Re-bonjour, bonsoir !

Tout de suite, sans plus attendre, le premier chapitre. Je ne vous cache pas que je suis toute excitée à l'idée de vous partager cette histoire, j'espère du fond du cœur qu'elle vous plaira autant qu'à moi (c'est un peu mon petit bébé).

Ne cherchez pas à la placer dans la saga, l'histoire ne prend compte aucun des cinq films, bien qu'elle s'inspire fortement du premier et du cinquième et de beaucoup d'imagination (et de folie?). Dans ce chapitre, rien de particulier, pas de sang, pas de choses qui pourraient choquer, vous pouvez y aller tranquillement !

Je vous souhaite une bonne lecture et vous retrouve en reviews (s'il vous plaît ?). Au cas où, rien ne m'appartient, hormis ma folie et le OC, je ne gagne rien en publiant ceci, juste une bonne dose de stress et un sentiment de satisfaction.


18 ans plus tôt.

Jack Sparrow, penché sur une unique bougie allumée, observant la cire brûlante couler sur la table, incrustée dans les veinures du bois, se trouvait dans la cabine du capitaine, plongée dans la pénombre, les nuages gris dissimulant la lune et ses fins rayons blancs. Les ombres dansaient sur son visage aux traits tirés et au front plissé. Sa jambe droite était prise de soubresauts incontrôlables. Cela faisait trois heures qu'il attendait Hector Barbossa, qui lui avait donné rendez-vous sur son navire. Il lui avait paru si paniqué que Jack n'avait même pas jugé bon de lui rappeler qu'il était le seul propriétaire du Black Pearl. Il avait bien compris que leur petite guerre concernant le bâteau passait bien au-dessus de la tête d'Hector à ce moment-là, mais, alors, qu'avait-il pu arriver pour le mettre dans un tel état ? Et quel était ce trémolo – qu'il aurait qualifié d'ordinaire de pitoyable – dans sa voix ? Quel Dieu s'était soudain éveillé pour réussir à ébranler le capitaine Barbossa ? Mais, surtout, qu'attendait-il de Jack ? Comment ce dernier allait-il bien pouvoir lui porter secours ? Jack s'attendait à tout, redoutait tout, alors que la bougie se consumait lentement, dépassant la moitié du bâton de cire. Il n'en pouvait plus de rester sur ce bout de bois inconfortable ; il se leva alors, reculant sa chaise dans un raclement sonore et désagréable, prêt à faire les cents pas pour s'éviter de fuir, lorsque la porte s'ouvrit en grand, révélant un Barbossa trempé jusqu''aux os, les cheveux plaqués sur le visage, les vêtements collés au corps. Les yeux de Jack tombèrent irrémédiablement sur le couffin aux draps blancs qu'Hector tenait à bout de bras. Il fronça les sourcils et se rassit, prenant une attitude légère, comme il en avait l'habitude, pour masquer son trouble.

-Quand tu ramènes du rhum, tu n'fais pas les choses à moitié, l'ami. Cependant, une bouteille aurait suffi.

Hector ne répondit pas, ferma la porte derrière lui, camouflant le bruit de la pluie qui s'abattait au-dehors, et se laissa tomber sur la chaise en face de Jack, posant son fardeau sur un tabouret entre les deux hommes. Il était essoufflé et semblait avoir pris dix ans tant ses épaules et son dos étaient voûtés. Sur ses joues, l'eau et ce que Jack devina être des larmes ruisselaient à torrents. Jack perdit son beau sourire et ne put empêcher son regard de lorgner le linge qui cachait l'intérieur du couffin. Au fond de lui, il priait pour qu'Hector lui fasse une blague – de mauvais goût, certes, mais il avait pris l'habitude – et qu'il y découvre un bon repas, accompagné de bonnes bouteilles de vin rouge. Il aurait même préféré mille fois ne rien y trouver du tout plutôt que de tomber, lorsque sa main écarta le drap, sur une paire de grands yeux bleus, si douloureusement semblables à ceux de l'homme en face, qui le fixaient, un adorable sourire sur des fines lèvres. Des petits poings potelés serraient le vide tandis que des jambes tout aussi dodus s'agitaient dans l'air. De légers gazouillis joyeux sortaient d'une bouche arrondie.

-Un… bébé ? dit enfin Jack à voix basse, comme si le mot lui-même était absurde.

-Le mien, précisa Hector d'une voix lugubre si bien que Jack la reconnut à peine.

Jack voulut se persuader de toutes ses forces qu'il s'agissait là d'une supercherie et un semblant de bonne humeur revint. Finalement, ça n'était pas si grave que ça. Ils allaient s'en sortir et, dans quelques semaines, ils en riraient grassement. Hector ne pouvait pas être sérieux.

-Hector, ricana-t-il doucement, tu t'es fait avoir, mon ami. Une jolie donzelle est venue t'voir, te jurant qu'il était d'toi et tu es tombé dans l'panneau comm'un débutant. Quoi qu'on pourrait presque dire qu'il a ta bouche.

-Elle, rectifia-t-il.

-Elle ?

-C't'une fille, Jack.

-C'est vraiment important ? demanda-t-il alors que son visage se froissait en une grimace.

-Jack, cette petite est d'moi. Regarde ses yeux.

-Tu n'es pas l'seul à posséder des yeux à s'damner, Hector, contra Jack qui fit intentionnellement traîner sa voix.

La lumière vacilla légèrement, comme prise dans une brise, avant de se stabiliser à nouveau. La petite renifla et se frotta les yeux. Les deux hommes avaient le regard rivé sur elle, pour Jack, comme si elle mettait en péril le fragile équilibre de leur vie, pour Hector, comme si elle était susceptible de prendre ses jambes à son cou et de détaler d'ici.

-Tu n'as aucune preuve de c'que tu avances, l'ami, finit par lâcher Jack, semblable à une sentence irrévocable.

-Toi non plus, l'ami, rétorqua Hector qui avait pris un ton similaire à celui du pirate en face. Je te dis qu'elle est d'moi, je le vois. Pire que ça, je l'sais. Sa mère, je… j'n'aurais jamais pu l'oublier. On s'est connu il y a presque neuf mois.

-En voilà la preuve ! s'exclama Jack, triomphant. Si ça n'fait pas encore neuf mois, comment il pourr'être de toi ?

Jack était persuadé de tenir Hector, de lui montrer la vérité, de la lui coller sous les yeux. Pourtant, l'homme sembla s'obstiner.

-Tous les bébés n'naissent pas à terme, Jack.

-Mais peut-être que c'lui-ci oui.

-J'te dis que non.

-La mère a très bien pu connaître quelqu'un d'autre avant toi.

Hector fit claquer sa langue contre son palais, agacé par l'acharnement de Jack.

-Elle t'l'a dit, c'est ça, se moqua-t-il amèrement.

Hector ne répondit pas, ses yeux toujours tournés vers la petite chose qui s'endormait doucement.

-Tu sais qu'on n'peut pas faire confiance aux femelles, Hector.

Il attendit encore quelques minutes que la petite soit parfaitement endormie avant de tourner son visage, teinté d'orange, dû à la flamme au centre de la table qui tanguait dans ses yeux si sombres, et de rouge. Cramoisi de colère et d'exaspération.

-Elle était vierge quand je l'ai connue, Jack, ça t'va ?

Jack, une nouvelle fois, perdit de sa superbe et sa bonne humeur le quitta définitivement. Pourquoi cela semblait si difficile à Hector de le lui avouer ? Pourquoi était-il si bouleversé par cet enfant ? Alors que les yeux du plus vieux se troublaient dans le néant opaque de la pièce, Jack prit conscience d'une chose ; il était en train de songer à abandonner sa vie de pirate pour… quoi ? Élever le bébé ? Il était forcément tombé sur la tête pendant qu'il se rendait sur le Pearl, Jack ne voyait pas d'autre explication et, en tant qu'ami – ils étaient amis avant tout, n'est-ce pas ? – il était de son devoir de lui faire entendre raison. Il ne pouvait décemment pas laisser sa vie de toujours derrière lui sous prétexte qu'une poule lui ait collé un gamin dans les pattes. Des larmes, comme des perles de pluie précieuse, roulèrent lentement le long du visage de Barbossa.

-Tu l'aimes, murmura Jack en même temps qu'il s'en rendait compte.

Hector secoua la tête, dispersant ses larmes sur la table, et leur goût, toujours ancré sur la langue de Jack, se réveilla, emplissant sa bouche de ce parfum salé qu'il avait tant apprécié, une nuit. Il ressemblait tant à un enfant, poussé dans le grand monde et perdu.

-Je l'aimais. Cette nuit-là, il y a si longtemps, il y a neuf mois, je l'ai aimée de tout mon cœur. Et, lorsque j'ai dû la quitter, au p'tit matin, alors qu'elle dormait toujours, j'ai songé un instant à l'emm'ner. Ou à rester. Mais elle était si jeune, Jack, j'avais plus que l'âge d'être son père. Qu'aurait-elle fait avec moi ? Quel avenir avait-elle ? J'n'ai pas pu non plus me résoudre à lui imposer ma vie. Mais si j'avais su. Si j'avais su qu'elle était là, avoua-t-il en posant un tendre regard sur le bébé endormi depuis longtemps maintenant. Jamais je n'serai parti.

Son menton trembla et la pluie, dehors, se fit plus forte, plus assourdissante, claquant sur la coque du navire, soufflant dans les fenêtres.

-Je m'souviens si bien, trop bien peut-être. J'avais fait une halte à Tortuga avant de repartir chasser mon navire. Te chasser, toi.

Il baissa la tête, regardant ses mains noueuses qu'il triturait.

-J'avais l'choix. Et j'ai choisi l'océan, le Pearl. J't'ai choisi, Jack. Qui de suffisamment sain d'esprit te choisirai à une belle jeune femme ? Qui m'aimait, en plus de ça, tu peux l'croire ? Elle m'aimait. Elle m'aimait, répétait-il doucement, comme pour s'en convaincre.

-Peut-être qu'elle t'aime encore, chuchota Jack.

D'où lui venait cette soudaine envie de le réconforter ? Il n'y avait jamais rien eu de ce genre entre eux. Enfin, à peu près. Jack chassa les souvenirs qui s'insinuaient sournoisement dans sa tête.

-Pourquoi n'pas être resté avec elle ? Pourquoi t'es là ?

-Elle a réussi à m'joindre, continua Hector, sans prendre en compte les questions de Jack, je ne sais pas comment elle a fait, mais toujours est-il qu'un matin, il y a quatre jours, j'ai reç'une lettre d'elle. Elle m'annonçait la nouvelle. J'ai accouru, comme toujours lorsqu'il s'agissait d'elle.

Un sourire, un peu nostalgique, s'étira lentement sur ses lèvres. Il passa une main sur son front, ramenant ses cheveux moites sur ses tempes, et se gratta le menton de ses ongles sales.

-J'ai passé les derniers jours à ses côtés, prenant soin d'elle comme si j'n'étais plus un pirate, comme si j'étais un homme ordinaire, un mari et un futur père ordinaires. Mais j'n'étais rien de tout cela et le ciel m'en a fait un douloureux rappel. Son accouchement a été long et atroce, pour elle, pour moi, et, dorénavant, je suis l'seul à porter ce fardeau, à garder les souvenirs dans ma mémoire.

Jack comprit la terrible réalité au moment où les mots passèrent la barrière des lèvres d'Hector.

-Elle n'a pas survécu.

Hector s'essuya les yeux et entreprit de gratter la cire sur le bois. Après une longue hésitation, Jack déposa ses mains sur celles de son ami. Ce qu'il avait à lui dire n'était pas simple, il savait par ailleurs qu'Hector n'apprécierait pas non plus. Il s'humecta les lèvres, tenta de trouver les bons mots et ouvrit la bouche.

-Je n'peux pas la garder.

Ce fut Hector qui parla en premier, noyant les paroles de Jack quelque part au fond de sa gorge.

-Je vais la laisser sur les marches d'une p'tite église. Elle sera recueillie par les nonnes. C'est le meilleur'avenir que j'puisse lui offrir.

-Tu pourrais aussi la garder.

Jack se surprit lui-même. Lui qui avait été si déterminé à lui faire comprendre qu'il serait fou – et risqué – de garder la petite avec lui, voilà qu'il s'entendait lui proposer le contraire. Il se mordit la lèvre, s'intimant silencieusement de la boucler. Hector ricana alors qu'il attrapait le pouce de Jack entre ses doigts et commençait à jouer avec.

-Jackie, je n'vais certainement pas risquer la vie de ma fille.

-T'es un bon pirate, tu sauras la protéger.

Jack ne contrôlait plus sa voix, ses mots. Il avait le sentiment désagréable d'assister à la scène, terré dans un coin, dans l'ombre, semblable à un rat, impuissant.

-Ça suffit, souffla-t-il. Tais-toi, maint'nant.

Il baissa la tête et son visage se perdit dans l'ombre tandis que ses poings se serrèrent. Jack sut que, s'il continuait, Hector céderait, il caressa alors ses phalanges doucement et apprécia sa chaleur. Le souvenir, si lointain, si pur, de cette chaleur sur sa propre peau s'imposa brutalement à lui et il se força à repousser ces images très loin dans sa mémoire, quelque part où elles ne seraient pas susceptibles de revenir à tout instant, comme c'était le cas chaque fois qu'il se trouvait en présence du pirate. Hector se mit à sangloter doucement, ses épaules secouées par les larmes qui tombaient sur le sol en une lente chute. Jack apporta les mains jointes de l'homme à sa bouche et les embrassa. En réalité, il déposa juste un instant ses lèvres sur ses doigts, c'était certainement loin de la définition de ce que pouvait être un baiser, mais entre les deux hommes, rien n'avait jamais vraiment été dans les normes. Il reposa leurs mains jointes sur la table, près de la bougie, qui arrivait dangereusement à la fin du bâton, si près qu'ils purent sentir tous deux la brûlure de la flamme sur leur peau froide. Jack avait tout un tas de formules toutes faites sur le bout de la langue « tu verras, tout ira bien », « ça va s'arranger », « n'aie pas peur, je suis là », mais laquelle était la plus juste, la plus vraie ? Laquelle avait-il le droit de dire ?

-C'est la bonne décision, fut tout ce qu'il réussit à articuler avec un mince filet de voix.

Hector hocha lentement la tête ; ils en étaient conscients tous les deux, alors pourquoi était-ce si dur de se lever et d'accomplir le destin de cette enfant ? Jack eut un infime pincement au cœur pour la petite, qui, dès sa naissance, avait perdu sa mère et s'apprêtait à perdre son père. Que lui réserverait encore la vie ? Il secoua la tête ; ça n'était pas son problème, et ça ne serait bientôt plus le problème de son ami non plus. Ils allaient reprendre leur vie, leur chasse au Pearl, au rhum et aux trésors, comme ils l'avaient toujours fait. Hector retira ses mains de sous celles de Jack et s'essuya les joues, toussota et se leva, la tête toujours baissée. Jack se leva à son tour. L'heure était venue. Il avait décidé du sort de sa fille, et du sien par la même occasion. Il rabattit le linge, dissimulant l'enfant, et saisit les poignées du couffin, sans le soulever toutefois. Il tourna son visage vers Jack, sans le lever.

-J'ai b'soin que tu m'fasses une promesse, Jack.

-Tout c'que tu voudras, Hector.

-N'en parle jamais à personne.

Jack garda le silence un instant. Serait-il capable de se taire s'il était amené, un jour, à recroiser la route de cette enfant ? Ne mériterait-elle pas alors de connaître la vérité ?

-Personne. Promets-le, le pressa Hector.

-J't'le promets.

Hector releva les yeux sur Jack, plongeant son regard scintillant d'étoiles et de larmes dans celui de son ami. Il souleva le couffin, se dirigea vers la porte, l'ouvrit, laissant entrer quelques gouttes de pluie et le bruit assourdissant de la tempête qui durerait encore toute la nuit, et, sans se retourner, murmura une dernière phrase à l'intention de Jack.

-Le Pearl est à toi.

Jack entendit un craquement quelque part à l'intérieur de lui alors que la porte se refermait sur Hector et sa fille. Le capitaine du Black Pearl retomba lourdement sur sa chaise, le regard vide, les épaules basses, tandis que la bougie s'éteignait, consumée. C'était son cœur qui venait de se fissurer.


Voilà, à vendredi, les amis !