Chapitre I

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Soyez réalistes : demandez l'impossible. – E. Guevara.

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James sortit du terrain en agitant les bras, et en envoyant des baisers en l'air. Il était dans un état d'excitation pas croyable. L'équipe venait de gagner son cinquième match consécutif, et bon nombre des joueurs allaient embarquer pour Dallas le soir-même. Il avait joué quelques temps dans des clubs anglais, mais il avait décidément eu raison d'intégrer une équipe américaine, parce qu'il jouerait à partir de la semaine prochaine dans l'équipe nationale lors des rencontres amicales de l'été, et il en serait sûrement de même pour

Et, pour couronner le tout, il retrouverait Sirius et Peter à Dallas. Que demander de plus ? Une ombre apparut dans son esprit, mais il la chassa bien vite. Aujourd'hui, tout était bien. Il était couvert de gloire, joueur de Quidditch renommée, et il allait se payer du bon temps avec ses deux meilleurs amis.

- Dallas, les gars ! s'exclama l'un des joueurs. Dallas et une semaine de vacances ! On va pouvoir forcer la dose sur l'alcool.

- Moi, j'ai deux mois avant la reprise des rencontres, glissa l'un des petits nouveau. On n'a pas tous eu la chance d'être sélectionnés pour aller crever sous le soleil…

- Ton tour viendra, mon gars…, lui promit l'attrapeur avec un sourire narquois.

Il reçut une chaussure en pleine tête, et les joueurs commencèrent à se chamailler gentiment. James ôta son tee-shirt en souriant. Cela faisait des mois qu'il n'avait pas eu de véritable pause. Il allait savourer celle-ci. Et si tout se passait bien et qu'ils gagnaient les matchs suivants, ils resteraient au Texas encore un bon mois.

James quitta le stade sous la huée des supporters, marche obligée jusqu'au point de transfert après une victoire. Il fallait bien contenter les admirateurs, et surtout, les admiratrices… C'est en regardant tous ces visages heureux qu'il réalisa qu'ils ne représentaient pas un reflet de son visage, contrairement à ses coéquipiers qui semblaient fous de joie. Et il y avait de quoi l'être vu l'excellent départ qu'ils avaient pris.

Mais James n'était pas aussi heureux qu'il aurait dû l'être. Les petites-amies (ou mêmes fiancées pour certaines) des joueurs les avaient rejoints, et se serraient contre leurs chéris avec satisfaction. James savait ce qui n'allait pas. Mais il n'aimait pas y penser. Seulement voilà, il allait avoir une semaine de congé, et il savait que ce serait l'occasion idéale pour cogiter ses sombres pensées. Même s'il n'en disait rien, il espérait très fort que Sirius et Peter lui avait prévu un programme ne laissant pas place à une seule minute de répit. Il voulait avoir l'esprit occupé en permanence, ne pas avoir une minute à lui. Finalement peut-être que, comme il le croyait d'abord, il aurait préféré continuer à voler jusqu'à l'épuisement…

Son état d'esprit, en l'espace d'un quart d'heure à peine, s'était considérablement détérioré. C'était dans sa nature James ne faisait jamais les choses à moitié, de même qu'il ne ressentait pas des émotions à moitié. Il était ou pleinement heureux, ou pleinement en colère, triste, joyeux… Les gens disaient qu'il était facile à vivre. C'était faux. Simplement, ces personnes l'avaient toujours vu entouré de ses amis, ou de personne chères à ses yeux. Avec les gens qu'il aimait, il ne pouvait pas rester taciturne. C'était impossible. À quoi servaient les amis, sinon ?

Ils étaient arrivés devant la porte de transfert. James, en sa qualité de premier poursuiveur, s'engagea directement derrière le gardien. Le temps maussade de Seattle disparu en quelques secondes, remplacé par le soleil éblouissant de l'État des Cow-boys. Leur entraîneur avait beaucoup râlé lorsqu'il avait appris où il devrait emmener son équipe. La température descendait rarement en-dessous des trente degrés au mois de juillet. Mais Dallas avait été choisie pour accueillir la cérémonie du Souvenir, cette année-là, sans doute pour faire augmenter le tourisme, et James ferait partie des animations. On ne pouvait décemment pas passer d'agréables vacances sans un match de Quidditch à regarder…

La foule, qui attendait les joueurs près de la zone de transfert, se mit à les acclamer bruyamment. Les joueurs ne transplanaient jamais directement dans les hôtels pour faire une petite apparition publique, et entretenir leur popularité. James répondit à leurs saluts, plus par habitude que par enthousiasme. Il commençait à comprendre les craintes de l'entraîneur vis-à-vis de la chaleur…

- James ! JAMES !

Il connaissait cette voix. Il tourna automatiquement la tête vers la gauche, et vit Sirius qui agitait le bras.

- Sirius ? s'étonna-t-il.

Un Auror s'approcha de lui et lui saisit le bras.

- Ne vous arrêtez pas. Vous devez entrer dans l'hôtel.

James se dégagea, mais obéit. Il ne servait à rien de rester au milieu de cette foule surexcitée.

On guida les sportifs à l'intérieur d'un splendide hôtel cinq étoiles. Les murs étaient de marbre blanc, et un grand escalier montait aux étages, avec des rampes délicatement sculptées. Des plantes et des fleurs jaillissaient de partout. On entendait le murmure d'une fontaine en provenance du parc derrière, qui devait sûrement être également. Tout était fin, précieux. Des hôtesses et des grooms se présentèrent devant eux pour les guider à leur suite, et porter leurs affaires. Ils disposaient d'un salon au premier, d'un bar sur la terrasse, d'un lac à cinq minutes à pied… James ne retint pas la moitié de ce que la jeune femme devant lui lui disait. Il était habitué à tout cet étalage de richesses, mais il fallait reconnaître que Dallas avait fait fort. Sans doute pour essayer de faire oublier le peu d'implications du pays durant la guerre…

Enfin, James put entrer dans sa suite. Elle était composée d'une antichambre de couleur or, avec fauteuils en cuir, et petite table basse d'un style que James ne connaissait pas mais que…

Il manqua soudain d'air, et se tint à la porte pour ne pas tomber.

- Tout va bien, monsieur ? s'inquiéta l'hôtesse.

- Oui, merci, répondit James en crispant la mâchoire, le souffle court.

- Si la couleur ne vous convient pas nous…, commença l'employée, désemparée.

- Laissez-moi tranquille.

L'hôtesse ne parut pas offensée. Elle devait avoir l'habitude des clients riches et arrogants, qui se croyaient supérieurs à de pauvres filles comme elles, qui trimaient toute la journée pour satisfaire le moindre de leurs désirs. Était-ce parce qu'au milieu de tout ce doré ses cheveux bruns prenaient une teinte auburn que James se reprit ? Sûrement. Il n'était pas un client quelconque, indifférent et grossier.

- S'il vous plaît.

La fille, qui avait déjà tourné les talons, lui fit face, surprise. James esquissa un petit sourire navré, et elle quitta la pièce.

Dès qu'il fut certain qu'elle était réellement partie, et non pas en train de l'espionner, caché derrière la porte (des potins sur des célébrités, cela rapportait cher), il se laissa tomber sur l'un des fauteuils. Il laissa promener ses doigts sur les accoudoirs ouvragés. Il aurait dû savoir quel style c'était. Louis XV ? Louis XVI ? Tous ces rois français, que l'on distinguait seulement avec des chiffres… Mais il aurait dû savoir. Sa Darling… Sa Darling adorait restaurer des antiquités.

Penser à elle était douloureux. C'était pour cela qu'il craignait autant le repos, qu'il faisait tout pour rester en mouvement. L'action lui évitait de réfléchir, de ruminer ses pensées.

La porte s'ouvrit d'un coup, et James sursauta, craignant un retour de l'employée de l'hôtel. Mais c'était Sirius qui venait d'entrer, tel un roi, dans toute sa splendeur, bombant le torse, vêtu d'une robe noire soyeuse, ses cheveux tombant avec grâce sur ses épaules.

- Salut, Cornedrue ! s'exclama-t-il avec force, comme s'il devait couvrir le bruit d'une fanfare qui aurait accompagné son arrivé.

- Salut, répondit James d'un ton morne en s'enfonçant dans son fauteuil.

Sirius fronça les sourcils, ferma la porte, donna un coup de baguette dessus pour que personne ne puisse l'ouvrir, et s'affala dans le deuxième fauteuil, à la gauche de James. Il posa une main sur le bras de son meilleur ami, et demanda :

- Qu'est-ce qu'il y a ?

James ne répondit pas, et fixa le sol d'un regard terne.

- James ? insista Sirius en lui secouant légèrement le bras.

Il était mal à l'aise, car voit son meilleur ami aussi amorphe était très rare. C'était toujours lui, Sirius, qui faisait la tête pendant des semaines, pouvait se montrer aussi insupportable que sa mère un jour, et heureux comme un gamin le lendemain. James était celui qui était conciliant, constamment de bonne humeur, éternel optimiste.

- Hé, mec, tu commences à me faire flipper là… Vous avez gagné pourtant !

James tourna sa tête vers lui avec lenteur.

- Ce n'est pas à propos du match, dit-il en fixant Sirius droit dans les yeux.

- Ah…, fit ce dernier. Qu'est-ce que c'est, alors ?

James détourna les yeux, et fixa la porte face à eux.

- C'est elle, Patmol. C'est elle.

- Elle ? répéta Sirius sans paraître comprendre. Tu veux parler de l'hôtesse plutôt canon qui sortait de ta chambre ? Elle n'aime pas le Quidditch et t'a envoyé balader ? - James secoua la tête - Euh… c'est à propos de Nina ? Tu sais, la meuf sexy que t'avait croisé à Marrakech et qui… - James fit non de la tête -.

Sirius esquissa un sourire gêné. En vérité, il pensait savoir de qui James parlait. Bon, s'il voulait être honnête, il savait parfaitement de qui James parlait. Il préférait simplement faire semblant de l'ignorer. Parce que cette histoire avait un côté glauque… Et qu'il avait peur que James ne finisse par devenir un mort-vivant, à s'accrocher à cette fille comme une huître à un rocher. Et ce n'était pas qu'une image. Ces cinq dernières années… Ces cinq dernières années, en apparence, James avait été James. En apparence. Mais au fond… Au fond de lui-même il n'était plus rien. La fille dont il était éperdument amoureux avait pris son cœur, son âme, sa volonté de vivre, et ne les lu avait jamais rendu. Peter et Sirius en avait parlé, une fois, après avoir un peu bu - ce genre de discussion nécessitait toujours une bonne dose d'alcool -, et Sirius avait été rassuré de voir qu'il n'était pas le seul à avoir peur.

- James, dit-il d'une voix rauque. James, s'il te plaît…

Il n'aimait pas paraître suppliant, mais c'était James, et il aurait été prêt à vendre son âme au diable pour sauver James. Il voulait retrouver son frère, et se débarrasser de ce fantôme qui avait pris sa place. Et encore, même un fantôme n'était pas aussi apathique…

C'est avec un malaise encore plus grand que Sirius vit apparaître des larmes dans les yeux de son frère de cœur. Sirius pleurait. Sirius pleurait lorsqu'il voulait changer de vie, se débarrasser de sa mère, oublier une fille qui lui brisait le cœur, ou bien lorsque Lunard lui manquait. James ne pleurait pas. Sirius pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où James avait pleuré. Lorsqu'il avait appris que ses parents étaient malades. Lorsqu'ils étaient morts, peu de temps après. Lorsque sa Darling, comme il l'appelait, l'avait largué. Lorsque Lunard les avait quittés…

- James…, répéta Sirius en posant une deuxième main sur son épaule.

- Je suis désolé, Sirius, dit James. Mais je ne peux pas continuer…

Chaque mot fut comme un poignard enfoncé dans le cœur de Sirius. Il y a cinq ans, il avait eu peur, très peur, encore plus aujourd'hui. Peur de découvrir un jour que James était parti… Le jeune homme avait des idées noires en permanence, ne parlait que de mort, de départ… Sirius avait passé deux années à essayer de lui montrer le monde sous un nouveau regard, sans sa chérie, lui prouver qu'il devait poursuivre sa vie, que d'autres personnes n'attendaient que de le rencontrer… Cela lui avait demandé des trésors de patience, lui qui était si impulsif. Il avait cru y être arrivé, lorsque James avait intégré trois ans auparavant une équipe de Quidditch américaine. Sirius avait pensé que leurs galères étaient derrière eux…

Mais lors de la première – et seule – pause de James, il avait compris que c'était loin d'être le cas. Sur le terrain, lors des soirées officielles, et durant les séances de dédicaces le jeune homme était enjoué, blagueur, et même, un peu dragueur. Il était parti à Marrakech avait Sirius pour se reposer un peu. Les pires vacances de Sirius, sans hésiter… James ne pleurait pas, non. Il se montrait apathique, sans aucune volonté. Une fois de plus, avec énormément de craintes, Sirius avait songé au suicide. Cela le terrorisait. Il fallait qu'il sorte son ami de cette spirale infernale dans laquelle il semblait s'être engagé. La fin de la guerre était arrivée, et les vacances de James terminées. Le travail l'avait revigoré.

Deux semaines après, Severus Rogue avait été acquitté par le Magenmagot. Sirius avait demandé une semaine de congé, redoutant une nouvelle rechute. Mais tout s'était bien passé. James semblait être définitivement redevenu lui-même. Enfin, c'était ce que Sirius s'était efforcé de croire, parce qu'au fond de lui, il trouvait que son ami était toujours un peu vide. Il avait choisi de faire semblant, de se dire que ce n'était qu'une question de temps.

Cependant, aujourd'hui, les larmes de James prouvaient que le temps ne guérissait pas toutes les blessures. Certaines sont juste trop profondes. Une éraflure disparaît sans même que l'on ne s'en aperçoive, mais une torture longue et violente ne s'oublie jamais…

- James, il est temps que tu l'oublies, décréta Sirius avec toute la douceur dont il était capable. Cette fille ne t'a jamais rien apporté de bien !

- C'est faux, rétorqua James d'une voix rauque. J'ai toujours su que ce serait elle. Je l'ai toujours aimée.

- Même quand tu disais qu'elle était une insupportable petite peste ? releva Sirius avec scepticisme. Même quand tu l'insultais de traîtresse parce qu'elle ne haïssait pas les Serpentard ? Même quand… - sa voix se brisa, mais il se reprit, déterminé à montrer à son meilleur ami qu'il avait raison - même quand elle a rompu à distance avec toi, juste après que tu l'aies demandée en mariage ? Dumbledore lui-même a fait en sorte que tu ne puisses pas reprendre contact avec elle ! Sûrement parce qu'il savait qu'elle était complètement folle et que…

- Moi aussi, je suis fou, déclara platement James. Non, ne le nie pas ! ajouta-t-il en voyant que Sirius s'apprêtait à protester. Tu refuses de le dire, mais je sais que tu le penses. Je suis fou. Par contre, tu te trompes sur un point. Je l'ai toujours aimée, même si j'étais parfois trop idiot pour le reconnaître, et je l'aimerais toujours, bien que tu la détestes à cause de ce qu'elle m'a fait.

Sirius prit un air peiné.

- Ne m'accuse pas de la détester. Elle t'a pratiquement conduit à la mort.

James s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, et passa un doigt sur les dorures de l'accoudoir.

- Pourtant, c'était toi qui disais que Lily Potter, c'était un très joli nom…

Sirius baissa les yeux vers le sol pour ne pas croiser le regard de son meilleur ami. De Lily Potter, il n'y en avait jamais eu, même si cela sonnait délicieusement à l'oreille. Lily Rogue, c'était affreux, brut, grossier. Finalement, le mieux était encore Lily Evans… Une fille qui les détestait, avec qui ils n'avaient rien en commun. Pas cette personne qui avait su s'infiltrer parmi eux, et qui les avait peu à peu détruits. Jusqu'à quel point ? Nul ne le savait encore.

OoOoOoO

Il était presque seize heures, et elle allait être en retard. Peut-être que si elle n'avait pas perdu autant de temps ce matin à la commission des voyages internationaux… Lily se trouvait toujours à l'hôpital, et le Médicomage en chef ne semblait pas disposé à la laisser partir. Simplement parce qu'elle était arrivée dix minutes en retard et qu'il était très pointilleux sur la ponctualité… Ne comprenait-il pas qu'elle avait un emploi du temps surchargé ? Les gens se pensaient seuls au monde avec leurs problèmes, et se montraient d'un égoïsme sans limite dès lors qu'ils sentaient des ennuis pointer à l'horizon. Le Médicomage était en rupture de stock pour une potion vitale à l'un des patients. Il avait peur que ce dernier ne porte plainte. Severus ne lui avait-il pas dit de réduire la dose à une fois tous les deux jours ?, Lily était navrée pour le patient, mais ne parvenait pas à plaindre le Médicomage. Ce n'était pas parce qu'il était médecin qu'il devait se croire supérieur à ceux qui l'avait approvisionné.

- Docteur…, tenta Lily.

Sa montre lui rappelait sans cesse que l'heure du départ arrivait dangereusement. Elle détestait transplaner, mais elle allait devoir s'y résoudre, parce que c'était plus rapide que les cheminées du l'hôpital, qui se situaient Merlin seul savait à quel étage.

Mais le Médicomage fit mine de ne pas l'avoir entendu, et continua à déblatérer sur son patient.

- Écoutez, docteur, je suis l'ambassadrice du pays, et je dois partir dans moins de dix minutes. Alors si vous vouliez bien m'excuser…

Lily saisit sa cape, tourna les talons, et claqua la porte derrière elle. Au diable la politesse ! Elle sortit de Sainte Mangouste à vive allure, et transplana dans une petite rue peu fréquentée.

Arrivée au Ministère, elle oublia toute retenue et se mit à courir pour attraper l'ascenseur, et monter à l'étage des transports. Pourvu que Severus ait pensé à retirer ses bagages ! Elle n'avait absolument pas le temps de le faire.

- Lily ! s'écria Severus en la voyant débouler au bout du couloir, complètement essoufflé.

Et, Merlin soit loué, il avait pris ses malles aux registres des bagages.

- J'ai cru que tu allais rater le départ ! dit Sev.

- Moi aussi, répondit Lily en haletant. Tu as toutes mes affaires ?

Severus allait ouvrir la bouche pour lui répondre quand une voix annonça :

- Dallas, départ numéro 234, porte J.

- C'est pour nous ! annonça Severus.

- Dépêchons-nous ! conseilla Lily.

Ils attrapèrent leurs sacs et leurs malles et s'engouffrèrent dans la salle J. Une hôtesse leur indiqua une table, sur laquelle était posée une vieille chaussure en cuir après avoir vérifié leurs passeports.

- Votre départ est dans moins d'une minute, les informa-t-elle. Attrapez le Portoloin.

Severus et Lily posèrent leurs mains sur la chaussure, et furent aspirés dans un tourbillon. Ils arrivèrent durement, un peu étourdis, en heurtant le carrelage immaculé qui se trouvait sous leurs pieds. La première pensée du Lily fut qu'ils allaient le salir, avec leurs robes toutes tâchées… Puis elle se rappela qu'elle s'était changée en vue de cette journée. Elle était bien loin, l'époque où elle était impeccable, toujours belle et bien habillée… Lorsqu'on travaillait devant un chaudron toute la journée, on se souciait peu de son apparence.

Tout était beau, trop beau autour d'elle. Severus attrapa sa main, et la serra contre lui. Elle se laissa faire sans rien dire. Elle était impressionnée par la finesse des gravures dans le marbre blanc, par l'agencement des fleurs, par le parfum qui lui parvenait depuis les jardins où elle pouvait deviner la présence d'une fontaine, entendant un léger jaillissement d'eau. Ce lieu était enchanteur.

- Bonjours, Mr et Mrs Rogue, leur dit une hôtesse avec un grand sourire.

Un sourire professionnel, sans aucun doute, mais qui semblait parfait, lui aussi, à l'image de l'employée. Splendide, bien proportionnée, sans un pli sur ses vêtements… Lily avait hâte de quitter ce monde de faux-semblants. Bientôt, lui avait promis Sev…

- Votre chambre se trouve au quatrième étage, poursuivit l'hôtesse.

Severus grimaça, et Lily sourit, amusée. Severus voulait toujours se terrer aussi profond qu'il était possible, aimant l'ombre, le secret, hormis lorsqu'ils étaient en voyage. Il demandait alors les chambres les plus hautes, pour échapper au bruit citadin.

- Ne vous inquiétez pas, les rassura aussitôt l'employée. Nos chambres sont parfaitement isolées. Je sais que vous aviez demandé les étages supérieurs, mais nous recevons aussi les joueurs de Quidditch, ce qui représente une réservation très importante. Cependant, ajouta-t-elle pour ne pas les froisser, si vous vous trouvez vraiment incommodés, notre directeur tentera de subvenir à vos désirs… Vous pouvez le contacter en vous rendant à l'accueil.

Severus retroussa les lèves. Le directeur allait en effet entendre parler d'eux. Lily, elle resta muette.

Les joueurs de Quidditch. Sev et elle avaient été invités dans une multitude de pays, et on les avait toujours conviés aux évènements sportifs. Mais les contrées où ils étaient allés jouaient à d'autres sports qu'eux, et Lily parvenait même à prendre du plaisir pendant les matchs. Elle n'avait pas revu de match de Quidditch depuis des années… Peut-être pourrait-elle prétexter un léger malaise pour échapper à ceux-ci ? Severus l'aiderait. Severus était toujours là pour l'aider, et il saurait faire en sorte de lui éviter cette horreur.

L'employée leur présenta les lieux, et répondit à leurs questions avec politesse. Enfin, aux questions de Lily. Severus s'était muré dans le silence.

Ils arrivèrent dans leur chambre. Leur suite, plutôt. Elle était couleur bleu pâle, ce qui soulagea Lily. Le bleu l'apaisait, et de plus, c'était une couleur neutre à ses yeux. Les rares fois où Sev et Lily parlaient de Poudlard, ils disaient qu'ils auraient dû se retrouver tous deux à Serdaigle. Gryffondor et Serpentard étaient deux mots bannis de leur langage. Quant à Poufsouffle… Même si aucun d'eux n'osait le dire, ils savaient parfaitement qu'ils n'étaient pas de très bons exemples de loyauté. Sev avait espionné les Mangemorts pour le compte de Dumbledore. Ça, c'était la version officielle. La version officieuse, c'était qu'il avait accompli tout ce qu'il avait fait rien que pour lui. Pour enfin gagner le cœur de celle qu'il aimait.

Lily, elle, avait rompu tout contact avec ses amis. Elle n'avait plus que Severus… Et lui n'avait plus que Lily. Ils n'avaient besoin de rien d'autre. Tous les deux se suffisaient parfaitement. Une personne extérieure aurait brisé leur parfaite entente. Mais une personne intérieure… Bientôt, se répéta-t-elle.

- Merci pour le bleu, dit Lily en souriant à son mari.

Mais Severus ne se dérida pas, et garda les bras croisés.

- Sev…

Lily s'approcha de lui, et déplia ses bras.

- Sev, s'il te plaît…

Il ne devait pas être en colère. Lily voulait bannir la colère et la violence de sa vie. Elle ne voulait que douceur et gentillesse.

- Le Quidditch, toujours le Quidditch, grommela Severus. Ils n'ont jamais rien fait d'autre que de voler après une balle, et ils gagnent des millions ! L'intelligence, le travail, ce sont des mots bannis !

- Sev…

- Et dire qu'en plus ils…

- Sev ! s'écria Lily, au bord des larmes.

Son mari s'arrêta aussitôt.

- Ce n'est pas vrai, bredouilla-t-elle, il y en a qui n'ont pas fait que ça de leur vie. Tout comme nous ne passons pas notre temps à jeter des ingrédients dans un chaudron.

À peine eut elle fini de parler, qu'elle sut qu'elle n'avait fait qu'aggraver les choses. Severus n'était pas un saint, et elle l'oubliait trop souvent. Lui aussi avait ses propres démons.

- Tu parles de Potter, c'est ça ? Dois-je te rappeler qui il est vraiment ? Comment il a…

- Sev !

Elle pleurait vraiment, à présent, mais de toute façon, Sev l'avait vu pleurer des milliers de fois. Elle n'avait rien à lui cacher. Aujourd'hui, cependant, il dépassait les bornes.

- Ne me parle pas de James ! Je ne veux plus jamais, plus jamais entendre parler de lui !

Elle marcha à grands pas vers la porte, l'ouvrit, et sortit dans le couloir tandis que Severus tentait de la retenir.

- Lily !

Elle claqua la porte derrière elle avec toute la violence dont elle était capable, juste avant de se rappeler qu'elle était dans un hôtel luxueux, et que c'était tout sauf un comportement digne du prix Potion 1985.

- Qu'ils aillent tous se faire voir ! s'énerva-t-elle.

La porte se rouvrit.

- Lily…

- J'ai besoin de prendre l'air, Sev, dit-elle sans se retourner. Ne t'inquiète pas, je serai à l'heure pour le déjeuner.

Elle n'attendit pas que la porte se referme pour quitter le couloir.

Lily marcha à grands pas jusqu'aux jardins. Enchanteurs. Mais à force d'être habituée à tant de splendeur, elle ne parvenait même pas à apprécier la beauté du lieu. Elle ne voyait que les artifices, les calculs de disposition. Dans un mois, tout serait terminé, se répétait-elle. Elle continuerait ses potions, bien entendu, mais elle ne se rendrait plus sans cesse aux quatre coins de la planète. Elle aurait sa vie bien à elle. Ils possédaient maintenant un bon paquet d'argent, et le temps et la renommée avaient aidé à effacer la mauvaise réputation de Severus.

Elle prit une grande inspiration, inhalant l'odeur des fleurs. Elle reconnut sans peine l'odeur des pétunias. Elle parvenait très facilement à distinguer les différentes fleurs, non seulement grâce à son métier, mais aussi parce que c'était la passion de sa mère.

Cet hôtel avait décidément tout pour se faire détester. Lily ne supportait plus l'odeur des pétunias. Était-ce dû à la relation très mauvaise qu'elle entretenait avec sa sœur ? Sans aucun doute. Mais aussi, et surtout, parce que cela lui rappelait sa mère…

Finalement, ce jardin ne lui faisait pas autant de bien qu'elle le pensait.

OoOoOoO

Il devait se calmer. Il ne voulait pas s'énerver, mais c'était plus fort que lui… La moindre mention de Potter, la moindre allusion à ce petit con le mettait hors lui. Seulement, cela faisait souffrir Lily. Potter ferait toujours souffrir Lily, mais aujourd'hui, c'était lui, Severus, qui avait ramené le sujet dans la conversation.

Il ne voulait pas blesser Lily. Il voulait être celui en qui elle avait confiance, celui sur qui elle savait qu'elle pourrait toujours compter, quoiqu'il arrive. Il voulait être meilleur que Potter, dans tous les domaines. Il voulait qu'elle l'oublie.

Severus était plein de remords. Il était le mieux placé pour savoir combien tout cela était atrocement dur pour Lily. Être meilleur que Potter, c'était également ne pas faire souffrir Lily, quand bien même cela était très difficile.

Il mit la main sur la poignée, déterminé à s'excuser, à ne pas perdre la face. Il ouvrit la porte, et sortit dans le couloir. Il hésita un instant, puis s'étant dit que Lily était sûrement allée aux jardins, il descendit les escaliers jusqu'au rez-de-chaussée.

Il avait à peine quitté les escaliers lorsqu'une exclamation retentit :

- Rogue !

Stupeur, haine et dégoût. Tout ça dans un seul mot. Et il n'y avait que deux personnes qui avaient cette capacité. Or, aucun ne devait approcher Lily…

Severus se retourna lentement, en sortant sa baguette de sa poche. Que faire ? Jeter un sortilège de silence ? Un oubliette ? Car, que ce soit Potter ou Black, dans les deux cas, il courrait à la catastrophe… Il venait à peine de gagner Lily. Elle ne devait pas entrer en contact avec eux.

- Black, grimaça Severus.

Il n'avait pas beaucoup changé. Ses cheveux longs soignaient toujours sont faux look rebelle, son air aristocratique qui semblait tellement déplacé vu la façon dont il s'habillait, et ce regard dédaigneux, qui révélait qu'il était persuadé de valoir plus que toutes les personnes qu'il croisait. Oui, c'était bel et bien Sirius Black. L'homme qui venait en deuxième place dans son palmarès des cauchemars.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu ne te serais pas trompé d'endroit ? C'est beaucoup trop lumineux pour toi ici. Et puis, dans des endroits aussi chics, il faut se laver les cheveux. Comment tu vas pouvoir survivre sans sa couche graisseuse qui sert de protection à tes cheveux ? Au fait, j'y pense, c'est peut-être une sorte de protection à cause des produits que tu utilises ?

- Non, tu n'as pas changé, marmonna Rogue. Ne me provoque pas, Black, dit-il plus fort. Et ne me méprise pas. C'est grâce à moi si tu as de quoi te soigner. Dis-moi quelle utilité tu as ?

- Je suis briseur. Je contribue à la sauvegarde de ton argent. Je sais qu'à une époque, cette notion t'était inconnue, mais il parait qu'à présent tu as rassemblé une petite somme.

- Dégage, grommela Severus.

- J'ai le droit d'être ici ?

- Ah oui ? railla Severus qui tentait de garder son calme tant bien que mal pour ne pas créer un scandale et alerter Lily. Et comment ? Tu as couché avec Ombrage, c'est ça ?

- Beurk, quelle horrible idée, dit Black en esquissant une mine dégoutée. Cette pauvre fille, idiote et grosse, qui ne s'habille qu'en rose et vénère les chats ? Nous n'avons pas le même style, ne l'oublie pas. Non, j'ai des amis, moi. Des vrais amis.

- C'est amusant que tu parles de style, dit Sev d'un ton doucereux. Parce que j'ai épousé l'ex-fiancée de ton meilleur ami. Alors, aurais-je du goût, finalement ? Ou bien ton pote aurait-il commis une terrible erreur ?

- En fait, répondit Sirius d'un ton faussement nonchalant en faisant craquer ses doigts, c'est Lily le problème. Une sorcière… dans tous les sens du terme. Mais je préfère ne pas trop te mettre en garde. Après tout, ce n'est pas moi qui vais regretter un possible malheur qui pourrait t'arriver.

Sirius descendit les dernières marches, et heurta volontairement l'épaule de Severus en le croisant.

- Toi et ta sorcière, je vous conseille d'éviter James, menaça-t-il.

- Tu n'as pas besoin de me l'interdire. Je ne cherche pas à fréquenter Potter. C'est plutôt à vous de vous éloigner de Lily.

Sirius bouscula Sev, puis traversa le hall, et s'enfonça dans le couloir qui menait à la salle de sport. Il aurait voulu paraître sûr de lui, mais il était en vérité très déstabilisé. La présence ici de Servilus, et surtout, de Lily, était une catastrophe… Juste au moment où James rechutait. Il ne devait pas les croiser. Ce serait dur, mais Sirius était déterminé à ce que cela ne se produise pas, et lorsqu'il avait un projet en tête, rien ne pouvait y faire obstacle. Il pouvait parfois sembler insouciant, immature, mais il était en fait très angoissé, et n'abandonnait jamais. Il s'inquiétait beaucoup, mais le cachait derrière un masque d'assurance. Il pouvait tergiverser des jours durant, et changer d'avis au dernier moment, mais il était buté, et lorsqu'il était certain de bien-fondé de son action (pour lui ou pour les autres), il mettait tout en œuvre pour réussir.

S'il avait, à une époque qui lui semblait désormais bien lointaine, apprécié Lily Evans, et en était presque venu à la considérer comme une sœur, ce n'était aujourd'hui plus du tout le cas. La personne qu'il pensait être compréhensive, gentille, avait disparu. L'avait-elle seulement été ? Sa brève amitié avec elle avait effacé les tords du passé. En réalité, Lily Evans n'avait jamais été différente. Compréhensive ? Pourquoi refusait-elle de laisser sa chance à James, lorsqu'ils étaient à Poudlard ? Gentille ? Hurler sur les gens, les insulter et les accuser sans preuves, c'était une forme de gentillesse ?

Elle avait su les berner. Elle avait dit aimer James. Le frère de cœur de Sirius, fou de joie après tant d'attente, s'était précipité dans ses bras. Et ils n'avaient pas cherché plus loin, heureux de voir James enfin comblé.

Mais aujourd'hui, il était averti. Il protégerait James. Peter l'y aiderait lorsqu'il arriverait. Rogue avait intérêt de garder sa démone loin d'eux… Sirius ne leur permettrait pas de détruire une nouvelle fois la vie de son frère. Ils avaient déjà fait bien trop de dégâts.

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De nouveaux indices... Mais encore beaucoup de questions ! Tout n'est pas résolu, loin de là. Mais c'est le but de cette fiction ^^ En assemblant ce que croient James et Lily, vous finirez par deviner ce qu'il s'est passé...

1. Vous avez droit à d'autres hypothèses parce que certaines ne tiennent plus ^^

2. Que vous a inspiré le couple Rogue dans ce chapitre ?

3. Qui de Lily ou de James vous semble le plus mal en point ?

4. Lily est-elle réellement amoureuse de Sev ? (A ce point de l'histoire, dur à déterminer, mais vous pouvez proposer...)

5. Combien de temps Sirius et Rogue vont-ils parvenir à les empêcher de se retrouver ?

6. Qu'est-il arrivé à Remus Lupin ?

7. Ce chapitre vous a-t-il plu ?

Dites-moi tout ! La suite dans une semaine avec : Si quelqu'un vous dit : « Je me tue à vous le répéter », laissez-le mourir.

(Ah oui, et chapitre a été écrit par moi, même s'il ne fait que reprendre le monde que Rowling a créé...)