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Chapitre 2

Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

(P.O.V. Regina)

Henri était sain et sauf, c'est tout ce qui importait. J'avais bien cru devenir folle d'inquiétude. L'attente avait été si angoissante. Mais, tout allait bien maintenant, car il était dans mes bras. J'étais si soulagé qu'il soit rentré, je me sentais légère et de bonne disposition. Je tournais la tête un bref instant pour jeter un œil à l'inconnue qui avait ramené mon fils, j'entrevis aussi l'affreux tas de ferraille garé juste devant chez moi. Cela faisait tache. Peut-être me laisserais-je même aller à lui offrir de l'argent pour sa peine, car juste à voir sa voiture, elle devait en avoir vraiment besoin. Quoi qu'il en soit, j'étais trop heureuse qu'Henri soit de retour, pour rechigner sur la façon.

Ceci dit, mes états de grâce durent rarement longtemps. C'est à croire que toucher le bonheur, ne serait-ce qu'un tout petit moment, était chose proscrite pour moi. Et pour me donner raison, Henry choisit ce moment exact pour m'annoncer qui était cette femme en vérité.

Cette information me fit vaciller un instant. Puis au fur et à la mesure où j'en prenais pleinement conscience, j'eus l'impression que l'on venait de me planter un poignard dans le cœur et que tout l'air de mes poumons était expulsé d'un coup.

Henry s'enfuit à l'intérieur, suivi du shérif Graham qui balbutia quelque chose que je n'entendis pas vraiment. J'étais trop abasourdi pour dire ou faire quoi que ce soit.

Je me retrouvais là, avec elle, comme si plus rien d'autre n'existait autour de nous. 'Vous êtes la mère biologique d'Henry ?' J'étais déconcerté. Oh ! Comme je détestais ce sentiment de vulnérabilité et aussi toutes les implications que cela suggérait.

Je secouais la tête, n'arrivant pas tout à fait encore, à encaisser le coup. Cela faisait bien longtemps que plus rien, ni personne ne menaçait cette perfection. Ils étaient tous si parfaitement dociles dans cette ville tout aussi parfaite que je nous avais fabriquée. Juste comme je l'avais désiré. Mais dans toute cette éblouissante illusion, cette femme, à elle seule, représentait une imperfection considérable.

Je me ressaisis. J'étais une Reine après tout et elle... eh bien elle avait l'air d'une jouvencelle. Je n'aurais sans doute aucune difficulté à lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue. Il était hors de question qu'elle garde contact avec Henry. Aucune chance que je le partage avec qui que ce soit. Jamais. C'était mon fils.

Aussi, il était impératif de connaître ses intentions. Peut-être que je n'aurais pas vraiment à intervenir, même si je n'y croyais pas trop.

Dès lors, je pris bonne mesure de cette dernière. Joli visage, magnifiques yeux verts. De longs cheveux blonds qui descendaient en cascade sur ses épaules et dans son dos. Un sourire adorable. Un corps bien proportionné un peu sportif. Elle devait s'entraîner. Son habillement laissait croire qu'elle possédait un petit côté rebelle de mauvaise fille, ce qui généralement me plaisait notablement. Elle dégageait une certaine innocence qui en temps normal mettait le feu à... Cette glorieuse pensée resta inachevée quand une fugace pensée de libertinage me traversa l'esprit. Je déglutis pour chasser cette incongruité.

Soyons honnête. Je sais au moins reconnaître les belles choses quand je les vois et je dus admettre qu'elle était appréciable. Appréciable ? Fit écho la petite voix dans ma tête pour surenchérir. Régina... appréciable est un faible mot ma fille... dis plutôt que l'idée de la mettre dans ton lit vient de te traverser l'esprit... j'entends tes états d'âme, tu sais... Je la fis taire d'un 'Oh la ferme !' bien senti. Pourquoi la foutue voix de ma conscience ressemblait-elle tant à celle de ma mère ? Cela me mettait toujours de très mauvaise humeur quand elle faisait intrusion ainsi dans mes pensées.

'Salut.' Lança la mère biologique d'Henry. Elle était mal à l'aise, cela se sentait.

Cela dénotait une certaine fragilité à laquelle je n'étais pas insensible. Ce petit "salut" lancé si candidement acheva donc de me mettre sur les genoux. C'était inadmissible.

Puis de façon tout à fait insolite, chose que je ne m'explique pas encore à ce jour, je me mis à complètement déraisonner. Une envolée de tribulations intérieures impossibles à contenir surgit en moi. Un 'Oh ! Merde !' mentale résonna dans mon esprit avant de sentir tout contrôle m'échapper.

Dans ma poitrine prit naissance, tout d'abord, un feu d'une violence démesurée. Une brûlure merveilleusement douloureuse. Un instant j'eus presque envie de laisser ce feu me consumer, mais quand je saisis ce que cette chose impliquait en réalité, oui, cette chose qui m'avait déjà tant coûté, je contrais en faisant se lever en moi un déluge verglacé d'une violence encore plus grande. Mon corps trembla presque sous l'effort inouï que je dus déployer pour combattre ces maudites flammes et m'assurer qu'à la fin il ne reste plus que de la glace dans mes veines. Et je repris le contrôle.

Rassurée, quoique incertaine d'avoir vraiment vaincu, car mon cœur, lui, semblait avoir résisté. Enfin, il ne devait rester que de la braise, mais je sentais qu'au moindre souffle, il allait s'enflammer de nouveau. Un contraste remarquablement déplaisant pour le sang de givre que transportaient maintenant mes artères. Et mon cœur ? Il avait brûlé de quoi au juste ? D'amour ? De haine ? De passion ? De peur ? De jalousie ? J'en conclus que ce devait être de toutes ces réponses. Ce genre de flammes avait tendance à vous dévorer de l'intérieur quand on n'arrivait pas à les éteindre de façon radicale. C'était mauvais. Très mauvais.

Surtout quand on était... eh bien...moi...

Cette chose ressemblait beaucoup trop à un coup de foudre pour s'y méprendre.

J'allais devoir y remédier très vite.

D'autant plus que coup de foudre rime avec amour... Et que... Je ne savais pas comment aimer, du moins si je l'avais su autrefois et cela sans conditions, maintenant je savais encore mieux détester. Sans conditions. Et juste à ce moment-là, je compris que j'allais devoir la détester. La détester plus que tout ce que j'avais détesté jusqu'à présent. Enfin, mit à part Blanche, peut-être. Surtout que mon cœur et mon corps venaient de me trahir de la pire des façons. J'étais dégoûtée. Je ne pouvais plus, maintenant, compter que sur ma raison, elle, elle était plus forte. Beaucoup plus forte.

Il y avait juste une toute petite anomalie dans toutes ces forces qui s'opposaient en moi. Cela aussi je le compris. Une faiblesse. Ma faiblesse. Mon amour pour Henry. Si lui voulait que cette femme reste dans sa vie, j'allais avoir un vrai problème. Il était rare que je lui refuse quoi que ce soit. Mais cette fois-ci... C'était différent...

De toute évidence, cette femme était une menace... pour mon fils... et pour moi aussi, je le pressentais. L'image d'Henry me traversa l'esprit et me retint de toute action malveillante. Pour l'instant, du moins. J'avais eu affaire à des ennemis tellement plus puissants. J'allais l'écraser.

D'une façon... ou d'une autre...