Jalousie

Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'il la voyait si souriante avec un client. Et bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait rire aux plaisanteries d'un autre.

Elle avait souvent droit à des commentaires élogieux sur son travail, et de temps à autre, une remarque sympathique sur son physique et sa bonne humeur. Mais c'était toujours anodin, un peu comme une formule de politesse.

Pourtant aujourd'hui, il se rendait bien compte que ce n'était pas seulement par courtoisie qu'on lui disait combien elle était charmante, et jolie, et attirante, et belle, et plein d'autres choses encore.

Et ça ne venait pas seulement des vieillards ou des mères de famille. De plus en plus, les jeunes de la région qui avait souffert de la guerre, ou d'un accident sur les chantiers ou dans les champs comme il y en avait beaucoup, venaient se faire soigner et elle les accueillait avec son sourire et sa bonne humeur.

Elle travaillait vite et bien et s'appliquait toujours à les faire souffrir le moins possible lors de la connexion de la prothèse.
Du coup, elle s'était forgée une sacrée réputation dans toute la région et avec son allure angélique, ses grands yeux bleus et ses tenues affriolantes, elle mettait toute la population male de Risembool et des environs à ses pieds.
Ce qui l'exaspérait au plus haut point.

Non, il n'était pas jaloux. Il trouvait juste son comportement déplacé. Pourquoi souriait-elle tout le temps ? Pourquoi avait-elle besoin de toujours toucher ses clients, une main sur le bras, sur la cuisse, une petite tape dans le dos…
Et pourquoi, pourquoi portait-elle toujours sa blouse ouverte et nouée sur les hanches ? Si encore elle avait eu un t-shirt dessous ! Mais non, un simple bandeau noir pour lui couvrir la poitrine ! Rien de plus. Elle se pavanait le ventre à l'air devant tous ces petits prétentieux…
Edward fulminait.

Il attendait patiemment son tour dans la salle d'opération et ne ratait rien de ce qui se déroulait à coté. Une fois le dernier client parti, un type de son age, plutôt grand qui n'arrêtait pas de zyeuter sa mécano, il voulut faire une remarque sarcastique sur sa tenue et son attitude, mais se retrouva avec une réflexion plate et grossière.

« Tu leur fais payer un supplément pour avoir le droit de se rincer l'œil ? »

Winry le regarda avec surprise, n'appréciant ni le ton ni contenu du propos.

« Et je peux savoir ce que tu sous-entends ? »

Edward haussa les épaules puis s'installa sur sa table de travail, attendant qu'elle vérifie l'état de son bras.

« Me dis pas que tu as pas remarqué la façon dont il te dévorait des yeux ! A un moment j'ai même cru qu'ils allaient lui sortir de la tête quand tu t'es penché… » Il essayait d'avoir un ton dégagé, mais il bouillait littéralement de colère. Et l'attitude débonnaire de Winry ne faisait pour le calmer.

« C'est pas parce que toi tu ne t'intéresses qu'aux bouquins que c'est le cas de tout le monde. Et de toute façon, je vois pas en quoi ça te concerne ! »

Elle se planta en face de lui et ajouta avec un sourire mauvais : « T'es jaloux peut-être ? »

Edward la fusilla du regard et rétorqua sans réfléchir : « Jaloux de quoi ? Que tu te pavanes devant lui comme une dinde ? Non merci ! »

Elle fut encore plus choquée par cette remarque et répondit du tac au tac : « Je ne me pavane pas, je suis polie, mais c'est une notion qu'y t'es complètement étrangère visiblement ! »

« Moi aussi je suis poli, et c'est pour ça que je ne me ballade pas à moitié nu devant les gens ! »

« Forcément, toi tu ferais peur à tout le monde ! »

Winry croisa les bras et se détourna pour aller chercher ses outils. Elle était satisfaite de lui avoir cloué le bec. Puis elle revint devant la table et constata qu'Edward avait remis son débardeur et enfilait sa veste, prêt à partir. Elle allait recommencer ses réflexions quand elle réalisa ce qu'elle venait dire et surtout, la façon dont il l'avait compris.

« Ed… » Elle parla d'une voix beaucoup plus douce, mais il ne se retourna pas pour autant. Il attrapa sa ceinture sur la chaise et s'appliqua à la remettre en place sans un mot.

« Ed, c'est pas ce que je voulais dire… » Elle posa sa main sur son épaule et essaya de le forcer à la regarder.

« Ca va, pas la peine d'en faire un drame, je sais bien que ça fait pas envie un bras en métal… » L'amertume transpirait par tous les pores de sa peau mais Winry ne se laissa pas démonter.

« Moi ça ne me gêne pas… Il faut dire que c'est du matériel super chouette que tu as ! » Elle tentait en vain de détendre l'atmosphère, mais il continuait à l'éviter. Il se dégagea et s'apprêtait à quitter la pièce quand elle se précipita contre lui, et le coinça contre la porte.

« Je plaisante pas, Ed. » Et comme pour démontrer son propos, elle caressa son bras droit à travers sa veste.

« On peut même dire que j'aime le contact du métal… » Winry attrapa sa main et entrelaça ses doigts avec les siens ce qui attira son attention. Jamais elle n'avait ce genre de contact en dehors de la révision de son auto-mail et Edward se sentit légèrement mal à l'aise. Pourtant, c'était très exactement le sujet qu'ils abordaient. Alors malgré son embarras il remarqua : « Peut-être que sur la main c'est supportable, mais pas ailleurs… »

Winry fut plus que surprise par cette réflexion, mais ne laissa rien paraître, au contraire, elle le tira vers elle et demanda sur un ton innocent : « Et où tu comptais me toucher ? »

Cette fois, Edward ne put cacher sa gêne et dut tourner la tête pour qu'elle ne le vit pas rougir.

« Non… c'est pas ça… enfin… »

Winry prit les devants et se planta en face de lui, tenant toujours sa main métallique.

« C'est vrai que c'est un peu froid au début, mais c'est pas un vrai problème. » Elle posa sa méca-greffe sur sa joue et posa sa main dessus pour la réchauffer. Puis elle fit glisser ses doigts de métal vers son cou et continua sur sa nuque.

« Tu vois, il suffit d'y aller doucement, ça ne fait pas mal… » Edward était trop sous le choc pour bouger et lui échapper. Il n'avait pas les mêmes sensations qu'avec sa main de chair, mais il était pleinement conscient de ce qui se passait entre eux. Winry était prête à tout pour lui montrer combien les auto-mails étaient fantastiques et on pouvait dire qu'elle savait donner de sa personne pour le convaincre. Mais lui aussi pouvait jouer à ce jeu et lui montrer que les membres de chair étaient tout de même nettement mieux…

Il enroula son bras gauche autour de sa taille et commença à faire courir ses doigts dans son dos, ce qui eut pour effet de la faire frissonner.

« Et tu vas me dire qu'il n'y a pas de différence avec une vraie main ? » Il plongeait ses yeux dans les siens, lui interdisant tout mensonge.

Winry se sentait fondre sous ce regard d'ambre et se laissa aller à ses caresses. Elle était prise en sandwich entre son automail sur l'avant et son bras dans son dos, mais n'avait nullement l'intention de se plaindre. S'il voulait prouver son point par une comparaison forcée des deux types de sensations, elle était plus que volontaire au rôle de cobaye. Mais elle ne le laisserait pas gagner sans se battre.

« C'est surtout différent parce que tu ne fais pas la même chose avec tes deux mains… » Et comme pour démontrer son argument, elle entreprit elle-aussi de le caresser, une main sur son ventre et l'autre sur ses épaules, l'obligeant à se rapprocher d'elle encore un peu plus. Sans lui demander son avis, elle lui ôta sa veste et glissa directement sous son débardeur, découvrant avec plaisir la forme de ses muscles.

Ces années de combats n'avaient pas que des mauvais cotés en fin de comptes. Certes, il cassait sa prothèse plus souvent que nécessaire, mais en contre partie, il s'était sculpté un corps d'Adonis qu'elle prenait maintenant plaisir à examiner.
Au fond d'elle, Winry savait qu'elle avait franchi la limite. Jamais elle ne s'était autorisé à le toucher si intimement. Mais elle voulait lui prouver qu'il n'était pas un monstre de foire et que ses membres métalliques en la gênaient en rien, quelle que soit la nature de leur contact.

Puis tout bascula. A jouer avec le feu, on se brûle, et ils furent tous les deux pris dans le brasier de leurs sentiments. Ils pouvaient prétendre et jouer les indifférents tant qu'ils gardaient leur place, mais à se toucher l'un l'autre de cette façon, ils se faisaient dépasser.

Les caresses devinrent plus présentes, insistant là où il fallait, les forçant à se rapprocher un peu plus. Leurs yeux s'assombrirent et chacun pouvaient clairement lire le désir de l'autre dans ses pupilles dilatées.

Son automail s'arrêta à la bordure du bandeau noir, n'osant descendre plus, sa main à elle attendit sur la boucle de sa ceinture.

Respiration courte et saccadée. Son sein effleura la prothèse. Son ventre frôla ses doigts.

Sans comprendre d'où cela venait, ils furent submergés. Ses lèvres sur les siennes, répondant immédiatement à sa demande tacite.

Du bout de la langue, il léchait sa lèvre supérieure, quémandant l'entrée qu'elle lui offrit sans réfléchir.

La bataille dura longtemps, aucun des deux n'acceptant la dominance de l'autre dans sa bouche. Mais Winry finit par céder quand elle sentit sa main rejoindre sa mécagreffe sur son bandeau.

Effectivement la sensation était différente, mais elle n'aurait su dire laquelle elle préférait. Le métal était plus froid et il apaisait la chaleur de sa peau. D'un autre coté, elle savait qu'il profitait mieux de ce qu'il faisait avec sa main gauche. De plus, il était plus habile de ses doigts naturels. Mais elle n'avait pas envie d'y réfléchir pour le moment.

Winry quitta ses lèvres pour dévaler son cou. Elle s'attarda plus particulièrement sur son épaule droite, là où la peau était la plus sensible, à la liaison de la prothèse. Il frémit mais la laissa faire puis lui rendit la pareille en mordillant sa nuque tout en jouant avec ses seins. Il remarqua tout de suite la réaction qu'il obtenait avec sa main droite et la laissa en place le temps de continuer son expédition plus au sud.

Sentant les choses évoluer rapidement, elle l'attirait vers elle, et prit appui sur le plan de travail pour s'asseoir, l'emprisonnant entre ses jambes.

Edward paniqua un peu de la voir si entreprenante, mais se laissait guider. Il continua d'explorer son corps, descendant vers sa taille et il défit lentement sa blouse pendant qu'elle s'occupait de sa ceinture.

Ils furent bientôt à moitié nus, et Edward n'eut pas le temps de rougir, qu'elle attrapait ses fesses à pleine main pour le coller à elle.

Il semblait hésiter, et elle n'était pas très rassurée non plus mais refusait de faire marche arrière. Pour l'encourager, et se réconforter par la même occasion, elle l'embrassa à nouveau, plus tendrement, prenant son temps pour goûter ses lèvres et savourer la douceur de sa langue sur la sienne.

Son cœur battait à tout rompre, mais il ne voulait pas céder à la panique. Il avait la connaissance théorique, à défaut de pratique et n'allait pas la décevoir en prenant la fuite. En bon scientifique, il choisit de s'instruire un peu sur le sujet et glissa doucement sa main entre ses jambes, choisissant la gauche pour ne pas lui faire mal. La peau y était particulièrement fine, et il sentait l'humidité collante qui s'insinuait entre ses doigts.

Winry retint son souffle quand il s'immisça en elle, et étouffa un gémissement dans leur baiser quand il trouva un point particulier au plus profond de son ventre. Ses hanches se soulevaient malgré elle, allant à la rencontre de sa main, accélérant la cadence un peu plus à chaque fois.

Elle s'agrippa à sa main droite, la serrant de toutes ses forces pour ne pas crier. Alors même qu'elle sentait le plaisir jaillir entre ses jambes, il retira ses doigts. Elle ouvrit grand les yeux et malgré la surprise et la déception qu'il ne soit plus là, elle devina le désir dans son regard. Sans un mot, elle le guida en elle, resserrant l'étreinte de ses jambes autour de son bassin.

Il plongea doucement en elle, profitant de chaque centimètre avant de s'arrêter complètement pour mieux repartir. Il reprit le rythme de ses doigts et rapidement Winry se remit à gémir. Il trouva le bon angle et à chaque coup de rein, elle s'enlisait un peu plus dans les méandres du plaisir.

N'y tenant plus, elle guida sa main droite sur son sein, pendant que la gauche s'enroulait dans son dos pour la soutenir. Elle s'accrochait à lui de toutes ses forces et il sentait lui aussi près à franchir la limite.

Encore une fois, il trouva ses lèvres et dans un dernier baiser, il étouffa ses soupirs alors qu'elle se resserrait autour de lui, tout son ventre explosant de satisfaction.

Ils restèrent silencieux un moment, à essayer de retrouver leur respiration puis Edward demanda : « Et tu veux me faire croire qu'une mécagreffe vaut une main humaine ? »

Winry eut un petit rire amusé, pensant qu'ils avaient dépassé cette étape et répondit simplement : « Je n'ai pas dit ça, mais je dis simplement que le contact du métal peut aussi être agréable… »

Edward se redressa et la regarda dans les yeux d'une façon bizarre.

« Même pour ça ? » Il baissa la tête pour désigner la partie qui les reliait encore.

Winry rougit un peu et haussa les épaules avant de se décrocher de lui et de se rhabiller.

Edward fut surpris mais il se rhabilla également, préférant ne pas se faire surprendre dans cette situation. Il allait enfiler son t-shirt quand elle le lui prit des mains avant de lui désigner la table d'examen pour commencer sa vérification.
Elle resserrait les dernières visses quand il revint à la charge.

« Tu n'as toujours pas répondu à ma question… »

Encore une fois elle rougit et répondit simplement : « Disons que la nature fait bien les choses, mais quand on n'a pas l'original sous la main, il faut savoir se contenter d'un morceau de métal adapté ! »


Bon le début était plutôt pas mal, je trouve. Pour une fois, mes personnages correspondaient à leur caractère de départ. Après, j'avoue que ça se corse. C'est peut-être pour ça que personne ne fait jamais de lemon Ed/Win... Enfin, pas grave, j'ai fait ce que j'ai pu !!