Le manteau noir de la nuit tombait sur le ciel, voilant doucement les derniers rayons du soleil. Une chouette hulula au loin, s'apprêtant à se lancer en chasse. Le reste de la campagne écossaise s'endormait tandis qu'un tout autre oiseau de nuit se posait au sol.

Un jeune garçon qui n'avait pas plus de dix ans posa pied à terre. D'un simple mouvement du poignet, il fit disparaître son balai et ce fut comme s'il n'y avait jamais rien eu d'autre que de l'air à cet endroit. S'époussetant un peu, il daigna enfin poser son regard sur l'imposante bâtisse devant lui, invisible aux yeux des gens ordinaires.

Il observa les hautes tours, scruta le grand lac noir et vit la forêt touffue qui s'étendait plus loin. Difficile de comprendre ce qui différenciait Poudlard des autres châteaux. C'étaient les mêmes pierres, la même architecture, bref, rien d'extraordinaire.

Le jeune garçon sortit de sa poche la lettre qu'il avait reçue quelques jours plus tôt. Il avait promis à sa mère de revenir la voir dans le mois – cette gentille femme n'était pas brillante mais elle avait un bon cœur et elle aimait son fils, même si elle avait parfois du mal à comprendre qu'il ne pouvait pas rester auprès d'elle il était destiné à de grandes choses et ne pouvait se permettre de perdre une minute – mais il ne s'écoulerait sans doute pas trois jours avant qu'il ne retourne à elle. La lettre avait piqué sa curiosité, mais sans plus. Tout le monde parlait de cette « école pour sorciers » qui venait d'ouvrir, il aurait donc été stupide de ne pas aller voir par lui-même de quoi il retournait. Apprendrait-il quelque chose d'utile ici ? Probablement pas. Mais le garçon, qui n'était encore qu'un très jeune enfant, vraiment, ne se satisfaisait pas de suppositions sans expérimentation, il n'y avait pas de preuve tangible.

La lettre disait de se rendre sur les bords du lac – toute personne volant autour du château était sans doute traitée avec animosité, aussi le garçon crut sage de se plier à ces instructions.

Il descendit le promontoire rocheux sur lequel il avait atterri, se dirigeant de son pas léger d'enfant vers le lac. Arrivé au bord de l'eau, il attendit, s'attendant à voir une barque surgir de l'eau, mais ne vit rien sous la surface. Au lieu de cela, une lueur commença à flotter sur l'eau, au loin. Il était difficile de ne pas se sentir déçu lorsqu'une simple barque dirigée par un humain des plus banals – deux bras, deux jambes, une tête et un air d'abruti – arriva finalement devant lui.

- Eh bien l'enfant, que fais-tu là ? lui demanda l'homme banal comme s'il s'adressait à un bambin égaré.

Le garçon n'en fut pas offensé après tout il ne serait pas traité avec le respect qu'on lui devait avant quelques années encore, et cet homme était loin d'être le premier à s'adresser ainsi à lui. Au moins était-il assez poli pour ne pas l'insulter ou ignorer son avis. Quelle épreuve cela avait été de convaincre le roi d'inspecter les fondations de son futur château pour y trouver les dragons endormis, l'autre fois ! Un enfant de quatre ans, aussi sage et habile de sa langue soit-il, n'imposait pas vraiment le respect. Quatre ans plus tard, le problème s'était à peine amélioré.

- J'ai reçu une lettre, monsieur, me conviant ici pour étudier dans cette école. Auriez-vous l'amabilité de m'y conduire ?

- Une lettre ?

L'homme se gratta le crâne, qu'il avait dégarni, et loucha sur le garçon.

- Tu n'es pas un peu trop jeune pour avoir été convoqué ? s'étonna-t-il.

Sans un mot, le jeune futur-élève sortit le bout de papier de sa poche et le lui montra.

L'homme prit la lettre et la fixa avec une intense concentration, comme si la réponse résolvant tous les problèmes sur terre pouvait s'y trouver.

Bien sûr il aurait été un peu plus convainquant s'il avait tenu le papier à l'endroit.

Enfin, son regard brumeux s'éclaira à la vue du blason des quatre directeurs.

- Bon ben, monte donc ! lui déclara l'homme jovialement on lui rendant la lettre.

Le garçon s'exécuta et son hôte écarta la barque du bord du lac d'un grand coup de rame.

- T'es tout de même bien jeune, marmonna-t-il.

- En effet.

- T'es pas venu avec tes parents ?

- Non.

Sa mère était moldue, son père était parti comme il était venu avant sa naissance; il n'avait pas besoin de s'attarder sur le sujet… Ni d'exposer sa vie privée.

- Bah, tu te plairas bien ici. T'apprendras plein de choses ! Faire bouger des trucs à distance, allumer un feu d'un coup de bâton, faire exploser des choses… ânonna le vieil idiot.

Le garçon sentit une certaine tendresse l'envahir pour le moldu – parce qu'il était clairement moldu, ou alors il était encore plus stupide que ce qu'il n'en avait l'air – une telle innocence dans ses propos, une telle ignorance même !

Bien sûr, il était impossible pour son interlocuteur de savoir qu'il maîtrisait déjà la télékinésie à deux ans, la manipulation du feu à cinq et que « faire exploser des choses » n'avait rien de souhaitable (le chien du voisin aurait pu en témoigner s'il n'était pas mort trois ans plus tôt, explosé). Décidément, plus il avançait, moins il était convaincu que cette école pourrait lui apprendre quelque chose. De ce qu'il en savait, la divination n'était même pas au programme ! Malgré tout, un pressentiment étrange le poussait tout de même en avant. Peut-être serait-ce lui qui pourrait venir en aide à ces élèves ?

- Mais dis-moi gamin, tu m'as pas dit ton nom ?

- Merlin. Mon nom est Merlin.