Bon, voilà le chapitre deux. Je devais expliquer l'origine de « Léon » et « Coco » dans ce chapitre, mais j'ai manqué de place (moi et mon hémorragie plumiaire…)
Merci à FicAndRea pour ses précieux conseils.
Merci à Pushy, Chenonceau et Nix/Kiito pour les encouragements.
Paris sera toujours Paris
Ma connaissance du monde du foot est encore imparfaite. Pour les besoins de l'histoire, j'ai décidé que :
En France, on ne pouvait signer un contrat 100 pro qu'à partir de ses seize ans
Normalement, les clubs pro recrutent les 18 ans et plus.
Chapitre deux : Et nos amours
Tarô mit plus de temps que prévu. Un match de championnat opposait ce soir le PSG à Lille qui se déplaçait. L'après-midi débutait à peine, pourtant une foule se pressait déjà en direction du stade, se déversant dans les métros et les bus comme des fourmis grouillaient dans leur fourmilière. Le jeune homme rabattit la capuche de son sweat-shirt rapidement et baissa la tête, puis se glissa habilement dans les petites rues pour échapper au regard des autres. Il ne désirait ni provoquer un éclat ni se mettre en retard. Quand il revint, Kojirô se trouvait déjà attablé à sa partie du large établi converti en bureau. Le menton mollement calé dans une main, il étudiait.
- « Hé, Léon, déjà là ? »
- « Ouais, le prof n'était pas là. Alors je révise tout seul. »
Tarô sourit. Kojirô avait beau faire celui qui s'en foutait, il n'aimait pas perdre, ne serait-ce qu'au lycée.
Après avoir collectionné les mauvaises notes en histoire, Kojirô ne laissa pas d'autre choix à son professeur que de le coller pour les vacances d'avril. Le baccalauréat français approchait pour les deux lycéens, et ils se devaient de l'obtenir. Une clause sine qua non le stipulait dans leurs contrats. Mais même sans ce fichu bout de papier, Hyûga s'entêtait : il obtiendrait la moyenne, devait-il se transformer le cerveau en gelée.
- « Cela te gêne si je joue du piano ? »
- « Non, vas-y. »
Tarô s'installa devant l'antique piano que Kojirô et lui avaient tant peiné à monter au grenier. Le jeune homme ouvrit le rabat, caressa les touches et souffla doucement pour enlever la couche de farine qui réussissait à s'infiltrer partout, quelque soient les protections. Voilà l'inconvénient majeur de vivre dans une boulangerie traditionnelle. Il ouvrit la partition et commença ses gammes.
Tarô avait toujours écouté de la musique classique. D'aussi loin que sa mémoire remontait, son père s'était accompagné de Schuman, Liszt, Mozart et autres compositeurs pour peindre. Il avait baigné dans les symphonies, les opéras, le baroque et le lyrisme ; déjà tout gamin, il s'amusait à jongler au rythme des concertos. Mais ce ne fut qu'une fois à Paris qu'il approfondit sa connaissance du monde musical. Dans l'appartement meublé qu'il partagea avec son père, un vieux piano droit traînait dans la pièce qui devint sa chambre. Curieux, il avait touché le clavier et enhardi par le silence approbateur de Ichirô, s'était acheté une vielle méthode chez un bouquiniste des quais. Une voisine, plus bas dans la rue, professeur de piano à la retraite, accepta de lui donner des cours particuliers en échange de menus services, comme lui porter les sacs de courses dans l'ancien escalier en colimaçon.
Il avait commencé l'apprentissage du solfège et du piano assez tard, presque trop ; toutefois, il compensait le manque de souplesse d'esprit et de doigts par une régularité sans faille dans la pratique de ses exercices. Un enfant de six ans n'aimait pas devoir faire deux heures de gammes par jour avant même de pouvoir toucher à sa partition. Pour Tarô qui connaissait l'importance de l'entraînement, ce n'était pas un problème. Il avait donc rapidement progressé, au-delà de toutes les attentes - même les siennes.
Après avoir aménagé chez les Dusfrene, Tarô pensait devoir arrêter. Néanmoins, il osa poser timidement la question aux Dusfrene, qui lui accordèrent leur autorisation à condition de ne pas jouer aux heures réservées au sommeil. Il s'attendait à avoir plus de mal avec Kojirô. Il fut surpris. Le buteur regarda ses vieilles partitions et l'encouragea à reprendre. Il l'accompagna même aux puces pour trouver un piano d'occasion qui, à défaut de coûter bien cher, pesait son poids. Le monter demanda les efforts conjoints des deux nippons et de M Dusfrene, avec Mme qui les précédait en tenant les portes ouvertes.
- « Mon frère faisait du violon. Rien ne peut être pire que le son d'un chat qu'on est en train d'éviscérer vivant. » déclara Kojirô d'un ton qui n'appelait pas à la conversation.
Tarô finissait une étude quand Kojirô repoussa ses livres d'histoires et s'installa sur son lit. Le buteur se cala confortablement et attrapa un livre dans lequel il se plongea avec un plaisir évident.
- « Tiens, un nouveau livre ? »
- « Hum. »
- « Toujours du Victor Hugo ? »
- « Non, j'ai pris du Zola, pour changer un peu. »
La progression de Kojirô en français surprit Tarô. Quand le buteur était arrivé à Paris, c'était à peine s'il pouvait articuler deux sons. Tarô avait d'ailleurs redouté de devoir servir d'interprète ad vitam aeternam. Cependant, et à sa plus grande stupéfaction, Kojirô refusa qu'ils se parlassent en japonais. Il se débrouillait bien en anglais et voulut directement se mettre au français. Même seul avec son compatriote, Kojirô s'obstinait à utiliser le peu de français qu'il avait appris la journée durant, mélangé à son anglais. Il ne recourait au japonais qu'en extrême urgence, quand ni l'anglais ni le langage des signes semblait fonctionner et qu'il était nécessaire de demander de l'aide. Mais là encore, Tarô ne traduisait pas. Il indiquait ce qu'il fallait dire, et Kojirô le répétait, avec plus ou moins de succès, d'ailleurs.
Il ne fallut pas longtemps à Tarô pour prendre ses marques autour de Kojirô. Leur première rencontre remontait à des années auparavant, du temps de leur primaire, quand ils avaient été scolarisés ensemble à la Meiwa. A ce moment, Kojirô se battait contre tous; écorché par la vie, le gamin bouillant, emporté et intraitable devenait un joueur brutal, voire violent. Tout l'opposé du souriant, aimable et discret Tarô Misaki. Puis ils se revirent lors du championnat cadet en France. Certes moins agressif, Kojirô restait fougueux, à la limite individualiste sur et hors le terrain. Et Misaki préférait de loin la compagnie des ses vieux camarades de la Nankatsu. Chacun reconnut le talent de l'autre et ils jouaient bien ensemble, cependant chacun possédait son style, ses amis, ses préoccupations. Toute somme faite, ils n'eurent pas autant d'interactions qu'on aurait pu le supposer.
Alors que Kojirô ne contrôlât pas situation, fût-elle linguistique, cela relevait d'une aberration mentale. Tarô le comprit vite. L'intention était louable ; néanmoins, apprendre le français ne se révélait pas aussi facile que ça. Kojirô avait beau passer des heures le nez dans les dictionnaires et méthodes, remplir consciencieusement des répertoires de vocabulaire, il coinçait rapidement à l'écrit et à la lecture. Il se sentait plus à l'aise pour parler, mais s'il pouvait répéter les sons, il n'arrivait pas retranscrire ce qu'il avait retenu de ses conversations du jour.
La solution tint presque du miracle. Mme Dusfrene trouva un jour chez un brocanteur une bande dessinée de Tintin, avec une page en français sur la droite, et sur la gauche, la même en japonais. Kojirô sembla ravi – apparemment, il connaissait Tintin et Milou, bien que son personnage préféré restât le capitaine Haddock (ce qui fit largement sourire Tarô car l'analogie s'approchait du parfait). L'avant-centre lut et relut l'album et quelque part dans son cerveau, un déclic se produisit. Kojirô commença à tordre le cou à la grammaire française et presque deux semaines après, il pouvait lire Tintin en français. Bon, il garda toujours un épouvantable accent et resta définitivement fâché avec la notion de genre masculin/féminin, mais il pouvait écrire et lire. Il possédait maintenant une collection impressionnante de bandes dessinées franco-belges et s'était inscrit à la bibliothèque du quartier où il se rendait régulièrement. Têtu jusqu'au bout, Kojirô avait décidé de lire les classiques de la littérature françaises, tous les classiques. De Tintin à Zola, il y avait un abysse, et Kojirô l'avait sauté comme s'il avait enjambé un caniveau.
Les goûts littéraires de Kojirô avaient également surpris Tarô. A première vue, le Tigre ne semblait être pas du genre à apprécier la grande littérature, japonaise, anglaise ou française. On le voyait plus se limiter au Shônen écrit en gros caractères. Pourtant, Kojirô s'avéra avoir lu plus d'ouvrages dits de qualité que Tarô. Il essaya de se justifier, en avançant la gratuité des bibliothèques municipales, le fait que bouquiner n'empêchait pas de faire des exercices de musculation en salle etc. Mais Tarô voyait bien que Kojirô aimait lire, tout simplement. Ce qui expliquait qu'il parlât si bien anglais. Du temps de son collège à Tôhô, le buteur était tombé sur les rayons de littérature anglaise et américaine et les avait dévoré rapidement. Lire enrichissait le vocabulaire et vous familiarisait avec les structures grammaticales.
Et puis, mine de rien, cette occupation allait bien à la personnalité taciturne du grand nippon. On le voyait parfaitement, assis tranquillement quelque part, ne levant le nez de ses pages que pour renifler avec dédain à l'encontre des idioties de ses coéquipiers… Il ne manquait plus que des petites lunettes pour casser un mythe. Tarô regrettait presque que Kojirô eût une si bonne vision. Il aurait adoré avoir de nouvelles photos compromettantes à ajouter à sa collection.
Tarô abrégea ses exercices. Il s'était acheté très récemment un nouveau recueil de scherzo qu'il brûlait d'envie de jouer. Il attaqua avec entrain le premier morceau, mais tout ne se passa pas comme il le désirait :
- « Holà Coco ! C'est quoi ce bordel ? T'as pété une corde ? »
- « Non non, Kojirô, c'est bien la partition. »
- « Tu rigoles ? »
- « Non. C'est fait pour. C'est Bartók. »
- « Bartók toi-même, hé, ducon ! » s'emporta vivement Kojirô en fusillant Tarô du regard. « Ce n'est pas ma faute si--. »
- « Non, Kojirô, non ! » Tarô ne chercha même pas à dissimuler son hilarité. « Béla Bartók, c'est le nom du compositeur. Il était hongrois (1) »
- « Ah… ce n'est pas un nom, ça ! » renifla Kojirô, cependant très gêné de son éclat. Il se gratta la nuque d'un air ennuyé. « Allez, joue-moi un truc potable. »
Tarô ne dit rien et accepta ses excuses très – trop peut-être - déguisées. Il avait maintenant l'habitude des montées de sang colérique de son compatriote. C'était d'ailleurs un grand jeu pour lui que de le taquiner pour voir combien de temps l'autre allait tenir. Mais le coup du Bartók, aurait-il voulu la faire, qu'il n'y serait pas arrivé. Franchement, ce Kojirô…
- « Que veux-tu ? » Tarô fouilla dans sa pile de partition.
- « Du Chopin. J'aime bien Chopin… Au moins il ne me casse pas les couilles. » ajouta rapidement le buteur. Le milieu de terrain passa encore une fois l'éponge. Impossible de faire avouer à Kojirô que, réflexion faite, il appréciait la musique classique. Il fallait savoir lire entre les lignes avec lui.
Pour sa défense, Tarô comprenait qu'avoir dû écouter un petit frère massacrer la musique de chambre à coup d'archer pouvait vous dégoûter à vie des musiques douces. Et là, le Tigre restait fidèle au cliché. Il n'écoutait que du rock, du rap, de la techno et du métal. Des accords virils, bien rythmés. Tarô avait dû l'initier aux différents courants de musiques, et Kojirô avait bizarrement adopté le romantisme comme choix de musique.
- « Une valse, alors ? » Un grognement approuva sa suggestion. « Laquelle ? »
- « Choisis, tu en a quatorze, Coco. »
- « Je sais, Léon, je sais… »
Et Tarô entama la valse numéro neuf (2). Du coin de l'œil, il vit Kojirô oublier de lire pour se concentrer sur la musique. Il avait toujours été un public attentif bien que pointilleux sur la programmation – comme le prouvait sa sortie du Bartók. Le morceau se termina et Tarô enchaîna un autre (3). Il buta sur une partie particulièrement ardue pour les changements de doigts, et dut s'arrêter pour travailler encore et encore le passage. Kojirô allait retourner à sa lecture quand Tarô se lança.
- « Léon, c'est ton tour. »
- « … Tu es sûr… ? »
- « Certain… Et nous sommes le dernier samedi du mois… »
- « …. J'ai compris…. » Avec un soupir à fendre l'âme, Kojirô décoinça sa grande carcasse de son lit et commença à ranger la chambre.
Dès le début de leur cohabitation quelque peu forcée, les deux garçons durent établir des règles de vie. Comme dit précédemment, la farine s'incrustait partout, même au grenier, bien que cela ne fût pas catastrophique – loin de là. Mais il fallait régulièrement faire la poussière et passer le balai. Et deux fois par mois, un grand ménage. Les japonais décidèrent d'un rota des besognes. Si Tarô avait l'habitude de s'occuper des tâches ménagères, Kojirô découvrit avec stupeur l'existence de l'aspirateur et des éponges puis il rencontra des ennemis redoutables : les moutons, la moisissure et la calcaire. Auparavant, sa mère ou les femmes de ménages de la Tôhô se chargeaient de d'éliminer les acariens pour lui. Tarô devait donc régulièrement rappeler au buteur l'existence des ces tâches domestiques, et il excellait à jouer les inspecteurs de travaux souvent mal finis.
Kojirô ouvrit les fenêtres le temps de faire la poussière. L'air frais de cette fin de avril s'engouffra immédiatement.
- « Tu crois qu'il va pleuvoir ce soir ? »
- « Non, je ne pense pas. » Sans savoir pourquoi, Tarô posait pour la Miss Météo de Kojirô. Le pire : il avait plus que souvent raison.
Une fois les fenêtres fermées, le buteur renversa les chaises sur le bureau, commença à passer l'aspirateur puis se mit à quatre pattes pour examiner le dessous de son lit lorsqu'une chaussette vint boucher l'embout. Il n'avait rencontré aucun problème de ce genre dans la partie de vie de Tarô. Comme d'habitude, tout avait déjà été rangé en vue du grand nettoyage. Les deux jeunes hommes étaient aussi bordéliques l'un que l'autre, mais Tarô, sage de son expérience avec un père encore plus bordélique que lui, s'attachait à ordonner son bordel régulièrement. Kojirô se contentait de faire de la place en poussant du pied ce qui traînait par terre sous le lit.
Au cours de son exploration qui relevait presque de la spéléologie, il retira un certain nombre de bouteilles de coca vides, autant de cadavres de chaussettes ou T-shirts raidis par la crasse ambiante, quelques B.D et livres, des assiettes aux contenus innommables et…
- « Yo, j'ai retrouvé la casquette de Prosper ! »
- « Je t'avais dit de regarder sous ton lit. »
- « … » Kojirô ignora tout bonnement la remarque narquoise – quoique juste, Tarô lui ayant bien donné ce conseil – et dépoussiéra le couvre chef rouge. Avec un sourire gamin, il la planta sur sa tête : « Regarde, je suis Genzô ! »
Tarô détacha les yeux de sa partition deux secondes, le temps de voir Kojirô imiter Wakabayashi en train de se toucher la casquette, comme le goal faisait toujours.
- « … Je croyais que vous vous entendiez mieux… » soupira-t-il.
- « Ouais… mais cela ne veut pas dire que je vais arrêter de me foutre de sa gueule pour autant. »
- « Si tu veux. »
- « Je vais devoir la lui renvoyer… »
- « Pas la peine, on va le voir dans trois semaines. »
- « Je devrais peut-être écrire un truc dessus. Genre un autographe… Cela va valoir beaucoup d'argent bientôt. »
- « Et si au lieu de dire des conneries, tu allais récurer le bac à douche ? »
- « … …… ouais, je suppose que je peux faire ça… » grommela le tigre, nettement moins motivé par cette perspective. Mais il obéit et disparut dans la petite salle de bains, sommairement équipée d'un lavabo et d'une douche. Le W.C se situait dehors dans le couloir. Les Dufresne avaient dû faire avec les vieilles tuyauteries quand ils avaient retapé leur grenier pour en faire une chambre d'ami qu'ils n'avaient jamais pensé à louer par la suite.
Les Dusfrene, un couple adorable assez jeune, adopta rapidement les deux japonais. Ce fut M Dusfrene lui-même qui proposa au directeur du lycée international de mettre ce petit « studio » à leur disposition. Julien Dusfrene, artisan boulanger-pâtissier de son état, se félicitait d'être le fournisseur officiel de la cantine des professeurs. Les élèves, eux, se contentaient de pain industriel, mais le staff raffolait du pain croustillant et des douceurs qu'il livrait tous les matins.
Amandine Dusfrene, née Coupet, elle-même boulangère, décrocha un diplôme d'études courtes de gestion des entreprises et s'attela à gagner ce contrat très juteux. Elle dut fait du forcing pour obtenir un rendez-vous, mais le directeur craqua devant les petits choux à la crème. Petit à petit, le bouche à oreille remplissant son office, leur modeste boutique obtint une certain renommée dans la capitale et les contrats de fournisseur en petite quantité (mais de qualité) avaient afflué. Devant le succès grandissant de leur entreprise, les Dusfrene se virent contraints de changer de locaux. Ils achetèrent une vielle et grande maison du début du XXème siècle, dont le rez-de-chaussée servait de boutique et d'atelier. Ils habitaient au premier et transformèrent le grenier en un petit studio presque indépendant, pour pouvoir accueillir les apprentis en cas de besoin. Mais comme les affaires marchaient bien, les employés gagnaient suffisamment bien leur vie pour pouvoir se payer leur propre logement.
Le grenier se divisait en deux parties. La plus petite servait toujours de range-merde, comme l'appelait Kojirô qui y avait mis le nez par curiosité et avait reculé devant l'amoncellement de vieux trucs inutiles. Le studio occupait le reste de l'étage. Une cloison séparait une grande chambre du coin cuisine, sommairement aménagé d'un frigidaire, d'un micro-onde, de deux plaques chauffantes et d'un évier. La salle de bain était à part, et les W.C avaient dû être installés au bout du couloir.
Les meubles de la chambre tenaient du bric-à-brac mais ils plaisaient aux garçons. La décoration toute masculine - des joueurs de foot, des filles en bikini et des voitures – donnait tout de suite le ton. Ils avaient installés leurs lits simples à un bout de la pièce, chacun sous une fenêtre mansardée. Entre eux, courant le long du mur, le grand établi récupéré dans le range-merde faisait office de bureau, après qu'ils eurent jugé les tables bancales inadéquates à l'étude. Sur le pan de mur en face du lit de Kojirô, deux armoires étroites, une commode que se partageaient les garçons et une bibliothèque disparaissant sous les piles de B.D et de partitions constituaient le reste du mobilier. Ils avaient réussi à caser le piano près du lit de Misaki, ce qui amputait fortement le coin cuisine, mais les footballeurs n'utilisaient cette pièce que pour faire réchauffer des plats tous faits. Ils mangeaient leur repas du midi soit à la cantine du lycée soit à celle du PSG et presque cinq dîners par semaine à la table des Dusfrene. Quand ils rentraient trop tard, ou voulaient laisser le couple tranquille, les deux garçons passaient au supermarché acheter des provisions de bouches et se débrouillaient très bien avec leur réserve de riz et des pâtes.
L'accueil chaleureux du couple avait d'abord gêné les deux nippons, en particulier Kojirô qui n'avait pas l'habitude du mode de vie ouvert des Occidentaux. Mais tout se passa pour le mieux. Les Dusfrene apprirent un peu de japonais et les deux lycéens proposaient souvent leur aide, comme pour décharger le camion de livraison. Rapidement, Misaki se retrouva engagé comme vendeur à la boutique. A l'inverse de Kojirô, il parlait et comprenait le français sans problème, et surtout était d'un naturel sympathique. Le buteur, quant à lui, trouva ses marques dans l'atelier. Puisqu'il aimait cuisiner, on l'initia au métier de boulanger et de pâtissier. Une activité solitaire, créative et difficile qui allait comme un gant au grand silencieux qu'il était. Tarô se chargeait des livraisons à domicile, Amandine du marketing, Julien des commandes et Kojirô de la fabrication. Une équipe bien rodée.
Les garçons faisaient partie de la famille. En trois ans, ils avaient vu naître l'héritier Dusfrene, Eric, et ils attendaient avec autant d'impatience que lui l'arrivée de la petite sœur ou petit frère, prévue pour octobre. Kojirô avait laissé bouche bée Tarô quand il fit la démonstration pour la première fois de ses talents de changeurs de couches. Bizarrement, le tigre avait toujours été le chouchou des enfants. Quand il allait récupérer Eric à la sortie de la maternelle, les gamins fonçaient sur lui… tout comme les nourrices.
- « Ton côté peluche… » avait glissé un Tarô bien espiègle.
- « … Tu sais ce qu'elle te dit, la peluche ? » C'était ce côté gros nounours renfrogné qui séduisait tant les gamins… et les nourrices.
Tarô dut interrompre ses exercices pour répondre au téléphone. Il regarda l'écran et fronça les sourcils.
- « M Gaudart ? »
- « … »
- « Je vois… Je vais lui demander. Kojirô ? » Tarô boucha l'écouteur d'une main, bien que cela ne fut pas la peine, puisqu'il parlait japonais
- « Ouais ? » Kojirô sortit de la salle de bain et Tarô dut faire des efforts pour ne pas éclater de rire. Le tigre en gants plastiques jaune fluo, une éponge pleine de mousse à la main, quelle vision… Surtout qu'il s'en était mis dans les cheveux.
- « L'entraîneur nous demande de passer plus tôt ce soir. Tu es libre, n'est-ce pas ? »
- « Si tu penses que cela ne va pas à l'encontre de mes devoirs domestiques… »
- « Crétin ! Oui, nous serons là. A bientôt. » Il raccrocha.
Au départ, cela l'avait presque contrarié que Kojirô soit avec lui tout le temps. Au point que ceux qui voulaient joindre l'avant-centre lui téléphonaient, à lui, Tarô. Certes, ils avaient raison, le buteur ne se trouvait jamais bien loin mais mince… Il n'était pas sa secrétaire. Ceci dit, après que Kojirô eût détruit son troisième portable - en s'asseyant dessus cette fois - Tarô comprit que son colocataire resterait un cas désespéré. Comme il avait exactement les mêmes amis, le même emploi du temps (aux cours de rattrapage près), il accepta de transmettre les invitations et les demandes des uns et des autres. Et puis Kojirô n'était pas si désagréable que ça, une fois la mesure de la bestiole prise.
Le bruit de grattage accéléré apprit à Tarô que son coéquipier venait de passer la vitesse turbo. S'ils voulaient être à l'heure pour ce nouveau rendez-vous, ils avaient intérêt à se bouger. Il acheva le nettoyage de la chambre tandis que Kojirô finissait la salle de bains. Moins de dix minutes plus tard, ils mettaient la dernière touche à leur sac de sport.
- « Bon… on y va comment ? » demanda Kojirô. « Le métro, ça va être chaud, non ? »
- « Et le taxi ? » proposa Tarô en s'engageant dans les escaliers.
- « Bouchon et cher. » Kojirô maîtrisait l'art de résumer les situations.
- « Alors, le métro. Essaye juste de ne pas te faire voir. »
- « Va te faire voir toi-même. » Ce qui prouvait que l'humour de Hyûga pouvait facilement trouver ses limites.
- « Vous y aller déjà, les garçons ? » s'étonna Julien.
- « Ouais, l'entraîneur veut nous parler. »
- « Ben montez, le stade est presque sur mon chemin. » A défaut d'être en avance, au moins économiseraient-ils de l'argent.
Les deux japonais s'entassèrent dans la petite camionnette de livraison et bientôt ils filaient sur le périphérique. Filer était un bien grand mot, mais ils avançaient sans trop de peine. Julien les déposa pas trop loin du stade qu'ils regagnèrent à pieds. Kojirô comme Tarô avançait vite, pour ne pas se faire repérer mais ils n'échappèrent pas à la détection des fans. Heureusement, l'entrée « joueur » se profilait à quelques mètres et un bon sprint régla l'histoire.
- « Ahahah, c'est bien la première fois que je vois des joueurs fuirent des fans aussi vite ! » rigola le gardien en les laissant passer. Tout le monde connaissait les deux japonais ici au stade qui servait ce « fief » au PSG.
C'était qu'ils avaient réussi un exploit que nul autre européen avait même rêvé de réaliser. Presque deux ans après, on en parlait encore. On ne sut jamais ce qui enflamma autant les esprits : le fait qu'ils soient si jeunes ? Le fait qu'ils soient japonais ? Le fait qu'ils fassent coup double ? Parce qu'ils l'avaient fait : dès leurs seize ans, signer un contrat pro avec le PSG, l'équipe de L1.
Kojirô n'y avait pas cru : déjà qu'on lui proposât une bourse sport études pour le PSG 15-18 ans était déjà un miracle. Mais, là, il restait sur le cul : le rêve continuait. .
Après la coupe du monde des équipes cadettes, Kojirô était revenu au Japon, finir son année scolaire (4) et se préparer à entrer au lycée Tôhô. Tsubasa s'apprêtait déjà à partir au Brésil, passer pro. Lui restait englué ici. A défaut d'une carrière internationale, il se jura de rester invaincu sur le sol japonais. Une semaine s'écoula tout juste que déjà le PSG contactait la Tôhô pour arranger le transfert du jeune joueur.
Les performances assez médiocres de l'équipe 13-15 lors du dernier championnat de France, qui s'était terminé sur le triomphe des Bordelais menés par Pierre Alcide, avaient poussé la direction à changer de staff et de stratégie. Le nouvel entraîneur, Antoine Brocard, prit l'initiative de recruter large, pour trouver des footballeurs prometteurs. Lui aussi avait suivi la coupe cadette et il n'eut pas à trop insister pour convaincre les actionnaires d'aller chercher au pays du soleil levant des candidats peu chers, faciles à former et capables du meilleur.
Kaori Matsumoto, celle qui recruta Kojirô lorsqu'il jouait à la Meiwa, appuya cette demande. Le principal intéressé bondit sur la proposition, alors que certains pensaient qu'il faisait la bêtise de sa vie. Il ne parlait pas français, ne décrochait pas un contrat pro. Bien sûr, comparé au chemin royal que Tsubasa allait emprunter, il faisait figure d'écolier. Mais le PSG, même junior, c'était la France, et la France c'était l'Europe. Et puis, le niveau des 15-18 ans français valait bien celui des universités japonaises voir même celui de la J-League. Il signa et s'envola mi-août, juste après avoir fêté son quinzième anniversaire avec sa famille.
Il partait pourtant avec le cœur lourd. Il savait, qu'une fois en Europe, il allait faire face à des situations difficiles. Ni famille, ni ami. Tout juste un guide de conversation dans la poche. Il avait l'impression de trahir la Tôhô qui avait tant fait pour lui, ainsi que Ken et Takeshi qui l'avaient suivi. Mais c'était son rêve.
Kojirô s'intégra facilement au lycée international et au PSG 15-18. La présence de Tarô à ses côtés facilita les choses, mais il aurait fini par faire son trou. Kojirô pouvait être – et était, comme dirait un certain autre nippon – grincheux, mais il avait bon fond et sa passion pour le foot aurait convaincu les plus suspicieux. En fait, Tarô jalousa presque ce succès, lui qui si gentil qu'il en devenait presque timide. Si Tarô était plus volubile sur un terrain, c'était hors du gazon que Kojirô restait le plus aimable. Frères opposés du Pays du Soleil Levant, ils ne se ressemblaient que par leur flamme footballistique. On pouvait dire ce que l'on voulait, mais même Albert Gaudart, l'entraîneur du PSG, entendit parler d'eux.
Les deux japonais s'imposèrent vite comme le noyau dur de l'équipe junior 15-18, et parvinrent en une saison à faire remonter le club en seconde position du classement, dépassant les lyonnais et suivant les bordelais de très près. Tarô put ainsi continuer son duel avec Pierre Alcide et Kojirô défia Louis Napoléon pendant deux ans pour le titre de meilleur buteur du championnat. Leur succès enfla et enfla au point que Gaudart se déplaça pour venir les voir jouer. Une fois, deux fois… Au bout de la troisième fois, il avait fait son choix. Il attendit l'été, pour que les deux japonais passent la barre des seize ans (5) et leur fit signer un contrat pro. Ils ne jouaient que remplaçants pour le moment, mais pouvoir côtoyer et s'entraîner avec des pro, des grands noms du foot européen était en soi une récompense des plus extraordinaire pour les deux ovnis du foot français. Gaudart sut que Brocard avait vu juste, un soir où perdu pour perdu, il décida de tenter le coup.
Le PSG affrontait l'OM. Le match s'annonçait difficile, en net désavantage pour les parisiens qui s'étaient déplacés à la cité phocéenne et où le stade balançait nettement en leur défaveur. Ayant déjà affrontée les gros calibres du championnat, l'équipe était à bout : menée 3-0, il ne restait que trente minutes de jeu et Gaudart ne voyait pas de solution. Il était en train de s'arracher les cheveux quand il entendit une conversation entre trois remplaçants, les trois juniors qu'il avait fait signé très récemment, sur l'insistance de Brocard qui ne voulait pas voir ses poulains aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte.
Le plus grand des japonais, assis par terre, s'étirait.
- « Pff, au point où on en est, autant attaquer. » grommela-t-il.
- « Mais, Léon, ils mènent ! » protesta un certain Lambert, un petit français au visage rond. « Tarô, tu en pense quoi ? »
- « Je pense qu'ils rentrent dans notre défense comme dans du petit beurre. » répondit laconiquement l'autre japonais qui sautillait sur place.
- « Exactement ! » cracha Léon-Kojirô (Et là, Gaudart se demanda d'où lui venait ce surnom ridicule. Léon ! Pour un japonais !) « Si c'était Tsubasa le capitaine, il ordonnerait d'attaquer. De toute façon, ils vont nous mettre encore deux buts si ça continue… alors autant les en empêcher et rester digne. »
- « Si c'était Tsubasa le capitaine, c'est nous qui mènerions… » commenta Tarô. L'amertume dans la voix du jeune frappa Gaudart. Il cligna des yeux, appréciant les arguments des uns et des autres. Puis il jeta l'éponge.
- « Hé, les jeunes ! Bougez-vous, vous entrez ! » gueula-t-il. Il restait moins de trente minutes à jouer, autant faire tous les remplacements possibles pendant que cela valait le coup. « Montrez-moi de quoi vous êtes fait ! »
Les autres joueurs s'étonnèrent de cette décision. Les trois nouveaux étaient certes bons, surtout les deux faces de citrons pressés, mais ils n'avaient jamais joué en match officiel. Bof, autant les tester grandeur réelle. Ce n'était pas comme s'il restait un espoir de gagner ce match.
Matthieu, Tarô et Kojirô firent leur entrée dans le monde pro au Stade Vélodrome. Du coup, la cité portuaire garda toujours un petit quelque chose de spécial dans leur cœur. Matthieu et Tarô jouaient milieux. Sans même ciller, ils firent une série de une-deux pour permettre à Kojirô de foncer vers les but et Tarô lui adressa une passe au millimètre près. 3-1. Le gardien de l'OM se mangea un tir du tigre en pleine poire. Kojirô était presque étonné que le ballon rentrât. Il avait frappé de toutes ses forces, comme d'habitude, mais n'avait même pas décoché son tir le plus puissant. Les trois voulaient juste tester la défense d'en face, vraiment ramollie devant le peu de combativité de leur adversaires. Le jeu reprit, Matthieu récupéra la balle et la passa à Kojirô qui tira de là où il se trouvait. La défense vit le bolide passer et c'était 3-2. Mais cette fois, l'OM se réveilla… Tout comme le PSG, encouragé par ces deux buts des plus improbables. La défense tint bon, l'attaque assista Kojirô qui marqua son premier coup du chapeau dès son premier match officiel – les premiers d'une longue série – et bon joueur, laissa l'autre avant finir le travail, puisque de toute façon, marqué à la culotte comme il l'était, il ne pouvait pas tirer. 4-3, trente minutes sur les chapeaux de roues et la victoire aux parisiens. Les deux japonais firent figure d'anges gardiens et reçurent les félicitations de leurs co-équipiers et des supporters. Pourtant, ils se contentèrent de saluer le public et de rentrer prendre une douche. Timides ? Peu désireux d'attirer les jalousies ? Non, simplement calmes devant la frénésie de la victoire. Gaudart saisit même le grand japonais maugréer dans sa barbe en rentrant aux vestiaires :
- « Qu'est-ce qu'ils viennent me casser les couilles ? Ce n'était pas bien difficile, hein, Coco ? »
- « Si tu le dis… Tu as le triomphe modeste toi au moins. »
Puis ils se chamaillèrent en japonais et Gaudart ne comprit plus rien, mais il était indéniable que ces deux-là s'entendaient vraiment bien.
Il sollicita les trois nouveaux de plus en plus. Lambert eut du mal à suivre, et lui-même reconnaissait ne pas avoir le niveau de ses deux amis étrangers. Néanmoins, il restait un bon joueur et un coéquipier sûr, bosseur, appliqué. L'été suivant, Gaudart revit le contrat des japonais. Ils faisaient partie des quinze joueurs principaux ! Cependant, ils demeuraient liés au club junior des 15-18 et se devaient avant tout à cette équipe. Néanmoins, si leur emploi du temps le permettait, ils se trouvaient toujours soit sur le terrain avec les pro, soit sur le banc de touche.
Tarô et Kojirô voyaient leurs dix-huit ans approcher à grand pas, et ils se doutaient - et se réjouissaient en silence - que leurs entrées dans le monde pro « officielle » attisaient les convoitises des clubs européens. Ils pensaient d'ailleurs que c'était à ce propos que Gaudart voulait les voir avant le match de ce soir. Bingo.
- « Bon, les zozos! » fit-il dès qu'ils entrèrent dans son bureau. Ils avaient été surnommés ainsi par l'équipe pro tout en gardant leurs surnoms personnels de Léon et Coco, même si personne ne savait d'où ils venaient. A force d'entendre les deux s'appeler ainsi, ils avaient prit le pli. « Tarô va fêter ses dix-huit piges dans moins de deux semaines et Léon dans trois mois. Techniquement, z'êtes sous contrat avec nous, toutes équipes confondues, jusqu'à la fin du championnat. Donc z'allez pas me sauter sur la première offre un peu tentante qu'on vous fait. Et puis, z'allez rester ici, sinon je vous mets trois baffes. C'est compris ? »
Gaudart ne prétendait à rien d'autre qu'être lui-même : un entraîneur de foot. Il ne souhaitait ni entrer à l'Académie Française ni agiter les petites cuillères autour du thé de Mme la Marquise. Il était brut du décoffrage, avec lui ça passait ou ça cassait.
Ce comportement s'expliquait très facilement ; célibataire et content de le rester, sans aucun plan pour changer cette situation, Albert Gaudart n'avait ni ne voulait d'enfant. Il aimait le sport, et serait prêt à sacrifier ses deux reins pour le bien-être de son équipe. Cependant, il refusait de baby-sitter des gamins mal embouchés, plein de mépris pour l'antiquité des stades qu'il était, incapables de se soumettre à la moindre discipline, ne jouant au foot que pour l'argent, la gloire et le strass. Il reconnaissait que Tarô et Kojirô ne correspondaient en rien à ce schéma, néanmoins, il ne savait pas comment interagir avec ces jeunes adultes. Il ne possédait aucun instinct paternel mais il se doutait qu'il fallait s'adresser à un peu différemment des grands gaillards qu'il côtoyait habituellement.
- « Ça dépend. » fit Tarô, nullement impressionné par ce remontage de bretelle. Cela faisait un an qu'il supportait le caractère de Gaudart, et il était blindé. « Perso, je ne joue pas pour l'argent, mais je crois avoir compris que certains clubs anglais semblaient intéressés par mon jeu. Et l'autre patate, il a toujours rêvé d'aller en Italie… »
- « Et z'avez quoi contre la France, hein, la baguette de Sushi ? »
- « Rien… Mais il va falloir nous convaincre. »
- « Pff, bande de malappris. » marmonna Gaudart. Mais c'était le jeu, et au fond de lui, il savait que les deux joueurs faisaient le bon choix en faisant monter les enchères. Restait à savoir si le PSG pouvait s'aligner. « Bon, on va parler popote un autre jour. Là, c'est votre calendrier qui m'emmerde. »
- « Ah… La coupe du monde des moins de vingt ans ? » avança Tarô. C'était toujours lui qui menait les négociations et qui servait de porte-parole au duo japonais. Le temps avait dévoilé que Kojirô Hyûga et Albert Gaudart se ressemblaient beaucoup au niveau caractères et qu'ils étaient incapables d'avoir une conversation sans se gueuler dessus. Et comme ils avaient du coffre, leurs chamailleries incessantes faisaient trembler tout le stade.
- « Ouais… En plein pendant l'été, juste pendant cette cochonceté de bac. Comme si vous aviez besoin de vous prendre pour des savants. » Ici Kojirô grogna, bien d'accord avec son entraîneur. « Donc on a négocié avec tout le monde, un sacré paquet de gros crétins, mais bon… Z'allez passer le bac avant tout le monde et vous partirez faire vos matchs éliminatoires après notre match contre l'OL. Vous raterez deux matchs de poule, mais j'ai besoin de vous contre l'équipe de Napoléon, et c'est pas Léon ici présent qui va me contredire. »
En effet, Kojirô affichait un grand sourire carnassier. Cette année réglerait les comptes. Napoléon, le buteur lyonnais, avait remporté le titre de meilleur buteur il y a deux ans, avec tout juste trois buts d'écarts. L'année dernière, la récompensé revint à Kojirô, qui l'avait distancé de deux buts. Cette année, c'était la belle, et la dernière occasion de s'affronter.
- « Le bac avant tout le monde ? Mais quand ? »
- « Euh… dans deux semaines. »
- « HEIN ! »
Et là l'entraîneur fut le témoin d'une scène qui entra dans ses annales, et qui restera un des ses anecdotes favorites à raconter aux journalistes, plus tard dans sa vie, lors des nombreuses interviews qu'il donnera sur les célèbres Kojirô Hyûga et Tarô Misaki. Il eut la preuve que ses deux gaillards n'étaient en fait que de grands gamins en pleine panique à l'idée de passer leur examen de fin de scolarité si tôt. Kojirô blanchit et se laissa tomber dans un fauteuil en se lamentant sur ses notes d'histoires, pendant que Tarô ouvrait et fermait la bouche sans pouvoir émettre un son.
- « ET MERDE ! PUTAIN DE BORDEL DE MERDE DE FAIT CHIER ! » finit-il par gueuler. Le buteur à ses côtés hoqueta bruyamment et regarda son compatriote, d'habitude toujours si calme, faire le moulin à vent avec ses bras.
- « On reste souple sur les pattes arrières, Coco. » rassura l'entraîneur. « Z'êtes au vert après ce match. Et le lycée va vous faire des séances de bachotage accéléré. D'ailleurs, z'étudierez avec tous les français de l'équipe junior. Comme vous, ils ont des éliminatoires et vont passer le bac en avance. »
- « Matthieu ? » L'affolement du milieu de terrain fit immédiatement place au souci amical.
- « Ouais, il a été sélectionné. Avec Alcide et Napoléon, DONC, » rugit l'entraîneur en foudroyant les deux zigotos devant lui, « z'allez les côtoyer AVANT le match contre l'OL, » Kojirô eut un ricanement pas franchement agréable « et AVANT cette foutue coupe, » au tour de Misaki d'avoir un sourire bizarre. « DONC z'allez être calmes et Z'ALLEZ PAS ME LES PROVOQUER ET VOUS BAGARRER ! »
- « OUI M'SIEUR ! » Kojirô beugla de toutes ses forces. Mais son entrain ne dissimula aucunement son esprit combatif ou la lueur espiègle dans le regard de Tarô.
- « DEGAGEZ ! JE VOUS AI ASSEZ VU ! »
Ouais, c'était beau de rêver. Eux, calmes et pas provocateurs ? Ils avaient déteints l'un sur l'autre, mais le mélange n'avait pas été flatteur : ils ne gardaient que le pire de l'un comme de l'autre. Pourquoi l'autre simplet n'avait-il pas calmé l'autre saucisse ? Pourquoi l'autre saucisse n'avait-il pas pu inculquer son manque d'humour à l'autre simplet ? Pff, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.
Béla Bartók, né le 25 mars 1881 à Nagyszentmiklós en Hongrie (aujourd'hui Sânnicolau Mare, soit en français Saint-Nicolas le Grand, Roumanie), décédé le 26 septembre 1945 à New York, était un compositeur, pianiste et collectionneur de musique folklorique d'Europe de l'Est. Il fut l'un des fondateurs de l'ethnomusicologie (source : Wikipedia)
Note personnelle de l'auteur : Bartók est un auteur très réputé pour la complexité technique de ses morceaux ainsi que … euh… l'arrangement musical particulier… C'est des fois très beau, et des fois, on se dit que faire une faute note irait mieux que la note indiquée… (avis perso)
fr./watch?vdedLXUWkWSA Valse No.9 en la bémol majeur, Op.69 No.1. Valse dite de l'adieu.
fr./watch?vzaUvW960uCc Valse No.7 en do dièse, Op.64 No 2.
Au Japon, l'année scolaire débute en avril et se finit en mars. La coupe du monde eut lieu à Paris durant l'été lors des vacances d'été de troisième et dernière année de collège des nippons.
Techniquement, Tarô est du 5 mai et Kojirô du 17 août.
