Bien le bonjour !
Voici enfin, après plusieurs mois d'attente, le chapitre deux de cette fiction. Je remercie Lisou d'avoir pris le temps de corriger ce chapitre !
Je vous souhaite une bonne lecture !
Charlie
« Tu ne dors pas encore ? »
Martirius sursauta, perdu dans ses pensées. Il se redressa légèrement sur son siège et dévisagea sa femme avec une expression fatiguée. Il ne dit rien, préférant un simple regard à de longues explications. Ria n'en demandait pas plus.
Elle s'assit à côté de lui sans un mot, sans remarque subtilement méprisante donc elle avait le secret, et contempla le paysage qui s'offrait à eux.
Pour une fois, les rues de Solitude étaient vides, sûrement dû à la fraîcheur de la nuit. Les imposants bâtiments de pierres étaient illuminés par les majestueuses lunes de Bordeciel, astres imposants parmi les étoiles. C'était un moment calme que chacun appréciait à sa manière. Pas de dispute, juste la paix.
Rhoka remonta son casque de fer et adressa un sourire amical à Ralof. Les deux guerriers avaient été agréablement surpris de se retrouver côte à côte non-loin de Korvanjund. Le nordique lui avait posé moult questions sur ses aventures depuis leur séparation à Rivebois. Rhoka lui avait conté son périple, depuis sa rencontre avec les Grisebarbes jusqu'à son entrée dans la rébellion. Mais iel ne put malheureusement pas lui raconter tous les détails, Galmar ayant annoncé qu'ils ne tarderaient pas à lancer l'assaut.
Pour une fois, Rhoka n'avait pas peur. Iel était motivé à faire bonne impression à Ulfric, à lui montrer qu'il n'avait pas eu tort de l'engager.
« Ces enflures d'impériaux ont déjà envahis les lieux. Maudits espions... Enfin, tant pis ! Allons faire couler le sang impérial. Vous êtes prêts ? »
Rhoka acquiesça, recevant un sourire carnassier de la part de Galmar. Ce dernier, après un beau discours pour redonner courage aux soldats transis de froid, s'avança silencieusement vers les ruines, suivit du reste de la troupe.
Grâce à leur discrétion, ils purent prendre par surprise les soldats surveillants l'entrée de Korvanjund. Rhoka ne peut donner qu'un coup de hache tant ses camarades étaient efficaces.
« Bien. » Dit Galmar en s'arrêtant devant les lourdes portes en fer. « Ce fut facile et bref mais ne vous méprenez pas, nous avions l'avantage de la surprise. Ne sous-estimez pas la légion une fois à l'intérieur. L'nouveau, tu passes devant. Je couvre tes arrières. J'en veux deux qui restent garder l'entrée, au cas où d'autres impériaux viendraient en renfort. Les autres, suivez-moi ! »
L'intérieur de la crypte était à peine éclairé par quelques torches disposées çà et là sur les murs de pierres. Rhoka fit quelques pas mais fut retenu par Galmar. Devant son interrogation muette, le guerrier désigna les soldats au loin.
« Un chacun à l'arc, puis on élimine le reste au corps-à-corps. »
Rhoka le suivit derrière un imposant rocher, où ses compagnons encochaient une flèche. Au signal de Galmar, les Sombrages relâchèrent la corde de leurs arcs, abattant ainsi une demi-douzaine d'impériaux, puis s'élancèrent sur les survivants. Rhoka se jeta dans la mêlée et fracassa le crâne d'un homme trapu à la peau brune, répandant sa cervelle au sol. Sans prendre le temps d'essuyer le sang sur ses vêtements, iel poursuivit trois soldats qui tentaient de s'enfuir et les acheva avec l'aide de Ralof.
Tous deux s'avancèrent ensuite vers un long et obscure couloir, avant d'être retenu par Galmar qui les avait rejoint.
« Mmh, ça sent l'embuscade à plein nez. Cherchons une autre issue avant de foncer tête baissée dans la gueule du loup. »
Ils fouillèrent l'immense salle et trouvèrent un passage menant vers l'étage de l'autre salle, où les impériaux les attendaient. Ils n'eurent malheureusement pas l'effet de surprise escompté, et durent attaquer sans réfléchir leurs ennemis. Rhoka fut blessé à la cuisse dans les escaliers mais iel ne pouvait pas prendre le temps de soigner cette plaie.
« Il y en a sûrement d'autres plus loin, ne nous arrêtons pas ! » Lui avait dis Galmar en passant devant lui.
Et il n'avait pas tort, à peine entrés dans la salle un soldat leur tomba dessus, épée à la main. Galmar put bénir ses réflexes de guerrier aguerri, sans cela, il aurait déjà le crâne ouvert en deux.
« Qu'est-c'que c'est qu'cette horreur ?! »
Rhoka se tourna vers la Sombrage qui venait de parler -Frykt, si ses souvenirs étaient bons. Devant elle gisait un draugr, répugnante créature à mi-chemin entre le mort-vivant et le squelette. Galmar haussa les épaules devant leur découverte et leur ordonna de poursuivre.
Après un dédale d'escaliers et de tunnels, ils arrivèrent dans une vaste pièce aux murs couverts de fresques que Galmar nomma La Chambre aux Histoires.
« J'en ai entendu parler. » Énonça Frykt, tandis que Rhoka s'avançait pour examiner les sculptures. « -Selon les livres, ces fresques représentent la grandeur des ancêtres qui ont construit cet endroit. Elles renferment de nombreux secrets, mais peu de personnes savent les lire de nos jours...
-Cela n'a pas d'importance, on n'est pas v'nu ici pour ça. »
Rhoka continua son observation jusqu'à l'étrange porte du fond. Elle comprenait trois plateaux tournants et une serrure à trois trous. Une griffe était d'ailleurs gravée sur cette serrure mais Rhoka ignorait à quel animal elle appartenait.
« Sang-neuf ! Faîtes comme les autres, trouvez un moyen d'ouvrir cette fichue porte et d'enfin trouver la couronne d'os, au lieu de bailler aux corneilles ! »
Le guerrier se retourna vers le mur qu'il analysait tout en grommelant dans sa barbe. Rhoka resta stoïque un instant devant l'air grognon du guerrier et retourna observer la porte. Iel s'approcha un peu plus pour examiner les gravures lorsque son pied butta sur un objet au sol. L'enfant de dragon se pencha et ramassa ledit objet, qui se trouvait être une griffe en ébonite. Iel regarda la griffe sous toutes ses coutures et remarqua des symboles gravés dans le métal, les mêmes que ceux présents sur la porte. Le lien se fit directement dans son cerveau. Rhoka actionna les plaques tournantes afin que l'ordre des gravures corresponde à celui de la griffe, puis inséra cette dernière dans la serrure.
Un déclic se fit entendre et la porte laissa place à un escalier, sous les yeux ébahis des Sombrages.
« Restez sur vos gardes, on ne sait pas ce qui nous attend plus loin. »
« -Tu penses qu'ils l'ont déjà trouvé ?
-Je ne sais pas. Concentre-toi sur ta garde plutôt. »
Tolède bougonna et releva son épée en fer. Smialisc fit de même mais avec une expression neutre.
«-Rappelle-moi pourquoi on fait ça déjà ?
-Tu tiens mal ton épée. Prends-la à une main. »
Le jeune homme blond exécuta les ordres puis s'avança vers son adversaire, lassé. Son épée décrivit un arc de cercle vers les côtes de Smialisc mais n'atteint jamais son but. Elle fut parée avec vivacité et précision par l'elfe noire. Tol recommença en attaquant le côté gauche cette fois-ci, et eut le même résultat. Agacé, il prit son épée à deux mains et fonça sur l'autre épéiste. Smialisc n'eut qu'à s'écarter puis le pousser du bout de son arme. Tolède, entraîné par son élan, tomba lamentablement au sol.
« Tu es le pire combattant que la rébellion ai connu. C'est désolant. »
« BORDEL ! Il doit bien avoir un moyen d'ouvrir cette porte ! »
Le guerrier frappa violemment les barres de métal qui entravait leur chemin, faisant sursauter Rhoka. Voilà une dizaine de minutes qu'ils étaient bloqués dans cette immense salle. Tous exploraient minutieusement chaque parcelle de cet endroit sans le moindre succès.
Rhoka avait vite abandonné pour s'intéresser à un coffre aperçut à l'étage. L'enfant de dragon s'était faufilé dans un couloir et était désormais sur le pont de pierre permettant l'accès à l'objet de ses désirs. Iel contourna le pilier, sauta sur les planches en bois qui remplaçait le reste du pont tombé au sol et couru directement vers le petit coffre couvert de poussières.
Iel ne trouva qu'une douzaine de pièces d'or à l'intérieur, ainsi qu'un petit grenat. Rien de grandiose en somme. Mais c'est en rebroussant chemin qu'il vit quelque chose de bien plus intéressant.
En effet, sur un pan de mur à sa droite se trouvait un étrange levier. Curieux, Rhoka fourra ses trouvailles dans une poche et tira dessus, déclenchant un mécanisme.
C'est avec une joie non dissimulé que Rhoka vit la grille de fer leur barrant le passage se soulever. Mais cette joie fut de courte durée. Alors que iel rejoignait le reste des Sombrages, des draugrs sortirent des tombes disposées aux quatre coins de la salle.
Deux le prirent en tenaille. Rhoka trancha l'un au niveau du ventre mai ne put éviter le coup de bouclier de l'autre. Sonné, iel tomba à terre tandis que le draugr abattait son épée sur lui. Rhoka eut juste le temps de rouler sur le côté, la lame trancha seulement une mèche de ses cheveux blancs.
Pas en reste, il faucha les jambes du mort-vivant et se releva précipitamment. Il attrapa sa hache d'arme tombée au sol et lui trancha la tête.
« Tout va bien sang-neuf ? »
Rhoka posa ses yeux oranges sur Galmar, le fixant d'un air narquois. Sa blessure à la cuisse le faisait souffrir, mais par fierté, Rhoka garda la tête haute et répondit que tout allait bien.
« Tant mieux, car nous attaquons le plus dur. Derrière cette porte, » Il désigna le fond du couloir. « Se trouve la Crypte de Korvanjund. C'est là-dedans que nous trouverons ce que nous cherchons. C'est également là-dedans que nous attendent draugrs et autres monstruosités de ce genre. Alors les blessés, vous nous attendez devant l'entrée avec les autres ! On ne peut pas se permettre d'être ralenti. »
La tête de Rhoka percuta la pierre dure du sol. Le cri du draugr forcené l'avait projeté quelques mètres plus loin sous le regard alerte de Galmar. L'enfant de dragon se redressa péniblement et repassa à l'attaque. Soulevant sa lourde hache, iel l'abattit de toutes ses forces sur son ennemi, déjà occupé par Ralof. Le monstre tituba et s'écroula, raide mort, rejoignant les autres cadavres.
Essoufflé, Rhoka s'appuya sur son arme en fixant les yeux sans vie du draugr. Ralof dégagea son arme du corps et l'essuya sur un bout de tissus. Galmar s'avança vers eux avec un sourire satisfait.
« V'là une bonne chose de faite ! Récupérons la couronne et sortons de cet endroit maudis, j'ai besoin d'air ! »
Les soldats acquiescèrent. Rhoka se redressa et attrapa la couronne d'os sur le crâne du draugr.
Alors que iel allait suivre les autres vers la sortie, Rhoka sentit un puissant pouvoir l'attirer. Iel revint sur ses pas et s'avança vers la source de ce pouvoir, qui n'était autre qu'un mot en langage draconique inscrit sur un mur, entouré d'une aura bleue.
Rhoka s'approcha un peu plus, sentant la puissance l'envahir lorsque iel posa la main sur le mot, traversant son corps de part en part, l'enivrant, le déconnectant de la réalité.
« Oh, sang neuf ! Reste pas planté là à fixer bêtement un mur ! »
Le Général Tullius passa une main sur son front pour essuyer les perles de sueur qui y coulaient. La journée fut forte en émotion. Cette cuisante défaite à Korvanjund fut un violent coup pour son moral. Les rebelles gagnaient du terrain, même ici, à Solitude, des jeunes partaient s'engager à Vendeaume, pour son plus grand malheur.
Les mauvaises nouvelles arrivaient de tous les côtés. Dans chaque ville on recensait des départs pour la rébellion. On pleurait maris, femmes, filles, fils. Il fallait que cela cesse. Trop de sang avait déjà coulé.
« Bravo, Enfant de Dragon. Je savais que l'on pouvait compter sur vous ! »
Rhoka baissa la tête pour cacher sa gêne, ce qui déclencha le rire des personnes présentes dans la pièce.
« C'est un bon p'tit ! » S'écria Galmar en lui donnant une énergique tape dans le dos. « -Iel nous a été d'une grande aide.
-Je pense qu'il a surtout fait tout le sale boulot à ta place... »
Le guerrier lança un regard noir à Emyr, alanguie sur un siège près des fenêtres. Elle y répondit par un sourire moqueur, son œil glacé brillant de défi.
« Cessez de vous chamailler. » Intervint le Jarl. « J'ai une nouvelle mission pour vous. Apportez ceci à Blancherive, au Jarl Balgruuf. Il saura quoi en faire. »
Ulfric lui avait donné une hache d'acier d'apparence banale, mais si on l'observait d'un peu plus près, elle émettait un faible halo bleu. Rhoka l'accrocha à sa ceinture et délaissa l'assemblée.
« Une dernière chose. » Rhoka se retourna vers le Jarl. « Le capitaine Cœur-de-Glace vous accompagnera. Je ne veux pas que notre nouvelle recrue soit seule en terrain ennemi. »
Smialisc était déjà à l'attendre lorsque Rhoka entra dans les écuries de Vendeaume. L'Elfe noire se tenait droite, debout près de son cheval à la robe caramel tâchée de blanc. Ses affaires étaient déjà accrochées à la selle, et elle avait pris le temps de revêtir une cape de fourrure, contrairement à Rhoka qui, à cause de sa vilaine blessure à cuisse qu'il a fallu soigner, n'avait que sa tenue habituelle.
« Je vous attendais. »
Rhoka la salua timidement et s'avança vers son propre cheval, maigrichon et à la robe brune. Les deux Sombrages ne s'échangèrent pas un mot de plus. Rhoka accrocha son sac remplit de nourriture, vérifia que la hache du Jarl était toujours attachée à sa ceinture puis s'installa sur la selle et sortit des écuries. Smialisc le regarda faire en silence puis le suivit à l'extérieur, où un vent glacé soulevait les couches de neige tapissant le sol.
Rhoka frissonna lorsque le vent passa outre la barrière de son armure et vint mordre sa peau nue. Le capitaine dut le remarquer, car il lui tandis une épaisse cape, la-même que celle qu'elle avait sur le dos.
« Nous avons une longue route à faire avant d'arriver à Blancherive. Nous arriverons au crépuscule, nous irons donc directement voir le Jarl. Si nous avons de la chance, nous pourrons prendre une chambre à l'auberge et repartir au petit matin, pour être de retour à Vendeaume en fin d'après-midi. Est-ce que cela vous convient ? »
Rhoka acquiesça, impressionné par le ton militaire et l'assurance de la jeune femme. Celle-ci lui tourna le dos et se mit en route sans prendre la peine d'attendre Rhoka qui, mauvais cavalier qu'iel était, maîtrisait peu son canasson. Smialisc le regarda faire avec désolation.
Le silence était si pesant que Rhoka pouvait sentir son poids sur ses épaules. Smialisc n'avait pas ouvert la bouche depuis qu'iels avaient quitté Vendeaume, se contentant de fixer un point droit devant elle, le visage impassible. Pour ne rien arranger, Rhoka sentait ses cuisses s'engourdir au fil du voyage. Jamais iel n'avait fait un trajet à cheval aussi long. Iel ne rêvait que d'une chose : sauter de la selle pour aller se dégourdir les jambes dans l'herbe encore couverte de neige. La poudreuse blanche disparaissait petit à petit pour laisser place aux forêts boisées. À sa gauche, le fleuve à flots, emportant avec lui quelques morceaux de glace échappés de la région d'Estemarche.
Rhoka était ravi d'avoir quitté le paysage monotone de cette région. Non pas qu'iel détestait Vendeaume, mais la verdure des plaines aux alentours de Blancherive lui manquait. Même si ce n'était que pour une affaire de politique, iel était heureux d'y retourner.
Cela devait être tout le contraire pour Smialisc. Sa mine se renfrognait au fur et à mesure qu'iels pénétraient dans les terres du Jarl Balgruuf. Pour ne rien arranger, le bruit du fleuve était assourdissant, si bien qu'aucun autre son ne parvenait à ses oreilles.
Après plusieurs heures de route, iels atteignirent enfin la châtellerie de Blancherive. Rhoka pouvait distinguer au loin le sommet de Fort-Dragon qui dominait toute la lande. Il ne leur restait plus qu'à traverser le fleuve et gagner les champs. Si tout se déroulait comme prévu, les deux Sombrages mettraient pied à terre à Blancherive avant le coucher du soleil.
« Continuons notre route. » Ordonna Smialisc en descendant de la bute où iels s'étaient arrêtés pour se reposer quelques minutes, ce dont Rhoka avait bien besoin.
En retournant sur le chemin le long du fleuve, iels aperçurent deux tours situées sur chacune des rives du cours d'eau, toutes deux étant reliées par un pont de pierre. Des voix s'échappaient des murs, voix suffisamment fortes pour couvrir le grondement du courant.
« Les tours de Valtheim. » Expliqua l'elfe. « Elles sont connues pour être le refuge de nombreux bandits. Essayons de passer discrètement. »
Rhoka acquiesça et la suivit en longeant les amas de roches à leur gauche. Par prévention, Smialisc avait bandé son arc et fixait l'entrée de Valtheim, aux aguets. Elle avait bien raison ; manque de chance, une guerrière campait non-loin de la porte, arme à la main prête à supprimer quiconque s'approcherait de cet endroit. Lorsqu'elle repéra les deux intrus, elle sonna l'alerte mais n'eut pas le temps de faire plus. Smialisc, plus rapide, lui avait décoché une flèche en pleine tête.
Rhoka n'avait pas les mêmes réflexes de combat. Alors que Smialisc avait déjà dégainé son épée, l'Enfant de Dragon fut projeté au son cheval lorsqu'une flèche se planta à ses pieds.
Sa capuche glissa pendant sa chute. Sa peau blanche ne rencontra la lumière du soleil que quelques secondes mais cela lui laissa tout de même le temps d'être brûlée. Iel tenta de se protéger derrière de son cheval, cependant celui-ci s'était enfuit sous l'assaut des bandits. Smialisc ne lui prêtait aucune attention, elle était bien trop occupée à éradiquer ses ennemis au sein de la tour. Rhoka devait intervenir, iel n'allait pas laisser Smialisc se défendre seule.
L'Enfant de Dragon se releva rapidement, rabattant sa capuche, puis saisit sa hache pour ainsi intervenir dans les combats. Smialisc était déjà au niveau du pont lorsque Rhoka pénétra dans la tour. Les cadavres de deux guerriers jonchaient les escaliers que Rhoka emprunta pour rejoindre l'elfe, même si iel avait l'intime conviction que Smialisc n'avait pas besoin de son aide.
Cette idée se confirma lorsqu'iel la vit envoyer en quelques mouvements un orc massif à l'eau. Il ne restait plus qu'un archer posté au toit de la seconde tour, et les bandits seraient défaits -enfin, c'est que Rhoka pensait.
En réalité, le chef des bandits, un vicieux et craintif personnage était retranché derrière la tour, bien caché dans les fourrées. Smialisc, abattant le dernier archer, ne pouvait pas prévoir son attaque. Sans l'intervention musclée de Rhoka -ce dernier avait foncé sur son adversaire, hache à la main, et lui avait arraché la moitié du crâne- la capitaine elfe se serait retrouvé avec une sévère blessure au torse, et serait sûrement morte en se vidant de son sang.
« … Merci. » Finit-elle par lâcher en regardant le corps sans vie du bandit sombrer dans les eaux boueuses. « Mais nous devons nous dépêcher. Nous avons pris du retard sur nos plans. »
Rhoka poussa un soupir de soulagement si fort et si long qu'iel était sûr que tout Bordeciel l'avait entendu. Iels étaient enfin arrivés devant la porte d'entrée de Blancherive. Smialisc était occupée avec les gardes, expliquant la raison de leurs présences. Rhoka profitait de cette courte pause pour déambuler le long des murailles. La vue était encore plus belle de là où iel était.
Éclairées par la douce lumière orangée du soir, les campagnes offraient un magnifique paysage.
« Enfant de Dragon ! » Hurla Smialisc. « Cessez de batifoler, nous avons une mission à remplir ! »
« Je suis heureux de vous revoir, Enfant de Dragon ! »
Le Jarl Balgruuf l'avait salué chaleureusement lors de son entrée dans Fort-Dragon. Rhoka restait intimidé devant un tel personnage mais lui rendit timidement son sourire. Smialisc restait en retrait, droite comme un i, méprisant tout ce qui se trouvait autour d'elle.
« J'espère que votre séjour chez les Grisebarbes s'est bien passé. » Il jeta un coup d'œil à l'elfe derrière Rhoka. « -Je vois que vous n'avez pas perdu votre temps. J'imagine que vous savez ce que vous faîtes, mais je ne peux m'empêcher de vous demander de faire attention...
-L'Enfant de Dragon est parfaitement conscient de ses actes, merci. » Intervint Smialisc d'une voix froide. « En outre, nous n'avons pas fait tout ce chemin pour bavasser. »
Elle lui tendit la hache d'Ulfric d'un geste militaire. Le conseiller du Jarl eut un mouvement de recul. Balgruuf, lui, n'affichait aucune expression de surprise.
«... J'aurais dû m'en douter. Jamais Ulfric n'aurait envoyé l'un de ses meilleurs officiers pour une autre raison. »
Il prit la hache, la détaillant de son regard inquisiteur, puis échangea une parole muette avec Proventus à sa droite et Irileth à sa gauche.
« Bien, nous sommes d'accord... » Murmura-t-il. « Tenez. Rapportez ceci à Ulfric. »
Smialisc raccrocha la hache à sa ceinture.
« -Vous me décevez.
-J'en suis navré. Mais je veux pas prendre part à ses folies. » Le Jarl se tourna vers Rhoka, qui n'avait rien compris de leur échange. « Enfant de Dragon, ce fut un plaisir de vous revoir. Revenez à Blancherive autant que vous voulez, nous vous accueillerons à bras ouverts. »
La nuit était déjà entamée lorsqu'iels sortirent de Fort-Dragon. Des torches avaient été allumées pour éclairer la ville. Peu de personnes se promenaient dans les rues à cette heure.
Rhoka s'attendait à ce que Smialisc lui donne quelques explications, mais cette dernière continua son chemin. Rhoka la suivit sans un mot mais lorsqu'iels dépassèrent l'auberge de La Jument Pavoisée sans s'arrêter, iel décida de l'interpeller.
« -Nous ne nous arrêtons pas ?
-Non. Non ne pouvons pas nous permettre de rester une minute de plus ici. »
Rhoka se stoppa, éberlué.
« -... Nous retournons à Vendeaume ? Maintenant ?
-Oui, c'est ce que je viens de d-
-Je ne suis pas d'accord ! »
Smialisc haussa un sourcil, surprise. Les poings sur les hanches, Rhoka la fusillait de son regard orange, où se mêlaient fatigue et colère. Iel qui d'habitude obéissait sans rien dire et restait discret dans son coin, voilà qu'iel piquait une crise.
« J'ai l'impression de ne faire que des allers-retours depuis que je suis entré chez les Sombrages ! Alors pour une fois, nous allons faire une pause et prendre une nuit dans cette auberge ! »
Rhoka avait les joues rouges d'avoir crié. Iel n'avait pas hésité à lever la voix contre Smialisc, mais désormais iel avait peur de sa réaction.
Smialisc soupira puis passa une main sur son visage pour masser ses tempes. Lorsqu'elle releva la tête, ses lèvres s'étirèrent en un sourire que Rhoka ne lui connaissait pas.
« Il suffisait de demander. »
« -Nous attendions votre arrivée pour minuit.
-Pardons, mais nous avons été retardés. »
Smialisc glissa un regard accusateur vers Rhoka qui se tassa sur iel même. Iels se trouvaient devant le trône d'Ulfric, où ce dernier y était assis, alangui, avec Jorleif et Emyr debout à ses côtés. Tous trois avaient d'immenses cernes sous les yeux.
« Alors ? » Demanda le Jarl.
Smialisc lui tendit sa hache. Il l'attrapa, la fixa longuement, puis se leva soudainement et s'éloigna d'un part rageur vers la salle de réunions militaires. Seul Emyr osa le suivre. Les autres ne se sentaient pas capable d'affronter la colère dévastatrice du Jarl.
« Comment est-ce possible ! »
Ulfric lança son arme qui vint se planter dans le mur. Emyr referma la porte derrière eux et alla s'asseoir sur la table du centre où une carte de Bordeciel avait été étalée. Ulfric était dos à elle, face à l'écusson de Vendeaume.
« Il fallait s'y attendre. Balgruuf est pacifique, jamais il n'aurait entraîné sa population dans une guerre. »
Ulfric tourna la tête, son regard de glace perdu dans le vague. L'acte de Balgruuf était comme un coup de poignard dans le dos. De plus, Blancherive avait une position stratégique, étant située au centre de Bordeciel, entourée de plaines et bercée par le fleuve.
« S'il ne veut pas nous donner Blancherive, alors nous la prendrons de force. Nous avons des alliés dans la ville, ce sera facile. »
Elle avait raison. Balgruuf paiera cet affront.
« Qu'il en soit ainsi. Va prévenir les autres ; la guerre est déclarée. »
