Disclaimer : rien que le fait d'écrire ce mot devrait dispenser l'obligation d'ajouter que les personnages ne nous appartiennent pas (à part Jessie pour le coup) et que nous ne touchons pas une mornille de nos écrits.

Remerciements : Lupinette bien sûr ! Pour la force mentale qu'elle doit déployer lorsqu'elle est confrontée à mes énormes bourdes ortographiques.


Chapitre 2 : Un nouveau monde

°°°

Harry déambula dans les couloirs de Poudlard tout son après-midi, troublé par ce monde qu'il ne connaissait pas et qui l'effrayait. Il avait du mal à saisir la gravité des évènements tant elle était importante. Ses parents étaient vivants, mais à quel prix ? Il alla se coucher tôt, évitant soigneusement de parler à qui que ce soit. Il refusait d'apprendre de nouvelles horreurs qu'il avait l'impression d'avoir indirectement provoquées. Sa tête, qui n'avait cessé de fourmiller de toute la journée, se laissa embarquer dans un sommeil délicieux d'insouciance.

Le lendemain matin, Harry crut pendant une fraction de seconde qu'il était dans le Poudlard qu'il adulait, mais lorsqu'il vit le lit de Seamus abandonné, il réalisa avec la puissance d'un électrochoc qu'il était dans le Poudlard de toutes ses hantises.

Il s'habilla à la hâte, et pour la première fois depuis qu'il avait fait son apparition dans ce château sordide, il chercha sa baguette. Comment avait-il pu l'oublier jusque là ? Elle était pourtant sa seule sécurité. Il fouilla les poches de sa cape, rien. Dans sa malle, rien. Sous son oreiller, toujours rien. Il n'y avait pourtant pas d'autre endroit où Harry aurait pu la ranger.

- Tu n'as pas vu ma baguette ? demanda-t-il à Ron qui enfilait ses chaussettes tout en bâillant.

- Très drôle, répondit-il, comme si Harry était un imbécile d'avoir posé cette question.

Harry essaya de ne pas faire de remarque. Il avait commis assez d'erreurs comme ça, nul n'était besoin d'en rajouter en offrant à Ron la vision d'un Harry fou à lier et hystérique. Cependant, il entamait ce lundi matin par un double cours de sortilèges, chose plutôt ennuyeuse lorsque l'on a perdu sa baguette. Ron entraîna son meilleur ami par le bras, clamant haut et fort que s'il ne mangeait pas tout de suite, il défaillerait. Harry le suivit, vaincu.

Une fois devant son bol de chocolat, Harry aperçut les premiers hiboux qui arrivaient chargés de courriers. Leur nombre était incroyablement plus faible que dans l'école que Harry connaissait. L'interdiction de communiquer avec ses parents, et donc, avec le monde extérieur, n'y était pas anodine. Un petit hibou d'une couleur indéfinissable s'arrêta en face de Jessie et lui délivra le numéro hebdomadaire de la Gazette du Sorcier. Harry remarqua que la plupart des élèves le recevaient également mais n'y accordaient aucun regard. Jessie non plus. Elle se contenta de poser le journal à côté de son assiette, et continua sa conversation avec Ginny comme si de rien n'était. Harry le lui emprunta et fut stupéfait quant à la Une que le journal présentait :

« LE SEIGNEUR DES TENEBRES GAGNE UN PEU PLUS DE TERRAIN

En effet, notre envoyé spécial français, Romain Roux, nous a signalé il y a seulement quelques heures de cela, que notre bienfaiteur à tous, Celui-Dont-On-Doit-Taire-Le-Nom, fait des ravages chez nos voisins d'Outre Manche. Les hommes de Lord V ont d'ores et déjà conquis le Pas-de-Calais, le Nord et vont bientôt entreprendre de rallier la capitale à leur noble cause, « même si l'on doit en venir à la force » a précisé l'un d'eux. Si la population française reste réticente à faire valoir les paroles du Seigneur des Ténèbres, les Mangemorts ne comptent pas pour autant baisser les bras. « Nous leur ferons comprendre leurs erreurs de jugement », dit Mr Malefoy « même s'ils doivent pour cela donner leurs vies ».

Le but final de l'intrusion des Mangemorts en France reste indéterminé, même si la prise de l'école de Beauxbâtons reste bien évidemment l'une des raisons qui semblent les plus probables.

D'après nos sources, l'invasion des Mangemorts sur les sols français aurait causé la mort de quelques 2 347 personnes, dont 1 501 moldus. « Les pertes humaines, », comme le précise Mrs Lestrange, « sont inévitables pour l'apprentissage de nos valeurs ». Nous déchiffrons par ailleurs 6 023 personnes blessées, dont parmi elles seulement 78 sorciers, chiffre bien dérisoire par rapport à la population française.

Toutes personnes ayant des informations sur l'emplacement ou les agissements de l'Académie Magique de Beauxbâtons est priée de se faire connaître au ministère au plus vite.

Gloire au Seigneur des Ténèbres, notre protecteur et chef bien aimé.

D.B. »

Harry ne pouvait en croire ses yeux. Il relut l'article une deuxième fois, plus lentement, puis une troisième, plus rapidement. Rien n'y faisait, les mots restaient les mêmes. Le sens aussi restait le même. La Gazette n'avait jamais fait dans la dentelle, elle n'avait jamais fait autre chose que suivre la direction du vent, mais de là à se prosterner aux pieds de Voldemort, cela restait énorme. Invraisemblable. Terrifiant. Harry feuilleta le reste du journal. Partout, des phrases glorifiant le tyran. Partout des articles qui vous défiaient de vouloir désobéir à SES ordres. Partout des semblants d'articles sur des sujets apparemment anodins, et qui servaient finalement à vous bourrer le crâne. Par exemple, une publicité banale pour un engrais à Mandragore devenait « l'engrais pour Mandragore certifié de bonne qualité par Lord V ». Ou encore, les chocolats et nougats de la mère Chicore devenaient « ceux que votre Seigneur mangerait ». A la fin de la Gazette se trouvait une liste des livres bannis parce que leur contenu était considéré inconvenable tant que certains Mangemorts ne les avaient pas lu.

- Comment un journal peut-il renier son âme à ce point ? demanda Harry. La Gazette n'a jamais été mon hebdomadaire préféré, c'est le moins que l'on puisse dire, mais ce léchage de bottes, c'est répugnant.

- Ces gens du ministère sont de vraies lavettes. Heureusement que papa en a fini avec eux, répondit Ron.

- Leurs articles ont toujours été vides, impersonnels. Mais c'est vrai que depuis quelques temps, ils ont touché le fond, ajouta Jessie. Ou du moins, j'espère pour eux qu'ils ont touché le fond, parce que si tel n'est pas le cas, je me demande jusqu'où ils vont descendre !

- Heureusement pour nous que le père de Luna n'est pas comme ça, rétorqua Ginny. Au moins, le Chicaneur dit ce qu'il y a à dire, et grâce à Luna, on arrive tout de même à avoir des nouvelles dignes de ce nom du monde extérieur.

Harry ne répondit rien, il ne voulait pas que ses camarades se rendent compte de son étonnement. Il ne pouvait pas croire que le Chicaneur, vrai torchon à ragots plus improbables les uns que les autres, était ici l'un des seuls journaux reflétant la réalité des évènements. Il aurait donné n'importe quoi pour en tenir un numéro entre ses mains en ce moment.

- Ce serait possible d'en obtenir un numéro maintenant ? demanda-t-il à la ronde.

- Je peux voir avec Luna si tu veux, mais il faudra attendre ce soir, vers 5h00, que je puisse lui parler discrètement.

- Cette stupide interdiction de communiquer, c'est de la censure ! s'emporta Jessie.

- Il est évident que s'ils n'avaient rien à se reprocher, ça ne les dérangerait pas que l'on parle politique entre nous, répondit Ginny.

- Je ne sais pas vous, mais de mon côté je ne me souviens même plus d'un seul moment où nous étions vraiment libres dans cette école, rétorqua Ron. Je veux dire, en première année, avant que Dumbledore ne parte, la vie était sûrement bien plus agréable, mais elle semble tellement loin que je ne m'en souviens même plus.

- C'est vrai, dit Jessie d'une voix rêveuse. A part la neutralité des portraits et la bienveillance des professeurs, j'ai sans cesse l'impression d'être espionnée, quoi que je fasse. C'est tout de même incroyable de ne pas avoir le droit d'écrire à nos parents ! Pas nous bien sûr, mais interdire les élèves dont les parents sont neutres, c'est tout simplement dégueulasse.

- Si seulement… commença Ron.

Mais il fut interrompu par un hurlement rauque.

- Une semaine de retenues pour les deux Weasley, Potter et Black ! aboya Rogue qui était apparu derrière eux sans un bruit. Vous croyez peut-être que les règlements ne s'adressent pas à vous sous prétexte que vos parents ne les respectaient pas (à ces mots, il regarda particulièrement Harry et Jessie), mais vous n'êtes pas de la même génération, et je ne suis pas comme ce laxiste et stupide ancien directeur. Pas de politique !

- Pourquoi ? demanda Harry, en toute innocence.

Il s'avéra que Rogue, bien que directeur de l'école en ces temps-ci, était toujours le même cancrelat répugnant, incapable de se retenir de cracher son venin sur d'anciennes rancunes de collégiens. Harry éprouvait toujours une sensation de bienfaisante malfaisance à le mettre en rogne.

- Une semaine de retenues en plus pour vous Potter. Sachez que les règlements de cette école ont été élaborés par des personnages bien plus importants et intelligents que vous, et que si je vous donnais la réponse à votre question, ce que je ne perdrai pas mon temps à faire, vous n'en comprendriez même pas la signification.

- Essayez toujours pour voir, rétorqua Harry, sous les regards outrés de ses amis.

Rogue fulmina. Son visage blafard prit une teinte violacée, et il sembla étouffer littéralement de colère et de fureur. Ron et Ginny regardaient tous deux leur ami comme s'il venait de perdre la raison devant eux. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls. La Grande Salle entière le dévisageait, le prenant au choix pour un déséquilibré, ou pour un masochiste. Harry aperçut même Hermione à l'autre table, qui se mordait la lèvre inférieure, comme elle le faisait si souvent lorsqu'elle était sous l'emprise de la panique. Seule Jessie semblait ravie de la situation. Ses yeux pétillaient, et un sourire en coin illuminait son beau visage. Harry comprit à cette vision qu'il l'avait choisi parce qu'elle ressemblait à son parrain. Mais le jeune homme ne put pousser plus loin ses analyses, car Rogue explosa de fureur.

- Professeur McGonagall, interpella-t-il en direction de la table des professeurs, emmenez ce répugnant personnage dans votre bureau. Maintenant.

Il avait susurré le dernier mot, doucement, ce qui rendait la situation bien plus effrayante que s'il s'était mis à hurler. Harry jubilait. Il avait réussi à mettre Rogue hors de lui, et avait gagné un tête à tête avec sa directrice de maison. Cela n'avait pas été son but, mais les rendez-vous et discussions privés entre élèves et professeurs étant formellement interdits, la convocation pour manquement à la discipline était finalement une bonne punition. Pourvu que Rogue n'y assiste pas.

Le professeur McGonagall approcha de la table des Gryffondor, l'air hautain et dur, et Harry attrapa son sac pour la rejoindre. Elle l'emmena jusqu'à son bureau sans un mot. Harry se dit qu'il pourrait peut-être lui parler de la situation qu'il avait induite contre son gré, peut-être McGonagall trouverait-elle une solution. Peut-être avait-elle en sa possession un retourneur de temps semblable à celui de Dumbledore. Même si cela voulait dire perdre à nouveau son directeur. Perdre à nouveau son parrain. Perdre à nouveau ses parents. Mais les perdrait-il réellement, s'il n'avait même pas pu les voir vivants ? Et sacrifier quatre personnes valait amplement mieux que le nombre incalculable de victimes que Voldemort avait fait. L'élève prit place face à son professeur. Rogue n'était pas là, pour son plus grand soulagement. Restait à savoir ce qu'il allait bien pouvoir dire pour que son histoire paraisse crédible.

°°°

- Puis-je savoir à quoi vous jouez Potter ? demanda le professeur McGonagall.

Harry n'avait que faire du ton furieux qu'elle avait employé. Il savait qu'elle avait toujours été du côté de Dumbledore, qu'il ne pouvait en être autrement. Il ne savait pas exactement pourquoi l'ancien directeur avait choisi de confier son poste à Rogue plutôt qu'à elle, mais c'était probablement parce que Dumbledore croyait encore que Rogue était de leur côté. Voldemort aurait alors eu confiance en son Mangemort, et Dumbledore pouvait partir sans trop de craintes, puisqu'il avait laissé Poudlard sous la direction de son allié.

- Professeur, commença-t-il.

- Taisez-vous !

- Mais…

- Croyez-vous qu'il s'agisse là d'un jeu ? Croyez-vous qu'il soit bon de vous mettre votre directeur à dos encore un peu plus qu'auparavant ?

- Mais je…

- Je ne veux pas entendre vos excuses, les règlements sont là pour que vous les respectiez.

- Ces règlements ne sont pas justes !

- Ce n'est pas à vous d'en juger.

- Vous voulez dire qu'il faut plier sous la dictature ?

- Je dis simplement qu'il vaut mieux pour vous vous faire tout petit. Il ne vous reste qu'une année avant de les rejoindre, n'allez pas tout fiche en l'air.

- Professeur il faut que je vous dise…

- Je ne veux rien entendre de plus Potter ! l'interrompit-elle avec véhémence.

- Mais c'est de la plus haute importance…

- Taisez-vous ! Cria-t-elle avec un regard de… terreur ?

Harry fut abasourdi. C'était bien de la peur qu'il lisait dans les yeux de son professeur. Étaient-ils surveillés ? Rien ne semblait plus impossible au vu des règles de l'école. Harry fut reconduit hors du bureau, puis redescendit seul à la Grande Salle où les autres élèves devaient finir leurs petits-déjeuners. « Ils ne vous reste qu'une année avant de les rejoindre », sûrement parlait-elle des membres de l'Ordre et donc, de ses parents. Un sentiment d'euphorie vint envahir la tête de Harry, mais presque aussitôt, d'autres questions firent leur apparition. Comment était-ce possible que Voldemort consente à garder au sein de l'école des élèves qui avaient toutes les chances de rejoindre l'Ordre puisque leurs parents en faisaient partie ? C'était paradoxal. Cela voulait dire qu'il donnait aux élèves l'enseignement dont-ils avaient besoin pour ensuite venir gonfler les rangs de l'Ordre tout en ayant les connaissances suffisantes pour l'anéantir. Décidément, il était difficile de comprendre cette logique. Mais les cours qu'il s'apprêtait à suivre allaient l'éclairer.

°°°

La Grande Salle se vidait lorsque Harry atteint le bas des marches. Il rejoignit Ron, Ginny et Jessie qui en sortaient, et se demanda comment il allait faire pour suivre le cours de sortilèges sans sa baguette.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? demanda vivement Ron lorsqu'il vit Harry.

- Tu es fou d'avoir répondu comme ça, et devant tout le monde en plus ! s'écria Ginny.

- J'ai trouvé ça génial, se contenta d'ajouter Jessie.

- Personne n'a osé en parler, mais tout le monde avait l'air de se demander ce qui t'avait prit, dit Ginny.

Harry sourit, content des réactions qu'il avait provoquées.

- Il m'a énervé avec ses règlements stupides, se contenta-t-il de répondre.

Dans l'amas d'élèves qui sortaient de la Grande Salle, Harry put apercevoir Hermione, qui le regardait intensément, sans qu'il put pour autant décrypter ce que ce regard figé signifiait. Harry aurait tant aimé aller la voir, tout lui raconter, l'avoir à ses côtés à nouveau. Elle lui manquait à un point inimaginable. Pourquoi fallait-il qu'elle ne le connaisse pas ? Pourquoi fallait-il qu'ils n'aient pas le droit de s'adresser la parole ? C'est alors qu'un professeur que Harry ne connaissait pas vint dire à la jeune fille :

- Regardez ailleurs Miss Granger.

Harry fut interloqué, ils n'avaient même pas le droit de se regarder ? Incroyable. Hermione partit dans la masse des élèves.

- Alors, qu'est-ce qu'elle t'a dit ? lui demanda Ron en lui assénant un coup de coude pour réveiller Harry.

- Euh… Rien de spécial. Qu'il fallait que je me conduise en bon petit mouton sans cervelle et sans morale.

- C'est pour ça que je t'adore, lança Jessie en attrapant Harry par la main. Toi au moins tu essayes de faire quelque chose ! Je suis sûre que mon père aurait fait comme toi.

Harry ne put s'empêcher de sourire à cette remarque. Puis il regarda Ginny, et ressentit de la gêne à l'idée qu'elle puisse le voir tenant la main d'une autre. Même si Harry savait que dans ce monde là, Ginny était avec Dean et lui avec Jessie, il ne pouvait s'empêcher de vouloir l'inverse. Il aurait donné n'importe quoi pour tenir la main de Ginny, mais c'était de sa faute si les choses avaient changé. Il continua donc de marcher, la main de Jessie dans la sienne, heureux que Sirius ait eu le bonheur d'avoir une fille, mais infiniment triste de ne pas avoir envie de la connaître plus que ça.

Soudain, la masse d'élève s'arrêta, et lorsque Harry, qui jusqu'alors était perdu dans ses pensées, regarda autour de lui, il se rendit compte que plusieurs files indiennes s'étaient formées. A peine eût-il le temps de se demander ce qu'il se passait que la réponse vint à lui. Rusard était au bout de la pièce, et à ses côtés, une immense malle qu'il ouvrit avec peine tant elle semblait lourde. Puis, Padma Patil qui était en tête de file, tendit la main vers la malle ouverte.

- Padma Patil, dit-elle en direction de la malle.

Harry se demandait pourquoi elle parlait à une valise géante, cela paraissait si absurde qu'il aurait presque put en rire. C'est alors qu'une baguette sauta de la malle jusqu'à la main tendue de Padma, et celle-ci repartit, laissant place à Susan Bones, qui fit la même chose et ainsi de suite. Harry ne posa pas de question, et se contenta de donner son nom à la malle qui lui fit sauter sa baguette dans les mains comme elle l'avait fait pour les quelques dizaines d'élèves devant lui. Étant donné le nombre d'élèves qui étudiaient à Poudlard, il serait inutile de préciser que la cérémonie prit beaucoup de temps. Harry espéra simplement que tout cela n'était qu'à caractère exceptionnel, car même s'il comptait retourner en arrière au plus vite, il faudrait pourtant tout de même supporter cette vie-là jusqu'à ce qu'il trouve un retourneur de temps aussi ingénieux que celui de Dumbledore.

Jessie et Ginny partirent de leur côté, ce qui signifiait qu'elles étaient dans la même classe, Ron et Harry quant à eux, se rendirent à leur cours de Sortilèges. Le petit professeur Flitwick était égal à lui-même, et leur fit réviser leurs sorts d'attraction. Comme l'année scolaire touchait à sa fin et que les examens avaient déjà eu lieu, le cours fut détendu et si l'absence d'Hermione ne s'était pas trop faite sentir, Harry aurait pu croire qu'il était de retour à ce qu'il avait toujours connu. Mais elle n'était pas là. La fin du cours fut des plus surprenantes : les élèves durent prononcer à l'unisson la phrase « gloire au Seigneur » avant de pouvoir prendre congé. Cependant, le cœur n'était vraiment pas là. Les élèves marmonnèrent, Ron remplaça les mots par « boire de la sueur », et Dean quant à lui, s'inclina profondément par dérision. Même chez les Serpentard, les élèves semblaient moroses à l'idée de n'avoir qu'un choix, glorifier Voldemort. Malefoy n'en faisait pas partie, et hurla presque la phrase, tête haute et épaules en arrière. Pansy Parkinson mit même sa main sur son cœur. Spectacle vomitif.

Les élèves sortirent de la salle de classe, et Harry entendit une voix glaciale et moqueuse derrière lui.

- POTTER !

Harry se retourna et tomba nez à nez avec Malefoy. Il avait éprouvé de la compassion pour lui, le soir où il avait dû tuer Dumbledore, mais il sentit que cette compassion fondait comme neige au soleil.

- Quoi ?

- Ton comportement de tout à l'heure ne m'a pas plu du tout. Manquer de respect à notre directeur, c'est vraiment mal. Et personnellement, je trouve que notre cher professeur Rogue ne t'a pas suffisamment puni.

- Malheureusement pour toi Malefoy, c'est lui qui a le pouvoir. Je suis d'ailleurs étonné qu'avec ta soif de diriger tout le monde, tu sois toujours à l'école par les temps qui courent.

- Comme si j'avais le choix. En tout cas, malheureusement pour toi, tu sembles oublier que depuis une semaine, je fais partie de la brigade anti-fraude.

- Quoi ?

- Ce qui me vaut le plaisir, et surtout le devoir, d'infliger les punitions que les élèves méritent lorsqu'ils manquent à la discipline. C'est pourquoi dés aujourd'hui, et pour la durée d'un mois, je te retire le droit d'avoir une couverture et un oreiller.

- Tu délires ?

- Il faut réfléchir aux conséquences de ses actes avant de les commettre.

- Deux semaines de retenues, ça ne te suffit pas ?

- Pas vraiment. Et puis, quand on sait que tes camarades adorés de la 5ème maison n'ont droit à ces privilèges que lorsqu'ils les méritent, je trouve que les imbéciles de ton espèce devraient être logés à la même enseigne.

- Selon les dires de ton ami Voldemort (tout le monde sursauta), mon sang me donne plus de droit. Tu ne partages donc pas son opinion ?

- Il devrait y avoir une exception pour les traîtres à leur sang.

- Cela dépend de ce que l'on appelle « traîtrise ». Il semble évident que ma version diffère de la tienne.

- Le ferme ! Je devrais même te punir d'avoir essayé de parler à la sang-de-bourbe hier matin. Si tu crois que je ne t'ai pas vu, tu te trompes.

- Tu n'as qu'à aller rapporter à ton directeur chéri. Après tout, c'est ce que tu préfères Malefoy, n'est-ce pas, la délation ?

Malefoy se rapprocha alors de Harry, et murmura à son oreille pour s'assurer que personne ne l'entendrait :

- N'oublie pas que contrairement à toi, j'ai le droit de garder ma baguette à n'importe quel moment du jour ou de la nuit.

Puis Malefoy partit, l'air supérieur. Harry n'avait que faire de ses intimidations. Il se fichait pas mal que Malefoy fasse partie d'une brigade, et qu'il se sente supérieur parce qu'il montrait à tout le monde quelle vermine répugnante il était. Le fait de considérer comme privilège l'accès aux couvertures et oreillers étaient bien plus consternant qu'un Malefoy égal à lui-même. Comment l'école avait-elle pu en arriver là ? Pourtant, Harry devait s'estimer heureux d'appartenir à la maison Gryffondor, car d'après les dires de Malefoy, les élèves de la 5ème maison n'avaient le droit de dormir dans des conditions descentes qu'après l'avoir mérité. Incroyable, et pourtant vrai, pour peu que Harry ne soit pas en train de rêver.

- Si seulement Dumbledore était encore là, dit Harry à Ron, je peux te garantir que les choses ne seraient pas comme ça.

- Tais-toi enfin ! répondit Ron.

- Mais, pourquoi ? demanda Harry, interloqué. Je n'ai rien dit de mal.

- Ah bon ? Tu as déjà oublié qu'on ne devait pas prononcer son nom ?

- De qui tu parles ? De Dumbledore ?

- CHUT !

- Mais, enfin, qu'est-ce qui te prend ?

- Ce qu'il me prend, c'est que tu as été assez puni comme ça, pas la peine de te montrer encore plus.

- Je ne comprends pas. Pourquoi n'a-t-on pas le droit de prononcer son nom ?

- Parce que c'est l'ennemi de Tu-Sais-Qui, et qu'il interdit n'importe qui de le prononcer.

- C'est vraiment le monde à l'envers. Il tire satisfaction au fait que les gens soient tellement effrayés qu'ils n'osent pas prononcer son nom, et il élève Dumb… euh, notre ancien directeur, au même rang que lui.

- Et bien, je suppose qu'il a autant peur de lui que les gens ont peur de Tu-Sais-Qui. Ce serait normal, tout le monde dit que notre ancien directeur serait capable de le réduire à néant. Moi aussi j'aurais une peur bleue de mon plus grand ennemi. A fortiori s'il était seul sur ma route.

- Il y a tout de même les membres de l'Ordre !

- Ce n'est pas pareil. Et puis, personne ne sait exactement combien ils sont, ni quelles sont leurs armes… Et maintenant, arrêtons de parler politique avant d'avoir d'autres ennuis.

Ne pas prononcer le nom de Dumbledore semblait aux yeux de Harry la pire trahison qu'il eut pu faire. Cela revenait au même que de nier tout lien avec son ancien directeur. Et même si Harry se trouvait dans une dimension où Dumbledore était vivant, il n'en gardait pas moins le souvenir terrible de la chute mortelle depuis la tour d'astronomie. Il se refusa à appliquer cette règle, même si de toutes, elle était objectivement la moins monstrueuse. Tant pis si l'on enlevait cent point à Gryffondor, de toutes façons cette maison-là n'était pas la sienne, pas dans ce monde là. Tant pis s'il se faisait humilier par des réprimandes publiques, il en avait pris l'habitude en étant dans l'équipe de Quidditch et en étant la cible de toutes les rumeurs. Tant pis s'il se faisait pendre par les pieds par Rusard, il avait montré sa forte résistance lors des séances d'écriture punitive d'Ombrage.

°°°

Le cours suivant fut un cours d'Histoire de la magie qui dura deux longues et interminables heures. Le fantôme du professeur Binns n'avait pas changé, et le comportement de ses élèves non plus. Tous bâillaient aux corneilles, n'écoutant pas un traître mot de ce que racontait la voix monocorde du professeur. Les coups de coudes intempestifs d'Hermione manquaient à Harry. Elle était celle qui se démarquait de tous en toute occasion, mais lors du cours d'Histoire de la magie, elle était admirable. Tous s'accordaient à dire qu'il fallait un courage énorme pour pouvoir être attentif malgré la voix soporifique du fantôme. Dean avait même affirmé un jour, et ce avec le plus grand sérieux, que c'était probablement pour cette aptitude qu'Hermione avait été envoyée à Gryffondor et non à Serdaigle.

Le déjeuner se déroula normalement, même si Harry remarqua que Malefoy et les autres membres de la brigade « quelque soit son nom » avaient une partie de table bien plus spacieuse et propre que le reste. Harry n'avait pas remarqué ce détail avant, et pourtant, maintenant qu'il y faisait attention, il était flagrant. Les élèves avaient des verres sertis de ce qui semblait être de l'or, leurs couverts étaient indéniablement en argent, et ils avaient même du vin, chose totalement inconcevable dans l'ancien Poudlard. Probablement un moyen de plus d'attirer les élèves vers « la juste cause de sa Seigneurie ». Harry remarqua sans stupeur que les élèves de la brigade venaient tous de Serpentard.

La fin du déjeuner sonna également l'heure du double cours de botanique. Harry et Ron se dirigèrent vers la serre n°5, et lorsqu'ils pénétrèrent dans l'immense jardin qui entourait le château, Harry ressentit un malaise d'une intensité impressionnante. Il savait pourtant exactement ce qui se passait, mais la question restait entière : pourquoi se sentit-il aussi mal que lorsqu'il était entouré de dizaines de Détraqueurs ? La réponse ne se fit pas attendre. Il leva les yeux au ciel et s'aperçut qu'il était tout simplement entouré de dizaines de Détraqueurs. Que faisaient-ils là ? Surveillaient-ils les élèves, afin qu'aucun n'ait l'insolence de s'enfuir de cet enfer, de cette prison qu'était devenue leur école ? Harry s'efforça de marcher jusqu'à la serre. Il aperçut Lavande Brown, qui sous l'effet des créatures, pleurait de tout son être. Harry eut un pincement au cœur, lorsqu'il se dit que pour ses camarades, les choses étaient ainsi depuis de trop nombreuses années, et ce, par sa faute à lui. Lorsque Dumbledore avait perdu la vie, Harry croyait savoir ce qu'était un sentiment écrasant de culpabilité, il n'en avait en réalité aucune idée.

Le professeur Chourave avait l'air malheureux. Elle était beaucoup plus mince qu'à l'accoutumée, les cernes qu'elle avait sous les yeux étaient violets, et même dans sa voix, l'on sentait toute la tristesse du monde. Harry n'eut aucun mal à comprendre pourquoi. Elle travaillait toute la journée dans les jardins et dans les serres. Entourée aussi souvent par ces Détraqueurs, comment en aurait-il pu être autrement ? Comment être heureux de vivre quand vous travaillez sous le joug d'un tyran ? N'avoir quasiment aucun droit ni aucune liberté, et vivre si près de créatures capables d'ôter l'âme d'un être, cela réunissait beaucoup de conditions favorables à la dépression. Harry se demanda pourquoi aucun de ses professeurs n'avaient démissionné. La réponse était probablement leur foi et leur dévotion à Dumbledore, qui selon toutes vraisemblances, avait quitté l'école pour ne pas la perdre. Aucun des professeurs ne devait savoir que Rogue était bel et bien un Mangemort, tous devaient encore croire que si Dumbledore le soutenait, alors eux n'avaient aucune raison de se méfier. Hélas…

La fin du cours arriva, puis la fin de la journée. En temps normal, Harry aurait profité du temps magnifique pour aller se promener avec Ginny, mais ici, personne ne pouvait quitter l'enceinte du château à part autorisation spéciale. Ici, se promener était forcément banni, peut-être pas dans les textes, mais officieusement, présence d'une vingtaine de Détraqueurs à l'extérieur oblige. Et ici, ce n'était pas Ginny qu'il aimait, mais une jeune fille qui lui était totalement inconnue. Une jeune fille au charme fou, rebelle et amusante, fille de l'un des hommes qu'il tenait en haute estime, et qu'il n'avait pourtant pas envie de connaître. Harry préférait cela. Il ne voulait pas s'attacher à quelqu'un qui disparaîtrait lorsque enfin il utiliserait le retourneur de temps.

°°°

Il n'était pas très tard lorsque Harry décida d'aller à la bibliothèque. Il lui fallait absolument trouver un retourneur de temps, et aller à la bibliothèque serait forcément utile, car soit il y trouverait Hermione et s'arrangerait pour discuter avec elle, à priori ici aussi elle serait intelligente et cultivée, soit il pourrait trouver des informations dans des livres.

Lorsqu'il arriva à la bibliothèque, Harry remarqua que Madame Pince aussi était égale à elle-même. Il l'entendit de loin, faire des remontrances à une élève de Poufsouffle qui avait osé corner une page. En furetant dans les rayons, Harry fut soulagé de constater que son flair l'avait conduit au bon endroit. Hermione était assise à l'écart, seule à une table qui fort heureusement, était assez éloignée pour que personne ne remarque sa présence avec une élève de la 5ème maison. Harry se faufila jusqu'à son amie. Hermione leva le nez de son parchemin, et le fusilla instantanément du regard.

- Encore toi ? Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi me suis-tu ?

- Calme-toi Hermione, n'attire pas l'attention, je t'en prie.

- Comment tu connais mon prénom ? demanda Hermione dans un chuchotement interloqué.

- Peu importe. Je sais que tu es très intelligente, et que tu connais un tas de choses, et j'ai besoin que tu m'aides.

- Qu'est-ce qui te fais croire que je vais t'aider ?

- Parce que contrairement à ce que tu sembles croire, nous ne sommes pas ennemis. Nous sommes dans le même camp, et ce dont j'ai besoin va nous aider.

Hermione prit un moment pour réfléchir, lequel Harry ne dérangea pas. Si elle avait besoin d'une minute de réflexion, qu'elle la prenne. Si elle avait besoin d'une journée entière de réflexion, qu'elle la prenne, du moment qu'elle ne répondait pas par la négative.

- Je sais que tes parents sont dans l'Ordre, finit-elle par dire, tout le monde le sait d'ailleurs. Je suppose qu'il ne serait pas trop inconscient de te faire confiance, dans ces conditions.

- Merlin, tu as tout compris ! Je le savais que tu étais intelligente, et que tu m'écouterais.

- Garde tes flatteries. J'ai dit « oui », alors dis-moi ce que tu veux qu'on n'en parle plus.

- J'ai besoin que tu me dises tout ce que tu sais à propos des retourneurs de temps.

- Pourquoi donc ?

- Si je te le dis, tu me prendras pour un fou.

- Tu m'abordes devant tout le monde sans réfléchir au fait que tu puisses m'attirer des ennuis, puis tu reviens à la charge sans même te rappeler que tu violes le règlement… Je pense que j'ai le droit de savoir pourquoi tu veux de tels renseignements !

- Tu as raison, tu as le droit de savoir, mais comme tu le dis, nous sommes en train de violer le règlement. Il faut donc que l'on fasse vite, et les explications prendraient du temps.

- Très bien. Mais je veux que tu saches que ce n'est pas pour toi que je le fais, mais uniquement parce que je crois en la cause que défendent tes parents. D'ailleurs, je veux que tu me promettes quelque chose en échange des renseignements, ce qui compenserait le fait que tu ne me dises pas pourquoi tu les veux.

- D'accord, que dois-je promettre ?

Hermione se rapprocha de Harry, et murmura si doucement à son oreille qu'il eut presque du mal à comprendre ce qu'elle disait.

- Je veux que tu me promettes que lorsque nous aurons nos ASPICS, tu m'emmèneras avec toi. Je veux que tu me jures que tu feras tout pour que moi aussi je fasse partie de l'Ordre du Phénix. Ce n'est pas une blague Potter, je veux ta parole.

Harry fut surpris qu'elle l'appelle « Potter », mais après tout, Hermione et lui ne se connaissaient pas ici. Il était déjà étonnant qu'elle connaisse son nom et la fonction de ses parents, même s'il paraissait évident que dans un système de restrictions, les adolescents de l'école fassent tout pour transgresser les règles et obtenir des renseignements auxquels il leur était totalement interdit d'avoir accès. Harry était heureux que le bourrage de crâne de Voldemort ne fonctionne pas. Il se réjouissait de voir les élèves se rebeller, lire le journal vérité du père de Luna. Tout cela lui rappelait l'Armée de Dumbledore, que lui et ses camarades avaient formé.

- Je te le promets Hermione. Je vais changer ta vie, tu as ma parole.

Hermione jaugea Harry du regard, puis sembla le croire.

- Ce que je sais des retourneurs de temps, répondit-elle, c'est qu'ils sont totalement introuvables. Je ne sais pas si tu comptais en utiliser un, mais je crois que c'est peine perdue. Honnêtement, je ne sais même pas si le ministère en garde dans ses locaux.

Harry sentit une pierre lui tomber dans l'estomac. Mais il invita Hermione à en dire plus.

- Il en existe deux sortes. Une forme simple, qui permet uniquement de retourner en arrière de quelques heures, et une forme plus complexe, qui elle permet de revenir à un point précis du passé, et ensuite de retourner à l'époque d'où tu viens.

- C'est celle-ci qui m'intéresse, insista Harry.

- Ces retourneurs de temps sont rares et très précieux, car ils permettent des changements faramineux. Par exemple, les scientifiques sorciers ont été tentés d'en utiliser un pour revenir à l'époque de la préhistoire, pour connaître de source sûre ce qui a causé la disparition des dinosaures. Grâce à ce retourneur, ils auraient pu revenir ensuite à leur époque très facilement.

- Je suppose que personne ne l'a fait. Mais pourquoi ?

- Parce que cela pourrait tout changer ! Tu ne connais pas l'expression moldue « un battement d'aile de papillon à New York peut amener la tempête à Pékin » ? Et bien c'est exactement ce qui pourrait se produire avec une utilisation de ce retourneur de temps. Même si tout a été prévu à la moindre seconde près, les résultats pourraient être catastrophiques. En gros, cet objet n'a dû être utilisé que très rarement, et sous hautes précautions.

- Et pourquoi est-il introuvable ? Comment se fait-il que même le ministère n'en possède pas au moins un exemplaire ?

- Ce n'est qu'une supposition. Peut-être que le ministère en garde, mais dans une salle fortement sécurisée en ce cas.

- Pourquoi ?

- Parce que Tu-Sais-Qui a bien trop peur que quelqu'un en fasse l'utilisation contre lui ! Imagine, tous les sorciers opprimés ne rêvent que d'une chose, le réduire à néant, lui donner la mort et sauver les êtres qu'ils aiment. Si l'un d'entre eux tombait sur l'un de ces retourneurs de temps, il reviendrait à l'époque où Tu-Sais-Qui était enfant et le tuerait. Il a causé tant de mal que l'idée de tuer un enfant ne donnera pas trop de problème de morale à un grand nombre de sorciers.

Harry réfléchit. S'il y avait des retourneurs de temps au ministère, ils étaient probablement cachés au département des mystères. Mais comme s'en assurer autrement qu'en y allant ? Et comment s'y rendre alors qu'une bonne vingtaine de Détraqueurs montaient la garde devant Poudlard ? Quant au ministère lui-même, inutile de préciser la hauteur de la protection sous laquelle il devait être placé. Impossible. Tout simplement inaccessible. Et s'il y avait une chance pour qu'un retourneur de temps se trouve dans le bureau de Rogue, il restait difficile à atteindre. Harry se sentait nauséeux. Y aurait-il une solution ? Il le fallait bien. Il le fallait, cette vie-là était intolérable ! Ce n'était qu'une longue agonie, une inexorable descente aux enfers, un labyrinthe de restrictions. Lorsque Harry regardait autour de lui, il ne voyait que la peine, la tristesse, la souffrance des élèves abattus qui tournaient autour de lui. Ses camarades et ses professeurs gravitaient dans une école qui n'en portait plus que le nom. Les gens n'étaient pas en guerre, non, ils avaient baissé les bras. Ils étaient les esclaves de leur souffrance. Des enfants que l'on séparaient pour au moins sept ans de leurs parents, subissant la plus inhumaine des privations. Des élèves que l'on parquait comme du bétail dans une cinquième maison, instaurée par un dictateur étranger à tout sentiment d'amour, parce que le sang qui coulait dans leurs veines n'étaient pas considéré comme assez noble. Des enfants, des adolescents à qui l'on refusait les choses les plus élémentaires, et à qui on inculquait des valeurs qui n'en étaient pas. Comment survivre dans un tel chaos ? Harry avait été surpris par la véhémence de la demande d'Hermione. Hélas, comment avait-il pu être surpris ? Faire partie de l'Ordre ne pouvait être que la seule chose qui maintenait l'âme de ces enfants devenus jeunes adultes dans leurs corps. Fort heureusement, peu d'adultes comprennent l'intelligence d'un enfant. Celui-ci ne va pas se laisser tyranniser, ni priver de ses droits sans penser que le système est défectueux. L'innocence a ce don qui permet de différencier le bien du mal, et l'enfant sait que mentir, dissimuler, c'est mal. Voilà comment ces enfants-là avaient grandi, dans la terreur, dans le silence, mais non dans l'ignorance. L'innocence que l'on avait essayé de leur enlever s'était transformée au fil des ans en raison, en curiosité et l'adolescence avait réveillé le besoin de rébellion, l'envie de tout savoir, la force de caractère qui contre vents et marées, va chercher à connaître la vérité que l'on a maladroitement essayé de dissimuler.

Harry regarda plus précisément l'écusson qui ornait l'uniforme de son amie. C'était un « V » vert foncé, entouré d'étoiles vertes sur fond noir. En regardant d'encore plus près, Harry remarqua que la lettre était formée par un serpent. Il ne manquait plus que la tête de mort, et les élèves de la 5ème maison auraient, à défaut de la porter sur le bras, porté sur leur uniforme la Marque des Ténèbres. Ces élèves-là, bien plus que les autres, appartenaient particulièrement à Voldemort. Cela indiquait qu'aucune issue n'était possible pour eux. Ils étaient les élèves que Voldemort avait, dans sa grande générosité, pris sous son aile afin bien sûr de les rallier à sa cause. Autant ne pas perdre les enfants aux dons magiques, il était bien plus intéressant pour ses rangs de les avoir auprès de lui. Harry n'osa pas imaginer leurs conditions de vies. Les droits communs des élèves « normaux » étaient des privilèges pour ceux de la 5ème maison. Ils étaient là pour apprendre à aider Voldemort, bien plus que n'importe qui. Ils devaient donc être prêts à se battre, et quoi de mieux pour réveiller l'esprit de compétition que des injustices aussi flagrantes ? Tout était bien pensé, excepté le fait que les élèves de Poudlard avaient une conscience contrairement à leur tortionnaire.

Harry entendit des bruits de pas s'approcher, et ne voulant pas mettre Hermione dans une situation qui lui aurait valu bien plus que deux semaines de retenues, il fila à l'anglaise, bredouillant un merci et un au revoir à son amie.


Voilà le chapitre 2 achevé. J'espère qu'il vous a plu, même s'il faut avouer qu'il est surtout basé sur la description avant d'entrer un peu plus dans le vif du sujet. Bien que je sache où je vais - enfin, à priori - certains de vos commentaires sur tel ou tel personnage m'ont aidé à écrire la suite et à trouver de nouvelles idées. Alors si vous avez des suggestions, n'hésitez pas ! Et même pour une simple review, je ne dirais pas non ! XD

A très bientôt !

Chasca