Titre : Gentlemen sorciers
Auteur: Suzan
Note : Je m'excuse platement d'avoir torturé les personnages de Joanne Kathleen Rowling – en toutes lettres parce que j'avais oublié ce que signifiait J et K.
Avertissement : Ce texte mets en évidence des relations entre adultes de tous sexes. Ce ne sera pas pour tout de suite, l'histoire demandant à être développée, mais vous voilà prévenus !
Résumé : Après la fin de la guerre, Harry Potter décide de retrouver son parrain et de reprendre les titres de sa Famille. Vingt-six leçons pour apprendre l'art de la politique et des tractations. HP/SR/PP HG/TN SB/DM
NDA : Bonjour et bienvenue dans ce second chapitre !
Livré en temps et en heure comme promis - je dois avouer que je suis ridiculement fière de pouvoir respecter mes deadlines sur FFnet pour une fois, en presque onze ans d'écriture... Mais passons ! Merci à tous ceux qui ont lu/commenté/ajouté en favoris, merci aux anciens d'être revenus et aux nouveaux de découvrir cette fiction. Je suis ravie de lire vos commentaires et cela ne donne que plus d'énergie pour la relecture des chapitres.
Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture et on se retrouve plus bas...
Leçon n°2 : L'art et la manière d'obtenir ce que l'on désire
Severus Rogue était ébahi- ce qui se traduisait chez lui par une légère inclinaison du sourcil gauche et un écart de quelques millimètres entre ses deux lèvres. Ce fait était d'autant plus étrange et improbable lorsqu'on connaissait ses accointances avec les deux mages les plus puissants mais également les plus mégalomanes, manipulateurs et sadiques du siècle. Après plusieurs années passées à leurs services, il pensait que plus rien ne pourrait plus jamais l'étonner. Preuve en était faite que si et à en croire le silence pesant qui s'était installé dans la pièce, Lucius et Drago devaient être dans le même état que lui.
Severus se remémora ce qui l'avait amené en ce lieu précis où une potion d'un bleu nuit particulièrement délicat formait les lettres de l'un des mégalomanes susnommés.
Trois mois auparavant son plus vieil ami l'avant contacté pour lui demander de venir en urgence à Malefoy Hall. Inquiet pour son filleul, Lord Prince s'était précipité, chargé de sa mallette de potions, dans la cheminée. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque Lucius ne le conduisit pas à la chambre de Drago, mais à celle de sa femme.
Narcissa Malefoy était belle, racée et élégante. Le maître des potions ne l'avait pas aperçue depuis la chute du Seigneur Noir. En effet, son contrat de mariage la liait si étroitement aux actions de Lucius aux yeux de la loi que son destin dépendait de celui de son mari. Elle ne pouvait être légalement tenue responsable de crimes commis et le procès n'ayant pas épargné Drago et Lucius en tant que représentants mâles de la famille Malefoy ne l'avait pas touchée elle. Severus n'avait pas l'habitude de voir Lady Malefoy en dehors de superbes soirées mondaines où elle se plaçait à la droite de Lucius. Même alors ils avaient rarement entretenu une discussion de plus de cinq minutes sur des sujets superficiels.
En pénétrant dans la chambre, Severus se figea sous le choc. Il ne restait pas grand-chose de la grande dame de la haute société à laquelle il était habitué. Dépeignée, Narcissa était allongée en travers de son lit, les yeux clos.
- Lucius que se passe-t-il ? Grinça le maître de potions entre ses dents.
- Peux tu l'examiner s'il te plait ? Nous en parlerons après, répondit Lucius en s'asseyant sur une bergère couleur crème.
Severus sortit sa baguette et lança quelques sortilèges de diagnostic. Ses yeux s'écarquillèrent face aux résultats. Lorsqu'il eut fini, il se tourna vers son ami qui le conduisit sans un mot à la bibliothèque.
- Qu'est-ce que cela signifie Lucius ? S'enquit Severus, après quelques minutes de silence.
- Je n'en sais rien, soupira le sorcier, le visage défait. Pourrais-tu réaliser une potion de révélation ?
- Certes mais…
- Nous prendrons les décisions qui s'imposeront après.
- Bien.
Trois mois plus tard la potion était prête, le résultat sous leurs yeux. Les décisions devaient s'imposer d'elles-mêmes.
Lucius Malefoy était assis à son bureau, le regard vague posé sur sa collection de porcelaine de Limoges. D'ordinaire cette vue le rassérénait, la collection ayant appartenue à sa mère, terrassée trop jeune d'une maladie méconnue. Aujourd'hui ce ne fut pas le cas et son appréhension augmenta en entendant son héritier effleurer la porte de son bureau.
- Entre Drago, émit-il en se déplaçant vers la cheminée et les deux fauteuils gigognes qui meublaient le reste de la pièce.
Le jeune homme entra, inspirant l'odeur typique du bureau de son père. Il l'avait senti des dizaines de fois enfant et la nostalgie accompagnait toujours cette senteur particulière. Il prit place dans l'un des sièges désignés par son père, attendant qu'il engage la conversation.
- Je t'ai demandé de venir car j'ai un problème, expliqua Lucius à son héritier. Un problème de taille comme tu le sais. Plusieurs solutions s'offrent à nous et je voudrais ton sentiment sur cette affaire.
- Bien père, répondit le Serpentard en s'enfonçant dans le fauteuil.
Lucius prit le temps de s'asseoir, se plaçant face à son fils, son regard rencontrant les orbes bleus, typiques des Malefoy.
- Je ne peux rester marier à Narcissa, cette situation est terriblement volatile et dangereuse pour tout le monde, pour notre famille, pour notre nom - ou ce qu'il en reste. La séparation n'existant pas dans nos coutumes comme tu le sais, je vais demander la dissolution de notre mariage.
- Comment comptez-vous y arriver ? S'enquit Drago d'une voix égale.
- Un vice de procédure, ta mère n'est pas une Black. Je l'ai su après les tests de filiation réalisés à ta naissance. Elle-même n'est peut être pas au courant.
- A qui appartient-elle alors ?
- Ignatus Prewett, le beau-frère de Cygnus Black. Je vais aller demander réparation à l'actuel Lord Prewett.
Le silence accueillit cette déclaration. Lucius ne cilla pas pour tenter de percer le masque impénétrable que son fils avait placé sur sa figure. Il ne savait quoi lui dire, les conséquences de tout cela seraient terribles et l'héritier Malefoy allait les prendre de plein fouet. Il savait que son fils lui faisait confiance inconditionnellement, la guerre avait affranchi les dernières barrières entre eux si elles existaient. L'associer à ses questionnements avaient été le seul moyen pour Lucius d'être sûr de faire la bonne chose pour une fois.
- Je suppute que je perdrais tout, annonça platement Drago.
- Si l'annulation est prononcée, le mariage et les fruits qu'il a donnés ne seront pas considérés. Tu ne seras plus l'héritier légitime de notre Maison. Je te reconnaitrai mais tu ne pourras prétendre qu'au titre de bâtard de la famille Malefoy. Tu devras prendre le nom de Bonaloi, porté par tous les enfants adultérins issus de notre famille, mais les terres et les biens qui t'ont été cédés à ta majorité resteront sous ta protection, en usufruit jusqu'à ton décès.
Drago inspira, son masque impassible se fendillant. Une crispation prit forme sur son visage et son père ouvrit les bras pour le serrer contre lui, dans un geste qu'ils avaient peu répété. Le corps de sa progéniture agité de soubresauts dans ses bras, Lucius se sentait déchiré. Pour le bien de sa famille, le sacrifice de son fils et héritier légitime était indispensable… Si le monde savait, les Malefoy ne s'en remettraient pas.
Le jeune homme se calma petit à petit réintégrant son costume, ses masques après s'être laissé aller dans les bras de son père. Il voulut s'excuser et son vis-à-vis le coupa :
- Il y a peut être une autre solution.
La mâchoire de Drago se tendit. Il empêcha l'émotion qu'il ressentait de le trahir, contrôlant chaque muscle de son visage. Pourtant, une personne attentive aurait remarqué sa respiration coupée et la crispation de ses muscles.
Après la sortie de Lord Potter et de Lord Black, Severus Rogue et Lucius Malefoy se tournèrent d'un même mouvement vers l'unique héritier du titre et de la famille. Il ne put produire qu'un pâle sourire avant de dire :
- Le sort en est jeté.
Ainsi, son mari serait Sirius Black. Il avait seulement une petite nuit et une minuscule matinée pour se préparer à l'affrontement qui aurait lieu demain après-midi au Manoir Black pour les négociations de son mariage.
En rejoignant la tablée pour les fiançailles de Neville Londubat, Drago s'admonesta. Il avait choisi ce chemin. Il pourrait aider sa famille, il en était capable. Certes, ce n'était pas sa façon de voir les choses. Jusqu'à il y a peu, il était destiné à devenir le futur Lord Malefoy. Toute son éducation l'avait préparé à cela : gérer ses biens, faire de la politique, valoriser le nom des Malefoy par chacune de ses actions. Aujourd'hui sa situation avait changé : bientôt il ne pourrait plus prétendre au statut d'héritier. Sa seule façon de rester dans les cercles qu'il côtoyait depuis l'enfance était de se marier dans son milieu. Il prenait donc la place peu agréable de la jeune épouse qu'il avait pensé choisir dans quelques années.
Sa famille étant la demandeuse de l'union, cela les placerait en situation de faiblesse face à Lord Black. Il espérait que le côté Gryffondor des Lords Potter et Black se ressentiraient dans la rédaction des contrats, sinon il perdrait peut être patience.
En s'installant entre Lady Astoria et son parrain, Drago décida de ne pas s'en faire. Il lui faudrait encore prendre sur lui demain, autant profiter de sa soirée. En effet, seuls son parrain et son père auraient voix au chapitre pour la négociation de son contrat. Lui devrait se taire en priant pour que tout se passe au mieux.
Drago dormit mal, se tournant sans cesse dans son lit à baldaquin. Il attendit toute la matinée de pouvoir se rendre au Manoir Black. Il ne rendit pas sa visite quotidienne à sa mère. Il l'oublia même et occupa la majorité de son temps entre colère, frustration et résignation. Il passa la journée dans un état nerveux lamentable, hurlant sur les elfes de maison et passant ses nerfs en volant sur son balai.
Il s'habilla avec soin, constituant un masque impénétrable sur son visage. Inspirant profondément, il rejoignit son parrain et son père dans le hall avant de transplaner pour le Manoir Black.
A peine avaient-ils posé un pied sur le trottoir du Square Grimmaurd qu'une imposante demeure se matérialisa sous leurs yeux entre le numéro 11 et le numéro 13. Severus ne fut pas surpris par cette vision qu'il avait expérimenté de nombreuses fois. Il nota néanmoins les changements apportés par le propriétaire pour rendre la façade du Manoir plus accueillante – la pierre avait été nettoyée, les hauts reliefs représentaient désormais une végétation stylisée et l'on pouvait voir à travers les baies neuves, de charmants rideaux.
Lucius sonna et attendit quelques secondes avant que la porte s'ouvre sur une elfe à la voix haut perchée :
- Bonjour Messieurs, Lord Malefoy, Lord Prince et Honorable Malefoy. Mes maîtres sont ravis de vous accueillir, veuillez me suivre s'il vous plaît.
Le petit elfe portait un joli uniforme de fonction, montrant clairement qu'il appartenait à une bonne maison. Il les conduisit au Salon où les deux Lords attendaient. Severus fut encore une fois étonné du changement de décor. Des cris n'avaient pas retenti, laissant penser que la dernière Lady Black avait été déménagée. La maison était décorée dans des tons chaleureux et confortables du plus pur style anglais. Les murs d'un beige doux et les meubles en bois donnaient une impression que le Manoir avait toujours été habité par le bon côté. L'aménagement des pièces avait été bouleversé pour laisser la place à des espaces plus grands et plus lumineux. Ils étaient reçus dans le salon d'apparat et celui-ci n'avait rien à voir avec les salons antédiluviens des Maisons nobles.
Une piscine se trouvait au rez-de-chaussée, élément qui surprit les invités – autant qu'un Malefoy et un Prince puissent se laisser aller à être bouche bée en public. Elle avait l'apparence d'une lubie correspondant à ce qu'ils savaient du propriétaire. Elle se trouvait sous une grande véranda et formait un sas entre le jardin entièrement replanté et la maison.
- Bonjour Messieurs, les accueillit Lord Black dans une de ses robes d'atour.
La vision de Drago resta bloquée sur son futur fiancé, créant un léger malaise lors des salutations. Il n'avait pas été officiellement présenté à Sirius Black, il ne pouvait donc intervenir dans cette conversation – pas qu'une fois les présentations faites il soit plus convenable pour lui d'ouvrir la bouche. Il ne revint à la conversation que lorsque son père annonça d'une voix claire :
- Lord Black, laissez-moi vous présenter mon fils l'Honorable Drago Lucius Malefoy.
- Enchanté, répondit Sirius en inclinant le buste vers son futur fiancé.
L'Honorable Malefoy nota la profondeur de regard de son vis-à-vis. Plongeant dans les yeux de Sirius Black, il tenta de lire ses intentions sans y parvenir.
- Installez-vous, continua leur hôte ne semblant pas remarquer le trouble du jeune homme, le thé va être servi.
Drago empêcha l'expression de ses émotions de marquer ses traits tout en essayant de se reprendre. Il avait conscience que sa récente émotivité était synonyme de stress avant tout. Il essaya de se raisonner tout en se concentrant sur la conversation qui avait lieu. Son avenir se jouait devant lui, ces négociations l'enchaineraient et il devait savoir quel marge de manœuvre il aurait une fois la situation entérinée.
- Nous avons pu nous renseigner sur le contrat d'alliance entre nos familles, introduit protocolairement Lord Black. La situation correspond à tous les critères, comme vous l'aviez si justement évoqué. Quel sera votre témoin pour cette négociation ?
- Lord Prince sera notre intermédiaire. Je suppose que Lord Potter est le vôtre ?
- Assurément, répondit Sirius avec un visage quasiment impassible. Si vous voulez bien prendre place…
Une table ronde décorée d'une nappe aux motifs fleuris avait été dressée pour le thé. Les invités prirent place sur les fauteuils en velours et furent tous pourvus d'une délicieuse tasse de thé au jasmin et d'une assiette de mignardises. Son père attendit que chacun ait bu la moitié de sa tasse de thé avant de poser la question que tout le monde attendait :
- Lord Black, vous connaissez les usages de notre société. Etant donné que vous êtes la famille dominante, que désirez-vous ?
Sirius appliqua alors les préceptes qui avaient fait la réputation de la noble et toujours pure famille Black lors des négociations : il attendit une longue minute avant de répondre. User les nerfs de l'adversaire était une pratique courante mais personne ne savait mieux le faire que l'héritier de la célèbre maison Black.
- Nous avons analysé hier le contrat que nos familles ont pu conclure lors de précédents mariages. Je suppose que vous l'avez également étudié. Il nous semble tout à fait convenable cependant nous aimerions y apporter quelques petits ajustements.
Sirius fit apparaître un parchemin raturé en divers endroits. Drago vit la mâchoire de son père se crisper.
- Lesquels ? Demanda d'un ton égal le patriarche de la famille Malefoy en faisant apparaître un parchemin et une plume pour noter les diverses modifications demandées.
- La première modification est la suivante, énonça clairement Sirius, je veux inclure Harry Potter comme héritier de la fortune Black et de ses titres si l'Honorable Malefoy et moi-même venions à décéder et ceci, croyez le bien, dans le but de le protéger dans cette affaire. De même si nous produisons ou adoptions des enfants, je voudrais qu'Harry hérite de sa part de la fortune qui sera proportionnelle à celle que nous léguerons à chacun de nos descendants. Il ne sera cependant pas éligible aux titres, tout comme ses potentiels enfants.
Cette clause fit relever la tête de Drago pendant quelques secondes. Cette clause inédite spoliait purement et simplement toute sa possible descendance. La contrariété s'installa en lui. Il n'avait pas accepté le rôle de femme à marier pour s'entendre dire qu'il n'aurait même pas les mêmes droits. Potter était un Lord, pourquoi aurait-il besoin d'être doté ?
Il vit le sang de Lucius battre ses tempes dans un accès de colère contenue. Drago pouvait imaginer les pensées qui se bousculaient dans la tête de son père. Ses petits enfants dépossédés pour un Potter ? Fi ! Un duel de regard s'engagea alors entre Lord Black et Lord Malefoy. Cependant ce combat n'était pas équitable. Lucius avait plus à perdre dans cette histoire que Sirius et il fut le premier à détourner les yeux, notant la modification sur son parchemin vierge.
- Pourrions-nous envisager de… Commença son père avant d'être coupé par la voix de Sirius.
- Navré de vous couper la parole, Lord Malefoy, mais sans offense, ce point est non négociable.
La situation fut sauvée par un Severus Rogue plein de bonne volonté – notion assez rare pour être notée et surlignée. Il détourna la conversation sur un autre point, prenant également des notes :
- Avez-vous des observations à faire ? Des questions à poser à propos de l'éducation de l'Honorable Malefoy ?
- Non, répondit Sirius en détournant son regard du patriarche Malefoy, je sais que la famille Malefoy soigne particulièrement l'éducation de ses membres. Je suis sûr que l'Honorable Malefoy possède une connaissance parfaite de nombreuses langues étrangères dont l'allemand et l'italien ainsi que des langues mortes. Vous jouez d'un instrument ?
La question était adressée à Drago mais celui-ci en parfait gentleman laissa son père répondre. Dans cette discussion il n'avait pas voix au chapitre, ce qui le mortifiait et lui simplifiait la vie. Il ne se serait pas vu négocier ses futurs droits avec Sirius Black.
- Du violon.
- Parfaitement, je présume, déclara le représentant de la famille Black d'une voix égale. Il a du recevoir également des cours de danse, d'étiquette et bien sûr de gestion des affaires. Je connais l'éducation que vous dispensez et n'en demande pas plus.
- Nous avions également un autre point à évoquer, annonça Lord Potter en indiquant une ligne marquée sur le parchemin.
- En effet, merci Harry, rebondit Sirius en souriant. Le contrat de mariage stipule que l'épousé ne possède pas le droit de faire des études ou de pratiquer une activité professionnelle.
Lucius se tendit ainsi que son fils.
- Je ne sais pas si l'Honorable Malefoy souhaiterait poursuivre une carrière universitaire ou entrer en apprentissage cependant je pense qu'il serait bon de revoir ce point afin de lui permettre toute activité étudiante ou professionnelle. Bien entendu, il ne pratiquera une activité que s'il le souhaite.
A ces mots, Drago vit son père soupirer légèrement. Lui-même était soulagé. Une bouffée de reconnaissance envers le Lord à qui il imposait pourtant cette union l'étreignit - car si Lord Black édictait ses conditions, il ne pouvait se soustraire à la demande des Malefoy. Le jeune homme était heureux de savoir qu'il pourrait ne pas dépendre de son mari en cas d'incompréhension ou de conflits de caractère. Il ne serait pas consigné à la maison comme bien des jeunes femmes de bonne famille. Il n'aspirait en aucun cas à une telle vie et ses projets ne seraient que facilités par cette pseudo-indépendance.
- Toute activité correspondant à ses capacités intellectuelles et à son rang, lut à voix haute Lord Malefoy tout en notant attentivement cette condition.
Sirius acquiesça. Lucius se relaxa imperceptiblement.
- Nous souhaitions parler de la cérémonie et de ce qui la précède, annonça Lord Prince d'une voix atone.
- Bien évidemment, approuva Sirius avec un gracieux signe de tête. Dans un premier temps, il faudra que l'Honorable Malefoy prenne rendez-vous chez le tailleur de votre choix.
- Certaines matières ou couleurs sont-elles prohibées ? Questionna l'intermédiaire des Malefoy.
- En effet, répondit Lord Potter avec assurance. Les Black ne portent pas de violet ou de rose, énuméra-t-il. Le bordeaux est toléré dans une teinte sombre mais réglementé par l'étiquette comme le port du noir et du blanc. Quant aux matières, le coton – même de qualité supérieure – ne peut convenir qu'aux tenues décontractées. Le satin est également prohibé.
- En contrepartie du respect de ces règles, je m'engage à observer celles de la famille Malefoy, déclara calmement Sirius, je ne porterai donc pas de jaune ou d'or.
Chacun hocha la tête en se demandant qui oserait porter une robe de sorcier jaune ou violette.
- Le trousseau comprend la robe de marié, cinq robes d'atour pour les réceptions, cinq robes pour les sorties en journée, un ensemble de détente, une tenue de cheval ainsi qu'une tenue de sport, plusieurs tenues d'intérieures et un assortiment de vêtement ou sous-vêtements dont tout jeune homme a besoin, lut Lord Prince.
Drago eut presque envie de rire en entendant son parrain discuter des détails de son trousseau de sa voix atone et passablement ennuyée.
- L'organisation de la cérémonie sera aux frais de la famille Malefoy comme il a été convenu dans le précédent contrat, poursuivit Lucius.
- Je pense qu'il serait également judicieux de procéder à la cérémonie à Malefoy Hall, répliqua Sirius, magnanime.
Le chef de la famille Malefoy acquiesça, saisissant l'occasion qu'on lui tendait. Lord Black semblait avoir compris la seconde raison qui les poussait à demander cette union : redorer le blason Malefoy. Organiser la réception au Manoir permettrait aux sorciers de penser à cette bâtisse sans la lier au dernier lieu de résidence de Lord Voldemort.
- Je me chargerai personnellement des alliances, continua le plus âgé des Gryffondors.
Le sourcil de Severus Rogue se leva en une moue critique face à cet étalage de bons sentiments mais il se retint de tout commentaire. Si cela pouvait être profitable à son filleul… Severus restait un pur Serpentard.
- Enfin avec l'accord de l'Honorable Malefoy, nous résiderons dans notre Manoir londonien, pour les premiers temps de notre union du moins, émit Sirius. Les séances au Magenmagot reprendront dans quelques semaines et elles seront cruciales pour l'avenir de la société sorcière d'après guerre. Nous pourrons organiser un voyage de noces ultérieurement. L'Honorable Malefoy sera, bien entendu, totalement libre de ses allées et venues.
- Puisque nous en venons à l'établissement, Sirius, marmonna Lord Potter en fourrageant dans ses papiers, nous avions noté ceci.
- Oui effectivement, reconnu le parrain du Sauveur. Nous avions parlé du rôle que chaque famille tiendrait dans la société. Je pense qu'il serait judicieux de présenter un front uni à l'aristocratie sorcière et de nous inviter dans les différentes réceptions que nos familles sont susceptibles d'organiser.
Lucius acquiesça en penchant la tête légèrement de côté. Il nota quelques choses avant de parler d'une voix calme.
- Comment comptez-vous gérer nos sièges au Magenmagot ? Quel positionnement prendra la famille Black ? S'enquit doucement le patriarche des Malefoy.
- C'est une question épineuse, convint Lord Black, qui nécessitera de plus amples explications, notamment au niveau de nos agendas politiques. Un pacte de non-agression sera bien entendu intégrer au contrat de mariage. A vous de définir votre ligne politique actuelle. Je ne saurais que vous enjoindre à nous soutenir, ne serait-ce que pour exister aujourd'hui sur la scène politique.
Un blanc de quelques secondes suivis ces paroles. Drago ne sut comment son père allait réagir. Sirius Black avait parfaitement conscience de la situation politique précaire des Malefoy. L'avoir souligné dans les négociations était malin de sa part et pouvait s'avérer payant si son père, excédé, ne l'envoyait pas voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Lucius fixa son vis-à-vis un moment avant de réaliser une note sur le parchemin face à lui. Jugeant la crise évitée, Severus fit un effort pour relancer le débat.
- Vous avez parlé tout à l'heure d'une famille, Lord Black. Dans l'éventualité où votre union produirait des descendants, quelle serait la place de la famille Malefoy dans leur éducation ?
Drago arrêta de respirer alors que son futur époux réfléchissait à la question. Il ne voulait pas cesser ses relations avec sa famille même s'il savait que Sirius ne soutenait pas et ne soutiendrait jamais les opinions politiques des Malefoy – enfin pas sans un ferme encouragement qu'il espérait lui inspirer.
- Je pense que Lord et Lady Malefoy pourraient tout à fait faire partie de la vie de leurs petits-enfants tant qu'ils ne mettront pas ceux-ci en danger.
La menace était claire mais la volonté de conciliation aussi. Chacun nota le tressaillement qui parcourut les Malefoy à l'entente du titre de Narcissa mais personne n'osa l'évoquer. Drago en fut soulagé.
- Enfin la dernière chose dont nous n'avons pas parlé est la dot, expliqua Lucius en étudiant son papier.
Cela gênait fortement Drago. Il se mariait avec une dot, comme toutes les filles de bonne famille. Cette tradition l'écoeurait. Parce qu'il était le demandeur de l'union, cela plaçait sa famille en position d'infériorité par rapport à toute autre famille de Sang-Pur. Néanmoins la tradition le voulait et la dot était censée aider le jeune couple à démarrer leur vie en société.
- Je n'ai pas besoin d'être plus riche que je ne le suis, énonça clairement Sirius. Aussi je demande à ce qu'elle soit diviser en deux : une partie en gallions qui sera versée sur un compte au nom de l'Honorable Malefoy pour son usage personnel et une seconde partie en possessions immobilières.
Drago ne revenait pas de ce qu'il venait d'entendre. Une partie de l'aide lui reviendrait ? Il aurait un compte ? Les sorciers pouvaient être terriblement rétrogrades. Le jeune sorcier ne savait pas si c'était de l'extrême générosité, une preuve flagrante de bêtise sociale ou de sentimentalisme déplacé.
- Parfait, approuva Lucius. Voici la somme que je propose.
Il inscrivit le montant sur un papier et le fit glisser vers Severus qui lui-même le fit passer à Harry. Ce dernier l'ouvrit et le présenta à son parrain.
- Très bien, déclara Sirius satisfait. Je suppose que nous verrons les propriétés avec les gobelins lors des différentes tractations pour le contrat de mariage. Y a-t-il un autre point à débattre ?
Aucune voix ne s'éleva, chacun passant en revue les différents points passés au crible durant les premières négociations. Lucius indiqua qu'il se chargerait de la rédaction des modifications apportées par Lord Black et qui l'enverrait une ébauche de contrat à celui-ci ainsi qu'aux juristes des deux familles et aux gobelins. L'essentiel du marchandage légal et des termes seraient vus par leurs avocats, les décisions du jour indiquant quelle ligne les deux familles souhaitaient prendre. Ils devraient se revoir pour signer le contrat de fiançailles, puis de mariage, une fois tous les obstacles aplanis. Ils se contentèrent de signer une promesse d'engagement entre les patriarches des familles Black et Malefoy.
Drago n'avait pas osé espérer le quart de tout ce qu'il avait pu obtenir dans ces premières négociations. Il se rendait compte son fiancé avait énormément investi les questions juridiques pour donner une certaine indépendance à son promis et le jeune Malefoy ne savait qu'en penser réellement.
Il resta impassible lors de la signature et attendit sagement que Lord Potter fasse son invitation à une fête d'anniversaire. Il ne souffla de soulagement qu'en passant la porte du Square Grimmaurd.
Une fois matérialisés sur le trottoir, Lucius regarda son fils. La clause non négociable de Black sur les héritiers le chagrinait mais il reconnaissait qu'il avait obtenu tout ce qu'il souhaitait et même plus sans en faire la demande. Visiblement le fiancé de son fils avait décidé de montrer une autre facette de sa personnalité : la facette responsable. Lucius en était heureux et voyait d'un bon œil les aménagements que Sirius avait réalisés pour Drago.
- Qu'en penses-tu ? S'enquit Lucius en haussant un sourcil interrogateur à l'adresse de son fils.
- Je pense que ces pourparlers ont été rapides et efficaces et que vous avez négocié pour le mieux ma position, Père.
- Très bien. Je vous laisse rentrer au Manoir. Drago, n'oublie pas de faire venir le tailleur de la famille.
- Bien, Père.
- Severus… Commença Lucius avant d'être coupé.
- Je m'en occupe, lança son ami.
Ils se saluèrent avant que Severus et Drago ne transplanent. Lucius remercia mentalement son ami. Il veillait extrêmement bien sur son fils, le confortant dans sa décision de le choisir comme parrain quelques années auparavant. Drago aurait bientôt besoin de toute l'aide disponible.
RAR :
Rainbow girl : Ma toute première revieweuse sur cette histoire ! Je suis heureuse que le premier chapitre t'ait plu. Les parings : tout un programme n'est-ce pas ? J'avoue que je rêvais depuis quelques années de faire des couples complètement improbables mais totalement crédibles. Bien sûr, cela n'arrivera pas dans l'immédiat, les choses se mettent en place petit à petit... J'ai voulu que le politique soit très liée aux unions qu'ils contractent... J'espère que tu as apprécié ce second chapitre !
Morgues : Merci pour ton commentaire ! J'espère que la suite est à la hauteur de tes attentes... Que penses-tu de ce second chapitre ? Des négociations ? Du "mystère" de Lady Malefoy ?
Ariane : Merci pour ton commentaire ! J'espère que la suite que tu as sous les yeux a comblé tes envies de lecture !
Papotage futile sur presque rien :
J'ai pris beaucoup de plaisir à remanier ce chapitre, j'espère réussir à donner plus de poids au personnage de Drago, qui pour moi est la figure emblématique de la personne prise entre le marteau et l'enclume. Le détail des négociations est inspiré du déroulé d'une histoire lue il y a plusieurs années et écrite par la talentueuse emeraldcryst, Héritage. La fiction n'est pas terminée et je ne désespère pas avoir la chance de pouvoir lire la fin de cette histoire, si jamais vous voulez aller y jeter un coup d'oeil, c'est juste brillant.
J'avoue que je piaffe littéralement d'impatience de savoir ce que vous pensez de ce premier point de vue à la sauce Serpentard... Ce chapitre vous a plu ? Ennuyé ? Endormi ? Fait rire ? Pleuré devant votre ordinateur ? Fait réussir votre premier sort de torture ou d'allégresse ? Dites-moi tout...
Je vous souhaite à tous une excellente semaine et à lundi prochain !
