Yo mina ! Alors j'ai décidé de posté tout les deux jours, parce qu'aujourd'hui je suis d'excellente humeur. Pourquoi ? PARCE QUE JE SUIS EN VACANCES OUAIS ! Hum bref, malgré que je me sois fait un truc chelou à mon doigt qui me fait mal au basket en plus, je suis trop dégoûtée, j'aurais voulu faire honneur à KNB mais bon en même temps ça me prouve que je suis une grosse merde car j'ai merdé mon doigt pour rien puisqu'on a tout perdus. Bref, on s'en fou de ma vie surtout que je dis ça sur un ton léger alors que vous allez me détester.
Il y a des parties assez romancer, que je trouves donc un peu surréaliste mais bon, si je m'étais étendu, ça aurait fait 50 pages de plus alors ...
Je stresse vraiment pour cette partie car elle est plus violente et en même temps plus douce, fin c'est compliqué -surtout avec mes explications en fait-
Je préviens juste, j'ai pas fait attention quand j'ai découpé ce qui devait faire à la base un OS, mais ça commence très très très fort. On va aborder la partie qui s'est avérée être la plus dure à écrire psychologiquement parlant. Enfin, j'arrête de causer et je vous laisse pleur-lire.
PS : Je vous conseille de juste relire la dernière partie de la première partie pour bien vous m'être dans l'ambiance car vous allez pas être dedans si vous commencez tout de suite.
Bonne lecture !
Partie II
Ils ne reparlèrent jamais du baiser, ni des actions et paroles survenus lors du cimetière. Ils essayèrent de se montrer forts, de faire comme si de rien était. Ils s'attendaient toujours sous le cerisier et reprenaient leur routine habituelle. Les seuls moments où ils étaient seuls étaient ceux-là, ils ne se voyaient jamais en dehors du lycée. Daiki avait bien trop peur que son paternel apprenne le lien qui l'unissait à Taiga.
Pourtant, rester près de lui, lui faisait mal. Il s'était imposé lui-même des barrières et restait plus muet que jamais. Il sentait que, même s'ils ne se parlaient pas, ne se touchaient pas, son cœur n'en démordait pas. Il était conscient que c'était pareil pour Kagami, nombreuses étaient les fois où il s'était efforcé de démarrer la conversation ou avait essayé de l'effleurer, sans succès.
Daiki tombait chaque jour un peu plus amoureux de lui.
Et putain, ça le détruisait à petit feu. Il maudissait son paternel. Car même s'il ne le faisait pas souffrir directement, il tenait sa promesse. Cela faisait d'ailleurs plusieurs semaines qu'il ne l'avait pas touché. Daiki se méfiait. Son père n'était certainement pas devenu un saint du jour au lendemain, c'était sûr.
Encore aujourd'hui, ils se tenaient sous le cerisier, le silence régnant en maître. Kagami lisait encore un de ses éternels bouquins d'aventures et Daiki l'observait. Il voyait une mèche de cheveux rouges descendre sur son œil, ses pupilles qui suivaient la ligne de mot, sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Et dieu qu'il adorait voir cette cadence. Cela lui confirmait que le rouquin respirait, et était en vie. Qu'il ne rêvait pas.
Il devenait légèrement paranoïaque. Dès que le roux était un peu en retard, il se sentait nerveux. Il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet et devenait plus froid qu'à l'accoutumer. Mais son regard s'adoucissait toujours lorsqu'il le voyait arriver en courant, les joues rougies et le souffle court.
Lorsqu'ils se séparèrent ce midi-là, Daiki avait le cœur lourd. Un mauvais pressentiment lui tordait l'estomac tandis qu'il rejoignait sa salle de classe. Pendant toute l'après-midi, il ne cessait de jeter des coups d'œil au dehors, se sentant observé. L'appréhension ne le quittait pas lorsqu'il dû faire le chemin pour rentrer chez lui à pieds.
L'immeuble semblait bien silencieux lorsqu'il pénétra à l'intérieur. Les locataires devaient tous être au travail, même s'ils étaient peu nombreux. D'une démarche morne, Daiki gravit les escaliers qui le menait à son propre appartement. Les mains moites, il saisit la poignée, son pressentiment revenant au galop. Il se faufila à l'intérieur.
Il faisait sombre, la seule lumière présente était celle donné par la fenêtre. À l'extérieur, les nuages d'un gris penchant pour le noir s'amoncelaient, prévoyant de l'orage. Daiki enleva doucement ses chaussures et les posa sans faire de bruits. Il fit de même avec son manteau, l'angoisse le prenant à la gorge.
Il fit quelques pas pour sortir du hall d'entrée lorsqu'il se figea, ses yeux saphir rencontrant ceux onyx de son géniteur. Ce dernier se tenait devant lui, bien droit, les bras croisés. Déglutissant avec peine, son seul œil valide confrontant les deux pierres sans chaleur, Daiki avait une envie irrésistible de s'enfuir.
Un long frisson de peur le parcouru lorsque son père s'approcha. Il se força à ne pas bouger, sous peine de se prendre un coup. Il serra les poings, ne voulant pas voir la lueur de satisfaction dans les prunelles de son géniteur s'il le voyait trembler. Daiki n'avait jamais eu peur de personne. Car la seule peur qu'il pouvait ressentir, c'était devant le diable en personne : son père.
« Daiki, ne t'ai-je jamais appris à ne pas me mentir ? »
A l'entente de cette voix froide, implacable, cruelle et chargée de haine, Daiki tressailli. Il baissa les yeux, ne pouvant soutenir le regard furieux de son père posé sur lui. Ce dernier se rapprocha d'avantage et, faisant la même taille que son fils, il put sentir son haleine se répercuter contre sa joue lorsqu'il reprit la parole :
« Personne, hein ? Vraiment, ce gamin n'est personne pour toi ? »
Daiki ouvrit les yeux en grands, une goutte de sueur longeant sa tempe pour finir par se perdre dans son cou. Il savait... il savait pour Kagami. Impossible ! Non, non, non ! Comment cela a-t-il pu arriver ? Tous ces moments où il se sentait épié, c'était son père. Il les avait vu au lycée, mais les avait-il vu au cimetière ? Il espérait que non.
« Je pensais que j'avais un fils, et non une petite pédale déshonorant sa famille. »
Daiki encaissa l'insulte sans broncher. Son affirmation confirmait qu'il était présent lors du cimetière. Néanmoins, quelque chose de plus venimeux ressortait dans l'attitude de son père, de beaucoup plus dangereux. Daiki sentait que c'était différent ce soir. Bien différent des autres fois.
Il sentit son haleine putride sur son oreille tandis qu'il apposait sa bouche près de son ouïe. Les poils de son échine se redressèrent, des sueurs froides coulèrent le long de son dos. S'il n'avait encore été qu'un gosse, il se serait pissé dessus. La dangerosité qui émanait de son père l'encourageait à prendre ses jambes à son cou, mais il se força à rester sur place. Autant ne pas aggraver son cas.
« Tu vas regretter de t'être attaché à lui, Daiki. »
Son roucoulement sur son prénom le fit frissonner d'horreur. Il détestait lorsqu'il le prononçait, il avait l'impression d'être sale et de n'être qu'un moins de rien. Néanmoins, ce n'était plus pour lui qu'il avait peur. Mais pour Taiga. Si son père osait toucher à ne serait-ce qu'un cheveu du rouge, il ne savait pas comment il réagirait...
« Je vais détruire ton bonheur, Daiki. »
Une seconde plus tard, Daiki se pliait sous la douleur de son ventre. Il n'avait pas vu le coup partir, son père avait toujours été étrangement rapide pour ça. Il sentit l'os de son menton craquer puis se retrouva sur le sol, sa tête cognant durement contre le carrelage. Les premières gouttes de sang perlèrent de sa bouche pour s'égoutter sur le sol blanc.
Un coup de pied dans ses côtes le fit glisser sur le carrelage lisse jusqu'à un mur où il sentit une sourde douleur se développer dans son dos, le prenant par à-coups. Daiki sentait pleinement la différence de ses coups par rapport aux autres. Ils étaient plus violents, plus précis, cherchant à lui faire le plus mal possible.
Il refusait de laisser le moindre cri transgresser la barrière de sa bouche scellée. Il refusait de voir l'éclair de satisfaction passer dans les iris de son bourreau. Ce dernier revint à la charge et tandis que les coups pleuvaient, Daiki s'efforçait de protéger sa tête de ses bras. Il ressemblait à une petite chose fragile incapable de se défendre.
Daiki détestait sa faiblesse. Il détestait son existence. Des larmes de rages coulèrent sur ses joues tandis qu'il glapissait de douleur. Il avait entendu un os craquer, lequel, il ne savait pas.
Il ne pouvait pas finir comme ça. S'il n'était plus capable de bouger, qui allait protéger Taiga de la fureur de son paternel ? Le roux ne méritait pas ça, pas lui. Il se mordit la lèvre jusqu'au sang pour retenir le hurlement de douleur qui l'étouffait. L'image fugace de sa mère lui apparut devant ses paupières fermées et les larmes se firent plus nombreuses.
Pourquoi lui ? Qu'avait-il fait de mal pour qu'on s'en prenne à lui de cette façon ? Était-il réellement responsable de la mort de sa mère ?
Un énième coup le fit s'évanouir un instant. Avant qu'il n'émerge de nouveau. Il aurait préféré rester évanoui. Maintenant, il ressentait la douleur par tous les pores de sa peau. Il avait l'impression que le poids de la Terre l'écrasait. Cette fois-ci, il se mordit la langue et ferma ses yeux tellement forts que des points noirs se mirent à danser.
Il les rouvrit un instant, contemplant le carmin tachant le carrelage blanc, avant de les déposer sur celui qui avait participé à sa conception. Le visage déformé de rage de celui-ci l'emplit d'une telle souffrance qu'il suffoqua. On lui avait toujours dit que les pères étaient comme des guides dans la vie, qu'ils veillaient sur leur enfant constamment et le conseillaient. Une figure paternelle qui entoure son enfant d'amour.
Pourquoi le sien n'était-il pas comme ça ?
Une douleur sourde le prit lorsque sa cheville craqua. Il planta ses dents dans son poignet, le mordant tellement fort que ça lui fera une marque en plus. Il sentait un liquide chaud s'écouler de sa tête, tachant ses cheveux bleus marines. Cela sembla durer des heures pour le jeune homme qui ne sentait presque plus rien.
Mais une douleur inconnue dans son épaule le réveilla et il se rendit compte bien trop tard que son père lui saisissait le bras et le traînait sur le sol avant de l'envoyer de l'autre côté de la pièce. Il s'écrasa contre la table basse et sentit le meuble lui déchirer le flanc. Il ne put retenir cette fois-ci le cri d'agonie qui sortit des tréfonds de sa gorge.
Il ne bougea plus, le souffle entrecoupé, son cœur prêt à exploser. Il fixa sans réellement le voir son bras étendu dans toute sa longueur, sa peau brunâtre marquée par des bleus et de fines cicatrices. L'étincelle de vie auparavant présente dans ses pupilles s'éteignit tandis qu'il se vidait de son sang.
Il entendit vaguement les pas de son père s'éloigner, certainement satisfait de son travail. Tout était flou autour de lui, ses sens semblaient avoir perdu leurs facultés. Un sifflement aigu se faisait entendre continuellement dans ses oreilles. Il ne sentait plus l'odeur métallique du sang, ni dans sa bouche, ni aux alentours. Il nageait dans une léthargie étrangère. Jamais il n'avait été à ce point aussi proche de la mort. C'était comme si son père avait voulu le punir pour avoir ressenti un peu de bonheur après la mort de sa mère, alors que lui, était noyé dans la douleur et la solitude.
Aucuns de ses membres ne répondaient, il était à mi-chemin entre l'inconscience et la réalité. Plus les heures passaient, plus l'engourdissement et le froid l'entourait. Sa respiration était sifflante, un poids lui compressait la poitrine. La table était toujours encastrée dans sa chaire, la blessure devait s'être infectée.
Il songea sérieusement qu'il allait y passer. Qu'elle triste fin. Mourir seul, aussi pitoyablement, nageant dans son propre sang, sans avoir pu se défendre, ni même avoir goûté au bonheur un peu plus longtemps. Sa dernière pensée fût pour Taiga avant qu'il ne sombre dans l'inconscience, priant pour qu'il ne lui arrive rien.
Le néant l'accueilli à bras ouverts, le délivrant de sa souffrance physique mais il ne trouva pas la paix pour autant.
Kagami regardait avec inquiétude le cerisier majestueux d'où aucune silhouette n'y était adossée. Il raffermi sa prise sur son sac et toucha le tronc du plat de sa main, sentant l'écorce rugueuse sous sa paume. Pourquoi n'était-il pas là ? Taiga s'efforça de croire à un léger retard. Le bleuté devait forcément être en retard.
Plus les minutes passaient, plus l'inquiétude qui le rongeait se transformait petit à petit en angoisse persistante. Maintenant qu'il savait pour sa situation, il était plus méfiant. Se mordant la lèvre, il ferma sa main en poing, ce dernier reposant toujours contre le tronc. Il se maudit de ne pas avoir son numéro pour pouvoir l'appeler.
Ses yeux se fermèrent, dissimulant le rubis de ses iris et il posa son front contre l'écorce. Il attendit quelques minutes comme cela, espérant que le calme parvienne à le tranquillisé. Mais il n'en était rien. Plus les minutes passaient, et plus son estomac se tordait sous l'appréhension. Quelque chose n'allait pas.
Prit d'une impulsivité soudaine, Kagami lâcha son sac et parti en courant, dépassant les larges grilles de son lycée. Il courut sur le trottoir et traversa les passages piétons sans faire cas des voitures ou des passants. L'urgence était bien trop grave pour qu'il songe à sa propre sécurité.
Bien qu'il ne mît pas longtemps à atteindre l'immeuble de Daiki, le voyage avait semblé duré des heures pour le roux. Haletant, il ralentit légèrement le pas et se retrouva devant la porte. Malgré le verrou, la porte céda sans difficulté, comme il s'y attendait. Le bâtiment était bien trop en mauvais état pour être entretenu régulièrement.
L'aspect glauque et sombre de l'intérieur lui donnait la chair de poule. Il s'approcha des boîtes aux lettres pour y lire les noms mais se souvint qu'il ne connaissait pas celui de son ami. Il prit tout de même la peine de tous les mémoriser avant de gravir les escaliers, le cœur battant. Il ouvrirait toutes les portes s'il le faut.
Il toqua à plusieurs portes, attendant impatiemment qu'on vienne lui ouvrir. Une vieille dame daigna lui ouvrir la porte au bout du troisième essais. Taiga vit qu'elle se tenait dans l'ombre, hésitant à ouvrir sa porte en plus grand. Une impression de peur se dégageait de cette femme. Kagami déglutit. Évidemment, les voisins semblaient au courant de la situation du basané... sans jamais n'avoir rien fait.
« Excusez-moi madame, je suis vraiment désolé de vous déranger mais il s'agit d'une urgence. Pouvez-vous m'indiquer l'appartement d'un adolescent qui s'appelle Daiki ? »
Il vit les yeux de la femme s'agrandir avant qu'elle ne serre sa frêle main contre le battant de la porte. Il avait visé juste, elle connaissait apparemment très bien la situation. Il la supplia du regard, prêt à se mettre à genoux pour qu'elle lui livre cette information capitale. Elle finit par souffler :
« Tu ferais mieux de ne pas t'en mêler, mon petit.
- S'il-vous-plaît ! Je sais que quelque chose est arrivé et comme personne ne veut se bouger pour aider... je dois absolument savoir ! plaida-t-il, du chagrin et de la détresse dans la voix. »
La vieille dame l'inspecta du coin de l'œil, son geste amorcé pour refermer la porte suspendue. Kagami avait les yeux rougis, prêt à pleurer. Il trépignait sur place. L'ancienne fini par lui donner ce qu'il voulait avant de disparaître dans son logis, fermant la porte à double tour derrière elle. Elle ne l'aidera pas plus.
Kagami ne s'en formalisa pas et se précipita vers le numéro indiqué. Ses gestes se faisaient précipités pendant qu'il frappait contre le bois dur de la porte. L'aspect sinistre et décrépis du couloir donnait un air abandonné à l'endroit, renforcé par la peinture jaunie par le temps. Il lu sur la sonnette -qui ne marchait plus- le nom Aomine. Son nom entier était donc Aomine Daiki. Kagami n'en fit pas cas pour le moment, se concentrant sur les pas qui ne venaient pas.
« Allez Daiki, je t'en prie, ouvre, gémit-il. »
Si c'était son père qui ouvrait, il était prêt à le pousser pour entrer et s'assurer que son ami allait bien. Son cœur battait tellement fort que ça lui déchirait la cage thoracique à chaque palpitation. Ne pouvant attendre une minute de plus, Kagami posa une main tremblante sur la poignée et l'enclencha. À sa grande surprise, la porte s'ouvrit. Il n'hésita pas plus.
Ce fût l'odeur nauséabonde qui le frappa en premier. Un mélange de renfermé et d'une autre odeur plus ténue, qu'il ne parvenait pas à identifier. Il faisait sombre, et Kagami ne parvenait pour l'instant qu'à saisir des formes floues. La seule source de lumière provenait de la fenêtre. Un store la recouvrait, laissant filtrer une lueur blanche.
Il s'avança un peu plus, remarquant les chaussures posées près de l'entrée. Il les identifia comme étant celles de son ami. Une boule dans la gorge, ses yeux se bloquèrent sur le mur de gauche. Des traces étaient visibles sur le sol. A la vague lumière, Kagami identifia ce liquide sombre comme étant du sang.
Il se rendit compte avec horreur que les sillons témoignaient qu'un corps semblait avoir été traîné. Il se mit à trembler en avisant la grosse tache carmine sur le mur autrefois blanc, ainsi que la forme d'un poing moulé dans ce dernier. Mais il ne voyait Daiki nulle part, et l'angoisse menaçait de lui faire avoir une autre crise.
Il détailla la pièce de son regard sanguin, la peur lui tordant l'estomac. Il avait l'impression d'avoir une lame sous la gorge. Il remarqua enfin une forme sombre sur le côté droit de la pièce, à moitié plongée dans l'obscurité. Il s'approcha, ayant peur de ce qu'il allait découvrir. Il vit tout d'abord une forme rectangulaire, qu'il identifia comme une table. Mais elle semblait cassée. Il baissa le regard et se figea.
Cette masse sombre qui reposait contre un coin de table, il l'aurait reconnu entre mille. Son cœur rata un battement, ses jambes se mirent à trembler. En voulant s'avancer, il se prit les pieds dans quelque chose et tomba au sol. N'ayant pas la force de se relever, il avança à quatre pattes jusqu'à la chose immobile et recroquevillée qu'il avait identifié comme étant Daiki.
Avec stupeur, il constata l'étendue des dégâts. Son ami baignait dans son propre sang et il comprit que l'odeur métallique venait de là. Sa peau foncée se confondait avec le sang séché. Ses yeux étaient fermés et un léger rictus de souffrance animait ses traits. La vision de Kagami se flouta et il sentit de l'eau couler sur ses joues, le salé envahissant sa bouche.
Il rampa encore vers le jeune homme étendu, un sanglot franchissant la barrière de ses lèvres. Il n'arrivait pas à déterminer s'il respirait, sa vue brouillée par les larmes l'en empêchait. Il tendit une main qui resta suspendue devant son visage, n'osant pas le toucher. Depuis combien de temps était-il là ?
Il ne pouvait pas finir comme ça. Pas lui. Il n'avait pas le droit de l'abandonner. Ses doigts tremblants entrèrent en contact avec la peau de son cou, cherchant le pouls. Sa peau froide déclencha un nouveau sanglot et Taiga refoulait tant bien que mal une crise de panique. Il eut toutes les peines du monde à se saisir de son téléphone, tâtant toujours la chaire de Daiki sans sentir un seul battement. La panique menaçait de surgir.
Il appela les secours et fournit les informations avec beaucoup de mal. Il s'efforça de se souvenir de tout, sachant que chaque minute étaient précieuses et qu'il avait perdu beaucoup de temps. Il raccrocha lorsqu'on lui autorisa cette action et laissa son téléphone s'écraser contre le sol, se rapprochant encore du jeune homme inconscient.
« Allez Daiki, sanglota-t-il, dis-moi que tu respires... Je t'en prie... Daiki... »
Il voulait tellement sentir son organe vital battre sous ses doigts. Il devait être en vie. Il le devait ! Il tâtait toujours son cou et laissa une de ses mains venir se coller à sa poitrine, sans émettre de pression dessus, de peur de toucher une blessure. Un autre sanglot traversera la barrière de ses lèvres. Il n'arrivait pas à le sentir.
« Merde... Daiki... s'il-te-plaît... respire. »
Sa voix était faible, bien trop faible pour que le blesser ne l'entende. L'attente des secours se fit extrêmement longue. Taiga n'arrivait plus à respirer par le nez et priait pour que son ami ne l'abandonne pas. Il était dans un état second lorsqu'il se sentit pousser en arrière. Il vit sans vraiment le voir des gens en uniforme de pompier s'occuper de son ami.
Tout se passa sans qu'il ne soit vraiment présent. Il vit les secours apporter de l'oxygène à Daiki. Un brancard prit place dans son champ de vision et il observa son ami se faire porter doucement sur le lit improvisé, un pompier clamant d'aller le plus lentement possible pour ne pas lui déplacer plus d'os.
« Tu veux venir avec lui ? »
Taiga sursauta en entendant la question. Il mit plusieurs secondes avant de la comprendre. Il hocha la tête, incapable de parler, la gorge trop nouée par l'émotion. S'il se mettait à l'ouvrir, il avait peur que ce soit pour hurler. Il se laissa conduire jusqu'à l'ambulance où il s'installa près de son ami. Des heures semblaient être passées entre le moment où les secours sont arrivés et celui où il se retrouvait dans l'ambulance.
Il observa les traits de son ami. Il ne fût qu'à demi-soulagé de constater qu'il respirait. Ses mains tremblaient violemment tandis qu'il mémorisait chaque hématome, chaque cicatrices, chaque endroits plus sombre présent sur la peau de son ami. Une haine sans borne le traversa, un long frisson le parcouru.
Il haïssait le père de Daiki de toute son âme. Le sentiment était tellement puissant qu'il se courba, une envie de vomir l'envahissant. L'ambulancier présent avec lui, lui demanda s'il allait bien, et Taiga hocha la tête, toujours incapable de prononcer la moindre parole.
Les paupières fermées, le visage tuméfié de son ami ne quittait pas un seul instant son esprit.
Il attendait depuis plusieurs heures déjà, assis sur une chaise inconfortable. Son esprit était vide, ses yeux l'étaient tout autant. Il avait l'impression de ne plus être vivant, seulement une coquille vide inhabitée. Il avait cessé de scruter chaque personne appartenant au monde médical et avait tout simplement posé ses yeux fixés sur le sol.
Kuroko l'avait appelé pour lui dire qu'il avait son sac, et Kagami n'avait pu répondre que par un faible gémissement avant de raccrocher, ne voulant pas subir les questionnements de son ami. Il était partagé. D'un côté il regrettait sa vie ennuyeuse et morose, mais d'un autre, s'il n'avait pas fait la rencontre de Daiki, il aurait certainement sombré.
Il avait maintenant compris qu'il ne pourrait plus vivre sans le métis. C'était au-dessus de ses forces. L'avoir vu dans un tel état n'avait fait que renforcé le sentiment inconnu qui l'étreignait depuis l'apparition du bleuté dans sa vie. La douleur qu'il avait ressentie lorsqu'il l'avait contemplé étendu sur le sol, recroquevillé, une auréole foncée de couleur carmine l'entourant était indescriptible. Il avait eu l'impression que sa poitrine était compressée dans un étau.
Il avait eu tellement peur qu'il aurait pu en mourir.
« Kagami Taiga ? »
Il releva faiblement la tête à l'entente de son prénom et planta ses yeux dans ceux, noirs, du médecin en face de lui. Son air neutre ne lui promulguait pas d'information. Mais Kagami restait bloqué sur ses yeux. Ses yeux... noirs... comme ceux du père de Daiki. Une haine féroce couvrit sa vue un instant tandis qu'il voyait l'homme debout devant lui se changer en une silhouette plus grande, plus imposante, dégageant une froideur hors norme.
« C'est bien vous ? Vous êtes ici pour Aomine Daiki ? »
La vision disparue à l'entente du nom de son ami. Kagami se leva d'un bond, chancelant un peu. Il hocha la tête, impatient quant à l'idée de le voir. Le médecin le sonda de ses pupilles d'un noir d'encres avant d'ouvrir la bouche pour demander :
« Vous êtes un parent ?
- Non, je ... »
Sa voix était devenue rauque à force de ne pas l'utiliser. Il toussa pour s'éclaircir la gorge et répondit correctement. Le médecin l'informa qu'il ne pouvait rien lui divulguer avant d'avoir vu un de ses proches. Kagami serra la mâchoire tellement fort qu'elle craqua. On lui interdisait de le voir ? Ils n'avaient pas le droit !
« Écoutez, ça m'étonnerait beaucoup que quelqu'un d'autre ne vienne le voir étant donné que je suis le seul proche qui ne lui veut aucun mal. »
Le médecin le regardait suspicieusement. Kagami précisa que c'était lui qui l'avait trouvé dans cet état et qui avait donné l'alerte. Il avait une terrible envie de pousser l'homme devant lui afin de passer en force. On ne l'empêchera pas de voir Daiki. Au bout d'un moment, le médecin soupira et commença à faire son rapport à ce jeune homme buté qui écoutait attentivement. Il apprit ainsi les nombreuses côtes cassées de l'adolescent, plusieurs hématomes qui parcouraient son corps, sa cheville et sa mâchoire fragilisées.
« Il a perdu beaucoup de sang et si vous n'aviez pas prévenu les secours à temps, cela aurait été trop tard. Son état semble être stable maintenant, mais nous ignorons quand il se réveillera.
- Je peux aller le voir ? »
Taiga maudit sa voix suppliante mais il ne supporterait pas d'être renvoyé chez lui sans avoir pu voir Daiki de ses propres yeux. Le médecin soupira et lui fournit le numéro de la chambre, lui recommandant de ne pas trop s'attarder. Kagami le remercia à peine et fonça vers la direction indiquée, impatient à l'idée de le voir.
Lorsqu'il pénétra dans la pièce blanche, il n'y avait qu'une légère luminosité. C'est ce qui lui permit de se rendre compte qu'il était tard dans la nuit. Il s'avança doucement vers le seul lit présent, appréhendant ce qu'il allait trouver. Il remarqua la perfusion accrochée au bras de son ami, ainsi que le masque d'oxygène recouvrant sa bouche et son nez.
Le drap blanc recouvrait son corps jusqu'à la taille. Du jaune et du bleu se disputait la peau foncée des bras de Daiki. Il vit à travers le masque la lèvre fendue de son ami. Ses traits semblaient plus reposés, sa respiration était lente, régulière. Ses cheveux avaient été lavés puisqu'ils avaient retrouvé leur éclat.
Néanmoins, le basané semblait dénué de vie. Son expression calme était terne, vide. Kagami se languissait de sa présence. Il aurait voulu voir ses pupilles bleu roi dardés un ardent regard sur lui avant qu'il ne l'incendie d'être venu à son appartement. Mais au lieu de ça, il faisait face au silence morne de son ami.
Il s'assit sur la chaise mise à disposition, posant sagement ses mains sur ses genoux. La pression, l'angoisse et la peur qu'il avait accumulée se libérèrent d'un coup et il se mit à pleurer. Il était là. Il allait bien. Il respirait. Il était en vie. C'était tout ce que retenait Kagami tandis qu'il se saisissait délicatement de sa main après avoir vérifié qu'elle n'avait rien.
Le temps ne lui importait plus, il ne savait pas si plusieurs secondes, minutes, heures étaient passées lorsqu'une infirmière vint l'informer que les visites étaient terminées. Il supplia la femme de le laisser encore un peu mais elle se faisait catégorique, un sourire triste en place sur son visage.
Il se résigna à quitter Daiki, lui lançant un dernier regard. Lorsqu'il sorti de la chambre, un pincement au cœur le prit et il se mit à angoisser. Et si son père apprenait qu'il se trouvait à l'hôpital et qu'il décidait de lui rendre une visite ? Avalant difficilement sa salive, Kagami se força à sortir de l'hôpital.
Durant tout le trajet à pieds, il s'efforçait d'ignorer son envie de faire demi-tour et de rester auprès du métis. Si son père se présentait à sa chambre, personne ne l'empêcherait de rentrer. A cette pensée, Kagami s'arrêta près d'un banc et se courba, se tenant le ventre. L'angoisse furieuse qui lui tordait l'estomac se faisait de plus en plus grande.
Il se mit à courir jusqu'à chez lui, réprimant son envie de vomir et de le rejoindre. Une fois chez lui, il referma violemment la porte derrière lui, ne prit même pas la peine d'enlever ses chaussures et alla se réfugier sur son canapé. Une couverture était déjà présente sur le sofa, il s'en empara et s'emmitoufla dedans.
Des larmes silencieuses avaient transgressé la barrière de ses cils et tombaient sur la couverture, mouillant le tissu. Il resta plusieurs minutes dans la même position à fixer l'horloge installée sur le mur. Cette dernière émettait les seuls bruits de l'appartement, excepté le frigo.
Il se sentait plus seul que jamais. Même son chat qui vint se frotter à lui n'apaisait en rien sa solitude. Ne supportant plus de voir son appartement vide, il se saisit de la télécommande. Elle lui échappa trois fois à cause des tremblements de ses mains. Il parvint à allumer la télé et mit à peine du son afin d'avoir un volume sonore convenable.
Il s'allongea, tournant le dos à la télévision et se replia sur lui-même dans une position de faiblesse. Son chat vint se coucher dans le creux que faisait ses jambes, lui insufflant un peu de sa chaleur. Mais rien ni personne ne pourra remplacer la présence de Daiki. Il lui manquait, plus encore que les trois jours ou la semaine passée sans lui.
Sa petite vie morne et ennuyeuse lui semblait bien loin, maintenant que le métis avait imposé sa présence. Il voulait respirer le même air que lui, faire partie intégrante de sa vie. Il était prêt à s'effacer pour que Daiki brille et ait la véritable vie qu'il méritait. Il se fit la promesse de tout faire pour que plus jamais les fantômes de son passé ne le touchent.
Les premiers jours, il n'allait plus au lycée, préférant passer le plus de temps possible avec Daiki. Mais Kuroko le rappela à l'ordre lorsqu'il passa lui rendre son sac. Étant resté au chevet de Daiki jusqu'à la fin des visites, le turquoise l'avait attendu longtemps, refusant de laisser son sac devant sa porte. Kagami avait paru étonné lorsque le plus petit lui avait tendu son bien, l'expression aussi neutre qu'à l'accoutumée.
« Kagami-kun, tu devrais revenir au lycée. Ne t'en fais pas, Aomine-kun se réveillera bientôt. »
Cette phrase l'avait entièrement surpris. Comment se faisait-il que Kuroko connaisse Daiki ? Mais ce dernier n'avait pas dit un mot de plus et était simplement reparti, plantant le rouquin devant sa porte. Il avait alors suivi son conseil et c'était rendu tous les jours au lycée. Même si cela était très dur pour lui, étant donné qu'il trépignait sur place à chaque cours, fixant l'horloge avec un intérêt peu commun, désireux de se rendre au chevet de son ami.
Son père ne s'était jamais présenté à l'hôpital. Il ne savait même pas s'il avait été mis au courant que son fils était à l'hôpital. Kagami s'en fichait un peu pour l'instant, tout ce qui l'importait était le réveil du lycéen à la peau foncée. Ce dernier se faisait attendre. Cela faisait bien deux semaines qu'il était plongé dans le coma, ne semblant pas vouloir émerger.
Kagami soupçonnait le fantôme de son père de le torturer. Il était sûr que c'était à cause de lui que Daiki ne souhaitait pas émerger. Il voulait rester le plus loin possible de la présence de son géniteur. Dans un sens, le roux comprenait. Mais il était tellement impatient de le voir se réveiller qu'il était prêt à vendre son âme au diable. Étant donné que le diable était le père d'Aomine en personne, il devrait donc aller le voir. Il n'était pas sûr que Daiki apprécierait la blague.
Tous les soirs, il se confrontait au visage trop juvénile de Daiki. Ce dernier avait perdu les traits sévères qu'il possédait toujours au niveau des sourcils, le rendant plus juvénile. On lui avait enlevé le masque à oxygène, il s'est avéré que le jeune homme reprenait des couleurs et parvenait de nouveau à respirer normalement.
Kagami pouvait souffler de ce côté-là. Nombreuses étaient les fois où Daiki avait fait des crises, l'empêchant de respirer correctement et arrêtant son cœur éphémèrement. Lors de ses crises, Taiga avait l'impression de mourir avec lui.
Le rouquin apportait souvent un livre avec lui, mais ne pouvait résister à l'envie de lever les yeux des mots toutes les cinq minutes afin de voir si le basané daignait enfin se réveiller. L'espoir l'étreignait durant ces moments-là, sitôt suivit par la déception. L'attente était longue, et de plus en plus difficile à supporter.
Kagami ne dormait pas ou très peu, ses pensées toujours dirigées vers le métis. Cette fois-ci ne fit pas exception, et c'est avec cette même allure de mort-vivant devenu coutumière depuis deux semaines qu'il se rendit en cours. La journée se déroula normalement, Taiga jetant des coups d'œil frénétique à l'horloge et bougeant nerveusement sur sa chaise. Le midi, il se rendait toujours sous le cerisier, passant toute l'heure à regarder dans le vide sans manger, ni même toucher à un livre.
Quand enfin, la sonnerie se manifesta, ce fût comme une délivrance pour Taiga qui se précipita dehors, courant à moitié pour rejoindre l'hôpital le plus vite possible. La secrétaire avait pris l'habitude de le saluer, étant donné qu'il venait tous les jours à la même heure.
Ce n'est que lorsqu'il fût assis sur la chaise à côté de Daiki qu'il souffla de soulagement. Le corps de ce dernier se remettait doucement, certains hématomes persistaient et d'après les médecins, sa cheville s'était complètement remise ainsi que sa mâchoire. Ses côtes, en revanche, prenaient du temps pour guérir, mais elles se rétablissaient.
N'en pouvant plus, Taiga délaissa son bouquin et préféra observer le visage détendu de son ami. Il voulait tant le voir s'animer et pouvoir le serrer dans ses bras sans craindre de lui faire mal. Il avança lentement sa main vers son bras, hésitant, avant de la poser dessus.
Sa peau était légèrement rugueuse contre ses doigts, mais malgré tout, elle conservait une certaine douceur. La douceur propre à Daiki. Il se mit à la caresser avec lenteur, se délectant de la chair de poule qu'il provoquait sur sa peau. Il avait lu quelque part que ceux qui étaient plongés dans le coma pouvaient entendre ce qu'on disait. Alors Kagami dit, simplement :
« Allez Daiki, réveilles-toi. Je t'attends. »
Il ne prononça aucune autre parole, sachant que cela n'était pas nécessaire. Rapidement, la fatigue le rattrapa, rendant ses paupières lourdes de sommeil. Se disant qu'il arriverait certainement mieux à dormir à ses côtés, Kagami se pencha en avant et mit sa tête entre ses bras, sa main tenant toujours le poignet couleur chocolat de Daiki. C'est ainsi que le sommeil l'emporta, son odorat chatouillé par la fragrance de Daiki.
Ce fût une main posée sur sa chevelure qui le réveilla. Sachant d'avance ce que cela signifiait, Kagami grommela un « pas déjà » avant de nicher un peu plus sa tête dans la chaleur de ses bras. Il sentait les doigts caresser ses cheveux, ce qui était très inhabituel de la part d'une infirmière. Encore endormi, il releva la tête, s'efforçant de garder les yeux ouverts.
Et tomba directement dans deux prunelles d'un bleu roi extraordinaire.
Croyant d'abord à un rêve, Kagami ne bougea pas, hébété. Il se fit la réflexion qu'il devait avoir l'air ridicule avec son allure de carpe et ses cheveux emmêlés mais le doux sourire de Daiki chassa toutes pensées rationnelles. Oubliant tout ce qu'il s'était passé, oubliant ses blessures, oubliant le monde, Taiga se jeta dans ses bras pour le serrer à l'en étouffer.
Sauf qu'il se figea dans son action en entendant le gémissement de douleur de son homologue. Affolé, il se retira immédiatement, se confondant en excuses. Daiki le regardait faire, une expression attendrie que Taiga ne lui avait jamais vu sur son visage. Doucement, il se saisit d'une de ses mains et l'apporta à ses lèvres redevenues comme avant, embrassant délicatement ses doigts.
Kagami rougit furieusement, ce qui, en soit, ne lui était jamais arrivé, et se leva précipitamment, prenant l'initiative de prévenir quelqu'un. Daiki le regarda faire avec amusement. Il ne le disait pas, mais il était heureux d'avoir trouvé le roux à ses côtés. Il s'efforçait tant bien que mal de ne pas penser à ce qui était arrivé pour qu'il se retrouve à l'hôpital.
La porte s'ouvrit de nouveau sur un médecin qui s'avança pour faire les contrôles habituels. Daiki trouvait ça extrêmement ennuyant et répondait machinalement, préférant contempler Kagami qui se trouvait dans un coin de la pièce, attendant impatiemment que le contrôle prenne fin.
Il était d'ailleurs consterné de voir Daiki sourire après l'épreuve qu'il avait dû traverser. Mais il n'allait pas s'en plaindre, il préférait cette expression plutôt que celle sombre qu'il détenait à l'accoutumer. Le médecin, après s'être enquit de l'état psychologique du patient qui n'avait heureusement aucunes séquelles, l'informa de son état physique :
« Votre corps s'est plutôt bien rétabli durant votre... convalescence, si l'on peut appeler ça ainsi. Vous pourrez sans doute sortir dans trois jours mais faîtes attention à vos côtes, ce sont elles les plus fragiles. »
Daiki acquiesça, et le médecin prit congé, prenant l'initiative de laisser ces deux jeunes hommes seuls un peu plus longtemps étant donné que l'heure des visites était déjà bien entamée. Il avait bien remarqué que le jeune homme aux cheveux rouges était le seul à rendre visite à son patient.
De nouveaux seuls, les deux ne savaient pas quoi se dirent. Kagami qui avait rêvé de ce moment si souvent, ne parvenait pas à trouver comment réagir. Il sursauta en surprenant le regard moqueur de Daiki posé sur lui. Fronçant les sourcils, il se demanda ce qui pouvait bien provoquer l'amusement chez son ami, lorsqu'il passa une main dans ses cheveux. Constatant qu'ils rebiquaient étrangement sur les côtés, il arrangea ça, les joues rosies. Pourquoi fallait-il qu'il est l'air aussi ridicule au réveil de Daiki ?
Ce dernier rit doucement et Kagami ferma les yeux pour profiter de ce son si rare. Puis le basané lui fit signe de le rejoindre, ce qu'il fit après s'être assuré que ses cheveux étaient revenus à la normale. Il reprit sa place sur la chaise et aussitôt, Daiki saisit ses doigts entre les siens, cherchant le contact.
« Tu m'as fait peur, lâcha finalement Kagami.
- J'ai cru le comprendre lorsque le médecin m'a appris que tu venais tous les soirs, répondit Daiki sur le même ton. »
Légèrement gêné, Taiga détourna le regard, une furieuse envie de dire ce qu'il pensait à ce médecin fourbe. Puis il pensa à quelque chose qui lui serra le cœur. C'est avec une détermination nouvelle qu'il refit face aux saphirs de Daiki, ouvrant la bouche pour s'exprimer :
« Tu retourneras pas là-bas.
- Taiga... commença Aomine.
- Non Daiki. Tu te défileras pas. Tu viendras chez moi et c'est non-discutable.
- Si mon père l'apprend, il va... »
Sa voix se brisa sur la fin et il détourna le regard pour le poser dehors. Il faisait sombre, le crépuscule n'était pas loin. C'était une rare nuit sans nuages, où les étoiles brillaient furieusement et la lune se montrait dans toute sa splendeur. Kagami serra la main de Daiki afin de ramener son attention vers lui, et il déclara d'une voix ferme :
« Je m'en contrefous. Qu'il vienne s'il le veut, il ne sera pas le bienvenu. Et si tu continus à camper sur tes positions, je te kidnapperai. Et crois-moi, j'en suis parfaitement capable, menaça Kagami.
- Je veux pas qu'il t'arrive quelque chose. Bon sang, pourquoi prendre autant de risques pour moi ?
- Parce que je t'aime. »
Ça lui était sorti naturellement. Se rendant compte de ce qu'il venait de dire et de l'impact qu'avait ses mots sur leur relation, Kagami retira sa main et se mit en position accroupie, ses joues le brûlant. Alors c'était ça, ce sentiment qui lui enserrait le cœur ? De l'amour ? Il ressentait de l'amour pour le bleuté ? Cela lui fit autant plaisir qu'il en fût frustré.
« Taiga, l'appela doucement Daiki.
- Non, je suis désolé, c'est sorti tout seul. Ah pardonne-moi, tu dois te sentir mal-à-l'aise. Je suis vraiment désolé, oubl...
- Moi aussi. »
Kagami se figea en entendant sa réponse. Il n'osait pas se retourner, ses joues le brûlant encore comme un feu ardent. Avait-il bien entendu ? Il ne parvenait pas à le croire. C'était impossible que le métis puisse ressentir le même genre d'amour que lui. De l'amitié, ça passait. Mais là, c'était beaucoup trop. Daiki était trop... trop... trop Daiki pour être amoureux de lui.
« Taiga, viens par-là. »
La tendresse qu'il perçu dans sa voix fit frissonner Kagami qui se mordit la lèvre pour empêcher de nouveau les larmes de couler. Il n'osait y croire. Si c'était une blague, elle lui bousillait le cœur. Néanmoins, il finit par obéir, la tête baissée. Il n'osait pas croiser le regard de Daiki, étant sûr que cela réduirait son espoir à néant.
« Regarde-moi. »
Il s'obstinait à garder la tête baissée. Il savait qu'il fondrait sur place s'il plongeait ses iris dans les siennes. Ses sentiments étaient tellement puissants qu'il ne se sentait pas bien. Son ventre le dérangeait, il avait peur de s'effondrer. Décidément, depuis qu'il côtoyait Daiki, il en voyait de toutes les couleurs !
Ce dernier allongea le bras et lui releva la tête, le forçant d'une douceur extrême à le regarder dans les yeux. C'était bien la première fois qu'il agissait ainsi et Taiga serait bien le seul à le voir user d'une telle tendresse et d'une telle préoccupation à son égard. Il vit les yeux larmoyants de Kagami et prononça les mots qui firent chavirer le cœur du grand rouge :
« Je suis tombé amoureux de toi. »
Les larmes affluèrent sans qu'il ne puisse les retenir. Il enfouit sa tête dans ses mains et se mit à sangloter silencieusement. Il était tellement heureux qu'il en avait mal. Il n'aurait jamais pensé qu'un jour, il compterait tellement dans la vie de quelqu'un, s'étant résigné à vivre dans la solitude jusqu'à sa mort.
« Oï Taiga, j'ai pas dis ça pour que tu pleures, s'attrista Daiki.
- Dé... désolé. Ça fait trop... d'un coup. »
Il ne parvenait pas à tarir ses larmes, les essuyant sans arrêts. Il avait tellement honte de se montrer aussi faible. Sa réaction aurait dû être de sourire bêtement, alors pourquoi pleurait-il ? Est-ce qu'il l'aimait déjà trop ? Ne supportant pas cette vision déchirante pour lui, Daiki fit de son mieux pour l'attirer dans ses bras.
« No... non, protesta faiblement Taiga, tu n'es pas...
- Shh. »
Daiki le dissuada de s'en aller en calant sa tête sur le haut de son torse, son menton posé sur le haut de son crâne. Kagami se crispa légèrement mais, voyant que son ami ne manifestait aucune douleur, se laissa finalement aller. Il était encore plus fatigué qu'à l'accoutumé, sa petite sieste ne l'ayant pas rassérénée. La fatigue accumulée en plus de ses pleurs eurent raison de lui.
Il sombra dans les bras de Morphée, bercé par les caresses de Daiki sur sa chevelure.
Kagami ne tenait pas en place. Aujourd'hui était l'équivalent de la sortie de Daiki. Bien sûr, cela ne se ferait que le soir, étant donné que le rouge ne pouvait pas autrement. Il repensa avec amusement aux nombreuses plaintes de Daiki. Le bleuté avait vraiment envie de sortir de ce « trou à rats », comme il aimait le nommer.
Malgré cela, pendant les deux jours qui précédaient sa sortie, Kagami n'avait pu s'empêcher d'être légèrement angoissé à l'idée que son père ait pu réapparaître pour le tourmenter de nouveau. Mais il n'est jamais venu. Tout comme la police que l'hôpital n'avait pas daigné contacter. Il est vrai que d'avoir un patient battu à mort sur les bras était tout à fait commun. Cela mettait en rage Kagami mais il préférait se taire, ne voulant pas braquer le métis.
Midi arriva très lentement au goût du roux qui se rua vers la sortie dès la sonnerie, un bento en main. Depuis que son partenaire était sorti de l'inconscience, Kagami n'attendait plus seul sous le cerisier mais courrait le rejoindre. Son petit-ami raffolait de ses bentos et cela rendait le rouquin extrêmement fier.
Cependant, à chaque fois qu'il s'empressait de lui rendre visite, Taiga se faisait la réflexion qu'il ressemblait aux héroïnes niaises de ses romans -contenant de l'amour, qu'ils appellent ça- surtout lorsqu'il apparaissait rouge et essoufflé devant Daiki. Ce dernier le trouvait attendrissant mais ne lui avouait jamais. Il n'avait pas envie que le plus âgé ne s'éclipse car il était gêné.
Cette fois-là ne fit pas exception. Kagami s'installa à sa place habituelle et posa le bento entre eux juste après avoir sorti deux paires de baguettes. Pendant qu'ils mangeaient, le rouquin se délectait de la voix de son ami qui se montrait bien plus bavard qu'au début de leur amitié. À chaque fois qu'un rictus déformait les traits de Daiki, Taiga s'empressait de s'acquitter de son état. Cela agaçait le basané autant que cela l'attendrissait.
Soudain, arrêtant de manger, Kagami posa ses baguettes et se mit à l'observer. Daiki faisait semblant d'ignorer son insistance pour ne pas le mettre mal-à-l'aise mais il savait que lorsque le magenta possédait cette expression, il voulait lui demander quelque chose. Cela ne manqua pas et le rouquin finit par demander, hésitant :
« Daiki, est-ce que tu connais un certain... Kuroko Tetsuya ?
- Hum ? Pourquoi ?
- C'est en quelque sorte mon meilleur ami, je voulais juste savoir comment ça se faisait que s'il te connaissait, il ne venait pas te voir, avoua Taiga, gêné.
- On était dans le même club de basket au collège. Tetsu n'est pas quelqu'un qui montre facilement ses émotions, ça doit être pour ça que t'as l'impression qu'il s'en fou, répondit avec nonchalance Daiki.
- Il est au courant ?
- … plus ou moins, dit Daiki, détournant le regard.
- Et il a jamais rien fait ? Mais c'est quoi son problème ? s'énerva Kagami.
- Du calme Taiga, tempéra le métis, je pense pas que ce soit de sa faute.
- Comment ça ? demanda suspicieusement le tigre.
- Tetsu est tombé amoureux d'un type, Akashi Seijuro, pendant le collège. Je pense que ce mec m'aime pas trop. Il a une telle emprise sur Tetsu qu'il a dû lui recommander de ne pas s'en mêler. Dans un sens, c'est plutôt pas mal, ça a permis à Tetsu d'éviter le danger.
- Mais ça l'a éloigné de toi, fit remarquer Taiga. »
Un éclair de tristesse passa dans les pupilles bleu roi de Daiki avant qu'il ne se remette à manger, devenu silencieux. Kagami posa sa main sur celle de son conjoint, en signe de soutien. Le reste du temps se poursuivit dans le silence tandis qu'une idée pour réunir ses deux amis germait dans le cerveau de Taiga.
Il salua son ami d'un baiser sur le front et quitta la chambre, fermant la porte derrière lui. Il n'osait pas l'embrasser sur la bouche depuis son premier baiser catastrophique au cimetière. La dernière chose qu'il souhaiterait, ce serait bien de le décevoir. Avant de sortir du bâtiment de soin, il demanda à une infirmière pour signer les papiers confirmant l'autorisation de sortie.
N'étant pas majeur, Daiki devait obtenir l'autorisation d'un adulte pour sortir. Même si Taiga ne l'était pas non plus, sa condition d'émancipé lui permettait d'effectuer cette action. Sa besogne terminée, il s'empressa de rejoindre son lycée, une idée derrière la tête.
Cela avait été dur, mais il y était parvenu. Kagami regarda partir Kuroko, un sourire sur le coin des lèvres. Il avait finalement réussi à convaincre le turquoise d'aller chercher Aomine. Il lui avait dit qu'il avait quelque chose à faire ce soir et qu'il ne pouvait, par conséquent, pas aller récupérer Daiki comme prévu.
Kuroko s'était montré méfiant et n'avait cessé de le questionner sur ce qu'il devait faire. Le rouge avait finalement avoué qu'il comptait refaire le plein du frigo et des placards étant donné que maintenant, ils allaient être deux à vivre sous le même toit. Tetsuya avait paru croire à son mensonge -qui n'en était pas vraiment un- mais l'avait de suite interrogée sur sa relation avec Daiki.
Kagami avait été forcé d'admettre qu'ils étaient, en quelque sorte, en couple. Et donc de recommander à Tetsuya de l'amener à son appartement. Mais le plus petit l'avait étonné, c'était la première fois qu'il parlait autant. Il espérait que grâce à ce plan, les deux amis renouent leur lien.
Cela faisait dix minutes que Daiki attendait Taiga et il commençait à être inquiet. D'habitude, le rouge n'était pas en retard, préférant même venir en avance. Tout un tas de scénarios défilaient dans son esprit et cela ne tenait qu'à un fil pour qu'il parte à sa recherche. Ce fût lorsqu'une touffe de cheveux bleu ciel rentra dans son champs de vision qu'un voile de panique menaça de le faire sombrer.
Qu'est-ce que fichait Tetsu ici, seul ? Était-il arrivé quelque chose ? Mais le plus petit marchait d'un pas tranquille et affichait le même air neutre qu'à l'accoutumé. Il s'arrêta devant la haute silhouette de Daiki et le salua :
« Bonjour, Aomine-kun.
- Salut... Tetsu. »
Le plus grand semblait mal-à-l'aise. Comment se faisait-il que ce soit Tetsuya en face de lui et non Taiga ? Il s'empressa de lui demander :
« Où est Taiga ?
- Il est allé faire des courses. Au fait, félicitation pour vous deux, fit Kuroko, l'air de rien.
- Bon, on y va ? grogna Daiki. »
Il voulait s'éloigner le plus vite possible de cet endroit et s'assurer que son ami allait bien. Kuroko dût le sentir puisqu'il se mit en marche, ralentissant le pas pour qu'Aomine puisse suivre. Les infirmières lui avaient recommandé de ne pas trop faire d'efforts, étant donné que ses côtes ne sont pas complètement remises.
Daiki ne s'étonnait même pas de ne pas voir Kuroko réagir face aux hématomes qui persistaient sur sa peau foncée. Il connaissait assez le bleuté pour savoir qu'il était suffisamment inquiet, même s'il ne le montrait pas par une expression faciale. Ils marchèrent en silence, parcourant le dédale de rues afin d'arriver à l'appartement de Taiga. Daiki était autant soulagé qu'inquiet de vivre chez le rouquin. Il espérait que son père ne l'apprenne pas d'une quelconque façon et décide de venir répandre son venin.
« Aomine-kun, l'interpella soudainement Kuroko.
- Ouais ?
- Je suis désolé. »
Le plus petit baissa les yeux, la culpabilité envahissant ses prunelles turquoises. Daiki s'arrêta, choqué. Il avait peur de comprendre où voulait en venir Tetsuya et attendait la suite qui ne tarda pas à arriver :
« J'aurais dû réagir et t'aider dès que je m'en suis rendu compte mais Seijuro-kun m'en empêchait. Il disait que je ne pouvais rien faire sans être blessé et... »
Il s'interrompit, se mordant les lèvres, des larmes dans les yeux, maudissant sa faiblesse. Daiki le sondait de ses saphirs, ne comprenant pas pourquoi il se mettait dans un tel état pour lui. Après tout, il était d'accord avec Akashi. Le basané posa sa grande main sur les cheveux turquoise de Kuroko qui sursauta, mais ne se dégagea pas. Il déclara, d'une voix posée :
« Je t'en veux pas. Le petit teigneux a parfaitement raison. Le mieux, c'est que tu sois éloigné des problèmes que je peux te causer. La seule chose que je regrette, c'est notre éloignement. »
Daiki eut un sourire triste en repensant aux bons moments qu'ils avaient passé ensembles. Les seuls moments qui lui permettait de s'éloigner de son père. Tetsu plongea ses aigues-marines dans ses lapis-lazuli, une détermination nouvelle présente dans le regard.
« Remédions à ça, alors. »
Daiki regarda le poing tendu devant lui. Il réfléchit. Tetsu n'était pas le plus en danger, Taiga le surpassait largement -et Daiki se maudirait toute sa vie pour ça-, il ne risquait rien. D'autant que ça lui éviterait de se faire tuer par Akashi s'il apprenait qu'il était arrivé quelque chose à son protégé. Et puis, ça lui ferait du bien de retrouver son ami. Il cogna alors dans son poing, un sourire sur les lèvres.
« Ça marche. »
Kagami avait fini par se rendre compte, entre les rayons yaourts et fromages, que Tetsuya avait percé à jour son plan au v du regard non-convaincu qu'il lui avait lancé avant de partir. Il espérait qu'il n'avait pas tout gâché et qu'il avait sauvé leur amitié. Il savait Daiki bien trop borné et têtu pour faire le premier pas.
Cette préoccupation revenant sans cesse dans son esprit, Taiga était alors revenu près de son immeuble. Il fût surpris d'y trouver Kuroko en train d'en sortir. Lui qui pensait revenir avant eux, c'était raté. Le turquoise l'informa que Daiki l'attendait devant sa porte avant de rentrer chez lui. Mais Kagami entendit tout de même son chuchotement :
« Merci, Kagami-kun. »
Il resta figé quelques secondes, regardant la silhouette s'éloigner. Un grand sourire prit place sur son visage tandis qu'il comprenait ce que ça signifiait. Frémissant d'excitation, Kagami s'empêcha de monter quatre à quatre les escaliers et pensa plutôt à son pauvre bras qui souffrait du poids du sac de courses.
Une fois rendu à son étage, le rouge expira profondément avant de continuer son chemin vers son propre appartement. Avisant la silhouette qui se tenait adossé à un mur et la tête baissée, Kagami ne put réprimer un doux sourire venir égayer son visage. Il fit comme si de rien n'était afin de ne pas brusquer son ami et chercha sa clé dans sa poche avant d'ouvrir la porte, s'engouffrant à l'intérieur.
Il se savait suivit mais ne s'en inquiétait pas plus que ça. Ce serait plutôt si l'autre ne lui avait pas emboîté le pas qu'il se serait posé des questions. Dans un silence serein, Taiga posa son sac de courses et en vida l'intérieur, rangeant les aliments dans les bons placards.
Il terminait par le frigo quand deux bras l'enlacèrent par derrière. Par un effort surhumain, Kagami s'empêcha de sursauter en pensant aux côtes de Daiki et attendit la suite, baissant la tête pour cacher ses pathétiques rougeurs. Une tête se colla sur son épaule et il entendit l'adolescent soupirer.
« Hey Taiga, chuchota son ami, je sais que ça peut pas être une coïncidence pour que Tetsu soit venu précisément ce jour-ci alors... merci. »
Le susnommé sentit ses joues le brûler un peu plus si c'était possible. Qu'avaient-ils donc tous à le remercier ? C'est uniquement grâce à eux que les liens ont pu se refaire, Taiga a juste amorcé l'action ! Il s'éclaircit la gorge afin de se donner contenance et demanda d'une voix rendue rauque par la gêne :
« T'as envie de manger quelque chose ?
- Pas faim. »
Taiga devina que quelque chose n'allait pas au ton que Daiki avait employé. Mais il n'osait pas se retourner, de peur de lui faire mal. Il le sentit se presser un peu plus contre lui et son souffle caressa ses oreilles tandis qu'il murmurait d'un ton fatigué :
« Taiga, j'ai un gros coup de barre, je sais pas pourquoi. »
Kagami ne réfléchit pas plus et se défit légèrement de son emprise, le guidant parmi son modeste appartement. Bien entendu, Daiki était déjà venu ici mais il n'y était resté conscient pas plus de dix minutes, et ne connaissait donc que le salon et une partie de la cuisine qui était ouverte sur la pièce principale.
Une fois dans la chambre, Kagami amorça un geste pour le laisser seul quand Daiki lui intima doucement de rester avec lui. Ce que le rouquin accepta, légèrement mal-à-l'aise à l'idée de partager son lit avec un homme dont il partageait déjà les sentiments. Cruelle vie.
Daiki l'enlaça fermement contre lui malgré ses protestations, ne pensant pas du tout à ses côtes encore fragiles. Le basané était bel et bien fatigué mais par-dessus tout, la peur était revenue le tourmenter. Si Tetsu n'était plus exposé au danger, qu'en était-ce pour Taiga ?
Il ne se le pardonnerait jamais si son père s'en prenait à lui. Et s'il découvrait où est-ce qu'il était hébergé et qu'il décidait de passer ? Et si Taiga était seul à ce moment-là ? Il savait très bien le roux capable de se défendre, mais son père s'entraînait sur un punching-ball taille réelle depuis près de trois ans et il ne voyait pas Taiga s'avérer être un pro de la boxe.
Daiki se promit de ne jamais le laisser seul tant que l'épée de Damoclès trônait au-dessus de leurs têtes. Il l'enveloppait dans ses bras comme un cocon protecteur, empêchant n'importe quelle menace extérieure de lui faire du mal.
En deux semaines, les blessures physiques semblaient toutes envolées et aucune menace ne semblait profiler à l'horizon. Mais les deux garçons restaient sur leurs gardes. Malgré cela, Kagami avait fini par s'habituer à dormir dans le même lit que son compagnon et surtout, il adorait se dire qu'il le verrait tous les jours, tout le temps, sans aucune exception.
Il songeait souvent que si le bleu devait partir un jour ou l'autre, cela agirait comme un manque, un trou béant au fond de lui qu'il ne saurait jamais réussir à combler autrement que par la présence de Daiki. Il ne cherchait pas à comprendre pourquoi c'était tombé sur lui, ni pourquoi il en était si accro. C'était comme ça, et puis c'est tout.
Leur rituel sous le cerisier n'avait pas disparu pour autant. Au contraire, plus ils passaient de temps ensemble, plus ils en redemandaient. À tel point que parfois, Kagami ne tenait plus en place en cours et qu'il devait se retenir de ne pas se ruer vers la sortie en pleine leçon.
Ses notes s'en faisaient ressentir en chutant considérablement mais à vrai dire, il s'en fichait éperdument. Et ça, ça lui foutait un peu les jetons. Il avait peur de s'être trop attaché à Daiki et s'imaginait toujours le bleu s'éloigner de lui pour une raison quelconque. Il se rendait peu à peu compte qu'il n'y survivrait pas et il ne savait pas du tout si c'était une bonne, ou une mauvaise chose.
Ils se trouvaient en plein dîner que Kagami avait préparé malgré une paresse évidente et Daiki n'avait pas manqué de le remercier en faisant un bruit subtil pour signifier que c'était à son goût. Complètement lessivés, ils ne tardèrent pas à débarrasser et à se glisser sous la couette fraîche.
S'ils se tenaient à une distance respectable l'un de l'autre pour ne pas étouffer l'autre, au cours de la nuit, ils en vinrent à rechercher le contact. C'était toujours comme ça. Ils recherchaient une source de chaleur contre laquelle ils pourraient se reposer. Même plongés dans leurs rêves, ils se trouvaient toujours. Ils étaient certaines fois tellement proches que parfois, ils trouvaient cela pathétiquement romantique et s'en moquaient gentiment.
Mais cette nuit-là, aucuns des deux n'étaient tranquilles. Kagami voyait encore et toujours le dos de Daiki devant lui s'éloigner de plus en plus. Il avait beau courir de toutes ses forces, il ne parvenait jamais à le rattraper et la distance s'agrandissait encore et encore. Mais ce ne fût pas l'angoisse qui lui tordait le ventre qui le réveilla.
Ce fût un cri rempli de détresse qui s'en chargea.
Se réveillant en sursaut, une goutte de sueur glissant le long de sa tempe, Kagami chercha l'origine de ce hurlement. Il tourna la tête et vit Daiki. Sa peau brunâtre était éclairée par le seul volet qu'il avait oublié de fermer, diffusant la lumière de la lune. Son front brillait, et ses membres étaient moites. Il s'agitait frénétiquement, comme pour échapper à quelque chose.
« Daiki, chuchota le plus doucement possible Taiga, Daiki, réveilles-toi. »
Il le secoua légèrement et vit Daiki se relever à grande vitesse, haletant. Il s'accrochait à ses bras et regardait dans chaque recoin de la pièce, redoutant quelque chose. Taiga sentait ses ongles rentrer dans sa peau mais ne disait rien, préférant continuer de l'appeler doucement et décrivant des cercles avec ses pouces sur sa peau.
« Taiga, finit par murmurer Daiki. »
Avec surprise, il vit de l'eau traverser les joues bronzées de son ami et s'égoutter sur la couette. Ne réfléchissant pas plus, il le força à se recoucher, déposant sa tête au niveau de son organe vital. Daiki s'accrocha à son tee-shirt, des sanglots étouffés parvenant aux oreilles de Taiga, bousillant un peu plus son cœur à chaque seconde.
« Mon père, il... bredouilla le bleuté.
- Shhh, tenta de calmer Kagami en lui caressant les cheveux.
- Je veux pas... je veux pas qu'il … te fasses... mal, renifla Daiki.
- Il ne m'en fera pas.
- Moi non plus... »
Kagami dû tendre l'oreille pour entendre la suite :
« … j'veux pas te faire de mal. »
Au lieu de s'énerver, Taiga resserra son emprise. Il savait que les séquelles psychologiques laissées par ce genre de traitement ne guérissaient pas complètement et qu'il restait des peurs encrées tout au fond des personnes ayant subi des violences. Alors il souffla calmement, d'une voix emprunte de vérité :
« Tu n'es pas comme ton père. Tu es quelqu'un de bien, Daiki.
- Comment tu peux... en être sûr ?
- Parce que je te le dis. Je le sais. C'est tout. »
Daiki se tût et Kagami sentit qu'il s'efforçait de calmer ses pleurs. Il embrassa le haut de son crâne et fit le souhait silencieux, en braquant ses rubis sur la lune ronde, de ne plus voir Daiki aussi désemparé et malheureux. Il ne voulait plus le voir avec une telle expression, les larmes abondant sur ses joues. Plus jamais.
Au bout d'un moment, les pleurs de Daiki se tarirent et le silence revint, seulement troublé par le bruit de leurs deux respirations. Kagami se laissait bercer par celle du métis, apaisé. L'orage était passé, mais il savait qu'une éventuelle tempête pourrait arriver. La voix basse de Daiki le maintien éveillé et l'interpella :
« Taiga, si jamais j'ose lever la main sur toi une seule fois, je veux que tu me promettes que tu feras tout pour t'éloigner de moi, et pour me tenir éloigné de toi, car je sais que j'en serai incapable tout seul.
- Daiki, murmura Kagami, brisé.
- S'il-te-plaît Taiga, supplia Daiki. »
Il plongea ses saphirs dans ses rubis. Kagami soutint ce regard tant bien que mal et il y lu une telle souffrance, un tel mal-être qu'il faillit pleurer. Il se croyait vraiment capable de le frapper. Il se faisait si peu confiance. Mais ce dont Taiga était sûr, c'est qu'il ne pourrait jamais tenir cette promesse, il était incapable de s'éloigner du bleu.
« Je te le promets. »
Il mentait. Daiki le savait.
« Qu'est-ce qu'on fou ici Daiki ?
- Tu m'avais bien dit que tu voulais découvrir le grand frisson ? Alors le voilà, juste devant toi. »
Le vent fouettait leurs cheveux, cinglant leur visage, comme s'il voulait les faire reculer. Taiga regarda en bas, avisant les vagues qui s'écrasaient contre la falaise d'une rare violence. Le spectacle était envoûtant et magnifique, dangereux et charmeur. Comme Daiki. Il observa les fissures s'étant créée sur la roche, et l'écume qui humidifiait leur faciès. Le goût salé sur sa langue était absolument divin.
Il faisait face à un danger de mort certain. Daiki lui proposait de sauter pour vivre la plus grande expérience d'adrénaline qu'il n'ait jamais vécu. Et pourtant, il n'avait pas peur. Parce qu'il était avec Daiki. Parce qu'il savait qu'avec lui, rien ne pourrait arriver. Ils étaient seulement eux deux contre le monde, ils luttaient envers et contre tout.
« Allez Taiga, j't'attends en bas. »
Puis le grand bleuté s'élança dans le vide, sa peau foncée s'accordant avec les nuages menaçants s'amoncelant près de la côte. Un grondement lointain au loin rappela le danger à Kagami qui ne pu s'empêcher d'être inquiet en voyant l'imposante silhouette filer à toute allure dans les airs avant d'heurter brutalement la surface de l'eau.
Il vit Daiki remonter doucement, avant qu'il ne darde son regard marin accordé à la mer déchaînée autour de lui sur sa personne, lui intimant de sauter avec une pointe de défi. Maintenant rassuré et gonflé à bloc, Kagami ne tarda pas à rejoindre son partenaire. Quand il sauta, la sensation fût indescriptible.
Il avait l'impression de flotter, tandis que l'air lui faisait presque mal en lui cinglant le visage. L'adrénaline éclata en lui et il hurla de plaisir, voyant la surface presque noire de la mer se rapprocher dangereusement de lui. Son corps entra avec violence dans l'eau, lui procurant un refroidissement immédiat et lui coupant le souffle.
Il remonta plus brutalement que son conjoint, sautant presque hors de l'eau avant de s'enfoncer encore une fois en-dessous. Daiki le tira par le bras pour éviter qu'il ne coule. Un rire joyeux sorti de sa bouche, presque hystérique, devant la folie qu'ils venaient de commettre. Daiki profita de ce rire sortant de ses tripes.
Il pourrait sauter un nombre incalculable de fois d'une falaise juste pour entendre ce son.
Leurs deux corps étaient ballottés par la mer sans aucun répit et pourtant, ils étaient toujours en vie. Daiki observa son compagnon qui s'accrochait à lui telle une moule à son rocher et décida de partager sa pensée avec lui :
« Tu sais Taiga, t'es bien plus sexy qu'une moule.
- Quoi ?
- Je t'aime. »
L'euphorie avait fini par le gagner et il empoigna sauvagement Kagami avant de coller sa bouche sur la sienne dans un geste instinctif, vital. Il voulait sentir sa chaire contre la sienne, accéder au plus profond de lui, et tant pis si c'était maladroit, tant pis s'ils coulaient petit à petit, tant pis s'ils étaient trempés jusqu'à la moelle, parce que putain, qu'est-ce que c'était bon !
Contre toute attente, Taiga répondit farouchement à son baiser, leurs deux poids les entraînant au fond. Il ouvrit la bouche en grand, forçant celle de Daiki à s'ouvrir aussi, et expira toute l'air qu'il avait avalé dans sa bouche. Daiki fût surpris par ce geste et sembla reprendre conscience.
Il s'empressa de les remonter à la surface avant de nager jusqu'à la rive, traînant presque Taiga qui reprenait de grandes goulées d'air. Il les hissa sur le sable avant qu'ils ne s'effondrent tout deux sur les granulés, exténués par leur expérience grisante. Daiki reprit son souffle et toisa Kagami, déclarant :
« T'es vraiment taré.
- On s'assemble parfaitement alors. »
Il sourit et se rua une nouvelle fois sur ses lèvres. Ça, c'était une expérience qu'il voudrait recommencer, encore et encore. Sans jamais s'arrêter. Sans jamais fatiguer. Il songea que son plus grand frisson, a été de rencontrer Aomine Daiki. Parce que c'était eux-deux contre le monde. Et ils emmerdaient le monde.
« Hey Daiki ?
- Hum ?
- Comment t'as su mon prénom avant même que je te le dise ? »
Daiki ne lâcha pas ses baguettes, mais crispa ses doigts dessus. Il ne pensait pas que le rouge se souviendrait d'un détail aussi insignifiant. Bien qu'apparemment, ce soit très important pour lui. Devait-il lui dire, devait-il le garder pour lui ? Avisant les yeux remplis de curiosité de son partenaire, il finit par avouer, vaincu :
« Même si tu es un incroyable emmerdeur avec ta question, j'imagine que je voulais savoir avec qui Tetsu s'entendait bien.
- Alors c'était toi tous ces regards que je sentais. Mais t'es un grand malade ! s'outra faussement Kagami, le rouge dévorant ses joues et son pauvre cœur battant follement.
- Peut-être même que Tetsu savait déjà que c'était toi qui y arriverais.
- Arriverais à quoi ?
- A me sauver de moi-même. »
Daiki avait depuis longtemps renoncé à se regarder dans un miroir. Même si les hématomes n'y sont plus, les cicatrices sont toujours présentes. Celles imprimées sur sa peau, mais aussi celles encrées au plus profond de lui. Même s'il se posait souvent la question pourquoi lui, même s'il détestait son père, il ne pouvait s'empêcher d'être d'accord avec lui.
Après tout, sa mère était allée sans lui à ce foutu supermarché. Juste parce qu'il avait la flemme. Résultat, elle en est morte. S'il avait été là, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Sans doute que oui. Il se serait certainement jeté devant sa mère pour éviter que la balle ne la touche. Mais dans ce cas-là, il serait mort.
Cela ne l'aurait pas dérangé, s'il n'y avait pas eu Taiga. Ce mec prenait tellement de place dans sa vie, il donnait tellement plus qu'il ne devrait et Daiki se disait toujours qu'il n'en donnait pas assez, et qu'il recevait trop. S'il n'était pas avec lui, il aurait tout donné pour que sa mère soit en vie et que son père n'ait pas perdu la raison.
Mais ça, jamais le rouquin ne le laissera faire, Daiki en était pleinement conscient. Et par-dessus tout, il tiendrait sa promesse. Il ne l'abandonnerait pas, jamais. Parce que s'il le faisait, il aurait définitivement abandonné la vie. Si elle ne le laissait pas avant.
Sans un regard pour la glace se tenant derrière lui, de peur de se dégoûter encore plus, Daiki rentra dans la douche, le jet lui fouettant le dos lui rappelait leur prise de risque à la mer. Sauf que c'était nettement moins grisant.
Avec un silence absolu, il frotta chaque parcelle de son corps avec une force inutile, comme s'il voulait se laver de toutes les crasses qu'il avait subi, et qu'il espérait ne plus subir. Parfois, les plaies se rouvraient. Mais pas cette fois. Car Taiga était là pour les panser. Il se demandait ce qu'il aurait fait si l'adolescent n'était pas entrer dans sa vie ? Il serait sans doute mort, tué par le chagrin de son père.
L'oreille soudainement sollicitée, il discerna un bruit anormal provenant de la pièce principale. Se redressant alors qu'il s'essuyait activement les cheveux après avoir enfilé un jean à la va-vite. Il tendit l'oreille, n'osant plus respirer. Il se précipita à la sortie lorsqu'un grand fracas se fit entendre.
Il vit d'abord son père et son aura imposante, se tenant à quelque pas d'une forme accroupie par terre. Il identifia Taiga et ses yeux se bloquèrent sur le sang qui dégoulinait de la bouche du magenta. Taiga osait encore affronter son père avec un regard chargé de défi, ce qui ne lui plut pas. Il vit rouge lorsqu'il vit son géniteur s'avancer, levant la main. Et perdit tout bonnement toute raison.
Le noir avait envahi sa vue lorsque, rapide comme une panthère, il avait bondi sur l'agresseur et s'était emparé de son bras. La rage le consumait, et sa haine était tellement féroce qu'elle contrôlait tous ses gestes. Une seule pensée traversait son esprit : il s'en était pris à Taiga.
Son père se débattit mais sa force s'était comme accrue si bien qu'il le clouait facilement au sol, en position accroupie. Une envie de meurtre assailli ses sens, il serra un peu plus fort son bras, arrachant un grognement de la bouche du monstre en-dessous lui. Mais qui était réellement le monstre, son père, ou lui ?
« Demande pardon, s'entendit-il ordonner. »
Il entendit à peine son père murmurer quelque chose comme « plutôt crever » qu'il resserra encore sa prise. L'os craqua, et ils le distinguèrent très clairement. Un frisson de pure folie remonta le long de son échine et il accentua la pression, réitérant sa demande. Il voulait lui faire mal, le briser, le réduire en petits morceaux entre ses mains.
Il voulait le tuer.
C'est pourquoi il amorça un mouvement vers sa gorge en l'entendant refuser de nouveau. Vraiment, qui était le monstre ? Daiki ne s'en préoccupait plus. Tout ce qu'il voyait était lui. Lui, lui, lui et encore lui. La raison de sa souffrance, la raison de la douleur de Taiga. Il voulait qu'il paye, pour tout ce qu'il avait fait.
« Daiki ! »
Le cri de Taiga figea le susnommé. Il recouvrit la vue petit-à-petit et vit ses mains qui enserraient le cou de taureau de son père. Ses mains qui avaient le droit de vie ou de mort sur son géniteur. Mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas putain ! N'avait-il pas dit qu'il ne voulait pas ressembler à celui qui avait participé à sa conception ? Qu'il ne voulait pas devenir un monstre ?
C'est trop tard. Il entendait presque son père lui souffler cette réalité dans l'oreille.
Lentement, il desserra ses doigts. C'est au prix d'un effort ultime qu'il relâcha son bras. Son père se releva en titubant, regardant les deux adolescents avec ses yeux sortant presque de leurs orbites. Il n'avait jamais paru aussi instable. Daiki obligea ses pieds à rester encrer au sol tandis que l'agresseur agressé prenait la fuite.
Il avait envie de le pourchasser comme lui l'avait fait pour avoir osé franchir le pas de cette porte. Cette même porte qui conduisait au lieu de vie de Taiga. Cette même porte qu'il avait souillé de ses mains en l'ouvrant. Ce même appartement qu'il avait souillé de sa présence en pénétrant à l'intérieur. Une seule chose l'en empêcha.
Le regard effrayé de Taiga posé sur lui.
« Non... murmura-t-il, brisé. »
Il amorça un mouvement vers son compagnon mais ce dernier eut un mouvement de recul instinctif. Ça acheva de lui bousiller le cœur. Cette terreur qu'il voyait dans ses pupilles lui était adressée. Ces tremblements étaient provoqués par lui. Lui et personne d'autre. C'était lui, Aomine Daiki, que Taiga regardait avec crainte.
« Non... »
Il se sentit suffoquer et ne put contrôler les larmes qui dévalèrent ses joues, creusant un peu plus le trou béant qui s'était de nouveau formé dans son cœur. Il ne pouvait pas avoir peur de lui. Pas lui. Pas lui. Pas lui. Il avança encore un peu, et vit Taiga se tendre, mais il ne bougea pas.
« Taiga, non... »
Il n'arrivait plus à formuler de pensées cohérentes. La vision de Taiga devant lui effondré était pire que mille flèches plantées en même temps dans son corps. Ça lui faisait tellement mal qu'il avait envie d'en vomir ses tripes. Il tomba à genoux, le souffle entrecoupé de ses sanglots. Il entoura le bassin de Taiga de ses bras, pleurant sur lui.
Il se mettait à genoux devant le seul homme qu'il aimera jamais.
« Taiga, je t'en supplie... »
Il ne pouvait pas arrêter le flot de larmes qui le prenait. Il se pressa encore un peu plus contre lui, voulant prendre feu. Il voulait qu'il le consume entièrement, pour être à jamais avec lui. Il ne pouvait pas se décrocher de lui. C'était trop tard. Il aimait déjà trop.
« Je suis désolé d'être trop faible... désolé de ne pas avoir su t'éloigner de cet enfer... s'il-te-plaît... s'il-te-plaît... laisse-moi tenir ma promesse... laisse-moi faire l'égoïste en tenant cette promesse... je t'en supplie... Taiga... »
Il se sentait tellement pathétique. Ce n'était pas avec des excuses qu'il effacerait la peur de Taiga, quand bien même elles soient les plus sincères possibles. Un cri retentit. Son cri. Le cri de son cœur. Il était prêt à bouffer la poussière pour lui. Prêt à crever pour lui. Prêt à s'enterrer vivant pour lui. Prêt à s'arracher le cœur pour lui. Prêt à tout lui donner. Prêt à tout ça et plus encore pour faire disparaître cette peur.
Il sentit des gouttes autre que ses larmes tomber sur ses mèches. Il n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour le voir, ni même de relever la tête. Il savait que Taiga partageait sa douleur et pleurait pour lui, pour eux. Il apposa sa main contre son crâne de la même façon qu'il le lui avait fait au cimetière, le gardant contre lui.
« Il faut que ça cesse. »
« Lorsque la tristesse entre dans une maison, la violence en sort. »
... Vous comprenez mieux le titre de cette histoire ?
J'ai inclus Kuroko parce que j'aime Kuroko et l'AoKuro. Même raison pour Akashi -même s'il est seulement évoqué-.
Je ne dirais rien d'autre, on se retrouve dans deux jours -donc samedi- pour l'épilogue !
Réponse à Tio : Tu me combles de joie en m'apprenant que j'ai réussi à te toucher comme ça ! J'espère que cette deuxième et dernière partie t'as satisfait(e). -Excuse-moi pour cette réponse nulle ;_;-
x Heaven
