Depuis plusieurs jours, la neige tombe à gros flocons, recouvrant entièrement la ville sous un épais manteau blanc. Les routes sont devenues pratiquement impraticables. Nous coupant du reste du monde.

Esmée s'énerve de ne pouvoir aller en ville, elle a peur de n'avoir rien à manger pour Noël, Emmett grogne parce qu'il a peur que sa douce moitié ne puisse le rejoindre à temps pour les fêtes. Carlisle soupire devant le nombre d'accidents qu'il va voir affluer aux urgences, l'obligeant à rentrer tard. Edward, lui, reste égal à lui-même, imperturbable. Nous régalant de son talent de pianiste.

Mais moi je souris, le nez collé à la fenêtre. Je savoure avec joie ce spectacle.

Tout est si beau, si parfait que ça en est presque magique. La magie de Noël

Une alléchante odeur de canelle et de chocolat chaud m'attire vers la cuisine. Je la regarde s'activer, elle virevolte dans tous les sens en chantonnant. Elle rassemble les tasses encore fumantes sur un plateau, puis ajoute une assiette de biscuits à la canelle.

- " Un peu d'aide ! " lui proposais-je en la rejoignant.

Elle relève la tête et je vois son regard pétiller. Ses lèvres s'agrandissent dans un tendre sourire.À la voir me dévisager ainsi, je sens une chaleur familière m'envahir. C'est comme une épaisse couverture dans laquelle je me serai enroulée, blottie auprès du feu. J'ai mis du temps à réaliser que c'était de l'amour, son amour.

- " Merci ma chérie..." accepte-t-elle en me tendant le plateau, ses lèvres effleurent ma joue avant de repartir fouiller dans un placard.

Pendant une seconde, je ne bouge pas, je savoure puis je rejoins le salon.

L'odeur alléchante a attiré tout le monde, et ils sont déjà tous assis quand je dépose le plateau sur la table basse. Je prends une tasse et un biscuit, avant de me blottir dans ma causeuse favorite.

Carlisle a fait un feu de cheminée, je regarde les flammes lécher le bois, je l'écoute craquer. C'est beau. C'est comme l'amour d'Esmée, mais en plus fort. C'est l'amour d'une famille. Ma famille. Pas celle de mon sang, mais celle de mon coeur. Celle qui m'a choisie, adoptée, aimée tout simplement.

J'ai l'impression que c'était hier que je découvrais pour la première fois cette grande maison perdue dans les bois, que je rencontrais cette famille qui m'apporte tant. Or, cela fera déjà 5 ans que je suis officiellement une Cullen.

Je souris aux blagues d'Emmett, mon gros nounours, mon grand frère qui a toujours su me protéger quand des enfants se moquaient de moi à l'école. Il est mon garde du corps, ma béquille sur laquelle j'aime m'appuyer.

- " Tout va bien Bella ? " s'inquiète Carlisle, il me dévisage, soucieux.

-" Cela ne pourrait pas aller mieux..." lui répondis-je en m'allanguisant davantage dans mon fauteuil. " C'est le paradis..."

Esmée me sourit affectueusement, sa main effleure mon bras d'une caresse. Je me mettrai presque à ronronner, tellement je me sens bien.

La conversation reprend, mais je n'en écoute que des bribes. Je suis sur le point de m'endormir, mes yeux se font lourds, ils m'exortent à les fermer. Je suis sur le point de capituler, quand un nom retient toute mon attention. yeux s'ouvrent à nouveau, toute envie de dormir m'a brusquement quittée.

Le moindre centimètre de ma peau palpite, mon coeur bat la chamade dans ma . C'est un prénom ancien, légèrement démodé, mais qui lui va si bien... Je l'ai murmuré tellement de fois, qu'il semble être comme imprimé dans ma peau, dans mon âme.

- " ... cela serait tellement merveilleux s'il pouvait être là... Tous mes enfants réunis sous le même toit pour les fêtes, cela serait le plus merveilleux des cadeaux..."

La voix d'Esmée est exaltée, à nouveau ses yeux pétillent. On dirait une petite fille le matin de Noël. Je partage son suis impatiente de le revoir. Cela fait si longtemps qu'il n'est pas venu nous voir.

Avec son métier qui l'envoie régulièrement à l'autre bout de la Terre, il ne peut pas toujours faire ce qu'il veut. Mais il est heureux, il fait ce qu'il a toujours rêvé de faire. Soldat.

Je suis heureuse pour lui, même si je ne peux m'empêcher de m'inquiéter, c'est un métier dangereux oû les risques sont réels. Je ne préfère pas imaginer ce qui se passerait s'il ne revenait pas, s'il était tué là-bas. Rien que d'y penser me fait monter les larmes aux yeux.

- " Il a également dit qu'il avait une surprise..." ajouta Carlisle.

- " Oh !" S'exclama Esmée, impatiente. " Si seulement cela pouvait être des jours de vacances, j'aimerais tant qu'il reste plus de deux jours..."

Sa voix se fait mélancolique, son fils lui manque, et elle aussi tremble pour lui, même si elle ne veut pas le montrer.

- "C'est vrai que ça serait chouette !" Approuva Emmett.

- " Il arrive demain, vous n'aurez qu'à lui poser la question..." s'exclama Carlisle en rangeant les tasses sur le plateau.

- " Demain !" S'écria Esmée. " Et cette neige qui refuse de s'arrêter... Imagine qu'il ne puisse pas venir..."

- " Calme toi mon coeur, tu connais ton fils, s'il te dit qu'il sera là, tu peux lui faire confiance." La rassura-t-il

Sans dire un mot, je me glissai à ses côtés et pris sa main dans la mienne. Elle me remercia d'un sourire, sa lèvre inférieure tremblait, je voyais bien qu'elle essayait de ne pas fondre en larmes. Des larmes de joie.

Dans quelques heures, il serait là, dans cette maison. Il serait à côté de moi, je pourrais le regarder, le toucher même. Mes doigts me brûlaient déjà. Je mourais d'envie de les poser sur sa joue piquante de barbe. Me noyer au fond de son regard couleur de miel.

Je savais qu'elle partageait cette même envie, ce même besoin. Mais que nous n'espérions pas la même chose . Il était son fils, sa chair, son sang. Pour moi, il était un rêve à jamais inaccessible.

Il m'avait fait découvrir sans le savoir mes premiers émois amoureux. Votre coeur qui bat un peu plus fort quand il est dans la pièce, vos mains qui deviennent moites quand il s'approche .

Je savais que ce n'était pas bien, pas mal parce que nous n'avions aucun lien de parenté, mais pas bien tout de même.

Tout comme Carlisle et Esmée étaient mes parents de coeur, il était au même titre qu'Edward et Emmett mon frère de coeur.

Il venait d'avoir tout juste 23 ans quand je l'ai rencontré pour la première fois, avec son jean délavé, sa chemise noire et sa gueule d'ange, il avait chaviré le coeur de l'adolescente de 15 ans que j'étais alors.

J'avais gardé pour moi ce sentiment qui m'avait envahie et qui avait depuis refusé de me quitter . Il ne s'était pourtant jamais rien passé entre nous. Il avait toujours été le grand frère adorable dont j'avais tant besoin à l'époque.

Il avait même osé balancer un coup de poing à un type deux fois plus grand que lui, soit disant parce qu'il m'avait regardée de travers.

- " Que dirais-tu de m'aider à préparer son repas préféré..." proposa Esmée, me ramenant brusquement au moment présent.

- " Roti de porc au miel..." nous nous écriames en même temps, avant de partir dans un fou rire

-" Excellente idée !" Approuvais-je en glissant mon bras sous le sien, direction la cuisine.

OoooOoooOoooO

Deux heures plus tard, le roti mijotait lentement au four et nous mettions la touche finale au dessert, une tarte chocolat framboise.

- " Il va être ravi ! " s'exclama Esmée en finissant la vaisselle. " Et pour le petit-déjeuner de demain, j'ai de quoi faire des petis pains à la canelle."

Je ne pus me retenir de rire devant tant d'exubérance, elle ne tenait littéralement plus en place, fourmillant de milles et une idées qui lui feraient plaisir. Et je devais pratiquement être dans le même état. Ce qui expliquait sans doute pourquoi tout le monde était parti vaquer à leurs occupations.

Quand nous étions comme ça mieux valait nous faire de la place.

- " Et moi, je pourrais faire des croissants au beurre, je sais qu'il les adore ! " rétorquais-je en farfouillant dans les tiroirs à la recherche de mon livre de recettes,

- " Formidable ! " Approuva-t-elle, ravie.

- " Bonsoir ! " s'exclama Rosalie, le sourire jusqu'aux oreilles .

Apparemment le mètre de neige qui recouvrait la totalité de la ville ne l'avait en rien freinée. C'était à se demander comment elle avait fait pour accéder à la villa.

- " Salut Rose !" Lui répondis-je en l'embrassant.

Bien que totalement opposées physiquement - elle était aussi blonde que j'étais brune, et ses yeux étaient d'un bleu pur alors que les miens ressemblaient à deux morceaux de chocolat - nous étions devenues d'excellentes amies.

Il fallait dire qu'Emmett ne nous avait pas tellement laissé le choix. Entre Rose et lui, c'était l'amour fou, l'amour passion.

Elle était la femme de sa vie, et il était bien décidé à l'épouser. Il aurait donc été impensable que nous ne nous entendions pas. De plus, c'était quelqu'un d'adorable.

- " Je peux vous aider ?" Proposa-t-elle en léchant la cuillère de chocolat que j'avais utilisée pour faire ma tarte.

- " C'est gentil, mais on vient de terminer..." la remerciais-je. " Néanmoins, si une bonne tasse de chocolat chaud te tente, il en reste encore ?"

- " Volontier !" S'exclama-t-elle, ravie en allant se servir. " Au fait, Emmett vient de m'apprendre la bonne nouvelle, Jasper est de retour..."

Je vis Esmée acquiescer, les yeux pleins de larmes. Je savais que depuis l'engagement de celui-ci dans l'armée, il ne se passait pas un jour sans qu'elle ne tremble pour lui.

Alors j'étais heureuse qu'elle ait un peu de répit, surtout en cette période de l'année.

- " J'espère que nous aussi on aura droit d'y goûter à toutes ces bonnes choses ! Demanda-t-elle en louchant sur ce qui cuisait dans le four.

- " Ne t'en fais pas, personne dans cette maison n'avait songé te mettre à la diète !" M'esclaffais-je devant son air gourmand.

- " Très drôle !" Ricana-t-elle. " C'est tout de même pas ma faute si j'ai un bon métabolisme... !" S'écria-t-elle en regagnant le salon avec sa tasse .