Chapitre 1

Assise au bord du lac, je contemplais le pâle reflet de la lune sur la surface scintillante de l'eau. J'avais besoin de m'évader, d'échapper à cette foule parlant du bonheur de nos jeunes mariés. Je ne le supportais plus, et il s'y ajoutait le fait que j'étais assise à la table du couple, juste en face d'eux les voyant roucouler à longueur de temps. Une lame ou une balle ne m'aurait pas fait plus mal, mais je souffrais en silence, jouant à la perfection mon rôle de meilleure amie.

Un corps se laissa tomber à mes cotés et m'enveloppa de ses bras. Je m'y blotti en reconnaissant l'odeur de mon meilleur ami, déposant mon visage dans son cou, je m'enivrais de son parfum qui avait toujours su me réconforter.

- Tout va bien ma belle? Pas trop dur? Me demanda-t-il d'une voix douce, caressant tendrement mes cheveux.

- À merveille, la femme de ma vie est mariée et je dois taire un amour qui me ronge de l'intérieur. Répondis-je acerbe et ironique, je remarquais alors sa moue blessée et le remord me submergea. Excuse moi Jac, mais j'ai les nerfs à vif avec toutes ces niaiseries, j'ai même entendu ma tante parler d'être grand-mère.

Moi voix était chevrotante, on pouvait y percevoir des sanglots, d'un geste rapide il prit mon menton entre ses doigts et me força à le regarder.

- Ma puce, ne pleures pas, elle n'en vaut pas la peine. Regardes, elle préfère ce gringalet aussi blanc que de l'aspirine à toi, une superbe femme. Elle ne sait pas ce qu'elle rate, tu es merveilleuse, tu mérite bien mieux qu'elle. Je sentais dans sa voix de la colère, pas contre moi, mais contre celle qui me faisait tan de mal. Il faut que tu te détendes, que tu oublies et te laisses aller et j'ai quelque chose de génial pour cela. Ajouta-t-il l'œil malicieux.

Je le vis alors sortir de sa poche de costume son portable, il sembla chercher quelque chose dedans et bientôt une musique du roi du reggae retentit dans les airs, «No woman no cry». Je me levai d'un bond, et me mis à danser sur le rythme de cette chanson. Les yeux fermés je laissais la mélodie imprégner mon corps, le guider dans chacun de ses mouvements. Je dansais contre la mélancolie, contre ma peine, comme un combat intérieur, elle était ma partenaire. Je sentais le regard du loup effleurer mon corps, se délectant du spectacle que je lui offrais. Un bruit attira mon attention et je le vis avec un petit sachet contenant un mélange d'herbe dans la main. Un petit sourire naquit sur mes lèvres, en effet, cela allait me détendre. Remarquant mon sourire, le sien s'agrandit et tout content, il roula tranquillement ses joints. Je me rassis à ses coté alors qu'il m'en tendait un. Je murmurais un petit «merci», lui piquant son briquet j'allumais la tige de tabac. Je tirai sur le pétard une bouffée libératrice, gardant la fumée dans ma bouche, je la laissai remonter et s'échapper par mes narines, tel un taureau qui souffle avant de charger. Mes yeux suivaient la lente montée du nuage argenté porteur de la mort pour quiconque en a un usage abusif, dans cette fumée se trouvait tous mes doutes, mes problèmes. Regardant le joint, je me demandai comment quelque chose d'aussi dangereux pour ma santé, pouvait me faire autant de bien. Je détournai les yeux de l'objet qui jusqu'ici retenait mon attention pour les poser sur Jacob, qui me fixait étonné.

- Que t'arrives-t-il? Lui demandais-je entre deux bouffées

- C'est la première fois que je te vois fumer, et pourtant j'ai l'impression que tu as fait cela toute ta vie. Il semblait quelque peu dérouté, le pauvre s'il savait.

- Mon amour, il n'y a pas qu'avec toi que je fais des conneries, mon premier joint je l'ai fumé avec Bella il y a 3 ou 4 ans. Devant sa mine déconfite je ne pus m'empêcher de rire. Mais ne t'en fais pas mon petit loup que j'aime à la folie, c'est plus marrant avec toi. Je savais pertinemment qu'il n'aimait pas que je l'appelle comme cela, je l'entendis grogner et retenais à grande peine un sourire moqueur.

- C'est ça moque toi, je me vengerais. Dit-il en bougonnant. Tu vas mieux à ce que je vois.

- Je me détends. Lui répondis-je en m'allongeant sur l'herbe, écoutant toujours la voix de mon idole.

Mais je ne pus rester longtemps allonger alors je me mis debout et recommençai à danser avec sensualité. Je me laissai porter complètement, ne répondant plus de rien, je frissonnai en sentant les mains de Jacob sur ma taille et son corps contre le mien, bougeant au même rythme. Nos yeux ne se quittaient plus, complètement hypnotisés, un doux sourire flottait sur nos lèvres. Nous n'étions plus que des pantins, des marionnettes manipulées par la musique. Quand la chanson se termina, une autre s'enchaina tout de suite, un tango cette fois, «el tango de Roxanne» du moulin rouge. Par un seul regard, nous savions les pas, les enchainements, tout nous vint naturellement. Nos corps dansaient à l'unisson, nos esprit et pensées ne faisaient qu'un, deux corps mais une seule âme, nous étions dans notre bulle, seule la musique nous parvenait.

Quand le tango s'acheva des applaudissements retentirent tout autour de nous, un petit groupe formait un cercle autour de nous. Essoufflés, nous nous regardâmes, tous deux étonnés, puis un grand éclat de rire nous traversa. Me mettant sur la pointe des pieds, je déposais un rapide baiser sur ses lèvres qu'il me rendit, me faisant un petit clin d'œil quand nous nous séparions. Nous savions tous les deux que ce baiser ne signifiait rien, juste une marque tendresse. Jacob tout comme moi était homosexuel, mais nous le cachions l'un comme l'autre de peur de la réaction de nos proches. Des sifflements retentir, alors que je sentais un regard furieux lacérer mon dos. Je me tendai légèrement entre les bras du quileute, m'interrogeant du regard je lui fis un signe discret vers les personnes se trouvant derrière moi. D'un coup d'œil discret, il s'informa de la personne au regard haineux, se penchant vers moi, il murmura contre mes lèvres « Bella ».