Comme promis, une publication rapide. Je vais essayer de me maintenir à un chapitre par semaine. Toutefois la pression universitaire pourrait me faire prendre du retard.
Chapitre I : Toute quête a un début
La première chose que se dit Tony en se réveillant, c'était qu'il ne s'était pas endormi. Du moins, il ne s'en souvenait pas. Et comme il ne se rappelait pas non plus d'avoir bu, ne serait-ce qu'une goutte, la veille, il sut que quelque chose clochait. Ou il avait vraiment abusé sur l'alcool. Il ouvrit donc les yeux avec circonspection, s'attendant à moitié à reconnaître sa chambre à la Tour Avengers - après tout, il pouvait réellement avoir forcé sur la boisson, à moitié à se retrouver dans un lieu inconnu, sur un lit inconnu, avec des gens inconnus - oui, il avait la fâcheuse tendance à se faire enlever.
Mais il ne s'attendait pas du tout à ce qui s'offrit à ses yeux. Il était entouré de murs aux pierres épaisses et anciennes et indubitablement pas modernes. Il reposait sur un lit immense au matelas moelleux et dont les bords, il s'en rendait compte seulement, étaient ornés de rideaux ; un lit à baldaquin donc. En face de lui, un foyer brûlait doucement au sein d'une grande cheminée décorées de dorures et de ramures d'argent. Il n'y avait nulle part trace de technologie, pas même une horloge. La chambre dégageait une impression moyenâgeuse.
Tony commença à craindre le pire.
Il se rabattit violemment en position assise et se prit la tête dans les mains, le cerveau en ébullition. "Réfléchis, réfléchis, réfléchis. Il y a certainement une explication logique à cette mouise !" s'exhorta-t-il en silence, combattant un début de crise de panique par une recherche assidue dans ses souvenirs. Et il se rappela soudain ; Loki, l'artefact celtique, la bataille, et le sort vert qui avait fusé sur lui.
- P'tain ! C'est cet enfoiré de Gothique qui est responsable de cette merde ! jura-t-il sauvagement, plus énervé et effrayé qu'il ne l'avait été depuis longtemps. Parce qu'il ne comprenait pas. Il était Tony Stark et il ne comprenait pas !
Deux coups furent soudain frappés contre le bois massif de la porte qui s'ouvrit avant que Tony ne puisse décider s'il devait répondre, se cacher ou attaquer le nouveau venu. Toute velléité le quitta cependant lorsqu'il posa les yeux sur l'homme qui venait de rentrer. Assez grand, svelte, finement musclé, il ne devait pas avoir plus de quarante ans, plutôt moins en vérité. Le platine de ses courts cheveux et l'azur de ses yeux semblaient irréels. Et Tony se figea en restant la bouche ouverte car cet homme était le portrait craché de ce qu'il imaginait en corps pour J.A.R.V.I.S. et il allait éviscérer Loki s'il s'était amusé à farfouiller dans sa tête.
- Sire, dit l'apparition et il avait la voix de J.A.R.V.I.S., dépêchez-vous de vous lever et de vous préparer. Sa Majesté vous attend céans.
- Quoi ? répondit intelligemment Tony qui peinait à se remettre de ses émotions. Son cerveau était un vrai bordel, un black-out total, et il n'arrivait plus à aligner une seule pensée cohérente. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il y avait J.A.R.V.I.S. devant lui et… Minute.
- Sa Majesté ? Putain, d'quoi tu parles, J. ? On est où ? Pourquoi t'as un putain de corps ?!
Il était vulgaire, il le savait, mais il avait peur. Et ça, ça l'énervait encore plus que de se retrouver dans un endroit totalement inconnu avec une chose aussi dingue que son I.A. en humain qui lui parlait d'un roi.
J.A.R.V.I.S. afficha un air surpris puis blasé et reprit de cette voix traînante que Tony lui connaissait lorsqu'il s'agaçait de ses frasques.
- Cessez vos sottises, Sire. Vous êtes un chevalier de la Couronne et le Roi vous attend pour vous remettre solennellement vos ordres de mission. Vous avez accepté alors ne nous mettez pas plus dans l'embarras. Debout !
Tony émit un "Gné ?" très représentatif de son état d'esprit et J.A.R.V.I.S. - parce que c'était définitivement J.A.R.V.I.S. - soupira longuement. Il s'avança jusqu'au lit sous le regard curieux puis inquiet de l'ingénieur et l'en sortit manu militari. Tony poussa un cri aigu en tombant sans élégance au sol et se promit d'oublier tout de cette détestable histoire ; il ne venait pas de crier comme une fillette.
- Ressaisissez-vous, Sire !
Il était temps de se ressaisir en effet. Tony ne comprenait toujours pas ce qui pouvait bien lui arriver mais l'on ne dirait pas que Tony Stark ne pouvait pas s'en sortir dans toutes sortes de situations, soient-elles aussi bizarre et folle que celle-ci. S'il collait ce que J.A.R.V.I.S. - non, c'était trop étrange, il allait dire le serviteur Jarvis dorénavant - lui avait dit depuis son arrivée, il était un chevalier au service d'un roi qui devait lui donner des ordre, ce faisant qu'il devait donc se préparer pour aller à la cour.
Plutôt pas mal en y réfléchissant. Tony sourit de toutes ses dents ; il était un chevalier, si ce n'était pas extra.
- Où est mon armure, Jarvis ?! s'écria-t-il pompeusement en se relevant du sol. Le serviteur Jarvis le dévisagea en fronçant les sourcils, tentant certainement de mesure à quel point il était sérieux et à quel point il ne l'était pas, puis il se détourna de lui pour se rendre près d'un mannequin que Tony n'avait pas vu jusqu'alors. Et là, l'ingénieur sentit une pierre lui tomber dans l'estomac.
L'armure était peut-être rouge et or comme celles qu'il affectionnait pour être Iron Man mais, au contraire de ces dernières, il s'en dégageait une impression de lourdeur et d'enfermement.
- Il y en a pas une plus légère ?
- Sire, c'est la votre, soupira le serviteur Jarvis en lui tendant une pile de vêtements pliés. Tony les prit sans rien dire et les étala sur le lit. De ce qu'il voyait, il s'agissait d'une chemise plutôt légère, certainement pas en soie, délavée et noircie par endroit, d'un short, il ne savait guère comment décrire la pièce autrement, et de deux pièces en forme de jambes.
- Où avez-vous mis votre cordelette, Sire ? s'énerva le serviteur Jarvis en retourna près de lui. Il remarqua seulement qu'il restait figé devant les vêtements et qu'il portait encore sa chemise de nuit.
- Sire ! Hâtez-vous un peu, le temps presse. La cérémonie va être retardée si vous continuez vos frasques et le Grand Chambellan va encore une fois se sentir mal par votre faute.
- Comment qu'on met ça ? réussit à articuler Tony dont l'esprit était de nouveau sur arrêt. Les yeux bleus de Jarvis s'assombrirent d'agacement mais il ne cria pas et entreprit d'ôter son habit de nuit à l'ingénieur.
- Vous êtes encore allé boire avec les soldats, Sire, n'est-ce pas ? L'appréhension de la quête j'imagine. Si vous n'aviez pas eu la folie de défier le Roi, nous n'en serions pas là.
Il lui tendit le short - les braies qu'il dit - et Tony les enfila en automate. S'il comprenait bien, il avait remis en cause l'autorité de son souverain et devait maintenant en payer le prix ; ça lui ressemblait. Le serviteur Jarvis l'aida ensuite à enfiler ses jambes dans les pièces adéquates - des chausses, Sire - et fit le tour de la chambre pour trouver la cordelette qu'il utilisa pour tenir lesdites chausses à ses hanches. Puis il lui enfila la chemise.
- J'ai une drôle d'allure, marmonna-t-il en se dévisageant de haut. Le serviteur Jarvis rit doucement.
- Oui-da, Sire, vous ressemblez à un péquenot.
"Oui-da ?... Péquenot ?... Au secours, l'autre Cornu m'a vraiment envoyé dans le Moyen Âge ! J'aimerais bien me réveiller, et vite si possible !" Pendant qu'il s'égarait, Jarvis le poussa vers l'armure.
- C'en sera bientôt fini de cette allure peu fine, Sire. Vous portez bien l'habit du chevalier, même si vous n'en avez pas le mode de vie.
Le serviteur Jarvis détacha le plastron et le déposa délicatement sur le sol pour ôter du mannequin une côte de maille qui teinta d'un son que Tony jugea lourd.
- J'dois mettre ça ? Le plastron, il ne suffit pas ?
- Vous serez heureux de la porter lorsqu'elle empêchera une flèche de vous transpercer.
Tony se fit la réflexion que les flèches de Barton traversaient sans problème le cuir épais d'envahisseurs extraterrestres mais un éclair de lucidité lui intima de garder la bouche close et d'endosser sans rechigner l'armure. S'il devait aller voir un roi en attirail guerrier pour en apprendre plus, et bien soit. Le serviteur Jarvis l'aida à enfiler une sorte de chemise matelassée - un gambison, encore un mot barbare, la côte et les jambières de maille et même un camail qui lui enserrait la tête dans un étau. Puis ce fut au tour du plastron, des protèges-bras et des jambières métalliques. Enfin, un casque rappelant sans conteste celui de l'Iron Man lui fut présenté.
- C'est lourd, râla-t-il lorsqu'il fut mis sur sa tête. Le serviteur Jarvis eut un petit sourire crispé.
- Votre faute, Sire. Vous avez voulu construire et porter ces parties-ci là où les autres chevaliers se contentent d'un haubert, certes plus épais que le votre.
- J'ai construit ça ? J'suis un génie, c'est normal.
Le serviteur Jarvis le regarda étrangement.
- Vous n'êtes pas dans votre assiette, ce jourd'hui. Mais vous avez toujours été étrange, cela dit.
- Et ben, quand faut y aller, faut y aller, hein ? Vais voir l'Roi avant qu'il ne fasse une crise d'autorité.
Tony fit vivement demi-tour, s'arrêta une seconde par étonnement pour sa vitesse malgré le lourd attirail, et courut presque vers la porte pour échapper aux questions du serviteur Jarvis. Il sentait que rien de bon ne lui arriverait si l'on se rendait compte qu'il était étranger à ce monde. Mais la voix de Jarvis claqua dans son dos et l'arrêta dans son élan :
- Vous n'allez pas partir sans votre épée, Sire ! Voyons, quelle folie, sans la magie de l'ARC REACTOR, comment comptez-vous survivre à ce qui vous attend ?
Tiens donc, l'ARC REACTOR ? Qu'était-ce encore que cette trouvaille ? Tony se retourna lentement et avisa l'épée luisante d'un bleu tout à fait réacteur que lui présentait le serviteur Jarvis.
Il ne pourrait plus être surpris maintenant.
Il devrait se donner des claques, parfois, pour ne pas oublier qu'il y avait des choses qu'il ne connaissait pas et dont il ne pouvait pas être totalement sûr. Ca lui éviterait de se retrouver dans une situation d'effarement idiot. Parce qu'il s'était lourdement trompé, il pouvait encore être surpris, et grandement.
Les couloirs interminables, les courbettes des serviteurs, le luxe ostentatoire, tout cela ne l'avait pas surpris. Les hennissements des chevaux au dehors lui avaient rappelé l'époque à laquelle il se trouvait mais, encore une fois, il n'en avait pas été étonné. La cour immense remplie de gens aux atours colorés et aux regards conspirateurs lui avait été normale. Le trône également.
Par contre, la personne qui siégeait dessus, il ne s'y attendait pas.
- Steve ?! s'exclama-t-il avant d'avoir pu se retenir. Il entendit le serviteur Jarvis pousser un soupir à fendre l'âme derrière lui et les quelques discussions qui animaient la cour se tarirent. Le Roi, qui s'avérait être Steve Rogers, le dévisagea avec agacement.
- N'oubliez pas votre place, Sire Stark, dit alors un autre homme et le souffle de Tony se bloqua dans sa gorge. Phil Coulson se tenait aux côtés du trône, bien vivant, entier, et désespérément pénible. L'émotion le prit à la gorge et il apprécia avoir un casque sur la tête pour cacher son expression douloureuse. Le Gothique était vraiment un sadique pour avoir intégré un homme qu'il avait tué dans son illusion.
- Inclinez-vous, Sire, lui chuchota rapidement le serviteur Jarvis et ce fut bien plus la douleur de voir Coulson vivant qu'un sentiment d'obéissance qui le fit s'exécuter. On ne le reverrait plus jamais s'incliner devant Steve Rogers. Un fois était déjà de trop. Il se promit d'ajouter l'aveuglement au châtiment de Loki.
- Sire Antony Edward Stark, commença Coulson d'une voix claire qui dut porter jusqu'à l'entrée du château. Vous avez accepté de partir en quête au nom de Sa Majesté, soit-elle louée et dotée d'une longue vie, pour protéger Son peuple et Ses terres de la calamité qui terrorise le nord du Royaume.
Il allait enchaîner quand le Roi Steve leva une main impérieuse, le coupant immédiatement. Pour une raison qui échappait à Tony, ce Steve autoritaire et sévère lui donnait la nausée ; peut-être était-ce juste une réaction de rejet à ses ordres.
- En raison de vos services louables, Sire Stark, Nous vous le demandons une nouvelle fois : souhaitez-vous vraiment accepter cette quête aussi périlleuse qu'importante ?
- Vous voulez savoir si j'ai peur de mourir ou si je vais tout faire capoter ? répondit ironiquement Tony qui avait bien compris l'insinuation du Roi. Ce dernier se prit l'arrête du nez entre deux doigts comme s'il était prodigieusement agacé. Tony en conçut de la fierté : il n'avait pas été trop désagréable, pas encore du moins, et le Steve de ce monde n'en pouvait déjà plus, c'était que son Lui de ce monde devait être vraiment pénible, et non un chien obéissant.
- Vous acceptez donc ?
- Un Stark a-t-il déjà reculé devant un défi ?
L'insolence dont il faisait preuve semblait habituelle à la cour. Le serviteur Jarvis répétait derrière lui qu'il devait donner son titre au Roi mais personne ne le lui réclamait à grands cris. Heureusement pour eux, car il n'appellerait jamais Steve par un titre royal.
- Soit. Continuez, Grand Chambellan.
Ainsi ce personnage déjà cité par le serviteur Jarvis s'avérait être Coulson. Tony ricana sous son casque ; il aimait de plus en plus son Lui de ce monde.
- Oyez, oyez, gens de ce Royaume ! reprit le Grand Chambellan Coulson. Sire Antony Edward Stark, chevalier par la grâce de Sa Majesté, détenteur de la fabuleuse ARC REACTOR, s'en va céans occire le dragon bicéphale qui depuis trop longtemps amène le malheur et le désastre à notre bien-aimé Royaume.
L'esprit de Tony déraya à nouveau. Avait-il bien entendu ? Un dragon bicéphale, rien que ça ? Il se tourna vers le serviteur Jarvis et souffla précipitamment :
- C'est une plaisanterie ?
- Que nenni, Sire, se désola l'homme. Vous avez défié le Roi en criant à grands cris que seul vous pouvez tuer le monstre. Je n'ai pu empêcher cette folie.
- Et merde ! jura Tony. J'aurai dû tenir ma foutue langue.
Lorsqu'il se retourna vers le Roi, il se trouva devant un sourire narquois et amusé. Steve s'amusait de sa déconfiture ! Son saisissement fut tel qu'il laissa le Roi parler avant lui.
- Nous ne souhaitons pas envoyer Notre fidèle chevalier à la mort. C'est pourquoi Nous lui octroyons l'aide d'un mage aussi respecté que puissant. Avancez-vous, Maître !
Tony crut qu'il était victime d'une illusion dans une illusion, autant que cela fut possible. Car il ne put logiquement expliquer pourquoi un Bruce Banner habillé en magicien et flanqué d'un énorme mâtin vert se dirigeait vers eux.
Bruce avait l'habitude des réveils étranges. Quand on était l'alter ego du Hulk, perdant le contrôle et de son corps et de son esprit pendant plusieurs heures, l'étrangeté au réveil devenait la norme et la normalité de la majorité de l'Humanité l'étrange. Il lui était encore difficile de dormir plus de cinq à six heures par nuit et le ravissement qui le saisissait quand il se réveillait dans le calme et la sécurité n'avait pas décru malgré le temps passé depuis le début de l'Initiative Avengers.
C'est pourquoi il sut sans avoir à ouvrir les yeux qu'il ne se trouvait pas dans sa chambre de la Tour Avengers. Le lit était plus étroit et moins moelleux mais c'était surtout l'atmosphère qui changeait. Elle n'était ni lourde ni mauvaise, seulement elle n'était pas celle de sa chambre. Le Docteur croisa ses bras sur son torse et entama des exercices de relaxation pour calmer le Hulk qui ne manquerait pas de s'agiter à ce changement brutal d'atmosphère.
L'instant d'après, Bruce ouvrit grands les yeux, le souffle erratique. Il ne sentait plus la présence omniprésente, lourde et intrusive du Hulk peser aux marges de son esprit. La peur le saisit brusquement et seule une vieille habitude l'empêcha d'y plonger entièrement. Que s'était-il donc passé ? Lui avait-on enlevé le Hulk ? Qui lui avait enlevé le Hulk ? Lui-même n'avait jamais réussi à trouver un remède. Mais le dernier souvenir dont il se souvenait parlait d'un vol en Quinjet en direction de la Suède pour y confronter Loki après qu'il ait dérobé un torque celtique au Louvre.
Que diable se passait-il donc ?!
Et soudain, il fut de retour, présent, lourd, à forcer sur les lisières de son esprit.
« Calme. Hulk, là. Hulk, toujours là. Banner jamais seul. »
A vrai dire, le poids était également physique. Bruce baissa les yeux et étouffa de sa main son hurlement de surprise devant l'énorme mâtin verdâtre qui pesait sur son torse. L'animal lui sourit et il reconnut sans problème le faciès effrayant du Hulk sur la face canine.
« Hulk, jamais parti. Banner faible sans Hulk. » reprit la créature en étant secouée d'un ricanement moqueur. Il se leva, coupant le souffle au Docteur sous son poids conséquent, et se laissa glisser au sol.
« Debout, Banner. Hulk a faim. Hulk veut partir. Maintenant ! »
Qu'il soit dans sa tête ou un chien, le Hulk restait le même. Cela rassura étrangement Bruce qui se redressa en étudiant son environnement. Il se trouvait dans une chambre ancienne, entourée de murs aux pierres épaisses et dont la seule sortie était une lourde porte de chêne.
- Où suis-je ? marmonna-t-il. Son étonnement monta d'un cran en avisant qu'il portait une chemise de nuit rêche, en laine certainement, loin du jogging qu'il mettait habituellement pour dormir.
« Château, Banner idiot ! Roi a besoin de Banner. » gronda le mâtin en découvrant ses crocs, agacé des questionnements de l'homme. Bruce se figea devant la dentition impressionnante et un frisson de peur le secoua à l'idée qu'il n'avait plus l'invulnérabilité du Hulk pour le protéger.
« Banner se dépêche ! Hulk a faim ! »
Le cri mental le fit grimacer. Le chien commençait à l'agacer tout autant qu'il l'effrayait. Il se leva d'un bond et se dirigea vivement vers le fauteuil où il apercevait des vêtements qu'il devinait être les siens. Une brusque douleur lui déchira alors la poitrine et le mâtin derrière lui gémit sourdement en concert avec lui.
« Banner, idiot ! Plus de dix pas, Banner et Hulk morts. Moins de dix pas, Banner et Hulk invincibles. »
- Quoi ?! s'exclama Bruce en posant un regard stupéfait sur le chien qui rampait vers lui, diminuant peu à peu la douleur par son mouvement. Il n'en croyait pas ses oreilles. En vérité, il ne savait que trop penser de tout ceci. Il se doutait que Loki en était responsable, penchait vers une illusion totale, et craignait de s'y retrouver bloqué pour toujours. Le dieu nordique aurait alors trouvé un moyen de rendre le Hulk impuissant, à défaut de réussir à le tuer.
« Loki ? Hulk connaît pas. Banner se dépêche. Hulk a faim. »
Un long soupir franchit ses lèvres sèches et il s'aida des accoudoirs du fauteuil pour se redresser. La mâtin répéta une nouvelle fois qu'il avait faim, sa présence devenant de plus en plus lourde dans l'esprit de Bruce qui sentait une migraine le guetter. Le temps où il n'arrivait pas à maintenir le Hulk calme et emprisonné dans un coin délimité remontait aux premières années après sa transformation ; il n'avait plus l'habitude.
- Je m'habille. Tais-toi maintenant.
Le mâtin Hulk renifla et se coucha à ses pieds, maugréant entre ses mâchoires serrées. Bruce l'ignora et reporta son attention sur la pile de vêtements. Sa perplexité revint au galop lorsqu'il se rendit compte qu'il faisait face à une vieille robe violette.
Un coup à la porte interrompit ses pensées.
- Etes-vous prêt, Maître Mage ? demanda avec référence la personne en entrouvrant la porte.
- Non mais je ne saurai tarder.
- Pardonnez mon insolence mais je vous pries d'être prompt. Sa Majesté a déjà rassemblé la Cour pour la cérémonie.
- J'arrive de suite.
L'homme referma la porte, laissant Bruce avec sa surprise et ses questions. Il devinait vaguement se retrouver dans un monde moyenâgeux mais qu'on lui explique pourquoi le serviteur l'avait nommé un Mage ! Ceci dit, il comprenait mieux la robe désormais. Décidant qu'il était plus prudent de rentrer dans le jeu de l'illusion, Bruce enfila les différentes pièces de vêtements, la robe mais également les sous-vêtements qui allaient avec et les chaussures aux pointes recourbées. Une fois vêtu, il allait s'en partir de la chambre lorsque le mâtin Hulk laisser échapper un rapide jappement.
« Bâton. Chapeau. Banner idiot. »
- Je suis juste un peu perdu, se défendit faiblement le Docteur en attrapant les deux objets cités par le chien. Il n'aimait guère cela mais le chien restait son plus grand soutien dans cet autre monde étrange et inconnu. Coiffant le ridicule chapeau - il avait vraiment tout l'attirail du magicien, Bruce ouvrit la porte de la chambre et se tourna vers le serviteur qui attendait patiemment sur le côté.
- Je suis prêt. Si vous pouviez me mener au Roi, monsi… messire.
« Hulk a faim ! » aboya le mâtin mentalement et physiquement, surprenant Bruce par sa maîtrise de la parole orale. Le serviteur blêmit jusqu'à en devenir blanc et il s'inclina profondément devant le chien énervé.
- De suite, sire Hulk. Nous avons pensé à vous préparer des mets matinaux. Si vous pouviez me suivre.
Le mâtin Hulk grogna un assentiment et ils suivirent le serviteur jusqu'à une petite salle de repas où les attendait un gros morceau de viande pour le chien et quelques fruits pour l'homme. Bruce n'avait guère faim mais il se força à avaler quelques grappes de raisin pour ne pas paraître suspect devant le serviteur qui attendait sans mot dire qu'ils aient fini leur collation. Ses yeux ne cessaient d'errer entre le Hulk et la porte, affichant de plus en plus un air inquiet.
« Hulk, nous sommes attendus. » tenta mentalement le Docteur. Le mâtin pesta mais finit son gibet en quelques coups de crocs. Un simple passage de langue lui servit de toilette et Bruce se tourna vers le serviteur en tentant un petit sourire.
- Nous sommes prêts.
- Si vous pouviez me suivre, Maître Mage, Sire Hulk.
« Pue la peur. » ricana le mâtin en emboitant le pas à Bruce. Le physicien sentit ses muscles faciaux s'étirer dans le même sourire sadique qui déformait la gueule énorme du chien. Il frissonna en comprenant qu'il n'était pas si libéré que cela de l'influence du Hulk. Ce qui voulait dire qu'il pouvait encore le contrôler, soit-il dépositaire d'un corps différent du sien.
« Faute à Banner. Sort raté. Remède, a dit Banner. Mauvais sort, mauvais Banner. »
Voilà qui expliquait leur séparation partielle.
« Sors de ma tête. Tu as un corps maintenant. »
« Banner mort sans Hulk. Banner faible sans Hulk. Banner seul sans Hulk. Banner peur sans Hulk. Banner… »
« Stop ! Tais-toi ! »
Il hurla également l'ordre à voix haute et le serviteur bondit en avant comme une biche entendant le coup de feu du chasseur. Bruce fusilla du regard le mâtin Hulk, le chien gronda sur le Docteur et le serviteur oscillait entre prendre la poudre d'escampette ou essayer de désamorcer la situation.
- Et merde ! J'aurai dû tenir ma foutue langue.
Ils sursautèrent tous trois au brusque juron qui leur parvint de la salle du trône. Bruce se désintéressa sur le champ du Hulk ; l'homme qui venait de s'exclamer avait les accents de Tony Stark.
- Ouvrez-moi les portes ! ordonna-t-il sèchement au serviteur. Il voulut lui expliquer qu'il ne pouvait pas entrer ainsi, brusquement, en brisant le cérémonial mais un seul regard noir de sa part le fit s'exécuter sans rien ajouter de plus. Au même moment où les doubles portes s'ouvraient, une autre voix connue s'éleva :
- Nous ne souhaitons pas envoyer Notre fidèle chevalier à la mort. C'est pourquoi Nous lui octroyons l'aide d'un mage aussi respecté que puissant. Avancez-vous, Maître !
C'était Steve qui venait de parler. Steve qui seyait sur le trône d'or et de marbre. Steve qui était le Roi qui avait besoin d'un Mage.
Bruce était si saisi de stupéfaction qu'il ne bougea pas malgré l'ordre émis. Le serviteur s'agita à ses côtés et lui murmura précipitamment :
- Avancez, Maître. Le Roi attend !
Son intervention sortit Bruce de son immobilisme et il s'avança dans la salle du trône, flanqué du Hulk qui se pavanait tous crocs dehors, s'amusant du recul des membres de la Cour. Bruce n'y prit par garde. Il n'avait d'yeux que pour l'armure rouge et or qui se tenait agenouillée devant Steve-Roi. Il doutait désormais de se trouver devant les véritables Tony et Steve.
- Brucey ! le détrompa le chevalier en se redressant soudainement pour s'accrocher à ses épaules. Tu vas m'aider à tuer le dragon à deux têtes, si c'pas génial !
La tête casquée s'approcha de lui et il lui murmura à l'oreille :
- Dis-moi que c'est toi. Loki, le torque, ça te dis quelque chose ?
- Oui, Tony. C'est moi. Qu'est-ce qui ce passe ?
- J'en sais foutre rien, mon vieux. Sauf qu'on doit aller tuer un dragon.
Un raclement de gorge les ramena au présent et Tony s'écarta de Bruce, libérant le champ de vision de ce denier qui put apercevoir un homme ressemblant trait pour trait à l'agent Phil Coulson. Il cligna des yeux et expira le souffle qu'il n'avait pas eu conscience de retenir.
- N'est-il pas mort ? questionna-t-il sur un ton assez bas pour que seul Tony l'entende. L'ingénieur lui répondit sur la même fréquence :
- Une frasque sadique du Gothique, si t'veux mon avis. Et c'est pas Stevie.
Un autre raclement de gorge se fit entendre et Bruce jura voir un immense sourire trancher le visage de Tony. Mais il avait ce casque sur la tête qui l'empêcha de vérifier.
- Cessons nos messes basses avant de faire avoir une attaque à ce cher Grand Chambellan que nous écoutons toutes ouïes.
Il avait haussé la voix sur la fin pour se rendre audible à l'assemblée. Sur le trône, le Roi à l'apparence de Steve renifla dédaigneusement, une lueur plus qu'agacée dans le regard. Agacement qui était aussi nettement perceptible dans les yeux du Chambellan Coulson. Tony n'avait pas chômé dans la petite heure qu'il avait passé dans ce monde.
- Nos deux preux vont donc se mettre en route et ne s'en reviendront qu'après avoir occis le dragon bicéphale. Alors Sa Majesté pourra les récompenser pour leur bravoure.
Il y avait un net avertissement dans la voix du Chambellan et, sur son trône, le Roi Steve hocha sombrement la tête.
Ainsi c'était donc vaincre ou périr.
