Hey hey heeey !
Comme cette fiction était à la base un OS que j'ai coupé en chapitres, les premiers chapitres se suivent directement, j'espère que ça ne dérangera pas ! Et au fait, je ne l'ai pas précisé dans les notes du chapitre 1, mais malgré le fait que j'adore les histoires de zombies, j'ai commencé cette fic sans avoir vu TWD ! (et puis j'ai commencé à regarder quand j'écrivais, environ, le chapitre 7. et c'est plutôt cool!)
Sur ce, bonne lecture !
Even if the world is in ruins tomorrow
chapitre 2
Dans un réflexe que son corps avait développé à force de devoir être toujours attentif, il se redressa et ses muscles se tendirent. Il jeta sa main au fond de sa poche pour attraper son couteau, et traversa leur repaire à grandes enjambées pour rejoindre la fenêtre. Ils l'avaient cachée avec un morceau de carton, non seulement pour qu'on ne voie pas qu'ils étaient à l'intérieur, mais aussi pour s'isoler du froid, puisque la vitre avait été brisée.
Il souleva un bord du carton, juste assez pour entrevoir l'extérieur. Il faisait nuit et effroyablement sombre. Heureusement, le ciel était dégagé et la lune était grosse cette nuit, et éclairait vaguement la rue de ses rayons blafards. La lumière astrale était juste assez forte pour permettre à Akaashi de voir ce qui se passait à l'extérieur.
Il y avait quatre infectés. Et une personne qui tentait de les repousser. Ils étaient dans la rue juste là, et de sa cachette, Akaashi était aux premières loges pour voir la lutte acharnée de l'individu qui tentait de tenir les infectés en respect. Mais ces trucs-là, qui n'avaient plus rien d'humain, ils ne connaissaient pas la peur. L'intimidation et la menace, qu'elle soit armée ou vocale, n'avaient aucun impact sur eux.
Akaashi ne voyait pas très bien, mais il n'était pas sûr que le gars était armé. Il tentait de repousser les infectés en jetant ce qui lui tombait sous la main. Il visait plutôt bien cela dit, car plusieurs de ses projectiles atteignirent leur cible, sans pour autant avoir vraiment d'effet. Il était habile aussi, et il évitait les assauts répétés avec une facilité d'apparat. Cependant, il allait forcément finir par s'essouffler. Et alors il serait parfaitement à la merci des infectés. Pas que ces derniers en retireraient un quelconque plaisir cependant. Ils n'attaquaient pas par loisir, ni par nécessité non plus d'ailleurs. C'était juste la maladie qui les rendait comme ça. Mais à ce niveau d'évolution du mal, ils ne ressentaient même plus d'émotions.
Le coeur dans la gorge et l'estomac retourné, Akaashi abaissa le morceau de carton qu'il avait soulevé pour regarder, et il retourna s'asseoir, un peu à reculons. Il n'avait pas l'intention de venir en aide à cette personne, là dehors. Il aurait pu, mais il était comme les autres. Il privilégiait sa survie à celle des autres. Et même s'il se sentait un peu malade à l'idée de laisser quelqu'un mourir sans rien faire pour le secourir, il tentait de légitimer sa décision en se disant que si ça se trouve, ce type était déjà infecté. Ou bien qu'il les tuerait lui et Bokuto s'ils le secouraient, pour leur voler leurs armes et leurs provisions.
Dans ce monde-là, on ne pouvait faire confiance à personne.
Lorsqu'Akaashi avait rencontré Bokuto, il lui avait accordé sa confiance, un peu naïvement en fin de compte, et cela aurait pu lui coûter cher. Mais à ce moment-là, l'apocalypse était encore naissante, Akaashi était perdu et terrifié, comme tout le monde. Et être seul dans ce merdier lui pesait. Alors quand il avait rencontré ce garçon souriant à l'air un peu simplet, il s'était immédiatement pris d'affection pour lui. Comme s'il était une sorte de petit frère à protéger, quand bien même il était plus âgé que lui.
Il entendait le fracas de la lutte acharnée qui se déroulait à l'extérieur, et il aurait tout donné pour avoir son casque (un casque Beats qu'il avait payé une fortune en plus!) et une musique qui lui hurlerait dans les oreilles, pour ne pas entendre les grognements des infectés, et ceux du gars qui voulait survivre.
Il ferma les yeux et tenta de se concentrer pour ne plus entendre. Il se sentait nauséeux. Est-ce que l'anarchie l'avait vraiment rendu capable d'abandonner un autre être humain à la mort sans broncher ? Était-ce vraiment ce qu'il était devenu ? Le monde était devenu fou, et il semblait évident qu'il était devenu fou avec lui. À une époque, il faisait toujours en sorte de venir en aide aux gens s'il voyait qu'ils étaient dans l'embarras. Il était comme ça. Pas très bavard ou très sociable, mais il ne détestait pas les gens pour autant, et n'aimait pas voir la misère humaine.
Et aujourd'hui, dans cet Enfer, lui qui était du genre à s'interposer quand une personne se faisait embêter, il était prêt à laisser quelqu'un mourir. Il n'avait pas le choix, c'était comme ça. C'était la loi du Nouveau Monde dans lequel ils vivaient. "L'union fait la force" et "chacun pour soi" étaient deux expressions tout aussi valables l'une que l'autre aujourd'hui. Akaashi ne pouvait pas encore mourir. Alors il ne pouvait pas prendre de risque inutile et inconsidéré.
— Akaashi ?
À l'entente de son nom, il rouvrit les yeux et tourna vivement la tête pour découvrir que Bokuto était debout près de lui, et le regardait avec un drôle d'air qui le mit très mal à l'aise. Il avait dans le regard un mélange de curiosité, d'incompréhension, mais aussi de jugement. Comme si tout au fond, il savait ce qui se passait. Mais ça, c'était peut-être la conscience d'Akaashi qui se l'imaginait.
— Bokuto ?
— C'est quoi tout ce bruit ?
— Oh. Hm, c'est rien, affirma Akaashi en butant sur tous les mots, d'une voix rauque qui trahissait sa nervosité et son mensonge.
Bokuto n'était pas dupe. Akaashi avait eu plusieurs fois l'occasion de constater que, derrière son air naïf et innocent presque un peu enfantin, Bokuto était une personne intelligente, et plutôt perspicace. Alors, après un dernier coup d'oeil à Akaashi, il se détourna de lui pour aller jusqu'à la fenêtre. Akaashi ouvrit la bouche pour lui dire de ne pas regarder, mais il se ravisa. Il ne l'écouterait pas de toute façon. Alors il se leva, et s'avança avec lui. Il se plaça de façon à faire obstacle entre Bokuto et la porte, sa barre en fer fermement serrée dans son poing. Il savait ce que tenterait son ami dès qu'il verrait que quelqu'un dehors était en difficulté. Et il était hors de question qu'il le laisse sortir et risquer bêtement sa vie.
Bokuto souleva le bord du carton, et il se pencha pour regarder par le petit espace. Akaashi retenait sa respiration. Le coup d'oeil de Bokuto ne dura qu'une demi-seconde. Il comprit très vite la situation. Comme une tornade en plein Kansas, il pivota sur ses pieds pour récupérer son propre tuyau en fer, et il s'approcha à grandes enjambées de la porte.
Akaashi resta là, bien stable sur ses pieds, décidé à ne pas bouger. À ne pas le laisser sortir.
— Pousse-toi, demanda Bokuto, et sa voix était si lourde et ferme qu'elle arracha un frisson à Akaashi.
— C'est trop dangereux, répondit-il tout de même.
— Akaashi, pousse-toi, répéta l'autre.
Il fit encore un pas en avant, pour se retrouver tout proche d'Akaashi. Et comme il était plus grand et plus large d'épaules, il était incroyablement imposant comme ça, si bien que le plus jeune se sentait minuscule et vulnérable. Et puis Bokuto, à cet instant, avait le regard plus noir que le néant. Il fallait dire les choses comme elles étaient : il était effrayant.
— On n'y voit rien dehors, tenta encore Akaashi. Si tu sors maintenant -
Il se sentit soudain être brusquement poussé sur le côté, mais pas assez fort pour le faire tomber. Son dos se cogna contre le mur, et dans un hoquet de surprise, il comprit que Bokuto l'avait poussé pour passer. En un claquement de doigts, la porte était ouverte, et il était dans la rue.
Alors, sans réfléchir, poussé par un instinct qu'il prendrait le temps d'identifier plus tard, Akaashi se jeta dehors à son tour. Il n'allait pas laisser Bokuto risquer sa vie tout seul. Il cligna des yeux, cherchant à comprendre ce qui était en train de se passer. L'inconnu qui était pourchassé était sur le sol, et Akaashi aperçut Bokuto au moment où il envoyait sa barre rencontrer la tête d'un infecté avec une force et une violence presque surhumaines. La rage des survivants faisait parfois faire des choses incroyables.
Akaashi serra son arme dans son poing et il déglutit, la gorge sèche. Il avait beau faire ça depuis plusieurs mois maintenant, on ne s'habituait pas à l'idée de se jeter dans un combat qui pourrait nous coûter la vie contre un infecté. Il avait toujours eu dans l'idée que la fuite était la meilleure chose à faire désormais. Il ne fallait se battre qu'en dernier recours, et faire preuve d'une grande prudence. Même si dans le feu de l'action, on ne faisait pas forcément attention.
Il fonça vers un infecté qui allait se jeter sur le garçon au sol, et lui envoya un coup dans les jambes. Il tomba et vu la façon dont son visage avait rencontré le goudron, il s'était sans aucun doute au moins brisé le nez.
Akaashi se tourna vers l'inconnu et le fusilla presque du regard. Le pique d'adrénaline qui s'était répandu dans son organisme lui avait fait perdre tout son calme habituel, et la hargne du combattant brûlait dans son regard.
— Dégage ! lui hurla-t-il.
Il n'avait pas le temps de se répandre en paroles, mais il voulait dire par là qu'il ne devait pas rester au milieu alors qu'il n'était pas armé et vulnérable. Le type était debout la seconde suivante, et il recula rapidement. Au moins il avait des réflexes.
— Akaashi ! entendit-il, et le temps qu'il fasse volte-face, il vit à moins de trente centimètres de lui la tête d'un infecté se faire projeter sur le coté par Bokuto.
Son coeur fit un bond dans sa poitrine quand il réalisa qu'à une seconde près, cela aurait pu en être fini de lui. Il regarda Bokuto. Il avait du sang sur la joue, sur le front et sur ses vêtements. Il le vit sortir son couteau et se baisser pour trancher la gorge de l'infecté qu'il venait de mettre à terre. Le sang se mit à couler à profusion de la blessure qui avait coupé la jugulaire. En quelques secondes à peine, la chose ne bougeait plus. Le même sort attendait l'infecté qu'Akaashi avait fait tomber.
Et tout à coup, tout devint incroyablement silencieux. On entendait leurs lourdes respirations un peu sifflantes, mais le bruit blanc d'un sifflement était tout ce qui résonnait aux oreilles d'Akaashi. Les quatre infectés étaient au sol. Morts, baignant dans leur propre sang. C'était toujours un spectacle difficile à voir, et l'odeur métallique donnait la nausée, mais au moins il fallait se dire qu'ils avaient abrégé la vie infernale de ces monstres. Enfin, c'était Bokuto qui avait fait le gros du travail.
Il s'était laissé tomber sur le sol, à genoux, et avait le front appuyé sur le goudron. Il avait le souffle court et semblait presque au bord du malaise. Quelle idée aussi, il s'était déchaîné comme un diable ; pas étonnant qu'il était à bout de forces.
De ses faibles jambes cotonneuses, et un peu sonné par l'adrénaline du combat, Akaashi trébucha jusqu'à lui et s'assit à son côté. Il prit la main de Bokuto dans la sienne et la serra. Ils restèrent comme ça un instant, jusqu'à ce que Bokuto se redresse. Il essuya le sang de son visage d'un revers de manche, mais Akaashi se mordit l'intérieur de la joue en le voyant faire. C'était très dangereux de se faire éclabousser de fluides infectés. S'ils entraient en contact avec une blessure ou des muqueuses, le risque d'infection était maximal.
Bokuto le regarda, et il lui adressa un sourire parce qu'il vit qu'il était inquiet.
— Merci, parla alors une voix, brisant le silence.
Tous les deux se tournèrent vers le type à qui ils avaient sauvé la vie. Il s'était rapproché d'eux et se tenait debout, tout proche. Immédiatement, Akaashi se remit sur ses jambes qui tremblaient encore un peu, et il recula d'un pas, en position de défense, un regard mauvais et méfiant planté sur l'inconnu. Il vit du coin de l'œil Bokuto se remettre debout aussi.
Le gars ne bougea pas. Il n'avait pas l'air hostile, mais il fallait rester prudent. Akaashi le détailla des yeux.
Il portait un jeans, un pull à mailles noir sous une veste en cuir et des basket de sport. Il avait la main gauche enfermée dans un bandage de fortune (sans doute un bout de tissus arraché d'un t-shirt), et une cicatrice sur la tempe, aussi du coté gauche.
— Merci de m'avoir sauvé, parla-t-il encore d'une voix calme, sans doute pour essayer de mettre les deux survivants en confiance.
Akaashi continuait de le fixer. Il ne savait pas ce qu'il devait dire ni ce qu'il devait faire. Est-ce qu'il devait la jouer agressif et méfiant, ou bien baisser un peu sa garde, juste le temps de parler avec cet homme comme des personnes civilisées (même si la civilisation était un mythe du passé maintenant.)
Finalement, il n'eut pas à prendre de décision, car c'est Bokuto qui répondit le premier.
— Y'a pas de quoi, on n'allait pas te laisser te faire tuer sans rien faire, pas vrai Akaashi !
L'interpellé se demanda si son ami le faisait exprès pour bien lui rappeler qu'il avait bel et bien voulu le laisser mourir sans rien faire pour l'aider. Il sentit sa poitrine se serrer, et sans regarder ni son acolyte ni l'inconnu, il hocha la tête.
Bokuto s'avança et tendit la main.
— Je m'appelle Bokuto Koutaro, dit-il d'une voix joyeuse. Et lui c'est Akaashi Keiji.
L'autre sourit et il serra fermement la main de Bokuto.
— Kuroo Tetsurou. C'est cool de rencontrer des gens, même dans ces conditions. Surtout des gens qui n'essayent pas de me tuer.
À ces mots, la méfiance d'Akaashi repassa au premier plan, et il s'approcha à son tour, s'arrêtant un tout petit peu plus en avant que Bokuto, comme dans l'idée de le protéger. Bizarrement, Kuroo sembla voir cela, car il lança un étrange regard à Akaashi.
— Qu'est-ce que tu faisais à te promener seul au milieu de la nuit, et sans armes ? demanda-t-il sérieusement.
— C'est une longue histoire. Mais si vous voulez mon avis, on devrait en discuter ailleurs. Vous voulez pas qu'on trouve un coin à l'abri ? Vous avez une planque ? Quelque chose ?
— Qu'est-ce qui te fait croire qu'on va te laisser rester avec nous ?
— Woh, tout doux, range tes griffes minet ! s'exclama Kuroo en plaçant ses mains devant lui en signe de défense. Écoute, je vous veux pas de mal. Tout ce que je veux, c'est pouvoir m'asseoir cinq minutes en sécurité. Je vous dirai tout ce que vous voulez savoir.
Akaashi haussa un sourcil méfiant et un peu hautain, mais il se garda de rappeler à ce gars qu'aucun endroit n'était sûr dans ce monde. Il n'aimait pas trop ce type-là. Il n'avait pas l'air net. Et puis de quel droit l'appelait-il 'minet' ?
— Qu'est-ce qui nous dit que t'es pas infecté ?
— Je vous le promets.
Akaashi fit claquer sa langue contre son palet, et rouler ses yeux.
— Parce que tu penses que ta parole vaut quelque chose ?
— Akaashi...
Il sentit la main de Bokuto presser légèrement son épaule, et il frissonna. Il tourna la tête pour le regarder, en sachant déjà parfaitement ce qu'il allait lui dire.
— On vient de le sauver, on va pas l'abandonner direct après. Comme tu l'as dit, il a même pas d'arme.
Akaashi prit quelques secondes pour considérer Bokuto gravement. Il avait envie de lui dire tout ce qu'il pensait de cette situation, de lui rappeler qu'il était parfaitement inconscient et possiblement suicidaire de garder un inconnu avec eux, et il avait aussi une folle envie de lui coller son poing dans le nez pour l'avoir poussé tout à l'heure et s'être jeté dans la gueule des infectés alors qu'il le lui avait défendu. Il aurait pu se faire tuer. Ou pire, se faire infecter.
Mais il n'avait pas envie de se disputer avec lui devant Kuroo. S'il voyait qu'il y avait des tensions dans leur duo, il pourrait très bien s'en servir à son avantage. Alors il prit sur lui. Il soupira, et il accepta.
— Bien. Mais on ne peut plus rester là. On a sûrement attiré l'attention. Il faut qu'on remballe et qu'on trouve une autre planque.
— Au milieu de la nuit ? s'assura Bokuto.
— On n'a pas vraiment le choix, répliqua sèchement Akaashi.
Et sans un mot de plus, il pivota sur ses talons pour regagner l'ancienne papeterie où ils s'étaient temporairement établis. Il attrapa son sac à dos et fourra dedans tout ce qui traînait. Sa couverture, la bougie. Il n'avait pas envie de partir en vadrouille en plein coeur de la nuit, mais ils avaient au moins l'avantage qu'elle était plutôt claire.
Bokuto le rejoignit, Kuroo avait dû rester dehors à faire le guet, et il remballa aussi ses affaires dans un profond silence. Akaashi sentit qu'il le regarda plusieurs fois, mais il l'ignora. Il était en colère.
Il avait eu peur.
C'était comme ça, il ne pouvait pas s'en empêcher. Lorsque Bokuto se mettait en danger, il avait toujours effroyablement peur. Il ne voulait surtout pas le perdre. Et il ne savait pas si c'était purement égoïste parce qu'il ne voulait pas se retrouver seul, ou si c'était vraiment parce qu'il avait envie que son ami vive. Il ne se posait pas vraiment la question. Il savait juste que la vie de Bokuto lui était précieuse.
— Akaashi... appela alors Bokuto d'une voix basse, et il semblait faire profil bas. Je suis désolé...
Depuis trois mois qu'ils voyageaient ensemble, ce n'était pas la première fois qu'Akaashi se mettait en colère contre lui. Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient un désaccord. Mais ils ne restaient jamais froissés. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas se le permettre, déjà parce que leur collaboration était la clé de leur survie, mais aussi parce que dans un monde où la vie était aussi instable, on pouvait regretter amèrement d'être resté fâché avec une personne qu'on adore.
— T'aurais pu mourir, souffla Akaashi en s'arrêtant de rassembler ses affaires.
— Ils étaient pas nombreux, argumenta Bokuto. Et puis-
— T'aurais pu mourir ! répéta Akaashi, plus fort.
Il se retourna vers lui et en un instant, il était juste devant lui, tout tremblant, les poings serrés et le regard brûlant, sa voix vibrante de colère.
— Même un seul d'entre eux représente un danger mortel, alors le fait qu'ils n'étaient 'que' quatre n'excuse rien. C'est la réalité ici, c'est la vraie vie, dit-il abruptement. C'est pas un jeu, si tu meurs, tu meurs vraiment. Alors ne joue pas au héros et chéris un peu plus ta vie bon sang !
Il haïssait les moments où Bokuto jouait au héros.
Bokuto ne parla pas. Il soutint le regard d'Akaashi, mais la culpabilité se lisait dans ses grands yeux. Il s'en voulait d'avoir fait peur à son ami. Il s'en voulait aussi un peu d'avoir forcé le passage pour sortir, alors que tout ce qu'Akaashi voulait, c'était le garder en sécurité. Mais il était comme ça, lui. L'apocalypse ne lui avait pas volé son humanité, à lui. Et il ne pouvait pas se résoudre à ne pas aider une personne qui avait l'air en danger.
— Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-il encore. J'aurais pas dû te pousser tout à l'heure.
Akaashi soupira. Il avait l'impression que ses nerfs allaient le lâcher, et un mal de tête insidieux commençait à faire vibrer les parois de son crâne.
— Oublie ça, dit-il avec fatigue. Mais s'il te plait, la prochaine fois, n'agis pas comme un imbécile.
Ils se fixèrent du regard pendant une poignée de secondes. Bokuto hocha la tête pour accepter le compromis, et Akaashi hocha la tête à son tour d'un geste entendu.
— Ok. Maintenant, faut vraiment qu'on bouge, dit-il en chargeant son sac sur son épaule.
Il n'emportait que le strict minimum pour l'alléger le plus possible, mais les rations d'eau et de nourriture avaient tendance à peser leur poids tout de même. Il attendit que Bokuto ait réajusté les bretelles de son propre sac, et puis ils sortirent de la papeterie.
Kuroo était devant, la barre de Bokuto dans les mains. Il les regarda assez lourdement quand ils ressortirent. Sûrement qu'il avait entendu Akaashi hausser le ton, finalement.
— L'idéal serait de sortir de la ville, mais on trouvera pas d'endroit où rester. Je propose qu'on bouge par là, dit Akaashi en pointant la rue qui continuait sur la gauche. Il faudra marcher un peu, mais on trouvera forcément un endroit où finir la nuit.
Personne n'osa le contredire. Personne n'avait vraiment de meilleure idée de toute façon. C'est dans un silence presque religieux qu'ils s'engagèrent dans la rue. Comme la lumière de la lune leur permettait au moins de voir où ils mettaient les pieds, ils n'allumèrent pas de lampe torche, mais Bokuto en avait une accrochée à la ceinture, qu'il pourrait allumer rapidement si besoin. Ils ne devaient surtout pas se faire remarquer. Pas de bruit, pas de lumière.
Marcher ainsi dans le secret des ténèbres, silencieux comme des fantômes au milieu d'une ville morte, cela avait quelque chose de presque irréel. Cela donnait à Akaashi des sueurs froides. Il ne se sentait pas à l'aise du tout, et n'avait de cesse de regarder tout autour de lui. Mais il ne faisait pas assez clair, de toute façon, pour qu'il voit un quelconque danger approcher.
Bokuto marchait à sa droite, un peu en arrière, et Kuroo restait près de lui. Évidemment ; Bokuto s'était montré bien plus agréable qu'Akaashi, alors ce n'était pas étonnant qu'il préfère rester près de lui.
Akaashi se demanda si malgré tout, son ami avait une parcelle de bon sens, et restait méfiant de cet inconnu, même s'il avait une attitude plutôt amicale vis-à-vis de lui.
Ils marchèrent pour ce qui dut être une grosse demi-heure. Akaashi, en tête, choisissait les rues qu'ils empruntaient, et personne ne remit aucun de ses choix en question. Ils ne croisèrent presque rien sur leur chemin, si ce n'est quelques rats, et une biche qui s'enfuit en les voyant. Maintenant que les villes n'étaient plus polluées de gens, les animaux des campagnes environnantes n'avaient plus peur de s'y aventurer. Au détour d'une rue, ils faillirent se faire voir par une personne qui montait la garde devant un ancien restaurant de ramen. Alors d'autres groupes étaient établis dans la ville. Ils firent un large détour pour les éviter.
Au bout d'un moment, Akaashi s'arrêta devant ce qui avait été une boutique de jeux vidéos.
— Je pense qu'on peut s'arrêter là, dit-il en s'approchant de la vitrine de la boutique abandonnée.
Il regarda à l'intérieur, mais ne vit rien parce qu'il faisait trop noir.
— Boku-
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que déjà un faisceau lumineux passait à travers la vitre poussiéreuse pour illuminer l'intérieur du bâtiment. Il tourna la tête pour rencontrer le sourire de son ami. Il le lui rendit, et puis il retourna à son inspection.
— Ça a l'air tranquille, constata Bokuto.
Akaashi hocha la tête pour confirmer.
— Je vais rentrer pour inspecter l'arrière-boutique, déclara-t-il, et il tendit la main vers Bokuto. Donne-moi la lampe.
Bokuto le regarda avec une mine contrariée ; fit couler plusieurs fois son regard du visage sévère d'Akaashi à sa main tendue. Il avait l'air hésitant.
— Tu es sûr ? demanda-t-il doucement. Je devrais y aller.
— Je t'ai déjà dit d'arrêter de jouer au héros, insista Akaashi avec mauvaise humeur. Donne-moi cette lampe.
Il n'était pas, mais alors pas du tout d'humeur à discuter. Cependant Bokuto continuait à se montrer réticent, et cela lui tapait sur les nerfs. Il était trop fatigué pour prendre en compte le complexe du héros de son ami (sans même réaliser qu'il en souffrait peut-être lui aussi, à cet instant), et il était prêt à lui arracher la lampe des mains s'il le fallait.
— Je vais y aller, proposa alors Kuroo. Je peux au moins faire ça.
Akaashi le considéra durement, et cela le fit sourire.
— Tu veux pas arrêter de me regarder comme ça ? demanda-t-il en haussant les épaules. Je propose gentiment mon aide, un merci suffira.
— C'est la moindre des choses après qu'on t'ait sauvé la vie, siffla Akaashi en guise de réponse.
Décidément, il y avait quelque chose qui ne passait pas avec ce garçon-là. Cependant, avant que le ton ne monte encore, Bokuto tendit la lampe à Kuroo, avec sa barre en métal.
— Tu fais le tour et tu reviens, ordonna Akaashi, se résignant à laisser Kuroo y aller. Si t'es pas de retour dans 5 minutes, on changera d'endroit. Sans toi.
— Ouais, ouais, j'ai compris que la seule vie qui t'importe c'est celle de Bokuto, c'est bon.
Kuroo leva les yeux au ciel, l'ombre d'un sourire moqueur sur le bord des lèvres. Et sur ces mots, il disparut dans la boutique. Akaashi se tut, mais il fut intérieurement pris d'une envie furieuse d'arracher la tête de ce type un peu trop arrogant à ses yeux.
Enfin, il ne pouvait pas non plus nier le fait qu'il avait plutôt vu juste. À une nuance près : la vie de Bokuto n'était pas la seule qui comptait pour lui. Sa propre vie lui était précieuse aussi. Il n'était pas suicidaire. Pas encore.
Les deux survivants restèrent devant la porte, tous les sens aux aguets, et aussi nerveux, c'était un fait. Bokuto n'arrêtait pas de regarder dans la boutique, et Akaashi n'arrêtait pas de lancer des œillades à Bokuto. Au bout d'un moment, ce dernier parla, et son ton était aussi froid que le vent automnal qui s'engouffrait dans la rue.
— Tu pourrais être un peu plus sympa avec Kuroo.
Le sang du plus jeune ne fit qu'un tour, et il eut envie d'exploser littéralement, de cracher sur son ami tout ce qu'il avait envie de lui hurler. Il se sentit un peu trahi aussi. Il n'arrivait pas à croire qu'il se faisait sermonner parce qu'il était méfiant, à juste titre, envers un parfait inconnu qui faisait route avec eux alors que tout ce qu'ils savaient de lui, c'était son nom. Et encore, qu'est-ce qui leur assurait que ce n'était pas un faux nom.
— Je n'ai pas à être sympa avec lui, répondit-il en tentant de rendre sa voix le plus calme possible. On ne sait rien sur lui, on doit être prudents.
— Je te demande pas de baisser ta garde, Akaashi.
Ce dernier frémit à l'entente de son nom ainsi prononcé. L'intonation de Bokuto était basse et donnait presque un sentiment de danger. Il était sincèrement sérieux. Il ne plaisantait plus, ne souriait plus, et ses yeux avaient cet éclat intimidant qui vous donnait envie d'aller vous terrer dans un trou de souris.
— Je me méfie aussi, qu'est-ce que tu crois, continua-t-il. Mais ça te dispense pas de le traiter comme un humain.
Cela sonna désagréablement comme un reproche aux oreilles d'Akaashi, comme si Bokuto avait dans l'idée qu'il ne le prenait pas assez au sérieux. Et il avait honte d'admettre que c'était peut-être vrai, en un sens. Mais ce n'était pas contre lui. Il renvoyait tellement l'image d'un imbécile heureux un peu naïf qu'on ne pouvait qu'avoir envie de le protéger avant tout. Et Akaashi avait constamment peur pour lui.
Il baissa les yeux, embarrassé.
— Je suis pas stupide, Akaashi. Je sais qu'on ne peut pas encore lui faire confiance. Mais imagine qu'il soit comme nous, juste un gars paumé qui veut survivre. On peut pas refuser de lui laisser au moins une chance.
— Ok.
Il osa relever les yeux, et fut un peu surpris de voir que Bokuto lui souriait. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, cela lui fit mal au coeur de le voir sourire comme ça. Pourquoi fallait-il qu'il lui sourie tout le temps comme ça ? Alors même qu'il venait de dire clairement qu'il savait qu'Akaashi ne le prenait pas totalement au sérieux, il lui offrait la lumière de son sourire chaleureux.
La vérité, c'est que Bokuto n'était pas naïf. Il était pur. Il savait que leur monde était devenu un Enfer, et que la vie y était difficile, mais contrairement à la majorité de la population qui se roulait allègrement dans la fange des plus bas comportements humains, lui avait su se préserver de la déshumanisation des Hommes en conservant sa belle âme.
— Désolé. Je suis à cran.
— Ouais, j'ai remarqué, pouffa doucement Bokuto.
Il vint se placer à côté d'Akaashi, et il passa un bras derrière son dos pour attraper son épaule et l'attirer contre lui. Cela ne troubla même pas l'autre garçon qui se laissa confortablement faire.
— C'était une nuit bizarre, souffla Bokuto.
— Ouais.
Ils restèrent comme ça une grosse minute, blottis l'un contre l'autre. Il faisait froid, alors cela leur faisait du bien. Et sentir le corps de l'autre leur donnait un sentiment de sécurité illusoire. C'était agréable. Finalement, Akaashi aurait presque pu s'endormir comme ça. Debout. Au milieu de la rue. Tant qu'il était avec Bokuto, ça allait.
— Waouh, désolé de ruiner l'ambiance, mais c'est clean à l'intérieur.
Ils se retournèrent pour découvrir que Kuroo était réapparu dans l'encadrement de la porte, et les regardait avec un drôle d'air. Akaashi préféra ne même pas le regarder, ou il l'aurait encore accusé de ne savoir lui offrir que des yeux assassins. Il se libéra un peu à contrecœur de la prise de Bokuto et entra dans l'ancienne boutique, suivi des deux autres garçons. Bokuto entra en dernier, et il referma la porte derrière eux.
L'intérieur était poussiéreux et dans un bien piteux état. La plupart des choses qui s'étaient un jour étalées sur les étagères jonchaient le sol, le comptoir avait été renversé, la caisse vidée par terre. C'était étonnant de voir tous ses billets sortir du tiroir-caisse. Personne n'avait pensé à le voler. L'argent n'avait plus aucune valeur maintenant.
— Il y a une sortie à l'arrière ? s'enquit immédiatement Akaashi.
— J'ai vu une sortie de secours. Elle mène pas directement dehors, mais il y a un couloir qui débouche probablement sur le magasin d'à côté, expliqua Kuroo.
— Bien.
S'enfermer dans un endroit qu'il n'avait qu'une entrée et sortie, c'était du suicide. Il fallait toujours avoir un plan de repli. Un moyen de fuir. Kuroo tira les rideaux devant la baie vitrée. Heureusement que personne n'avait eu l'idée de les arracher.
Finalement rassurés (autant qu'ils pouvaient l'être), les garçons s'autorisèrent à s'asseoir sur le sol. Akaashi sortit leur bougie de son sac et il l'alluma, la laissant brûler au milieu du cercle qu'ils avaient formé.
— Bien, commença-t-il après avoir soupiré, les yeux braqués sur Kuroo. Maintenant, donne-nous des explications.
Leur nouvelle rencontre hocha la tête. Il savait qu'il allait devoir parler maintenant. Il pinça les lèvres, passa sa langue dessus pour les humidifier, se passa une main dans les cheveux, et puis soupira. Il avait l'air nerveux. Un peu triste aussi. Bokuto et Akaashi attendirent, retenant presque leur souffle, qu'il leur explique son histoire.
— Je sais pas depuis combien de temps vous courrez les rues, mais pour moi, ça fait pas tellement longtemps. Quand la panique générale a commencé au début de l'épidémie, tous les gens ont eu le réflexe de fuir les villes, mais pas nous.
Il esquissa un sourire et son regard s'emplit de mélancolie, comme si un souvenir doux lui revenait amèrement en mémoire.
— On vivait avec un groupe de potes près de notre fac, et l'un d'eux passait un max de temps sur internet. Il aimait bien les histoires de zombies, alors il avait lu pas mal d'articles du genre 'comment survivre en cas d'apocalypse zombie'. À l'époque, on se moquait un peu de lui, mais ça nous a permis de vivre plusieurs mois sans nous mettre en danger.
Il marqua une pause, lança un regard circulaire à Akaashi et Bokuto qui, silencieux, l'écoutaient.
Puis il reprit.
— L'idée, c'était de rester chez nous le plus longtemps possible, d'attendre que les villes se vident pour éviter la panique générale. On s'est barricadés dans notre appart pendant 2 mois et demi. Les seuls moments où on en sortait, c'était pour fouiller les autres appartements de l'immeuble qui avaient été abandonnés pour récupérer à manger et à boire. Honnêtement, on a cru devenir cinglés coincés là-dedans. On n'avait pas de nouvelle de nos familles, et on savait même pas ce qui se tramait vraiment dehors. Mais si on était sorti, où est-ce qu'on serait allés ? Un de mes coloc, Yaku, qui s'y connaissait pas mal en électronique, essayait tous les jours d'envoyer des messages radio ou d'en capter, mais rien. On était tous à cran, et c'est arrivé plusieurs fois qu'on s'foute sur la gueule. Et puis un jour, ça faisait presque trois mois...
Il s'arrêta encore une fois pour souffler. Raconter cette histoire avait l'air d'être incroyablement éprouvant pour lui.
— Des types ont débarqué dans l'immeuble et ils ont fouillé chaque appart. Le nôtre aussi. C'était un groupe armé, le genre qu'est pas là pour t'aider. Ils ont foutu un putain de bordel, et puis ils nous ont emmenés avec eux. Ils enlevaient les gens qu'ils croisaient pour s'en servir.
— S'en servir pour quoi ? demanda Akaashi sans pouvoir se retenir.
Il reçut un regard mauvais de la part de Kuroo. Pour une fois que ce n'était pas l'inverse. Il s'en voulut un peu d'avoir demandé cependant. Il était pris dans le récit et n'avait pas su s'en empêcher.
— Ils faisaient des expériences sur eux, lâcha-t-il et sa voix trembla dangereusement sur la fin de sa phrase. Pour le bien de l'humanité, qu'ils disaient. Ils voulaient mettre un antidote au point. C'était des pseudo-scientifiques qui s'étaient établis dans une ancienne clinique. Ils nous ont enfermés avec d'autres personnes qu'ils avaient enlevées avant nous, et...
Il s'arrêta encore. Akaashi et Bokuto osaient à peine respirer, écrasés par la pesanteur de l'atmosphère qui s'était installée. Kuroo avait l'air au bord des larmes, et c'était assez horrible à voir. Akaashi s'en voulait presque d'avoir été odieux avec lui. Il avait un mauvais pressentiment quant à la suite de cette histoire.
— Ils ont commencé par prendre trois personnes, dont mon pote Kai. Pendant cinq jours ils sont pas revenus. Un type nous jetait à manger une fois par jour, et c'est tout. Et puis le sixième jour, ils sont revenus et ils ont emmené deux nouvelles personnes. Yaku et une fille qui était là avant nous. On les a jamais revus eux non plus. Il s'est passé deux semaines avant qu'ils reprennent l'un de nous. Lev. À ce niveau-là, il restait que moi et mon ami d'enfance, Kenma. C'était horrible. Impossible de s'enfuir sans risquer de se faire buter par un garde, et on devait regarder nos amis se faire emmener l'un après l'autre pour servir de cobayes à des fous furieux.
Il serra les poings, et les traits de son visage étaient tirés par la colère.
— Et puis un jour, ils sont venus pour prendre Kenma. C'était le coup de trop. J'avais déjà perdu tout le monde, je voulais pas perdre Kenma aussi. J'ai essayé de m'enfuir pour aller le libérer, mais je me suis fait prendre. Comme c'était pas la première fois, et qu'ils devaient en avoir marre, ils m'ont mis en isolement. Ça a duré trois jours. Et puis ils sont venus me chercher. Et ils m'ont emmené là où ils gardaient les cobayes. Et comme je leur disais de me laisser voir Kenma, ils ont... ils m'ont laissé le voir. Mais... c'était plus... Kenma.
Le silence s'allongea cette fois, lourd et plein de sens. En clignant des yeux, une larme était tombée des cils de Kuroo, et il n'avait même pas pris la peine de l'effacer. À quoi bon. Personne ne lui en voudrait de pleurer. Ce qu'il avait vécu, ça avait dû être particulièrement horrible. Cela n'étonnait pas vraiment Akaashi que des gens se soient improvisés scientifiques sauveurs de l'humanité en tentant de créer un vaccin. Et évidemment, il leur avait fallu des sujets de tests.
— Il était infecté. Il était attaché sur un lit, et il hurlait, il se débattait. Il avait l'air déjà mort, mais pourtant il continuait de se tordre dans tous les sens pour tenter de se libérer. Juste de le voir comme ça, j'ai vraiment cru que j'allais mourir. Ils m'ont dit que l'antidote n'avait pas fonctionné sur lui, et que par mesure de sécurité, ils allaient devoir s'en débarrasser. Et alors là, devant mes yeux, ils l'ont... brûlé.
C'est maintenant le regard complètement vide et l'air totalement mort que Kuroo racontait la fin horrible de la personne avec qui il avait dû passer presque toute sa vie.
— J'ai tout vu derrière la vitre. Ils ont incendié la chambre où ils le retenaient. C'était une salle spéciale, ils l'avaient aménagée... une sorte de chambre crématoire. Ils disait que c'était pour éviter que des résidus de la maladie persistent. Parce que le feu agissait comme un stérilisant. Il hurlait encore pendant qu'ils le faisaient brûler. Et quand ils ont éteint le feu... c'était... on le reconnaissait pas.
Il se mordit la lèvre et cacha ses yeux avec sa main alors que d'autres larmes se déversaient sur son visage. Un sanglot agita ses épaules. Personne ne parla. Akaashi avait la nausée, et il n'osait même pas regarder Bokuto pour voir s'il était aussi mal que lui.
Sûrement que c'était le cas. Akaashi ne pouvait que s'imaginer ce qu'avait dû ressentir Kuroo en voyant son ami, infecté par le mal qui détruisait le monde, mourir brûlé. Il ne pouvait qu'imaginer l'horreur que cela avait dû être de voir ses amis partir l'un après l'autre. Il se demanda comment lui aurait réagi s'il s'était retrouvé dans sa situation. Si ça avait été sa mère ou son père qu'il avait dû voir périr. Ses parents dont il ne savait même pas s'ils vivaient encore. Si ça se trouve, ils avaient aussi été enlevés par des types comme ça.
Il se dit que s'il avait été à la place de Kuroo, il serait sans doute devenu fou.
Il ressentit soudain une certaine sympathie pour lui, compatissant à son malheur. C'était comme se souvenir tout à coup qu'ils étaient tous dans la même situation. Qu'ils souffraient tous, et que n'importe qui pouvait perdre les êtres qui lui étaient chers. Ce fut comme une piqûre de rappel qui lui rappela ce qu'était l'empathie.
Ils restèrent ainsi pendant une poignée de minutes, enveloppés dans cette atmosphère lourde, dans un silence que seul un sanglot de temps en temps venait troubler. Lorsqu'Akaashi osa lancer un regard à Bokuto, il le trouva les yeux mouillés et les lèvres serrées. Cela lui fit beaucoup de peine de le voir comme ça, alors il détourna le regard à nouveau. En temps normal, il aurait sans doute cherché sa main pour le réconforter, mais pas maintenant.
Au bout d'un moment qui sembla interminable, Kuroo renifla, et puis il reprit la parole, séchant ses larmes.
— Après ça, ils m'ont reconduit dans ma cellule d'isolement. Ils disaient que c'était pas encore mon tour. J'étais totalement amorphe, alors ils ont baissé leur garde. J'en ai profité. Je sais pas comment j'y suis parvenu, mais je me suis retrouvé dehors. Et j'ai couru. Je voulais juste partir très loin de cet endroit. Je me suis caché, j'ai un peu bougé. Ça fait plusieurs semaines maintenant.
— Mais comment tu t'es retrouvé sans défense pourchassé par des infectés ? demanda Bokuto avec une curiosité sincère, mais respectueuse.
— Je me suis fait surprendre. Je campais en dehors de la ville. Je pensais être suffisamment bien caché, mais c'était pas le cas apparemment. J'ai été pris de court, et j'ai pas eu le temps de récupérer quoi que ce soit pour me défendre.
Il leva les yeux vers Akaashi, et son regard était sombre. Sincère et un peu accusateur.
— C'est la vérité. Si on y retournait, on retrouverait mes affaires.
Akaashi ressentit bien la pointe d'hostilité dans le ton employé par Kuroo, qui lui en voulait sûrement un peu quand même d'être si méfiant avec lui. Mais il devait bien comprendre que c'était naturel qu'il le soit. Enfin, il avait envie de croire à son histoire au fond. Il avait l'air sincère (ou bien était excellent comédien.)
— Je veux bien te croire, dit-il alors.
— Akaashi, ça veut dire qu'il peut rester avec nous ? demanda Bokuto en se penchant vers son ami, le regard plein d'espoir.
— Je suppose que oui, soupira l'autre. Après tout, plus nombreux on sera, plus grandes seront nos chances de survie.
Il adressa un regard à Kuroo, qui le regarda en retour. Il dessina un léger sourire, et hocha la tête en signe de remerciement.
— Il faut qu'on dorme maintenant. On bougera dès que le jour se lèvera. On ira récupérer les affaires de Kuroo, et puis... on avisera.
— Vous ne savez pas où vous allez ?
— On n'a pas de destination précise, nan. On bouge en espérant trouver un camp de survivants, ou nos familles. De toute façon, qu'est-ce que tu veux faire d'autre dans un monde comme celui-là ?
Kuroo haussa les épaules. Ce n'était pas faux. La vie de survivant se résumait à cela. Chercher de quoi manger, boire, et un endroit plus ou moins sûr. Chercher des alliés aussi. Un refuge.
Mais la réalité, c'est qu'Akaashi commençait même à douter qu'un véritable refuge existe vraiment. Dans la fiction, on voyait souvent se former des groupes de survivants qui trouvaient un endroit à aménager comme une sorte de colonie, où des membres armés assuraient la protection d'une petite population, leur permettant de vivre dans une sorte de relative sécurité. Mais depuis qu'il voyageait avec Bokuto, il n'avait jamais vu cela. Il n'en avait pas même entendu parler (car il leur était déjà arrivé de rencontrer des survivants non hostiles, mais avec qui ils n'étaient pas restés.)
— Je prends le premier tour de garde, proposa Bokuto, et en voyant qu'Akaashi allait protester, il ajouta : C'est toi qui montais la garde avant qu'on rencontre Kuroo. C'est mon tour !
— D'accord, céda Akaashi.
Il était mort de fatigue, alors il n'allait certainement pas cracher sur un peu de repos. Il sortit sa couverture de son sac et l'installa dans un coin, vers le fond de la pièce. Bokuto proposa la sienne à Kuroo qui l'accepta sans rechigner avant de l'étaler sur le sol à l'opposé d'Akaashi.
— Dormez bien ! chantonna Bokuto.
— Réveille-moi dans deux heures, répondit Akaashi en fermant les yeux, et il sombra presque instantanément dans les limbes du sommeil.
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J'ai décidé de poster les deux premiers chapitres d'un coup parce que je trouvais le chapitre 1 un peu vide? maintenant je pense poster 1 chapitre/semaine ou 1 chapitre/semaine et demi? je sais pas trop encore?
A bientôt !
