2. Temps
Il n'avait fait que pleuvoir ces derniers jours, et le météo-mage n'annonçait pas de meilleures conditions météorologiques pour les prochaines semaines.
Marcus fronça des sourcils, pianotant le bras de son fauteuil du bout des doigts. Il devait avoir sacrément impressionnant en pleine réflexion, parce que deux petits première année assis à l'autre bout de la table s'échangèrent un regard avant de s'enfuir à toutes jambes. Marcus ne leur prêta aucune attention et récapitula dans sa tête les événements qu'il devait prendre en compte.
Les Serpentards devaient rencontrer les Gryffondor la semaine prochaine. C'était une honte qu'un match aussi important doive se jouer si tôt dans l'année, et dans des conditions aussi déplorables. Marcus savait que le maudit capitaine de l'équipe rouge et or avait entraîné ses coéquipiers sans relâche pour la confrontation à venir. Wood avait fait en sorte de les habituer à jouer leur meilleur jeu même par mauvais temps. Marcus aurait presque été admiratif s'il ne haïssait pas autant le Gryffondor... L'enfoiré.
Pour compliquer le tout, Potter était un vraiment bon attrapeur, contrairement à Malfoy qui, bien que décent, avait l'horrible manie de parader sur son balai dernier cri plutôt que de faire correctement son boulot. Mais heureusement que papa a payé le droit d'entrée au prix fort, hein ? pensa-t-il, sarcastique. Parlant de Malfoy, ce petit morveux avait encore séché l'entraînement du matin, sous prétexte de s'être fait bouffer le bras par un piaf psychopathe. Marcus grogna. Le manque de coopération de sa propre équipe était désespérant. Peut-il qu'il devait faire comme l'autre taré de Gryffondor et coller le train de ses joueurs 24/24h pour être sûr de leur présence sur le terrain à 3h du matin.
S'il récapitulait les faits, le tableau n'était pas fameux, pour ne pas dire pitoyable. Et tout menait à une même conclusion : Serpentard allait perdre, et Gryffondor allait gagner. Gryffondor allait gagner, et Serpentard allait perdre. Serpentard allait perdre, et…
« - Putain de merde. »
Il n'était pas dit que Marcus Flint allait croiser les bras et ne rien faire. Il re-fronça des sourcils. Cette fois-ci, il devait vraiment faire peur car tous les petits morveux des années en dessous paniquèrent et s'enfuirent de la salle commune. Dans son fauteuil drapé de vert, Marcus soupira et envisagea plusieurs possibilités.
La plus simple et probable à mettre en œuvre serait de choper Oliver Wood dans un coin et de lui casser un ou deux bras, puis d'aller casser la jambe à Harry Potter – quoique non, le chouchou de Dumbledore serait bien trop capable de lui envoyer des Aurors à ses trousses en prétendant de s'être fait attaquer par un mage noir. Cette option semblait malgré tout très attirante à Marcus, et il passa quelques minutes à rêvasser sur le bruit que ferait le bras de Wood tourné dans un angle de 90 degré.
Une seconde possibilité serait de faire annuler le match pour jouer dans de meilleures conditions, puisque clairement, le temps désavantagerait plus Serpentard que Gryffondor. Normal vous diriez, les Gryffondors avaient tellement plus l'habitude de jouer et de se rouler dans la boue, ha ! Le seul point noir était que Marcus refusait absolument d'aller voir Madame Bibine et Wood pour leur demander de déplacer le match. Demander quelque chose à Wood… Il n'était pas tombé aussi bas, Salazar l'en préserve.
La dernière alternative qui lui restait serait de se faire remplacer lors du match par Serdaigle ou par Poufsouffle. Et aussitôt l'idée formulée, Marcus sut qu'il avait la réponse à toutes ses questions.
« - Je suis un génie, » marmonna-t-il, le visage illuminé.
Voila la solution ! Wood-Wood et son équipe s'entraînaient depuis des semaines à jouer contre Serpentard, et quelle serait leur surprise s'ils se retrouvaient finalement contre Serdaigle ! Le plan parfait. On annonçait une horrible tempête le jour du match, et les deux équipes n'auront qu'une seule envie, attraper le vif d'or et en finir. Aucune avance aux points. Marcus ricana. C'était un scénario totalement avantageux pour Serpentard, ça.
Mais en même temps, il n'était pas sûr de pouvoir convaincre Roger Davies, le capitaine de l'équipe de Serdaigle. Le gars était un peu trop intelligent pour son propre bien et risquait de comprendre le plan. Poufsouffle alors ? Que ce soit Serdaigle ou Poufsouffle importait peu, après tout. Et puis… Diggory ne serait pas capable de lui refuser quoique ce soit, puisqu'il était victime du charisme exceptionnel de votre humble serviteur, Marcus Flint (ça, il ne l'avait apprit que depuis peu).
De très bonne humeur, il sortit de la salle commune des Serpentards à la recherche de l'autre capitaine. Le match était dans une semaine, il fallait faire vite. Et il n'avait pas encore eu l'occasion de parler à Cédric depuis la grande révélation de la bibliothèque. A vrai dire, il le fuyait comme la peste.
« - 'Voudrais pas qu'il me saute dessus devant tout le monde… Enfin je peux le comprendre, mais ce serait embarrassant… Il a beau avoir une jolie gueule et de beaux cheveux, mais vous m'imaginez, moi, en compagnie d'un Poufsouffle ? » demanda-t-il, prenant à témoin un tableau accroché à un mur.
Le paysan qui y habitait hocha frénétiquement la tête et alla se cacher derrière une motte de paille, mais ça n'altéra pas le sourire de Marcus. Il ne savait pas où trouver Diggory, toutefois, marcher au hasard dans le château devrait faire la part des choses. Justement, le destin devait être à ses côtés parce qu'il tomba sur lui au détour d'un couloir, et seul, qui plus est.
« - Je te cherchais, Diggory ! » s'exclama Marcus, un grand sourire aux lèvres.
Cédric lui lança un regard interloqué, que Marcus mit sur le compte de la nervosité. C'était vrai, il fallait qu'il se contrôle, qu'il soit un peu plus subtil, faire comme s'il ne connaissait pas ses sentiments et ne pas en prendre (trop) avantage. C'était rare qu'il se montre gentil avec quelqu'un, mais Diggory avait prouvé qu'il avait bon goût et Marcus lui pardonnait presque d'être aussi joli – enfin, d'être plus populaire que lui quoi. Il se comprenait.
« - Je peux faire quelque chose pour toi, Flint ? » demanda Cédric.
Marcus appréciait façon dont Diggory parlait. Pas comme cet enfoiré de Wood qui ne savait pas faire autre chose que de gueuler ou de lui hurler des injures, ou Davies qui articulait ses mots comme s'il parlait à un demeuré – enfoirés de Serdaigle, convaincus d'être plus intelligents que les autres. Diggory ne parlait pas très fort mais avait une voix douce et posée. Une voix agréable à écouter en somme.
« - Flint ?
- Quoi ? Ah oui, se
reprit rapidement le Serpentard. J'aurai besoin que toi et ton
équipe jouent contre Gryffondor la semaine prochaine. Notre
attrapeur est blessé, mentit-il, récitant mentalement
la liste des arguments qu'il avait préparé. Et tout
le monde attend depuis si longtemps que la saison commence… »
Il prit une expression peinée (Terence lui disait toujours qu'il n'était pas crédible, mais Flint savait qu'il était bon acteur) et attendit la réponse de Diggory.
« - Hors de question, dit Cédric,
catégorique.
- Quoi ?
- J'ai dit… »
Cédric poussa un grand soupir.
« - … hors de question. Nous ne sommes pas prêts, le match est cette semaine, et il fera un temps de chien. Si Malfoy n'est pas en état de jouer, tu n'as qu'à demander à Wood de décaler le match. »
Peut-être que Marcus l'avait sous-estimé. Peut-être que les Poufsouffles pouvaient aussi réfléchir, après tout. Et peut-être qu'il était temps de le prendre par les sentiments. Il dévisagea le garçon qui lui faisait face et lui dédia un sourire qu'il espérait charmeur.
« - Ce n'est pas très gentil, Diggory… Non, on ne peut pas décaler le match, ça décevrait beaucoup trop de monde. Tant pis pour Malfoy, soupira Marcus. Pauvre garçon. Nous n'avons plus qu'à espérer qu'il ne tombe pas de son balai et ne se brise pas la nuque… Je vais aller de ce pas le lui annoncer, il doit être à l'infirmerie pour changer ses bandages – si tu voyais la plaie, une vraie horreur. »
Est-ce un sourire qu'il venait de le voir réprimer à l'instant ?
« - Pas de remplaçant pour ton attrapeur, Flint ?
demanda Cédric – Marcus pouvait jurer qu'il avait l'air
amusé, même s'il essayait de ne pas le montrer.
-
Non, mentit-il effrontément. Et Malfoy ne laissera
personne voler à sa place, de toute façon.
- Ca
t'arrangerait beaucoup trop si Poufsouffle rencontrait Gryffondor
ce week-end… commenta Cédric.
- Oui. Et ? »
Marcus prit l'air innocent. Il voulait juste jouer le rôle du gentil capitaine aux petits soins pour ses joueurs, afin de toucher le petit cœur sensible du Poufsouffle – allumez donc un cierge. N'était-ce pas trop mignon ?
Cédric dut décider que non, car il éclata soudain de rire. Marcus fronça des sourcils. Il avait la nette impression que l'autre se foutait de lui, et c'était loin d'être plaisant. Diggory s'en rendit compte et se calma aussitôt, les joues un peu roses.
« - Désolé… C'est que… tu faisais une
tête assez marrante, tu sais ? gloussa-t-il encore,
essuyant ses yeux humides. Vraiment désolé.
- Alors,
ton équipe nous remplace ou pas ? » lâcha
sèchement Marcus, sans daigner répondre à ses
stupides excuses.
Saleté de Poufsouffle. Il ne revenait pas sur son jugement, ils n'étaient que des idiots, juste bon à cueillir des fleur et à communier avec la nature. Cédric sembla un peu blessé mais Marcus n'en avait cure, drapé dans son arrogance serpentardesque - et surtout, vexé comme un pou.
« - D'accord, dit doucement Cédric. Qu'on joue
maintenant ou un peu plus tard ne changera pas grand-chose, de toute
façon.
- Sur le résultat ? Tu as tout à
fait raison. »
Les mots étaient sortis seuls de sa bouche. Diggory avait l'air vraiment blessé à présent, et inexplicablement, mystérieusement, énigmatiquement, Marcus se sentit mal à l'aise, alors qu'il n'y avait pas de quoi, franchement. Il n'avait dit que la vérité, n'est ce pas ? Il disait tout le temps ce genre de truc à Wood-Wood, et il s'en portait très bien. Pourquoi il avait envie de s'excuser alors ? Un Serpentard, un vrai, ça ne s'excuse pas !
« - Je te laisse prévenir Bibine et Wood. Sur ce, Flint. »
Il s'en allait. Et Marcus sentait toujours une putain de culpabilité dans sa poitrine, qui ne devrait même pas exister en premier lieu ! C'était de la pitié, décida-t-il. Parce que voyez-vous, il avait bon cœur, et pauvre Diggory était amoureux de lui, il devait donc par conséquent ménager ses sentiments ; il ne voulait pas une réputation de briseur de cœur, après tout. Oui. C'était tout à fait ça.
« - Hey, Diggory ! »
Il le vit se retourner, à l'autre bout du couloir. Marcus se racla la gorge.
« -Fais tomber Potter de son balai et attrape le vif d'or, ok ? »
Cédric eut l'air abasourdi sur le moment. Et soudain, un merveilleux sourire ourla ses lèvres et il s'en alla, laissant Marcus tout seul dans le corridor.
Salazar. Marcus passa une main sur son visage. Peut-être qu'il était en train de virer gay, lui aussi.
