Neige en Wallachie


Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai

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À propos de la traduction :

Onomatopée, interjections et autres : S'il n'y a pas d'équivalent précis en français, je n'y touche pas. Par contre, j'ai retranscrit l'interjection japonaise "Yabbe yabbe" en "Yare yare". Parce c'est ce qui est le plus proche au niveau de la sonorité en français, et c'est celle que l'on trouve le plus souvent dans les fanfics françaises (il faut quand même rouler les 'r' :).

Coven : Je n'ai pas trouvé de traduction de ce mot en français qui conviendrait. Convent serait le plus approchant mais ce terme se rapporte à la franc-maçonnerie. Coven serait à l'origine un mot écossais signifiant "rassemblement de personnes". Le mot a été repris dans le folklore européen pour désigner un clan de sorcières, et signifie donc "assemblée de sorcières". Je n'ai donc pas cherché à le traduire.


Partie II : Le Coven

Byakuya retira ses gants, exposant ses fines mains pâles. Ses ongles étaient longs et exceptionnellement épais, et leur extrémité semblait avoir été aiguisée comme les pointes d'autant de poignards. Il jeta négligemment ses gants tâchés sur le sol, puis reporta son attention sur le plus grand des quatre hommes. « Je vous ai invités dans ma maison... »

« Yare yare... », soupira l'homme, sautant en arrière avec une agilité inhumaine.

« Je vous ai offert mon hospitalité... », continua Byakuya, en enlevant sa chemise déchirée et trempée de sang.

« Ichigo, prends Ukitake-san et Orihime… », commanda l'homme en aboyant ses ordres, sans que jamais ses yeux gris ne quittassent Byakuya. « Emmène-les quelque part en sécurité. »

« Vous avez blessé ma fierté », poursuivit Byakuya, sa peau blanche exposée scintillant sous la lueur des étoiles. « Et je vais vous éviscérer pour une telle insolence. »

« Qu'est-ce qui fait... », s'interrogea le plus grand, gagnant du temps pendant que l'homme aux cheveux orange faisait disparaître les deux autres comme par enchantement, « que tout le monde veut m'éviscérer ? »

« Mon nom est Byakwya Dragkwyla de la Maison des Drăculesti », se présenta Byakuya, tout en descendant les marches couvertes de sang jusque dans la neige. Il désigna le château derrière lui. « Vous mourrez en Wallachie. »

« Je suis Shunsui Kyôraku d'Edo... », dit le plus grand. « Et je suis désolé, je ne peux pas mourir maintenant. Il me reste bien trop de choses à faire. »

« Shunsui », souffla celui aux cheveux rouges, « nous ne savons pas à quoi nous avons affaire... » Sa langue surgit nerveusement d'entre ses lèvres, et Byakuya aurait pu jurer que c'était la langue fourchue d'un serpent. « Nous devrions battre en retraite pour l'instant ».

« Je ne peux pas mourir », marmonna Shunsui. « Même pas quand je le veux. »

« Shunsui ! », prévint le roux.

Byakuya fut incroyablement rapide, avant que Shunsui pût réagir, il avait labouré son visage de ses ongles en griffes. Shunsui hurla lorsque l'ongle du pouce creusa son œil au passage. Byakuya serra le poing, et en un seul coup Shunsui fut envoyé se fracasser dans le tronc d'un arbre.

Du sang jaillit de la bouche et du nez de Shunsui et coula à profusion de l'orbite de son œil. Avec un grognement, il commença à se déshabiller, laissant ses vêtements là où ils atterrissaient. Sa peau commença à se friper, et Byakuya se rua pour une autre attaque, dans l'intention de le stopper avant que n'arrivât une quelconque transformation.

« Nuh uh », aboya le roux, son corps pirouettant rapidement. Byakuya esquiva de justesse l'appendice sinueux qui avait tout d'une queue, en glissant au-dessus de la glace sur son ventre dénudé. Roulant sur lui-même, il revint sur ses pieds, sa poitrine toute entière à vif et en sang.

« Là encore, vous attaquez à deux contre un ? », questionna Byakuya, haussant un sourcil noir et distingué. « Quel comportement déloyal. »

« Ça n'a rien à voir avec le fair-play », rétorqua l'homme aux cheveux de feu, sa queue remuant derrière lui. « C'est à propos de ce qui est bon et mauvais. Du Bien et du Mal. »

Byakuya ricana, une bouffée d'air chaud jaillissant de ses lèvres. Il secoua la tête et en une seconde franchit la distance entre eux. Il cogna sa tête contre celle du roux, lequel se plia en deux de douleur. Sans attendre, Byakuya enfonça sa main à travers son estomac. « Vous n'en savez rien. »

« Putain… Shunsui… Fais… quelque chose... », gémit le roux, du sang ruisselant de ses lèvres.

AH-WOOOOOOOOOOOOOO.

La puanteur suffocante du soufre et de la mort fut la première chose à frapper Byakuya. Chaque cellule de son corps le supplia de fuir. Il relâcha la créature aux cheveux rouges et se retourna avec alarme. Ses dents libérées, saillant de sa bouche comme des aiguilles senbon(1). Par un réflexe de surprise, il poussa un feulement, ses bras se levant pour bloquer la gigantesque créature lupine qui se jetait sur lui.

Shunsui percuta de plein fouet Byakuya, envoyant balader son poids léger dans la neige dure et tassée. Shunsui s'était transformé en un énorme loup noir, et l'animal faisait claquer ses mâchoires et grondait, ses crachats éclaboussant la figure de Byakuya.

Byakuya repoussa la bête, soulevant la moitié avant du corps massif du loup. Le loup aboya et grogna, de l'écume et de la bave dégoulinant sur lui. Le visage de Byakuya se tordit de dégoût en même temps qu'un rauquement meurtrier s'échappait de ses lèvres.

Les yeux du loup s'écarquillèrent de surprise et Byakuya eut un petit rire sans joie. « Vous n'êtes point habitué à perdre, n'est-ce pas ? » Byakuya incurva ses doigts, plantant ses griffes dans la chair du loup. Le loup hurla, redoublant d'efforts pour atteindre la gorge de Byakuya. « Ne pouvez-vous point parler tel que vous êtes ? »

« Qu'est ce que t'es en train de fabriquer, louv'teau ? » Le roux gémit, se remettant difficilement sur ses pieds. Il cassa la branche d'un arbre avec facilité, et marcha vers les deux autres lentement. « Tu contrôles, ou pas ? »

Le loup gronda de colère et, avec un soudain regain d'énergie, ses crocs déchirèrent l'abdomen de Byakuya. Byakuya cria, les dents découvertes et maculées de rose. Le loup sauta de lui soudainement et sans une seconde d'hésitation l'homme aux cheveux rouges força la branche à travers sa poitrine jusque profondément dans la terre gelée. Byakuya toussa irrépressiblement, du sang glougloutant bruyamment dans sa gorge.

Le roux se courba, s'asseyant sur le sol, épuisé. Il examina sa blessure et claqua de la langue avec irritation. « Cet enfoiré m'a bien eu. » Il regarda vers Byakuya, l'air critique. « Vous étiez assez fort. »

Le loup hurla au ciel, tournant autour de Byakuya comme autour d'une proie abattue. Il renifla sa peau blanche comme la neige, en lapant le sang qui s'écoulait de son estomac. Brusquement la tête du loup se cabra, et avec un grondement le loup recula. Il s'allongea sur le sol, frottant son museau avec ses pattes comme s'il était blessé. « Chien stupide... », murmura Byakuya. Il tourna la tête sur le côté, le corps inerte. Ses yeux gris rencontrèrent ceux du roux et celui-ci détourna le regard, l'air coupable. « Serpent stupide... »

« Vous n'êtes pas encore mort ? », grommela le roux, grignotant ses ongles d'un air absent.

Byakuya rit sans joie, ses membres tressautant tous à la fois. Il se redressa, droit comme le dessus d'une table, soulevant son abdomen jusqu'à dépasser l'extrémité de la branche. Il se leva sur un son de gargouillis grotesque, la branche encore logée profondément dans le sol. « Uhhh... » Le roux crapahuta en arrière, son dos bientôt acculé contre le tronc d'un arbre.

« Je reviendrai », annonça Byakuya, en montant les marches de pierres jusqu'à son château. L'homme aux cheveux rouges jeta un cou d'œil à travers le trou béant de son abdomen, choqué. Byakuya se retourna et balaya l'air d'un grand geste de la main. « Et alors je vous tuerai tous. »

« Ce n'est pas un changeant et ce n'est pas un Maître... » Le roux respira une fois que Byakuya eut pénétré à l'intérieur du château. Il sauta en l'air, s'élançant d'avant en arrière, du sol sur une grosse branche. « Tout ça n'a rien à voir avec nous. Il faut qu'on parte. »

« Il est fort. » Shunsui gronda sous la contrainte, les os de ses bras claquant en place comme il reprenait sa vraie forme. Il haleta d'épuisement, sa main se pressant contre l'orbite de son œil en train de guérir. « Qu'est-ce qu'il est ? »

« J'en sais rien. J'm'en fous », lâcha le roux d'un ton cassant. Un curieux grognement sauvage s'échappa de ses lèvres. « Allons-y. »

« Où il est allé ? », demanda Shunsui en jetant un coup d'œil au château lugubre.

« Il est allé à l'intérieur », répondit le roux.

« Pourquoi ? », demanda Shunsui, tout en s'essuyant la bouche avec son bras.

« Comme si j'en savais foutrement quelque chose ! », aboya le roux. « Il est temps de partir, Shunsui... »

« Nous ne pouvons pas le conduire tout droit aux autres », fit valoir Shunsui en secouant la tête.

« Il est aussi fort qu'un Maître, si ce n'est plus... », admit le roux. « C'est au-delà de notre compétence… Peut-être que si Ichigo revenait ou si nous avions Coyote... »

Shunsui se hérissa à la mention de Coyote. Il regarda le roux du coin des yeux et secoua la tête. « Coyote porte le poids du monde entier en ce moment... »

« Je sais, je sais... », dit le roux d'un ton d'excuse. « Je voulais juste dire... »

Les lourdes portes du château s'ouvrirent et le jeune homme aux cheveux roux en sorti. Il portait un grand seau d'eau bouillante. Il eut un sourire forcé en leur jetant un coup d'œil et versa le seau d'eau sur les marches. L'eau dévala la pierre, vaporisant et emportant le sang.

Shunsui et le rouquin échangèrent des regards curieux. « Excusez-moi », commença Shunsui avec hésitation. « Où cet homme est-il allé ? »

« Sire Byakuya ? », demanda l'homme. « Il est à l'intérieur, monsieur. » Shunsui hocha la tête, regardant silencieusement l'homme pendant qu'il nettoyait l'entrée du château. Sans un autre mot celui-ci trottina en rentrant à l'intérieur, claquant les lourdes portes derrière lui.

« Rien à foutre de cette merde, je pars », murmura le roux, en secouant la tête.

« Renji, tu ne vas- a-ller- nulle- part... », ordonna Shunsui.

Les deux Changeants échangèrent un regard énervé, puis avec un soupir Renji céda. « D'accord. »

« Devrions-nous entrer ? », demanda Shunsui après plusieurs minutes d'inaction, sa main saisissant la poignée de son épée. « Il pourrait y en avoir plus d'un là-dedans. »

« Deux humains », compta Renji, reniflant l'air. « Son odeur est unique et je ne la sens qu'une fois. Ça ne ressemble en rien à ces choses dans la forêt. »

Ils se tinrent côte à côte regardant les nuages se déplacer de façon inquiétante dans le ciel. « Une tempête arrive... », réalisa Shunsui, sortant la langue et récoltant un flocon de neige. « Orihime va avoir très froid. »

« Je ne peux pas en supporter beaucoup plus », s'exclama Renji, irrité. « Je vais juste entrer... »

« Attends, je pensais que nous avions décidé… Oh, yare yare... » Shunsui grimpa à petites foulées les marches derrière Renji.

Renji ouvrit les portes tambour battant et s'engagea dans l'immense hall. Le château était propre et bien décoré, avec simplicité et goût, mais l'atmosphère glauque de l'extérieur pénétrait à l'intérieur. Des portraits d'hommes intimidants s'alignaient sur les murs et l'espace au niveau du sol était occupé par toute une collection d'armures et d'épées. Des ombres dansaient le long d'un seul mur, le reste de la maison était plongé dans l'obscurité, l'unique source de lumière était un feu crépitant dans l'âtre.

« Bonjour ? », héla Renji, se sentant plutôt idiot.

Il y eut un mouvement à côté du feu et Renji réalisa tardivement que Byakuya était assis dans un fauteuil, revêtu de vêtements propres et tenant une coupe en fer finement ciselé. Il prit une gorgée du calice, le liquide rouge et abondant colorant ses lèvres fades. Ses yeux gris rencontrèrent ceux de Renji et, sans dire un seul mot, il fit part de son mécontentement à être interrompu.

Byakuya reporta son attention sur l'épais volume usagé placé dans son giron, tournant une page distraitement de sa main gauche. Shunsui jura dans sa barbe et secoua la tête. « Qu'êtes-vous en train de faire ? Je ne comprends pas du tout... »

Byakuya leva son livre, le tenant pour le présenter. Il pointa une griffe manucurée vers le titre, écrit en slave de l'Ancienne Église. « "Mystérieux Diables et Autres Bêtes Malignes" », expliqua-t-il, repositionnant le livre sur ses genoux. « Veuillez excuser ma curiosité. Et votre visite coïncide également avec l'heure de mon repas. » Byakuya leva sa coupe et prit une gorgée avec une très apparente avidité. Ses yeux rencontrèrent ceux de Shunsui et le plus bref des sourires traversa son visage. « Mais, étant donné qu'un orage s'installe au-dessus de nous, vous êtes plus que bienvenus à attendre ici, à l'intérieur. Je vous tuerai dès que possible. »

« C'est notre chance », murmura Renji, donnant un coup de bras dans celui de Shunsui. « Profitons en pour partir maintenant. Il n'a aucune envie de chasser après nous. »

« Il n'a aucune envie de nous tuer non plus », raisonna Shunsui, en pénétrant plus loin dans le salon.

« Oh, je puis vous assurer que ce n'est point vrai », mit en garde Byakuya. « Lorsque ma fierté est concernée, il n'y a aucun obstacle que je ne puis surmonter. »

« Nous avons fait une erreur », expliqua Shunsui, s'approchant de Byakuya lentement. « Nous avons pensé que vous étiez quelqu'un ou plutôt, quelque chose d'autre... »

« Si j'avais été quelqu'un d'autre... », énonça Byakuya, « je serais étendu exsangue sur le pas de ma porte. »

« Il n'est pas ce que nous recherchons... », grogna Renji, « Allons nous en. »

« Non », aboya Shunsui. Byakuya le regarda avec curiosité, tournant la page de son livre négligemment. « La fillette qui est avec nous… C'est un être humain. Complètement mortel… », expliqua Shunsui. « Elle ne peut pas supporter le froid. Elle mourra. Nous avons besoin d'un abri. »

« Ce n'est, pour l'exprimer simplement, point mon problème », rétorqua Byakuya.

« Vous avez été assez aimable pour nous offrir l'hospitalité. Et nous avons tout foutu en l'air. S'il vous plaît, je vous implore… Je… Je suis désolé... » Shunsui se tint juste en face de Byakuya. Il s'agenouilla, levant des yeux suppliants vers lui. « Vous avez mentionné votre fierté ; eh bien, j'ai de la fierté moi aussi… Et me voici… S'il vous plaît... »

« Je me demande... », dit Byakuya avec espièglerie. Il tendit sa main pâle à Shunsui, ses longs doigts minces touchant presque son visage. Shunsui la prit dans la sienne, plaçant un baiser à son extrémité glacée. « Cette démonstration est-elle suffisante pour réparer ma fierté blessée ? »

« S'il vous plaît... », supplia Shunsui.

« Ce n'est point assez », dit Byakuya avec finalité, faisant signe à Shunsui de s'éloigner. « Mais peut-être », continua-t-il, fixant ses yeux sur Renji, « … si vous étiez tous les deux... »

« Viens ici », ordonna Shunsui dans un souffle.

« Sûrement pas », refusa Renji en araméen.

« Fais-le pour Orihime », pressa Shunsui en araméen.

« Il n'est pas humain. Il n'est pas l'un des nôtres... » Renji frissonnait alors qu'il parlait. « Il n'est pas naturel... »

« Réalises-tu à quel point tu parais stupide ?! », grogna Shunsui. « Viens ici… Et tu peux considérer que je te suis redevable... »

« Tu m'es déjà redevable, p'tit loup », répliqua Renji.

« Très bien alors. Je te suis doublement redevable... »

« La tempête s'aggrave », dit Byakuya, plus qu'un petit peu irrité de ne pas être capable de comprendre l'échange. « Tic Tac. »

Renji pesta, relâchant une série de violents jurons pendant qu'il traversait la pièce. Il stoppa en face de Byakuya et s'agenouilla. Sa peau brune rougit d'une teinte écarlate et il baissa les yeux d'humiliation. « Vas te faire foutre, Shunsui »

« Je suis désolé, Renji... »

« S'il vous plaît laissez-nous rester... », marmonna Renji, en plaçant ses lèvres chaudes contre la main tendue de Byakuya.

« Êtes-vous désolé pour votre comportement ? », demanda Byakuya, crochetant le menton de Renji avec son doigt et lui levant le visage.

« Absolument… Je regrette certainement tout ce que j'ai fait aujourd'hui... », gronda Renji à travers ses dents serrées.

« Bien », dit Byakuya, relâchant le visage de Renji. « Je vous en prie, vous et vos amis êtes invités à prendre refuge. » Byakuya retourna son attention à son livre. « J'attends de vous que vous partiez dans la matinée... »

« Je vais trouver Ukitake-san... », annonça Shunsui, se remettant sur ses pieds. Il traversa la pièce impatiemment.

« Je vais venir avec toi... », dit Renji de façon significative, indiquant Byakuya d'un signe de tête empreint de défiance.

« Un mot d'avertissement », murmura Byakuya rêveusement. « Vous êtes arrivés au coucher du soleil. La forêt, au milieu de la nuit, est un endroit tout à fait différent. »

« Ces créatures... », commença Shunsui avec hésitation.

« Elles deviennent plus fortes et plus rapides et même encore plus hideuses... », mit en garde Byakuya. Il prit une gorgée mesurée de sa coupe et Shunsui n'eut plus aucun doute sur le fait que c'était du sang. « Mais encore plus inquiétant que cela est le Coven. »

« Le Coven ? », demanda Renji avec curiosité.

« Des gens pareils à moi », dit Byakuya simplement. « Se dénombrant bien au-dessus d'une centaine. »

« Mais... » Shunsui regarda Renji avec inquiétude. « Je pensais que tu avais dit que tu ne pouvais en sentir qu'un seul ? »

« Je pouvais… Je veux dire, je peux... » Renji secoua la tête pour s'éclaircir les idées. « Je ne suis pas Coyote… Je ne suis pas un pisteur… Je suis meilleur que tu l'es, au moins… Tu pourrais apporter ta part, louv'teau... »

« Ils vont la manger. » Byakuya leva un doigt, faisant le geste de se trancher la gorge. « Et ensuite ils vont tuer les autres. »

« Sera-t-elle en sécurité ici ? », demanda Shunsui. « Pour la nuit ? »

« Pour la nuit », répondit Byakuya avec un hochement de tête.

Les ongles de Shunsui se durcirent, ses mains le brûlaient alors qu'il s'empêchait de se transformer. Il se précipita vers les lourdes portes de l'entrée mais Renji l'y devança. « Je suis plus rapide », souffla-t-il. « Je les rejoindrai d'abord. Tu nous ménages le chemin du retour. »

« Compris », accepta Shunsui sans hésitation.

« Et, Shunsui », dit Renji vivement, « Ichigo est avec eux… C'est un Ancien... »

Shunsui hocha la tête anxieusement. « D'accord, oui, tu as raison... »

Aussitôt que Shunsui franchit le seuil, il fut en mesure de dire que les créatures avait quasiment quadruplé en nombre. Elles l'avaient craint et étaient restées à l'écart mais il n'y avait pas moyen de dire comment elles réagiraient maintenant qu'elles étaient sous l'influence d'une mentalité de meute. Shunsui ferma les yeux et se concentra sur l'odeur de Renji. Il se trouvait presque à un kilomètre déjà de là, mais Shunsui pouvait visualiser sa course comme une tache de lumière.

Shunsui prit une profonde inspiration et se déshabilla, dégageant à coup de pied ses vêtements sur le perron du château. Il s'agenouilla avec un grognement, ses os craquant alors qu'ils s'allongeaient et s'épaississaient. Il gémit de douleur, sa mâchoire se disloquant et s'avançant, de grandes, menaçantes dents dépassant de ses lèvres noircies.

AH-WOOOOOOOOO

Le loup noir hurla agressivement. Il flaira le sol, son museau pressé contre la neige, avant de s'élancer soudain dans la forêt. Il déguerpit à travers les arbres, décrochant des stalactites des branches basses à portée de main. Il suivit le parfum puissant de Renji, un grondement permanent roulant dans sa gorge.

Les créatures s'écartèrent nerveusement, lui laissant un large périmètre. Avec leur force, elles pouvaient facilement décimer des colonies humaines entières. Le loup renifla l'air, méditatif, ses yeux s'étrécissant avec méfiance alors qu'une nouvelle odeur emplissait l'atmosphère.

Renji, avec des millénaires de pratique et une plus évidente aptitude, augmenta sa vitesse. Il flaira l'odeur étrangère, sentit l'intention meurtrière qui en émanait et sut qu'il devait rejoindre Ichigo et les autres rapidement. « Ichi ! », hurla-t-il, interrompant son élan en enroulant sa queue autour d'un tronc d'arbre. Il balança gauchement pendant un moment, son estomac faisant des embardées et sa vision devenant floue. « Ukitake-san... »

« Renji », cria Orihime, levant grand les bras.

« Où est... », commença Renji, les mots mourant sur ses lèvres lorsqu'il vit Jûshirô sur le sol en bas.

« Prends Orihime ! », hurla Jûshirô en japonnais. Ses longs cheveux blancs avait été noués en un chignon haut perché. Son obi gisait en lambeaux sur le sol, son kimono était déchiré. Il mania son wakisashi avec habileté, l'amenant d'un coup sans bavure à travers l'une des créatures.

« Nous partons tous.. », insista Renji, aidant Orihime à grimper sur son dos. « Nous avons un nouveau problème. »

« Où est Shunsui ? », demanda Jûshirô anxieusement, se ménageant un moment dans sa lutte sans fin contre ses opposants pour scruter la forêt.

« On va le rejoindre », dit Renji, qui se balança par-dessus les têtes des créatures affamées.

« Attention, Renji... », mit en garde Ichigo. « Ces enfoirés peuvent sauter. »

« Compris », grogna Renji, augmentant sa vitesse. « J'pars devant, Ichi... »

« Ukitake-san », murmura Ichigo, en agrippant fermement l'homme plus grand que lui. « Ma priorité dans cette situation… est l'enfant. » Il s'interrompit, gêné. « Je lui suis redevable. »

« Elle est humaine », fut d'accord Jûshirô. « S'il te plaît, protège-la à tout prix. »

« Alors nous allons aller très vite... », prévint Ichigo avec un légère grimace. « Je m'en vais rattraper ce stupide singe... »

Les contours d'Ichigo fluctuèrent et, le moment suivant, il avait complètement disparu à la vue en dehors de ses vêtements. Dans une embardée, Jûshirô fût entraîné en avant, son corps entier se fléchissant et se courbant d'une manière qu'il aurait auparavant assumé impossible. Il sentit que les saccades de la traversée rapide lui donneraient la nausée et fut forcé de fermer les yeux étroitement. Il ignora la volumineuse salivation dans sa bouche et essaya de se concentrer sur d'autres choses. Où était Coyote ? Avait-il trouvé une ville assez grande pour la cérémonie ? Combien de temps encore seraient-ils séparés ? Combien d'âmes avait-il collecté pour le Maître ? Pour Aizen ?

Il y eut un hurlement strident, terrible, à droite et Jûshirô prit le risque d'ouvrir un œil. Une femme bondissait vers eux, Ichigo évitant de justesse une collision. Ichigo jura, son corps réémergeant à la vue en même temps qu'il se fracassait violemment contre le tronc d'un arbre. Il y eut un horrible crac, son crâne et son cou se fracturant sous l'impact. Il enlaça Jûshirô étroitement, absorbant le choc quand ils heurtèrent le sol gelé.

« Kurosaki-kun ? », grogna Jûshirô, luttant pour se libérer de la poigne de fer mortelle d'Ichigo. Il regarda fixement son visage plein de sang et déglutit. Les cils agglutinés, l'un des yeux d'Ichigo était presque fermé, et l'autre était grand ouvert et regardait en aveugle. « Ichigo ? »

Il y eut un mouvement au-dessus d'eux et Jûshirô leva les yeux, tombant sur le visage d'une femme qui, selon toute apparence, volait. Elle sourit cruellement, étirant sa peau pâle. Elle gloussa, d'un rire comme un tintement de cloche, puis elle bondit en avant, poursuivant sa course après Renji. « Qu'est-ce c'était ? », se demanda Jûshirô à voix haute.

Ichigo s'assit en poussant un râle. Il regarda autour de lui avec de larges yeux emplis de confusion, avant de se remettre sur ses pieds. « J'ai vu une femme... »

« Elle vient juste de partir de ce côté », dit Jûshirô en indiquant la direction d'un geste. « Après Renji et Orihime. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? », demanda Ichigo, en se prenant la tête entre les deux mains.

« Tu as heurté l'arbre », expliqua Jûshirô, « et ensuite, tu es tombé au sol. Est-ce que tu vas bien ? »

« Je vais bien », dit Ichigo avec un léger hochement de tête. « Il faut qu'on se dépêche. »

« Tu ne peut pas me porter ainsi... », décida Jûshirô. « Tu as besoin de repos... »

« Ne soyez pas stupide », murmura Ichigo, attrapant Jûshirô et le jetant par-dessus son épaule avec un air de défi. « Je peux porter un gamin comme vous. »

Ichigo ne retourna pas à la cime des arbres, il resta sur le sol, glissant sur la glace avec une agilité inhumaine. Il patina à toute vitesse, surpassant quasiment la vitesse qu'il avait atteinte dans les arbres. « Nous y sommes presque... », chuchota-t-il doucement, « Shunsui est juste de l'autre côté de ces- »

« Quel est le problème ? », souffla Jûshirô nerveusement.

« Je connais cette odeur », murmura Ichigo, déposant Jûshirô sur le sol alors qu'il s'arrêtait en dérapant.

« Qu'est-ce que c'est ? », exigea de savoir Jûshirô. « Allez ! Je ne peux pas supporter ce mystère ! Dis-moi ce qui se passe. »

« Des vampires », répondit Ichigo, en se léchant les lèvres tout en parlant.

« Des vampires ? », répéta Jûshirô avec perplexité. « De telles choses existent ? »

« Bien sûr », dit Ichigo.

« Sont-il dangereux ? », demanda Jûshirô, empoignant son épée avec intrépidité.

« Un ou deux ? Non », expliqua Ichigo. « Mais tout un Coven ? Ouais, ils sont dangereux. »

« Mais pour des changeants... », commença Jûshirô avec espoir.

« Les vampires ont tué plus de changeants qu'aucune autre créature sur Terre », murmura Ichigo. Il leva de grands yeux troublés sur Jûshirô. « Des vampires ont même tué des Maîtres. »

Partie II : fin


(1) NdT : Les senbon étaient des armes de jet utilisées par les ninja. C'étaient des sortes d'aiguilles, longues de 10 à 40 cm, avec une pointe de chaque côté de telle sorte qu'on pouvait les utiliser dans n'importe quel sens.