Un secret
Chapitre 2 : Nouvelles amitiés
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Ayant convenu avec son oncle et son père de prolonger son séjour à Londres, Edward avait rencontré bon nombre des amis des Gardiners. Etant dans les affaires, son oncle avait su créer un cercle de connaissances dont les origines sociales étaient relativement variées. Sa femme, Madeline Gardiner, avec son tempérament posé et sa grâce naturelle, faisait toujours l'unanimité auprès de la bonne société de Londres.
Madeline avait été fière de présenter son neveu à ses amis, et même si elle lui avait promis de ne pas jouer aux entremetteuses, elle n'excluait pas qu'Edward change d'avis sur son statut de célibataire si il venait à croiser le regard d'une jolie femme.
Ce soir-là, ils dinèrent avec les Harris et leur fille Harriet lors d'une petite réception privée. M. Harris avait convié à diner M. Gardiner, son épouse et son neveu ainsi que plusieurs gentlemen avec qui il souhaitait s'engager en affaire.
Ce fût l'occasion pour Edward de retrouver son nouvel ami M. Bingley, en compagnie de sa sœur, la flamboyante Miss Bingley, et bien entendu, de son fidèle ami si taciturne.
Edward se montrait, comme à son habitude, enjoué et plaisant avec les amis de son oncle. Il ne laissait pas transparaître le profond mécontentement qu'il éprouvait face à la présence d'un certain gentleman. Ou du moins il le croyait.
Durant les quelques jours qui avaient suivi leur précédente rencontre, Edward avait essayé tant bien que mal de tourner la réflexion dédaigneuse de M. Darcy en dérision, mais tout au fond de son être, il s'était senti blessé par la once de vérité qu'il y avait perçu.
Edward n'était ni une personne fantasque ni une personne dénuée de bon sens. Il savait que sa jeunesse relative et son manque de pratique des us et coutumes de la haute société anglaise le desservait à Londres.
Il ne se sentait pas totalement à la hauteur des attentes de cette ville, et pour cela il était davantage à l'aise chez lui où il pouvait faire démonstration de ses charmantes manières campagnardes sans risquer de froisser les susceptibilités de quiconque. La nature de son plus profond secret ne faisait que rajouter à ce sentiment de faiblesse qu'il ressentait quelque fois.
Il jeta discrètement un regard en coin à celui qu'il avait pris soin d'éviter depuis le début de la soirée. M. Darcy semblait, quant à lui, l'observer sans aucune gêne. Surement pour faire la liste (non exhaustive) de ses innombrables défauts, se dit Edward.
« Avez-vous remarqué M. Darcy comme mon Harriet a grandi depuis la dernière fois que vous l'avez vu ? N'est-elle pas rayonnante ? » Interrogea Mrs. Harris, détournant ainsi l'attention de M. Darcy vers sa fille unique. Celui-ci ne défroissa pas un sourcil.
Les joues de Miss Harris se colorèrent légèrement à la remarque de sa mère, et elle baissa les yeux en signe de modestie. Miss Bingley n'ayant pas perdu une miette de cette conversation pouffa dans son coin, avant de recevoir une moue désapprobatrice de son frère dont elle fit fi.
Harriet Harris était une grande et jolie jeune femme d'une vingtaine d'année. Edward n'était pas aveugle et avait remarqué son charme délicat, si proche de celui de Jane et des canons de beauté de de la saison. Miss Harris devait avoir de nombreux admirateurs, cependant ce soir elle n'avait eu de cesse de vouloir attirer l'attention d'un homme qui la remarquait à peine.
« Je crois que votre fille est en effet plus grande qu'il y a cinq ans, mais n'est-il pas normal pour une jeune fille de son âge d'atteindre enfin sa taille d'adulte ? » La réponse de M. Darcy avait été prononcée d'une manière tout à fait détachée et pouvait paraître bien conventionnelle voire impolie.
Edward se dit qu'il avait délibérément et superbement ignoré l'appel de Mrs Harris à complimenter sa fille. La jeune femme et sa mère semblèrent si décontenancées que M. Bingley et Edward s'empressèrent de leur assurer de son élégance raffinée, que toutes les jeunes filles de sa connaissance devaient bien entendu lui envier.
Ignorant la tentative de rattrapage des deux comparses dont elle n'avait que faire, Miss Harriet s'adressa directement à M. Darcy.
« Et comment va ma chère Georgiana ? Joue-t-elle toujours si merveilleusement du pianoforte ? Oh comme j'aimerai de nouveau jouer un duo avec elle ! »
« Ma sœur se portait très bien lors de sa dernière missive. Elle étudie avec constance la musique, et c'est toujours pour moi un ravissement que de l'entendre jouer. » M. Darcy sembla moins sombre l'espace d'un instant. Tout comme lorsqu'Edward avait évoqué Pemberley, il devenait soudain plus loquace. Il poursuivit : « Je prévois d'ailleurs de lui acheter un nouveau pianoforte à la hauteur de ses ambitions et de ses compétences. »
Miss Harris ayant judicieusement trouvé un des sujets favoris de M. Darcy, s'apprêta à reprendre la parole lorsque Miss Bingley l'interrompit.
« Quel frère attentionné vous faites M. Darcy, on ne peut en rêver de meilleur ! »
Bingley semblait ronchonner de son côté ce qui amusa fortement Edward, qui se dit que s'il devait avoir un frère, il préférait avoir un seul sourire de M. Bingley que 1 000 pianoforte de M. Darcy.
« Je ne peux prétendre à aucun de ces compliments, seule Georgiana peut s'accorder les mérites de ma bienveillance. Je ne saurais connaitre meilleure sœur au monde. »
Edward décela en ces mots, le ton de reproche directement dirigé envers Miss Bingley et son attitude vis-à-vis de son frère. Celle-ci ne sembla rien remarqué ajouta :
« Oui, je souhaiterai connaitre le bonheur d'avoir une telle sœur ! » à ces mots M. Darcy pâlit, tout comme Miss Harris, et redirigea son attention vers son assiette sans un commentaire.
Pendant que la conversation reprenait, Edward adressa un sourire complice à M. Bingley et lui dit discrètement :
« Bingley, il semblerait que votre ami connaisse beaucoup de succès auprès de la gente féminine. Il nous vole tout espoir de briller à leurs yeux ! Je me demande si c'est son sourire ou bien sa capacité à les complimenter avec tant de tact qui les encouragent dans leur poursuite. »
« Ne riez pas, je vous en prie, je vois bien que mon ami est mortifié. Il ne serait pas juste de se moquer de son infortune ! » répondit Bingley avec un regard compatissant envers M. Darcy.
« Son infortune ! Ma foi, je suis certain que bon nombre de gentlemen souhaiteraient connaître tant de malheur ! » railla Edward « M. Darcy doit être de nature bien difficile. »
« Il a le droit d'être difficile. Je crois que la personne qui épousera M. Darcy sera très chanceuse en vérité, je ne connais d'ami plus loyal et plus respectueux que lui ». répondit patiemment M. Bingley. Après un moment de réflexion, il ajouta. « Bennet, notre récente amitié est importante pour moi. Darcy est un vieil ami auquel j'accorde toute ma confiance en bien des domaines, même s'il est parfois un peu trop sérieux et tête de mule. Ce serait l'un de mes vœux le plus cher que vous puissiez apprendre à vous connaitre et vous entendre. Lorsque je parle avec vous, j'ai l'impression que vous feriez un grand ami pour lui également. »
Edward était touché de l'importance que Bingley accordait à son amitié. Cependant il s'interrogeait sur son raisonnement autour d'une possible (mais saugrenue) amitié entre lui et M. Darcy. M. Harris réclama l'attention de Bingley avant qu'il ne puisse le questionner à ce sujet.
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« Jouez-vous aux cartes M. Bennet ? » demanda M. Harris, tandis qu'Edward, assis sur un des fauteuils, observait avec un sourire franc la partie de bridge qui se déroulait sur la table du salon.
Miss Bingley répondit à sa place.
« M. Bennet préfère de loin s'amuser de nous que de s'amuser avec nous. Les jeux de cartes sont trop puérils pour lui, il préfère les loisirs studieux comme la lecture. »
« Fort au contraire Miss Bingley, je trouve le bridge très plaisant. Je suis même plutôt doué, mais je ne voudrais pas vous priver du plaisir de gagner, donc je m'abstiens de jouer ! » Répondit Edward, ce qui fit rire toute la tablée, même Miss Bingley lui décrocha une moue qui ressemblait à un vague sourire.
« Et je voudrais rajouter que je ne suis pas le seul à ne pas jouer ce soir, ne pensez pas échapper à la critique de Miss Bingley, M. Darcy ! »
M. Darcy qui était assis sur le canapé, non loin d'Edward, feuilletait distraitement l'un des journaux de son hôte.
« Oh M. Bennet, on ne critique pas M. Darcy ! » s'exclama Miss Bingley.
« Personne ne critique M. Darcy ! Voyez-vous ça, mais quel extraordinaire talent vous possédez Monsieur! » interjecta Edward.
M. Bingley, étant le plus proche ami de M. Darcy, se permit une plaisanterie en son encontre.
« En vérité si Darcy ne souhaite pas jouer avec nous, c'est qu'il peut être très mauvais perdant. Il ne veut pas prendre le risque de nous montrer cette facette de sa personnalité car il me sait très impressionnable. Mais entre nous je le serai beaucoup moins s'il n'était pas aussi grand ! »
M. Darcy sourit doucement à son ami mais ne fit pas de commentaire et la partie de bridge repris. Au bout d'un certain temps, M. Darcy laissa de côté son journal et s'adressa à Edward :
« Je ne me considère pas exempt de toute critique, M. Bennet, comme pourrait le laisser croire la remarque de Miss Bingley. Je cherche simplement à corriger mes défauts avant qu'ils ne deviennent critiquables. » La curiosité d'Edward était piquée.
« Donc vous admettez que vous avez des défauts. Puis-je savoir lesquels? »
M. Darcy réfléchit comme si il souhaitait lui donner une réponse sincère mais qui ne le desservirait pas trop.
« Mon estime une fois perdue, l'est à jamais. Je ne pardonne pas les folies des autres, d'autant plus si elles ont portées préjudice à mes proches. » M. Darcy soutenait le regard d'Edward.
« Miss Bingley a raison sur un point, j'aime parfois me moquer des autres. Mais là vous me privez de ce plaisir. Vous êtes si sérieux Monsieur, et votre défaut, s'il en est un, est un trait de caractère que je partage, je ne peux en rire. » Edward tourna le regard vers la table de joueur, mais rajouta :
« Nous n'avons pas tous la même échelle de valeur face à ce qui est critiquable. Malgré tous nos efforts, je crains que nous ne puissions jamais convenir à tout le monde. Et ce serait assez ennuyant d'évoluer dans un tel monde. Moi par exemple, je sais que je ne fais pas ni ne ferais jamais l'unanimité au sein de la bonne société de Londres, mais je m'en contente. Peut-être n'ai-je ni votre fierté ni votre sens de l'honneur… »
« Je n'ai jamais douté de votre honorabilité. » lui assura précipitamment M. Darcy, surprenant Edward. « Quand à votre fierté, vous la tirez comme moi du travail que vous fournissez pour le maintien de votre propriété et pour l'affection que vous portez à votre famille. »
Edward se trouva un peu embarrassé face à ces compliments apparents, et il se demanda si Bingley n'était pas intervenu auprès de M. Darcy pour arrondir un peu les angles.
« Il est vrai que vous ne serez jamais invité dans les grandes réceptions de la noblesse londonienne, et que votre fortune ne vous permettra pas d'être accepté dans les plus grands clubs de gentlemen de la capitale, mais je doute que vous vous en préoccupiez. »
Edward venait de retrouver le pédant M. Darcy, il lui avait presque manqué l'espace d'un instant.
« Merci pour cet éclaircissement. » Répondit froidement Edward.
M. Darcy ne sembla pas remarquer, il hocha la tête et poursuivi.
« Bingley et les Harris vous apprécient particulièrement. » il ne s'incluait pas dans le lot, mais Edward s'en fichait car c'était réciproque. « Avec votre manière de vous exprimer, vous savez mettre instinctivement à l'aise votre interlocuteur même si c'est une nouvelle connaissance. »
« Si personne ne disait mot lors d'une nouvelle rencontre, nous ne créerions jamais de nouvelles amitiés. » ajouta Edward.
« Je ne suis pas aussi doué que vous pour faire connaissance lorsque je viens de rencontrer une personne. Que préconiseriez-vous ?» Edward réfléchit un instant à sa réponse et ajouta :
« Vous pouvez plaisanter avec eux pour briser la glace.» L'idée de voir M. Darcy plaisanter avec des inconnus était vraiment saugrenue. « Les gens, quelques soient leurs origines, aiment parler d'eux. Posez-leur deux ou trois questions sur leur passe-temps favori ou leurs qualités et ils seront comblés. Vous aurez déjà fait le plus gros du travail. »
« Mais ce genre de conversation ne mène-t-elle pas à une relation plutôt superficielle ? Une discussion stérile plutôt qu'un réel dialogue.»
« Vous me demandez mon avis, je vous le donne. Cela peut être une approche superficielle, mais il ne tient qu'à vous ensuite d'approfondir la relation, lorsque vous serez plus en aise. Et ce n'est pas vrai pour toutes les personnes, vous Monsieur par exemple, lorsque vous parlez de Pemberley ou de votre famille, vous semblez plus enclin à la conversation. » Avant de lui laisser une chance de rebondir il ajouta, « Mais au fond qu'est-ce que j'en sais, avec mes manières campagnardes, je ne suis qu'un jeune provincial inexpérimenté dans la grande ville de Londres. » Il n'avait pu résister à lui renvoyer ses propres mots mais voyant le visage de Darcy se fermer avec un air de remord il s'en voula presque immédiatement.
« Je n'ai rien à reprocher à vos manières, M. Bennet. »
« Ce n'est pourtant pas l'impression que vous me donnez.» Edward ne put s'empêcher de renchérir et se morda la lèvre pour ne pas en dire davantage. Darcy, piqué, répondit :
« C'est donc l'opinion que vous avez de moi ? »
« Oseriez-vous dire le contraire ? » Les deux hommes discutaient toujours discrètement mais leurs voix se firent plus dures. « Comment un homme tel que vous, habitué aux mondanités, s'est-il montré si froid lors de notre première rencontre. Et lorsque nous nous sommes revus, plusieurs fois par la suite, vous vous êtes toujours adressé à moi avec supériorité. Je suis le fils d'un gentleman propriétaire d'une terre, tout comme vous, et je ne vous ai jamais donné aucune raison de vous méfiez de moi, je crois. Qu'elle est votre excuse ? »
« Une excuse ? Est-ce bien nécessaire ? Vous semblez déterminer à me condamner Monsieur. »
Edward sentit malgré lui une vague de culpabilité s'emparer de lui et essaya de temporiser ses propros.
« Veuillez pardonner ma franchise et mon impolitesse. Je n'aurais pas dû m'emporter comme cela. Je cherche juste à vous comprendre et je me rends compte que cela m'est impossible. »
« Pourquoi ? Pourquoi cherchez-vous à me comprendre ? »
« Comme vous l'avez souligné plus tôt, je suis relativement apprécié de tout le monde. Votre attitude à mon égard m'a blessé dans mon orgueil, et je ne souhaite pas non plus que ceci ne compromette mon amitié avec Bingley. »
Edward était soudain mal à l'aise, il n'était pas habitué à faire preuve de tant d'honnêteté. Il considérait la plus part du temps, les gens hautains comme une source d'amusement, et se contentait de se moquer gentiment d'eux sans qu'ils ne s'en aperçoivent. Il se fichait de ne pouvoir plaire à tout le monde, pourtant dans ce cas précis, il ne pouvait se trouver amusé, et se demandait pourquoi l'opinion de M. Darcy lui importait tant.
Une chose était sure, M. Darcy était austère et agaçant mais cela ne le rendait pas moins mystérieux. Quelque chose dans son attitude suscitait ses questionnements et rendait Edward inconfortable.
M. Darcy était quelqu'un de discret, ne parlant que très peu de lui-même. Pour une personne de son statut, c'était extrêmement rare. Il semblait ridicule de considérer M. Darcy comme simplement quelqu'un de réservé. Edward conclut que le gentleman devait cacher un secret. Peut-être pas aussi terrible que le sien, mais un secret tout de même. Il ne voulait pas ressentir d'empathie pour cet homme, mais cette idée de secret le poussait vers ce sentiment.
« Je vous l'ai dit, je ne suis pas doué pour nouer des liens avec les personnes que je viens juste de rencontrer. » Darcy avait été décontenancé par la franchise d'Edward et par la tournure que prenait cette conversation. Edward s'apprêta à parler mais Darcy le coupa.
« Je suis conscient que ce n'est pas une excuse suffisante. Mon attitude a été un peu … froide, bien que vous ne m'ayez donné aucune raison de me méfier de vous, la vie m'a appris par des leçons assez dure, que l'on ne se méfie jamais assez des gens qui nous entourent. » Ces derniers mots avaient été prononcés amèrement.
« Je ne … »
« Si vous me laissez terminer j'aimerai honorer votre franchise par la mienne. Je n'ai pas réalisé … »
Darcy soupira et chercha ces mots, « Je n'ai pas réalisé pleinement la façon dont je traitais notre nouvelle … amitié. Je pensais avoir fait preuve de plus de tact. Ce ne sont pas vos manières ou votre manque de fortune qui m'a rebuté. Mais votre histoire personnelle. »
Edward sentit ses joues s'enflammer de colère mais jugea plus judicieux de le laisser poursuivre.
« Lorsque vous nous avez parlé de votre propriété de Longbourn et de votre rôle dans sa tenue, cela m'a renvoyé à mon propre vécu. J'ai perdu ma mère lorsque j'étais un jeune garçon de 12 ans et mon père avant l'année de mes 16 ans. J'étais un très jeune homme à l'époque et j'ai dû reprendre la gestion du patrimoine que m'ont légué mes parents. Je suis également devenu tuteur de ma jeune sœur Georgiana. Je ressens plus que quiconque le poids des responsabilités, et j'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi votre père laisse délibérément cette charge sur vos épaules. »
« Mon père ne… »
« Je ne doute pas de vos capacités. Vous me semblez un jeune homme sensible et raisonnable. Veuillez m'excuser si mes remarques vous ont blessé.» Darcy marqua une pause puis ajouta :
« Peut-être pourrions-nous partir sur de nouvelles bases ? »
Edward n'était pas entièrement satisfait des explications de Darcy, mais il décida tout de même d'accorder une chance à ce dernier. Il pensa à la façon dont aurai réagi sa sœur ainée, Jane. Les torts causés n'avaient pas été mortels, et il ne pouvait être si détestable si Bingley l'appréciait tant. C'est avec réticence mais aussi une certaine anticipation qu'il prononça ces mots :
« Appelez-moi Bennet ou Edward. » M. Darcy lui sourit.
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Bingley était ravi de la tournure qu'avaient pris les évènements, il ne se sentait plus obligé d'imposer la présence de Bennet à Darcy, et ses deux amis semblaient converser sans animosité. Edward avait donc été naturellement inclus dans les différentes activités du groupe, et ce à plusieurs reprises. La sœur ainée de Bingley ainsi que son mari M. Hurst les avaient rejoint à Londres.
Un soir Darcy avait invité les Bingley, les Hurst, les Gardiner, les Harris et Edward a partagé avec lui son balcon à l'opéra. Edward, qui n'avait encore jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit en fût exalté. Son père qui n'avait jamais apprécié Londres, ni ses activités mondaines, ne l'avait pas encouragé à s'y rendre, et il pouvait enfin observer de ses propres yeux les adaptations des œuvres qu'il avait pu lire.
Bingley, qui se sentait comme à son habitude un peu dépassé par l'esprit critique de ses deux amis, les laissèrent discuter ensemble la plus part du temps. Darcy fournissait toutes les explications qu'Edward réclamait et ce dernier lui en était reconnaissant, au grand dam de Miss Harris et Miss Bingley qui avait vu en cette soirée l'occasion de se rapprocher du précieux célibataire.
Le lendemain, fut l'occasion de se promener à Hyde Park pour échanger sur les impressions de la veille. Lorsque Bingley, Darcy et Edward se retrouvèrent seuls, menant la promenade, Bingley décida d'emmener la conversation sur une question qui lui était primordiale.
« Notre temps passé à Cambridge est enfin terminé! Maintenant, il est temps pour moi de commencer à fumer la pipe, de m'acheter une propriété à la campagne, et de me divertir dans les clubs londoniens! »
Edward éclata de rire : « Vous êtes bien pressé Bingley ! Ne pouvons-nous pas profiter un peu plus du calme et du soleil si rare dans la capitale ! »
« Bennet a raison Bingley. Rien ne sert de se presser. Vous avez tout le temps de visiter et de louer des propriétés. Un achat fait dans la précipitation ne vous apportera rien de bon. » Bingley bouda légèrement.
« Et le club, qu'en dites-vous ? » Edward et Darcy se regardèrent perplexe. « Mes amis ! Ce serait l'occasion puisque nous sommes réunis tous les trois ! »
Malgré l'enthousiasme, Edward se laissa envahir par la morosité. Il se sentait capable de duper son petit monde à Longbourn, après tout, sa vie sociale n'était pas très étendue et tout le monde le connaissait depuis l'enfance. Mais duper tout un club de gentlemen à Londres était une toute autre affaire. Il se demandait si son séjour londonien ne toucherai pas bientôt à sa fin.
Même s'il avait vécu toute sa vie comme un homme, avec contraintes et responsabilités, serait-il bien raisonnable de remettre en jeu tout ce qu'il avait construit jusqu'à présent ? Il risquait la sécurité matérielle de sa famille, mais pas uniquement, son honorabilité également. Si la vérité venait à éclater au grand jour, il finirait en prison, la réputation de sa famille ternie à jamais. Edward sentit son cœur se serrer et il peina à prendre une grande inspiration pour calmer ses nerfs.
« Il serait en effet judicieux d'évaluer nos possibilités en la matière. Un gentleman digne de ce nom doit faire parti au moins d'un club. » déclara Darcy.
« Je crains ne pouvoir vous accompagner dans cette aventure, j'ai reçu une lettre de mon père hâtant mon retour à Longbourn. » mentit Edward.
« Dites-lui d'attendre encore quelques semaines. » lui dit Darcy, « Vous, plus que quiconque en avait besoin. » Edward se renfrogna. « Vous pourrez y venir lors de vos séjours à Londres, une présence permanente n'est pas nécessaire. Cela nourrira votre esprit et vous permettra de vous asseoir dans la bonne société. » Edward remarqua que Darcy avait cru prendre auprès de lui le rôle de conseiller en chef qu'il possédait déjà auprès de Bingley.
« Je ne vous aurez pas cru aussi déterminé à joindre un club Darcy ! Vous qui êtes toujours avare de compliments lorsqu'il s'agit de la ville. Ne souhaitez-vous pas passer la plus part de votre temps à Pemberley ? » lui demanda Bingley
« Je ne suis pas si naïf au point de ne pas savoir que mes obligations me mèneront à Londres plus souvent que je ne le souhaiterais. »
« C'est donc décidé ! » déclara Bingley , « Dès demain nous irons à la recherche d'un club ! J'ai d'ailleurs une petite idée sur celui qui nous correspondrait parfaitement !».
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Notes :
Les personnages appartiennent et appartiendront toujours à Jane Austen. Je m'amuse un peu à leur dépends.
Je m'étais plus ou moins engagé à vous livrer un chapitre dans les 15 jours, malheureusement j'ai une fin d'année un peu mouvementé. Je vais essayer d'être plus diligente, ne serait-ce que pour moi car j'adore écrire sur Elizabeth et Darcy ! Et puis la neige arrive, c'est le meilleur moment de l'année pour écrire avec un bon chocolat chaud à la main et une vue sur les toits blancs à la fenêtre !
Je suis bien décidé à laisser Edward à Londres un peu plus longtemps. Je sais qu'il n'y a pas beaucoup d'action dans ce chapitre mais je me rattraperai au prochain promis. )
Pour ceux qui connaissent les quelques clubs de gentlemen de l'époque, une petite idée de celui qui a tapé dans l'œil de notre cher Bingley ?
Si le cœur vous en dit, merci de me laisser une petite review ! ça booste le moral et en plus je trouve ça super d'avoir des retours sur une histoire !
