Chapitre 1 Intuition féminine

La saison de Noël battait son plein sur le Chemin de Traverse, chacun essayant de trouver au dernier moment des cadeaux qui étaient de toute façon épuisés depuis des semaines. C'était une véritable cohue. Pourtant, une jeune femme aux longs cheveux blonds, sortant de chez Fleury & Bott, ne semblait pas le moins du monde touchée par l'effervescence qui régnait autour d'elle. Après s'être assurée que son sac était bien protégé contre la neige, elle marcha d'un pas léger vers le Chaudron Baveur.

Luna Lovegood était heureuse. Elle avait enfin reçu le livre qu'elle recherchait depuis des mois, une édition rare des Animaux Fantastiques de Norbert Dragonneau, dans laquelle les études du magiezoologue avaient été annotées par son épouse, Porpentina. La jeune femme cherchait désespérément cet ouvrage pour son travail, voulant en faire une analyse critique pour pointer les faiblesses de certaines descriptions dans l'ouvrage de Dragonneau.

Magiezoologue depuis six ans, elle avait déjà parcouru le monde à de nombreuses reprises pour aller observer des créatures magiques de toutes formes. Si les Ronflaks Cornus échappaient toujours à son bestiaire, elle avait eu néanmoins la chance d'observer les créatures les plus rares dans leur milieu naturel. Désormais, elle voulait comparer ses observations avec celles de Norbert Dragonneau et pointer les différences. Elle comptait également y ajouter certaines qui ne figuraient pas dans l'œuvre de référence, tels les Wendigos.

Luna arriva chez elle par Poudre de Cheminette. Après avoir épousseté sa cape, elle posa son paquet sur la table du salon et alla se préparer un thé bien chaud. L'hiver était terrible cette année, et malgré l'épaisse couche de vêtements qu'elle portait, elle ne pouvait empêcher ses membres de trembler lorsqu'elle se promenait à l'extérieur. À l'intérieur, cela l'obligeait à allumer en permanence un feu de cheminée pour maintenir son appartement à des températures raisonnables.

La jeune magiezoologue s'installa sur son canapé, sa tasse fumante dans une main et sa nouvelle acquisition dans l'autre lorsqu'un « woosh » bruyant la fit sursauter, déversant un peu du liquide brûlant sur le coussin à côté d'elle. Elle se tourna vers l'origine du bruit et découvrit une lettre cachetée qui tombait lentement. Étonnée lorsqu'elle reconnut le sceau du Ministère de la Magie, elle se leva et attrapa la missive à la volée avant qu'elle ne s'échoue sur le sol. Ouvrant l'enveloppe et dépliant le parchemin, elle découvrit que c'était un message venant du directeur du bureau d'Amos Diggory, le Directeur du Département de Régulation et Contrôle des créatures magiques.

Mrs Lovegood,

Vous êtes priée de vous rendre sans attendre auprès de l'Unité d'intervention des Briscards, dans le cadre d'une opération pour laquelle votre expertise est attendue. Plus de détails vous seront communiqués une fois sur place.

Veuillez agréer mes plus sincères vœux de Noël.

Amos Diggory

Directeur du Département de Régulation et Contrôle des créatures magiques

Luna regarda le court message, les yeux hagards. Même si le Ministère de la Magie restait techniquement son employeur, en tant qu'Attachée de Reconnaissance et Analyse des Créatures Magiques, elle n'y travaillait plus depuis des années. Elle avait tout laissé derrière elle – les missions, les rapports, les réunions – pour se concentrer uniquement à l'exploration et la découverte de la magiezoologie. Pourquoi le Ministère la contactait elle, alors qu'il y avait des personnes bien plus aptes à ce genre de travail ?

À contrecœur, la jeune femme attrapa sa cape, prit sa baguette, et se dirigea vers l'âtre de sa cheminée. Après y avoir jeté la Poudre de Cheminette, elle donna l'adresse du Ministère de la Magie et disparut dans un tourbillon de flammes vertes. Quelques instants plus tard, elle déboula dans l'Atrium, étonnement rempli en ce milieu de journée du réveillon. Toujours perdue dans ses pensées suite à sa convocation, Luna se dirigea vers un ascenseur qui la conduisit au quatrième niveau.

Elle arriva rapidement dans le couloir familier et se dirigea sans attendre vers la porte menant à l'Unité d'intervention des Briscards, le corps d'élite formé peu après la Bataille de Poudlard et dont la mission était de capturer toutes créatures dangereuses s'aventurant sur le territoire britannique. Si les dragons et les loups-garous avaient déjà un service dédié, les Briscards pouvaient être appelés pour n'importe quel type d'attaque ou de menace. La compagnie encore jeune – elle avait soufflé ses onze bougies – avait néanmoins déjà un palmarès impressionnant et était réputée dans le monde entier pour son efficacité.

Cette gloire sauta aux yeux de Luna lorsqu'elle entra dans les locaux de la formation : les murs étaient recouverts de trophées de toutes sortes entre lesquels des photographies et pages de journaux tentaient de se trouver une place. On y voyait des Briscards recevoir une récompense, des comptes-rendus élogieux d'une mission à succès ou bien, carrément, la tête empaillée d'une manticore. Au centre de la pièce se trouvaient des dizaines de boxes vides pour la plupart. Apparemment, l'unité d'élite avait été la première à prendre ses congés.

Luna se dirigea vers une porte vitrée située au fond des locaux, et qui donnait sur le bureau du Directeur de l'Unité. La jeune femme frappa et on l'invita à entrer. À l'intérieur, elle trouva Helena Friedklin, récemment nommée. Les deux femmes se connaissaient du temps où Luna était Attachée de Reconnaissance, mais leur relation était plutôt distante, Friedklin ne supportant pas le caractère de sa collègue.

« Ah, Lovegood, vous voilà enfin ! s'impatienta la Directrice. DRAGONNEAU ! » hurla-t-elle avant que la porte ne soit refermée.

Quelques instants plus tard, un jeune homme entra dans la pièce. Il avait les épaules athlétiques caractéristiques du Briscard, mais son visage ovale lui donnait encore l'air d'un enfant. Lorsque que son regard chocolat croisa l'azur de celui de Luna, celle-ci sentit une gêne s'instaurer et détourna les yeux aussi vivement que possible.

Elle connaissait Rolf Dragonneau depuis un moment déjà. Lors des Massacres de la Nith – où les Briscards avaient neutralisé un Croque-mitaine – Luna avait sauvé la vie de Rolf en se trouvant sur la trajectoire de la chute de celui-ci, lui évitant de se briser l'échine. Depuis, une relation plus qu'amicale s'était formée entre les deux. Ils avaient partagé des missions et depuis que Luna s'était mise à la magiezoologie, Rolf était, de temps à autre, assigné à sa protection lorsque les Briscards jugeaient que c'était nécessaire.

S'ils avaient passé des journées et des soirées ensemble, rien de concret n'avait vraiment eu lieu. Malgré les questions incessantes de Ginny, Luna ne savait pas vraiment ce qu'elle ressentait pour Rolf. Elle l'aimait bien en tant qu'ami, ça elle en était sûre, mais elle ignorait si ce qu'elle ressentait pour lui signifiait plus.

Friedklin s'éclaircit la gorge en attrapant une liasse de parchemins, ramenant la jeune femme à la réalité.

« Un courrier vient de nous parvenir des Îles Féroé, par le biais du Département de la Coopération magique internationale. Le Délégué-mage Solloway semble avoir été enlevé la nuit dernière, après avoir prononcé un discours à propos d'un accord commercial.

— Pourquoi cela nous retombe dessus ? s'enquit Rolf. Ce n'est pas plutôt aux Aurors de s'occuper de ce genre de dossier ?

— Selon les Aurors détachés sur place et chargés de la protection de notre mission diplomatique, il semblerait que Solloway ait été enlevé par une créature d'origine inconnue. Des témoins affirment avoir vu un animal volant au moment de la disparition.

— C'est peut-être un…

— Non, Lovegood », coupa la Directrice des Briscards en la fusillant de ses yeux saphir. « Ce n'est pas un Énormus à babille. Quoi qu'il en soit, c'est une créature magique, ce qui incombe donc aux Briscards. Cependant, le Ministre Shacklebolt semble très soucieux de cette affaire, Solloway ayant été un ancien partisan des Mangemorts lors de l'année des Ténèbres et ayant donné de nombreux noms. Il pourrait s'agir d'une vengeance.

« Si jamais, au cours de votre enquête, cette piste se confirme, vous rentrez illico presto ici et on laisse les Aurors se débrouiller avec, c'est bien compris ?

— Oui, Madame, opina Rolf. Cependant, je me permets de faire remarquer…

— Vous avez choisi vous-même votre garde en soir du réveillon, Dragonneau, trancha Friedklin. C'est trop tard pour changer d'avis !

— J'avoue que je ne saisis pas bien pourquoi on a fait appel à moi, confia alors Luna. Si cette affaire concerne uniquement les Briscards, je n'ai rien à y faire même si j'y suis toujours attachée.

— Il ne s'agit peut-être pas d'une des créatures sorties de votre imagination, Lovegood, mais aucun des sorciers présents n'a réussi à identifier la créature responsable de l'enlèvement, révéla la Directrice des Briscards. Nous craignons qu'il puisse s'agir d'un hybride non référencé.

« En tant que meilleure magiezoologue du pays, le Directeur Diggory a insisté pour que vous soyez attachée à l'affaire. Mr Underwood a donné son accord. Vous n'êtes peut-être plus en activité ici, mais vous devez vous soumettre administrativement aux directives de votre supérieur hiérarchique. »

Luna hocha timidement de la tête. Effectivement, si Jasper avait apposé sa signature sur un document écrit, elle ne pouvait pas faire grand-chose. La jeune femme avait gardé son titre au sein du Ministère car cela lui permettait de pouvoir faire appel aux services de celui-ci quand elle en avait besoin au cours de pérégrinations sur le terrain. Si elle se finançait entièrement via des associations, l'appui du Ministère lui permettait d'avoir accès à des réserves naturelles autrement interdites. En contrepartie, elle devait se soumettre aux directives que pouvait lui attribuer le Commissaire à la Commission d'examen des créatures dangereuse, son supérieur hiérarchique. Même quand cela ne lui faisait pas vraiment plaisir.

« Très bien, céda-t-elle. Quand devons-nous partir ?

— Un Portoloin vous attend au Hall International de l'Office des Portoloins. Pas le temps de passer chez vous prendre des affaires, vous devrez vous contenter de ce que vous portez sur vous. Une fois sur place, vous devrez vous débrouiller seuls. »

Les deux jeunes sorciers acquiescèrent puis sortirent du bureau, laissant Friedklin seule à ses vieux parchemins. Rolf passa à son box pour récupérer ses affaires puis Luna prit les devants pour les conduire au Département des Transports Magiques. Le trajet se fit dans le silence le plus total, mais il fallait être particulièrement inattentif pour ne pas remarquer la gêne entre les deux.

Dix minutes plus tard, leur Portoloin partit et Luna sentit la petite décharge habituelle au niveau du nombril. Après avoir tournoyé dans un mélange de couleurs, d'ombres et de lumières, elle atterrit enfin à destination, se rattrapant de justesse. Elle se trouvait dans une pièce sombre, éclairée par une simple bougie. Un regard autour d'elle lui fit comprendre que la pièce n'était pas plongée dans le noir : des fenêtres donnaient sur l'extérieur et Luna réalisa qu'il faisait nuit au dehors. À la clarté de la Lune, elle se rendit compte qu'il neigeait à gros flocons. Un faible bandeau lumineux indiquait que l'aurore tirait sur sa fin. Se reconcentrant sur l'intérieur de la pièce, elle remarqua pour la première fois un jeune homme aux cheveux roux irlandais.

« Bonjour, je suis Cole West, se présenta-t-il. Le Ministère m'a prévenu de votre arrivée.

— Vous êtes l'Auror chargé de la protection de la mission diplomatique ? s'enquit Rolf.

— À vrai dire, je suis la mission diplomatique, confia West avec un sourire. Mr Solloway et moi-même sommes les seuls employés du Ministère ici. Les assistants et conseillers de Mr Solloway sont tous des locaux. Moi-même, je suis originaire d'ici du côté de ma mère.

— Vous voulez dire que vous êtes seuls ? s'interloqua le Briscard.

— Ce n'est pas un très grand pays, lui fit remarquer l'Auror. Il doit y avoir pas plus d'une centaine de sorciers vivant ici. Tous sont des habitants de Tórshavn, mis à part une demi-douzaine d'irréductibles qui vivent sur l'une des îles. Tout le monde se connaît et tout le monde avait fini par apprécier Mr Solloway.

— Nous ne sommes pas là pour enquêter sur la disparition du Délégué-mage, intervint alors Luna. Nous sommes là pour déterminer qu'est-ce qui a bien pu l'enlever. Vous pouvez garder vos remarques pour votre rapport au Ministère. Contentez-vous de nous montrer le bureau de Mr Solloway, qu'on en finisse ! »

Rolf se retourna vers sa collègue, surpris par sa réaction. Luna elle-même ne comprit pas bien l'origine de cette irritation qui ne lui correspondait absolument pas. Tout ce dont elle était certaine, c'était qu'un étrange pressentiment s'était emparé d'elle à partir du moment où elle était arrivée ici. West resta immobile quelques instants avant de les inviter à le suivre. L'édifice dans lequel ils se trouvaient devait sans doute être l'équivalent du Ministère de la Magie, au vu de l'ambiance qui y régnait. La jeune magiezoologue ne put s'empêcher de remarquer que tout était fait de bois magique.

Il ne leur fallut que deux minutes pour rejoindre le bureau de Solloway, sur la porte duquel son nom et son titre étaient inscrits. Lorsque l'Auror poussa le battant, le spectacle qui s'offrit à eux fut saisissant de chaos. Le mur du fond avait été littéralement pulvérisé, répandant dans toute la pièce, morceaux de verre et copeaux de bois. De la neige s'était accumulée tout le long. Des traces de griffures laminaient le parquet tandis que la plupart des meubles avaient été renversés ou brisés. Les sons de la rue décorée aux couleurs de Noël leur parvenaient jusqu'aux oreilles et la pièce était emplie des effluves d'un restaurant Moldu voisin. La température à l'intérieur était polaire et un léger courant d'air faisait voleter de temps à autre les parchemins éparpillés sur le sol.

West resta sur le pas de la porte, tandis que Rolf et Luna pénétrèrent. La jeune sorcière comprit rapidement que son pressentiment était justifié : elle sentait une certaine tension dans la pièce comme elle n'en avait jamais ressentie depuis la Nith.

« Vous dites que des témoins ont vu une créature ailée au moment de l'enlèvement ? questionna Rolf qui étudiait la zone du mur face à la porte.

— Oui, confirma l'Auror. Des témoins dans le couloir ont entendu un grand bruit suivi des cris de Mr Solloway. Ils se sont précipités ici et ont vu une grande masse sombre avec des ailes partir avec le Délégué-mage. Aucune description donnée n'a été assez précise pour permettre une identification.

— Quelles étaient ces descriptions ? s'enquit Luna.

— Une créature immense, avec des griffes et de grandes ailes.

— Un griffon peut-être ? proposa le Briscard. Ou un hippogriffe ?

— Non, balaya la magiezoologue. Les hippogriffes n'attaquent pas sans raison, et les griffons sont utilisés pour garder des trésors.

— Vous êtes certains que la créature avait des ailes ? interrogea Rolf à West.

— C'est le seul caractère commun aux descriptions. Certaines n'ont pas mentionné les griffes. Certaines ont dit avoir vu un loup, d'autres que les ailes étaient faites d'écailles et non de plumes comme quelques-uns l'ont dit.

— De toute évidence, au vu de ces marques, notre créature avait forcément des griffes, observa la jeune sorcière. Vous pouvez nous laisser un moment, pendant que nous analysons la pièce ? »

L'Auror s'exécuta et sortit en fermant derrière lui. Luna se dirigea vers les meubles brisés et renversés, frissonnant à cause du froid ambiant. Il y avait une étrange atmosphère dans ce bureau, et ce n'était pas dû au fait qu'il donnait directement sur l'extérieur. La plupart des meubles étaient extrêmement lourds, la créature devait donc posséder une force considérable. Certaines pièces du mobilier avaient été enfoncées sur le côté avant d'être renversées – sans doute sous le choc – tandis que d'autres avaient été fendues par le dessus. En observant de plus près une armoire, la magiezoologue crut discerner ce qui ressemblait à une empreinte, tournée vers le bas.

« Rolf, tu peux venir s'il te plait ?

— Qu'est-ce que t'as trouvé ? s'enquit le jeune sorcier.

— Regarde cette armoire, on dirait qu'elle a été enfoncée par une patte, on distingue l'empreinte. Regarde, là, le talon, là, les doigts et là, des griffes.

— Étrange, je n'ai jamais rien vu de semblable.

— Vu l'orientation de la trace, je dirais que ça vient d'une patte arrière supputa Luna. Ce qui est bizarre, c'est que ça ressemble à celle d'un loup ou d'un chien.

— Le Sinistros t'attends ! plaisanta Rolf d'une voix qui se voulait effrayante.

— Même un Sinistros n'est pas si grand, écarta benoitement la jeune sorcière. Regarde, elle fait plus d'un demi-mètre de long.

— Ça corrobore ce que nous disait West à propos des témoignages, souligna le Briscard.

— Oui, mais ce qui m'inquiète, c'est que je ne connais aucune créature ayant des ailes et des pattes de loup.

— On nous a prévenus qu'il pouvait s'agir d'un hybride inconnu.

— On est au-delà de l'hybride, certifia Luna. Regarde ces griffures au sol : on y distingue bien plusieurs jeux, provenant d'au moins deux pattes de différentes. On dirait même que les jeux de griffes ne sont pas identiques. Ces meubles-là ont été brisés par une queue souple et puissante. La créature a complètement éventré le mur, mais malgré sa taille, ses ailes n'ont fait que peu de dégâts et… »

Luna se dirigea vers un coin de la pièce, près du mur défoncé, et se baissa pour récupérer quelque chose de long et sombre qu'elle venait de remarquer. L'indice était fin et léger. Cependant, il n'avait pas été emporté par la légère brise, ni enseveli sous la neige. Celle-ci semblait avoir cessé de tomber autour. Dans les mains de la jeune femme, sa trouvaille regorgeait d'une force sombre qui la fit tressaillir. Elle se demandait si les résidus magiques qui s'en dégageaient n'étaient pas à l'origine n'était la source de son comportement étrange. Lorsqu'elle la présenta à son collègue, ce dernier sembla des plus perplexes.

« Une plume ?

— Exactement, confirma la magiezoologue. Une plume de belle taille, elle doit provenir de l'extrémité de l'aile. Mais surtout, si tu fais bien attention, il s'agit d'une plume de corbeau. La couleur et la forme des barbes sont caractéristiques.

— Seulement, c'est beaucoup plus grand qu'une plume de corbeau classique.

— Précisément. On peut créer un hybride à partir de deux créatures, magiques ou non, mais celui-ci garde en général les caractéristiques de ses « parents ». Là, on se trouve dans le cas d'une créature disposant de caractéristiques d'animaux différents dans des proportions inhabituelles. On se trouve en présence du parfait cas d'une nouvelle espèce de créature magique inconnue.

— Ce qui confirmerait la thèse qu'un sorcier est derrière toute ça. On devrait prévenir les Aurors pour qu'ils prennent l'affaire en main.

— Friedklin savait déjà qu'un sorcier était derrière tout ça, assura alors Luna.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— C'est évident, voyons ! Pourquoi une créature inconnue viendrait justement enlever un Délégué-mage après un discours important ? Les créatures ne font pas ce genre d'acte. C'est un acte réfléchi, prémédité et qui ne peut être orchestré que par quelqu'un doté d'une intelligence humaine.

— La créature peut avoir une intelligence humaine, objecta Rolf.

— Seulement, les créatures dotées d'une telle intelligence ne restent pas longtemps inconnues de l'Homme. D'autant plus quand elles s'amusent à enlever les gens.

— Ce n'est pas une première », confia alors une voix derrière les deux sorciers.

Ils se retournèrent d'un même mouvement pour découvrir West dans le cadre de la porte. Juste derrière lui se tenait une jeune femme blonde, son visage rond affichant un air soucieux.

« Que voulez-vous dire ? questionna le Briscard. Ce n'est pas le premier enlèvement ?

— Il y a toutes sortes de légendes sur ces îles, révéla l'Auror, et certaines parlent d'enlèvements. D'ailleurs, on reporte de temps à autre des disparus, que ce soit aussi bien du côté des sorciers que des Moldus. C'est ce qui m'amène ici.

— Comment ça ?

— Birthe, ici présente, vient de me faire part que des Moldus ont signalé tôt ce matin à leurs autorités, une « créature ailée monstrueuse » dans le nord de l'archipel. La mère de Birthe, qui vit sur l'île de Viðoy, a confirmé le témoignage, ayant aperçu elle aussi la créature. Elle a refusé d'en dire plus, déplora West.

— Comment ça ? s'étonna Rolf. Vous n'aviez qu'à lui demander !

— Elle a refusé de nous le dire par écrit, précisa l'Auror. Mais je suppose que rien ne vous empêche d'aller la rejoindre avec Birthe.

— Ma mère est une vieille sorcière solitaire, prévint la jeune femme avec un léger accent. Elle n'a plus vraiment toute sa tête et se méfie des étrangers. Il vaut mieux que je vienne avec vous.

— D'accord, céda Luna. Nous partons maintenant. »

La jeune femme opina du chef et sortit du bureau. Tandis que Luna lui emboîtait le pas, West prévint Rolf qu'il resterait ici au cas où de nouveaux développements se produiraient. Il demanda à des employés de fournir aux deux britanniques des capes pour ne pas attraper froid dehors, puis s'éclipsa. Avant que Birthe ne leur attrapât le bras pour transplaner, la magiezoologue sentit un spasme lui parcourir l'échine, comme pour la prévenir que les ennuis n'allaient pas tarder à arriver.