Chapitre 2
Akira fixait le plafond au-dessus de lui. Malgré le fait qu'ils aient mis les choses au clair, il n'arrivait pas à dormir. Il se tourna lentement sur le côté, s'appuya sur un coude pour observer Hikaru dormir. Sous la lumière de la lune, il devait avouer qu'il trouvait le blond divin, ses traits étaient reposés, et son visage n'en paraissait que plus doux. En étant un peu plus attentif, il fronça les sourcils en remarquant que quelque chose luisait sur la joue de son petit ami. Il y passa délicatement la main et recueillit une larme. Il sentit alors son cœur se serrer et se demanda à quoi le blond pouvait-il bien rêver.
Certainement de Sai lui souffla sa conscience. Il ne savait pas trop comment prendre la nouvelle du retour du fantôme. D'une part, il était heureux pour Hikaru et impatient à l'idée de pouvoir rejouer contre ce joueur exceptionnel. D'autre part, il était conscient que s'il devait disparaître à nouveau, cela meurtrirait le blond de manière irréversible.
D'ailleurs pourquoi ce retour soudain ? D'après ce qu'il avait compris, Sai ne réapparaissait que les cents ou deux cents ans. La dernière personne qu'il ait hanté été après tout Shusaku, cela remontait bien à plus d'un siècle. Il secoua la tête en se disant que s'il pensait à tout cela il n'arriverait jamais à gagner le sommeil. Il se pencha pour effleurer les lèvres d'Hikaru des siennes puis se recoucha et ferma les yeux.
***
Les deux premiers jours de la semaine, ils ne les passaient pas à Tokyo, ils devaient encore participer à des stages d'apprentissage dans plusieurs régions du Japon. Le troisième jour débutait cependant la ligue Meijin.
Alors qu'ils marchaient pour se rendre à l'institut, Akira se rappela soudainement de quelque chose, se tournant brusquement vers Hikaru.
« J'ai oublié de te dire Ogata-sensei m'a posé des questions sur Sai » dit Akira
Hikaru fit une belle grimace à la perspective d'un Ogata lui courant encore après pour qu'il lui révèle son secret.
« Génial ! Je suppose que je vais devoir faire de mon mieux pour l'éviter ! Ca devrait être simple, ce n'est pas comme si on travaillait au même endroit » dit-il sur un ton ironique empreint de fatalisme.
-Je suis sûr que tu vas t'en sortir ! Après tout le mensonge c'est ta spécialité, non ? » se moqua gentiment le brun.
-Oui, oui, on verra bien » répliqua Hikaru quelque peu agacé.
A peine eut-il pénétré dans l'institut qu'une tornade brune se jeta sur lui.
« Eh Hikaru, alors c'était bien Sai il y a trois jours ? » S'écria le jeune homme à la chevelure hirsute
Avec une rapidité étonnante, Hikaru plaqua sa main sur la bouche se son ami.
« Waya, si tu tiens un tant soi peu à moi, ne répète pas ce nom ici. » murmura-t-il à son ami.
Waya n'eut d'autre choix que de hocher la tête puis le blond le relâcha.
Il reprit son souffle et jeta un regard torve à son meilleur ami.
« Je ne comprends toujours pas pourquoi tu tais la vérité. Nous savons tous que tu lui es lié d'une manière ou d'une autre. Je suis sûr qu'il est au courant lui ! » siffla Waya en pointant du pouce Akira.
Hikaru leva les yeux au ciel. Franchement, ne pouvait-on pas le laisser un peu tranquille ?
« Akira ne sait rien du tout ! Mais au moins lui a cessé de me harceler et attend tranquillement que j'en parle » s'énerva Hikaru
Waya lui lança un regard victorieux
« Donc tu ne démens plus connaître Sai à présent ?
-Ca ne sert pas à grand-chose puisque personne ne veut me croire. Pensez donc ce que vous voulez ! » dit Hikaru avant de les laisser en plan tout en croisant les doigts pour ne pas croiser Ogata-sensei alors qu'il entrait dans l'ascenseur.
Il alla voir le panneau d'affichage et s'assit à sa place. Il prit l'éventail qui se trouvait dans son sac à dos et le posa à côté de lui. Il représentait le soutien de Sai depuis que ce dernier avait disparu et il se dit que bientôt Sai serait peut être bel et bien présent à ses côtés. Cet espoir lui redonnait courage et confiance et il sentait qu'une nouvelle force allait encore naître en lui
La cloche sonna pour annoncer le début des parties.
Il jeta un coup d'œil rapide à son adversaire. Celui-ci beaucoup plus âgé que lui et avait un rang équivalent au sien c'est-à-dire troisième dan là où Akira en était déjà au cinquième.
Au bout d'une vingtaine de minutes, il pouvait déjà sentir le désarroi de son adversaire. Il avait déjà lu tout le jeu et ne lui laissait aucune chance de gagner du territoire. Néanmoins, ce dernier semblait vouloir se battre jusqu'au bout.
Avant la pause-déjeuner, son adversaire abandonna.
Hikaru se releva alors pour jeter un coup d'œil à ses amis. Waya semblait confiant, Isumi avait lui aussi terminé sa partie et Akira lui n'était déjà même plus dans la salle.
Hikaru eut une pensée compatissante pour l adversaire de son petit ami qui avait dû se faire laminer en à peine une heure.
A présent, son challenge était de sortir sans être aperçu par Ogata dixième dan.
Il marcha pour sortir de la salle. Puis courut jusqu'au vestiaire pour récupérer ses chaussures avant de prendre le chemin de la sortie de l'institut.
Il passa nerveusement sa manche sur son front moite heureux d'avoir échappé au blond quand une voix stridente lui glaça le sang.
Il se retourna pour voir une jeune fille aux cheveux châtains courir vers lui et lui sauter au coup. Il avait beau se démener pour qu'elle le lâche, il n'y avait rien à faire. Elle frottait sa joue contre la sienne pareillement que l'aurait fait un petit chat.
« Hikaru, je suis tellement contente de te voir enfin !! » s'extasiait la jeune femme.
Le semi-blond lui était surpris et en tentant de dénouer les bras de la jeune femme autour de son cou répondit :
« On se connaît ? »
Les yeux dorés de celle qui le tenait toujours emprisonné se remplirent de larmes.
« C'est moi Miki ! J'ai avancé mon voyage rien que pour te rencontrer un peu plus tôt ! »
Il lui fallut cependant deux à trois secondes pour se rappeler qui était exactement Miki.
Alors là il faillit lâcher la jeune fille dont il tenait les poignets et la dévisagea.
Elle était plus petite de lui de quelques centimètres, elle avait un visage fin encadré par de longs cheveux châtains qui volaient au vent mais le plus surprenant restait tout de même la couleur de ses yeux qui semblait doré.
D'ailleurs, ceux-ci étaient tellement profonds qu'il lui semblait s'y noyer. Il fut rappelé à la réalité par la voix railleuse de Waya qu'il n'avait même pas senti s'approcher.
« Dis Hikaru, que fais-tu avec un ange accroché à ton cou alors que tu as déjà quelqu'un » demanda son meilleur ami tout en désignant d'un signe de tête discret Akira qui se tenait à côté de lui.
Hikaru déglutit difficilement en voyant le regard d'Akira posé sur eux. Beaucoup aurait jugé l'expression du brun indifférente, il les regardait avec un air impassible comme si la situation lui semblait normale. Mais le semi-blond savait aussi y déceler une lueur de colère qui ne présageait rien de bon.
Miki, se rendant compte du tort qu'elle causait lâcha enfin Hikaru et se tourna vers Waya et Akira.
« Je me présente, je m'appelle Miki, Hikaru et moi, nous sommes rencontrés sur Internet après une partie de go. Comme je suis une de ses fans, je lui ai demandé de m'aider à m'améliorer et nous correspondons par mail » dit elle pour couper court à toute sorte de questions.
Eh bien, en voilà une qui pourrait presque battre Hikaru en matière de mensonge se dit Akira.
« Tu es vraiment un sale petit cachottier » dit Waya en donnant une grande tape dans le dos d'Hiklaru.
« Moi c'est Waya, je ravi de te connaître et le gars un peu snob à côté de moi c'est…
-Akira Tôya, je sais ! interrompit Miki en regardant Waya comme s'il la prenait pour une idiote. C'est quand même une célébrité, même en Amérique dans le monde du go.
Waya se renfrogna un peu alors qu'Hikaru se mettait à rire devant le caractère bien trempé de Miki.
Puis il reporta son attention sur la jeune fille.
« Fujiwara n'est pas avec toi ? demanda t-il »
Des yeux dorés incompréhensifs se posèrent sur lui
« Bien sûr qu'il est avec moi, ce n'est pas comme s'il avait d'autre choix, n'est-ce pas ? »
Alors Hikaru comprit. Il était bête, seule la personne qu'hantait Sai pouvait la voir, ce n'était plus à présent son seul privilège.
Miki se rendit compte de sa détresse.
« Tu le verras bientôt, après tout je suis ici pour ça » dit-elle sur un ton enjoué et en lui faisant un clin d'œil.
« Ce n'est pas tout ça mais il faut aller manger ! » s'exclama Waya qui ne comprenait rien à l'échange entre les deux jeunes gens. Tu nous accompagnes demanda-t-il à Miki
-Oui à condition qu'on mange des ramen, j'en rêve depuis que je suis en Amérique ! »
Génial, une autre folle de ramen comme Hikaru ! pensèrent ensemble Waya et Akira.
