Dès qu'il avait été hors de vue de son père, Alexandre avait cesser de traîner comme un animal la jeune femme, qui tenait à peine sur ses jambes. Il la prit dans ses bras et la souleva de terre. Elle tenta vainement de résister, mais été trop faible. Il la porta jusqu'à sa chambre et la déposa délicatement sur sa couche. Il sortit de sa chambre préférant la laisser seule pour le moment. Alors qu'il allait rejoindre son père, Alexandre croisa Kendra qui revenait des courses.

- Ha, Kendra ! Tu tombes bien.

- Il y a un problème, maître ?

- Oui. Mon père a tenu à voir notre nouvelle arrivante et ça c'est plutôt mal passée. Elle l'a attaqué et j'ai été contraint de la punir.

- Vous l'avez frappée ?

Il n'y avait pas vraiment de reproche dans sa voix, mais cela n'empêchait pas Alexandre de se sentir coupable.

- Il m'a tendu le fouet, je n'ai pas vraiment eu le choix.

- Je vais aller m'occuper d'elle.

- Merci Kendra.

Des monstres, ces romains étaient des monstres, des brutes, des barbares. Elle en avait déjà eu la preuve lors de la guerre qui les avaient opposés à son peuple, mais elle en avait maintenant la confirmation. Ils avaient même osé profaner le souvenir de sa mère. Ceirdwyn entendit la porte s'ouvrir de nouveau. Elle se recroquevilla sur sa couche ne sachant que craindre. Mais ce fut la voix de Kendra qui se fit entendre.

- Tu ne risque rien, ça n'est que moi.

Ceirdwyn ne se retourna pas. Il était clair que Kendra avait acceptée sa situation, elle était donc complice de ce monstre. Elle sentit une main l'effleurer, mais Ceirdwyn se dégagea d'un mouvement d'épaule.

- Je sais que tu es en colère, moi aussi j'ai connu ça, j'étais comme toi lorsque je suis arrivée. Mais, crois-moi, la colère et la rancœur ne te mènerons nulle part.

Ceirdwyn continua obstinément de tourner le dos à Kendra. Peu lui importait ce qu'elle disait, elle ne se laisserait pas berner par de belles paroles.

- Est-ce que tu m'autorises au moins à te soigner ?

Elle ne répondit rien, toujours aussi immobile. Kendra du prendre son silence pour un acceptation, car elle sentit à nouveau ses mains l'effleurer, puis soulever sa tunique. Kendra appliqua ensuite un linge humide sur la blessure laissée par le fouet.

- Ça va apaiser la douleur.

Effectivement les soins que lui prodiguait Kendra lui faisait du bien, aussi se laissait-elle faire. Mais il était hors de question qu'elle lui dise quoi que ce soit et surtout pas merci.

Une fois les soins terminés, Kendra se retira lui indiquant qu'elle lui avait laissé de quoi manger.

- Alors ?

- Elle n'a pas dit un mot, elle n'a même pas daigné se retourner. C'est à peine si elle m'a laisser la soigner. Elle est têtue, très têtue, bien plus que je ne l'étais. Je ne suis pas sûre qu'elle accepte de comprendre où se trouve son intérêt.

- Tu sais son nom ?

- Non. Depuis qu'elle est arrivé, je n'ai pas entendu une seule fois le son de sa voix.

- Le problème c'est que je ne peux pas lui expliquer la situation si elle refuse obstinément de communiquer.

- La fouetter, n'était pas forcément le meilleur moyen d'essayer de communiquer.

Alexandre pouvait sentir la petite pointe de reproche dans sa voix. Avec le temps, elle avait appris à lui parler en tout franchise, n'hésitant plus à lui faire comprendre lorsqu'elle désapprouvait ce qu'il disait ou faisait, ce qui avait en général tendance à la faire culpabiliser, exactement comme maintenant.

- Tu sais aussi bien que moi, que si je ne l'avais pas fait c'est mon père qui s'en serait chargé et elle serait dans un bien pire état.

Kendra ne répondit rien, mais Alexandre savait qu'elle n'en pensait pas moins. Il soupira.

- Je vais commencer par voir si je peux faire quelque chose pour cette histoire de collier.

- Quel collier ?

- Un collier que mon père veut que je vende et qui devait lui appartenir.

- Il ne peut pas le vendre lui-même ?

- Oh si ! Biensur que si, mais c'est vraisemblablement un de ses coups tordus, il dore manipuler les gens et jouer avec leur existence. En attendant si je peux lui rendre le collier, elle verra peut-être ça comme un signe de bonne volonté.

Alexandre avait réussi à s'entendre avec un orfèvre qu'il connaissait bien et en qui il avait confiance. Il confirmerait la version d'Alexandre selon laquelle celui-ci lui avait confié le collier pour être vendu et qu'un commerçant étranger de passage à Rome lui en avait offert un bon prix. Alexandre avait déboursé une importante somme d'argent pour ce service, auquel s'ajoutait l'argent qu'il devait à son père pour la vente du collier, mais peu lui importait.

Cela faisait trois jours que Ceirdwyn restait obstinément allongée sur sa couche, le dos tourné vers la porte. Son "propriétaire" avait visiblement prit la décision de la maintenir enfermé, sans doute avait-il présentit qu'elle essayerait de s'enfuir à la première occasion. Mais ça n'est pas ça qui la ferait céder, ni même changer d'avis. Ses journées étaient tristes à en mourir, l'attente n'était ponctuée que des visites régulières de Kendra qui venait lui porter ses repas.

Trois jours donc qu'elle était là dans l'immobilité la plus totale. Elle entendit une porte s'ouvrir. Étrange, ça n'était pas l'heure du repas et Kendra était d'une régularité sans faille. La personne, qui était entrée, n'émit pas une parole. La seule chose que Ceirdwyn entendit, ce fut le son d'un objet métallique que l'on pose à terre, puis plus rien. Pas même le son d'une porte que l'on ferme. Elle ne se retourna pas. Quique soit la personne dans son dos, il était hors de question qu'elle lui fasse un quelconque plaisir en lui portant un semblant d'intérêt.

Ceirdwyn avait cependant une petite idée de l'identité de la personne qui se trouvait là. Kendra faisait toujours l'effort de lui parler, même en sachant parfaitement qu'elle ne répondrait pas. Et hormis elle, une seule personne avait des raisons de se trouver là.

Ils restèrent très longtemps ainsi, elle résolument allongée face au mur et lui posté dans son dos. Mais la curiosité naturelle de Ceirdwyn fut la plus forte et elle finit par se retourner, intriguée malgré elle. Il était assis sur un petit fauteuil, situé dans un coin de la pièce et il la regardait. Elle plongea son regard dans ses yeux bleu azur, comme hypnotisée. Ils se fixèrent un certain temps, les yeux dans les yeux, avant qu'il ne finisse par baisser les yeux. Elle suivit son regard et découvrir, posé entre eux deux, à même le sol, le collier de sa mère. Ceirdwyn hésita un instant puis s'en saisit. Et à sa grande surprise, il ne fit aucun geste pour l'en empêcher, il se contenta de lui sourire. Il se releva et il allait sortit quand elle l'interpella.

- Pourquoi ?

Alexandre se retourna surpris. C'était le premier mot qu'elle prononçait depuis son arrivée. Il lui fit signe de patienter, puis il se pressa d'aller chercher Kendra.

Après un signe qui devait vraisemblablement lui demander de patienter, elle le vit sortir. Il revint quelques minutes plus tard accompagner de Kendra. Ils échangèrent quelques mots, puis Kendra lui demanda de répéter.

- Pourquoi ?

Alexandre réfléchit un instant, la question n'était pas aussi simple qu'elle paraissait. S'il avait fait ça c'était pour gagner sa confiance, l devait donc se montrer le plus honnête possible. Il se tourna vers Kendra.

- Dis lui que visiblement ce collier est important pour elle et qu'il est donc normal que je le lui rende.

Ceirdwyn écouta Kendra traduire la réponse et celle-ci n'avait aucun sens à ses yeux, elle lui paraissait totalement absurde.

- Je suis une esclave, non ? Je ne suis pas supposée avoir le droit de posséder quelque chose. Alors pourquoi ?

Il se rassit et Kendra s'installa non loin d'eux pour continuer de traduire leur dialogue.

- Prenez le comme un cadeau, comme un gage de ma bonne foi. Vous êtes un esclave c'est vrai, et ni vous ni moi n'y pouvons rien changer. Mais ça ne veux pas dire qu'il faille que je doive obligatoirement vous maltraiter.

Ceirdwyn eut un reniflement méprisant, mais ne répondit rien. Il la prenait vraiment pour une imbécile d'essayer de lui faire croire qu'il ne pouvait rien à sa situation. Il avait parfaitement la possibilité de la faire libérer. Il reprit.

- Théoriquement je pourrais parfaitement vous affranchir ou même vous laisser vous enfuir et ne rien faire pour vous retrouver. Mais croyez-vous vraiment qu'il en serait de mais pour mon père ? Si vous en venez à vous échapper, il le prendra comme une insulte personnel, il vous traquera jusqu'à ce qu'il vous trouve et croyez moi, il vous trouvera et alors je ne donne pas cher de votre peau. Vous avez voyagé avec lui pendant des semaines, vous savez de quoi il est capable.

- Je préfère encore la mort à la captivité !

Elle avait littéralement crachée ses mots.

- Ça n'est pas la mort qui vous attend, s'il vous attrape, croyez moi, il ne vous laissera pas mourir, du moins pas tout de suite, il va vous faire souffrir longtemps, très longtemps, il aime faire durer le plaisir. Et la mort finira par être une véritable bénédiction, une délivrance. Dans votre malheur, vous avez eu une chance relative, dès le départ, il avait probablement décidé que vous seriez celle qui me reviendrait, à cause de voter caractère revêche, c'est une sorte de tradition chez lui de me ramener une esclave, plus elles sont rebelles et mieux c'est. C'est ça façon de tester mon aptitude à diriger. En tout cas, il a du relativement vous épargner durant le voyage, il fallait que vous arriviez dans un "bon état" et et qu'il vous reste du mordant.

Épargnée ? Il osait appeler épargnée tout ce qu'elle avait subit durant le voyage ! Mais en y réfléchissant bien, Ceirdwyn devait bien s'avouer qu'effectivement, Léonuis l'avait un peu moins maltraitée que les autres, alors qu'elle s'était bien plus rebeller.

- Alors quoi ? Je devrais me satisfaire de ma situation sous prétexte qu'elle est moins pire que ce qu'elle aurait pu l'être ?

Alexandre poussa un soupir las. Kendra avait raison, elle était terriblement têtue, bien plus que toutes celles à qui il avait eu à faire avant. Il ignorait totalement s'ils pourraient un jour cohabiter en paix. Il craignait que malgré les mises en garde, elle ne tente tout de même de s'enfuir.

- Je sais que cette situation n'a rien d'idéal et si vous voulez vraiment vous jeter dans la gueule du loup, et bien je ne vous en empêcherai pas. Pour contre si vous accepter de rester, je peux vous proposer un marché.

Elle releva la tête, il était prêt à négocier et il avait piqué sa curiosité. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle allait accepter quoi que ce soit.

- Quel genre de marché ?

- Vous vous tenez tranquille, tant que mon père est à Rome, évitant ainsi de nous attirer des ennuis à vous comme à moi. Dans le même temps, je ne vous demande rien, vous vous contenterez de faire profil bas. Et lorsqu'il sera repartit faire la guerre dans sa légion et qu'il vous aura oubliée, je vous laisserais repartir. Je vous fournirais même de quoi subvenir à vos besoin le temps du voyage.

Ceirdwyn se montra sceptique, cette proposition était trop belle pour ne pas cacher quelque chose.

- Vous y gagnerez quoi ?

- Une chose qui m'est extrêmement précieuse, la paix et la tranquillité. Si vous feignez la soumission, mon père se lassera vite du spectacle et sera moins sur mon dos.

Elle restait méfiante.

- Où est le piège ?

Lex s'était promis de lui dire toute la vérité et il tiendrait parole.

- Mon père ne repartira pas avant deux bonnes années.

- QUOI ??

Elle était de nouveau en colère, Lex pouvait le voir à ses yeux, qui semblait lancer des éclairs. Il remarqua alors à quel point elle était belle. Il n'y avait pas fait attention jusqu'à maintenant. Cette révélation le troubla.

- Je suis désolé, mais c'est tout ce que je peux vous proposer.

- Qu'est-ce qui me dit que dans deux ans vous tiendrez parole ?

- Rien. Je ne peux que vous demander de me faire confiance, ce qui dans les circonstances présentes n'est pas vraiment évident, je vous l'accorde. Mais on peux décider que vous restiez le temps que nous apprenions à mieux nous connaitre, mais que vous pouvez briser notre accord quand vous le souhaitez et partir. Par contre je ne peux vous garantir que je pourrais couvrir vos arrières, mon père a bien trop d'influence dans cette ville.

Elle émit un son qui avait tout du grognement animal, mais ne répondit rien. Alexandre avait l'impression d'être face à un loup méfiant, sauvage et libre. Il allait devoir l'apprivoiser et ça ne serait pas facile, on apprivoise pas un loup. Et il ignorait totalement si elle acceptait ou non le marché.

Il se releva et Kendra fit de même.

- Désormais vous êtes libre de choisir le chemin que vous voulez prendre.

Il s'apprêta à sortir et se retourna une dernière fois.

- Je ne sais même pas votre nom.

Elle releva son regard vert dans sa direction, puis après un moment d'hésitation, elle lui répondit.

- Ceirdwyn.

- Alexandre.

Il s'inclina pour la saluer et sortit, laissant derrière lui une Ceirdwyn plus que perplexe. Elle ne savait que penser de cette discussion. D'un certain côté elle n'avait qu'une seule envie, c'était de fuir loin d'ici, de cet homme, de ce romain qui l'avait réduite en esclavage et peut importe les risques. Mais de l'autre, une petite voix insidieuse semblait lui dire que peut-être elle pouvait lui faire confiance, après tout au départ, il n'était pour rien dans cette situation. Et rien ne l'obligeait à venir lui parler comme il l'avait fait, il aurait pu se contenter d'essayer de la faire obéir à coup de fouet. Et puis il lui avait rendu le collier de sa mère.

Ceirdwyn se rallongea sur sa couche, elle avait besoin de réfléchir à tout ça. Certaines de ses certitudes concernant Alexandre avaient été ébranlées. Elle ne pouvait plus agir son un coup de tête comme elle en avait l'habitude, il en allait de sa vie.

- Tu penses qu'elle va écouter ?

- Je n'en sais rien. Cela vaudrait mieux pour elle, mais elle a l'air tellement têtue, que les dieux seuls savent ce qu'elle va bien pouvoir faire. Si jamais elle choisissait de rester, vous avez une idée de ce que vous allez faire d'elle ?

- Pas la moindre. Elle à l'air loin d'être bête et plusieurs choses me font penser qu'elle devait avoir une position sociale assez élevée là d'où elle vient. Je doute fort qu'elle est l'habitude des travaux domestiques et il est très peu probable qu'elle s'y prête de bon cœur. Enfin laissons les choses se faire et on verra avec le temps. Pour le moment laissons là se balader à sa guise dans la villa, mais sans la quitter trop des yeux, histoire qu'elle s'acclimate à son nouvel environnement.

- Très bien. Rien d'autre ?

- Non. À part veiller à ce qu'elle ne manque de rien, mais je n'ai pas besoin de le demander.

- En effet. Je veillerais à ce que tout se passe du mieux possible pour elle.

- Merci Kendra.