C'était plutôt sympathique, hier. Axel m'a préparé le canapé pour que je puisse dormir - mais finalement, on a discuté un long moment. Il m'a posé des questions sur mon arrivée, ce dont je me souvenais - je lui ai parlé de Sora. De mon Sora. De la force de son coeur, et de la manière dont malgré les épreuves nous avons réussis à nous en sortir.

Que l'un sans l'autre, nous n'étions rien. Parce que finalement, sans lui, je n'aurais jamais ouvert la porte menant aux ténèbres. Nous n'aurions jamais eu à être confrontés à Xehanort et sa clique, ni aux doutes, ni à la peur. Nous aurions mené une vie sereine, et probablement serais-je parti loin de lui par l'usure du temps.

Je l'ai toujours considéré comme mon meilleur ami. Je n'ai jamais menti. Mais je sais que notre relation d'atan n'a rien à voir avec celle qui nous lie aujourd'hui, d'une puissance imparable. Peut-être que j'emploie les grands mots pour parler d'une chose beaucoup plus risible, mais à mon coeur... je le ressens ainsi.

Aujourd'hui, je n'imagine pas mes lendemains sans lui. J'ai espoir à penser que tout cela est réciproque, et j'ai l'amertume de me dire que j'ai raté la chance de lui parler de tout ça.

Et à l'inverse, je lui ai posé quelques questions sur le Riku de ce rêve. Il n'a pas su précisément me répondre. Avons-nous été seulement amis ? Il s'est retrouvé incapable de me dire oui ou non. Il a juste haussé les épaules, me renvoyant encore une fois à la phrase suivante : tu lui poseras la question.

"En tout cas, d'une manière ou d'une autre, vos coeurs étaient reliés."

Quelque part, cette phrase m'a soulagé - Riku et Sora n'étaient donc pas deux inconnus.

Puis la conversation a dérivé sur Axel. Axel, dont mes rares rencontres m'ont fait voir de lui qu'un type excentrique, passionné, et quelque peu... bouillant sur les bords. Mais un type possédant un coeur bien particulier. Aujourd'hui, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Un homme dont le quotidien n'a plus de sens, excepté protéger la personne qu'il aime contre un démon qui ne cesse d'enfler chaque jour.

Il m'a parlé longuement de Roxas, et de ses mensonges dans l'unique but de préserver le blond. Puis la raison pour laquelle il a quitté l'Organisation XIII - il avait été incapable de priver son unique ami de sa nouvelle liberté. Il savait le prix de cette trahison, mais il craignait davantage de le perdre lui.

Et lorsque Roxas a regagné le coeur de son hôte, il n'a jamais cessé de veiller sur Sora. C'est pour ça qu'aujourd'hui, il se retrouve incapable de s'éloigner ne serait-ce que quelques heures de trop du garçon, tentant désespéremment de maintenir le faible équilibre entre les ténèbres dévorantes, et la faible lumière persistante encore.

Puis la soirée s'est écoulée tranquillement, et on s'est séparés, pour l'un, le coeur un peu plus léger de s'être confié - pour l'autre, l'esprit embrouillé. Pourtant, le sommeil n'a pas été difficile à trouver.

Et ce matin, je me suis réveillé dans le canapé - pas le top confort, mais c'est déjà mieux que rien. J'ai dormi peut-être un peu trop. En tout cas, Axel est déjà parti, et il n'a laissé qu'un mot sur la porte du frigo "rdv à la grotte, belle au bois dormant."

Ici ou ailleurs, il garde de sa personnalité. Ca me rassure, quelque part.

Je prends une douche, remettant mes affaires de la veille - Axel m'a bien laissé des vêtements de rechange, mais comment dire... nous ne faisons pas exactement la même taille. Je comprends un peu mieux la position de Sora, qui peine à dépasser Kairi en taille, lorsque j'ai dû lui en prêter.

J'ai un sourire à cette pensée. Ah... j'espère que la nuit aura porté conseil à Sora. Pas forcément qu'il m'accepte avec joie et bonne humeur, mais qu'il évite de m'en recoller une belle dans la tête - d'ailleurs, j'ai une sacrée bosse, creusée d'une plaie. Mon mal de crâne a diminué - d'ailleurs, tant que je n'y pense pas, il se fait silencieux.

J'embarque une veste bien trop large pour moi, retrouvant une route que je connais parfaitement. Axel habite un peu plus en hauteur que chez moi - je ne sais pas qui est censé y vivre, peut-être était-elle déjà vide dans mon univers. Sora habitant non loin, j'ai longtemps emprunté cette route pour aller à sa rencontre.

Mais quelque chose me dérange. Peut-être parce que je sais que ce n'est pas mon véritable environnement, et que j'ai peur d'en découvrir certaines vérités. Mais elles ne m'appartiendraient pas. Alors à quoi bon-

Non, ça ne sert à rien de me prendre la tête avec quelque chose d'aussi futile. Je dois me concentrer sur Sora et un moyen de quitter ce rêve pour retourner dans ma réalité.

Je continue la route à bonne allure, dépliant la capuche pendouillant dans mon dos pour masquer ma chevelure - si au moins je peux passer un minimum inaperçu. Et je me laisse plonger dans mes réflexions - c'est bien plus simple de réfléchir lorsqu'on est seuls. Notamment qu'Axel parle beaucoup...

Déjà, ce qui m'intrigue, c'est l'absence de Kairi. Je me vois mal me pointer à la Mairie pour questionner son père quant à sa mystérieuse disparition. Mais si quelqu'un doit savoir quelque chose, ça sera le roi Mickey. Mais selon Axel, il est débordé pour tenter de maintenir le coeur des mondes... et pour tomber sur lui, c'est une histoire plutôt compliquée.

Alors qui d'autre, dans ce scénario des plus étranges, serait susceptible d'influencer le destin ? Sans avoir toutes les cartes en main, c'est plutôt difficile de rechercher une solution. Et essayer d'amadouer Sora, dont le corps et le regard s'apparentent davantage à un animal sauvage qu'à une personne ayant toute sa tête-

J'ai une sensation désagréable à cette pensée.

Qu'est-ce qui a pu le faire sombrer à ce point ? La disparition de Riku dans les ténèbres ? Ou alors son coeur était déjà affaibli, et peut-être ce fut le coup final. Qu'a-t-il pu vivre dans ce monde-ci ?

"Bon sang..." je maugrée, atteignant le bord de la mer. L'eau qui vient grignoter les remparts de sable a toujours cette couleur sombre, reflet d'un ciel engorgé par les ténèbres. J'en détourne les yeux pour me diriger vers notre cachette secrète.

Et je sens l'énergie dans mes jambes défaillir. Au fond de moi, je conserve l'espoir que tout cela ne soit qu'un rêve et que je m'en réveille le plus rapidement possible. Y aller, c'est admettre la vérité... actuelle.

"Hé."

J'ai un soupir en reconnaissant la voix m'interpeller non loin.

"Axel."

"Sora est au ponton," il m'indique, me rejoignant - avant de me claquer une belle tape dans le dos - et je serre les dents pour ne pas laisser échapper un grognement de douleur. "Bien dor- oh, j'aurais peut-être pas dû."

"Non..." je maugrée, ma migraine imitant l'effet d'une bombe à l'intérieur de mon crâne. "Ca allait bien jusque là..."

Il a un rire un peu moqueur, me disant que de toute manière, Sora m'en recollera une belle dans la tronche si je reste aussi peu sur mes gardes.

Mais ça me fait plaisir de le voir ainsi. Quelque part, même en ne le connaissant que de réputation - et un peu de vue aussi -, je préfère voir Axel tel qu'il est censé être, plutôt que comme une personne ayant à supporter une lourde charge sur ses épaules.

Alors je lui offre un simple sourire, prenant la direction vers le fameux ponton - d'ailleurs, je repère rapidement la silhouette de Sora s'y dessiner. Il y est assis, le regard probablement perdu dans l'horizon - ou alors il s'est endormi... ça ne serait même pas une surprise.

Par contre, ce qui me dérange, c'est sa maigreur apparente. Mon meilleur ami n'a jamais été bien gros - même s'il a gardé un ventre de bébé jusqu'à tard. Accordé à sa petite taille, c'était loin d'être un cadeau pour lui...

Mais en tout cas, il n'était pas aussi maigre. Son T-shirt flottant ne laisse même pas deviner la moindre forme, reposant sur des épaules menues.

"Qu'est-ce qu'il mange ?" j'interroge le plus grand - qui d'ailleurs est pas loin d'être aussi squelettique, j'ai envie de dire. Il peut remercier d'avoir une musculature un minimum prononcée pour recouvrir ses os.

"Ce que je lui amène. D'ailleurs, je lui ai amené des beignets ce mat-"

"Sinon il ne mange pas de lui-même ?" je l'interromps, un peu durement. Il me fait signe que non. Sora se laisserait donc mourir ? "Et il reste ici... tout le temps ?"

"C'est depuis peu. Avant, il s'enfermait dans sa chambre. C'était un peu plus simple pour m'occuper de lui. Puis il a commencé à aller dans la grotte - je l'ai cherché pendant des jours ! Ce sale gosse."

"... et ?"

"Et bah j'ai dû faire avec. Il ne veut pas retourner au village. Je pense qu'il a peur de ce qu'il pourrait faire. Tu sais, il se rend compte qu'il n'est plus lui-même. Malgré les ténèbres qui le consume, il veut continuer à protéger les autres, quitte à se blesser lui-même."

Sora. C'est parfaitement lui. Au fond, ça me rassure un petit peu. Cette coquille vide ne l'est pas tant qu'il aimerait le faire croire.

Je m'arrête à quelques mètres de lui, laissant Axel me devancer. Ca ne sert à rien de le prendre par surprise. J'ai la tête dure, mais quand même...

"Sora, j'ai ramené Riku." Pas de réponse. Pas de mouvement non plus. "Si tu continues de l'ignorer, il va pleurer celui-là."

... je me sens virer cramoisie. Qu'est-ce qu'il raconte ! Il me lance un regard taquin - il sait parfaitement que dans cette position, je ne peux absolument rien faire. Lui envoyer ma keyblade dans la tronche reviendrait à effrayer un Sora qui n'est déjà pas en confiance... autant dire, échouer la mission.

"Ce n'est pas Riku."

Là, il a raison. D'un côté, avec un passé différent, comment pourrais-je influencer ses sentiments ? ... non, ça ne sert à rien de partir défaitiste. Moi-même, j'ai envie de prendre soin de lui. De ce Sora dont je ne connais que vaguement l'histoire. Mais dont je meurs d'envie de voir ne serait-ce que le début d'un sourire.

Je vois Axel s'accoupir... et prendre un beignet dans le sac, avant de s'asseoir aux côtés de Sora.

"D'une manière ou d'une autre, Sora... c'est lui. Je sais pas non plus ce qu'il fait là, mais-"

"Les ténèbres se moquent de toi aussi."

"Hé, ça va, j'ai passé l'âge des-"

Mais je ne l'écoute plus - ou alors il s'est arrêté de parler. Sora s'est redressé d'un bond, keyblade en main. Je n'ai pas le temps de réagir, d'un éclair de feu m'aveugle.

"Réveille-toi, putain ! Depuis quand tu es devenu aussi lent ?!" s'énerve Axel, alors que mon meilleur ami passe comme une flèche à côté de moi. Incapable d'agir, je le regarde courir en direction de la forêt. Le plus grand s'arrête à côté de moi, laissant retomber ses épaules. "En général, il s'acharne."

"... merci," je bafouille, un peu perdu par les évènements.

"Ne me remercie pas." Son ton est presque agressif. Mais son regard flamboyant s'apaise très rapidement. "... écoute, je t'amène manger une glace. On peut dire que c'est déjà une victoire qu'il n'ait pas insisté davantage."

Je ne lui réponds pas, mon regard fixant le point où la silhouette de Sora a disparu. Voilà nos rôles inversés, alors ? Je pose une main sur mon coeur. C'est douloureux. J'ai beau me dire que ce n'est pas réellement lui... ça aurait pu être celui de mon monde. De ma réalité. Mon Sora.

Prenant une longue respiration, j'accepte la proposition. Quelque peu étonnante au vu de la température extérieure, mais je sens bien que le refus n'est pas en option.

"... allons-y, Axel."

Je sens l'ambiance se détendre. Il me serre l'épaule en guise d'encouragement, avant d'ouvrir un portail des ténèbres.

x-x-x-x-

J'ai la sensation de pouvoir respirer à nouveau, et que mes yeux apprécient de découvrir un paysage différent de l'obscurité de l'île du Destin. Non, ici, les couleurs sont chaudes et rassurantes.

Je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de visiter Twilight Town - la seule chose qui me faisait apparaître dans cette charmante ville était le château Oblivion, où Sora dormait paisiblement - ce fénéant. Mon regard s'attardant sur les bâtiments, je perds Axel de vue... quelques secondes. Oui non, parce que, entre nous, repérer une tignasse rouge dans ce décor, ce n'est pas bien difficile.

Je le vois en train de discuter avec un marchand avec entrain. Je reste à quelques pas, patientant la fin de leur conversation - pas besoin de m'imiscer. J'en profite pour admirer les alentours - c'est une ville plutôt vivante. Même si aujourd'hui n'est pas un jour de fête, quelques personnes se promènent, discutent avec vivacité, rigolent...

Même Axel se retrouve à échanger des mots avec la vendeuse - peut-être se connaissent-ils.

D'ailleurs, ce dernier fait signe d'au revoir, avant de tourner les talons pour me rejoindre, un sachet à la main, et un sacré sourire de guignol collé sur le visage.

"Je n'étais pas venu ici depuis une éternité," il m'avoue. "Je dois avouer que ça fait du bien."

"Pourquoi ? Enfin, pourquoi tu n'étais pas revenu ici avant ?"

"Je n'en ai pas eu l'occasion. Manger des glaces seul... c'est un peu ennuyeux."

Avec qui tu les mangeais, alors ? Mais pas besoin de le lui demander j'en connais parfaitement la réponse. Je dois avouer que si je ne me posais pas spécialement de questions sur sa relation avec Roxas, je commence à m'interroger à présent.

Mais c'est de lui-même qu'il se décide d'en parler.

"Quand Roxas était à l'Organisation, on se prenait nos soirées sur l'horloge - d'ailleurs, je vais t'y amener. Tu comprendras mieux."

Je le suis dans la ruelle qu'on a dû quitter pour se rendre au marchand de glaces, la remontant jusqu'à atteindre une grande place. S'élevant à plusieurs mètres de hauteur, un clocher masque le soleil encore matinal.

Et contrairement à ce que je m'attendais, on ne rentre pas dans la gare - il ouvre un portail à l'abri des regards. Je l'y suis, quelque peu amusé de voir à quel point posséder un pouvoir aussi immense peut servir pour des causes aussi puériles.

"On n'a pas le droit d'y aller," il m'avoue avec un clin d'oeil.

"C'est normal," j'observe, mes yeux rivés vers l'endroit d'où l'on vient - c'est plutôt haut. Une chute d'ici serait mortelle...

Il s'installe tout naturellement, et je l'imite avec un peu plus de retenu. Passer du temps en compagnie avec Axel n'est pas une chose qu'il m'ait été donné de faire avant. En tout cas, pas de cette manière. Alors j'ai un peu envie d'en profiter...

"Le soir, le coucher du soleil est superbe," il m'explique, désignant le ciel bleu d'un vaste geste de la main. "J'adorais y amener Roxas. Au début, c'était juste pour le récompenser. Il était tellement paumé en arrivant ici. Puis c'est devenu une véritable habitude, un plaisir." Il me donne une glace - le parfum est la populaire glace à l'eau de mer sucrée. "Enfin. A ton arrivée," dit Axel, tendant sa glace vers moi.

"A notre future victoire," je lui réponds, l'imitant. Il a un sourire. Quelque part, ça me fait plaisir d'être capable de lui arracher quelques mimiques. "Hé... Le Roi Mickey pourrait nous aider. Est-ce que tu sais où on pourrait le trouver ?"

"... sincèrement, j'en ai aucune idée."

J'ai une grimace, mal à l'aise. Ca aurait été beaucoup trop simple. Les présences du roi et de Kairi auraient fait énormément avancer la situation, j'en suis sûr et certain. Si je ressentais la présence de sa Majesté durant mon périple, il me paraît comme inexistant dans ce monde-ci. Quant à notre amie commune, à Sora et moi...

"Si tu veux pas de ta glace, je la mange moi, hein."

"Cours toujours," je rétorque, croquant dedans en fixant mon camarade d'un regard empli de défi - ce qui provoque un rire chez Axel.

"Tu es tellement différent du Riku de ce monde."

"C'est grâce à Sora," j'avoue, fixant l'horizon avec une pointe de tristesse. "Sans lui... à vrai dire, j'en sais rien. Je ne peux pas dire ce que la vie m'aurait réservé si je n'avais pas croisé sa route. Je serais peut-être en train de jouer à la console, en bouffant des chips ?"

"Quelle vie passionnante. Tu serais gras que t'en pourrais plus."

"Et personne ne voudrait de moi !"

"Qui veut de toi, actuellement ?" il se moque. "A part Sora, t'as pas l'air d'avoir grand monde en tête."

"Et toi, à part ton Roxas ?"

Le regard d'Axel s'assombrit soudainement - Je perds mon sourire taquin, le regardant pour obtenir un peu plus d'explications. Ce n'est pas le fait d'évoquer son meilleur ami qui le met dans cet état, j'en suis certain - il a appris à prendre du recul et à se satisfaire de la situation actuelle, aussi dure soit-elle à supporter.

"Disons qu'on a tous pris une vie différente. Mais tu sais, j'avais du succès auprès des filles !"

"C'est bien ce que je disais - personne excepté Roxas. Et encore, j'en suis pas si sûr..." je reprends, avec un sourire. "Quoi que, Sora a l'air de t'apprécier."

"Roxas me protège." Il a un rire. Pas ironique, pas moqueur, mais triste. "C'est marrant. J'ai voulu le protéger de nombreuses fois, et tu sais quoi ? J'ai jamais réussi. Et lui, même sans être présent physiquement, il fait son boulot parfaitement."

Je me mords l'intérieur de la lèvre, fixant le profil d'Axel. Je suis conscient d'avoir éveillé un sujet douloureux. S'il peut se montrer tout aussi marrant qu'insensible, il a lui-même un poids à supporter au fond de son coeur, et pas un des plus légers.

"C'est pas le genre de gars qui ferait ça pour n'importe qui," je lui dis, me rappelant de ma confrontation avec ce garçon. "Alors estime-toi heureux d'avoir réussi à gagner une telle affection, au lieu de râler d'avoir échouer ailleurs."

"Et voilà que j'me fais consoler par un gosse !"

Un gosse... je lèche la glace qui me coule sur les doigts. A force de parler, d'écouter, j'en ai oublié de la manger.

"On pourrait essayer d'aller chercher des informations chez Sora et Riku, non ?" je lui propose - disons qu'on pourrait peut-être trouver des choses intéressantes, permettant d'en savoir un peu plus sur l'histoire qu'ils ont pu vivre.

"Déjà fait. Mais on pourrait y refaire un tour ensemble. Tu le connais mieux que moi."

Je hoche la tête, le coeur un peu serré à cette idée. Non pas de mieux le connaître, mais de devoir rentrer dans des maisons vides, normalement animées par nos parents respectifs. Ou peut-être est-ce de trouver des choses dont je ne veux pas savoir l'existence. Je n'en sais rien.

Mais je me dis que c'est pour pouvoir le retrouver. Mettre un terme à ce désordre, ramener la lumière à l'île du Destin, et surtout, ce sourire auquel pas grand monde ne résiste. D'ailleurs, rien que d'y penser...

Le léger rire d'Axel me fait sortir de mes pensées.

"Quoi ?" je l'interroge, un peu agacé - clairement, je me sens viser par cette moquerie. Je vérifie mes vêtements, si jamais, par innattention, j'aurais laissé la glace les atteindre - mais rien de tel.

"Je ne t'aurais jamais imaginé sourire aussi bêtement, à vrai dire."

Cette fois-ci, c'en est trop. J'envoie un coup de pied à mon compagnon - et jusqu'à ce que le soleil pointe dans le plus haut du ciel, on se laisse aller à nos chamailleries.

x-x-x

L'estomac plein et le coeur léger, on est retournés dans ce monde dévoré par les ténèbres : l'île du Destin. Notre destination n'est autre que la maison de Sora - ou du moins, là où il vivait il y a encore peu de temps.

Axel m'a dit qu'on ne trouverait probablement rien, mais qu'essayer ne nous ferait pas défaut - sait-on jamais.

"Quand il ira mieux, on ira manger une glace tous les... trois ?" Je le regarde, un peu curieux de sa manière de hâcher la fin de sa phrase. "... rien. Une sensation de déjà-vu."

Mouais. Il me semble plutôt troublé, mais je ne relève pas - après tout, s'il ne veut pas m'en parler, c'est son problème. Je ne suis pas le genre de personne à tenter de sortir les vers du nez de quelqu'un.

"Rien ne me ferait plus plaisir," je finis par répondre.

Quand tout sera terminé, je rentrerai chez moi, n'est-ce pas ? J'en trouverai le moyen. J'ai beau apprécier Axel, je ne me sors pas mon meilleur ami de la tête. Ni mon propre monde, ma réalité... pas cette déformation complètement glauque et cruelle.

On s'arrête devant une résidence, et le plus grand me devance - sans un mot, il me montre la clé qu'il tient entre deux doigts. C'est vrai que je n'y avais pas pens-

"Et ses... parents ?" La question s'échappe de mes lèvres sans même que je donne l'autorisation à ces dernières de bouger. J'ai une grimace, faisant un signe négatif de la main pour l'intimer au silence. "Ne-"

"J'en ai aucune idée, à vrai dire. Je pense qu'ils ont juste disparu avec la semi-destruction de l'île."

... je le fixe quelques secondes, inquisiteur. Mais il n'a pas l'air de mentir - ou alors, il croit ce qu'il dit. J'ai un soupir, alors qu'il me fait signe de rentrer en premier dans la petite maison. Je serre les dents avant de me glisser dans l'ouverture, réanimant un sort de lumière pour éclairer le salon.

Mais c'est lorsque Axel allume la lumière que j'en comprends l'inutilité. Et je me sens un peu honteux, sur le coup.

"Vous avez pas d'électricité dans ton monde ?" il se moque, alors que je l'ignore royalement, prenant les escaliers pour trouver la chambre de Sora.

Elle est simple à reconnaître. Il y a un léger désordre, des posters sur les murs, des lettres et quelques dessins relativement... moches. Je m'en approche pour en déceler le moindre sens... mais ce ne sont que les signatures à peine lisibles qui me font comprendre la raison de leurs présences. Ils ont tout simplement été offerts par Kairi et Riku dans leur enfance - ce que j'espère. Parce que s'ils dessinent aussi mal à ce jour, je comprends que l'île ait sombrée dans les ténèbres.

"Normalement, j'ai tout fouillé. Mais peut-être que tu interprêteras certaines choses mieux que moi."

Je hausse les épaules, m'approchant de son bureau dans un bordel complet. Il a pris de nombreuses notes, visiblement, mais rien de cohérent. J'en ramasse une, relevant de nombreux points d'interrogations derrière des mots notés en pagaille. Des ratures.

De son côté, j'entends Axel ouvrir le placard - peut-être va-t-il lui récupérer quelques vêtements.

Quant à moi, je continue mon investigation, quelque peu mal à l'aise. Je n'aime pas l'idée de pénétrer ainsi dans l'intimité de mon- non, ce n'est pas Sora. Mais c'est tout comme. Peut-être ne désire-t-il pas que je fouine ses affaires et ses anotations, dont seul ses yeux sont capable d'en saisir le sens. Tout ce que je peux en conclure, c'est qu'il s'est posé de nombreuses questions, qu'il a tenté d'en écrire des réponses dont une grande partie s'est retrouvée raturée.

Faudrait-il que je sois capable d'y répondre pour le sortir de son tourment ? Moi, ou quelqu'un d'autre - ou alors est-ce cette absence de réponse qui a conduit à ce désastre qu'est aujourd'hui son existence.

"Si tu y comprends quelque chose," m'interpelle Axel. "C'était avant de quitter son chez-lui. J'imagine qu'il cherche un moyen de se pardonner."

"Il veut savoir s'il y aurait eu un moyen de le sauver," je lâche d'un ton un peu trop naturel. Je me surprends moi-même, comme si mon corps venait d'agir de son plein gré. "Enfin,... je crois."

"C'est ce que je pense aussi. Mais à quoi bon ? S'il découvre qu'il aurait pu le sauver, qu'est-ce qu'il fera ensuite ? Il aura une bonne raison de culpabiliser ? De mettre fin à ses jours ?" Sa dernière réplique me glace le sang. Et Axel semble s'en apercevoir - il pose sa main sur mon épaule, murmurant de brièves excuses. "Pardon. Mais c'est une chose qu'il faut envisager si on veut parvenir à l'éviter."

"Sora ne peut pas vouloir se-... non, pas lui."

"Et pourtant. Il tenait à toi, d'une manière ou d'une autre. Enfin, à Riku. Après, je ne connais pas du tout leur relation, s'ils étaient réellement proches ou si Sora s'en est voulu après que le mal soit fait. Il n'a pas voulu m'en parler."

Je me mords l'intérieur de la lèvre, sentant une horrible douleur m'envahir. J'ai bien conscience que ce que me raconte Axel est horriblement juste, mais l'entendre dire ça à voix haute me fout un véritable coup dans le coeur. C'est juste impossible. Son sourire, ses grimaces, sa joie de vivre... ça ne peut pas s'envoler comme ça.

Ce n'est pas ton Sora, je me rappelle à l'ordre. Tu le retrouveras quand tout sera terminé.

Je me réconforte comme je peux, reprenant mes recherches. J'embarque les papiers dans ma sacoche, ouvrant les tiroirs pour chercher d'autres indices un peu plus intéressants. Mais à part un cache-misère, ces derniers ne dévoilent pas grand chose.

On continue malgré tout à fouiller la pièce, lire chaque note, tenter d'en saisir le sens quand ce dernier nous échappait - mais il manque beaucoup trop d'éléments.

Sora semblait avoir saisi un comportement étrange de la part de Riku et ne pas avoir agi en conséquence. Le reste semble être un tas de questionnement résultat ce changement chez le jeune homme - jalousie, colère, blessure, ai-je dit quelque chose qui ne fallait pas, Donald, Dingo, Mickey, Kairi. Kairi, souligné d'un trait. Ensuite, quoi faire, comment, pourquoi.

Nous sommes au même point que toi, Sora.

"Il faudrait aller chez Riku..." je lui dis. Il hausse simplement les épaules. "T'y es déjà allé ?"

"Non. A vrai dire, je ne sais pas où il habite, et je me suis fait jeter à de nombreuses reprises. Le grand type bizarre en a pris pour son grade," il rigole. "J'ai dû passer pour un pervers."

"On a qu'à y aller..."

Pourtant, prononcer cette phrase ne me semble pas être une si bonne idée. Axel passe une main dans sa nuque, semblant saisir mon malaise momentanné.

"Ce ne sont pas tes parents, Riku."

"Ce n'est pas mon Sora non plus," je rétorque avec brutalité.

Quel con. Je détourne la tête, honteux. Pourquoi je m'embarque comme ça, soudainement ? Celui qui souffre de cette situation, c'est Axel. Pas moi. Quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, ce n'est pas mon monde, ce n'est pas mon chez moi. J'aurai un lieu où rentrer, un lieu où cette île est baignée par le soleil, et où Sora m'offre ses sourires exquis pour me quémander un service - il sait que je n'y résiste pas.

Mais c'est plus fort que moi. Tout est si ressemblant, mais en même temps, complètement différent. Je ne peux pas fermer les yeux sur la disparition des parents de Sora, sur celle de Kairi, et encore moins tolérer l'idée de débarquer dans une maison vide, dont les habitants seraient probablement morts.

"Je peux m'y rendre seul. Tu me-"

"Non. On y va ensemble. Je suis désolé, Axel, je n'aurais pas dû réagir comme ça."

"Tu n'as pas à t'excuser. Je m'appuie sur toi sans me poser de questions. C'est pas plus mal que tu me remettes à ma place de temps en temps," il répond avec un semblant de sourire.

"Alors on est quittes."

Pas besoin de prolonger la conversation indéfiniment. Ca semble lui satisfaire - il ferme son sac rempli de vêtements avant de me faire signe de le suivre à l'extérieur. J'emporte quelques papiers à la volée, avant de le rejoindre sur le seuil de la porte.

Mais une silhouette bien connue attend à deux mètres de là. Mon coeur manque un bond en découvrant son identité.

"Votre Majesté !"

x-x-x

Voilà que se clos ce chapitre deux ! Il est deux fois plus long que l'autre, mais le dernier passage.. bah il était important quoi. J'ai hésité à le virer pour le mettre dans le chapitre trois, mais ça aurait cassé le truc ! Bon, le succès absent de la fanfic est un peu triste mais j'ai décidé que je voulais écrire pour moi ! Merci à ceux qui fav/follow :3 (et à ma beauté des glaces)

J'ai décidé de la reprendre parce que je me suis pas mal attachée à ce scénario en fait (je l'avoue) malgré qu'il y ait pas mal d'incohérence. Et finalement à la relecture c'était pas si minable que ça !

Voilà. Soyez pas timide sur les reviews, c'est toujours encourageant !