- Chapitre 1 -

La vie se réveille sur terre, mais toi, tu reste plongé dans ton lit. Les restes d'hier soir ne s'effaceront pas comme ça de ta mémoire. & tes yeux trahissent encore la peur qui s'y reflétait alors. De même que l'envie, plus forte que tout à ce moment la. La vie t'a trahie, tout comme toi, tu a trahi tout le monde. Tu le sais, & pourtant refuse d'accepter les conséquences de tes actes. Tu te bourre la gueule d'illusions. Toujours plus. Toujours plus grosses. Tu te sais deviné, & pourtant, tu continue ton manège. C'est que tu ne sais pas quoi faire d'autre. Tu ne sais plus te comporter normalement, alors tu reste le même. Bien qu'il s'agisse de celui que personne n'aime. Même pas toi.

Tout à un début, tu le sais. Alors tu replonge dans tes souvenirs. Pour essayer de voir quand tout à commencé. Quand tu à débuté à plonger. Pour ne pas remonter. & tu essaye tant bien que mal de redescendre à ce début, mais pourtant, tu n' arrive pas. Ces souvenirs restent cloisonné dans une partie de ta mémoire pour l'instant inaccessible. Tu te dis que c'est à cause d'hier soir. Que ces restes t'empêchent d'accéder au malheur qui se cache derrière cette porte. & pourtant, tu essaye de la forcer. Tes larmes commencent à couler. Toutes seules. Cela fait longtemps désormais que tu n'arrive plus à les retenir de toutes façon. & puis, pour toi, elles sont les garantes de ta pureté. Pour toi, elle montrent bien que tout ce que tu était avant n'a pas disparu. A défaut du garçon que tu était, qui lui, n'est plus là depuis un certain temps. & tu ré-essaye de combler ton manque. Ton manque de souvenirs embraye sur le manque d'autre chose.

Les restes d'hier ne t'empêchent pas d'avoir son image gravée dans la tête, contrairement à ce que tu espérait. C'est donc que cette merde ne marche pas? Pourtant, sur le moment, tu était heureux, petit Bill. Très heureux. Heureux & volubile. Tu ne pensait à rien. Tu imaginais des champs de fleurs. De bonheur. Tu courais dedans. Tu imaginais du soleil, & une bonne odeur de vie. Tu imaginais un ailleurs. Inaccessible, mais tellement proche. & plus rien n'existait. Un ailleurs où Lui n'avait pas accès. & où tu n'y pensais donc pas. Alors pourquoi maintenant, tout est noir, & la seule chose que tu voie est son image?

La litanie qu'il te récite chaque soir, avant de te laisser seul dans ta chambre commence à percer ton cœur. Ses paroles te brisent à chaque fois, & pourtant, comme toujours, tu ignore la douleur, & fait comme si de rien n'était. La litanie que ton frère te récite commence à te rendre dingue. Ses mots te déchirent les entrailles. Depuis le début, tu attends chaque soir qu'il te rejoigne. Pour te briser à son tour. Après, ça sera à toi de le faire. Puisque tu ne fait que ça de tes journées. Casser. Briser tout le monde. Surtout lui. Parce que lui ne doit pas voir tes sentiments. Parce que lui ne sait pas cacher les siens, toi tu saurait le faire. Du moins tu t'en convainc. Une illusion de plus. Pour ne pas voir la défaite en face, tu te bourre la gueule. Te cache la vérité. Pour toi, mieux valent des rêves que du malheur. Même si ce que tu inflige à tes proches depuis quelques années s'apparentent à ce malheur dont tu ne veux pas, tu continue de les enfoncer. Pour te protéger de tes sentiments, tu brise tout le monde, espérant que ces chimères les occupent assez pour ne pas te percer à jour. & cela marche. Même si tu détruit tout le monde, même si tu te détruit toi en premier, tu continue ton manège.

La peur fait partie de ton quotidien. Tu refuse tout de même de la laisser prendre possession de ton âme. La vie te parait déjà assez emmerdante pour en plus rajouter du malheur. & lui qui continue néanmoins à te regarder pareil. Cela fait longtemps que tu connaît ses sentiments. Même s'il ne te les avait jamais avoués. Tu connaît ton frère comme tu te connaît toi-même. Mais à la différence de lui, tu refuse de laisser libre cours à tes sentiments. La peur du qu'en diras t'on occupe tout ton esprit. & la peur de vivre mal cet amour immoral t'immobilise devant lui. Alors pour sauver les apparences, & plutôt que de paraître faible et peureux, tu te fabrique un masque. Un masque de méchanceté. &t tu digère mal le malheur que tu inflige. Surtout à eux & à lui, mais pour toi, c'est le prix à payer. Naturellement. Tu oublie le soir ce que tu leur à infligé. Chaque soir, tu te crame la gueule, pour mieux oublier. & recommencer le lendemain. Ta vie est monotone, malgré le succès dont tu est victime, mais la peur qui te massacre les entrailles te tiens entre ses griffes, & tu accepte le prix pour survivre.

Survivre. Mais jusqu'à quand? Tu sais très bien que ce que tu prends tout les soirs, assimilé au malheur de ce que tu vis te détruit. Tu te suicide lentement. Tu subis ta vie comme tes amis & ton frère subissent tes traits. Ta méchanceté te dégoûte, & tu n'arrive pourtant pas à la contrôler. Ta lâcheté te fait vomir le soir, & pourtant, elle contrôle le moindre de tes gestes. L'amour que tu ressent te bouffe, & tu refuse pourtant de laisser libre cours à ce sentiment. Tu sais qu'il est unique & pure, pourtant tu le considère comme sale puisque immoral. Mais sais tu que l'amour est un sentiment qui ne se contrôle pas? Tu semble ignorer beaucoup de choses. Comme que la chose que tu fume chaque soir te détruis de l'intérieur. Comme que les choses que tu fais subir à tes amis & lui les tue petit à petit.

& désormais, alors que tout semble noir, quelqu'un rentre dans ta chambre, & ouvre les rideaux rapidement. Le soleil t'ébloui la gueule, & tu fronce les yeux. La lumière du jour t'embrase, & tu refuse de voir un nouveau jour se lever. La peur de faire encore plus de mal t'enfonce dans ton lit, & tu remonte les couvertures les long de ton visage.

"Bill. Il est plus que temps de se lever. Il est 20 heures. Va manger. Tu es assez maigre comme cela."

Lui. Entendre de nouveau le son de sa voix à le même effet qu'une douche froide. Le sang froid reprends sa place dans ton esprit, & tu recommence tes conneries.

"Dégage bâtard."

"Pourquoi?"

"Pas envie de voir ta tronche de dégueulasse."

"T'as encore fumé?."

"Ca te regarde peut être?"

"Tu est mon frère."

Cette phrase. Il la répétait continuellement, pourtant, elle sonnait pire que faux. S'en rendait-il compte?

"Prendre de la drogue, des cachets, de l'herbe, de la coke, de l'héroïne, du crack, des joints, de la dope, du cannabis, de l'acide, de la beuh, de l'ecstasy et toutes ces autres merdes que je m'enfile, c'est prendre la direction du paradis. Direction la paix. Direction la magie. Direction l'ivresse. Direction le Nirvana. Direction l'extase. Direction le bonheur. Direction l'envie. Direction le rêve. Peut être même, direction la vie. En tout cas, direction l'oubli."

"Ce n'est pas ça la vie, frérot. Et après la vie, c'est direction l'enfer quand tu te rends compte que t'en as plus.."

"Frérot.. Tu en est sur?"

"Pardon?"

"Tu me dis que je suis ton frère. Tu es sur que tu me considère comme tel? T'es vraiment qu'un gros dégueulasse."