Archives de la famille Malefoy (2 mai 1998) – « La guerre est finie, Potter. »

Résumé : Nous connaissons les ennemis, Potter et Malefoy. Nous avons inventé les amants, Harry et Draco. Je vous offre la réconciliation entre Drago Malefoy et Harry Potter, après la chute de Lord Voldemort.

Disclaimers : J.K. Rowling

Rating : None (K)

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Serré contre sa mère qui l'étreignait de toutes ses forces, Drago hoquetait, tentant de se libérer de l'étau des bras qu'il aurait juré être fragiles et délicats. Sans aucun doute, cette idée était sans commune mesure avec la réalité de la poigne qu'une mère peut avoir lorsqu'elle retrouve un enfant dont elle craignait la mort.

- Mère, je vais très bien, lâchez-moi…

La main de Lucius Malefoy, livide, tremblante, se posa sur l'épaule de sa femme pour l'inciter à relâcher leur fils.

- Narcissa, enfin. Tu vois bien qu'il est en parfaite santé.

- Si peur, Drago… sanglotait sa mère. Si jeune, si vulnérable…

Drago eut une légère grimace en hochant la tête. Partout autour d'eux, dans la Grande Salle, il voyait les familles réunies, qui ne leur accordaient pas un regard, à eux, les Mangemorts déchus. Partout, les parents enlaçaient leurs enfants, les femmes recherchaient les maris avec une frénésie qui lui donnait mal à la tête.

Potter aussi devait avoir mal à la tête, songea-t-il en voyant une tignasse de cheveux de jais se débattre parmi la foule qui tenait à lui témoigner son admiration, sa reconnaissance, sa soumission. Il le vit se laisser tomber sur un banc à côté d'une fille qu'il pensait reconnaître comme étant celle qui avait été longuement emprisonnée – son estomac se noua – dans le cachot de son manoir, la petite Loufoca… non, Luna Lovegood.

Drago cligna des yeux. Il y eut un cri, un chatoiement argenté, et Potter disparut dans l'indifférence générale. Les yeux de tous les témoins s'étaient un instant tournés vers l'endroit que Luna désignait d'un doigt amaigri par les privations et presque fanatique. Les yeux de toute l'assemblée, sauf ceux de Malefoy. Rendant machinalement l'étreinte de sa mère, qui lui broyait les côtes, il observa attentivement les personnes présentes, cherchant à déterminer Potter avait bien pu partir. Au même instant, il vit, non loin de lui, Weasley et Granger bondirent comme des ressorts sur leurs pieds et quitter la Grande Salle.

- Je reviens, dit lentement Drago en embrassant sa mère sur le front.

Il sentit le contact de la main de son père sur son bras s'évanouir, tandis qu'il emboitait le pas aux trois Gryffondor. Il tâchait d'être discret, mais, à la vérité, il n'en aurait même pas eu besoin. Le chaos qui régnait encore sur le château, les murmures surexcités qu'échangeaient Granger, Weasley et Potter, le bruit de leurs pas qui résonnait dans les couloirs désertés, étaient tous autant de facteurs qui dérobaient la présence de Drago à leur conscience.

Il les suivit le long du trajet qui menait au bureau de Dumbledore, et s'immobilisa à l'angle du couloir en les voyant entrer, Weasley et Granger, et sans doute Potter sous sa cape d'Invisibilité. S'appuyant contre les briques du mur, il ferma les yeux et tâcha de retrouver une respiration régulière. Les minutes s'égrainaient lentement, au rythme de son souffle court, de son cœur affolé. Il appuya avec davantage de force l'arrière de son crâne contre le mur de pierre pour s'obliger à se calmer. Il était un Malefoy, que diable !

Enfin, il entendit les pas de trois personnes qui redescendaient l'escalier, et Potter et ses amis surgirent de derrière la gargouille à moitié démolie. Il inspira profondément et sortit de sa cachette.

- Potter, appela-t-il.

Il ignora l'exclamation étouffée de Granger et le regard frondeur de Weasley. Il y eut un nouveau miroitement, et Potter réapparut sous ses yeux, sa cape d'Invisibilité dans une main, sa baguette de houx dans l'autre.

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Harry posa sur Malefoy un regard indéchiffrable. Il pouvait presque voir Ron, les oreilles rouges de colère, et les yeux plissés d'Hermione.

- Quoi ? demanda-t-il d'une voix irrité.

Le regard glacé fixa avec insistance Ron et Hermione, qui se tournèrent vers Harry, une expression interrogatrice sur le visage.

- Allez-y, dit ce dernier d'une voix lasse. Je m'en occupe.

- Tu es sûr que… ?

- Je crois que j'ai survécu à pire, aujourd'hui, marmonna-t-il, et Ron hocha la tête avec un sourire embarrassé.

Harry ne savait que trop à quel point il avait envie de retrouver sa famille. Lui-même ne rêvait plus que de rejoindre Ginny. Il s'avança vers Malefoy d'un pas lourd, remarqua sa lèvre fendue et retroussée en une expression de colère contenue.

- Qu'est-ce que tu me veux, Malefoy ? demanda Harry.

Il ne répondit pas immédiatement.

- Tu as toujours ma baguette, Potter, éructa-t-il enfin de sa voix traînante.

Harry hocha la tête, fouilla dans une poche de sa robe et en retira deux baguettes : la Baguette de Sureau, et la baguette d'aubépine de Drago.

- Tiens, dit-il en lui donnant cette dernière.

Une expression de soulagement passa sur le visage de Malefoy tandis que ses doigts fins et pâles se refermaient sur le morceau de bois. Il eut à peine un regard pour la puissante Baguette de Sureau que Harry se hâta de remettre dans sa poche.

- C'est tout ? s'enquit-il, sans se soucier d'être poli.

- Non, rétorqua Malefoy.

Un instant, Drago sembla gêné par sa propre réponse. Harry haussa les sourcils.

- Quoi, alors ?

Les doigts de Drago jouaient avec sa baguette, comme animés d'une vie propre. Malefoy baissa les yeux sur sa main, suivant du regard les arabesques que dessinait la trajectoire de la baguette d'aubépine.

- Tu m'as sauvé la vie, Potter, cracha Malefoy.

Il aurait aimé retenir ce ton cinglant, mais la vérité était là : lui, Drago Malefoy, avait une dette envers Harry Potter. Une double-dette, si l'on tenait compte du sortilège de Stupéfixion que Harry, sous couvert de la cape d'Invisibilité avait jeté sur le Mangemort qui s'apprêtait à le tuer.

Harry resta silencieux. S'il y avait bien une chose à laquelle il ne se serait pas attendu, c'était bien à des remerciements. Car c'était manifestement de la gratitude que Malefoy venait d'exprimer là, malgré la dureté avec laquelle il l'avait fait.

- Ouais, marmonna Harry, gêné lui aussi. Mais si on tient compte du fait que tu ne m'as pas dénoncé dans le Manoir, nous sommes quittes. Sans compter que c'est ta mère qui… enfin, peu importe.

- Peu importe ? répéta Drago, incrédule.

- Oui, Malefoy, peu importe, insista Harry.

Manifestement, son vis-à-vis ne semblait pas convaincu. En fait, Malefoy semblait horrifié que Harry ne saisisse pas le tragique de leur situation.

- Ecoute, dit Harry pour couper à toute protestation. Sans vouloir te paraître… désobligeant, je m'en fiche, d'accord ? Tout ce que je veux, c'est aller retrouver…

Il se tut. Un instant, il avait failli prononcer le mot « famille » en songeant à Ginny, à Hermione, à Ron, aux Weasley. Les yeux de Malefoy étincelèrent.

- Enfin, reprit Harry d'une voix qu'il savait nouée, tu ferais mieux d'aller retrouver tes parents.

Et il abandonna là Drago Malefoy, figé dans le couloir, sa baguette à la main.

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- Potter, attends !

Drago attrapa Potter par l'épaule pour le forcer à lui faire face. Pendant un instant, ils se toisèrent, yeux bleus contre yeux verts. Puis Drago cessa de se mordiller nerveusement la lèvre, et, avant d'avoir pu réfléchir deux fois à cette idée tout bonnement stupide, le mot lui échappa.

- Merci.

Il vit avec une certaine satisfaction les yeux de Harry s'écarquiller.

- Pardon ?

Au final, peut-être que Potter le battait dans la catégorie des imbéciles, non ?

- Merci, répéta-t-il. Je veux dire… La guerre.

Le regard gris se voila.

- Je n'en pouvais plus. C'était…

- C'est terminé, de toute façon.

Visiblement, la pudeur de Gryffondor était revenue au triple-galop, et Potter semblait saisir n'importe quel prétexte pour mettre un terme à cette conversation par trop étrange.

- Oui. Grâce à toi. Alors, merci, Potter.

Harry, trop abasourdi pour émettre le moindre mot, hocha la tête en silence. Drago, se demandant si le poing que Weasley lui avait écrasé sur le visage n'avait pas fini par lui faire perdre la tête, se vit tendre une main vers celui qui venait de mettre fin à ses souffrances dans les rangs des Mangemorts. Il vit un éclair passer dans le regard de Potter, qu'il ne sut interpréter, alors que celui-ci fixait la main immobile.

- La guerre est finie, Potter, dit doucement Drago.

Harry releva lentement le regard vers son adversaire de toujours et, sans sourire, saisit la main de Malefoy. Après tout, Malefoy avait raison.

La guerre était finie.