01 - Anéantis
Le temps que l'information fasse écho dans son cerveau, Stiles avait déjà fui. Il avait fallu l'intervention froide de Lydia et le regard meurtrier de Derek pour que les autres élèves arrêtent de glousser ou de se moquer. Stiles ! Son meilleur ami depuis le jardin d'enfants. Gay ! Le seul problème dans cette histoire, ce n'était pas que Stiles était gay, non c'était Stiles n'ait rien dit. Rien dit à lui. Ils étaient toujours ensemble. Partageaient tout. Tout ? Pas sûr. Scott soupira mal à l'aise, lui aussi avait un secret qu'il partageait avec Stiles. Son regard se posa sur l'élu de son petit cœur de latino qui lui rendit son pauvre sourire peiné.
- Bon ! claqua Lydia, en colère, face à l'agitation qui régnait.
Il savait que si la jeune femme était en colère, s'était surtout contre elle est son inactivité devant la situation et le départ de Stiles. Ils se connaissaient presque tous par cœur.
- Derek, prend les garçons avec toi et récupère toutes les copies, fouillez jusqu'à dénicher les dernières de ces horreurs et si quelqu'un en cache dans son caleçon ou son soutif bas de gamme ou bien résiste…
Elle se tourna vers le brun au regard de mort et acquiesça. Scott savait que l'enfer allait s'abattre sur le lycée et que la mort allait frappait. Il était aussi en colère. Il était furieux contre la ou les personnes qui avaient fait ça à Stiles. Il n'y avait pas plus adorable que son meilleur ami. Il était doux, gentil, amusant même si un peu énervant parfois. Agaçant souvent. Mais Stiles avait le cœur sur la main. Il était très bon élève et aidait souvent ses amis pour leurs devoirs. Il expliquait bien et Scott arrivait toujours à comprendre quand c'était son meilleur ami qui lui expliquait. Les professeurs expliquaient à leur manière et souvent de façon générale, Stiles savait comment aborder un sujet en appliquant à chaque personne une technique pour faciliter l'apprentissage et l'intégration des données.
- Si quelqu'un refuse ou prend de grands airs, continua Lydia dont la voix devint aussi froide que l'ére glacière à l'époque des dinosaures, tu lui défonces le crâne !
- On y va …
- Que se passe-t-il ici ? hurla la voix d'un professeur bien connu des élèves pour son humour graveleux et son attachement à Stilinski junior.
Il faut dire que Peter Hale était le parrain de Stiles et que leur attachement mutuel était des plus étrange. Une pincée de masochisme. Un brin d'humour très étrange. Un morceau d'amour vache. Mais surtout, une complicité hors du commun pour un adulte et un adolescent.
- QUI A OSE FAIRE CA ?
Voilà, la guerre était déclarée, pensa Scott en suivant discrètement Derek et les autres garçons pendant que les filles tentaient de retrouver Stiles. Mais Scott n'aurait jamais pu deviner la suite des événements qui allait conduire à l'éclatement de leur groupe. Un tragique événement. Une chose impensable pour l'ensemble de la meute comme aimait si bien la décrire Stiles.
Anéanti. Voilà le sentiment qu'éprouvait Scott. Il était anéanti sur tous les points.
Après avoir passé des heures à récupérer les photos de Stiles avec Derek et les autres garçons de son groupe, Scott avait tenté de joindre Stiles à de nombreuses reprises. Trente-sept fois, pour être exact. Ce n'était pas du harcèlement à proprement parler, mais il lui fallait lui parler. Il avait besoin de s'expliquer et de demander pardon pour son inaction. Il y avait cette nécessité absolue en son for intérieur à devoir dialoguer avec son frère. Mais il n'avait obtenu aucune réponse. Et cette angoisse sourde qui étreignait son corps, l'empêchant de respirer, ne le quittait pas d'une semelle.
Il était passé chez les Stilinski, mais personne n'était présent. Pourtant quelque chose clochait. Ce fut vers les vingt-deux heures qu'un message arriva lui indiquant que tout allait bien et que Stiles avait besoin de prendre du recul. Scott ne reconnaissait pas l'écriture de son ami, mais pensa que le jeune homme était trop dévasté pour s'en formalisait. Pourtant, son angoisse ne disparue pas pour autant.
Arrivé devant le Beacon Hills Mémorial Hospital, Scott sentit ses forces le quitter un instant comme si quelque chose de grave se produisait. Étourdit, il entra dans l'enceinte de l'hôpital avec l'intention de parler à sa mère mais une agitation anormale régnait à l'entrée. Le personnel était en effervescence. Pas comme la fois où ils avaient fêté noël. Non ! Une mauvaise ambiance et une étrange sensation pesante flottait dans l'air.
- Scott ? la voix surprise de sa mère l'inquiéta.
Pas qu'elle soit tant surprise, parce qu'il avait la charge de lui emmener son repas du soir, comme d'habitude, mais plutôt dans l'inquiétude de sa voix et les larmes qui coulaient en continue sur ses joues. Ses yeux rouges et son teint presque blafard lui noua la gorge. Il la vit s'approcher de lui avec une certaine prudence comme si la nouvelle phrase qui allait sortir de sa bouche allait confirmer les peurs sinueuses qui lui broyaient l'estomac depuis quelques heures.
- Scott, mon chéri ?
Scott aperçu au loin le shérif qui tenait sa femme dans ses bras, effondré au sol. Claudia était au bord de l'hystérie et ses paroles n'avaient presque aucun sens pour le jeune homme. Il ne comprenait pas ce qu'elle hurlait mais Scott ressentait que la situation avait dégénéré à un point de non-retour.
Il secoua la tête nerveusement. Impossible, tout cela était impossible. Où était Stiles ?
- Stiles ? Scott tourna la tête vers sa mère qui s'était approchée doucement et qui posa sa main sur son épaule.
- Maman ? Où est Stiles ?
L'infirmière avait du mal à parler. Scott pouvait voir que sa gorge était nouée et que les larmes coulant à flot n'étaient pas bon signe. Qu'avait fait Stiles ? Où était-il ? Pourquoi Claudia hurlait-elle ? Pourquoi John pleurait il ? Où était Stiles ? Où était son frère ? Son ami ?
- Il …, Commença difficilement Melissa en ancrant son regard dans le sien. Il a fait une tentative de suicide.
Anéanti. Il était anéanti. Il avait failli à son devoir d'ami. A son devoir de frère. Stiles avait tenté de se suicider après l'événement de l'après-midi. Quelqu'un avait détruit son ami. Son meilleur ami. Son frère.
Prit de vertiges, Scott sentit sa mère l'asseoir sur la chaise de l'accueil. Il était perdu. Anéanti. Figé dans un espace vide comme le néant. Il ne souhaitait qu'une chose, voir Stiles. Mais était-ce possible ? Avait-il encore le droit de voir Stiles ? Pouvait-il le regarder dans les yeux et prétendre être son meilleur ami ? Il se sentait minable et inutile. Il avait perdu son ami.
- Il n'est pas mort Scott, la voisine des Stilisnki l'a trouvé délirant et divaguant dans la rue à moitié nu. Elle a appelé les urgences qui sont intervenues rapidement…
- Comment ? Scott leva les yeux vers sa mère qui comprit sa question.
Il avait tellement vu de choses en tant que fils d'infirmière. Il avait écouté les médecins qui parlaient entre eux de leurs patients mais ne faisaient pas attention à lui, trop pris par leurs questionnements.
Des accidents de la route tuant parents mais laissant les enfants abandonnés parce qu'un homme avait décrété qu'il pouvait boire un verre de plus. Des personnes détruites physiquement parce que des parents avaient laissé leurs adolescents inconscients prendre la voiture pour aller en boîte et revenir ivre mort. Des mères perdant leurs enfants parce qu'une femme avait grillée un feu de stationnement ou un stop. Tant de choses horribles auquel Scott pensait échapper. Des adolescents poussés à bout par d'autres pour leur différence. Brimades. Insultes continuelles. Humiliations physique et morale, conduisant à une autodestruction précoce. Des enfants abusés, battus et maltraités par des parents incapables de voir ou d'admettre leur monstruosité.
- Il s'est ouvert les veines après avoir ingurgité deux boîtes d'Aderall et une grande quantité d'alcool.
Alors, c'était ça la solution de Stiles ? Mourir et l'abandonné. À bien y réfléchir, lui aussi l'avait abandonné un court instant. Mais si long en même temps. Quand il était devant la maison, il aurait dû insister. Il aurait dû grimper à la gouttière comme il faisait d'habitude pour faire peur à Stiles dans sa chambre. Il aurait dû faire tellement de choses.
- Il est en soin intensif pour le moment… Scott ?
Scott avait besoin d'air. Il avait cette envie de courir loin pendant longtemps. S'épuiser physiquement et moralement pour oublier. Oublier n'était certes pas la solution, mais il avait besoin d'admettre que plus rien ne serait pareil à partir d'aujourd'hui.
Elle ne savait pas comment elle avait fait pour arriver là. Le corps de la jeune femme était épuisé et pourtant, le fait qu'elle se retrouvait devant le lycée à l'heure, lui indiquait qu'elle avait encore toutes ses facultés motrices. Mais ses capacités intellectuelles étaient au point mort. Mort. Il aurait pu l'être cet imbécile. Certes elle n'avait pas géré aussi bien l'événement de la veille mais elle pensait que Stiles serait revenu le lendemain ou alors qu'elle aurait été obligée de débarquer chez lui pour le tirer de son lit par la peau du cul. Elle n'aurait jamais imaginé qu'il aille jusque-là.
Dans un silence presque religieux, ses amis arrivèrent à leur tour et se mirent à ses côtés. Seul Scott ne venait pas aujourd'hui. Il était encore à l'hôpital et y avait passé la nuit. Elle jeta un coup d'œil à ses amis et vit qu'eux aussi étaient aussi dévastés et épuisés qu'elle. Ils n'avaient pas dû dormir de la nuit, attendant des nouvelles de Scott.
Elle avait tourné en rond dans sa chambre comme une lionne en cage. La jeune femme avait fait un tri important dans sa penderie avant de tout ranger à sa place. Pris d'une crise de folie et de rage, elle avait attrapé des ciseaux et avait entrepris de déchirer vêtement par vêtement. Elle se fichait bien de leur marque, de leur prix, de la valeur qu'ils pouvaient bien avoir, elle voulait tout détruire. Détruire l'image qu'ils donnaient d'elle. Une jeune femme superficielle. Aux yeux du monde elle n'était qu'une poupée de porcelaine vide. Mais pourtant, Stiles la voyait telle qu'elle était. Il la connaissait sur le bout de ses ongles manucurés. Il savait tout d'elle. Mais elle ne semblait rien savoir de lui.
Elle avait toujours su avant les autres. Elle avait su voir les sourires furtifs d'Alison et Matthew. Les frôlements volontaires et involontaires de Danny et Isaac. Le secret de Jackson. Et ainsi de suite. Mais Stiles était une énigme malgré toutes ses années à le côtoyer. A l'écouter. À le suivre dans ses délires les plus abracadabrants.
Soudainement elle apprenait que son soi-disant meilleur ami était gay. Qu'il lui cachait. Mais le pire dans tout cela, c'était qu'il avait tenté de se suicider, seul et de la façon la plus barbare qui soit. Elle ne pouvait lui pardonner ce geste. Elle ne pouvait concevoir que son ami ne la jugeait pas digne de partager son secret et sa souffrance. Et c'est bien cela que Lydia Martin n'arrivait pas à se pardonner. Ne pas avoir vu que son ami souffrait.
C'est dans une ambiance lourde que le groupe avança machinalement vers l'entrée du lycée quand la sonnerie se mit à sonner. Ils ne se regardèrent pas, et aucun d'entre eux n'avait envie de se trouver là. Ils savaient que la journée allez être longue, pénible et surtout mortelle sans cet énergumène qui gesticulait dans toutes les sens. Ce membre du groupe qui leur donnait le sourire autant que des soupirs d'agacement quand il en faisait trop. Mais c'était sa manière de les faire sourire.
Pourquoi n'avait-elle pas vu que son sourire était forcé ?
Son corps était présent mais son esprit voguait si loin. Maudit Stiles Stilinski. Maudit hyperactif stupide et inconscient. Maudit lui aussi. Maudit lycée. Maudits élèves. Derek n'avait qu'une seule envie. Attraper chaque élève de ce maudit bahut et les frapper un part un jusqu'à ce que le coupable ou les coupables se dénoncent. Stiles n'était pas un garçon simple ou tranquille, il déversait autour de lui un sentiment d'apaisement et d'agacement perpétuel. Il avait le don d'être un jeune homme complexe et compliqué, mais ce garçon était son ami.
Ils se connaissaient depuis la primaire. Ce fut le seul à s'approcher de lui sans avoir peur parce qu'il s'appelait Hale. Derek avait eu beau le repousser, Stiles revenait toujours vers lui avec un petit latino au regard brillant par son absence d'intelligence.
Derek se remémora le jour où ses parents avaient dû revenir à Beacon Hills pour rentrer au domaine familial. Derek avait dû laisser ses amis à New York et s'installer dans une ville qu'il ne connaissait pas. Ses parents avaient déménagé avant sa naissance dans une grande ville pour le travail et la famille ne venait que rarement dans la bourgade. C'est Peter qui se déplaçait pour les fêtes et les anniversaires. Mais un jour, Peter devint professeur titulaire au lycée et ne put faire comme avant. Alors Talia et Deucalion Hale avaient décidés de ramener les enfants dans un endroit moins corrosif pour eux.
Son souvenir le plus marquant dans sa relation avec Stiles, c'était ce fameux moment où Derek se faisait chahuter par des plus grands parce qu'il était taciturne, silencieux et solitaire. Il n'avait plus ses amis et il ne connaissait personne ici. Il avait aussi juré à ses parents de ne pas se battre ou se mettre en colère alors il avait laissé les enfants plus âgés le bousculer. Il avait laissé glisser sur sa peau les insultes qui fusaient contre lui, il s'en fichait, il avait fait une promesse. Et une promesse reste une promesse pour Derek. Après quelques minutes de cahotements injurieux, Derek reçu un coup à la gorge et commença à suffoquer sous les rires des grands. Et c'est là qu'avait débarqué Stiles Stilinski.
- Laissez-le tranquille ! Hurla Stiles en se mettant devant Derek.
Derek avait observé le petit corps chétif de Stiles faire barrage contre les grands qui ricanèrent violemment.
- Alors le bébé, on a un amoureux ?
- C'est pas mon amoureux ! Cria Stiles. C'est mon ami et je vous signale que mon papa, c'est le chef de la ville, si vous continuez à nous embêter, je vais tout lui raconter…
- Ton papa ? C'est ton papa ? Un gros nul comme toi…
- Mon papa, c'est le shérif !
Derek avait senti la tension qui s'était installé et souffla quand les grands reculèrent et partirent en courant.
- On joue à cache-cache ?
Derek se souvint avoir souri et acquiesçer, prenant la main de son ami. Depuis, le Hale n'avait jamais quitté Stilinski.
Enfin presque.
Un bruit attira l'attention de Derek qui leva la tête pour apercevoir l'adjoint du shérif entrer dans la classe. Un froncement de sourcils, le regard inquiet, le jeune Hale grimaça quand l'interphone du lycée grésilla et laissa place à la voix de Mme Martin.
- Bonjour chers élèves.
Le jeune homme tourna la tête vers Lydia qui n'avait pas bougée, comme figée, depuis le début du cours. Puis quelque chose attira son attention. Plutôt quelqu'un. Jackson. Jackson Whittemore, son meilleur ami fixait avec hargne deux autres élèves qui chuchotaient activement malgré la tension dans la classe. Tyler Saint James et Rodrigo Ramirez n'avaient pas l'air d'être intéressés par ce qui se passait ici. Cela l'intrigua au plus haut point quand Jackson ferma les yeux, agrippant son bureau avec colère, tentant de se calmer.
- C'est avec une peine immense et une colère profonde que je vous parle sans détour ce matin. Continua la voix de Mme Martin qui semblait épuisée et abattue. Hier après-midi, un événement déplorable a eu lieu, un événement que je ne tolère absolument pas.
Derek se tourna vers l'adjoint Jordan Parrish qui fusilla du regard les deux bavards insolents.
- Messieurs Saint James et Ramirez, Six heures de colle ! Claqua leur professeur Mr Harris dont le regard exprimait clairement que rien ne le ferait changer d'avis.
- Un élève de cet établissement s'est retrouvé au cœur d'une débâcle immonde, et je n'accepte pas que mes élèves se comportent de cette façon. Je suis une femme tolérante, juste et magnanime, alors c'est pourquoi j'ai décidé, avec le soutient et l'accord du conseil d'administration et des parents d'élèves avec lesquels j'ai eu une réunion d'urgence ce matin, de mettre en place un bureau dans lequel chaque élèves victime de brimades, d'insultes à répétition, d'humiliations, que ce soit de la part d'autres élèves ou même de professeur ou d'agents internes à l'établissement, pourra venir en parler auprès de Mlle Morell et Mr Hale.
Si seulement Stiles était venu le voir. Il n'avait rien contre l'homosexualité. Il s'en foutait, il était bi et ne s'en cachait pas. Il fallait dire que pour le moment, il sortait qu'avec des filles parce que les mecs de son âge étaient tous stupide. Il avait toujours été un cœur tendre et romantique. Il n'aimait pas les plans sexes à la va-vite et sans un minimum de sentiments. Seulement, les gens ne le voyaient que comme un jeune homme sexy et taciturne, voire psychopathe. Il ne pouvait pas empêcher les rumeurs autour de sa famille de voyager dans la ville. Surtout avec un abruti comme son oncle qui alimentait les ragots.
- Je vous annonce aussi que les agents du shérif sont actuellement dans l'établissement et vont faire une enquête approfondie sur les événements de la journée d'hier…
- Sans Blague, on ne les avait pas vu… Ricana bruyamment Rodrigo en frappant du coude son ami Tyler qui s'esclaffa, pas aussi silencieusement qu'il ne l'aurait dû, s'attirant le regard foudroyant de l'adjoint.
- Messieurs, puisque cela ne suffit pas à vous faire taire vous aurez une retenue pendant trois mois tous les samedi matin et les fins de journée et comme je ne compte pas perdre de temps avec vous, c'est Mlle Blake, votre si charmante professeur d'anglais, qui viendra vous surveiller.
D'un coup, Derek avait eu pitié d'eux, mais sourit quand même. Si Mr Adrian Harris était une plaie pour les élèves, Mlle Blake terrorisait les siens et surtout les bavards et les incompétents de leur gabarit. Elle était intransigeante et avait cette petite lueur perverse et malsaine dans son regard qui ne donnait pas envie d'être seul avec elle.
- Le lycée est censé être un lieu d'apprentissage. Continua Mme Martin inconsciente de la bataille qui se déroulait dans la salle de classe du professeur de chimie. Un lieu de rassemblement et d'innocence vous préparant à votre avenir.
Derek observa la tension s'accumuler dans la mâchoire de l'adjoint. Stiles était la mascotte et la coqueluche du bureau du shérif. Tout le monde le connaissait et l'aimait. Enfin l'appréciait, plutôt, parce que l'aimer, tout était relatif. Il était serviable, taquin et quelquefois boudeur pour un rien. Mais c'était un bon garçon.
- Je vous annonce aussi … La coupure et le reniflement de Mme Martin attira toute l'attention de la classe qui riva le regard sur le haut-parleur. Il sentit Isaac à ses côtés se tendre, tentant de retenir ses larmes.
Isaac Lahey, avec une histoire de famille des plus compliquée, que Stiles avait pris sous aile et qui ne le lâchait plus d'une semelle depuis des années. Derek avait l'impression parfois que Stiles représentait pour Isaac une maman de substitution. Il le nourrissait amenant des repas rien que pour lui. L'aidait dans ses devoirs et quelquefois, ce qui faisait rire la plupart des gars de l'équipe de Lacrosse, mais qui dérangeait nullement le blond bouclé, Stiles soignait les blessures du jeune homme quand celui-ci se blessait et marmonnait des fausses menaces de mort à ceux qui l'avait bousculé.
- … Je vous annonce que Mr Stiles Stilinski a tenté de … tenté de se suicider hier soir !
Voilà, l'annonce avait été faite. Derek ne s'attendait pas à ce qu'autant de monde dans la classe soit vraiment choqué. Il pensait bien que l'annonce d'une tentative de suicide ferait l'effet d'une bombe mais les élèves de sa classe avaient l'air vraiment choqués. Des plaintes de stupeur et d'horreur retentirent et Derek frissonna.
L'entendre la première fois de la bouche de Scott lui avait coupé les jambes et la respiration. Il s'était effondré au sol et n'avait pu parler pendant de longues heures alors que Peter et Laura, sa sœur, avaient essayé par tous les moyens de lui faire reprendre pied. Quand enfin il avait repris contenance, Derek s'était enfui du manoir et avait erré pendant des heures dans la forêt en pleine nuit, jusqu'à rentrer au petit matin épuisé et détruit.
L'entendre une seconde fois de la bouche de Mme Martin lui fit comme une chape de plomb sur la tête. Cela ramenait toute cette horreur à la réalité. Il aurait pu penser et avait espérer que cela n'était qu'un cauchemar sans fin dont il n'arrivait pas à se réveiller. Mais non.
- Par chance, votre camarade s'en est sorti grâce à l'intervention des ambulanciers qui sont intervenus à temps…
Le regard de Derek se porta vers Jackson qui fulminait véritablement. Derek ne comprenait pas son comportement. Les deux jeunes hommes ne s'appréciaient pas vraiment. Ils passaient leur temps à s'envoyer des vannes et des insultes aussi détestable les unes que les autres. On voyait bien que Stiles hérissait le poil de Jackson et que son envie de l'étriper était presque palpable. Mais alors pourquoi cette pointe de tristesse dans son regard furieux ? Mais surtout, pourquoi fixait-il Tyler et Rodrigo ?
Une étincelle fit lumière dans sa tête. Il tourna rapidement la tête vers les deux abrutis dans un craquement sonore de cervicale et fixa son regard sur eux. Ils n'avaient pas l'air ni désolé pour Stiles, ni même peinés de son sort et apparemment, ils s'en fichaient royalement. Ils n'auraient pas osé ? Son regard se fit sombre. Il allait devoir en parler avec Jackson pour être sûr et savoir le fin mot de cette putain d'histoire.
- J'attends de vous, mes chers élèves, que vous parliez avec les agents de police et les aidiez dans leur enquête. Si vous savez quoi que ce soit qui pourrait les aider à résoudre cette monstrueuse ignominie, je vous en saurais gré de leur faire partager, vos parents ont été prévenus.
Derek baissa la tête un instant pour voir un petit dessin gravé au compas. Stiles le lui avait fait un jour qu'il était malade et absent de l'école, alors à son retour, il avait vu un petit loup entouré de coussins sur lesquels il reposait. Cela l'avait fait rire, il ne savait pas ce qu'avait Stiles avec les loups. Il était fan des comics, de mythologie et autres bêtises surnaturelles et c'est cette particularité qui plaisait à Derek. Mais surtout à Erica avec qui Stiles partait faire des conventions.
Stiles Stilinski. Pourquoi ne pas être venu les voir ? De quoi avait-il eu peur pour ne pas leur faire confiance ? C'est cette question qui le perturba longtemps.
- Mr Lahey ? Mr Hale ? Mlle Martin ? Mr Whittemore ? Mlle Reyes ? Mr Boyd et Mr McCall ? Veuillez nous suivre s'il vous plaît, nous allons commencer par vous qui étiez ses plus proches amis, déclara Parrish en ouvrant la porte de la salle de classe.
- Ensuite…
- Scott n'est pas là aujourd'hui ! Souffla douloureusement la voix blanche d'Erica qui regardait ses amis, dans l'incapacité de parler.
- Excusez-moi ! Bien nous …
- Vous ne pouvez pas nous interrogez sans la présence de nos parents ! Cracha Tyler qui s'affaissa sous le regard meurtrier de l'adjoint.
Les hoquets de stupeur des élèves face au comportement de leur camarade firent écho avec le visage de leur professeur. Derek connaissait assez bien la loi pour avoir côtoyé le shérif et le père de Jackson mais même lui voulait en finir avec cette histoire et découvrir qui avait fait du mal à son ami. Ces deux trous du cul avaient quelque chose à se reprocher ? Ou alors, étaient-ils vraiment des enculés sans cœur jusqu'au bout de leur deux neurones sur le point de mourir ?
- Ce n'est pas un interrogatoire mais … Mr Harris ?
- Oui ? Demanda, surpris, le professeur face à la véhémence de ses élèves.
- Pourriez-vous me communiquer les noms et l'adresse des parents de ses deux élèves ? Demanda Parrish sous la stupéfaction des derniers.
- Mais …
- LA FERME ! Hurla Parrish.
Les lycéens et le professeur sursautèrent violemment. Derek connaissait assez bien Jordan pour savoir qu'il perdait rarement son sang-froid et le contrôle de ses émotions. C'est pourquoi il faisait un très bon adjoint. Mais aujourd'hui rien n'était comme d'habitude. Plus rien ne serait comme d'habitude.
- Bien sûr agent Parrish, je vais vous les transmettre à la fin du cours.
- Parfait ! Vous deux, vous serez auditionné au poste du shérif avec la présence de vos parents et vos avocats si vous le souhaitez, mais sachez que vous êtes dans mon collimateur et que je n'aime pas les fortes têtes quand un adolescent qui est votre camarade de classe, a tenté de se suicider, c'est un manque de respect flagrant. Isaac ? Derek ? Lydia ? Jackson ? Erica ? Boyd ? Suivez-moi !
L'ordre claqua et comme un seul homme, les adolescents se levèrent.
- Prenez vos affaires avec vous, jeunes gens ! Déclara le professeur qui avait l'air au trente-sixième dessous, chose rare chez lui selon Derek. Pas la peine de revenir, je pense qu'après vos entretiens, vous irez au prochain cours.
Prenant son sac, Derek suivit ses amis derrière l'adjoint Parrish. La journée allait être longue. Très longue et Derek voulait déjà partir pour voir Stiles. La nuit précédente, personne n'avait pu allé à l'hôpital. Tous les parents avaient estimés, à juste raison, que leur place n'était pas là-bas à une heure pareille et qu'ils ne pourraient sûrement pas le voir avant deux jours. Seul Scott avait défié sa mère de l'expulser de l'hôpital. Pour la première fois, le jeune homme avait désobéi et campé sur sa décision. Selon ses dires, le shérif avait accepté qu'il reste à ses côtés jusqu'à son réveil pour le rassurer. Ensuite, il devrait reprendre les cours normalement.
Une douloureuse appréhension le prit aux tripes. Il avait la sensation désagréable que plus rien ne serait pareil. Un mauvais pressentiment comme le jour où ses parents lui avaient annoncé qu'ils devaient déménager. Cela lui avait déchiré le cœur, mais aujourd'hui, il ne regrettait rien. Sauf une chose. Ne pas avoir vu la souffrance de son ami.
