Chapitre 2 :
Lorsque David et Don arrivèrent à la maison des Eppes, ni Charlie ni Alan n'étaient présents, à en juger par l'absence de voiture dans l'allée. Colby suivait derrière dans le SUV de Don. Secrètement, Don était heureux lorsque David arrêta la voiture. Le trajet l'avait rendu encore plus malade qu'il ne l'était, même si David avait conduit beaucoup plus lentement qu'à son habitude. Il lui en était d'ailleurs très reconnaissant étant donné la fébrilité de son estomac ces derniers jours. Mais il était encore plus heureux de voir que son père et son frère n'étaient pas ici. Non pas qu'il avait l'intention de s'échapper après le départ de David et de Colby. Il voulait seulement dormir un peu sans sentir quelqu'un planer constamment au-dessus de lui.
Il utilisa sa clé qu'il avait toujours gardée, même après que Charlie ait acheté la maison, et entra. Il pouvait sentir la tension émanait de Colby et de David. Ces deux derniers étaient sur leurs gardes, prêts à rattraper Don s'il faisait un nouveau malaise. Don appréciait leur inquiétude mais il n'était pas le genre de personne qui aime que l'on s'inquiète pour elle. Divan, solitude et silence pendant quelques heures, c'est tout ce qu'il lui fallait pour repartir du bon pied. Mais ses parents l'avaient bien élevé. Aussi, il leur proposa quelque chose à boire ou à manger avant de les renvoyer en douceur.
« Tous ce que nous voulons c'est que tu t'allonges et que tu te reposes. » Répondit David pendant qu'il menait son patron au divan avec l'aide de Colby.
Don était tellement soulagé d'être assis qu'il ne protesta pas. Il se contenta seulement de grogner un peu pour la forme.
« Ecoutez les gars, j'apprécie votre inquiétude mais je vais bien maintenant. »
Colby l'ignora et composa le numéro d'Alan tandis que David l'ignora également et lui prépara un lit de fortune en entassant les coussins à l'extrémité du divan. C'était trop pour Don. Il sentit son sang bouillir et grogna encore, mais cette fois-ci ce n'était plus pour la forme.
« Colby, raccroches ce téléphone ! Je n'ai pas besoin de mon père pour prendre soin de moi ! Et certainement pas pour une simple fatigue !»
L'agent Granger raccrocha mais seulement parce qu'il était tombé deux fois sur la messagerie.
« Tu ne peux pas rester seul Don. Tu transpires à vue d'œil et c'est à peine si tu arrives à laisser tes yeux ouverts. » Répondit-il en composant le numéro de Charlie. « Tu as beaucoup plus qu'une simple fatigue. »
« Colby a raison. Ton malaise était sérieux. Tu ne savais même plus où tu étais !» Poursuivit David en s'agenouillant devant son patron.
«Qu'est-ce que tu fais?! »
- « Ça ne se voit pas ?! J'enlève tes lacets. Tu ne vas tout de même pas salir le divan avec tes chaussures. »
« Je peux le faire ! »
Agacé, Don se pencha en avant mais trop rapidement si bien que la pièce se mit à tourner. Il avait l'impression d'être embarqué dans un grand huit et de faire loopings sur loopings. Il fut attirer dans un trou noir et la prochaine chose qu'il sut était qu'il était confortablement allongé, recouvert d'une mince couverture. Colby était penché au-dessus de lui.
« Il se réveille.»
Don entendit du mouvement à côté de lui et le visage de David apparut.
« Tu te sens mieux ? » S'enquit-il.
Don marmonna quelque chose d'inintelligible en essayant de se lever mais les mains repoussantes de ces deux agents le contraignaient à rester allonger.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Tu t'es évanouis. »
«Quoi ?! Non ! »
Il essaya une nouvelle fois de se lever mais il fut une nouvelle fois empêcher. A sa grande frustration, il n'avait plus la force de résister à quoi que ce soit et reposa sa tête sur les coussins.
« Nous avons réussi à joindre ton père. Il arrive. »
A la surprise générale, Don ne discuta pas et tomba dans un sommeil lourd sans même s'en apercevoir. Lorsqu'il se réveilla, Charlie le surveillait du fauteuil, un café à la main.
« Hé ! Tu te réveilles enfin.» Demanda son frère en s'approchant. « Comment tu te sens ? »
Groggy, Don enleva la main de Charlie de son front en se redressant.
« Tu as encore de la fièvre.»
Don frotta longuement ses yeux et essaya de se souvenir de ce qui s'était passé. David et Colby l'avait ramené à la maison. Ensuite, il avait fait un tour sur un grand huit et Colby n'arrivait pas à joindre papa au téléphone. Non, ça c'était avant les loopings. Ou après. Oui c'était après. Et maintenant David et Colby sont partis, Charlie est ici mais pas papa. Parfait, papa n'est pas au courant. Je me débarrasse de Charlie et je rentre chez moi, ni vu ni connu.
« Don, tu m'entends ? »
« Tu hurles dans mon oreille. Evidemment que je t'entends ! »
« Alors tu pourrais peut-être répondre à ma question ?! Comment tu te sens ? »
Don fit un rapide rapport mental de son état et considéra qu'il se sentait mieux. Il avait toujours un peu mal à la tête mais dans l'ensemble il se sentait plutôt bien. C'est vrai qu'il se sentait encore fatigué même après sa courte sieste mais le divan, aussi confortable soit-il, ne valait pas un bon lit pour prendre un repos récupérateur.
« Je vais bien, Charlie. »
« Dis-moi où tu es ? »
Don jeta un regard confus à son petit frère.
« Quoi ?! Mais à quoi tu joues ? »
« Réponds à ma question : où te trouves-tu ? »
« A la maison.»
« En quelle année sommes-nous ? »
« Non mais qu'est-ce qui te prends ?! Pourquoi tu me poses ces questions ? »
Charlie n'eut pas le temps de répondre car Alan venait de sortir de la cuisine et s'était aperçu que son aîné était enfin réveillé.
« Donnie ! Tu as finalement décidé de nous rejoindre. Comment tu te sens ? » Demanda-t-il en posant une main sur son front.
« La fièvre n'est pas totalement parti. » L'informa Charlie.
Don gémit d'anéantissement en repoussant la main de son père. Comment je vais m'échapper maintenant ? Alan s'assit à côté de son plus jeune sur la petite table à café et tous deux regardèrent Don avec une expression préoccupée sur leurs visages.
« Pourquoi vous me regardez comme ça ? » Demanda-t-il sur un air bougon.
« Et bien peut-être parce que tu dors depuis hier après-midi sans que l'on puisse réussir à te réveiller et que ta fièvre était élevée toute la nuit.» Répondit son père sur le même ton.
Don sentit ses cheveux se hérissaient sur sa tête. Hier après-midi ?! Nuit ?!
« Comment ça hier après-midi ?! Je me suis juste endormi cinq minutes. »
« 18 heures et cinq minutes, pour être un peu plus exact.» Répondit Charlie.
« Quoi ?! Quelle heure est-il ? »
« 8 heures »
« Du matin ! »
Son frère et son père acquiescèrent de la tête mais il ne voulait pas les croire. Il regarda sa montre puis le soleil du matin à travers la fenêtre. Il constata alors avec horreur qu'ils ne lui faisaient pas une blague. Il tourna sa tête pour voir son père lui tendre des cachets et un verre d'eau.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Ce sont des remontants. Le médecin a dit que tu devais en prendre deux fois par jour.»
« Le médecin ? »
Voyant que son frère était complètement désorienté, Charlie entreprit de lui expliquer ce qui s'était passé pendant ses 18 heures d'inconscience.
« Colby et David nous ont racontés ton malaise au travail et nous ont dit que tu en as fait un autre ici. Ils nous ont aussi parlés de ta perte de mémoire. Nous avons appelés le docteur Lansbury, tu sais notre médecin de famille. Elle t'a examiné pendant que tu dormais. Elle nous a dit que le mieux était de te laisser dormir et de te questionner à ton réveil pour vérifier ta mémoire.»
Alan prit place à côté de son aîné sur le divan et l'incita à prendre les cachets. Don les regarda de manière suspecte.
« Ce sont vraiment des remontants ? Tu n'as pas dans l'idée de me donner des médicaments qui me feront dormir toute la journée ? »
« Ce n'est pas l'envie qui me manques. » Répliqua Alan dans une tonalité fâchée.
Don hésita un peu avant de finalement les accepter. Après tout, ils n'allaient pas lui faire du mal, bien au contraire.
« Donnie, tu dois passer des examens médicaux. Ta santé nous inquiète. »
« Je suis juste un peu fatigué papa. Il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire. »
- « Toute une histoire ? Tu as fait deux malaises dans la même journée ! »
« Papa a raison. Tu dois te faire examiner.»
« S'il te plaît Charlie, tu ne vas pas t'y mettre aussi ! »
Irrité, il retira la couverture et rechercha ses chaussures du regard.
« Où sont mes chaussures ? »
Ne recevant pas de réponse, il se leva du divan en ronchonnant :
- « Ça va, j'ai compris. Je vais les chercher moi-même. »
Imperturbable, Charlie continua :
« Don, ton comportement a changé. Tu te mets en colère pour un rien. Regardes-toi. Tu es réveillé depuis cinq minutes et tu es déjà énervé. »
Don s'arrêta brusquement dans sa recherche et s'emporta contre son frère en agitant ses bras :
« Evidemment que je suis énervé ! Si je ne trouve pas ces satanées chaussures maintenant je vais être en retard au travail ! Et ni l'un ni l'autre ne vous en soucier !»
Alan haussa le ton et fit face à son fils en croisant ses bras.
« Tu ne comptes tout de même pas aller travailler ?! Est-ce que tu te rends compte que Charlie et moi avons passés la nuit à faire baisser ta fièvre ! Nous étions à deux doigts de t'emmener aux urgences !»
- « Je vous remercie de vous être occupés de moi et je suis désolé que vous ayez dû passer une nuit blanche mais je me sens mieux maintenant. »
« Tu n'en donnes pourtant pas l'impression. » Riposta sèchement Charlie en prenant la même position que son père. « Tu ressembles à un mort vivant. »
« Merci pour la comparaison. » Maugréa Don en s'agenouillant pour regarder sous le divan. Il se redressa en brandissant victorieusement ses chaussures. « Je les ais ! »
Alan et Charlie regardèrent exaspérés Don se rasseoir sur le divan pour enfiler ses chaussures. Devant le mépris de son frère pour sa santé, Charlie perdit patience :
« Oh et puis j'en ai marre ! Si tu n'es pas inquiet pour ta santé, je ne vois pas pourquoi je le serais ! Débrouilles-toi !»
Alan regarda son plus jeune disparaitre dans la cuisine. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Lui aussi devenait agacé par l'attitude de son fils aîné. Ces dernières semaines, ils ne pouvaient plus lui parler sans qu'il monte sur ses grands chevaux. Il ne le comprenait pas. Donnie se préoccupait toujours pour eux et prenait leurs santés très au sérieux mais il ne s'inquiétait pas pour lui-même et il ne supportait pas la moindre petite allusion sur sa propre santé.
«Tu n'es pas raisonnable. Et si tu fais un malaise pendant une intervention ? Tu mettrais non seulement ta vie en danger mais aussi celles de ton équipe.»
« Tu crois vraiment que je mettrais en danger la vie de mes agents ?! Non mais pour qui tu me prends ?! Je ne suis pas un génie mais je ne suis pas stupide pour autant ! »
« Ça suffit maintenant Don ! Je n'ai jamais dit que tu étais stupide ! Ne déforme pas ce que je dis ! »
Don noua d'un coup sec son dernier lacet et regarda son père droit dans les yeux.
« Tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour moi. Je peux très bien m'occuper de moi tout seul.»
« Je suis ton père ! Je suis en droit de m'inquiéter ! C'est le rôle des parents de se préoccuper de leurs enfants ! Peu importe leur âge ! Et à voir ton état, tu ne fais pas un très bon travail pour t'occuper de toi ! »
Don secoua sa tête en se levant et se dirigea vers la petite table devant la porte d'entrée. Il y prit ses affaires et accrocha son arme, son insigne et son téléphone à sa ceinture.
« Rassures-toi, je n'irais pas sur le terrain aujourd'hui. De toute façon, j'ai assez de travail administratif pour me maintenir occupé toute la journée. Content ? »
Alan ressentit un léger soulagement mais ce n'était pas suffisant. Il pressentait quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais il le pressentait. Son Donnie ne lui avait jamais parlé de cette façon auparavant.
« Je n'ai jamais connu une personne qui soit aussi têtu que toi ! Même pas ta mère ! Et pourtant elle pouvait être vraiment bornée parfois. Puisque je ne peux pas t'empêcher de partir, tu pourrais au moins me faire le plaisir de prendre un petit déjeuner ! »
Don avait l'intention de passer chez lui prendre une douche et se changer avant de prendre le petit déjeuner mais il trouva finalement plus judicieux d'inverser l'ordre de ses priorités. Sans un mot, Don entra d'un pas vif dans la cuisine, jeta au passage un coup d'œil furtif sur son petit frère qui était en train de manger, prit une petite bouteille de jus d'orange dans le réfrigérateur, vola le beignet de Charlie en ignorant la forte protestation de celui-ci et sortit de la cuisine avant même qu'Alan ait atteint la porte battante.
« Je prendrais un café au bureau. Merci pour le petit déjeuner. »
Sous le regard impuissant de son père, Don attrapa sa veste à la volée et claqua la porte derrière lui.
A suivre
