Kurt Hummel était face à l'un des plus cruels dilemmes de toute sa vie. Son père, Burt, un immense et robuste bonhomme qui portait toujours une casquette de base-ball, lui avait toujours interdit, et ce depuis la mort de sa mère, de rater ne serait-ce qu'un seul de leur traditionnel dîner du vendredi. Seulement, ce vendredi, il y avait ce défilé de mode qu'il attendait depuis des mois qui passait à la télé, et il allait le rater. Il doutait très fortement que ce soit une excuse valable pour son père.
Voilà à quoi notre adolescent de 17 ans pensait le vendredi matin devant sa glace en appliquant une dernière couche de crème de soin. Il contempla le résultat avec contentement. Encore une journée où il allait avoir le teint plus frais que la veille. Quoi de mieux pour vous mettre de bonne humeur ? Il sortit de sa salle de bain avec un sourire joyeux dessiné sur le visage et monta les escaliers qui séparaient sa chambre de l'entrée. Il pénétra dans la cuisine en saluant joyeusement son père et sa tendre belle-mère, Carole, comme il le faisait chaque matin. Il prit place autour de la table familiale en se servant une tasse de chocolat bien chaud et fumant puis entreprit d'en boire une gorgé en redoublant d'effort pour tenter de faire abstraction de son demi-frère, Finn, qui engloutissait a la manière d'un homme préhistorique une montagne de gaufres au caramel.
- Kurt, n'oublie pas que ce soir nous allons dîner au restaurant, lui rappela son père entre deux gorgées de café.
- Papa, nous dînons dehors absolument tous les vendredi soirs depuis que j'ai huit ans, je pense être capable de pouvoir m'en souvenir, lui fit remarquer son fils.
- Est-ce-que pour une fois dans ta vie, Kurt, tu pourrais me laisser finir de parler ?
Kurt baissa un peu honteusement la tête, ce qui fit naître un ravissant sourire amusé sur le visage angélique de sa belle-mère. Son père reprit donc d'un air satisfait :
- Ce que je voulais dire avant que tu ne m'interrompes inutilement, c'est que ce soir, exceptionnellement, tu ne rentres pas à la maison, tu nous rejoins directement au restaurant.
- Pourquoi ? demanda-t-il, légèrement surpris.
- Finn ne va pas à l'entrainement ce soir, il a été annulé, mon chéri, lui répondit Carole avec ce magnifique sourire, empreint de lumière, qu'était le sien.
Kurt reposa sa tasse à présent vide et sortit machinalement son téléphone portable de la poche arrière de son jean pour regarder l'heure. Il bondit d'un seul coup de sa chaise en constatant son retard. Il savait que ce n'était pas la première fois et certainement pas la dernière, mais cette fois-ci, Chandler allait mettre fin a ses jours. Il se précipita vers la sortie en enfilant à vitesse grand V sa veste, et en attrapant son sac et ses clés de voiture. Il salua avec empressement son père et Carole avant de sortir et de se démarrer sa voiture. Il roula le plus vite possible sur la route gelée en direction de la maison de Chandler. Il le trouva dans la même position que la veille. Assis sur les marches, recroquevillé sur lui-même, complètement frigorifié. Le jeune blond se précipita dans la voiture et augmenta le chauffage en lançant un regard meurtrier à son ami.
- Kurt, y aura-t-il un jour où tu arriveras à l'heure ?
Ledit Kurt arborait un air désolé et un regard plein d'excuses tandis que son ami se blottissait au fond de son siège en soupirant. Kurt démarra sa voiture pour se diriger vers le lycée et fut surpris de constater durant le trajet que Chandler ne décrochait pas un mot. Chose absolument improbable puisque le Chandler en question n'était autre que Chandler Kiehl et que ce garçon ne s'arrêtait jamais de parler ! Il avait l'air extrêmement contrarié et son retard n'en était définitivement pas la cause puisqu'il était toujours en retard et que Chandler ne s'énervait jamais pour ce genre de chose. La légendaire curiosité de Kurt était piquée au vif et il se sentit obligé de savoir ce qui tracassait son ami.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda-t-il.
Chandler soupira une nouvelle fois avant de se tourner vers son ami en arborant une mine suppliante. Il allait lui raconter. Chandler n'était pas très difficile à faire craquer, surtout quand il n'avait pas parlé depuis dix minutes, ce qui représentait une année en temps « Chandlerien »
- Hier je suis allé à la bibliothèque et j'ai dû rentrer plus tôt à cause d'un élément très perturbateur.
- Tu pourrais préciser ?
Chandler soupira de nouveau et raconta à Kurt sa mésaventure de la veille avec Sebastian en n'omettant pas le fait que ce garçon était une incroyable pourriture. Toute la haine qu'il avait envers lui était plus qu'évidente car durant son récit il ne l'avait appelé qu'une seule fois par son prénom. Les autres fois il lui avait donné des surnoms tel que « face de rongeur » ou encore « l'abominable grand con » Bien évidemment il n'avait pas précisé la dernière chose qu'il lui avait dit avant de partir préférant gérer cela lui-même. Inutile d'en avertir la légendaire commère qu'était son ami.
Kurt trouvait cette situation vraiment très drôle. C'était la première fois qu'il voyait Chandler aussi énervé contre quelqu'un. D'habitude il était d'un naturel calme et serein et savait se montrer très patient avec les autres. Même avec les grands malades de McKinley, il savait rétorquer posément. Le voir aussi irrité était une grande première !
Ils arrivèrent enfin sur le parking du lycée, et Kurt constata de nouveau que la même voiture que la veille était garée sur sa place de parking. Encore une journée où il allait être de mauvaise humeur dès le matin ! Nos deux adolescents sortirent en même temps de la grosse voiture noire de Kurt pour une nouvelle fois se planter devant la belle voiture de sport noire qui empiétait sur le territoire Hummel. Kurt soupira de colère assez bruyamment ce qui attira l'attention de Chandler.
- Pourquoi est-ce-que tu t'énerves pour si peu ?
- Parce que le petit bijou qui se trouve sous nos yeux, dit-il en désignant la voiture, appartient à ce bouffon dont je t'ai parlé hier quand j'étais en Maths et toi en Anglais.
- Oh je vois. Mais tu sais, que tu ne l'aimes pas est une chose et je peux tout à fait le comprendre, mais ce n'est qu'une place de parking, Kurt…
- Non ce n'est pas « qu'une place de parking » ! s'exclama-t-il en coupant la parole à Chandler. C'est ma place de parking et ça l'a toujours été depuis que j'ai cette voiture !
Chandler l'analysa quelques secondes en arborant un air moqueur avant de croiser les bras sur sa poitrine.
- Je n'avais jamais remarqué à quel point tu étais possessif et égoïste.
- Si j'étais égoïste, je ne me lèverais pas plus tôt tous les matins pour venir te chercher et t'emmener au lycée, et je te laisserais y aller en bus, rétorqua-t-il tandis qu'ils se dirigeaient vers l'entrée du grand bâtiment.
- Je t'en serai éternellement redevable, ajouta le blond d'un ton sarcastique.
Ils s'échangèrent un regard complice avant que Chandler ne disparaisse comme chaque matin. A cause des voyages scolaires, beaucoup de professeurs étaient absents et Chandler n'avait pas cours pendant l'heure qui allait suivre et il allait pouvoir se consacrer à son unique passion : écrire. La bibliothèque du lycée était l'endroit rêvé pour ce genre de chose. C'était un endroit habituellement fuit par ses bourreaux, il était sûr d'être en sécurité et d'avoir la paix. Par chance, sur le chemin, il entendit la grosse voix d'Azimo, ce qui lui permit de rebrousser chemin et de faire le grand tour avant que celui-ci ne le remarque.
Lorsqu'il atteignit enfin la bibliothèque, il s'installa à une table près d'un radiateur et sortit ses feuilles sans plus tarder et se mit à écrire. Il écrivait à une vitesse fulgurante, remontant quelque fois plus haut dans l'histoire pour la réajuster afin qu'elle soit un minimum cohérente.
Lorsqu'il prit une nouvelle feuille dans son sac, il se mit dans une position que lui seul pouvait trouver confortable. Il tourna sa chaise de façon à ce que son dos repose sur le radiateur, et il balança ses jambes de l'autre côté du dossier de la chaise, ses feuilles posées sur ses cuisses, et se remit à écrire. Au bout de quelques minutes, une voix qui ne lui était pas inconnue se fit entendre.
- Non seulement tu es dans une position que seul un nabot chétif comme toi peut adopter, mais en plus tu as l'air de la trouver confortable, dit Sebastian en prenant place en face de Chandler.
- Toujours aussi aimable à ce que je vois, répondit-il en lui lançant un regard qui n'avait rien d'amical.
Il replongea presque automatiquement dans ce qu'il faisait en ignorant superbement Sebastian qui avait les yeux braqués sur lui tel des projecteurs. Faire abstraction de sa présence commençait à devenir une chose quelque peu compliquée puisque ce dernier ne cessait de tapoter la table avec ses doigts d'une manière horriblement agaçante. Malgré les efforts surhumains que fournissait Chandler, il finit par craquer. Il posa un peu brutalement ses feuilles et son stylo sur la table en arborant un air plus qu'agacé quand il se tourna vers Sebastian.
- Ok, qu'est-ce-que tu veux ?
Sebastian posait sur lui un regard très joueur et taquin que Chandler trouvait affreusement horripilant, à tel point que les poils de sa nuque se hérissaient.
- Rien, je test seulement tes limites et, visiblement, tu ne les places pas très haut.
- Toi, c'est la barre des limites de ton intelligence que tu ne places pas très haut par rapport à celle de ta connerie !
- Et tu oses dire que je ne suis pas aimable.
Sebastian saisit une des nombreuses feuilles que Chandler avait posées sur la table et la fit glisser lentement sur la table pour la ramener jusqu'à lui.
- Qu'est-ce-que tu écris ?
- Ca ne te regarde pas ! s'exclama Chandler en lui arrachant la feuille des mains.
Il saisit rapidement le reste de ses affaires et sortit de la bibliothèque, énervé, conscient que Sebastian le suivait comme son ombre. Il le suivit jusque son casier, à travers les couloirs déserts du lycée McKinley.
- Tu n'as vraiment rien d'autre à faire que de me casser les pieds ? dit-il en ouvrant la porte métallique rouge de son casier.
- Chandler, je dois t'avouer qu'étant donné tes airs de petit garçon sage et bien élevé, je n'aurais jamais pensé que tu puisses être une source de distraction et d'amusement, et peut-être même de plaisir sexuel, la première fois que je t'ai vu. Forcé de constater que je me suis trompé.
- Et moi je n'aurais jamais cru que tu puisses être aussi con que tu en as l'air, Sebastian. Forcé de constater que je me suis trompé.
Il referma son casier et tourna les talons en s'apprêtant à s'en aller quand il sentit deux bras fort s'enrouler autour de sa taille pour le retenir. Il reconnut immédiatement l'odeur de Sebastian et il sentit son souffle chaud et humide parcourir son cou pour remonter jusqu'à son oreille droite, légèrement rougie par le froid. Il sentait chaque détail du torse de Sebastian se dessiner dans son dos et son estomac se compressa douloureusement à cette sensation affreusement agréable.
- Finalement, peut-être que je ne suis pas aussi agaçant et désagréable que ce que tu prétends. Tu as retenues mon prénom, ça veut dire que je vaux le détour, non ?
Sebastian se mit à mordiller doucement l'oreille du blond ce qui lui arracha un petit cri de surprise. Il sentait la main droite de Sebastian caresser son ventre sensuellement tandis que son autre main s'enfoncer dans le tissus noir de son jean qui recouvrait ses hanches. Chandler se fustigeait intérieurement d'apprécier – non, d'adorer – ce qu'était en train de lui faire subir son délectable bourreau. Il sentit les lèvres chaudes de ce denier suçoter doucement la peau de son cou, la mordiller pour ensuite y poser une multitude de baisers plus avides de contact et de chair les uns que les autres.
Ce fut la sonnerie horriblement stridente du lycée qui lui fit recouvrir ses esprits. Il se dégagea brutalement de l'emprise de Sebastian et disparut parmi la foule d'élèves qui sortait des salles de classe sans se retourner, sans lui accorder ne serait-ce qu'un regard. Il ne comprenait pas encore exactement ce qu'il venait de se passer, mais Dieu qu'il avait adoré. Ce que lui avait dit Sebastian lorsqu'ils s'étaient quittés la veille lui revint en tête et ce fut comme une gifle. Jamais, au grand jamais, il ne devait laisser ce genre de chose se reproduire ! Jamais.
Lorsque Kurt quitta Chandler, qui apparemment devait se rendre à la bibliothèque, puisque son professeur de sciences n'était pas là, pour se rendre dans sa salle de classe, il ne fut nullement surpris de voir que Blaine était assis une nouvelle fois à sa place. Dieu, que ce garçon pouvait l'irriter dès le matin ! Il avança la tête haute d'une démarche légère et pleine d'assurance dont seul Kurt Hummel avait le secret en direction de la place libre à côté de Mercedes, qui allait finir par devenir sa place attitrée, deux rangs devant celle où se trouvait Blaine. Kurt faisait mine d'ignorer les regards insistants et indiscrets que ne cessait de lui envoyer le brun depuis son entrée dans la salle de classe. Cette heure de cours dans la même classe que Blaine se passa un peu mieux que la veille. Il avait discuté joyeusement avec Mercedes et avait même rit quelque fois. Il s'était de temps en temps retourné et avait croisé par inadvertance le regard de fauve affamé en train d'épier une proie affreusement appétissante de Blaine. Ne voulant pas trop tenter le diable, il ne soutenait jamais trop longtemps ce regard. Il avait beau faire mine de ne pas avoir remarqué ses regards plus qu'insistants, Kurt ne se leurrait pas. Il savait qu'on ne pouvait pas ne pas remarquer de tels yeux arborant un tel regard lorsqu'ils étaient braqués sur vous. Blaine savait qu'il savait, et il en profitait.
- Quand est-ce-que vous allez commencer à coucher ensemble ? demanda Mercedes de la façon la plus naturelle du monde, en jouant avec son stylo, comme si ils parlaient de ce genre de chose depuis que le cours avait commencé.
Voyant qu'elle n'obtenait aucune réponse, elle se tourna vers Kurt toujours avec un visage neutre, et ce qu'elle vit aurait pu l'emporter dans un incroyable fou rire si elle n'avait pas été en cours de mathématiques.
Kurt la regardait d'un air choqué, digne de celui d'une comtesse à qui on venait de sortir l'insulte la plus vulgaire du millénaire.
- Je te demande pardon ? chuchota-t-il d'un air indigné en articulant bien chaque mot comme s'il s'adressait à un demeuré.
- Tu crois que je n'ai pas remarqué le regard empli d'hormones sexuelles qu'est en train de te lancer le roi lion depuis que tu es rentré dans cette classe ? se justifia-t-elle d'un air amusé, avec un sourire taquin.
Kurt soupira en levant les yeux au ciel tant il en avait marre. A chaque fois que Mercedes et lui parlaient, il fallait qu'elle aborde systématiquement le sujet « Blaine ». Ledit Blaine commençait d'ailleurs à occuper une place bien trop importante dans son esprit, et ça c'était une chose qui l'insupportait au plus haut point. Il se tourna pour se mettre dos au mur de façon à pouvoir bien faire face de Mercedes, ignorant le fait que Blaine l'observait avec un peu plus d'attention cette fois, comme s'il écoutait ce qu'ils se disaient ce qui était humainement impossible puisqu'il était trop loin pour entendre leurs chuchotements.
- Mercedes, commença-t-il, écoute très attentivement ce que je m'apprête à te dire parce que je ne me répéterai pas et tu devras te contenter de cette explication jusqu'à la fin de l'année. Non, jusqu'à la fin de ta vie ! Je ne sais absolument pas ce que peut bien me vouloir se mec, mais sache que jamais, au grand jamais, je ne ressentirai autre que de la haine ou bien du dégoût chaque fois que mes pensées auront le malheur de se tourner vers ce sale con.
- Mon cher Kurt, commença-t-elle d'un ton qui signifiait clairement qu'elle allait lui servir un discours digne de ceux de Chandler, sache que les meilleures expériences sexuelles sont celles que l'on partage avec la personne que l'on déteste le plus, parce que Dieu a fait l'homme de façon à ce qu'il se sente irrévocablement attiré par ce qu'il tente désespérément d'éviter. Kurt, je suis intimement persuadé que dans peu de temps votre relation assez conflictuelle sera bourrée d'une quantité astronomique de frustration sexuelle tellement puissante et insoutenable qu'à la minute où vous vous retrouverez seuls tous les deux, peu importe le lieu, vous coucherez ensemble tellement violemment que les courbatures que vous aurez le lendemain vous empêcherons de bouger ne serait-ce qu'un cil. Ce jour-là, vous ferez l'amour comme si ça devait être la dernière expérience que vous deviez vivre sur cette terre. Kurt, je peux t'assurer que le mec qui est assis deux rang derrière nous et qui est en train de te déshabiller littéralement du regard en s'imaginant sûrement embrasser chaque millimètre de ta peau comme s'il n'aurait le droit d'y goutter qu'une seule et unique fois dans son existence toute entière, n'attend que ça. Si tu veux mon avis, tu devrais sérieusement songer à profiter de tout ça parce qu'un mec pareil avec un potentiel comme le sien, on n'en trouve pas à tous les coins de rue et je suis sûre que si cette petite garce de Santana était là et qu'elle savait, elle te donnerait un gros coup de pied au cul pour que tu mettes le grappins sur ce joli fessier, même si elle et toi ne pouvez pas vous voir en peinture !
Mercedes arborait un air fier et pénétré comme si elle venait de résumer le monde en une seule et unique phrase.
Kurt, lui, avait écouté très attentivement chaque mot qu'avait prononcé Mercedes, et les rougeurs au niveau de ses joues s'étaient intensifiées à chacun de ses mots. Son cœur battait de plus en plus vite à mesure qu'elle parlait et son estomac se compressait douloureusement. Le surplus de chaleur qu'il avait emmagasiné dans son coup et son visage prenait douloureusement la direction d'une certaine partie de son anatomie. Au début il s'était simplement dit que Mercedes passait un peu trop de temps devant la télé le dimanche à regarder Les Feux de l'Amour ou bien devant son ordinateur à regarder ses séries plus stupides les unes que les autres qui n'avaient que pour but de réveiller les hormones sexuelles des adolescents en chaleur, dont il en faisait malheureusement partie. Mais plus elle parlait, plus il s'était imaginé les mains de Blaine parcourant son corps dans des caresses chaudes et sensuelles, sa bouche parcourir doucement son cou en suçotant avidement chaque centimètres de sa peau, la mordillant et la savourant comme si c'était le mets le plus savoureux qu'il n'ait jamais goutté, son souffle chaud se répandant sur son corps, le faisant frissonner de plaisir. Il s'imaginait leurs bouches se découvrant pour la première fois dans un baiser d'abord timide, puis viendrait le moment ou leurs langues se rencontreraient et se livreraient corps et âmes à une danse endiablée et sensuelle, au rythme de leurs gémissements de plaisir, leur peau se frottant l'une contre l'autre en échangeant leur chaleur pour ne faire plus qu'une. Il arrivait presque à entendre la voix de Blaine lui susurrer les choses les plus obscènes du monde à l'oreille. Une autre vague de chaleur le submergea de nouveau et prit elle aussi la direction du haut de son pantalon. Il se surprenait à attendre avec impatience le jour que Mercedes avait décrit comme étant celui où Blaine et lui allaient s'offrir l'un à l'autre.
Il secoua légèrement la tête pour retrouver ses esprits et ses yeux, qui n'arrivaient pas à cacher son trouble plus qu'évidents, rencontrèrent malencontreusement ceux de Blaine, mais cette fois-ci son regard était différent. Kurt pouvait clairement y déceler une pointe de satisfaction et il crut même voir l'ombre d'un sourire se dessiner sur son visage. Mais comment pouvait-il être satisfait de le voir complètement embarrassé et troublé alors qu'il lui était impossible d'entendre leurs chuchotements ou bien de lire sur les lèvres de Mercedes quand elle parlait, puisqu'elle était de dos. Les rougeurs plus qu'évidentes sur ses joues l'auraient-elles trahi ? Il se retourna brusquement pour faire face à sa table, et ferma les yeux le plus fort possible dans l'espoir de reprendre le contrôle de lui-même. Il ne put empêcher une phrase que Blaine avait dit la veille de venir hanter son esprit : « La seule chose qui t'appartient et que je désire, gueule d'ange, c'est ton joli petit cul et je peux t'assurer qu'un jour il sera à moi. » Et si Mercedes avait raison ? Et si Blaine avait réellement envie de lui ? C'était bien la première fois que Kurt se posait ce genre de question. Cette nouvelle pensée le fit un peu plus rougir. Comment était-il censé se comporter avec une personne qui, apparemment, n'avait qu'une seule envie : coucher avec lui ? C'était la première fois qu'un garçon s'intéressait à lui de cette façon. En y réfléchissant bien, c'était bien la première fois qu'un autre garçon osait assumer son homosexualité dans tout Lima, mis à part Chandler. Il se mit à arborer une mine songeuse en se penchant un peu plus sur la question "Blaine", sous le regard satisfait de Mercedes qui avait atteint son but : donner matière à réfléchir à Kurt à propos de Blaine.
Admettons que Blaine ressente vraiment une quelconque attirance, aussi physique soit-elle, pour Kurt, comment ce dernier devait-il le prendre ? Devait-il l'éviter pour être sûr qu'il n'interprète pas mal une de ses paroles ou un de ses gestes, ou bien devait-il seulement faire comme si de rien n'était, chose qui était tout à fait impossible parce qu'il savait et qu'il ne pourrait jamais se convaincre lui-même qu'il ne savait rien puisqu'il savait qu'il savait, et là était tout le problème ! Kurt ne pouvait pas faire comme si il ignorait quelque chose car il y aurait toujours une partie de son cerveau pour lui rappeler qu'il savait la chose en question. Dieu que la vie était compliquée… Il n'avait jamais été confronté à une telle situation. Mais indépendamment du fait que Blaine était l'être le plus insupportable qu'il n'avait jamais rencontré, Kurt n'avait toujours aucune certitude quant à ses fréquentations, plus précisément : il ne savait pas si il avait un quelconque lien d'amitié avec Karofsky ou Azimo. Donc il restait hypothétiquement une menace potentielle. Encore que, la seule chose qui l'avait un peu mis sur ses gardes la veille, c'était simplement ce qu'il avait dit. Il avait simplement évoqué le fait qu'il savait qu'il se faisait martyriser par ces deux gorilles. En aucun cas il n'a dit être amis avec eux. Il n'a même pas prononcé leurs noms. Donc, la seule chose dont Kurt avait vraiment eu peur, c'est ce qu'il avait dit. C'était ses paroles. Blaine avait réussi à le faire douter quant à une possible amitié entre lui et ses deux bourreaux simplement avec des mots. En aucun cas il n'y avait eu de violence physique. Kurt pouvait donc supposer qu'ils étaient tous les deux à armes égales puisqu'il ne l'avait pas encore touché, et s'il avait voulu le faire, il l'aurait fait depuis le début car il ne fallait pas se leurrer, Blaine était vraiment très musclé !
Habituellement, Kurt aurait écouté la partie rationnelle de son cerveau qui lui recommandait très fortement de rester très à l'écart de Blaine par pur instinct de survie, mais l'autre partie de son cerveau, la partie joueuse, farouche et très taquine, lui conseillait de profiter pleinement de la situation pour s'amuser un peu en faisant douloureusement languir le jeune brun, en supposant que l'hypothèse de Mercedes était juste. Kurt avait bizarrement envie de croire que ce qu'elle disait était vrai. Après tout son amie ne se trompait que très rarement… Kurt avait beau être un adolescent très mature pour son âge, il ne choisit pas cette fois-ci d'écouter la partie rationnelle de son cerveau qui l'avait pourtant conduit plusieurs fois sur le chemin de la droiture. Après tout, Kurt était sûr de lui quand il disait vouer une haine sans pareille pour Blaine, raison de plus pour faire comme avec les enfants et le narguer en agitant un paquet de bonbon sous son nez pour ensuite les manger tous très lentement devant lui sans ne rien lui donner. Finalement l'arrivée de Blaine dans sa classe ne serait peut-être pas aussi négative que ce à quoi Kurt s'attendait…
Mercedes vit un sourire plutôt sournois se dessiner sur le visage habituellement angélique de Kurt. Elle se demandait si elle avait réellement atteint son but…
Lorsque la sonnerie retentit, Kurt sortit de la classe, ignorant que Blaine était sorti juste après lui, un sourire bien étrange dessiné sur le visage. Il marchait dans le couloir qui le séparait de son casier, oubliant totalement de faire attention à ne pas croiser un de ses bourreaux. Dans un tournant, il fut d'un coup propulsé violemment dans une des nombreuses rangées de casier qui se trouvait à sa droite. Son dos se vit encaisser le plus gros du choc, mais sa tête heurta elle aussi le métal froid des casiers. Il se rattrapa de justesse et se redressa avec toute la difficulté du monde, ne réprimandant pas une grimace. Son sourire avait totalement disparu et son regard avait perdu cette petite étincelle sournoise, pour devenir brumeux et légèrement humide. Kurt était quelqu'un d'extrêmement émotif, et à chaque fois que ce genre de chose se produisait, il devait constamment se faire violence pour ne pas craquer et verser quelques larmes que les personnes qui lui faisaient vivre ce calvaire ne méritaient pas. Il observa son pire cauchemar dans son costume du parfait footballeur se mêler à la foule dans le couloir et arrangea maladroitement la lanière de son sac sur son épaule. Il reprit ensuite son chemin d'un pas lourd et beaucoup moins guilleret qu'il ne l'avait été à sa sortie de la classe, et se dirigea vers son casier sans remarquer que quelqu'un le suivait, un air mauvais dessiné sur le visage. La douleur qu'il avait au dos était difficilement supportable mais celle qu'il avait à la tête était insoutenable. Le bruit de son dos martelant le casier raisonnait encore douloureusement dans sa tête. Une fois devant son casier, il ouvrit la porte pour poser ses livres et en prendre de nouveau. Il referma ensuite la porte avant de se retourner et de s'y adosser paresseusement. Il ferma les yeux.
Dieu qu'il en avait marre ! Il ne supportait plus cette violence omniprésente dans sa vie et cette pression morale constante qu'il était obligé de subir. Appréhender chaque tournant de chaque couloir de peur de se faire projeter au sol ce n'était pas vivre, mais survivre ! Et lui il en avait marre de survivre, il voulait vivre ! Il était fatigué, tout simplement…
Alors qu'il était perdu dans des pensées beaucoup moins joyeuses que celle qu'il avait en cours de maths, il sentit une chaude et douce pression sur tout son corps, mais surtout sur ses lèvres C'était une sensation complètement inconnue mais incroyablement douce et agréable. Instinctivement, il releva doucement la tête pour mieux accueillir ce contact nouveau. Au début, il ne réagit pas vraiment, mais lorsqu'il sentit des caresses remonter de ses cuisses jusque ses hanches pour rejoindre ses fesses, il repoussa immédiatement ce qu'il supposait être une personne avant que ses mains baladeuses n'atteignent leur objectif. Il arborait un regard humide troublé et apeuré alors que sa main droite était plaquée sur sa bouche.
- Blaine !? s'exclama-t-il en retirant sa main.
C'était Blaine. Blaine Anderson. Ce sale con, cet abominable crétin venait tout juste lui voler une des expériences qui aurait dû faire partie des plus belles de toute sa vie : son premier baiser ! Les sentiments de Kurt étaient partagés entre la colère et l'incompréhension. Il dévisagea longuement le brun et sa grande surprise, ce dernier n'arborait aucun rictus de satisfaction, ni de regard sournois, ou bien arrogant. Son visage ne trahissait aucune expression et était incroyablement neutre. Il croisa d'ailleurs les bras sur sa poitrine comme si il attendait une réaction ou un verdict de la part de Kurt. Ce dernier ce ressaisit bien vite en se disant qu'il ne devait jamais, sous aucun prétexte, se laisser atteindre par cet enfoiré !
- Non mais ça ne va pas d'embrasser les gens comme ça ! s'exclama-t-il alors que le rouge de son visage n'était plus traduit par de l'embarras mais par de la colère.
- Tu as une bouches très appétissante, tu sais, dit-il en se léchant très lentement et très sensuellement la lèvre supérieure. Je n'avais encore jamais rien gouté d'aussi délicieux que la barrière qui est normalement censée empêcher les mots qui se forment dans ton esprit de sortir. Je crois que tes lèvres pourraient bien devenir mon fruit préféré.
Blaine s'approcha à nouveau de Kurt pour le bloquer entre lui et les casiers, se moquant éperdument des regards indiscrets que pouvaient poser les autres lycéens présents dans le couloir sur eux. Lorsque Kurt tenta une nouvelle fois de le repousser, Blaine saisit ses deux poignets et les ramena des deux côtés des hanches du garçon, en profitant du fait qu'il soit bien plus musclé que lui pour l'obliger à garder la même position. Il s'approcha lentement de son visage, et Kurt put sentir le souffle chaud de Blaine sur ses lèvres. Kurt était piégé, il ne pouvait plus bouger. Il essaya vainement de remuer ses poignets dans l'espoir de se dégager mais il n'était visiblement pas assez fort pour y parvenir. Il sentit que les lèvres de Blaine n'était plus qu'à un souffle des siennes, et se surprit à attendre avec une impatience insoutenable le moment où il n'y aurait plus aucune distance entre leur deux bouches avides de contact.
- Je suis content d'avoir été le premier à y gouter…, souffla-t-il entre les lèvres tremblantes de Kurt.
Les mots que venaient tout juste de prononcer Blaine venait de faire sortir Kurt douloureusement de sa transe et ce dernier ouvrit brusquement les yeux. Il était en train de laisser Blaine gagner du terrain alors qu'il s'était promis de ne rien lui céder et de simplement s'amuser avec lui, mais là il se surprenait à s'abandonner corps et âme à lui. Il retint un sourire narquois et murmura à son tour en frôlant a peine les lèvres de Blaine :
- J'espère alors que tu en as bien profité parce que c'est la seule et unique fois que tu y goûteras.
Dans un moment de faiblesse de Blaine, il réussit à dégager ses poignets, mais il ne le repoussa pas pour autant. Il posa son index sur les lèvres entrouvertes du brun avant de poser ses propres lèvres sur son doigt dont la faible largeur était la seule chose qui séparaient leurs deux bouches. Blaine esquissa un mouvement de tête pour essayer de se rapprocher un peu plus de la bouche de Kurt fit comprendre à ce dernier que le brun était avide de plus de contact, et c'était exactement l'objectif de Kurt.
- Tu peux aussi inscrire ma bouche sur la liste des choses qui ne t'appartiendront jamais parce que je peux te promettre que jamais plus je ne te laisserai ne serait-ce-que les effleurer.
- Ne fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, Kurt.
Le cœur de Kurt manqua un battement lorsqu'il réalisa que Blaine venait de l'appeler par son prénom. C'était bien la première fois depuis que ce détestable personnage était arrivé à McKinley, et Kurt aimait bien la façon dont son prénom sonnait dans sa bouche. Il chassa bien vite cette pensée de son esprit et se laissa glisser sur le côté à la manière d'un félin pour se dégager de l'emprise de Blaine et mieux lui faire face. Chose qui s'avérait compliquée puisque ce dernier arborait de nouveau ce regard de fauve affamé.
- Je t'ai laissé me voler mon premier baiser, Blaine, dit-il d'un ton incroyablement calme. Je ne te laisserai certainement pas m'en prendre un autre.
Et sur ses dernières paroles, Kurt tourna les talons et prit la direction de sa salle de sciences, ignorant qu'il laissait derrière lui un Blaine encore plus désireux de sa personnes qu'il ne l'était la veille.
Chandler se trouvait assis sur les gradins de la salle de sport déserte à écrire tranquillement. Du moins c'est ce qu'il essayait de faire. A chaque fois qu'il arrivait à se concentrer ne serait-ce qu'un peu, son esprit ne cessait de faire revenir en lui les sensations que Sebastian avait fait naître en lui. Comment avait-il pu être assez stupide pour se laissez faire sans rien dire ? Le simple fait de penser aux lèvres de ce sale chieur parcourant son cou lui donnait des frissons le long de sa colonne vertébrale. Il avait beau lui vouer une haine incommensurable, malgré le fait qu'il ne le connaisse que depuis la veille, il s'était senti plutôt bien quand ses bras protecteurs s'étaient enroulés autour de sa taille.
Il finit par enfouir sa tête dans ses mains en soupirant tant il se trouvait désespérant. Lorsque la sonnerie retentit, il sortit de la salle de sport d'un pas lourd pour se rendre en classe. Aujourd'hui, il s'était assis aux côtés de Tina, une de ses amies, en essayant de ne pas trop prêter attention au regard et au sourire arrogant que lui avait servi Sebastian lorsqu'il était entré dans la salle à son tour. Par le plus malheureux des hasards, la seul place qui avait une quelconque espèce d'importance aux yeux de Sebastian, c'était celle qui se trouvait derrière lui et Tina. Chandler n'avait pas réussi une seule seconde à se concentrer sur ce que racontait le professeur. Sebastian, ce chieur de première catégorie, n'avait pas cessé de l'emmerder. Il lui caressait le mollet avec son pied, et même lorsque Chandler ramenait ses jambes contre sa poitrine, il trouvait quand même un moyen de lui taper sur le système. Soit en lui chatouillant la nuque avec son stylo, soit en lui titillant l'oreille avec ce même stylo. Chandler avait dû se faire violence, sous le regard amusé de Tina, pour ne pas se retourner et lui arracher la tête en poussant des cris dignes de ceux d'un cannibale. A un certain moment, lorsque le professeur était tourné vers le tableau, Chandler sentit un souffle chaud sur son oreille, suivi par des chuchotements à peine audibles :
- Tu es incroyablement tenace…
Il se retourna lentement pour faire face à Sebastian en arborant un regard faussement ennuyé.
- Et toi tu n'es pas aussi irrésistible que ce que tu penses…
Sur ses derniers mots, Chandler se retourna pour se concentrer sur ce que le professeur venait d'écrire au tableau. Il fut surpris lorsqu'il réalisa que Sebastian ne l'avait plus embêté le reste du cours. C'était bizarre. Il ne le connaissait pas depuis longtemps mais il pouvait déjà deviner que Sebastian n'était pas vraiment un garçon qui lâchait l'affaire aussi facilement. Enfin ! Il n'allait tout de même pas se plaindre d'avoir un peu de tranquillité.
Seulement cette tranquillité il n'y avait eu droit que durant cette courte heure de cours. En français, Sebastian s'était amusé à lui râper la nuque avec sa règle en métal gelée, ce qui était horriblement désagréable. En sciences il s'était assis à côté de lui, et avait glissé sa jambe droite sous la jambe gauche de Chandler, avant de la replié de façon à ce que la jambe de Chandler repose sur la sienne et qu'ils soient plus proches qu'ils ne devraient l'être. Et pour finir, la pire de toutes les choses que Sebastian avait bien pu faire, c'était en Anglais. A ce cours là aussi, il s'était assis à côté du blond, et s'était arrangé pour le bloquer entre lui et le mur, et avait fait trainer sa main le long de sa cuisse, remontant toujours un peu plus haut, ignorant le fait que Chandler la retirait systématiquement, feignant d'être indifférent à ses caresses.
Lorsque sa dernière heure de cour fut enfin terminée, il s'empressa de sortir de cette classe, oppressante depuis que Sebastian y était entré, suivi de près par ce gros chieur et son sourire narquois qui n'avait cessé de le coller. Une lubie que Chandler détestait au plus haut point. Le blond avait beau presser le pas, il savait Sebastian toujours à ses trousses. Il se précipita dans les toilettes, miraculeusement désertes. Bien évidemment, Sebastian entra à sa suite. Il se retourna face à lui en soupirant très bruyamment pour montrer son agacement.
- Quand est-ce-que tu comptes enfin me lâcher la grappe ?
- Je crois pourtant t'avoir déjà fait part de mes intentions…, dit-il en s'adossant contre l'évier, à côté de Chandler.
« Alors tu ferais mieux de retenir mon prénom, le nain, parce que je suis assurément la personne qui va réussir à te faire fermer ton bec de pucelle et peut-être même à te faire perdre ta carte V. Je suis Sebastian Smythe, et je ne te donne pas deux semaine avant de craquer et de finir dans mon lit. » Alors, il était vraiment sérieux ? Ce mec était décidément un grand malade !
- Ecoute-moi bien, espèce de taré, je ne coucherai jamais avec toi ! En réalité cette idée ne me traverserait même pas brièvement l'esprit. Alors tu peux continuer autant que tu veux à me suivre et à faire ce petit jeu complètement débile en cours, ça ne t'avancera à rien ! Et si vraiment tu as envie de m'entendre hurler de plaisir, disparais et peut-être que je pourrais frôler l'orgasme !
Il vit Sebastian arborer un sourire malicieux et se redresser lentement. Il arrangea élégamment une mèche de ses cheveux avant de se rapprocher de Chandler, qui ne bougeait pas.
- Tu n'es qu'un nom de plus sur la très longue liste des gars qui m'ont dit ça avant de hurler dans ma chambre, complètement nus.
- Et tu n'es qu'un nom de plus sur la liste des gars les plus stupides et bornés de ce lycée, répondit-il d'un air complètement désespéré.
- Je prends ça comme un compliment.
Chandler le regarda en soupirant avant de réajuster son sac et de sortir des toilettes. Il fut surpris de voir en se retournant que Sebastian ne le suivait plus. Il devait avouer que Sebastian était très étrange et très contradictoire. Il avait passé la matinée à le coller comme un vieux chewing-gum mais en fin de journée, il l'avait superbement ignoré.
A la fin de cette longue et épuisante journée, Chandler se rendit à la bibliothèque. Seulement cette fois-ci, n'ayant pas vu le temps passé, il sortit à la fermeture, et dehors il faisait déjà nuit. Il détestait rester trop tard l'hiver, parce que rentrer en pleine nuit n'avait rien de rassurant quand on sait que pour rentrer chez lui, il devait passer à côté d'une forêt. Mais ce soir-là, rentrer tous seul était encore moins rassurant. Chandler avait comme la désagréable impression d'être suivi, et cette angoisse grandissait à mesure qu'il s'approchait de la forêt. Pressant le pas, il ne cessait de se retourner pour être sûr de ne pas être suivi par un psychopathe.
Venant de la forêt, il entendit un bruit de branche qui craque, ce qui le stoppa net. Il se tourna face à la forêt qui s'élevait sur le trottoir d'en face. La lumière de la lune qui traversait les petits trous entre les feuillages ressemblait à des petits yeux perçant et vicieux d'animaux sauvages observant une proie. Il avait cette désagréable impression que quelqu'un se cachait entre les arbres pour l'observer. Une personne qu'il n'arrivait pas avoir mais qui, elle, le voyait parfaitement. Cette pensée lui fit froid dans le dos. Il reprit sa route mais, cette fois-ci, bien plus rapidement. On aurait presque dit qu'il courrait.
En rentrant chez lui, il se laissa glisser le long de la porte d'entrée, haletant et épuisé, dans l'espoir de retrouver son second souffle. Jamais de toute sa vie il n'avait eu aussi peur. Sa mère, une jeune femme brune, grande et élancée, dont le visage était ridé par le rire, s'était rendue dans l'entrée en entendant la porte se fermer. Inquiète de voir son fils dans un tel état, elle se précipita et se pencha, inquiète.
- Chandler, ça va ?
Chandler ouvrit brusquement les yeux et reprit son souffle en se relevant.
- Oui je suis juste un peu essoufflé. J'ai marché trop vite.
- Chéri, tu sais que ce n'est pas très prudent de rentrer quand il fait nuit.
- Oui je sais mais je n'avais pas vu l'heure, maman.
Sa mère regarda son fils tendrement en souriant. Elle caressa sa joue rougie par le froid et son visage s'étira en un magnifique sourire.
- Aller, monte te débarbouiller. On ne va pas tarder à passer à table.
Kurt était assis autour d'une table dans un restaurant Italien à converser joyeusement avec Carole tandis que son père et Finn engloutissaient d'énormes quantités de nourriture. Les dîners de famille chez les Hudson-Hummel se ressemblaient tous beaucoup. Burt et Finn parlaient sport pendant que Kurt et Carole parlaient mode. Mais ce soir-là, l'esprit de Kurt n'était qu'à moitié avec Carole. Il pensait à Blaine. Il avait beau faire comme si de rien était et prétendre passer au-dessus de tout ça, une boule restait omniprésente dans son estomac. Mais ce n'était ni du stress ou de l'appréhension, c'était de la nostalgie.
Kurt s'était toujours demandé comment serait son premier baiser ou bien qui serait la personne à qui il l'offrirait. Il s'était imaginer un échange doux, tendre et amoureux avec l'être aimé, qui l'aimerait en retour, mais maintenant c'était terminé. Il ne pourrait jamais s'imaginer échanger son premier baiser avec celui qu'il aimait, puisque c'était celui qu'il haïssait qui le lui avait pris.
Mais ce qui le chagrinait encore plus, c'est que ce baiser avait été encore plus délicieux que tout ce qu'il aurait pu espérer. Il aurait tellement voulu que les lèvres sur lesquelles il avait laissé un de ses biens les précieux ne soient pas celles de Blaine. Dans un sens, il était forcé de constater que Mercedes avait raison. Les meilleures expériences sont celles que l'on partage avec les personnes que l'on déteste le plus.
Quand la soirée fut enfin terminée, les membres de cette joyeuse petite famille rentrèrent ensemble pour savourer une délicieuse nuit de sommeil, sauf pour Kurt dont le souvenir douloureusement merveilleux de son premier baiser n'allait cesser de tourmenter…
