Chapitre 2 : « On reconnaît un oiseau en écoutant son chant, on reconnaît un homme en écoutant ce qu'il dit. » - Proverbe Chinois

Adagio avait été ravie de savoir, ou plutôt de comprendre que cet homme, bien qu'il le lui avait dit un peu plus tôt, s'avérait être le fameux professeur d'art moderne et contemporain.

-« Adagio Renoir donc. »

La jeune femme se retourna, éberluée vers son professeur. Etait-il devin ?

-« Mais… Comment ? Je ne me suis même pas présentée et je ne suis même pas certaine d'avoir mis de photo dans mon dossier ! »

-« Ehe ! Dans ce cas, il faudra remédier à cela jeune fille ! J'ai une très mauvaise mémoire des noms, donc imaginez si tous mes élèves étaient comme vous ! » Déclara-t-il en lui faisant un petit clin d'œil. « Vous avez simplement fait tomber ceci lors de notre rencontre. » Et il lui tandis sa carte.

Adagio s'empourpra de honte en voyant qu'elle avait égaré sa carte dès le premier jour. Néanmoins, c'était une bonne chose qu'elle ait été retrouvée et qu'on le lui a restitué assez rapidement.

-« Merci beaucoup. Pour tout à l'heure avec l'arbre, pour l'inscription et pour la carte. »

-« Sachez, mademoiselle, que les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais.1 »

-« Oscar Wilde. » Répondit-elle du tac au tac. « Dans ce cas, je suis ravie d'être considérée comme une folie. Ou du moins, que vous ne regrettez pas que je vous sois tombé dessus. Car rien n'est moins digne de sympathie qu'une sensibilité qui n'est pas doublée de charité.2»

-« Louis Dumur. Je suppose qu'il s'agit là que de la sensibilité de l'artiste. »

-« Alors êtes-vous historien avant l'artiste ou artiste avant l'historien ? »

L'art, est à l'image de la création. C'est un symbole, tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos.3 Cela me fait supposer que l'un est art et que l'autre l'est tout également. »

-« Hn… je crois que j'ai un doute… un indice ? » Répondit-elle, joueuse.

-« Vingtième siècle, Allemand, expressionnisme et art abstrait. »

-« Paul Klee. » Conclut-elle avec un petit sourire.

-« Revenons à notre affaire. Je crois que tous vos papiers sont en règles. C'était une discussion ma foi, fort sympathique. J'espère que j'aurai le plaisir de converser avec vous plus souvent. Cui-cui. »

Elle hoqueta de surprise.

-« Qu'est-ce que-»

Le professeur Zaidi prit une expression amusée, provocante.

-« Vous m'aviez demandé le pourquoi du comment de ma citation. Je suppose que maintenant vous en avez la réponse. Sachez que j'ai l'habitude de donner des surnoms à mes élèves. Bonne journée Cui-cui ! »

Et il la laissa en plan et littéralement sur le cul.


Et c'est ainsi, alors que le soleil commençait tout juste à se coucher, qu'Adagio commença le chemin vers son chez elle, toute souriante. Monsieur Zaidi… Ses cours promettaient d'être intéressants ! Leur échange verbal avait été très stimulant !

C'est donc toute souriante que la jeune femme fit un détour par une supérette qu'elle avait aperçu non loin de son chez elle. Qui disait soirée, disait alcool ! Elle se souvenait de sa première année de faculté où elle avait dû mentir à la vendeuse sur son âge… Ce n'était pas très malin de sa part.

Riant de ses anciens… exploits, Adagio prit un pack de bières et des chips avant de se rendre en caisse et régler ses achats. Et c'est tout juste avant de quitter la boutique qu'une affiche attira son attention. Les couleurs, la gamme chromatique de celle-ci était… familière à l'œil exercé de la jeune femme.

Alors elle entreprit de se rapprocher du morceau de papier accroché au mur avant d'en reconnaître le contenu. Et son cœur en rata un battement. Castiel…

Adagio se promit d'en parler avec ses deux amis. Elle savait que son ex-petit copain avait continué dans la musique, mais pas qu'il avait pris de l'ampleur dans le domaine ! Pas au point que son groupe donne des concerts aussi… important !

Immédiatement, elle regretta de ne pas avoir été plus présente pour lui aussi longtemps qu'elle aurait dû l'être. Car avant de se mettre ensemble, ils avaient aussi été de bons amis. Et les amis, ça se soutient.

Devait-elle lui envoyer un message pour lui annoncer son retour en ville et féliciter son accomplissement ?

Non. Quitte à le faire, elle le ferait face à face.

Adagio arracha l'affiche d'un coup de main avant de la fourrer dans son sac, quittant à pas décidés la supérette.


-« Aaaah ! Je suis désolée de mon retard ! » S'excusa Adagio en courant mollement vers sa porte d'entrée, lorsqu'elle eut aperçu ses deux amis.

-« C'est rien ! » Lui répondu Rosalya. « On est arrivé il y a pas longtemps. »

Son regard se porta sur la boisson.

-« Et puis… Tu as l'air de savoir te faire pardonner ! » Fit-elle, le regard emplie de malice.

-« Oh mon Dieu ! » Cria Alexy, tragique. « Mais qui êtes-vous et qu'avez-vous fait d'Adagio !? »

Le boucan qu'avait déclenché Alexy rendit hilare les deux jeunes filles.

-« Alexy ? » Questionna Rosalya.

-« Oui ? » Répondit-il.

-« Ne change jamais. » Compléta Adagio en levant un doigt.

-« Promis ! »

Il ajouta un clin d'œil à sa parole pour la compléter, ce qui eut pour effet de faire pouffer Rosalya.

-« Alors, qu'est-ce qu'on attend pour rentrer ! » Proposa joyeusement Adagio.

-« Le déluge ! » Mima Rosalya.

Ils rirent une dernière fois avant d'investir le loft d'Adagio.

Celle-ci ferma sa porte à clé avant de se retourner vers ses amis.

-« Le facteur n'est pas passé je suppose ? »

-« Si, mais j'ai intercepté le colis, ne t'inquiète pas. Il t'attend dans le garage. »

-« Rosa. Je t'aime. »

-« Moi aussi, Ada'. Moi aussi. »

Alexy les regardait incrédule.

-« Euuuh. Je peux savoir de quoi vous parlez ? »

-« Ah, désolée, il n'était pas avec moi Ada'. Je peux lui dire ou tu t'en charge ? »

-« A toi l'honneur ! »

Rosalya ria un petit instant, avant de se reprendre.

-« Et bien… Il se trouve qu'en quatre ans, notre cher Adagio a bien changé, mon p'tit Alex' ! »

-« Soit plus vague encore, je t'en prie ! » Gémit-il.

-« Elle a une moto qui transpire la classicitude ! »

Gné.

-« Quoiiiiiiii ?! Et tu m'as caché ça ! Vilaine fille ! Pour la peine tu seras privée de ta première bière ! » Dit-il en poitant du doigt Adagio.

-« Maaaiiis, euh. Tu es méchant ! » Geigna-t-elle.

-« Tu ne seras pardonné qu'à une seule condition. »

-« Me laisser faire à la prochaine journée shopping ? »

-« C'est envisageable mais non. »

-« Me laisser tartiner le visage de miel devant une ruche ? »

-« Me crois-tu si cruel ?! »

Adagio lança un regard complice à Rosalya sans pour autant répondre à sa question.

-« Non plus. » Concéda Alexy. « Tu devras m'accorder une ballade avec toi sur ta bécane d'enfer ! »

-« Vendu ! » Cria-t-elle en lui serrant la main.

Le groupe ria aux éclats jusqu'à que chacun reprennent son souffle.

-« Alors, sinon, qu'est-ce que tu deviens ma jolie ? » Questionna Alexy.

-« Et bien… Dernière année d'Histoire de l'Art et toi ? » -« Histoire de l'Art ? C'est spécial. Mais tu sais bien que ça n'a jamais été mon truc. » Concéda-t-il en lui tirant la langue. « Moi je suis en socio' ! »

-« Dans ce cas, tu sauras, monsieur la dernière année de sociologie, qu'il est mal vu de critiquer la filière d'autrui. » Répondit Adagio malicieusement.

-« Ou alors, un bon moyen de sympathiser avec un nouveau venu avec un usage abusif de provocation ? »

A la liberté de provocation, répond la liberté d'objection !4 » Rétorqua la petite Renoir.

-« C'est de qui ? » Fit curieusement Rosalya.

-« Bernard Pivot. Un monsieur orthographe du siècle dernier. »

-« Je crois que c'est exactement pour ça que j'ai du mal à piffrer les Arts, ils sont trop… philosophiques pour moi. Mais ne t'inquiète pas ma petite Ada', moi je t'aimerai toujours ! »

-« C'est ça, vilain garnement ! Bon, on boit ? »

-« No problemo ma poulette ! » Clama Alexy.

Alors chacun prit une bouteille avant de se rendre compte… qu'il n'y avait pas de décapsuleur.

-« Attend. Tu veux dire qu'après ton déménagement, tu as pensé à prendre ton petit nounours qui trainait sur ta table, un sous table, des verres, mais pas de décapsuleur ?! Où est ta table qu'on en finisse ! » Lança Rosalya.

-« NON ! Pas la table ! » Cria Adagio en se tenant à son bras. « Mes parents vont me tuer s'ils ne voient ne serait-ce, qu'une seule trace dessus ! »

-« Mais… »

-« Laisse-moi faire ! » Continua Adagio. « La même situation nous est arrivé en soirée il y a deux ans. C'est comme ça que j'ai appris à décapsuler un cidre-rosé avec une petite cuillère. »

Rosalya haussa un sourcil avant de lui céder sa boisson.

-« D'accord. Juste pour le coup d'œil, je veux voir ça. »

C'est ainsi que la jeune femme se dirigea vers sa cuisine pour attraper une petite cuillère de métal avant de glisser l'embout sous la capsule, appuyant de toute ses forces sous les différents recoins sous les yeux sceptiques de ses amis.

Dans un dernier coup rageur, la capsule s'envola vers de nouveaux cieux.

Face à l'exploit, Rosalya ne put que s'incliner, avant de tirer la bière vers elle et boire la première gorgée.

-« N'empêche. Du cidre-rosé. Tu me déçois ma petite. Il était bien frais au moins ? »

-« C'était pas si mauvais. Ça avait un goût de tagada, on avait chaud, c'était tout ce qu'il restait dans le frigo. »

-« Alors tu es pardonnée. » Conclu Alexy.

Lorsque la dernière bouteille fut décapsulée, ils trinquèrent.

-« Santé, mes amis. A nos retrouvailles ! » Cria l'élément masculin du groupe.

-« A nos retrouvailles. »


-« Au fait, j'ai trouvé ça sur le chemin. »

Adagio sortit le morceau de papier qu'elle avait arraché sur le mur.

-« Des nouvelles de Castiel ? » S'hasarda-t-elle à demander, affiche à l'appui.

-« Oh tu sais, on n'a jamais vraiment été très proche de lui. » Commença Rosalya. « Alors après ton départ, on s'est un peu perdu de vu. Par contre, je sais que ça a l'air de marcher pour lui. Son groupe prend de plus en plus d'ampleur. »

-« Mais, pourquoi c'est toi qui nous demande ça ? Je veux dire, c'est ton ex. Tu n'es pas du tout restée en contact avec lui je suppose ? » Questionna Alexy.

-« Tu supposes bien. » Soupira Adagio. « Ça va facilement faire trois ans qu'on ne s'est pas revu. La distance a eu raison de nous. Et avec le temps, on a arrêté de s'envoyer des messages. »

-« Et tu voudrais aller à son concert ? »

-« Comment tu-»

-« Oh pitié Adagio. Ca fait peut être quatre ans, mais je ne suis pas débile. Je la connais, cette lueur dans ton regard. » Lâcha la blanche.

-« Oui. Je veux le voir. Je veux le voir et voir ce qu'il est devenu. »

-« Alors allons-y. » Sourit Alexy.

Et la bande, pour qui chaque membre avait eu l'appréhension de revoir le troisième membre du trio, s'enlaçait. Car l'amitié n'est que l'égoïsme des gens de cœur. – Gustave Flaubert.


(1)Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde

Un petit rappel de l'auteur cité dans le premier épisode de Campus Life ! Le film datant des années... cinquante je crois est une pépite regorgeant de symbole. A voir !
(2)Petits aphorismes sur la sensibilité (1892) de Louis Dumur
(3)Théorie de l'Art Moderne de Paul Klee
Tout est dit dans le texte pour lui : p
(4)Le métier de lire de Bernard Pivot
Same.

Et c'est un autre chapitre que se termine, sans doute le moins long de la fiction mais on a la suite de la conversation avec Rayan, je suppose que cela peut me faire pardonner ? Le prochain chapitre aura encore plus de Rayan, de citations et d'Adagio :3
Néanmoins, à partir de ce week-end, je vais me consacrer à fond à mes révisions pour le bac de français, donc je ne suis pas certaine de réussir de poster. Le prochain chapitre sera donc, soit pour lundi soir à la sortie de l'examen, soit pour mardi dans la journée : )
N'hésitez pas à me donner votre avis, je suis très ouverte aux retours ! De même si vous trouvez des petites coquilles, je ne suis pas infaillible, je serai ravie de les corriger avec votre aide !
Merci à Ydriana et urgentiste sur AS pour leurs corrections