Alex observait la rue qui défilait sur sa gauche. Il n'était même pas encore huit heures. Ses yeux la piquaient et elle serait bien restée plus longtemps dans son lit si elle n'avait pas dû prendre le train, puis le bus, pour rejoindre sa meilleure amie. Elle pouvait déjà s'estimer heureuse d'avoir réussi à trouver une place assise libre. Mais évidemment, il était hors de question d'appuyer sa tête contre la vitre du véhicule.
Celle-ci était sale et malgré l'heure matinale, d'autres personnes avaient déjà dû poser leur front contre la paroi transparente, au vu des traces qui la tâchaient. La jeune fille se refusait d'entrer en contact avec ce qu'elle appelait en son for intérieur « le gras des autres » et avait donc posé son coude sur le mince rebord de la vitre pour pouvoir appuyer sa joue contre sa main, ses longs cheveux frisés soigneusement ramenés du côté opposé à la fenêtre.
A côté d'elle, Juliette se frotta les mains l'une contre l'autre, car malgré le chauffage prodigué par le bus et la présence des autres passagers, elle était gelée, bien qu'on soit déjà à la fin du printemps. La jeune fille sourit à sa voisine et lui lança :
— Fais pas chaud, hein ?
Alex haussa un sourcil.
— Je ne sais pas si tu t'es rendue compte qu'il ne faisait pas beau du tout, mais je pense qu'il y a un lien entre la température extérieure et le temps, ce qui expliquerait que tu aies froid. Mais je peux me tromper, hein ? Je ne suis pas météorologiste.
Juliette retint un rire et secoua la tête, ce qui fit voler sa frange brune sur son front, avant de souffler sur ses mains pour essayer de réchauffer ses doigts. Elle était habituée aux sarcasmes et à l'humour souvent piquant mais toujours juste de sa voisine. La jeune fille avait même pris le parti de rire à ses répliques plutôt que de s'en vexer.
Depuis dix-neuf ans, elle s'y était habituée. Alexandra Duval était sa sœur cadette. Elles se ressemblaient beaucoup, même si la plus jeune était plus petite que son aînée. De plus, Juliette ne possédait pas la même faculté à répondre une phrase bien sentie pour remettre les gens à leur place, se mélangeant plus souvent les pinceaux en parlant qu'autre chose. C'était un talent propre à Alex.
Si l'adolescente était dans ce bus avec sa sœur pour rejoindre sa meilleure amie, c'était pour la simple et bonne raison que le soir même, le nouvel épisode de leur série préférée allait être diffusé sur une chaîne américaine et qu'elles ne rateraient ce lancement pour rien au monde. Nina avait trouvé un lien qui diffuserait l'épisode en direct et le fait qu'il soit en anglais sans sous-titre ne gênait personne, à part peut-être Juliette, qui avait un niveau de compréhension anglaise qui équivalait celui que pouvait avoir un concombre sourd et muet.
Mais la jeune fille était trop excitée à l'idée de découvrir enfin la suite des aventures de ses héros favoris pour refuser l'occasion de pouvoir les voir en même temps que les américains et elle savait qu'avec le contexte et les images, elle arriverait à saisir le sens de l'épisode. Et après le générique, elle pourrait demander à sa sœur et à Nina des explications, pour être certaine d'avoir bien compris.
Voilà ce qui expliquait la présence des deux filles dans le bus qui les menait jusqu'au logement de leur amie. Et si elles avaient été obligées de se lever si tôt, c'était uniquement parce qu'elles habitaient un village isolé en pleine campagne, qu'elle devait se rendre dans une ville voisine pour pouvoir prendre le train qui les mènerait jusqu'à chez Nina et que le train ne passait que trois fois par jour dans cette ville : une fois le matin très tôt, une fois le midi et une fois le soir.
Alex se ragaillardit un peu à l'idée de l'épisode de Teen Wolf qu'elle pourrait voir dans quelques heures. Car oui, il s'agissait bien de la série sur les loups garous qui commençait à faire de plus en plus parler d'elle dans le monde entier dont il était question.
C'était Nina qui avait commencé à regarder en premier. Un jour durant lequel elle s'ennuyait, elle avait cherché une nouvelle série pour passer le temps et elle avait trouvé le synopsis intéressant. La jeune fille avait suivi le lien pour visionner le premier épisode et avait aussitôt accroché à l'intrigue. Elle en avait ensuite parlé à Alex et les deux amies avaient regardé les épisodes ensemble. Puis, Alex en avait elle-même parlé avec sa sœur et l'avait convaincue de visionner une deuxième fois la série avec elle.
Cela faisait donc environ un an pour Juliette et Alex et un an et demie pour Nina qu'elles étaient devenues fans de la série. Les trois filles ne pouvaient donc pas imaginer rater le premier épisode de la saison quatre qui allait être diffusé dans les heures à venir, même s'il fallait pour cela se lever aux aurores à cause du décalage horaire avec les Etats-Unis. Ce n'était qu'un petit sacrifice comparé à leur amour pour les loups garous de Beacon Hills.
Le bus freina devant l'arrêt auquel devaient descendre Alex et Juliette et après avoir fait un saut dans une boulangerie pour pouvoir acheter des viennoiseries à déguster devant l'ordinateur, les deux sœurs se dirigèrent vers la résidence universitaire de Nina. Elles avançaient en silence, l'esprit encore embrumé par le sommeil, priant pour que les nuages ne déversent pas l'eau qu'ils contenaient sur la ville avant qu'elles ne soient au sec.
Juliette enfonça sa main libre dans sa poche, l'autre portant le sac rempli de leurs viennoiseries, et sursauta en entendant une moto qui arrivait derrière elle pétarader brusquement. Alex lui lança un regard en coin :
— Attention à la route.
— T'inquiètes pas, j'ai un système de pilotage automatique intégré ! assura la jeune fille.
Ah ouais, rien que ça ? railla sa sœur.
— Ouaip, continua Juliette. Tu peux être certaine que même si je fermais les yeux, j'arriverai à bon port.
— Oh, mais ce n'est pas pour toi que je m'inquiète, s'empressa de déclarer Alex. C'est juste parce que tu portes le petit-déjeuner et que je ne voudrais pas qu'il se fasse écrabouiller parce que tu traverses la route au moment où une voiture arrive.
Sa sœur fit une grimace offusquée. Alex lui renvoya un sourire amusé mais n'eut pas l'occasion de poursuivre. D'autres vannes se bousculaient sous sa tête – la moitié concernant le pull gris que portait sa sœur et dont elle était folle – mais elle n'avait pas le temps de les formuler. En effet, elles arrivaient près de chez Nina et il fallait qu'elle envoie un texto à sa meilleure amie pour la prévenir de leur arrivée. Il n'y avait pas d'interphone dans le logement de la jeune fille, Alex lui envoyait donc un SMS pour lui annoncer qu'elle était en bas de chez elle afin que l'adolescente descende pour lui ouvrir la porte d'entrée.
De fait, elle se concentra sur la rédaction de son message tout en continuant de regarder où elle mettait les pieds, afin d'éviter de trébucher sur un objet traitreusement placé sur son chemin. Alex était capable de faire plusieurs choses en même temps, mais elle avait le don pour se cogner dans tout et n'importe quoi, ce qui entraînait irrémédiablement des jurons et des ronchonnements.
Si elle avait pu choisir un pouvoir, la jeune fille aurait plutôt choisi quelque chose comme devenir invisible ou voler, voire même pouvoir lire dans les pensées des autres ou contrôler la glace, mais sûrement pas celui de trouver le moyen de se faire mal dans le moindre objet qui passait à moins de dix centimètres d'elle. Mais comme elle n'avait pas pu choisir son don, elle devait faire avec celui qu'elle avait, bon gré, mal gré.
Les deux sœurs arrivèrent en bas de chez Nina. Celle-ci les attendait déjà et leur ouvrit avec un grand sourire ravi qui fit pétiller ses yeux chocolat. Elle se sentait souvent seule et était contente dès que sa meilleure amie la rejoignait. Après leur avoir fait la bise, la jeune fille entraîna les deux sœurs jusque dans son appartement.
— En vous attendant, j'ai commencé à chercher des vidéos Teen Wolf qu'on pourrait regarder pour patienter, lança-t-elle. Parce que vu qu'on a déjà fait notre marathon chez nous, on va pas encore se faire les épisodes, si ?
— Bin pourquoi pas ? rétorqua Alex. Tu ne vas pas me dire que tu en as marre de la série ?
— Non, affirma Nina en riant. Si tu veux, on peut quand même se refaire les épisodes.
— Personnellement, je ne sais pas si je suis émotionnellement prête à revivre la mort de Matt, intervint Juliette.
— Mais si on ne regarde que ceux qui nous intéressent ? proposa Alex. Tu ne vas pas dire non au plaisir de voir ton petit Matt apparaître à l'écran !
Le sourire niais qui apparut sur le visage de sa sœur renseigna la jeune fille sur l'avis de son aînée. Elle se tourna vers sa meilleure amie.
— Je crois qu'elle veut bien qu'on revoit la saison deux.
Nina sourit et entra dans son appartement. C'était une toute petite chambre, avec un frigo, un bureau, un lit, une armoire et une bibliothèque. Il y avait également une salle de bains avec douche – dont les portes ne tenaient plus vraiment debout – et sanitaires. Pour la cuisine, il fallait se rendre dans une pièce de l'étage qui contenait un micro-ondes et des plaques électriques. C'était sommaire mais ça avait le mérite d'être un toit sous lequel dormir pendant la semaine, pour un prix plus que raisonnable.
Les filles s'installèrent dans la pièce. Juliette s'assit sur la chaise de bureau, Alex se laissa tomber sur le lit, en prenant soin de ne pas mettre ses chaussures sur les draps et Nina plaça son ordinateur sur le frigo pour que tout le monde puisse bien voir l'écran.
— Vous avez ramené le petit déjeuner ? demanda cette dernière. Je meurs de faim !
Juliette lui tendit le sac de la boulangerie et après l'avoir remerciée, Nina croqua dans son pain au raisin. Elle positionna ensuite son DVD de la saison deux de Teen Wolf dans le lecteur de son PC et lança le premier épisode.
Au bout de quarante minutes, Nina mit la série sur pause pour s'éclipser aux toilettes. Les deux sœurs commencèrent à parler de la bande annonce de la nouvelle saison pour patienter.
— Franchement, ça s'annonce mal, tout ça … soupira Juliette. La saison 4, elle va faire peur avec Kate qui revient …
— Mais t'as peur de tout, toi, aussi ! rétorqua Alex. Même ton ombre te fait peur.
— Oh, faut pas abuser quand même. J'ai peur de plein de choses, c'est vrai. Mais je te rappelle que je suis toujours là pour te tuer une araignée quand y en a une qui déboule devant toi.
— C'est pas faux, admit Alex. Mais bon, tu trouves quand même que Pacific Rim, ça fait peur.
Nina revint et en attendant que ses deux amies aient fini de parler, elle ouvrit une page internet.
— Bon, j'ai peut-être un peu exagéré sur ce coup là … avoua sa sœur. En tout cas, j'ai peur que tout le monde n'en sorte pas vivant, dans la saison 4.
— On a déjà perdu Allison, regretta la cadette Duval. C'était un de mes personnages préférés … Déjà que Harris y était passé, mais alors là …
— C'est marrant, Jeff s'amuse à tuer les persos qu'on préfère, remarqua Juliette.
— C'est vrai, approuva sa sœur. D'abord Matt pour toi dans la saison 2, ensuite Harris et Allison pour moi dans la saison 3 … S'il avait tué Finstock, je ne le lui aurais JA-MAIS pardonné. Manque plus qu'il nous fasse passer l'arme à gauche à Stiles et ce sera la fin des personnages qu'on aime !
— Quoi, Stiles va mourir ? s'écria Nina en se retournant brusquement vers ses amies. Non, c'est pas possible !
Alex secoua la tête.
— J'ai pas dit que Stiles allait mourir, j'ai dit que si on suit la théorie comme quoi Jeff tue nos personnages préférés, le prochain sur la liste serait probablement Stiles, puisque tu l'adores.
— Ah, non ! Je refuse qu'il meurt ! J'ai déjà dû supporter la mort d'Erica et de Boyd, le départ de Cora, d'Isaac et des jumeaux. Je ne veux plus de mort. C'est fini !
— Parce que tu crois qu'il va écouter tes souhaits ? se moqua sa meilleure amie.
— De toute façon, si Jeff faisait mourir Stiles, ce serait parce que Dylan O'Brien voudrait quitter la série pour se concentrer sur d'autres projets, fit la plus âgée des trois filles. Il est trop populaire et trop utile pour être éliminé comme ça. Même le Nogitsune n'a pas pu en venir à bout.
— Bah j'espère qu'il partira pas, soupira Nina en tapotant sur son clavier.
Juliette sauta du coq à l'âne en déclarant :
— Franchement, j'ai beaucoup aimé les intrigues développées dans les vingt-quatre épisodes de la saison trois, mais la saison deux reste quand même ma préférée.
— Parce qu'il y a Matt, peut être ? railla Alex.
— Oui, mais bon, il meurt et c'est un méchant, donc c'est pas très réjouissant … Mais Peter ressuscite et ça, c'est cool ! J'aime bien Peter …
— J'ai comme l'impression que t'as un problème avec les personnages psychopathes de cette série, toi … persifla sa sœur.
Nina lança soudain :
— Les filles, désolée d'intervenir dans votre discussion ultra passionnante mais regardez ce que j'ai trouvé.
Elle avait pointé sa souris sur une vidéo et les deux sœurs se penchèrent pour en lire le titre : « Don't watch it ».
— Ne regardez pas, souffla Alex.
— Je sais que je parle mal anglais, mais ça, c'est encore dans mes cordes, pas besoin de le traduire, glissa Juliette.
Sa sœur allait lui répondre quelque chose de bien senti mais sa meilleure amie ne lui en laissa pas le temps.
— C'est écrit exactement la même chose dans la description, déclara Nina. C'est étrange. Il n'y a pas de tags, ni de durée d'indiquée. Je ne sais même pas comment ça en est arrivé à cette vidéo, j'ai tapé dans la barre de recherche « fanvid Teen Wolf », pour faire charger une playlist, au cas où on en aurait marre de regarder des épisodes, et voilà ce que ça me trouve !
— C'est bizarre. C'est peut-être un truc de cul ? suggéra Alex.
— On fait quoi ? lança sa meilleure amie. On clique dessus ?
— Bin, non ! s'insurgea Juliette. C'est quand même marqué dans le titre et la description de pas ouvrir cette vidéo.
Son intervention lui valut de récolter les regards moqueurs de sa sœur et de Nina.
— Quelle trouillarde ! Que veux-tu qu'il nous arrive ? Dans le pire des cas, on va tomber sur une vidéo porno ou sur un truc gore, expliqua la cadette Duval. On fermera et puis c'est tout.
— Je n'ai pas envie que ma rétine soit brûlée par des images interdites aux moins de dix-huit ans, s'offusqua la plus âgée du groupe tout en jetant un coup d'œil à son téléphone portable pour regarder l'heure. Je vais en avoir pour des mois de cauchemars après !
Alex haussa un sourcil.
— J'avoue que ça ne me tente pas trop non plus, cette histoire de vidéo à ne pas regarder …
— Tu vas pas t'y mettre toi aussi, râla Nina.
— Bin, tu m'excuses mais à force d'être sous le même toit qu'une flippée de la vie, j'en arrive à me méfier de tout.
— Mais il ne va rien nous arriver, assura sa meilleure amie. Au pire, on fermera la vidéo dès qu'on verra que ça ne nous plaît pas. Si ça se trouve, ça n'est qu'une fanvid sur Teen Wolf !
— Bin, moi, je regarde pas, assura Juliette.
Evidemment, lorsque Nina cliqua sur le lien de la vidéo, la plus âgée du groupe ne put s'empêcher de regarder malgré elle ce qui allait apparaître sur l'écran. Mais rien ne se passa. Ou plutôt, la fenêtre s'ouvrit, mais la vidéo ne chargea pas, l'endroit sur lequel les images auraient dû défiler restant noir.
Nina haussa les épaules.
— Bon, bah voilà, on est fixées. Le lien doit être mort. Ou alors, c'est un attrape-nigaud …
— Ou peut-être pire, c'est un lien qui envoie des virus dans ton ordinateur une fois que tu as cliqué dessus, supposa Alex.
Sa meilleure amie ferma aussitôt la fenêtre, effrayée à l'idée qu'un virus informatique ne vienne s'installer dans son PC. Au même moment, une sonnerie stridente retentit, faisant sursauter les trois amies.
— Oh, c'est l'alarme incendie, ronchonna Nina. Ca faisait un moment que je ne l'avais pas entendu …
Juliette avait aussitôt sauté sur ses pieds et attrapé sa sacoche qu'elle emmenait partout avec elle.
— Tu fais quoi ? lui lança son amie.
— Bah, je vais descendre et sortir de l'immeuble. C'est ce qu'on fait quand y a une alarme incendie, non ?
— Oh, je les connais, la rassura Nina. C'est une fausse alerte. Il suffit que quelqu'un fasse un peu brûler son repas pour que ça déclenche les alarmes.
— Et si c'était une vraie alerte ? rétorqua la plus âgée du groupe. J'ai pas envie de finir grillée comme une merguez sur un barbecue parce que j'aurais eu la flemme de descendre en attendant une alerte !
Alex et Nina se jetèrent un coup d'œil ennuyé, puis la cadette Duval soupira :
— Allons-y. J'ai toujours rêvé d'aller me geler les fesses dehors à cause d'une fausse-mais-peut-être-vraie alerte incendie.
Elle se leva du lit après avoir attrapé son sac et sa meilleure amie enfila rapidement ses chaussures avant de se saisir de son téléphone portable. Les trois filles quittèrent la chambre et descendirent les escaliers. Alex renifla l'air.
— Ca sent pas le brûlé, à mon avis, c'est du faux.
Elles continuèrent quand même leur chemin et sortirent de l'immeuble.
— Bah, il fait pas si froid que ça ! fit remarquer Nina, qui avait enfilé un manteau avant de sortir.
— Euh … Ouais, il faisait vraiment pas si chaud que ça, y a une … s'étonna Alex avant de s'interrompre et de jeter un regard perplexe autour d'elle.
— Exagérez-pas non plus, c'est pas la canicule non plus, hein ? rouspéta Juliette. Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
La jeune fille venait de remarquer l'air étonné et presqu'effrayé qui s'était peint sur les visages de sa sœur et de son amie. Elle suivit leur regard et fronça les sourcils.
— Y a quelque chose que je ne vois pas ? Vous avez trouvé d'où vient l'incendie ?
Juliette chercha des yeux une flamme ou n'importe quel indice qui pourrait la renseigner sur ce qui interpellait les deux autres filles. Aucune voiture n'était accidentée sur la route qui passait devant elle, aucune fumée ne s'élevait des bâtiments qui lui faisaient face et personne ne semblait s'agiter ou appeler à l'aide dans les environs. Alex finit par lui attraper la manche et déclarer :
— Je passe ici tous les jours pour venir chez Nina et pour repartir au train. Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est plus … C'est différent de d'habitude.
Sa sœur secoua la tête, perdue.
— Différent ? Tu veux dire parce qu'il fait plus chaud d'un coup ? demanda-t-elle tout en regardant le paysage qui l'entourait. Le soleil tape fort et il n'y a pas de vent, c'est …
— Non, la coupa Nina d'une voix blanche. Différent parce qu'on n'est plus chez moi.
— Comment ça, on n'est plus chez toi ? s'inquiéta soudain Juliette.
Sa sœur et sa meilleure amie se lancèrent un regard inquiet.
— On n'est plus dans la même ville, expliqua Alex.
Dans un même mouvement, les trois filles se retournèrent pour regarder l'immeuble qu'elles venaient de quitter. Avec horreur, elles constatèrent que le bâtiment avait disparu. A sa place, il y avait un petit pavillon tout ce qu'il y a de plus coquet.
Les amies sentirent leurs cœurs se mettre à battre à tout rompre. Où avaient-elles atterri ?
