Bonjour à tous !
Une fois n'est pas coutume, je poste mon chapitre le mardi et pas le mercredi. Sauf que demain, j'ai une journée chargée, et ce soir, j'ai le temps.
Dans tous les cas, je me lance enfin dans cette histoire. Evidemment, les choses commencent assez doucement, histoire de placer correctement le cadre, mais j'espère quand même que ça va vous plaire. Si c'est le cas, et même si ça ne l'est pas, n'hésitez pas à me donner votre avis en review ou par MP.
Quelques petites mises au point avant de vous laisser tranquilles :
D'abord, vous constaterez que les titres de chapitres sont des expressions consacrées liées au domaine scientifique, ou des titres d'ouvrages (dans ce ça, l'auteur est mentionné entre parenthèses). Je les choisis lorsque je trouve qu'il y a dans le titre, et d'une certaine manière (souvent assez vague) dans le contenu, un rapport avec le propos du chapitre. Cependant, dans la grande majorité, ce sont des ouvrages que je n'ai pas lus dans le détail. Si vous les avez lus, et que vous trouvez que cela ne convient pas du tout au chapitre, n'hésitez pas à me le dire, et je changerai avec plaisir.
Ensuite (et enfin), je tiens à préciser que je mentionne dans mon histoire des scientifiques réels ou fictifs. Loin de moi l'idée de créer une fiction à partir de personnes bien réelles. C'est pourquoi les scientifiques en chair et en os ne sont là que pour être cités, ou subissent les événements seulement de loin. Ceux qui sont réellement présents en tant que personnages (ils ont pour l'instant un rôle mineur mais je les garde sous le coude au cas où), qui donnent lieu à un point de vue narratif interne, ou à des actions réellement individualisées, sont bien évidemment fictifs. Pour ce chapitre, Stephen Hawking et Jocelyn Bell existent pour de vrai, mais Harriet Gelbwiesen est une invention perso.
J'espère vraiment que cela va vous plaire !
A mercredi prochain (ou mardi, si je suis à nouveau inspirée) !
Chapitre 1 : The Selfish Gene (Richard Dawkins)
- Mais...
- Non, Hermione, je ne retournerai pas à Poudlard.
Hermione fixait Harry, un air d'incompréhension totale peint sur le visage.
- Mais tu disais toujours...
- Oui, l'interrompit-il à nouveau. J'ai toujours dit que Poudlard était ma maison, que je n'étais heureux que là-bas. Mais je n'y retournerai pas.
Il ne trouvait pas les mots pour le lui expliquer. Il n'avait jamais eu de famille. Son enfance avait été celle des mal-aimés : inexistante. A vrai dire, elle avait commencé quand Hagrid lui avait offert le gâteau écrasé, la nuit de son onzième anniversaire. Pour la première fois de sa vie, on l'avait considéré comme un enfant, et pas seulement comme l'un de ces cadeaux qu'on déteste et qu'on ne peut jeter sous peine de créer des conflits avec la personne qui l'a offert : ces objets laids qu'on est forcé de voir chaque jour, et qui nous pourrissent l'existence. Avec Hagrid, il avait appris, envers et contre les Dursley, qu'il avait aussi le droit d'être aimé. En arrivant à Poudlard, il avait découvert un endroit à lui, où on ne le repoussait pas toujours dans les coins, où on ne lui demandait pas de faire comme s'il n'existait pas. Bien au contraire, d'ailleurs. Il y existait peut-être même trop à son goût.
Mais il y a toujours un moment où l'oiseau doit quitter son nid. L'enfant grandit et quitte la maison de l'enfance, et c'est ainsi qu'il entre dans l'âge adulte. Au début, c'est difficile, et puis on se rend vite compte qu'on est heureux d'être parti. C'est exactement ce qu'avait ressenti Harry en quittant Poudlard après sa sixième année. Quand il était revenu s'y battre, il avait remarqué exactement la même chose que tous ces enfants qui reviennent en visite chez leurs parents : il aimait toujours cet endroit, mais ce n'était plus chez lui. Il avait fait tout ce qui était en son possible pour aider à la reconstruction de l'école après la bataille, plus certain chaque jour qu'il n'avait plus rien à y faire.
Il avait tenté d'expliquer cela à Hermione, mais son amie n'avait rien compris. Pour être plus exact, elle avait plutôt refusé de comprendre. Elle avait eu une maison, qu'elle avait abandonnée elle aussi en modifiant les souvenirs de ses parents. Le fait qu'elle tarde tant à les retrouver le prouvait bien : elle aussi rechignait face aux souvenirs d'enfance. Poudlard n'était pas un lieu porteur d'une telle symbolique : elle pouvait quitter l'école et y retourner sans avoir l'impression de régresser et d'oublier ses acquis.
Alors, Harry avait pris le parti de cesser de s'expliquer. Quand son amie le questionnait, il se contentait de couper court à la discussion. La jeune fille avait vite compris son manège, mais au lieu de changer de sujet, elle insistait.
- Je crois que Ron m'appelle, fit-il avant qu'elle puisse avancer un énième argument.
Il se leva et quitta précipitamment la table de la cuisine du Terrier où Hermione était en train de cosser des petits pois – à la moldue, évidemment. Harry entendit encore Molly s'exclamer :
- Mais où va-t-il comme ça ?
Mais il monta les marches au pas de course et se retrouva rapidement dans la chambre de son meilleur ami.
- Encore ? demanda ce dernier.
Harry hocha la tête. Ron aussi avait décidé de ne pas retourner à Poudlard. Il avait un instant songé à devenir Auror lorsqu'on lui avait offert une place à l'école, mais avait finalement renoncé : il s'était assez battu pour toute une vie. George avait besoin d'aide pour la boutique qu'il allait rouvrir au mois de septembre, et son cadet n'avait jamais été un grand adepte des prouesses académiques. Il préférait faire rire plutôt que de traquer les psychopathes. Il avait donc essuyé les mêmes remarques que le Survivant.
- Tu es pris dans ton école d'Auror, et j'ai un avenir professionnel garanti. Pourquoi tient-elle à ce point à ce qu'on s'emm... bête à passer les ASPICS ?
- Je crois qu'elle tient à ce que tout redevienne comme avant. A ce que la boucle soit bouclée, comme si Voldemort avait été une autre parenthèse de fin d'année, qui ne change rien.
Ron haussa les épaules, et marmonna :
- Elle veut surtout continuer à nous obliger à passer des heures à gratter du parchemin pour...
Il s'interrompit lorsque la porte s'ouvrit. C'était Ginny.
Quand elle aperçut Harry, elle fit volte-face et quitta la pièce.
- Elle boude toujours ?
Le Survivant n'eut pas besoin de répondre à la question. C'était d'ailleurs bien plus un constat qu'une réelle interrogation. Ginny ne lui parlait plus depuis qu'il avait décidé de ne pas retourner à Poudlard. Elle lui en voulait de refuser de passer du temps avec elle alors que sa place était gelée dans l'école d'Auror et que rien ne pressait. Elle non plus ne comprenait pas son besoin irrépressible de grandir, d'avancer.
La guerre avait appris aux filles qu'il fallait profiter de chaque seconde, sans jamais penser au lendemain. La guerre avait appris à Harry qu'il fallait avancer le plus vite possible, pour grignoter chaque instant de normalité avant qu'il ne soit trop tard.
Ils ne se comprenaient plus. Harry avait beau espérer que les choses revinssent à la normale, il craignait que ce choix change tout, pour toujours.
La mort de Fred pesait sur les habitants du Terrier : depuis les obsèques, ils n'en parlaient plus, feignaient avoir fait leur deuil, mais il ne se passait pas une heure sans qu'ils y pensent. George n'était plus que l'ombre de lui-même et se jetait à corps perdu dans le travail. Il ne passait plus qu'en coup de vent à la maison familiale. Pour tous les autres, au contraire, c'était une raison de plus pour passer du temps avec les gens qu'ils aimaient. Les remontrances d'Hermione et la colère de Ginny étaient d'autant plus dures à supporter.
- Comment ça va avec Hermione ? fit Harry pour changer de sujet.
Ron haussa les épaules d'un air négligent.
- Ça n'avance pas et c'est tant mieux. Je ne sais pas comment lui dire...
- Je pense que tu devrais arrêter de tergiverser, et y aller une bonne fois pour toutes. Vous vous êtes embrassés, quand même...
- Oui, et je t'ai dit ce qui s'est passé. Rien. Absolument rien. J'avais plus de frissons en embrassant Lavande, et pourtant, Dieu sait qu'elle était chiante.
Harry leva les yeux au ciel. Il était le confident des deux parties, et devait sans cesse faire semblant de ne pas savoir ce qui lui avait été dit d'un côté quand on l'interrogeait de l'autre. Et la colère d'Hermione contre lui n'arrangeait rien : elle ne cessait pas pour autant de se confier, mais l'accusait de tous ses maux. Il en résultait qu'il était au courant qu'aucun de ses deux amis n'avait trouvé dans ce baiser ce qu'il espérait. Ils avaient remarqué qu'ils n'étaient pas amoureux l'un de l'autre, mais n'osaient pas se le dire de peur de gâcher leur amitié. En un mot, ils étaient parfaitement d'accord (pour une fois) mais l'ignoraient. Une situation plutôt stupide aux yeux d'Harry, et surtout, qui avait assez duré.
- Je peux aller le lui dire si tu veux, de toute manière elle me fait la tête, je ne suis plus à ça près.
- J'ai été réparti à Gryffondor, je ne vais pas laisser les autres faire ça à ma place ! s'exclama-t-il, vexé.
- Alors fais-le !
Le silence tomba entre les deux amis. Ils se connaissaient trop bien pour que cela soir gênant. Ron était couché sur son lit et fixait le plafond. Harry était assis par terre et s'amusait à tirer sur les bouloches du vieux tapis délavé qui recouvrait le sol. Il était nerveux. Il sentait que quelque chose se tramait. Il savait que cette guerre était finie, mais que la vie ne continuerait jamais son cours péniblement. Après Grindelwald, il y avait eu Voldemort. Mais qui viendrait après Voldemort ? Combien d'années aurait-il avant de devoir à nouveau choisir un camp ? Il refusait d'en parler à ses amis. Briser leurs certitudes n'avait aucune utilité, et il ne voulait pas ternir leur bonheur avec ce qui ressemblait à une paranoïa inquiétante.
Il se sentait comme Fol Œil : le monde entier lui semblait hostile et pourtant personne ne parvenait à le comprendre.
Harry chassa les mauvaises pensées d'un mouvement d'épaules.
- Je vais au chemin de traverse acheter les fournitures pour l'école d'Aurors. J'ai reçu la liste ce matin. Tu veux venir avec moi ?
Ron répondit par l'affirmative et se redressa.
/
Quelques jours avant la rentrée, Ginny se réconcilia avec Harry. Il avait promis de venir la voir à chaque sortie à Pré-au-Lard, et de passer l'intégralité de ses vacances de Noël et de Pâques au Terrier. Hermione quant à elle cessa de leur rabattre les oreilles avec les ASPICS. La fin de vacances fut donc beaucoup plus paisible que le début.
Ce fut dans la joie et la bonne humeur que les deux jeunes filles et le reste de la famille Weasley aidèrent Ron et Harry à emménager dans la collocation qu'ils avaient choisie, sur le Chemin de Traverse. L'appartement était clair et spacieux : Harry avait des économies, et Ron pouvait se permettre cet excès, car son travail à Weasley, Farces pour Sorciers facétieux, lui garantissait des revenus confortables.
Ils restèrent néanmoins au Terrier jusqu'à ce que les filles retournassent à Poudlard.
L'avant-veille de la rentrée, Harry n'y tint plus. Quand Mrs Weasley leur demanda d'aller nourrir les poulets, il prit Ron entre quatre yeux.
- Ecoute, tu es mon meilleur ami, et ce n'est pas à moi de te dire ça... Mais ça ne peut plus durer. Tu n'as toujours pas parlé à Hermione. Vous devez mettre les choses au clair avant qu'elle parte.
- Mais elle fait comme si de rien n'était... Je n'ai qu'à faire pareil et...
- Non.
La réponse était sans appel. Ron soupira et prit le chemin de la maison.
- Hermione ? lança-t-il dès qu'il fut arrivé dans la maison.
Harry, seul au milieu des poulets, fut un instant étonné de l'autorité dont il était parvenu à faire preuve. Convaincre son meilleur ami d'un seul mot était un exploit dont seules Mrs Weasley et Ginny étaient ordinairement capables. Le jeune home se prit à sourire. Il n'y avait pas de raison que les choses ne s'arrangent pas entre ses deux meilleurs amis. Ils allaient pouvoir partager une amitié sans ambiguïté, et, ou du moins Harry l'espérait, sans dispute futile.
Quand il entra dans la cuisine, Hermione, visiblement sereine, lisait un journal moldu, alors que Ron remplissait de la paperasse pour la boutique de farces et attrapes. Harry savait qu'il n'y aurait pas de problèmes, mais il ne s'attendait tout de même pas à ce que les choses se réglassent si vite. Peut-être avait-il eu tort d'insister pour que Ron parlât à Hermione, peut-être n'était-ce pas réellement nécessaire.
Il attrapa un des livres qu'il devait connaitre pour la rentrée à l'école d'Aurors, et se mit à travailler. Il n'eut pas le temps de livre une demi-page qu'il fut interrompu par une exclamation surprise.
- Hermione, je sais que tu trouves l'école d'Aurors plus facile que les ASPICS, mais ce n'est pas une raison pour m'empêcher de travailler, plaisanta-t-il.
- Non, mais... Stephen Hawking a disparu depuis plusieurs jours.
Harry et Ron la regardèrent avec des yeux ronds.
- C'est un physicien moldu très célèbre.
Ron haussa les épaules.
- Peut-être qu'il s'est perdu, ou qu'il est en vacances.
Hermione fronça les sourcils :
- C'est inquiétant parce qu'il a une maladie assez rare. Il est presque entièrement paralysé, et si on l'a enlevé, il sera incapable de se défendre. On n'a pas non plus de nouvelles de Jocelyn Bell, une autre physicienne, depuis trois semaines. Et Harriet Gelbwiesen, une éminente mathématicienne, n'a pas donné signe de vie depuis le début de l'été.
Devant l'absence de réaction d'Harry et Ron, elle soupira et partit rejoindre Molly qui tricotait dans le salon.
- Molly, s'il vous plait, commença-t-elle. Serait-il possible de continuer à faire venir mon journal moldu ici ? Vous pourriez me l'envoyer par hibou à Poudlard ?
- Bien sûr ma chérie... Mais j'ai peur que tu ne sois obligée d'utiliser un hibou de l'école. Si on compte sur Errol, tu auras les informations avec des semaines de retard !
/
La rentrée se passa sans heurt. Le premier septembre, les filles prirent le Poudlard Express, prêtes pour une nouvelle année à l'école de sorcellerie. Le lendemain, Ron commença à travailler à temps plein dans la boutique de son frère : il s'occupait de la publicité, du démarchage auprès des fournisseurs et d'éventuels revendeurs, du service après-vente des produits et de l'inventaire, tandis que George se consacrait exclusivement à l'invention de nouveautés.
La semaine suivante, Harry faisait ses premiers pas à l'école d'Auror, un peu inquiet à l'idée de ne pas être à la hauteur de sa réputation. Mais ses angoisses disparurent rapidement : on pouvait dire qu'il s'y sentait comme un poisson dans l'eau, mis à part peut-être en cours de potions. Une certaine amertume l'emplissait toutefois : il avait l'impression d'apprendre après coup ce dont il aurait eu besoin dans sa chasse aux Horcruxes. Mais il refusait de se plaindre : ses nouvelles compétences ne seraient sûrement pas inutiles. Il restait des mangemorts dans la nature, et rien ne garantissait une paix définitive.
La collocation avec Ron se passait très bien : ils ne faisaient jamais le ménage, ne rangeaient pas, ne cuisinaient pas et se nourrissaient des tonnes de nourriture que Molly leur faisait parvenir. En un mot, ils connaissaient un répit bien mérité.
Cela ne dura toutefois pas. L'angoisse fit sournoisement son retour dans leur vie à partir de la première sortie à Pré-Au-Lard des élèves de Poudlard.
