Chapitre 2

Bello Restaurant, New-York, 21h30.

Kate passa la porte du restaurant, et aperçut immédiatement Lanie, déjà attablée, et plongée dans la lecture de la carte. Elle la rejoignit, ravie de passer cette soirée en sa compagnie. Ces dernières semaines, elles n'avaient fait que se croiser, principalement à la morgue, et entre le travail, et leurs hommes respectifs, le temps semblait comme leur échapper continuellement. Lanie se leva aussitôt pour l'étreindre, l'air toute impatiente et excitée à l'idée de cette soirée entre filles.

- Alors tu as réussi à t'échapper ? la taquina-t-elle d'entrée de jeu, alors que Kate enlevait son manteau pour s'asseoir.

- Je suis mariée, Lanie, pas prisonnière …, sourit Kate.

- Ah … Parce qu'il y a une différence ? lui fit Lanie avec un petit sourire en coin.

Kate se contenta de lui lancer un regard exaspéré, habituée aux taquineries de Lanie concernant sa vie de couple. Lanie était très heureuse pour elle. Elle l'avait été dès qu'elle lui avait annoncé, il y a plus d'un an maintenant, que Rick avait fait sa demande, et qu'elle avait dit oui. Même si pour elle, le mariage n'était pas une nécessité, elle savait combien c'était important pour Kate. Elle avait été la plus investie des demoiselles d'honneur, mettant tout son cœur à l'épauler pour les préparatifs. Elle l'avait écoutée, consolée, rassurée après le désastre de ce mariage réduit à néant en ce jour qui aurait dû être le plus beau de sa vie. Et puis elle avait été là, encore, même après le retour de Rick, quand tout cela lui pesait sur le cœur, et qu'elle ne pouvait pas lui confier à lui toute sa peine pour ne pas qu'il culpabilise et souffre davantage encore. Enfin, elle avait été plus heureuse et soulagée que jamais quand elle avait appris la bonne nouvelle en novembre dernier. Kate et Rick étaient enfin mariés. Pleine de curiosité, Lanie avait tout voulu savoir de ce qu'ils s'étaient dits, de son émotion, de son bonheur simplement, et de la nuit de noces, bien entendu.

- En plus, c'est soirée poker au loft …, expliqua Kate, en prenant la carte pour choisir son plat.

- Oh … Il y a du beau monde alors …

- Hum … Patterson, Connelly, et Patricia Cornwell je crois …, répondit Kate, évasive, tout en lisant les menus.

- Patricia Cornwell ? Tu te moques de moi ? lui lança Lanie, sidérée, la regardant par-dessus sa carte.

- Non, je crois que c'est une très bonne amie de Connelly, et il l'a invitée. Pourquoi ?

- Chérie … Patricia Cornwell ! Quoi ! Patricia Cornwell ! s'exclama Lanie, tellement fort que le couple assis à côté d'elles la dévisagea avec un air un brin méprisant.

- Tu es fan ?

- Son héroïne est une femme médecin légiste … évidemment que je suis fan ! souffla Lanie, s'efforçant de contenir sa joie pour ne pas s'attirer les foudres de leurs voisins de table.

Kate sourit, amusée par son enthousiasme.

- Je ne suis pas la muse d'un auteur de polar moi, on se raccroche à ce qu'on peut, hein ! expliqua Lanie comme pour se justifier.

- Si j'avais su, j'en aurais parlé à Castle.

- Si j'avais su, moi, on se serait incrustées à la soirée poker !

- Tu ne sais pas jouer au poker …, fit remarquer Kate, avec un petit sourire.

- Crois-moi, je sais bluffer … c'est bien tout ce compte !

Elles éclatèrent de rire. Puis, tout en passant leur commande, elles discutèrent de leur journée respective, avant que Lanie n'oriente la conversation vers un sujet bien plus intéressant à son goût.

- Alors dis-moi, qu'avez-vous prévu pour la St Valentin ? demanda-t-elle.

- Rien de particulier …, répondit Kate, évasive.

- Comment ça rien de particulier ? Ne me dis pas que les Castle vont se faire une soirée dvd pour la St Valentin ? s'exclama son amie, prenant un air inquiet.

-Mais non …, répondit Kate en riant.

D'ordinaire, il ne planifiait pas vraiment leur soirée de St Valentin. Plutôt que de se mêler à une foule de couples dans un restaurant, ils aimaient se retrouver simplement autour d'un dîner romantique au loft, un dîner au cours duquel, chacun réservait à l'autre quelques petites surprises, amoureuses, tendres ou coquines. Cette année, avec ce défi sexy dont Rick avait eu l'idée, la St Valentin s'annonçait plutôt pimentée, et pleine d'imprévu et d'inattendu.

- Ce n'est pas parce que vous êtes mariés qu'il faut vous relâcher ! lança Lanie. Entretenir le désir, toujours … c'est important.

- Ne t'inquiète pas pour nous. Tout va très bien pour notre désir …. même très très bien …, répondit Kate d'un air suggestif, repensant à leur étreinte passionnée il y a quelques heures à peine dans la cuisine.

Lanie comprit aussitôt le message, tellement habituée aux sous-entendus de son amie, qui n'en disait jamais trop, mais glissait juste assez d'informations pour lui laisser entendre qu'elle était pleinement épanouie avec Castle, et ce à tout point de vue.

- Oh oh ! s'exclama Lanie, dont la curiosité avait été piquée au vif. La jupe a fait son effet ? Je le savais !

- Lanie, Castle n'a pas besoin de me voir en jupe pour qu'on …

- Ah bon ? fit son amie avec un sourire en coin.

- Je ne te raconterai rien, affirma Kate. Inutile d'essayer de m'amadouer avec ton petit sourire.

- Dis-moi juste si la jupe a fait son effet … C'est grâce à moi après tout !

- Tu m'avais conseillé la jupe pour le tribunal, Lanie, pas pour exciter Castle …

- Ça l'a excité ?

Kate se contenta de lui répondre par un sourire, se refusant d'entrer dans les détails. Lanie était tenace, et s'apprêtait à revenir à la charge, mais heureusement, l'arrivée du serveur, leur apportant leurs plats, détourna son attention quelques secondes, et amena son esprit à se reconcentrer sur la Saint-Valentin.

- Alors, dis-moi, reprit Lanie, tout en commençant à manger. Pour la Saint-Valentin, tu as bien prévu un petit quelque chose pour émoustiller ton cher mari ?

- L'émoustiller ? Le mot est un peu léger. Je ne l'émoustille pas, je le rends complètement fou de désir.

- Kate Beckett ! Je suis …. sous le choc !

Kate éclata de rire. Lanie la tannait tellement souvent pour apprendre des détails croustillants sur son intimité avec Rick, que la moindre bribe d'information lui semblait être la révélation du siècle.

- Tu m'as mis l'eau à la bouche là ! Alors ? Un effeuillage sensuel et romantique ?

- Lanie … c'est une surprise pour Castle.

- Si ça peut te rassurer, je n'ai pas l'intention d'aller lui dire !

- Comment peut-on être aussi curieuse ?! s'exclama Kate en riant.

- Ce n'est pas de la curiosité, c'est de l'intérêt pour ma meilleure amie …

- La nuance est subtile, sourit Kate.

- Allez, donne-moi juste un indice …

- Je vais lui permettre de réaliser un de ses fantasmes.

- Un fantasme … hum … tous les deux ou à plusieurs ?

- Lanie ! Tous les deux bien-sûr ! lança Kate, prenant un air offusqué.

- La salle de repos du poste ? enchaîna Lanie.

- Non, mais ça ne va pas !

- Quoi ? fit Lanie, avec un petit sourire. Je suis sûre que Castle ne rêve que de ça.

- Certainement, mais non … ça ne restera qu'un rêve.

- Dommage … car c'est plutôt excitant de faire ça au poste.

Kate lui lança un regard à la fois étonné, et interrogateur.

- Tu as l'air de parler en connaissance de cause ? lui lança-t-elle, intriguée.

- Oh … je ne te dirais rien … puisque tu ne me dis rien ! s'exclama Lanie, prenant un air catégorique mais empreint de mystère.

- Tu parles …. Tu meurs d'envie de me raconter, sourit Kate. Tu as fait l'amour au poste ?

Elle vit un sourire malicieux apparaître sur le visage de son amie.

- C'est arrivé …, répondit Lanie, évasive.

- Tu ne m'avais jamais dit ça ! Tu es là à me faire passer un interrogatoire au lieu de me raconter un truc palpitant !

Lanie éclata de rire, tant elle aimait ce côté-là de son amie. Kate était si secrète quand il s'agissait de parler de Castle et elle, par pudeur et réserve en partie, mais aussi parce qu'elle considérait que l'intensité de ce qu'ils partageaient dans leur intimité devait rester leur jardin secret. Lanie aimait la titiller à ce sujet-là, surtout pour s'amuser de ses réactions. Par contre, Kate n'était jamais la dernière pour s'intéresser à ses propres histoires croustillantes.

- Avec Javi ? demanda Kate, curieuse.

- Avec qui d'autre ? Franchement, Kate …

- Où ça ?

- Oh, tu n'es pas flic pour rien toi … Et après, tu m'accuses de te faire passer un interrogatoire !

- Oui, mais toi tu adores me raconter tes folles expériences !

- Ce n'est pas faux … Alors, si tu veux un bon plan … je te conseille les douches de la salle de sport … le soir …, passé vingt-deux-heures, il n'y a pas un chat.

- La plupart du temps …, constata Kate avec un petit sourire.

- Justement … c'est ça qui est excitant … Se faire surprendre … Tu devrais essayer …

Kate lui lança un regard perplexe.

- Non, oublie, se reprit Lanie avec son petit sourire en coin. Tu es bien trop professionnelle pour faire ça au poste de toute façon.

- Tu crois ? demanda Kate, en réfléchissant réellement à la question.

- Evidemment …, répondit Lanie.

- Je crois aussi, conclut Kate, qui se sentait bien incapable de se laisser aller ainsi sur son lieu de travail.

- Mais …, ajouta Lanie.

- Quoi, mais ?

- Mais la St Valentin, ce serait une occasion géniale pour te lâcher un peu.

- Tu crois que je suis coincée ou quoi ? fit mine de s'offusquer Kate, avec un léger sourire.

- Non, ce n'est pas ce que je veux dire … Je sais que derrière ta pudeur se cache une véritable tigresse au lit !

- Lanie !

Son amie éclata de rire. Elle ne se lassait pas de l'exaspérer.

- Je voulais juste parler de faire l'amour au poste, chérie …

- Pourquoi tout le monde trouve ça si excitant de s'envoyer en l'air au poste ? sembla s'étonner Kate.

- Parce que ça l'est ! Imagine-toi entraîner Castle sous la douche de la salle de sport …, braver un interdit …

Kate imaginait en effet très bien la scène, qui rendrait Rick absolument fou de désir. Elle se demandait même s'il s'en remettrait, tant il n'en croirait pas ses yeux si elle lui faisait pareille proposition. Le connaissant, il croirait peut-être même vivre un rêve éveillé. Il s'était amusé, parfois, à lui suggérer l'idée de trouver un petit moment, et un endroit discret, pour faire l'amour au commissariat. Cela faisait bien évidemment partie de ses fantasmes, et il avait dû en rêver déjà alors qu'ils n'étaient même pas encore ensemble. Il la taquinait parfois avec ça, tout en étant parfaitement convaincu qu'elle resterait intransigeante. Le poste était son lieu de travail. Pas un lieu de plaisir et de divertissement. Elle lui avait suffisamment répété. Mais elle aimait le surprendre, l'étonner, et elle savait que lui-aussi ne se lassait pas de se voir dévoiler une petite partie du mystère qu'elle était à ses yeux.

- Il serait fou …, sourit Kate, pensait à l'air béat que prendrait Rick si cela devait arriver un jour.

- Tu vois ! La St Valentin, c'est le moment de faire tomber les barrières, faire un truc hors norme, que tu n'as jamais fait !

- Tu veux m'inciter à la débauche ! s'exclama Kate en riant.

- La débauche ? Tout de suite ! Je veux juste t'inciter à prendre ton pied de manière originale … et inédite.

- Je reconnais que c'est tentant.

Une part d'elle-même mourrait d'envie de tenter l'expérience. Après tout, Lanie avait raison. Il n'y avait jamais personne dans la salle de sport après vingt-deux heures, et aussi beaucoup moins d'aller-et-venue au poste. Une à deux fois par semaine, elle prenait encore le temps d'aller se défouler une petite heure, de frapper dans le sac de sable, évacuant ainsi la tension accumulée au travail, tout en gardant la forme. Et elle avait tout le temps la salle de sport pour elle seule. Alors pourquoi pas ? Mais en même temps, c'était une véritable folie d'imaginer faire ça au commissariat. Même si elle arrivait à se lancer, elle se demandait si elle arriverait à s'abandonner complètement au plaisir dans les bras de Rick. Cela méritait néanmoins réflexion. Comme souvent, Lanie l'amenait à dépasser ses appréhensions pour vivre pleinement, comme elle l'avait fait, à l'époque, quand il s'agissait d'ouvrir ou non son cœur à Castle.

- Bon, et toi alors ? reprit Kate. La St Valentin ?

- Moi … Je ne sais pas vraiment …, répondit Lanie, prenant tout à coup un air sérieux.

Kate sentit immédiatement qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Rien de grave sans doute, mais quelque chose la tracassait. C'était tout Lanie ça. Elle venait de passer une demi-heure avec le sourire à tenter d'en apprendre davantage sur son intimité, à plaisanter sur la gaudriole et à la taquiner, alors qu'elle-même était certainement préoccupée par un sujet autrement plus sérieux.

- Vous vous êtes disputés ? demanda aussitôt Kate, qui ne connaissait que trop bien la petite moue de son amie.

- Oui …, mais ne t'en fais pas, on est déjà réconciliés …, répondit Lanie avec un léger sourire.

- Alors pourquoi cet air soucieux ?

Lanie soupira, prête à se lancer dans une explication.

- On s'est réconciliés … sur l'oreiller, on va dire, sans même parler du fond du problème …

- Je croyais que tout allait beaucoup mieux entre vous, fit remarquer Kate.

- Oui, ça va mieux. Ça va bien, même très bien je dirais.

- Mais ?

- Mais … on s'est disputés pour une broutille … et je sens qu'on recommence comme avant, à laisser les non-dits s'installer, et à ne pas vraiment parler de nous … et c'est de ma faute en plus …

- De ta faute ? s'étonna Kate. Que s'est-il passé ?

- Ce matin, Javi n'avait rien pour se changer, et il devait repasser chez lui avant d'aller au poste …. Et …, commença Lanie avant de s'interrompre, réalisant combien tout cela lui paraissait ridicule a posteriori.

Ces quelques mots suffirent à faire comprendre à Kate les questions qui avaient dû être soulevées ce matin même entre Lanie et Esposito, lui rappelant le début de sa relation avec Castle. Son installation au loft s'était faite naturellement et progressivement. Ils n'avaient pas vraiment décidé cette vie à deux, comme on peut prendre une décision majeure. De quelques soirées et quelques nuits ensemble, ils en étaient venus à ne plus se quitter du week-end, puis de la semaine, et au final, petit à petit, Kate avait trouvé sa place tout simplement au loft, amenant avec elle quelques-unes de ses affaires personnelles. La chambre de Rick était devenue la leur, et il l'avait accueillie avec plaisir dans sa tanière comme il aimait à le dire, non sans quelques concessions. Linus en avait fait les frais. Il n'y avait jamais eu de grande conversation sur le sujet. C'était une évidence. Néanmoins, excepté ses vêtements et quelques livres, elle n'avait rien lui appartement personnellement au loft. Elle n'avait pas vraiment besoin de quoi que ce soit d'autre. Elle n'était pas du genre matérialiste, si ce n'est pour quelques petits objets qui l'accompagnaient au quotidien. Et pour Rick, ce qui était à lui, était à elle. Toute sa vie d'avant était restée dans son appartement qu'elle louait toujours. Il allait falloir, d'ailleurs, qu'elle prenne une décision. Rick, il y a quelques mois, lui avait gentiment dit que tous ses cartons seraient les bienvenus au loft, et qu'elle pouvait peut-être résilier son bail. Mais jusqu'à présent, elle n'avait pu s'y résoudre. Elle n'y passait que rarement, en coup de vent, pour vérifier que tout était en ordre, ou pour récupérer un roman qu'elle avait envie de lire. Il arrivait, de temps en temps, qu'ils fuient tous deux un loft un peu trop surpeuplé à leur goût pour profiter d'une soirée en amoureux dans son petit appartement. Ils aimaient y retrouver la douceur de ce petit cocon qui leur rappelait à tous deux leurs premiers émois secrets. Mais, son appartement occupait aussi une place réelle dans son cœur. Elle y avait mené des années durant cette longue quête pour retrouver l'assassin de sa mère. Elle s'y était réfugiée, de nouveau, pour trouver une piste quand Rick avait disparu. Elle y avait passé des nuits blanches, anéantie, désespérée, à regarder sa photo sur son murderboard. Elle y avait pleuré des heures durant, s'endormant épuisée, le visage baigné de larmes, dans son lit si froid sans Rick à ses côtés. Il y avait quelque chose d'un peu ombilical qui la rattachait à son appartement, et imaginer s'en défaire lui faisait mal au cœur. En même temps, elle continuait de payer des factures sans y vivre, et trouvait cela ridicule. Elle n'en avait pas du tout parlé à Rick pour le moment, mais elle y réfléchissait.

- C'est complètement nul quand j'y repense …, continua Lanie. Enfin … Javi s'est énervé parce que ça l'obligeait à faire un détour, et il allait arriver en retard au poste. Javi en mode grognon dès le matin … je te laisse imaginer.

- Je vois …, répondit Kate avec un léger sourire, attendant que Lanie en vienne au fait principal.

- Il a fini par dire qu'il serait peut-être temps que je lui fasse de la place pour ses affaires.

- Hum …. Il t'a tendu une perche ..., commenta Kate.

- En effet … mais …

- Ne me dis pas que …

- Si … J'ai peut-être répondu un peu sèchement …, fit Lanie avec une petite moue dépitée.

- Un peu sèchement ? Que lui as-tu dit ?lui demanda Kate, l'air inquiète de la froideur dont pouvait avoir fait preuve Lanie.

- Qu'il n'avait pas besoin de place pour un caleçon et une paire de chaussettes, et qu'il n'avait qu'à être prévoyant, et penser à ses affaires …

- Lanie ! s'exclama Kate, stupéfaite. Tu ne lui as pas dit ça quand même ?

- Je crains que si …

Kate la dévisagea en soupirant, d'un air complètement désappointé.

- Je n'ai pas réfléchi …. Je n'ai pas vu le sous-entendu sur le coup …, expliqua Lanie comme pour se justifier.

- Comment a-t-il réagi ?

- Je te passe les détails, mais il est parti en claquant la porte … et ce midi réconciliation … torride.

- La routine …, sourit Kate, ironiquement. Maintenant que tu as compris le sous-entendu, que comptes-tu faire ?

- Je ne sais pas … Je crois qu'il voudrait qu'on s'installe ensemble.

- Vous n'en avez pas parlé ?

- Non, tu sais comment il est …

- Et comment toi tu es … Toujours à éluder les questions importantes quand il s'agit de Javi.

A son tour, Lanie soupira, tant elle savait que Kate avait raison. Dès qu'il s'agissait de s'engager vraiment, ou de perdre une once de sa liberté, elle tergiversait. Jusqu'à présent, Javier était dans le même état d'esprit qu'elle, ce qui avait rendu leur relation systématiquement tumultueuse. Quand l'un était prêt à avancer, l'autre ne l'était pas, et régulièrement, ils se disputaient, et en venaient à préférer prendre de la distance, évitant ainsi de se faire souffrir inutilement. Depuis quelques mois néanmoins, depuis cet enfer qu'avaient vécu Beckett et Castle, ils avaient commencé à envisager les choses autrement, conscients de la fragilité du bonheur, et de la vie en général. Ils avaient repris une relation plus apaisée, plus sereine. Une relation exclusive qui se construisait pour la première fois positivement, patiemment. Mais force était de constater que discuter d'avenir, se projeter dans un futur commun restait un sujet délicat à appréhender pour l'un comme pour l'autre.

- Vous vivez déjà pratiquement ensemble, Lanie … fit remarquer Kate.

- Pratiquement … mais pas complètement.

- Vous passez toutes vos soirées et vos nuits ensemble …, les week-ends aussi. Alors officialiser la vie à deux ne changerait pas grand-chose concrètement.

- C'est psychologique, sourit Lanie. Pour l'instant, j'ai encore une part d'indépendance. Quand on se dispute, chacun chez soi et pas de souci.

- C'est un prétexte ça, pour ne pas sauter le pas. Tu sais, en vivant vraiment avec Javi, tu vas découvrir tellement de petites choses encore chez lui que tu vas adorer, ou qui vont t'exaspérer, mais qui vont faire que tu vas l'aimer plus encore. Tu peux me croire …

- Ça mérite réflexion …

- Et puis quand vous vous disputerez, tu sais on a une chambre d'ami au loft. On vous accueillera à tour de rôle …

- Quelle générosité ! lança Lanie en souriant.

- Tu sais ce que ma meilleure amie me dirait ? Arrête de réfléchir, et fonce.

- Je la connais ? lui fit Lanie avec un sourire. Elle a l'air de bon conseil …

- Elle l'est oui … mais elle a un gros problème pour appliquer ses propres conseils à son cas personnel.

Elles éclatèrent de rire.


Mardi 12 février.

Belleclaire Hotel, Manhattan, 8h15.

Ce matin, New-York s'était réveillée dans la grisaille d'un épais brouillard qui s'engouffrait jusque dans les rues. Conjuguée au froid hivernal, aux quelques arbres dépourvus de feuilles, et à au vent léger qui secouait les branches, cette brume créait une atmosphère maussade. Mais ce matin, rien ne pouvait entacher la bonne humeur de Castle, qui, aux côtés de Beckett, remontait la rue en direction de l'hôtel Belleclaire, où le corps d'un jeune homme avait été découvert, dans l'une des chambres, il y avait une heure à peine. Ce n'était pas la perspective de cette nouvelle enquête qui le mettait en joie, même si un nouveau cadavre, aussi morbide cela soit-il, faisait le bonheur de sa journée. Mais il était tout content à l'idée que leur petit défi sexy avait commencé. Il savait qu'ils allaient bien s'amuser avec ces baisers impromptus, et il n'avait pas l'intention d'être trop sage. Certes, il avait promis à Kate de ne pas la mettre mal à l'aise, mais l'exaspérer un peu était autorisé. Et surtout, il avait vraiment hâte de découvrir la surprise qu'elle allait lui réserver aujourd'hui. Kate pouvait être tellement étonnante quand il s'agissait de lui faire plaisir, de l'exciter, ou de le surprendre.

Ils s'étaient garés un peu plus loin dans la rue, qui avait été barrée pour permettre l'accès des voitures de patrouille, de celles des experts scientifiques et du légiste. Ils avançaient en direction des lumières bleues et rouges clignotant dans le brouillard, tout en discutant de ce qu'ils allaient découvrir dans cette chambre d'hôtel. Un grand mystère apparemment. C'est le Capitaine Gates qui avait appelé, alors qu'ils finissaient de prendre le petit-déjeuner, leur décrivant cette affaire comme une mort suspecte. Autrement dit, un cadavre avait été trouvé sans qu'il soit possible de prime abord d'établir la cause du décès. Mais, d'après les premières observations des officiers appelés sur place, la cause de la mort ne semblait pas naturelle. Ils s'étaient donc dépêchés de se rendre sur place, se demandant à quoi s'attendre. Un jeune homme retrouvé sans vie sans blessure apparente dans un hôtel au petit matin, cela sonnait comme une overdose ou quelque chose s'y apparentant. Mais il fallait vérifier. L'hôtel Belleclaire, sur la 77ème Rue, était principalement fréquenté par les touristes étrangers, en raison de ses tarifs forts abordables en contrepartie des prestations proposées, et de sa localisation en plein cœur de l'Upper West Side, à proximité de Broadway, dans un quartier plutôt huppé de la ville.

Tout en marchant, Rick farfouilla dans sa poche pour en sortir un petit calepin noir et un stylo, et commença à y tracer des lignes.

- Qu'est-ce que c'est que ce carnet ? Tu comptes prendre des notes ? s'étonna Kate, taquine.

- Non … C'est pour marquer nos points, les choses sérieuses vont commencer d'ici peu …

- Hum … un tableau des scores … Ça ne rigole pas …, constata-t-elle avec un petit sourire.

- Je préfère prendre des notes où cas où il y ait réclamation de la partie adverse.

- Je ne suis pas mauvaise joueuse, moi, Castle. Il n'y aura pas de réclamation …

- Tu veux dire que je suis mauvais joueur ? fit-il d'un air boudeur.

- Oh oui …, soupira-t-elle.

- Je ne dis rien quand je perds au strip-poker je te signale …

- Forcément, tu te retrouves tout nu, et je me jette sur toi …, tu n'as même pas le temps d'assimiler ta défaite, qu'on est déjà en train de faire l'amour.

- Ce n'est pas faux … Mais je ne serai pas mauvais joueur pour notre défi sexy, parce que figure-toi, que ça serait super excitant d'être l'objet de tous tes désirs le jour de la St Valentin.

- Laisse-moi gagner alors … Et tu pourras assouvir tous mes fantasmes, toutes mes envies … et Dieu sait si j'en ai, répondit-elle avec son petit air malicieux.

Il la regarda avec un sourire, titillé par ses allusions.

- Tu es une tentatrice absolument diabolique … Mais tu ne m'auras à ta merci que si tu gagnes à la loyale ce défi sexy …

- Tu crois ?

- Comment ça je crois ? Tu n'as pas intérêt de tricher !

- Comment veux-tu que je triche ?

- Hum … Je ne sais pas … Mais tu es maligne … très maligne …

Elle éclata de rire, alors qu'il rangeait son petit carnet, en la regardant avec méfiance.

- Dis-moi, reprit-elle alors qu'ils arrivaient à proximité de l'hôtel, ça ne manque pas un peu de neutralité si tu arbitres et joues en même temps ?

Deux officiers, qu'ils connaissaient bien, s'occupaient de filtrer les entrées et les sorties devant la verrière qui abritait l'entrée de l'hôtel Belleclaire, une bâtisse de briques rouges datant du tout début du XXème siècle.

- Si tu ne me fais pas confiance, on peut trouver un arbitre totalement impartial …, suggéra Rick. Tiens, je suis sûr que Ryan se ferait une joie de ….

- Non, Castle … ça va aller …, répondit Kate avec un sourire, en s'arrêtant à quelques mètres des policiers. Tu ne vas quand même pas demander à Ryan d'arbitrer notre défi sexy ?

- C'est un peu bizarre, mais bon …

- Je te fais confiance … Mais je t'ai à l'œil … Si je me rends compte d'une quelconque tentative pour me voler des points, tu peux faire une croire sur la St Valentin pour les dix prochaines années, c'est clair ? fit-elle en lui lançant son regard terrifiant et menaçant, tout en s'avançant à quelques centimètres de lui.

- Euh … oui … très clair …, balbutia-t-il, tant elle le terrifiait réellement quand elle lui faisait son regard de tueuse.

Avant même qu'il n'ait eu le temps de réagir, elle embrassa sa bouche, en profitant pour mordiller délicatement sa lèvre supérieure, histoire de le titiller un peu, devant les deux officiers qui se trouvaient là.

- Trente points, Castle … La grille des scores est ouverte, annonça-t-elle avec un grand sourire.

- Non ! Mais ça ne compte pas ! s'offusqua-t-il, aussitôt, encore sous l'effet du baiser de sa muse qui l'avait émoustillé.

- Ah bon ? Pourquoi donc ? lança-t-elle, tout sourire.

- Parce que …

- Et après ça tu n'es pas mauvais joueur … T'embrasser devant les officiers Rooney et O'Malley …, je crois que c'est très inapproprié …, fit-elle, en lançant un regard vers les deux hommes qui les dévisageaient, totalement incrédules.

Il sortit son carnet, et nota les points de sa femme dans le tableau des scores, dépité de s'être fait avoir ainsi, mais en même temps grisé par le jeu qui venait de débuter sur les chapeaux de roue. Ce défi sexy allait s'avérer savoureux. Extrêmement amoureux.

- Bonjour, Lieutenant Beckett. Monsieur Castle, fit l'un des officiers.

- Bonjour. Quelle chambre ? demanda Beckett en s'avançant vers eux, désormais concentrée sur l'affaire qui les attendait.

- Chambre 301. C'est au 3ème étage, Lieutenant.

- Merci. Castle, allez … on y va …, fit-elle en s'engageant sous la verrière.

Il lui emboîta le pas, en se disant qu'il allait devoir la jouer fine. Sa chère femme pouvait faire preuve d'une malice redoutable. Elle était capable de détourner son attention avec quelques mots, de l'envoûter par quelques regards, pour parvenir à ses fins, et le prendre par surprise quand il s'y attendait le moins.