Chapitre 2

Chapitre 2

Des bleus à l'âme

« Ploc ! »

Ron venait de transplaner en plein milieu du chemin de Traverse. Il était noir de monde. Depuis la chute du mage noir, la célèbre avenue ne désemplissait plus. Les affaires étaient florissantes, et le commerce rentable. La vague d'enthousiasme d'après-guerre avait provoqué une relance subite de la consommation. Désormais, la rue était sans arrêt envahie de sorciers venus démasquer la dernière robe à la mode ou les dernières farces et attrapes Weasley, devenue une des firmes les plus reconnus du commerce sorcier britannique.

Ron ne travaillait plus avec son frère Georges. Il s'était contenté d'épauler son frère à la sortie de la guerre en remplaçant son jumeau Fred, tombé sous les honneurs. Mais cette situation l'avait vite pesé autant qu'à Georges. Ron se répugnait à remplacer son frère en croyant lui voler la place qui était à tout jamais la sienne. Pour Georges, au début, il était reconnaissant de l'attitude de son plus jeune frère qui avait abandonné ses études et notamment son rêve de devenir auror pour l'assister en ces temps sombres. Mais à partir d'un certain moment, il se reprochait à lui-même d'oublier son jumeau en continuant leur aventure sans lui. Cette sensation de frustration avait tendu les relations entre Ron et Georges. Ron se sentait coupable de prendre la place de Fred alors que Georges lui renvoyait involontairement toute la rancœur qu'il retenait de faire tourner la boutique sans son jumeau.

Après un an de travail acharné pour la boutique, Ron décida de quitter l'entreprise familiale. Dès qu'il avait vu les affaires de Weasley Farces pour Sorciers Facétieux prospérées et voyant que son frère avait retrouvé un semblant de son ancienne joie de vivre, il avait préféré quitter le business qui devenait florissant au profit de son frère qui était devenu par la suite un redoutable entrepreneur à la bourse garnie. Sa relation avec son frère Georges s'était apaisée durant l'année suivante. Georges finit par faire le deuil de sa moitié et avait même proposé à Ron de revenir en lui offrant la gérance de son annexe à Près-au-Lard. Chose que refusa son cadet qui préféra se tourner vers une carrière sportive au sein de son équipe favorite de Quidditch : les Canons de Chudley.

Cette année fut celle des plus grandes joies du grand rouquin. Il fut accepté en tant que gardien remplaçant de l'équipe des Canons et vivait la parfaite idylle avec Hermione. Il avait fait le deuil douloureux de l'après-guerre. Pour la première fois de sa vie, il pouvait penser au futur sans l'appréhension de la guerre et du fardeau de son meilleur ami. Du point de vue familial, tout allait pour le mieux. Tous les Weasley avaient fini par accepter le deuil de Fred. Bill filait le parfait amour avec Fleur qui lui donna une magnifique fille et Charlie continuait de vivre au milieu des dragons en Roumanie au grand damne de sa mère. Percy, devenu plus préoccupé par le sort de sa famille, était devenu membre du Magemagot et pouvait désormais aider ses parents financièrement. Sa petite sœur, Ginny, avait épousé le célèbre Harry Potter, auror émérite tombeur du Lord Noir et, accessoirement, le meilleur ami de Ron. La matriarche avait mis du temps à se remettre de la tragique perte de l'un de ses fils. Mais grâce au soutien du reste de la famille, elle recommença à vivre pour ceux qui restaient, les survivants. Ron, de son côté, vivait pleinement sa relation avec Hermione. A cette période déjà, ils parlaient de mariage. Hermione travaillait au Ministère de la Magie dans le département de Régulation des Créatures Magiques et militait pour une plus grande équité entre les sorciers, les moldus et les créatures à sensibilité humaine. Ron se plaisait dans son nouveau métier et commencer à jouer quelques matches. Cette période était pour Ron, comme qui dirait, magique. C'était bien avant le début des ennuis.

Il était enfin arrivé à son but. Devant lui se tenait une enseigne à priori commune de magasin sorcier. Cependant, ce magasin était unique dans tout le chemin de Traverse. Son aspect moderne frappait dans son originalité. Toute décoration magique était absente au contraire des autres enseignes qui rivalisaient de décoration magique avec des publicités volantes dans tout les sens, ou des sorts d'attrapes l'œil, pas toujours légaux. Ce magasin là était d'une simplicité désarmante au milieu de ceux-ci. La nature calme de la demeure contrastait avec les balais qu'offraient les ressources magiques des autres firmes. L'architecture comme toutes les décorations d'extérieurs semblaient de confection moldue. Au premier regard, on se sentait attiré par cette unicité.

La façade était d'un ocre rappelant le sable d'orient. Le bâtiment s'élevait sur deux étages. Il était dans le pur style européen contemporain. D'inspiration méditerranéenne, il ressemblait aux villas de bords de mer que l'on trouve sur les côtes sudistes de France et d'Italie. Autant dire que l'image frappait au milieu des austères et dépassés bâtiments voisins. Lesquels semblaient avoir tous étaient construit au même moment selon la même architecture. On pouvait aisément distinguer l'enseigne électrique en plein milieu du paysage urbain. Sur celui-ci était noté le nom du magasin : Le Vinci.

« La simplicité est la sophistication extrême. » Ron aimait se rappeler de cette phrase. C'était son père qu'il lui avait appris. Il s'agissait d'une citation de Leonard de Vinci, ancien mage reconnu pour son incommensurable amour des moldus et de leur semblant de technologie. Le père de Ron avait un caractère similaire. Il se passionnait lui aussi pour les moldus. Au départ, Ron était peu réceptif à l'admiration de son paternel dans son enfance. Mais au fil du temps, et au fur et à mesure qu'il grandissait, il s'émerveillait lui aussi de la technologie moldue et commençait à partager la même admiration vis-à-vis des prouesses réalisables sans l'usage de la magie. Il avait découvert un nouveau moyen de se rapprocher de son père.

Dès qu'il se trouvait devant ce magasin, Ron ne pouvait s'empêcher de penser à son père. Il avait toujours ce picotement dans son cœur montrant que l'écorchure n'était toujours pas cicatrisée ; une douleur vive qui jamais ne disparaitra totalement.

Ca allait bientôt faire un an. Un an qu'Arthur Weasley était parti. Ron se rappela toujours le jour où il avait tué son père. C'est le genre d'évènement que l'on n'oublie pas :

« C'était un dimanche et comme tous les dimanches, Ron passait l'après-midi avec son père. Ils avaient pour habitude de se rendre dans le monde moldu où ils s'extasiaient de tout. Ce jour-là, Ron avait eu des places pour un match de foot. Son paternel et lui souhaitait connaître l'expérience d'assister à un match de ce sport si populaire chez les moldus. Le jeune homme avait réussi à avoir des places pour le match West Ham — Arsenal grâce à l'un de ses amis d'origine moldue totalement fan de l'équipe jouant à domicile.
Pour se rendre au stade, ils utilisèrent la nouvelle voiture que s'était offerte le patriarche Weasley à la fin de la guerre contre l'avis de sa femme. Elle lui répétait sans cesse que cet objet de malheur finira par le tuer. La mère Weasley avait malheureusement eu raison.
C'était Ron qui conduisait. Il n'avait jamais eu son permis et ne s'était jamais soucié de l'obtenir. Il avait appris sur le tas avec son père qui lui avait enseigné à la suite de son escapade avec la feue Ford Anglia lors de sa seconde année à Poudlard. Il était désormais habitué des mœurs routières anglaises et parvenait à conduire l'Austin Mini de son père.
Le dimanche était ensoleillé et les conditions climatiques optimales pour conduire. Ron n'avait bu, juste après le repas, qu'une seule bouteille de bièraubeurre fort peu alcoolisée. Afin de se rendre au stade des Hammers, situé dans l'East London, ils devaient traverser la campagne anglaise séparant Londres du Terrier, la demeure familiale des Weasley située dans les collines proche du village de Loutry.
Anxieux de pouvoir rater le début du match, ils roulèrent plus rapidement que la bienséance le voudrait.
Ils étaient arrivés à une intersection sur la départementale dans les environs d'un petit village. Freinant au stop qui lui commandait de laisser le passage, Ron regarda des deux côtés avant de s'engager comme il l'avait déjà fait une bonne centaine de fois. Cependant il ne pris pas en compte le véhicule arrivant à sa gauche. Vu son allure modérée et le fait qu'il allait devoir ralentir une fois arrivé à son propre stop, Ron continua, dédaignant s'arrêter comme le code de la route le conseillait vivement. Tout s'était déroulé en une fraction de seconde. Au lieu de ralentir comme il l'aurait du normalement le faire, le véhicule, plus gros et plus puissant que la petite Mini des Weasley, semblait avoir accéléré tout à coup. La collision fut inévitable. N'ayant pas sa ceinture de sécurité, Ron fut expulsé de l'habitacle.
Son père était mort sur le coup, ayant été frappé de plein fouet. Ron, lui s'était réveillait plus d'un mois après l'accident. Il avait failli perdre la motricité de ses jambes et il garda des séquelles physiques importantes au niveau de son épaule gauche. De nombreuses cicatrices témoignaient de l'horreur de l'accident. Mais le mal était plus profond. Les réelles cicatrices était dans son cœur et le remord et la culpabilité rongeait son âme depuis. »

Chaque jour que Merlin chérissait, Ron se répétait l'accident dans sa tête, à la recherche du moindre détail qui expliquerait pourquoi son père avait perdu la vie. Il retombait toujours sur la même conclusion : il roulait trop vite et aurait du s'arrêter à ce putin de stop. Il avait beau tourner la scène dans tous les sens possibles, il n'arrivait pas à trouver un autre coupable que lui.

Le deuxième conducteur n'avait subi que des dommages partiels. Il s'en était sorti avec une commotion cérébrale. Mais le plus surprenant, c'est qu'il ne se souvenait plus de l'accident. Les médecins moldus n'avaient pu expliquer pourquoi mais les psychologues étaient certain : il ne mentait pas. Personne ne savait pourquoi son véhicule avait accéléré. Si tant est qu'il avait accélérer. Car les juges moldus étaient peu réceptifs à la version de Ron. C'était pourtant la seule et à défaut d'être contredit par les experts, elle fut adoptée. Pourtant Ron avait écopé de 45 jours de prison ferme plus 6 mois avec sursis pour conduite sans permis.

Seul son amour pour Hermione l'avait permis de survivre en ces temps si sombre. Si Hermione ne l'avait pas attendu à sa sortie de prison, il n'en serait jamais ressorti. C'est elle qui le comprenait. Elle qui le consolait. Elle qui venait le rechercher dans tous ces bars de débauche où il tentait d'oublier l'inoubliable. Elle avait été sa thérapie, sa bouée à laquelle on se rattache au milieu d'un océan de remords et de culpabilité.

Ron avait coupé tous ses attaches avec sa famille. Il ne pouvait plus croiser le regard de sa mère sans se sentir coupable. Il ressentait aussi toute la rancœur dans le regard de ses frères. Ils savaient qu'il était coupable et ses frères ne faisaient rien pour évacuer ce sentiment bien au contraire.

Le jeune Weasley expira profondément comme pour chassait ses pensées négatives. Il se concentra alors sur le présent. Son présent était en partie devant lui. Ce magasin était le sien. Au départ, il souhaitait l'ouvrir avec l'aide de son père ; finalement ce fut en son hommage. C'était une idée qui avait germé dans sa tête lorsqu'il commençait à bien gagner sa vie avec les Canons. Mais maintenant c'était l'unique moyen d'assurer l'avenir financier de sa future famille. Il sourit au moment où ses doigts rentrèrent en contact, au fond de sa poche, avec le délicat écrin contenant la bague qu'il comptait offrir à Hermione le soir même. Désormais il avait une seconde chance d'être heureux et il comptait bien en profiter.