grande peluche, elle est presque plus grande que moi !

- Plus grande que toi ? Tu en as de la chance ! Dis-moi ma chérie, il se met en colère papa parfois ?

- Non parce que je suis très sage !

- Je n'en doute pas Paula, il ne se met jamais en colère contre toi alors ?

- Non jamais pourquoi ?

La jeune femme s'était énormément inquiétée pour sa fille connaissant le caractère violent que peut avoir son ex mari.

- Il ne t'a jamais fait mal ou blessé même sans faire exprès ?

- Bah non c'est mon papa, il m'aime pourquoi il me ferait mal ? la fillette ne comprenait pas les questionnements de sa mère

- Tu as raison c'est ton père, je m'inquiète pour toi ma puce c'est tout, ajouta Raquel en déposant un baiser sur son front.

Raquel fut grandement rassuré, l'idée qu'elle vive chez lui ne lui plaisait toujours pas du tout mais elle était heureuse de savoir qu'il n'avait jamais levé la main sur elle, ça aurait était pire que tout à ses yeux elle pensa néanmoins à sa sœur, espérant qu'elle ne subisse pas le même sort qu'elle.

Après son divorce, sa sœur était tombée amoureuse de lui, ce n'était qu'à ce moment que Raquel s'était décidé à porter plainte pour violence conjugale, pour éviter qu'il arrive lui arrive la même chose qu'à elle, mais c'était trop tard, sa sœur avait prit ses aveux pour des mensonges, de la jalousie, leur relation s'était dégradée définitivement.

Elles passèrent l'après-midi ensemble à discuter, jouer, Paula avait même fait une sieste sur les genoux de sa mère après avoir regardé un dessin animé.

La sonnette retentit à nouveau et Raquel emmena sa fille dans sa chambre.

- On se voit la semaine prochaine d'accord ma puce ?

- Oui j'ai hâte, je suis contente que tu sois revenue !

- Moi aussi je suis contente Paula. Et souviens-toi de ce que je t'ai dit, il ne faut pas que tu racontes à ton père et à Laura que je suis revenue te voir d'accord ? C'est très important.

- Promis maman.

Elle la serra fort dans ses bras et la laissa s'en aller, un pincement au cœur.

Quelques heures plus tard Raquel décida d'aller boire un verre chez Hanoi, le fameux bar où elle avait l'habitude d'aller. Elle avait le cœur léger, elle se rendait compte à quel point le manque de sa fille l'avait affecté, jusqu'à la rendre malade, tout allait mieux maintenant, elle n'arrivait même pas à dissimuler ce sourire béat dessiné sur son visage. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle allait faire maintenant mais elle était rassurée.

Elle savourait une margarita assise au bar en repensant à son premier rendez-vous avec Sergio, enfin Salva, ce dernier lui avait confié avec humour que s'il en prenait ne serait-ce qu'une de plus il risquait de devenir incontrôlable. Elle sourit, ce jour là elle l'avait menacé avec son arme de service pour la première fois sur les conseils d'Ángel, qui avait trouvé l'homme un peu louche, elle l'avait forcé à l'emmener jusque chez lui pour vérifier les dires de son ami mais elle n'y avait rien trouvé, ce soir là fut le soir où ils devinrent intimes quelle ironie se dit-elle.

Elle fut interrompue dans ses pensées par une voix familière.

- Raquel !

Elle se retourna son verre à la main et vu avec stupéfaction son ami, qu'elle croyait avoir perdue. Elle lâcha son verre qui éclata au sol, le son du verre qui se casse résonna dans sa tête, le temps s'arrêta.
Elle fixa l'homme complètement abasourdie, il avait fini par se réveiller.

Elle se leva de son tabouret en laissant négligemment un billet de 5€ sur le comptoir du bar puis se dirigea vers lui. Arrivée devant lui elle posa une main sur son bras.

- Oh mon dieu Ángel !

L'homme qui avait un regard assez dur laissa échapper un sourire malgré lui, il prit sa main et la serra en soupirant.


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